Claude Lévi-Strauss

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Claude Lévi-Strauss
Levi-strauss 260.jpg

Claude Lévi-Strauss en 2005.

Naissance
Décès
(à 100 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
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Claude Lévi-Strauss, né le à Bruxelles et mort le à Paris, est un anthropologue et ethnologue français qui a exercé une influence internationale décisive sur les sciences humaines et sociales dans la seconde moitié du XXe siècle, devenant notamment l'une des figures fondatrices du structuralisme à partir duquel il a développé une méthode scientifique originale d'inspiration naturaliste, l'anthropologie structurale.

Professeur agrégé de philosophie et enseignant au début des années 1930, il se tourne à partir de 1935 vers l'ethnologie dont il va faire son métier. À partir de ses premiers travaux de terrain sur les peuples indigènes du Brésil entre 1935 et 1939, et la publication de sa thèse Les Structures élémentaires de la parenté en 1949, il produit une œuvre scientifique dont les apports vont être rapidement reconnus au niveau international. Après ses travaux sur la parenté, il se consacre à partir de la fin des années 1950 à une approche structurale des mythes. Élu en 1959 à la chaire d'anthropologie sociale du Collège de France, il publie entre 1964 et 1971 les quatre volumes des Mythologiques, son œuvre majeure. Dans les années 1970, puis après sa retraite en 1982, il travaille sur diverses autres thématiques: la parenté cognatique (système à maison), les arts, la musique. Parallèlement, tout au long de sa carrière, il participe à la réflexion sur les sciences sociales et à leur organisation institutionnelle, et réexamine de façon critique de vastes thématiques anthropologiques et historiques comme le progrès, la race, la culture, le développement et la condition humaine.

Auteur, à côté de ses nombreux ouvrages académiques, d'un livre plus littéraire et poétique, Tristes Tropiques, qui connut dès sa parution en 1955 un large succès public en France comme à l'étranger, Lévi-Strauss a été élu en 1973 à l'Académie Française. Ayant acquis à partir des années 1980 une très grande stature intellectuelle, consacrée en 2008 par l'entrée de son vivant dans la prestigieuse collection de la Pléiade, il reste présent dans les médias et les débats de société jusqu'à la fin de sa vie. Sa pensée, qui avait perdu après les années 1970 une grande partie de son influence dans les sciences sociales avec le reflux du paradigme structuraliste et holiste, connaît une nouvelle vitalité à partir des années 2000 en philosophie des sciences et des mathématiques, autour de la notion-clé de transformation.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

Claude Lévi-Strauss naît Gustave Claude Lévi[1] le 28 novembre 1908 à Bruxelles où résidaient brièvement ses parents : Raymond Lévi, artiste peintre portraitiste (petit-fils d'Isaac Strauss, chef d'orchestre à la cour de Louis-Philippe puis de Napoléon III) qui utilise « Lévi-Strauss » comme nom d'usage, et Emma Lévy[1],[2], eux-mêmes cousins issus de germains, de familles juives alsaciennes[3],[4] (c'est en 1961 seulement que Claude Lévi-Strauss obtiendra du Conseil d'État l'officialisation de son nom d'usage hérité de son père[5]). La famille se réinstalle à Paris peu après la naissance de l'enfant, et connaît d'importantes difficultés financières avec le déclin du portrait peint sous l'influence nouvelle de la photographie. Influencé par les impressionnistes, Raymond Lévi donne à son fils unique des estampes japonaises en récompense de ses succès scolaires[6]. Durant la première guerre mondiale, Emma Lévy se réfugie avec le jeune Claude chez son propre père, rabbin de la synagogue de Versailles.

Après le retour de la famille à Paris après la guerre, dans le 16e arrondissement, Claude Lévi-Strauss suit ses études secondaires d'abord au lycée Janson-de-Sailly puis au lycée Condorcet. À la fin de ses années de lycée, il rencontre un jeune socialiste d'un parti belge et s'engage alors à gauche. Il découvre rapidement les références littéraires de ce parti qui lui étaient jusqu'alors inconnues, incluant Karl Marx et Karl Kautsky. Il est ensuite militant au sein de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), chargé d’animer le Groupe d’Études Socialistes, puis d'assumer le rôle de Secrétaire Général des Étudiants Socialistes[7]. En 1928, il devient secrétaire parlementaire du député socialiste Georges Monnet[8]. Il poursuit ses études à la Faculté de droit de Paris, où il obtient sa licence, avant d'être admis à la Sorbonne. Il y est reçu troisième à l'agrégation de philosophie en 1931, et obtient un doctorat ès lettres en 1948.

Il se marie en 1932 à Dina Dreyfus, une ethnologue française qui l'initie et le convertit à cette discipline. Ils se sépareront en 1939. Claude Lévi-Strauss épousera en 1946 Rose-Marie Ullmo, avec qui il aura un fils, Laurent, puis en 1954 Monique Roman[9], avec qui il aura un second fils, Matthieu[10].

Si ses activités militantes cessent après son départ en mission pour le Brésil en 1935, Claude Lévi-Strauss a été proche de faire une carrière politique à l'instar de nombreuses personnes qu'il fréquentait dans ces années-là. Selon son biographe Denis Bertholet : « Sa vie militante a duré plus de huit ans. Il y a cru, il a pensé faire carrière[11]. » Il se décrit lui-même plus tard comme un anarchiste de droite[12].

Missions ethnographiques et premières fonctions académiques[modifier | modifier le code]

Indiens Caduveo, du Mato Grosso brésilien

Après deux ans d'enseignement de la philosophie au lycée Victor-Duruy de Mont-de-Marsan et au lycée de Laon, Lévi-Strauss accepte la proposition du directeur de l'École normale supérieure, Célestin Bouglé de participer à la mission universitaire au Brésil en tant que professeur de sociologie à l'université de São Paulo. De 1935 à 1939, il organise et dirige avec sa première femme Dina plusieurs missions ethnographiques dans le Mato Grosso et en Amazonie: « L'ethnologie jette un pont entre psychanalyse et marxisme d'un côté, géologie de l'autre. Lévi-Strauss a trouvé la science dans laquelle se marient toutes ses passions antérieures[13] ».

En 1938, l'expédition conduite par Claude et Dina Lévi-Strauss traverse l'État du Mato Grosso. Ils partent de Cuiabá, une ancienne ville pionnière de chercheurs d'or, à bord d'une Ford 34. À partir de Diamantino, ils suivent avec des chars à bœufs une ligne télégraphique qui traverse le Cerrado, une brousse à la végétation très dense. Ils rencontrent les Nambikwara dont ils rapportent une documentation fournie et 200 photos. En raison d'une infection des yeux, plusieurs membres de l'équipe, parmi lesquels Dina Lévi-Strauss, doivent abandonner la mission. Claude Lévi-Strauss poursuit l'expédition avec quelques compagnons. Ils visitent les peuples autochtones Mundé (en) et Tupi Kawahib dans l'État du Rondônia. Toutes ces missions auprès de populations autochtones permettent à Lévi-Strauss de réunir les premiers matériaux qui seront à la base de sa thèse sur Les Structures élémentaires de la parenté.

De retour en France à la veille de la seconde guerre mondiale, il est mobilisé en 1939-1940 sur la ligne Maginot comme agent de liaison, puis affecté au lycée de Montpellier, après sa révocation en 1940 en raison des lois raciales de Vichy. Il quitte la France en 1941[14] pour se réfugier à New York, alors haut lieu de bouillonnement culturel. En 1942, il rallie la France libre, l'organisation de résistance extérieure fondée par le général de Gaulle et travaille comme speaker à l’Office of War Information puis enseigne à la New School for Social Research[15]. La rencontre avec Roman Jakobson (qui lui est présenté par Alexandre Koyré[16]), dont il suit les cours et devient un proche[17], est décisive sur un plan intellectuel. La linguistique structurale lui apporte les éléments théoriques qui lui faisaient jusqu'à présent défaut pour mener à bien son travail d'ethnologue sur les systèmes de parenté. Il est engagé volontaire dans les Forces françaises libres et affecté à la mission scientifique française aux États-Unis. Il fonde avec Henri Focillon, Jacques Maritain, Jean Perrin et d'autres l'École libre des hautes études de New York en février 1942[18].

Apogée scientifique[modifier | modifier le code]

Rappelé en France en 1944 par le ministère des Affaires étrangères, il retourne aux États-Unis en 1945 pour y occuper les fonctions de conseiller culturel auprès de l'ambassade de France[19]. Il démissionne en 1948 pour se consacrer à son travail scientifique. En 1949, il publie sa thèse, Les Structures élémentaires de la parenté[14]. Cette même année, il devient sous-directeur du musée de l'Homme, puis, sollicité par Lucien Febvre, il obtient une chaire de directeur d'études à la Ve section de l'École pratique des hautes études, chaire des religions comparées des peuples sans écriture[20].

Il publie en 1955 dans la collection Terre Humaine créée par Jean Malaurie chez Plon, son livre le plus accessible et le plus célèbre, Tristes Tropiques. Ce livre, à mi-chemin de l'autobiographie, de la méditation philosophique et du témoignage ethnographique, connaît un énorme succès public et critique : de Raymond Aron à Maurice Blanchot, de Georges Bataille à Michel Leiris, de nombreux intellectuels applaudissent à la publication de cet ouvrage qui sort des sentiers battus de l'ethnologie[21]. Avec la publication de son recueil d'Anthropologie structurale en 1958, il jette les bases de son travail théorique en matière d'étude des peuples premiers et de leurs mythes.

Fronton du Collège de France.

En 1959, après deux échecs, il est élu professeur au Collège de France, à la chaire d'anthropologie sociale[22]. À l'été 1960 est mise en place la structure d'un laboratoire d'anthropologie sociale qui relève à la fois du Collège de France et de l'École pratique des hautes études[23]. Il propose à l'anthropologue Isac Chiva de codiriger ce laboratoire d'anthropologie sociale. Il obtient de Fernand Braudel que le seul exemplaire européen des Human Relations Area Files (en) produit par l'Université Yale soit confié au nouveau laboratoire, ce qui fait de cette nouvelle structure « avant même d'avoir lancé recherches et missions […] un centre de référence en matière ethnographique »[24].

Il fonde en 1961 avec Émile Benveniste et Pierre Gourou la revue L'Homme qui s'ouvre aux multiples courants de l'ethnologie et de l'anthropologie, et cherche à favoriser l'approche interdisciplinaire. Du début des années 1960 au début des années 1970, il se consacre à l'étude des mythes, en particulier la mythologie amérindienne. Ces études – les Mythologiques – donnent lieu à la publication de plusieurs volumes dont le premier, Le Cru et le Cuit, paraît en 1964. Il donne de nombreux entretiens à la presse grâce auxquels il peut présenter « sous une forme vulgarisée les idées qui lui tiennent à cœur » et à ce titre, « dans les années 1960, avant que l'écologie ne devienne une idéologie et un parti […] Lévi-Strauss, par ses vues distantes et sévères, lui a sans doute donné, hors de tout effet de pathos, sa formulation la plus radicale »[25]. Lévi-Strauss fut un précurseur dans le domaine de l'écologie, il a notamment œuvré à la réhabilitation de la pensée primitive[26]. Il fut également membre du conseil d'administration du Centre Royaumont pour une Science de l’Homme[27].

Il est élu en mai 1973 à l'Académie française. Comme le veut la tradition, il fait l'éloge de son prédécesseur, Henry de Montherlant, et Roger Caillois prononçant – à la demande de Lévi-Strauss – le discours de « réponse », en profite pour lancer « une série de flèches empoisonnées » sur sa méthode et ses présupposés scientifiques[28]. Son entrée à l'Académie française suscite autant d'interrogations au sein de la Coupole que parmi ses amis et collaborateurs[28].

Lévi-Strauss poursuit ses recherches sur la mythologie : Myth and Meaning (1978), La potière jalouse (1985), et enfin Histoire de Lynx (1991) qui clôt un travail entamé quarante ans plus tôt. En 1982, il prend sa retraite et quitte son poste au Collège de France. Il pèse de toute son influence pour que Françoise Héritier, sa collaboratrice de longue date, lui succède[29]. Il continue cependant à venir au moins une fois par semaine au laboratoire pour y recevoir de jeunes chercheurs, « toujours prêt à échanger » comme le souligne Françoise Héritier[30].

Dernières années[modifier | modifier le code]

À partir de 1994, Claude Lévi-Strauss publie moins[31]. Il continue toutefois à donner régulièrement des comptes rendus de lecture pour la revue L'Homme. En 1998, à l'occasion de son quatre-vingt-dixième anniversaire, la revue Critique lui dédie un numéro spécial dirigé par Marc Augé, et une réception a lieu au Collège de France. Lévi-Strauss évoque sans détour la vieillesse et déclare notamment : « [il y a] aujourd'hui pour moi un moi réel, qui n'est plus que le quart ou la moitié d'un homme, et un moi virtuel qui conserve encore une vive idée du tout. Le moi virtuel dresse un projet de livre, commence à en organiser les chapitres, et dit au moi réel : « C'est à toi de continuer. » Et le moi réel, qui ne peut plus, dit au moi virtuel : « C'est ton affaire. C'est toi seul qui vois la totalité. » Ma vie se déroule à présent dans ce dialogue très étrange[32]. »

Il donne pour un numéro de L'Homme d'avril-septembre 2002 consacré à « La question de parenté » une postface dans laquelle il se félicite de constater que les lois et règles de fonctionnement qu'il a mises au jour « restent au cœur des travaux contemporains »[33].

Au début de l'année 2005, lors d'une de ses dernières apparitions à la télévision française, il déclare, reprenant en des termes très proches un sentiment qu'il avait déjà exprimé en 1972 (entretien avec Jean José Marchand) et en 1984 (entretien avec Bernard Pivot) : « Ce que je constate : ce sont les ravages actuels ; c'est la disparition effrayante des espèces vivantes, qu'elles soient végétales ou animales ; et le fait que du fait même de sa densité actuelle, l'espèce humaine vit sous une sorte de régime d'empoisonnement interne – si je puis dire – et je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence. Ce n'est pas un monde que j'aime »[34].

En mai 2008, une partie de son œuvre, sélectionnée par Lévi-Strauss lui-même, est publiée dans un volume de la Bibliothèque de la Pléiade sous le titre d'Œuvres[35]. Le choix de la collection prestigieuse de la maison Gallimard apparaît à Emmanuel Désveaux comme un « embaumement de l’œuvre lévi-straussienne » et l'ensemble du projet éditorial ne permet pas à ses yeux de faire efficacement place à la réflexion anthropologique « extrêmement puissante » de l'auteur[36]. C'est également le sentiment de Maurice Bloch qui remarque, de concert avec l'introduction « impertinente » rédigée par Vincent Debaene pour ce volume, que la « France préfère de loin se représenter ses grands scientifiques et penseurs en grandes figures littéraires plutôt que les célébrer pour ce qu'ils ont dit ou découvert »[37].

Le , à l'occasion de son centenaire, de nombreuses manifestations sont organisées. Le musée du quai Branly lui dédie une journée au cours de laquelle, devant une affluence record, des écrivains, des scientifiques et des artistes lisent un choix de ses textes. L'Académie française l'honore également, le 27 novembre, en fêtant le premier centenaire de son histoire[38]. La Bibliothèque nationale de France organise une journée au cours de laquelle les visiteurs découvrent les manuscrits, les carnets de voyages, les croquis, les notes, et même la machine à écrire, de l'anthropologue.

Le président de la République, Nicolas Sarkozy, se rend au domicile parisien de Lévi-Strauss en compagnie d'Hélène Carrère d'Encausse pour s'entretenir avec lui de « l'avenir de nos sociétés »[39].

La ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, annonce pour son centenaire la création d’un Prix Claude Lévi-Strauss, d’un montant de 100 000 euros qui doit récompenser chaque année le « meilleur chercheur » dans les disciplines telles que l’histoire, l’anthropologie, les sciences sociales ou l'archéologie[40]. Son premier lauréat est, en juin 2009, l'anthropologue Dan Sperber[41].

Lignerolles (Côte-d'Or), où Claude Lévi-Strauss est inhumé

Claude Lévi-Strauss meurt le vendredi 30 octobre 2009 d'une crise cardiaque[42],[43] en son domicile du 2 rue des Marronniers dans le 16e arrondissement de Paris[44],[42],[43]. Il est inhumé dans l'intimité à Lignerolles (Côte-d'Or) trois jours plus tard[45]. À l'annonce de son décès le 3 novembre 2009, Roger-Pol Droit dresse pour Le Monde le portrait d'un homme qui « ne dissociait pas la défense de la diversité culturelle et celle de la diversité naturelle »[46]. Robert Maggiori, pour Libération, estime que l'héritage le plus « sacré » de Lévi-Strauss « est l’idée que les cultures ont la même force et la même dignité, parce qu’on trouve en chacune, aussi éloignée soit-elle des autres, des éléments poétiques, musicaux, mythiques qui sont communs »[47]. Dans The Guardian, Maurice Bloch souligne que, malgré l'étiquette structuraliste utilisée par de nombreux auteurs, Lévi-Strauss n'a pas fait réellement école, et demeure une « figure solitaire, mais imposante, de l'histoire de la pensée », en raison notamment de son positionnement philosophique naturaliste[37].

Depuis, son œuvre reste saluée dans le monde entier pour son importance décisive dans l'histoire de l'anthropologie et de l'ethnologie[48]. Françoise Héritier, qui lui a succédé au Collège de France, résume ainsi son héritage : « Nous avons découvert avec stupéfaction qu'il y avait des mondes qui n'agissaient pas comme nous. Mais aussi que derrière cette différence apparente, derrière cette rupture radicale avec notre propre réalité, on pouvait mettre en évidence des appareils cognitifs communs. Ainsi, nous prenions à la fois conscience de la différence et de l'universalité. Tel est son principal legs, encore aujourd'hui : nous sommes tous très différents, oui, mais nous pouvons nous entendre, car nos structures mentales fonctionnent de la même manière[30]. » Elle confie encore : « Bien sûr, dans les rapports individuels, il fut un être d'amitié, de confiance, qui a toujours protégé celles et ceux qui ont travaillé avec lui. Mais il n'a jamais accepté la moindre familiarité. Il avait un regard d'éléphant, avec ce petit œil perçant qui vous mettait à nu. Quand on était en face de lui, on se désagrégeait, il fallait beaucoup de courage pour se reconstituer. Du reste, en dehors de sa famille ou de ses camarades d'école, y a-t-il eu des personnes qui ont tutoyé Lévi-Strauss ? J'en doute[30]. »

Filiations et parcours intellectuel[modifier | modifier le code]

La pensée de Lévi-Strauss est difficile à saisir dans son ensemble tant ses publications sont nombreuses, denses et complexes. Au-delà de sa célèbre référence[49] aux « trois maîtresses » de sa jeunesse (marxisme, freudisme et géologie), certaines de ses influences ont été surestimées (la psychanalyse freudienne par exemple), d'autres sont moins connues (naturalisme, mathématiques formelles)[50],[51]. Lévi-Strauss lui-même, dans l’introduction d’un article intitulé Les Mathématiques de l’Homme fait remonter jusqu’à l’antiquité grecque les problématiques qu’il aborde avec l’anthropologie structurale, et qu’il a d’emblée cherché à intégrer dans un cadre scientifique de portée générale[52].

Il cite parmi ses inspirateurs précoces le sinologue Marcel Granet dont il revisite les travaux dans les Structures élémentaires de la parenté en 1949; son aîné et ami Georges Dumézil en qui il voit « l’initiateur de la méthode structurale [53] »; et Jean-Jacques Rousseau en qui il voit un des « fondateurs des sciences de l’homme »[54].

Filiation linguistique[modifier | modifier le code]

Le linguiste et phonologue russe Roman Jakobson

Réfugié aux États-Unis entre 1941 et 1944, c’est auprès des anthropologues héritiers de l’école historique allemande et autrichienne (Robert Lowie, Alfred Kroeber, Franz Boas) que Lévi-Strauss puise l’idée d’une structure inconsciente des phénomènes collectifs tels que la parenté. Cette conviction méthodologique va s'épanouir particulièrement à partir de 1942 grâce à la collaboration du jeune ethnologue à New York dans le cadre de l’École libre des hautes études avec le linguiste et phonologue d’origine russe Roman Jakobson (1896-1982). La découverte de ces travaux structuraux de la phonologie, dans lesquels Jakobson et Troubetzkoï développent et systématisent les acquis de Saussure en linguistique mais aussi de Franz Boas en anthropologie, sont pour Lévi-Strauss un « éblouissement » intellectuel[55], la révélation soudaine des instruments qui manquaient à ses préoccupations et intuitions de toujours. Il reconnaîtra cette dette intellectuelle en 1945 dans l'article L’analyse structurale en linguistique et en anthropologie (chap.II de Anthropologie Structurale)[56], évoquant notamment un article de 1933 de Troubetzkoï qu’il qualifie « d’article programme »[57], où il voit un événement de grande importance dans les sciences de l’Homme.

L’originalité de la démarche structurale de Lévi-Strauss va donc être de fusionner deux filiations intellectuelles sans lien entre elles jusqu'alors, et faisant un usage très différent du terme de structure: il va introduire la méthode de raisonnement de la phonologie dans l'anthropologie descriptive et fonctionnaliste des anglo-saxons[58]. Selon Denis Bertholet aussi capital qu'ait été le rôle de la phonologie et de la linguistique pour Lévi-Strauss, ces deux disciplines ne sont pour l'ethnologue qu'un révélateur, une source d'inspiration[59], tout comme le marxisme et de la psychanalyse dont il s'éloignera rapidement[60], elles ne font que lui fournir des outils et des exemples pour construire ses propres modèles, mais il va dès cette époque s'aider d'autres sources d'inspiration qui le maintiendront au plus près de l'environnement naturel concret des sociétés qu'il étudie. Selon Domenico Silvestri, « même si cette œuvre s’est développée ensuite dans une direction précise, qui aboutira en toute autonomie vers les résultats extraordinaires que l’on connaît, l’apport linguistique ne sera jamais renié »[61], car pour Lévi-Strauss « la phonologie ne peut manquer de jouer, vis-à-vis des sciences sociales, le même rôle rénovateur que la physique nucléaire, par exemple, a joué pour l’ensemble des sciences exactes »[62].

Filiation naturaliste[modifier | modifier le code]

Moins connues chez Lévi-Strauss que la filiation linguistique, les sciences naturelles (zoologie, botanique, géologie notamment) sont pour l'ethnologue une préoccupation de toujours[63] et vont rapidement le différencier des autres structuralistes restés pour l'essentiel attachés au formalisme linguistique saussurien[réf. nécessaire]. À New-York au début des années 1940, Lévi-Strauss découvre l'ouvrage On Growth and Forms (1917) de D'Arcy Wentworth Thompson, qui va constituer à côté des travaux de Jakobson l'autre apport majeur de cette période où prend naissance sa méthodologie structurale. Le naturaliste écossais y interprète « comme des transformations les différences apparaissant entre les espèces animales ou végétales d'un même genre[64] ». Cette inspiration naturaliste, que Lévi-Strauss fait également remonter à Goethe et Cuvier, reviendra régulièrement dans son œuvre[65], et va être à l'origine du concept de transformation, fondamental dans l'anthropologie structurale lévi-straussienne.

C'est dans cette scientificité précocement revendiquée, opposant la construction minutieuse de modèles à l'empirisme anglosaxon, que s’inscrit l'intérêt de Lévi-Strauss pour les mathématiques : dès les années 1940, il sollicite dans le cadre de sa thèse André Weil, mathématicien lui aussi émigré à New York et membre fondateur du groupe Bourbaki, pour résoudre avec la théorie des groupes une énigme sur les règles de mariage[66]. Bien que poursuivant sa propre filiation intellectuelle, Lévi-Strauss continuera de faire régulièrement référence dans son œuvre aux mathématiques et à leurs applications émergentes dans les années 1950 aux États-Unis (cybernétique, théorie de l’information puis la systémique[67]),[68],[69].

Cette filiation naturaliste est réapparue chez Lévi-Strauss particulièrement à partir des années 1970, avec ce qui a été appelé son « second structuralisme »[70], par opposition à une première phase davantage marquée par la phonologie et la linguistique. C'est ce second structuralisme dit morphodynamique[71] qu'explorent depuis le début des années 1970 les philosophes et anthropologues du Centre de Recherche et d'épistémologie Appliquée (Jean Petitot, Lucien Scubla, Dan Sperber) travaillant sur la modélisation mathématique des systèmes complexes, les sciences cognitives et la théorie des catastrophes de René Thom.

Travaux[modifier | modifier le code]

Méthode structurale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : anthropologie structurale.

Claude Lévi-Strauss a appliqué à l'anthropologie la méthode structurale exploitée dans le domaine linguistique par Ferdinand de Saussure puis Roman Jakobson et Troubetzkoy. Son ambition est de découvrir les lois d'organisation présidant aux sociétés autochtones dans lesquelles il a vécu, en s'attachant d'abord à comprendre les systèmes de parenté. L'anthropologie prenait traditionnellement comme objet fondamental de son étude la famille, considérée comme une unité autonome composée d'un mari, d'une femme et de leurs enfants, et tenait pour secondaires les neveux, cousins, oncles, tantes et grands-parents. Lévi-Strauss estime que, de manière analogue à la « valeur linguistique » chez Saussure, les familles n'acquièrent des identités déterminées que par les relations qu'elles entretiennent les unes avec les autres. Il renverse ainsi le point de vue traditionnel de l'anthropologie en mettant en premier les membres secondaires de la famille et en centrant son analyse sur les relations entre les unités plutôt que sur les unités elles-mêmes[72].

En analysant comment se forment les identités au cours des mariages intertribaux, Lévi-Strauss remarque que la relation entre un oncle et son neveu (A) est à la relation entre un frère et sa sœur (B) ce que la relation entre un père et son fils (C) est à celle qui relie un mari à sa femme (D) : A est à B ce que C est à D. De la sorte, si nous connaissons A, B et C, nous pouvons prédire D. L'objectif de l'anthropologie structurale de Lévi-Strauss est donc d'extraire de masses de données empiriques des relations générales entre des unités, ce qui permet d'isoler des lois à valeur prédictive, telles que : « A est à B ce que C est à D »[72].

Dans les Structures élémentaires de la parenté, avec l'aide ponctuelle du mathématicien André Weil[73], il dégage le concept de structure élémentaire de parenté en utilisant la notion de groupe de Klein[74].

Étude des relations de parenté[modifier | modifier le code]

À l'aide de la méthode structuraliste, Lévi-Strauss a donné un nouveau souffle aux études de la parenté. Il est le premier à insister sur l'importance de l'alliance au sein des structures de parenté, et a mis en évidence la nécessité de l'échange et de la réciprocité découlant du principe de prohibition de l'inceste. Dans cette optique, il a été jusqu'à avancer l'idée que toute société humaine est fondée sur une unité minimale de parenté : l'atome de parenté. Cette théorie globale est connue plus communément sous le nom de « théorie de l'alliance ».

Étude des mythes et formule canonique[modifier | modifier le code]

Fasciné par les ressemblances apparentes entre les mythes du monde entier, Lévi-Strauss rejette d'emblée l'idée que ceux-ci puissent « se réduire tous à un jeu gratuit, à une forme grossière de spéculation philosophique[75] ». Ce qui importe, c'est la substance du mythe, et celle-ci « ne se trouve ni dans le style, ni dans le mode de narration, ni dans la syntaxe, mais dans l'histoire qui y est racontée » (1958 : 232). Partant de l'idée qu'il n'y a pas une version unique « authentique » du mythe mais que toutes les versions sont des manifestations d'un même langage situées entre elles dans des rapports de transformation, il développe une méthode d'analyse calquée sur la linguistique. Le mythe est d'autant plus justiciable d'une analyse de ce genre qu'il relève lui-même du discours : « (…) modes du langage, les mythes et les contes en font un usage hyper-structural : ils forment, pourrait-on dire, un métalangage où la structure est opérante à tous les niveaux[76].

Dans le mythe, les unités de base ne sont évidemment pas les phonèmes, mais les mythèmes, lesquels se situent au niveau de « la phrase la plus courte possible » (1958 : 233). Le personnage mythique, « loin de constituer une entité, est, à la manière du phonème tel que le conçoit Roman Jakobson, un faisceau d'éléments différentiels » (1973 : 162). Un mythe est donc récrit en une série de propositions, chacune consistant en la relation entre une fonction et un sujet. Les propositions pourvues de la même fonction sont regroupées sous le même numéro : il s'agit des mythèmes[77].

Examinant les relations entre les mythèmes, Lévi-Strauss en arrive à la conclusion qu'un mythe consiste uniquement en oppositions binaires. Le mythe d'Œdipe, par exemple, est à la fois l'exagération et la sous-évaluation des relations de sang, l'affirmation d'une origine autochtone de l'humanité et le déni de cette origine. Sous l'influence de Hegel, Lévi-Strauss pense que l'esprit humain organise fondamentalement sa pensée autour de telles oppositions binaires et de leur unification (thèse, antithèse, synthèse), ce mécanisme permettant de rendre la signification possible. De plus, il considère que le mythe est un stratagème habile qui transforme une opposition binaire inconciliable en une opposition binaire conciliable, créant ainsi l'illusion ou la croyance qu'elle a été résolue[77].

Dans cette méthode d'analyse, l'accent est mis non pas sur les enchaînements syntaxiques entre les divers moments du récit, mais sur les oppositions paradigmatiques qui sous-tendent la dynamique profonde des événements et donnent au mythe sa signification : le cru et le cuit, le ciel et la terre, le soleil et la lune, etc. Ce choix s'appuie sur le fait que le mythe joue beaucoup plus nettement sur les oppositions que ne le fait le conte, dans lequel les contradictions sont affaiblies et se situent à un niveau social ou moral plutôt que cosmologique ou métaphysique (1973 : 154 ; 1968 : 105). Cette importance des relations d'opposition entraîne l'analyste à délaisser la trame temporelle du récit pour se concentrer sur les articulations logiques qui forment sa structure matricielle. Par ailleurs, Lévi-Strauss justifie l'élimination du temps en montrant que, dans le mythe, le temps est foncièrement autre, en quelque sorte immobile : en plus de se rapporter toujours à des événements passés, le mythe attribue au dénouement du récit une valeur définitive et se présente comme « un schème doué d'une efficacité permanente » (1958 : 231). Ce désinvestissement de la trame temporelle amène l'anthropologue à chercher un mode de formalisation du récit bien différent du modèle de Vladimir Propp, qui est récusé précisément en raison de sa dimension chronologique (1973 : 164).

Lévi-Strauss observe par ailleurs, dans ces mythes, la récurrence des oppositions binaires entre le cru et le cuit d’une part et le cru et le pourri d’autre part, à la base de son modèle du triangle culinaire[78]. Il considère que l’acte de cuisson donne lieu à une transformation culturelle et la putréfaction à une transformation naturelle (1964 : 152). La cuisine, entendue comme cuisson des aliments, est pour lui une forme de médiation entre nature et culture (idem : 342). Il considère par ailleurs que les mythes d’origine du feu partagent la même structure de ceux de l’origine de la cuisine, diamétralement opposée à celle des mythes de l’origine de l’eau qui sont pour leur part analogues à celle des mythes de l’origine des plantes cultivées (idem : 197).

Enfin, l'élimination du syntagmatique sera d'autant plus éclatante que le récit pourra être saisi au moyen d'une formule mathématique, emblème du scientifique. Tout récit mythique se ramène ainsi à une série de rapports binaires entre éléments positifs et négatifs ou, mieux encore, à une formule algébrique dite formule canonique du mythe: Fx (a) : Fy (b) ≈ Fx (b) : Fa-1 (y), que Lévi-Strauss introduit pour la première fois en 1958 dans Anthropologie structurale (chap.XI, La Structure des mythes, reprenant un article 1955). Selon cette équation, le mythe est structuré autour deux termes (a et b) et de deux fonctions (x et y) pouvant subir différentes inversions et permutations réalisant autant de possibilités de transformations du récit: inversions des termes (a et b), inversion entre terme et fonction (y et b), inversion d'un terme sur lui-même (a et non-a, ou a-1) [79]. Si Propp a été le premier à ouvrir le récit à des manipulations symboliques, et à représenter celui-ci par une formule où sont énumérées les fonctions particulières qui le constituent, Lévi-Strauss est allé beaucoup plus loin. En enlevant au récit sa composante temporelle, il a pu se concentrer sur les relations paradigmatiques et aboutir à un modèle plus réduit et plus formalisé, ce qui serait un gain manifeste par rapport au schéma de Propp[80].

Notion de maison[modifier | modifier le code]

Article détaillé : système à maison.
Une Big House kwakiutl à Victoria, Colombie Britannique (Canada)

Découvert et formulé par Lévi-Strauss assez tardivement dans sa carrière, au milieu des années 1970, le concept de maison constitue pour l'ethnologue un retour aux études de parenté par lesquelles il était entré dans sa discipline dans les années 1930. Ce nouveau concept va occuper une place importante dans sa démarche intellectuelle, en rupture avec les grandes théories anthropologiques de la parenté : celle de l’alliance qu’il avait défendue pendant l’essentiel de sa carrière, et celle de la filiation et de la descendance privilégies par ses homologues anglo-saxons. Il s’agissait pour lui de répondre à un problème concernant les sociétés cognatiques qu’il avait jusque-là laissées de côté[81],[82].

Levi-Strauss était particulièrement attaché à la côte de Colombie-Britannique et particulièrement aux peuples de la région de Vancouver, dont il avait découvert les masques durant ses années d’enseignement à New-York autour de la seconde guerre mondiale, et dont il avait ensuite étudié les mythes dans le cadre de sa tétralogie des Mythologiques. Il avait à cette occasion pris connaissance des difficultés rencontrées par l’anthropologue américain Franz Boas[83] pour interpréter la parenté de certaines de ces tribus indiennes, notamment les Kwakiutl. Boas avait identifié chez eux des unités sociales qu’ils appelaient numaym, dirigées par une aristocratie et qui transmettaient de génération en génération des biens matériels et immatériels (titres, noms, fonctions religieuses) selon des modalités échappant à toutes les théories anthropologiques classiques comme l’alliance, la filiation matrilinéaire ou patrilinéaire. En publiant en 1975 la première version de la Voie des Masques consacré à ces tribus, Lévi-Strauss mentionne ses interrogations sur leur système de parenté. Il va ensuite se pencher sur ses questions dans le cadre de ses cours au Collège de France[84]. C’est dans le cadre de son séminaire de 1976 qu’il donne sa première définition de la maison[85], s’appuyant sur la description des Yurok de Californie et du numaym des Kwakiutl.

Cette définition est reprise en 1979 dans la deuxième édition de la Voie des masques, son domaine d’application étant alors précisé : « personne morale détentrice d’un domaine composé à la fois de biens matériels et immatériels, qui se perpétue par la transmission de son nom, de sa fortune et de ses titres en ligne réelle ou fictive, tenue pour légitime à la seule condition que cette continuité puisse s’exprimer dans le langage de la parenté ou de l’alliance, et, le plus souvent, des deux ensemble »[86].

Lévi-Strauss ne modifiera plus cette définition par la suite[87]. Il consacre à la notion de maison plusieurs cours au Collège de France sur le sujet, entre 1976 et 1982 (résumés dans la cinquième partie de Paroles Données), ainsi qu'un article intitulé « Histoire et Ethnologie »[88], présenté en juin 1983 la Sorbonne pour la 5e Conférence Marc Bloch. Il revient publiquement une dernière fois sur le concept de maison en 1987 dans un entretien[89] accordé à Pierre Lamaison, anthropologue spécialiste du monde rural européen.

C’est surtout à partir de l’article « Histoire et Ethnologie » de 1983 que le concept de maison a été diffusé dans la communauté scientifique, et a commencé à intéresser un public large d’historiens, d’ethnologues et même d’archéologues[90]. Cependant la formulation de Lévi-Strauss n’a pas toujours été bien reçue, parfois considérée comme incompatible avec la catégorie de maison au sein de certaines sociétés[91].

Réception, contextes et influence de l’œuvre[modifier | modifier le code]

Une audace scientifique assumée[modifier | modifier le code]

Auteur d'une œuvre scientifique et littéraire immense tant par la quantité d'articles et de livres que par la multiplicité des sujets abordés, et résolument novatrice dans ses hypothèses théoriques comme dans ses méthodes, Lévi-Strauss n'a cessé de susciter débats et critiques dès ses débuts à la fin des années 1940 puis tout au long de sa carrière, en France et aux États-Unis surtout, mais également dans de nombreux autres pays. Ses travaux ont fait et continuent de faire l'objet d'un nombre considérable de publications; ils restent encore aujourd'hui très commentés. Plusieurs raisons peuvent être avancées à cette intense réception, conjonction d'enthousiasmes et de rejets[92]:

  • le contexte historique, et en particulier le paradigme structuraliste dans lequel Lévi-Strauss s'est précocement inscrit et qu'il a largement contribué à développer, avant de s'en écarter dans les années 1960 à mesure que ce mouvement prenait un virage formaliste littéraire et une ampleur médiatique (ce que certains auteurs[93],[94] ont appelé structuralisme généralisé);
  • le caractère révolutionnaire au sein des sciences sociales de l'époque des intuitions holistes et des références naturalistes de Lévi-Strauss, son goût du risque méthodologique[95] et son projet d'appliquer résolument aux sciences de l'homme la rigueur des méthodes utilisées par les sciences dites "dures", en rupture assumée d'avec l'empirisme de l'anthropologie anglo-saxonne et l'historicisme évolutionniste du XIXe siècle;
  • le « syndrome du fondateur »[96],[97]: étudiant puis jeune enseignant formé dans une philosophie qu'il rejettera constamment, puis ethnologue autodidacte tenu à l'écart des grandes institutions jusqu'à la fin des années 1950 (et son élection au Collège de France), Lévi-Strauss aborde les sciences de l'homme avec un regard neuf, extérieur, et une méthode structurale issue d'une discipline (la linguistique) peu connue de ses condisciples, cherchant d'emblée à bouleverser leurs codes et habitudes de travail;
  • la variété thématique, géographique et historique des sujets abordés par Lévi-Strauss, de la parenté des sociétés sans écriture sur tous les continents aux systèmes à maisons de l'Occident médiéval, des Masques de Colombie Britannique aux références musicales des Mythologiques, des rites amérindiens à la famille européenne contemporaine;
  • le désir régulièrement avoué par Lévi-Strauss d'une réussite non seulement scientifique mais aussi littéraire et artistique, qui le conduira à la fois au Collège de France et à l'Académie Française, « mélange des genres » peu apprécié des milieux institutionnels où il évolue[98].

1945-1965: les conquêtes intellectuelles[modifier | modifier le code]

Dès sa parution en 1949, la thèse de Lévi-Strauss sur les systèmes de parenté à travers le monde apparaît comme un moment décisif dans l’histoire de l’ethnologie, devenant rapidement un des classiques dans cette discipline, en France mais aussi dans les pays anglo-saxons grâce notamment à l’ethnologue hollandais J.P.B Josselin de Jong, enthousiasmé par la méthode structurale lévi-straussienne qui prolonge ses propres intuitions[99]. La thèse de Lévi-Strauss, malgré sa technicité, diffuse également auprès du public intellectuel parisien grâce à l’enthousiasme paradoxal de deux revues en vogue, pourtant très éloignées des conceptions méthodologiques de l’ethnologue : Les Temps modernes avec Simone de Beauvoir, et Critique avec Georges Bataille. Conscient du malentendu philosophique, Lévi-Strauss ne rejette pas néanmoins cette publicité[100], car la réception de l’ouvrage est loin d’être unanime dans les sciences sociales ; l’audace méthodologique et l’ambition géographique considérable de l’auteur suscitent rapidement méfiances et réticences.

Dans les 1949-1959, libéré de son travail de thèse et porté par le succès de l’ouvrage, Lévi-Strauss travaille à consolider une double assise, institutionnelle et méthodologique. Les deux dimensions sont intrinsèquement liées. Il s’agit pour l’ethnologue, dans le contexte de la construction académique des sciences sociales dans la France de l’après-guerre, de faire reconnaître sa posture méthodologique holiste et son projet d’une vaste science naturaliste de l’homme en société, et de gagner en visibilité institutionnelle alors qu’il ne dispose d’aucun poste prestigieux après un séjour de plus de dix ans loin de la France. Dans ce contexte de tension académique, Lévi-Strauss essuie jusqu’à son entrée au Collège de France en 1959 des critiques récurrentes, principalement de la part des historiens et des sociologues[101] :

  • historiens : explorant des champs intellectuels relativement inédits ou peu en vogue à l’époque dans les sciences sociales (l’invariant, les lois de structure, les phénomènes non conscients), Lévi-Strauss se trouve très tôt amené à relativiser la diachronie des historiens au bénéfice de la synchronie des lois mathématiques. S’ouvre dès la fin des années 1950 entre Lévi-Strauss et les historiens une tension méthodologique durable faite de concessions, de coopération et de compétition, opposant des approches radicalement incompatibles des sciences sociales, autour d’enjeux institutionnels capitaux (les historiens de l’École des Annales occupent le devant de la scène lors de la création de la VIe section de l’EPHE en 1947). Critique vis-à-vis des postures purement narratives, évolutionnistes ou diffusionnistes de la discipline historique, Lévi-Strauss se verra reprocher précocement sa mise entre parenthèses de la dimension temporelle, de la variabilité et de la contingence[102].
  • sociologues : le mélange de guerres d’horizons méthodologiques et de positions académiques est plus durable et radical encore entre Lévi-Strauss et le sociologue Georges Gurvitch, anciens collègues émigrés à l’École Libre des Hautes Études de New-York. Rentré en 1945 et ayant créé au CNRS le Centre de Recherche Sociologiques (doté d’une revue), Gurvitch devient ensuite professeur à la VIe section de l’EPHE et bénéficie d’une position institutionnelle plus précoce, et plus solide que celle de Lévi-Strauss durant toute la décennie 1950. Les tensions entre les deux hommes ne vont cesser de croître, depuis l’Introduction à l’œuvre de Marcel Mauss[103] jusqu’à un échange virulent par articles interposés en 1955 qui consomme la rupture définitive de leurs relations[104]. Gurvitch reproche à Lévi-Strauss de vouloir enfermer le réel dans des lois universelles abstraites, et l’ethnologue en retour dénonce l’empirisme superficiel du sociologue[105]. Le même reproche d’abstraction est à l’origine d’échanges particulièrement virulents entre Lévi-Strauss et divers critiques durant cette période : le philosophe Jean-François Revel dans son livre pamphlétaire Pourquoi des Philosophes? (1956)[106], le sociologue et critique littéraire Roger Caillois et sa revue Diogène[107].

Peu enclin aux interviews dans la presse grand public, Lévi-Strauss profite néanmoins durant quelque temps du succès populaire de Tristes Tropiques en 1955 pour faire connaître largement sa discipline et ses ambitions scientifiques, et répondre indirectement aux nombreuses attaques académiques qu’il subit à cette époque[108]. Après son élection au Collège de France en 1959 et la publication de plusieurs autres livres connaissant un grand succès (Anthropologie Structurale en 1958, Entretiens avec Lévi-Strauss de Georges Charbonnier en 1961, Le Totémisme aujourd’hui et La Pensée sauvage en 1962), l’aura intellectuelle de l’ethnologue s’installe solidement auprès des milieux universitaires comme du grand public. La Pensée Sauvage en particulier est très largement saluée, et son dernier chapitre Histoire et dialectique, où Lévi-Strauss s'attaque frontalement à l'existentialisme sartrien, reçu comme un événement médiatique[109]. Les distinctions honorifiques, décorations et nominations académiques s’accumulent, en France et à travers le monde. À côté des critiques polémiques en apparaissent d'autres plus fouillées, s’intéressant à la méthode structurale elle-même et non plus à ses seuls résultats, et portées non plus par de seuls articles mais par des dossiers entiers et numéros spéciaux de revues. La revue Esprit publie en 1963 un débat philosophique entre Paul Ricoeur et Lévi-Strauss, où s’opposent deux conceptions diamétralement opposée du sens de la vie humaine[110]. C’est en ce début des années 1960 que l’ethnologue commence à se consacrer à temps plein, pour une dizaine d’années, à la rédaction des Mythologiques, s’imposant un rythme de travail « monacal » qui le rend moins présent sur la scène médiatique[111]. Le structuralisme lévi-straussien continue pourtant de s'installer dans un rapport particulier de séduction avec le public et avec l'époque, qu'il « fascine et irrite, voire inquiète »[112].

1965-1975: le malentendu structuraliste[modifier | modifier le code]

Ayant repris dans les années 1940 les intuitions méthodologiques de la linguistique en termes d’invariants au moment où cette discipline commençait à se revendiquer officiellement d’un « structuralisme », Lévi-Strauss est confronté à partir du milieu des années 1960 à une récupération et à une diffusion massive de sa méthode par des auteurs venus d’horizons variés et relayés par les médias, ne partageant pas le plus souvent ses préoccupations naturalistes et scientifiques. Ce vaste mouvement intellectuel d’inspiration essentiellement formaliste[113], très imprégné de marxisme dont il constitue une sorte de relais après les désillusions de 1956[114], constitue le passage du structuralisme de la scène scientifique vers la scène publique, littéraire et politique. Lévi-Strauss cherchera constamment à se tenir à l’écart de ce déplacement intellectuel :

« Lévi-Strauss, considéré malgré lui comme le « pape » du structuralisme, a été sommé de s’expliquer sur des domaines de savoir qui ne lui étaient pas familiers, sur des méthodes où il ne pouvait plus reconnaître les siennes, sur des prises de position qui n’avaient rien à voir avec le caractère technique de ses recherches et finalement sur des modes intellectuelles dont il a très vite compris à quel point elles pouvaient, dans l’esprit du public comme auprès de la communauté savante, être nuisible à la rigueur et à l’évaluation sereine de son travail[115] ».

En particulier, Lévi-Strauss s'est régulièrement exprimé sur sa méfiance vis-à-vis des utilisations de la méthode structurale en critique littéraire et en poétique, y dénonçant « un jeu de miroirs, où il devient impossible de distinguer l’objet de son retentissement symbolique dans la conscience du sujet. […] Comme manifestation particulière de la mythologie de notre temps, elle se prête fort bien à l’analyse, mais au même titre et de la même façon qu’on pourrait, par exemple, interpréter de façon structurale la lecture des tarots, du marc de café ou des lignes de la main : pour autant qu’il s’agit là de délires cohérents[116] ». Catherine Clément, auteur du Que sais-je sur Lévi-Strauss, rapporte une phrase de l’anthropologue dans une lettre qu’il lui adressa en 1970 : « Les seuls structuralistes auprès desquels j’aimerais me ranger sont Emile Benveniste et Georges Dumézil[117] ».

Après 1975: le reflux du holisme[modifier | modifier le code]

Après l'accueil unanimement élogieux du dernier volet des Mythologiques, l'Homme nu en 1971, Anthropologie structurale deux en 1973 est reçue de façon plus mitigée par la critique[118], en pleine période de reflux du paradigme structuraliste. Les publications à charge se succèdent, prônant une ethnologie empathique et subjective éloignée des modèles et des généralisations théoriques (Bernard Delfendahl[119],[120]), ou une ethnologie marxiste (Raoul et Laura Makarius[121]). Avec Le Sens pratique en 1980, Pierre Bourdieu attaque frontalement la méthode lévi-straussienne à laquelle il reproche de se focaliser sur les règles collectives des sociétés humaines en oubliant les stratégies individuelles et le poids de l'aspect économique.

Utilisant durant les trente premières années de sa carrière le terme de structure beaucoup plus que celui de structuralisme[122],[123], Lévi-Strauss y fait de moins en moins référence à partir des années 1970, devant le reflux de la notion dans le paysage intellectuel. Ainsi, comme il s'en explique dans la préface du Regard éloigné en 1983[124], il renonce à intituler Anthropologie Structurale Trois cet ouvrage qui est pourtant la suite assumée des deux premiers publiés respectivement en 1958 et 1973. De fait, le livre est plébiscité par la critique, qui fait entrer l'anthropologue « dans le domaine réservé des valeurs sûres[125] ». Mais si les mots ont changé, Lévi-Strauss est resté fidèle à ses méthodes: « On essaie simplement, et dans une très faible mesure, d'appliquer à certains secteurs relevant de ce qu'on appelle improprement les sciences humaines une attitude ou une approche qui - sans avoir besoin de s'appeler structuralisme ou quoi que ce soit de ce genre - a toujours été celle de la recherche scientifique[126] ».

Au fil des années 1980 s'accentue le recul du paradigme structuraliste et du holisme en général au sein des sciences humaines et sociales, où reviennent en force les notions d'historicité, d'empirisme, de subjectivité, d'individualisme méthodologique[127]. Aux grandes synthèses théoriques lévi-straussiennes des années 1960 sont préférées les enquêtes sur des terrains réduits, donnant la parole aux acteurs sociaux et s'attachant à leur ressenti subjectif. En ethnologie et en anthropologie se multiplient les champs d'étude comme les méthodes de travail, faisant apparaître quantité de sous-disciplines spécialisées (anthropologie de l'enfance, de l'éducation, de la santé, etc)[128]. La place de Lévi-Strauss dans les programmes d'enseignement en philosophie et en sciences sociales se réduit progressivement[129].

Les critiques féministes[modifier | modifier le code]

Dès les Structures élémentaires de la parenté, Lévi-Strauss construit sa théorie de l'alliance autour de l'échange des femmes comme épouses entre les groupes de parenté. Cette présentation lui vaudra tout au long de sa carrière les reproches récurrents de mouvements féministes et des gender studies. Lévi-Strauss analyse et répond régulièrement à ces critiques jusque tardivement dans sa carrière, maintenant le principe général de sa théorie. Dans l'article "La sexualité féminine et l'origine de la société"[130] en 1995, il réfute la théorie féministe de la perte de l'oestrus comme vecteur du passage de la nature à la culture, y voyant la résurgence de la vieille thèse évolutionniste du matriarcat primitif. Enfin, en 2000, dans sa postface pour un numéro spécial de la revue L'Homme sur les questions de parenté, il réinsiste sur l'indifférence au caractère masculin ou féminin en tant que position dans son modèle théorique, fondé sur les relations respectives et leurs rapports de transformation:

« Combien de fois me faudra-t-il aussi répéter qu’il est indifférent à la théorie que les hommes échangent les femmes ou bien l’inverse ? J’ai tenté de réduire la confuse multiplicité des règles de parenté et de mariage, dépourvue d’intelligibilité, à un petit nombre de types simples, chacun doté d’une valeur explicative ; de montrer qu’à partir de ces types simples on pouvait déduire des types plus complexes ; et qu’entre tous ces types existaient des rapports de transformation. Que, dans cette construction, ce soient les hommes ou les femmes qui se déplacent ne change rien à son économie. Il suffit d’inverser les signes et le système des rapports restera inchangé. Et à supposer que les deux sexes soient mis à égalité, on pourra dire, ce qui revient aussi au même, que des groupes formés d’hommes et de femmes échangent entre eux des relations de parenté[131]. »

Lévi-Strauss et les anthropologues[modifier | modifier le code]

Si son œuvre fut l'objet d'incompréhensions auprès des universitaires d'autres disciplines et auprès du grand public en raison de sa technicité et de ses audaces méthodologiques, Lévi-Strauss a acquis précocement dans sa discipline - l'ethnologie, puis en France l'anthropologie sociale qu'il a fondée - un immense prestige. Très introduit dans le milieu académique américain lors de son séjour prolongé à New York (1941-1948), reconnu lors du décès de Franz Boas en 1942 comme l'un des successeurs de cette figure phare de la discipline[97], il continue ensuite de son construire son assise institutionnelle à la fois en France et aux États-Unis où il poursuit régulièrement publications et conférences, puis progressivement à travers le monde entier, recevant des titres honorifiques d'universités de nombreux pays. À la fin de sa carrière, les publications d'hommages à son œuvre, sous des formats divers, se multiplient. Son centième anniversaire en 2008 est l'occasion de recueils collectifs témoignant de son rayonnement dans la discipline[132].

Dans une dimension technique au sein de sa discipline, avec une moindre exposition médiatique, Lévi-Strauss a dialogué durant toute sa carrière avec un très grand nombre d'anthropologues dont certains furent à la fois ses ardents défenseurs et ses plus constants contradicteurs : Edmund Leach[133],[134], Dan Sperber, ainsi que plus tard certains de ses élèves formés dans l’anthropologie marxiste comme Françoise Héritier, Maurice Godelier. Dans les années 1960 et 1970, ces débats portent notamment sur les structures complexes et semi-complexes de la parenté, sur lesquels Lévi-Strauss avait ouvert la voie après sa thèse sur les structures élémentaires, sans trouver cependant le temps de s’y plonger de façon prolongée; sur les systèmes dits « crow » et « omaha » (Françoise Héritier); sur l'historicité, le fait économique et la pensée marxiste (Maurice Godelier, Marc Augé)[135]; sur le naturalisme, la notion d'émergence et les structures cognitives (Dan Sperber, Lucien Scubla)[136]. Le terrain ethnographique américain où Lévi-Strauss fit ses premières armes est revenu sur le devant de la scène anthropologique dans les années 1990, se prêtant particulièrement aux études structurales (Philippe Descola, Eduardo Viveiros de Castro)[137].

La filiation lévi-straussienne au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Si la référence au terme de structure dans les sciences sociales est largement retombée, et si la célébration mondiale de l'œuvre de Lévi-Strauss l'a partiellement « embaumée »[138], l'œuvre de Lévi-Strauss continue de susciter au XXIe siècle une production intellectuelle beaucoup moins médiatique que dans les années 1960 et 1970 mais néanmoins intense, particulièrement chez certains jeunes philosophes et une partie de l'anthropologie française, anglaise et brésilienne. Aux États-Unis, l'héritage est beaucoup plus limité après plusieurs décennies de post-modernisme et de French Theory[139].

En France, la réactualisation des méthodes lévi-straussiennes est surtout l’œuvre, sous l'impulsion de Marcel Hénaff[140] et Claude Imbert depuis les années 1990, de jeunes philosophes souvent d'orientation sociologique ou anthropologique (Jocelyn Benoist, Vincent Descombes, Patrice Maniglier, Frédéric Keck, Gildas Salmon[141]), privilégiant un structuralisme dynamique portant davantage sur l'étude des mythes que sur le premier Lévi-Strauss des Structures élémentaires de la parenté[142].

En anthropologie française, où Lévi-Strauss a formé toute une génération de chercheurs à travers le Laboratoire d'Anthropologie Sociale (L.A.S.) [143] qu'il avait fondé en 1960, l'héritage est « puissant mais conflictuel »[144], et relativement dispersé dans une discipline particulièrement segmentée en de très nombreux champs spécialisés. Néanmoins le L.A.S. prolonge les travaux de son fondateur sur les structures complexes de la parenté, et son approche systémique des phénomènes de parenté par un vaste chantier de traitement informatique[145]. Un certain nombre de travaux reprennent, discutent et actualisent la méthodologie structurale lévi-straussienne et son postulat de la combinatoire universelle d'un petit nombre de différences irréductibles pour expliquer les faits de société: les quatre « socièmes » fondamentaux (formes élémentaires universelles de lien social) chez Emmanuel Désveaux[146], le système des quatre ontologies chez Philippe Descola, et en anthropologie historique les systèmes familiaux chez Emmanuel Todd. En dehors de la référence explicite à la structure, les historiens et ethnologues des sociétés rurales européennes (ou extra-européennes) continuent de faire fructifier la notion de maison (et le concept lié de famille souche) introduite par Lévi-Strauss dans les années 1970[147].

Enfin, dans l'un de ses domaines très spécifique et peu connu, la formalisation mathématique, l’œuvre de Lévi-Strauss connaît un développement particulièrement fécond. Apparue en 1955 en toute fin de l'article La Structure des mythes[148] et avec très peu de détails, reçue avec ironie et méfiance comme une entreprise de mathématisation du réel, la formule canonique des mythes (voir ci-dessus § Étude des mythes et formule canonique) subit une longue éclipse dans l’œuvre de Lévi-Strauss. Son caractère hautement abstrait et le peu d'explications et d'exemples fournis durant longtemps par Lévi-Strauss, feront naître un mystère sur ses origines et donneront lieu à de nombreux commentaires [149]. La formule réapparaît cependant dans les cours au Collège de France (1974 et 1982), synthétisés en 1984 dans Paroles données[150], l'anthropologue expliquant alors qu'elle n'est pas une formule mathématique mais un support graphique visant à « appréhender d'un coup d'œil des ensembles complexes de relations et de transformations » [151]. Portée par l'intérêt croissant de mathématiciens pour la formalisation en sciences sociales (théorie des catastrophes de René Thom, et ses applications en épistémologie chez Jean Petitot[152],[153]), la formule revient ensuite avec force dans La Potière jalouse (1985) et Histoire de Lynx (1991). Retraçant l'histoire de la formule et de sa réception critique à la fin des années 1990[154],[155], l'anthropologue Lucien Scubla distingue un premier groupe autour de débats très critiques sur ce qui est vu comme un exercice rhétorique habillé de science dure, un deuxième groupe autour de chercheurs voyant dans la méthode structurale une avancée essentielle pour l'anthropologie[156], et un troisième groupe interdisciplinaire développant dès les années 1960 avec enthousiasme différentes applications opérationnelles du modèle, à partir notamment des travaux des anthropologues Elli Köngas et Pierre Maranda (1962) sur le développement des oppositions en spirale des fonctions et des personnages mythologiques[157].

Après un demi-siècle de débats et de publications importantes, marqués en 2004 par le modèle mathématique très proche de la formule canonique des mythes proposé par Jack Morava pour la théorie du chaos[158], le destin florissant de la formule canonique des mythes dans la rencontre des sciences sociales et des sciences cognitives témoigne, pour Maurice Godelier, de l'intuition scientifique de Lévi-Strauss et de la fécondité de son œuvre[159].

Distinctions, décorations, récompenses[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Décorations françaises et étrangères[modifier | modifier le code]

Prix et médailles[modifier | modifier le code]

Prix Erasme (1973)

Docteur honoris causa[modifier | modifier le code]

Lévi-Strauss a été fait docteur honoris causa des universités suivantes (par ordre alphabétique) : Bruxelles, Chicago, Columbia, Harvard, Université Johns-Hopkins, Laval (Québec), Université nationale autonome du Mexique, Montréal, Oxford, São Paulo (Brésil), Stirling, Uppsala, Université Visva Bharati (en) (Inde), Yale, Université nationale du Zaïre

Œuvres (premières éditions)[modifier | modifier le code]

Livres et principaux articles[modifier | modifier le code]

Liste non exhaustive ; la plupart des titres sont aujourd'hui disponibles en collection poche.

  • Gracchus Babeuf et le Communisme, publié par la maison d'édition du Parti ouvrier belge L'églantine en 1926.
  • La Vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara, Paris, Société des américanistes, 1948.
  • Les Structures élémentaires de la parenté, Paris, PUF, 1949 (prix Paul Pelliot du Collège de France) ; nouv. éd. revue, La Haye-Paris, Mouton, 1968.
  • Introduction à l’œuvre de Marcel Mauss, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige »,‎ (réimpr. 2012) (ISBN 9782130607724)
  • Race et Histoire, Paris, UNESCO, 1952.
  • Tristes Tropiques, Paris, Plon, coll. « Terre Humaine »,‎ (réimpr. Pocket Paris 2005)
  • Anthropologie structurale, Paris, Plon,‎ (réimpr. 2012) (ISBN 9782266139311)
  • Le Totémisme aujourd'hui, Paris, PUF, 1962.
  • La Pensée sauvage, Paris, Plon, 1962.
  • Mythologiques, t. I : Le Cru et le cuit, Paris, Plon, 1964.
  • Mythologiques, t. II : Du miel aux cendres, Paris, Plon, 1967.
  • Mythologiques, t. III : L'Origine des manières de table, Paris, Plon, 1968.
  • Mythologiques, t. IV : L'Homme nu, Paris, Plon, 1971.
  • Race et Culture (conférence à l'UNESCO, 1971) , Revue int. des sciences sociales (UNESCO), 1971
  • Anthropologie structurale deux, Paris, Plon,‎ (réimpr. 2009) (ISBN 9782266140034)
  • La Voie des masques, 2 vol., Genève, Skira, 1975 ; nouv. éd. augmentée et rallongée de « Trois Excursions », Plon, 1979.
  • (en) Myth and Meaning, Londres, Routledge & Kegan Paul, 1978.
  • Le Regard éloigné, Paris, Plon, 1983.
  • Paroles données, Paris, Plon,‎
  • La Potière jalouse, Paris, Plon, 1985.
  • Histoire de Lynx, Paris, Pocket, 1991. (ISBN 2-266-00694-0)
  • Regarder écouter lire, Paris, Plon, 1993. (ISBN 2-259-02715-6)
  • Saudades do Brasil, Paris, Plon, 1994. (ISBN 2-259-18088-4)
  • Le Père Noël supplicié (Les Temps modernes, mars 1952, pp. 1572-90)), repris aux éditions des Sables, sur la route de l'Église à Pin-Balma, 1996 (ISBN 2-907530-22-4)
  • Œuvres, préface par Vincent Debaene ; édition établie par Vincent Debaene, Frédéric Keck, Marie Mauzé, et al., Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 2008. (ISBN 978-2-07-0118021) (Ce volume réunit Tristes tropiques ; Le totémisme aujourd'hui ; La pensée sauvage ; La voie des masques ; La potière jalouse ; Histoire de lynx ; Regarder écouter lire avec une bibliographie des œuvres de et sur Claude Lévi-Strauss).
  • L'Anthropologie face aux problèmes du monde moderne, Paris, Seuil, 2011. (ISBN 978-2-02-103524-7)
  • L'autre face de la lune. Écrits sur le Japon, Paris: Seuil, 2011. (ISBN 978-2-02-103525-4)
  • Nous sommes tous des cannibales, Paris: Seuil, 2013

Entretiens[modifier | modifier le code]

  • Entretiens avec Claude Lévi-Strauss par Georges Charbonnier, Plon et Julliard, 1961.
  • Claude Lévi-Strauss et Didier Eribon, De près et de loin, Paris, Odile Jacob,‎ (ISBN 978-2-7381-2140-0)
  • Loin du Brésil : entretien avec Véronique Mortaigne, Paris, Chandeigne, 2005. (ISBN 2-915540-19-5)
  • Dieu existe ? Non, Stock, 1982, Christian Chabanis, (entretiens avec des penseurs divers : Claude Lévi-Strauss, etc).
  • La notion de maison, Entretien avec Claude Lévi-Strauss par Pierre Lamaison, Terrain, 1987(9), p. 34-39 (http://www.terrain.revues.org/3184)
  • Lévi-Strauss. L'homme derrière l'œuvre, J-C Lattès 2008, Émilie Joulia, entretiens des proches de Claude Lévi-Strauss et discours à l'Académie française.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Acte de naissance no 2985 du 1er décembre 1908, consultable sur le site des archives de l'État en Belgique.
  2. Emma Lévy : acte de naissance no 16 du 13 janvier 1886 de la ville de Verdun, consultable sur le site des archives départementales de la Meuse.
  3. Bertholet 2008
  4. loyer 2015.
  5. loyer 2015, p. 27.
  6. Claude Lévi-Strauss vouera une passion au Japon, qu'il découvrira de 1977 jusqu’en 1988. Cf: Claude Lévi-Strauss, L'autre face de la Lune. Écrits sur le Japon, Éd. Seuil, 2011
  7. Bertholet 2008, p. 26-41
  8. Claude Lévi-Strauss, Autoportrait, propos recueillis par Catherine Clément et Dominique A. Grisoni, Magazine littéraire, no 223, octobre 1985, note 8, p. 21
  9. Fille d'un ingénieur belge, Jules Roman et d'une mère, américaine, d’origine juive séfarade, Ruth Emma Rie, qui vivent dans l'Allemagne nazie pendant la seconde Guerre mondiale, à la libération Monique Roman s'installe en France et rencontre Jacques Lacan. Ce dernier lui confie la traduction de ses travaux et la recommande à Claude Lévi-Strauss qui recherche une traductrice. Monique Lévi-Strauss devient chercheur en histoire des textiles, publiant notamment Cachemire. L'art et l'histoire des châles en France au XIXe siècle et Cachemires. La création française. 1800-1880. Source : Monique Lévi-Strauss, Une enfance dans la gueule du loup, Seuil,‎ 2014, 240 p. et cf. émission du 5/1/2015 Hors-Champs sur France Culture http://www.franceculture.fr/emission-hors-champs-monique-levi-strauss-2015-01-05.
  10. Voir, Discours à l'Académie française de son successeur, Amin Maalouf.
  11. Bertholet 2008, p. 62
  12. « Claude Lévi-Strauss, un anarchiste de droite », L'Express,‎ (lire en ligne)
  13. Bertholet 2008, p. 69
  14. a et b « Catherine Clément raconte le grand ethnologue qui fête ses 99 ans », interview, Le Journal du Dimanche, 25 novembre 2007
  15. « Dès le premier jour, l'administration lui a signifié qu'il ne s'appellerait désormais plus Claude Lévi-Strauss, mais Claude L. Strauss, parce que son nom complet paraîtrait bizarre aux étudiants. Lévi-Strauss, dans ce pays de cow-boys, est une marque de jeans. » raconte Bertholet 2008, p. 139.
  16. Christian Delacampagne, « Claude Lévi-Strauss, la révolution copernicienne du structuralisme », Le Monde.fr, 5 novembre 2009.
  17. Gérard Lenclud, Claude Lévi-Strauss aujourd'hui, p. 14, Études du CEFRES no 12, HAL, (10/11/2008)
  18. Bertholet 2008, p. 139-140
  19. Bertholet 2008, p. 160-161
  20. Notice biographique de Claude Lévi-Strauss sur le site de l'École des hautes études en sciences sociales
  21. Vincent Debaene et Jean-Louis Jeannelle, « Où est la littérature ? », in Michel Murat (dir.), L'idée de littérature dans les années 1950, colloque Fabula, Paris IV, 2004. L'historien Gérard Noiriel écrit que Tristes Tropiques « aura un énorme impact sur le public cultivé » dans Les fils maudits de la république, Fayard, 2005, p. 228.
  22. Bertholet 2008, p. 242
  23. Bertholet 2008, p. 255
  24. Bertholet 2008, p. 256
  25. Bertholet 2008, p. 299
  26. VIDÉO. Google célèbre Claude Lévi-Strauss !, Le Point, le 28 novembre 2013
  27. royaumont-archives-et-bibliotheque
  28. a et b Bertholet 2008, p. 344-348
  29. Bertholet 2008, p. 380
  30. a, b et c « Claude Lévi-Strauss était "un passeur exceptionnel" », LeMonde.Fr, 4 novembre 2009.
  31. Bertholet 2008, p. 427
  32. Cité par Bertholet 2008, p. 432
  33. Bertholet 2008, p. 436
  34. France 2, émission spéciale pour la centième de Campus, jeudi 17 février 2005, rédacteur en chef : Laurent Lemire (propos reproduits sur le site de Canal Académie.)
  35. Entretien avec Vincent Debaene et Frédéric Keck sur Nonfiction, 12 mai 2008.
  36. Emmanuel Désveaux, « Claude Lévi-Strauss, Œuvres », L’Homme, 190 | 2009. [lire en ligne]
  37. a et b (en) « Claude Lévi-Strauss obituary », The Guardian, 3 novembre 2009.
  38. Bernard Le Bouyer de Fontenelle a raté ce titre pour 33 jours, Louis Leprince-Ringuet de quatre mois.
  39. « Nicolas Sarkozy rend visite à Claude Lévi-Strauss pour son 100e anniversaire », sur Le Nouvel Observateur,‎ (consulté le 30 novembre 2008) : « Nicolas Sarkozy a rendu visite vendredi soir à l'anthropologue Claude Lévi-Strauss "pour lui rendre un hommage chaleureux et lui dire la reconnaissance de toute la Nation le jour de ses 100 ans", a annoncé l'Élysée dans un communiqué. »
  40. Véronique Mortaigne, « Folle journée pour Lévi-Strauss », sur Le Monde,‎ (consulté le 30 novembre 2008) : « La ministre annonce encore la création d'un prix Claude Lévi-Strauss, doté de 100 000 euros, qui distinguera chaque année un chercheur en sciences humaines et sociales travaillant en France »
  41. Communiqué" de presse du Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, 19 juin 2009.
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  43. a et b « Claude LÉVI-STRAUSS dans la biographie des immortels de l'Académie française »
  44. Filiation sur Wikifrat de Fraternelle
  45. Article du 3 novembre 2009 sur le site du magazine Le Point
  46. Roger-Pol Droit, « L'ethnologue Claude Lévi-Strauss est mort », Le Monde, 3 novembre 2009.
  47. Robert Maggiori, « L’empreinte Lévi-Strauss », Libération, 4 novembre 2009.
  48. « Depuis les années quarante, une œuvre imposante n'a cessé de dominer les sciences humaines, de leur fournir des modèles, d'en enrichir le foisonnement. Anthropologue et théoricien, Claude Lévi-Strauss a repensé les grandes questions de l'ethnologie la plus ambitieuse, celle de la tradition anglo-saxonne […] Il est un auteur pour autrui, à savoir un point de repère qu'aucun chercheur ne peut s'abstenir de lire faute de manquer un terminus post quem de la réflexion anthropologique » Giulia Sissa, Encyclopædia Universalis, 1990, p. 542.
  49. Bertholet 2008, p. 24
  50. Hénaff 1991, p. 30 et31
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  52. Lévi-Strauss 2014, p. 53
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  57. Nikolaï Troubetzkoï, « La phonologie actuelle », Psychologie du langage, Paris,‎
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  61. Domenico Silvestri, « Linguistique implicite et linguistique explicite chez Claude Lévi-Strauss », Diogène, Presses Universitaires de France, vol. n° 238, no 2,‎ , p. 68-77 (DOI 10.3917/dio.238.0068) (inscription nécessaire) – via Cairn.info
  62. Lévi-Strauss, Anthropologie structurale, 1974, p. 44 cité dans Domenico Silvestri, « Linguistique implicite et linguistique explicite chez Claude Lévi-Strauss », Diogène, Presses Universitaires de France, vol. n° 238, no 2,‎ , p. 68-77 (DOI 10.3917/dio.238.0068) (inscription nécessaire) – via Cairn.info
  63. Lévi-Stauss, Eribon 1988, p. 156
  64. Bertholet 2008, p. 153-154
  65. Petitot 1999, p. 2, §1 La référence naturaliste
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  67. Durand 2013, p. 34
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  69. Lévi-Strauss 1958, p. 336 « Les recherches structurales sont apparues dans les sciences sociales comme une conséquence indirecte de certains développements des mathématiques modernes […] dans divers domaines : logique mathématique, théorie des ensembles, théorie des groupes et topologie […], Cybernetics de Norbert Wiener »
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  112. loyer 2015, p. 467
  113. Chiss, Izard et Puech 2015, p. Chap.III, sous-chapitre Le temps des malentendus
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  117. Clément 2010, p. 37
  118. Bertholet 2008, p. 343
  119. Bernard Delfendahl, Le Clair et l'Obscur. Critique de l'anthropologie savante et défense de l'anthropologie amateur, Paris, Anthropos, 1973
  120. Bernard Delfendahl, « Critique de l'anthropologie savante : Claude Lévi-Strauss, homéliste et scolastique », L'Homme et la société, Année 1971, vol.22, n°1, pp. 211-235, http://www.persee.fr/doc/homso_0018-4306_1971_num_22_1_1466
  121. Raoul et Laura Makarius, Structuralisme ou Ethnologie. Pour une critique radicale de l'anthro¬pologie de Lévi-Strauss. Paris, Éditions Anthropos, 1973, 360 pp
  122. Hénaff 2011, p. 14
  123. Les articles Structuralisme et écologie, paru en anglais en 1972, et Structuralisme et critique littéraire (1965) sont parmi les rares titres de Lévi-Strauss comportant le mot structuralisme
  124. C.Lévi-Strauss, Le Regard éloigné, Ed.Plon, 1983, p. 11.
  125. Bertholet 2008, p. 383
  126. « Pierre Billard fait le point avec Claude Lévi-Strauss », Le Point, no 582, 14 novembre 1983. Cité par Bertholet 2008, p. 382
  127. Auger,Colleyn 2012, p. 103
  128. Auger,Colleyn 2012, p. 25
  129. Dosse 1992, p. 455-461 chap.36 « Crise des modèles universalistes et replis disciplinaires »
  130. Les Temps Modernes, 1998, no 598, p. 78-84. Publié initalement dans La Reppublica, 3 novembre 1995, sous le titre « Quell'intenson profumo di donna »
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  132. Kirsch,Llegou 2008
  133. Claude Lévi-Strauss. The Anthropologist as a Hero ed. by E. N. Hayes and T. Hayes MIT Press, 1970 (ISBN 978-0262080385)
  134. Leach E., Lévi-Strauss, Viking Press, 1970
  135. Bertholet 2008, p. 355-56
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  146. Emmanuel Désveaux, Quadratura americana : essai d’anthropologie lévi-straussienne, Genève, Georg Éditeur, 2001
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  148. Lévi-Strauss 1958, p. 235
  149. Hénaff 1991, p. 441
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  151. Christian Vandendorpe, Apprendre à lire des fables. Une approche sémio-cognitive, Montréal, Préambule/Balzac, collection « L'univers des discours », 1989, p. 27 et suiv.
  152. J.Petitot, « Approche morphodynamique de la formule canonique du mythe ». L'Homme, 1988, tome 28 no 106-107. p. 24-50
  153. J.Petitot, « Note complémentaire sur l'approche morphodynamique de la formule canonique du mythe ». L'Homme, 1995 tome 35 no 135. p. 1723
  154. L.Scubla, « Histoire de la formule canonique du mythe et de ses modélisations », thèse de l’EHESS, Paris, 1996
  155. L.Scubla, Lire Lévi-Strauss, Le déploiement d’une intuition, Odile Jacob, Paris, 1998 (ISBN 2-7381-0498-3)
  156. Godelier 2013, p. 430
  157. Elli Köngas-Maranda et Pierre Maranda, « Structural models in Folklore », Midwest Folklore, XII, Indiana University, 1962, p. 133-192
  158. Jack Morava, « from Lévi-Strauss to Chaos and Complexity » in M.S.Bosko et F.H.Damon (dir.), On the Order of Chaos, Oxford, New York, Berghahn Books, 2005, p. 47-63
  159. Godelier 2013, p. 433
  160. CNRS, « Liste des médaillés d'or du CNRS », sur http://www.cnrs.fr (consulté le 11 février 2014)

Bibliographie et Annexes[modifier | modifier le code]

Biographies sur Lévi-Strauss[modifier | modifier le code]

Hors-séries de revues[modifier | modifier le code]

  • L'Homme, « Claude Lévi-Strauss (1908-2009) », no 193, 2010, p. 7-50 : textes et photographies de Vincent Debaene, Françoise Héritier, Jean Jamin, Emmanuel Terray.
  • Comprendre Claude Lévi-Strauss, un numéro spécial de la revue Sciences Humaines, novembre-décembre 2008. (Présentation en ligne).
  • Marc Kirsch et Patricia Llegou(dir), « Claude Lévi-Strauss. Centième anniversaire », La lettre du Collège de France (hors série 2),‎ (lire en ligne)
  • Critique, numéro spécial « Claude Lévi-Strauss », no 620-621, 1999.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Jean-Philippe Cazier (dir.), Abécédaire de Claude Lévi-Strauss, Mons, Éditions Sils Maria,‎ (ISBN 9782930242576)
  • Catherine Clément, Claude Lévi-Strauss, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? » (no 3651),‎ , 5e éd. (ISBN 9782130582632).
  • Emilie Joulia, Claude Lévi-Strauss : l'homme derrière l'œuvre, Paris, JC Lattès,‎ , 203 p. (ISBN 9782709630801).
  • François Dosse, Histoire du Structuralisme Tome I : le champ du signe, 1945-1966, Paris, La découverte,‎ (réimpr. 2012) (ISBN 9782707174659)
  • François Dosse, Histoire du Structuralisme Tome II : le chant du cygne, 1967 à nos jours, Paris, La découverte,‎ (réimpr. 2012) (ISBN 9782707174611)
  • Emmanuel Désveaux, Au-delà du structuralisme : six méditations sur Claude Lévi-Strauss, Paris, Éd. Complexe,‎ , 158 p. (ISBN 9782804801540).
  • (de) Marcus Dick, Welt, Struktur, Denken : philosophische Untersuchungen zu Claude Lévi-Strauss, Würzburg, Königshausen & Neumann,‎ (réimpr. 2010) (ISBN 978-3826-04018-4 et 978-3487-14406-1, lire en ligne).
  • Daniel Dubuisson, Mythologies du XXe siècle : Dumézil, Lévi-Strauss, Eliade, Villeneuve-d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion,‎ , 2e éd. (ISBN 9782757400678).
  • Daniel Durand, La systémique, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? » (no 1795),‎ , 12e éd. (ISBN 978-2-13-061785-3)
  • Marcel Hénaff, Claude Lévi-Strauss et l'anthropologie structurale, Paris, Belfond, coll. « Points Essais »,‎ (réimpr. 2011) (ISBN 9782757819340).
  • Claude Imbert, Lévi-Strauss, le passage du nord-ouest : précédé d'un texte de Claude Lévi-Strauss, Indian cosmetics, Paris, Herne, coll. « Carnets de l'Herne »,‎ , 226 p. (ISBN 9782851978820).
  • Michel Izard (dir.), Claude Lévi-Strauss, Paris, Editions de l'Herne, coll. « Les Cahiers de l'Herne »,‎ , 482 p. (ISBN 9782851970961).
  • Frédéric Keck, Lévi-Strauss et la pensée sauvage, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Philosophies »,‎ , 154 p. (ISBN 9782130535836).
  • Frédéric Keck, Claude Lévi-Strauss, une introduction, Paris, Pocket/ la Découverte,‎ (ISBN 2-266-14374-3).
  • Vincent Debaene et Frédéric Keck, Claude Lévi-Strauss : l'homme au regard éloigne, Paris, Découvertes Gallimard, coll. « Littératures »,‎ , 144 p. (ISBN 9782070361779).
  • Juan Pablo Lucchelli, Lacan et la formule canonique des mythes, Les Temps Modernes, no 660, septembre 2010.
  • Juan Pablo Lucchelli, Le Père Noël est une structure : de Lévi-Strauss à Lacan, Les Temps Modernes, n° 676, décembre 2013.
  • Juan Pablo Lucchelli, Lacan avec et sans Lévi-Strauss, éd. Cécile Defaut, janvier 2014.
  • Silva, A. J. M, Un ingrédient du discours, Discours et pratiques alimentaires en Méditerranée (vol. 1), Édilivre-Aparis, Saint Denis, 2013 ISBN 978-2-332-55208-2
  • Yvan Simonis, Lévi-Strauss ou la passion de l'inceste. Introduction au structuralisme, Paris, Aubier-Montaigne, 1968.
  • Wiktor Stoczkowski, Anthropologies rédemptrices : le monde selon Lévi-Strauss, Paris, Hermann éd, coll. « Société et pensées »,‎ (ISBN 9782705668068, présentation en ligne).
  • Françoise Zonabend, (éd.), Le Laboratoire d'anthropologie sociale. Cinquante ans d'histoire, 1960-2010, Paris, Collège de France et fondation Hugot, 2010.
  • Maurice Godelier, Lévi-Strauss, Paris, Seuil,‎
  • Marc Auger et Jean-Paul Colleyn, L'anthropologie, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? » (no 3705),‎ , 2e éd. (ISBN 9782130574279)
  • Gildas Salmon, Les structures de l'esprit. Lévi-Strauss et les mythes, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Pratiques théoriques »,‎ (ISBN 978-2-13-059065-1)

Articles[modifier | modifier le code]

  • Anne Mélice, "Un concept lévi-straussien déconstruit : le "bricolage"", dans Les Temps Modernes, no 656, 2009, p. 83-98.
  • Albert Doja, "Claude Lévi-Strauss at his Centennial: toward a future anthropology", Theory, Culture & Society, vol. 25 (7-8), 2008, p. 321–340, doi:10.1177/0263276408097810 (http://hal.ccsd.cnrs.fr/halshs-00405936).
  • Albert Doja, "Claude Lévi-Strauss (1908-2009): The apotheosis of heroic anthropology", Anthropology Today, vol. 26 (5), p. 18-23, doi:10.1111/j.1467-8322.2010.00758.x (http://hal.ccsd.cnrs.fr/halshs-00523837).
  • Jacques Grinevald, « Piaget on Lévi-Strauss : an interview with Jean Piaget », New Ideas in Psychology, n°1, 1983, p. 73-79 et « Lévi-Strauss’s reaction : on interview with Lévi-Strauss », New Ideas in Psychology, n°1, 1983, p. 81-86.
  • Jacques Grinevald, « Interviews avec Jean Piaget et Claude Lévi-Strauss », Revue européenne des sciences sociales et Cahiers Vilfredo Pareto, t. XXII, no 67, Genève, Droz, 1984, p. 165-178.
  • Elie Haddad, « Qu'est-ce qu'une "maison" ? De Lévi-Strauss aux recherches anthropologiques et historiques récentes », L'Homme, no 212,‎ , p. 109-138
  • Jean-Louis Chiss, Michel Izard et Christian Puech, « structuralisme », Encyclopaedia Universalis,‎ (lire en ligne)
  • Jean Petitot, « La généalogie morphologique du structuralisme », Critique, Paris, vol. 55, no 621-21,‎ , p. 97-122 (ISSN 0011-1600, lire en ligne)
  • Jean Petitot, « Nature et enjeux de la modélisation en sciences sociales », Le Genre Humain, Paris, no 33 Interdisciplinarités,‎ , p. 75-101 (lire en ligne)
  • Jacqueline Léon, « Historiographie du structuralisme généralisé. Etude comparative », Les dossiers de HEL (supplément électronique à la revue Histoire Epistémologie Langage), Paris, Société d’Histoire et d’Épistémologie des Sciences du Langage, vol. n°3,‎ (lire en ligne)
  • Simona Dragan, « Le destin d’un mouvement: le structuralisme », ALKEMIE. Revue semestrielle de littérature et philosophie, no 10,‎ , p. 125-133 (lire en ligne)
  • Claude Lévi-Strauss, « Les Mathématiques de l’Homme », In:Izard M.(dir):Claude Lévi-Strauss. Les Cahiers de l'Herne n°82, Paris, Flammarion,‎ , p. 53 (ISBN 9782081333550)
  • Gérard Lenclud, « Claude Lévi-Strauss aujourd’hui », Études du CEFRES, Centre Français de recherche en sciences sociales, vol. n°12,‎ (lire en ligne)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Lévi-Strauss, entretien avec Bernard Pivot du 4 mai 1984, DVD édité par les éditions Gallimard et l'INA, 2004.
  • Claude Lévi-Strauss, un film d'entretiens réalisé dans la propriété bourguignonne de Claude Lévi-Strauss en 1972 par Jean José Marchand et Pierre Beuchot; produit par l'INA & Arte, et proposé en DVD par les Éditions Montparnasse.
  • Documentaire 52' : À propos de "Tristes Tropiques" 1991 - Film Super 16.

Fonds d'études[modifier | modifier le code]

Les archives de Claude Lévi-Strauss ont été données au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France. La bibliothèque de travail a été rachetée par le Cercle Claude Lévi-Strauss et léguée à la Médiathèque du musée du quai Branly[1].

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références sur les annexes[modifier | modifier le code]