Gaston Bachelard

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Gaston, Louis, Pierre Bachelard, né à Bar-sur-Aube le et mort à Paris le , est un philosophe français des sciences et de la poésie.

La tombe de Gaston et Suzanne Bachelard à Bar-sur-Aube

Épistémologue reconnu, il est l'auteur d'une somme de réflexions liées à la connaissance et à la recherche scientifique. Il invente ce qu'il appelle la « psychanalyse de la connaissance objective », inspirée par les travaux de Jung, qui introduit et étudie la notion d'obstacle épistémologique : ce sont des obstacles affectifs dans l'univers mental du scientifique et de l'étudiant, obstacles qui les empêchent de progresser dans la connaissance des phénomènes[1]. Dans la Philosophie du non, il analyse des exemples tirés de la logique, de la physique, de la chimie ou encore des mathématiques.

Bachelard renouvelle l'approche philosophique et littéraire de l'imagination, s'intéressant à des poètes et écrivains (entre autres Lautréamont, Edgar Poe, Novalis), à des peintres (Jean Revol), au symbolisme ou encore à l'alchimie[2].

Il interroge alors les rapports entre la littérature et la science, c'est-à-dire entre l'imaginaire et la rationalité. Ils peuvent être conflictuels ou complémentaires. Une image au fort pouvoir affectif provoquera des illusions pour le scientifique (l'image du feu par exemple pourra obstruer la connaissance de l'électricité)[2]. Mais cette même image produira en littérature des effets inattendus et surchargés poétiquement : son pouvoir de fascination sera très important (chez Novalis ou Hölderlin par exemple pour l'image du feu)[3]. La rêverie poétique « sympathise » intimement avec le réel, tandis que l'approche scientifique est « antipathique » : elle prend ses distances avec la charge affective du réel. L'imagination pourra cependant aider à la construction des modèles scientifiques.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les débuts et la guerre[modifier | modifier le code]

Gaston Bachelard est né le 27 juin 1884, à Bar-sur-Aube en Champagne. Il fait sa scolarité au collège de Bar-sur-Aube de 1895 à 1902. Il est répétiteur de 1902 à 1903 au collège de Sézanne et devient par la suite surnuméraire des Postes et Télégraphes à Remiremont de 1903 à 1905. De 1906 à 1907, il effectue son service militaire comme cavalier télégraphiste au 12e Régiment de Dragons de Pont-à-Mousson.

Il est ensuite nommé Commis des Postes et Télégraphes à Paris, (bureau de la gare de l'Est), de 1907 à 1913. Il prépare un concours d'ingénieur des Postes en 1912, auquel il échoue. Il obtient une licence de mathématiques[4].

Il se marie à Maisons-les-Soulaines le 8 juillet 1914 avec Jeanne Rossi, une jeune institutrice de son pays. Puis il est mobilisé du 2 août 1914 au 16 mars 1919, toujours dans le régiment du 12e dragon de Pont-à-Mousson, ce qui fait 38 mois de tranchées dans les unités combattantes. Il obtient la Croix de guerre (citation à l'ordre de la division).

La carrière d'enseignement[modifier | modifier le code]

Après la guerre, de 1919 à 1930, il exerce le métier de professeur de physique et de chimie au Collège de Bar-sur-Aube[5]. Sa femme meurt le 20 juin 1920 et lui laisse une fille, Suzanne, née le 18 octobre 1919, qui deviendra plus tard épistémologue[6]. En 1920 toujours, Bachelard est licencié en philosophie après un an d'études. Il poursuit avec l'agrégation de philosophie, obtenue en 1922, à la suite de quoi il enseigne à Bar-sur-Aube cette matière, tout en continuant son enseignement dans les sciences expérimentales.

Le 23 mai 1927, il acquiert le titre de Docteur ès lettres à la Sorbonne. Ses thèses furent soutenues sous les patronages d'Abel Rey et de Léon Brunschvicg. Il est chargé de cours à la faculté des lettres de Dijon à partir d'octobre 1927, puis professeur de philosophie de 1930 à 1940. Il s'y lie d'amitié avec Gaston Roupnel.

Dix ans plus tard, le 25 août 1937, il est fait Chevalier de la Légion d'honneur. Il deviendra professeur à la Sorbonne, de 1940 à 1954. Il occupe la chaire d'histoire et de philosophie des sciences, où il succède à Abel Rey, directeur de l'Institut d'histoire des sciences et des techniques. Le 10 juillet 1951, il est fait Officier de la Légion d'honneur. Il deviendra ensuite, en 1954, professeur honoraire à la Sorbonne, chargé de l'enseignement correspondant à sa chaire pour l'année universitaire 1954-1955.

Fin de carrière et honneurs[modifier | modifier le code]

Bachelard est élu à l'Académie des sciences morales et politiques, fauteuil d'Edouard Le Roy, en 1955. Il est nommé Commandeur de l'Ordre du Mérite Postal par décret du 24 janvier 1956. Il est fait Commandeur de la Légion d'honneur en 1960. Il obtient le 6 novembre 1961 le Grand Prix national des Lettres. Il meurt à Paris le 16 octobre 1962, et il sera inhumé le 19 à Bar-sur-Aube. Il donne quelques indications personnelles dans son dernier ouvrage, La Flamme d'une chandelle, et sur sa jeunesse en particulier, dans La Psychanalyse du feu.

Influences reçues[modifier | modifier le code]

Place au sein de l'épistémologie française[modifier | modifier le code]

Bachelard s'inspire du positivisme d'Auguste Comte pour fonder une approche moderniste, méthodique et historique de la science. Il substitue à la loi des trois états[7] sa propre vision du processus scientifique, dont les étapes principales sont le « réalisme naïf », le « rationalisme » et le « surrationalisme » (ou « rationalisme dialectique »)[8].

Il s'oppose à la conception du temps et du réel de Bergson dans L'Intuition de l'instant (1932) et La Dialectique de la durée (1936)[C'est-à-dire ?]. Mais il reçoit l'influence de la philosophie bergsonienne de la mobilité, citée nommément à de nombreuses reprises dans L'Air et les songes (1943)[9].

Parmi ses contemporains, la philosophie des sciences de Bachelard est proche de celle de Ferdinand Gonseth concernant la logique (mathématiques). Ce dernier considérait la logique comme « une physique de l'objet quelconque » et soutenait qu'il n'est pas possible de faire le partage, dans les assertions mathématiques, entre ce qui est pure logique et contenu de réalité[10]. Le constructivisme épistémologique de Bachelard est également proche de la façon dont Alexandre Koyré fait de l'histoire des sciences.

L'idéalisme allemand[modifier | modifier le code]

Bachelard reçoit l'influence de trois principaux courants de pensée : l'épistémologie française (d'obédience positiviste), l'idéalisme allemand (Kant, Novalis, Hegel), et la psychanalyse (surtout jungienne). Jean-Jacques Wunenburger explique que Bachelard fait communiquer la tradition française, faite de clarté et de rationalité analytique, avec la tradition allemande, faite de poésie et d'images synthétiques de la Nature. Il est positiviste en philosophie des sciences et romantique en philosophie de la poésie, mais Wunenburger ajoute qu'il ne maintient pas cette dualité de façon indépassable, au contraire il cherche à réduire le fossé entre les deux traditions (c'est la « pensée rhénane » de Bachelard)[11]. Bachelard tente d'éviter deux écueils, n'admettre que la raison positiviste, ou bien se perdre dans une vision extatique du monde.

Bachelard reprend à Kant l'idée que la théorie est antérieure à l'expérience. La connaissance objective est ainsi un processus de rationalisation de l'expérience sensible. Mais il critique le caractère a priori (universellement valide) que Kant assigne aux catégories. Les théories sont majoritairement erronées et la science avance en se corrigeant continuellement[12].

Il reprend à Hegel l'idée que la rationalité est essentiellement « dialectique », c'est-à-dire en mouvement. La connaissance scientifique est un aller et retour permanent entre la raison et l'expérience, et la raison se corrige elle-même, elle ne produit pas des théories figées, mais des théories qui évoluent. Bachelard propose ainsi une définition de la rationalité complexe et subtile, qui suit les articulations de son objet en l'intériorisant. Mais il critique le caractère « clos » de la dialectique hégélienne, qui se referme sur elle-même et forme un système achevé. Il élabore au contraire une raison « ouverte », qui se réforme et qui produit constamment, faisant avancer le savoir humain sans limite définie[13].

La psychanalyse[modifier | modifier le code]

Bachelard réinterprète les conceptions psychanalytiques de Freud (inconscient, censure, rêve, libido), qu'il utilise à la fois dans son épistémologie (conçue comme une psychanalyse de la connaissance objective) et dans sa poétique (conçue comme une psychanalyse de l'imagination subjective).

Il reprend à C. G. Jung sa théorie des symboles et sa notion d'archétype. Sa lecture de C. G. Jung, mais aussi des surréalistes l'amène à comprendre l'imaginaire et non la perception comme l'origine première de la vie psychique. Il écrit : « Nous emprunterons alors la plupart de nos arguments à la Psychologie des profondeurs »[14] et « nous allons réunir et compléter les observations de C. G. Jung en attirant l'attention sur la faiblesse des explications rationnelles [utilitaires] »[15].

Face à la multiplication des références faites par les psychanalystes à l’œuvre de Bachelard, précisons la contribution de la pensée de ce philosophe et historien de l’avènement de l’esprit scientifique faite au domaine de la psychologie au sens large, afin d’en comprendre l’imbrication avec le rêve-éveillé en psychanalyse[16] en particulier.

À la lumière de l’œuvre écrite, le psychanalyste Louis Coste explique que Bachelard est un rationaliste qui considère que la conscience humaine est tendue vers l’abstraction. Mais au lieu de rejeter le monde du sensible, il décrit et classe les catégories de la rêverie. Bachelard écrit : « Un esprit préscientifique, au moment où vous tentez de l'embarrasser par des objections sur un réalisme initial, sur sa prétention à saisir, du premier geste, son objet développe toujours la psychologie de cette stimulation qui est la vraie valeur de conviction, sans jamais en venir systématiquement à la psychologie du contrôle objectif »[17]. Il en conclut que le monde fait de rêverie, d’imagination et de poésie est celui de l’image qui est indépendant du monde rationnel du concept, en affirmant qu'« Il faut donc accepter une véritable rupture entre le connaissance sensible et la connaissance scientifique »[18].

À cette unique condition l’Homme peut atteindre « la physique de la sérénité » et devenir un être en harmonie parfaite avec le cosmos. Bachelard écrit que « c'est dans cette lumière, sur ces hauteurs, avec la conscience de l'être aérien que ce constitue cette physique de la sérénité qui nous paraît caractériser l'œuvre de Robert Desoille. L'élévation de l'âme va de pair avec sa sérénité »[19]. La métaphore de la physique de la sérénité semble contredire la validité de la segmentation opérée par Bachelard[réf. nécessaire].

Quant au statut de l’inconscient, Bachelard admet certes, l’inconscient freudien, l’inconscient jungien et admire aussi l’œuvre de Robert Desoille, au sens où tous ces travaux contribuent à l’éclosion et à l’affermissement de la puissance créatrice de l’être humain. Car, pour Bachelard, l'homme est ergothérapeute de soi[réf. nécessaire]. Il écrit en effet que « L'être forgeant accepte le défi de l'univers dressé contre lui »[20]. Nous sommes aux antipodes de la mise en avant de la nécessité du transfert, puisque la solitude au contraire, rapproche l’Homme de sa vraie nature cosmique. D’où cette conviction que l’être, par la rêverie, se dilate au cosmos, et s’y fond comme dans une Grande Mère Nature. Mais aussi que, par une tension opérée dans le sens opposé, celui de la condensation et de l’abstraction, l’Homme adhère également au cosmos.

Finalement, pour Bachelard, la notion même d’individu est, comme l’axiome, un moyen de prospection dans l’univers et non pas une fin. Car il n’est jamais sûr que ce soit le sujet qui pense. Bachelard est même convaincu que l’univers pense le sujet. Il écrit que

« La rêverie poétique est une rêverie cosmique [...] Elle donne au moi un non-moi ; le non-moi mien. C'est ce non-moi qui enchante le moi du rêveur et que les poètes savent nous faire partager. Pour mon moi rêveur, c'est ce non-moi mien qui me permet de vivre ma confiance d'être au monde[21]. »

Position dont l’interprétation poussée à la limite, se trouve en adéquation avec celle de Spinoza[22] et d'Einstein[23] : la liberté de l’être humain se limite à choisir les moyens qui vont l’amener à saisir ce qui, dans l’espace-temps, le situe.

Philosophie des sciences[modifier | modifier le code]

Divergences avec l'épistémologie viennoise[modifier | modifier le code]

Bachelard et d'autres philosophes français des sciences ont eu de profonds désaccords avec l'empirisme logique concernant à la fois le statut de la logique, et donc des mathématiques qui ne seraient pas une syntaxe universelle, et le rôle de l'observation et de l'expérimentation dans le processus scientifique, et des outils et instruments utilisés témoins d'un objectif recherché[10].

L'empirisme logique soutient un « désengagement ontologique radical » et ne se soucie pas du « contexte de la découverte », contrairement à l'épistémologie bachelardienne[24]. Cela veut dire que l'empirisme logique a décidé d'abandonner la métaphysique, la question du « pourquoi ? » et la spéculation sur la réalité, pour ne conserver que l'analyse et la construction logique des énoncés, laissant à la science le soin de décrire les phénomènes[25]. L'empirisme logique a également abandonné l'étude du contexte historique, social, politique de la découverte scientifique, au contraire de Bachelard et ses successeurs de l'épistémologie historique française (Canguilhem, Althusser, Foucault), qui étudient les mentalités et les idéologies liées aux théories scientifiques.

Pierre Jacob, spécialiste français du Cercle de Vienne et de philosophie des neurosciences, estime que les héritiers de Gaston Bachelard en matière d'épistémologie, comme Althusser ou Foucault, ont retenu essentiellement « les quatre thèses suivantes »[26].

Première thèse : les instruments scientifiques sont des « théories matérialisées » (c'est la « phénoménotechnique »). Et donc toute théorie est une pratique. Deuxième thèse : toute étude épistémologique doit être historique. Troisième thèse : il existe une double discontinuité : d'une part entre le sens commun et les théories scientifiques ; d'autre part entre les théories scientifiques qui se succèdent au cours de l'histoire. C'est la « rupture épistémologique ». Quatrième thèse : aucune philosophie (traditionnelle) prise individuellement (ni l'empirisme, ni le rationalisme, ni le matérialisme, ni l'idéalisme) n'est capable de décrire adéquatement les théories de la physique moderne. C'est le « polyphilosophisme » ou la « philosophie du non ».

Bachelard soutient en effet qu'il faut construire une nouvelle philosophie de la science et une nouvelle métaphysique à chaque nouvelle théorie scientifique d'importance. C'est ce qu'il s'emploie à faire dans Le Nouvel esprit scientifique et dans La Philosophie du non, où Bachelard s'attelle à la définition d'une épistémologie « non-cartésienne », d'une logique « non-aristotélicienne », et ainsi de suite.

Le nouvel esprit scientifique[modifier | modifier le code]

Dans son ouvrage essentiel : Le nouvel esprit scientifique (1934)[27], Gaston Bachelard opère un dépassement du débat empirisme/rationalisme, tout comme Karl Popper, deux auteurs que l'on oppose parfois[28]. Pour Bachelard, le matérialisme rationnel se trouve au centre d'un spectre épistémologique dont les deux extrémités sont constituées par l'idéalisme et le matérialisme.

La « philosophie du non » : Pourquoi parler de « géométrie non euclidienne » ou de « mécanique non newtonienne » ? Bachelard nous répond : « La généralisation du non doit inclure ce qu'elle nie » et aussi « En fait tout l'essor de la pensée scientifique depuis un siècle provient de telles généralisations dialectiques avec enveloppement de ce qu'on nie »[29]. C'est donc une négation certes, mais constructive et enveloppante.

Armé de son expérience d'enseignant de sciences physiques en lycée, Bachelard considère que l'essentiel de la pédagogie dans les sciences consiste à éveiller les élèves au « sens du problème » car les problèmes ne se posent pas d'eux-mêmes[30]. Toute connaissance est la réponse à un questionnement.

Ses idées ayant de nombreuses affinités avec celles de Ferdinand Gonseth, il contribua avec celui-ci à la création et au rayonnement de la revue Dialectica.

Bachelard est classé par Jean-Louis Le Moigne parmi les précurseurs du constructivisme épistémologique[31]. Bachelard résume son épistémologie ainsi :

« L'esprit scientifique nous interdit d'avoir une opinion sur des questions que nous ne comprenons pas, sur des questions que nous ne savons pas formuler clairement. Avant tout, il faut savoir poser des problèmes. Et quoi qu'on dise, dans la vie scientifique, les problèmes ne se posent pas d'eux-mêmes. C'est précisément ce sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique. Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S’il n’y a pas eu de question, il ne peut y avoir connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit. »

— Gaston Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique[32]

Postérité de l'épistémologie bachelardienne[modifier | modifier le code]

La philosophie de Bachelard a largement influencé l'épistémologie « historique » française, notamment Koyré, Althusser, Canguilhem, Simondon, Foucault, Dagognet[33].

Bachelard appliquait sa théorie de la connaissance essentiellement à la physique, aux mathématiques, à la chimie et à la logique ; Canguilhem l'appliquera à la biologie et à la médecine, en tenant compte également de l'apport de Bergson. Althusser développera la notion de « coupure épistémologique » en référence à la « rupture épistémologique » bachelardienne. Quant à Simondon, il tentera une synthèse du bergsonisme et du bachelardisme.

Michel Serres qualifie Bachelard comme le dernier des symbolistes, qui sature l'espace de symboles au croisement de la science et de la culture[34].

Philosophie poétique[modifier | modifier le code]

Projet de métapoétique[modifier | modifier le code]

Dans la deuxième partie de son œuvre, après l'épistémologie et à partir de 1937, Bachelard se consacre à une étude approfondie de l'imaginaire poétique. Dans un texte resté célèbre, le dormeur éveillé, il déclare : « Notre appartenance au monde des images est plus forte, plus constitutive de notre être que notre appartenance au monde des idées ». Il plaide alors pour les douceurs de la rêverie et se laisse aller aux évocations que lui inspire « a flamme d'une chandelle ».

Bachelard consacre à Lautréamont un livre éponyme, dans lequel il développe sa théorie de la poésie. Il établit le projet d'une « métapoétique » dans cette étude[35].

Il reprend les notions nietzschéennes de désir, de puissance et d'ascension[36], qu'il applique à ses psychologies du feu et de l'air.

Les quatre éléments[modifier | modifier le code]

Bachelard classe les inspirations poétiques en quatre catégories, correspondant aux quatre éléments des Anciens et des alchimistes : l'eau[37], le feu[38], l'air[39] et la terre[40]. Il écrit : « La rêverie a quatre domaines, quatre pointes par lesquelles elle s'élance dans l'espace infini. Pour forcer le secret d'un vrai poète [...], un mot suffit : « Dis-moi quel est ton fantôme ? Est-ce le gnome, la salamandre, l'ondine ou la sylphide ? ». »[41],[42]. Ces quatre catégories sont autant de méthodes poétiques et psychanalytiques d'approche des textes littéraires. Dans La Psychanalyse du feu, Bachelard évoque les quatre éléments, bien qu'il centre son ouvrage sur le feu. Ce livre inaugure la série d'ouvrages que Bachelard va consacrer aux éléments : cette série commence donc par le feu, puis l'eau (L'Eau et les rêves : Essai sur l'imagination de la matière), l'air (L'Air et les songes : Essai sur l'imagination du mouvement), la terre (La Terre et les rêveries du repos et La Terre et les rêveries de la volonté), et s'achève par l'élément par lequel Bachelard avait commencé, celui qui le fascine le plus personnellement : le feu, dans son autobiographie La Flamme d'une chandelle. Suzanne Bachelard, sa fille, éditera l'œuvre posthume Fragments d'une poétique du feu (constituée de trois chapitres respectivement sur Prométhée, le Phénix et Empédocle), ce qui fait trois ouvrages sur le feu au total.

Les poètes[modifier | modifier le code]

Le feu[modifier | modifier le code]

Pour le feu, Bachelard évoque Héraclite, Empédocle, Novalis[43], Hölderlin, Hoffmann, le Werther de Goethe. Le feu est particulièrement vif dans le courant romantique, à cause de la consumation totale du moi dans la nature qu'il inspire. Les poètes animés par la « salamandre » ont ainsi en commun cette volonté de dispersion du moi dans les choses : la légende dit qu'Empédocle s'est jeté dans l'Etna[44] ; Héraclite fait du « feu » (τὸ πῦρ), perpétuellement en devenir, le principe au cœur des choses qui crée et consume le monde sans fin[45] ; et Werther finit par se suicider pour un amour impossible[46].

Hölderlin écrit un roman intitulé Hypérion et trois versions d'une tragédie inachevée sur Empédocle, exprimant la nostalgie de ce retour au sein de la Nature, de laquelle il se sent exilé, avant de sombrer dans la folie[3] :

« Alors qu'Hypérion choisit une vie qui se mêle plus intimement à la vie de la Nature, Empédocle choisit une mort qui le fond dans le pur élément du Volcan. Ces deux solutions, dit fort bien M. Pierre Bertaux, sont plus proches qu'il ne semble à première vue. Empédocle est un Hypérion qui a éliminé les éléments werthériens, qui, par son sacrifice, consacre sa force et n'avoue pas sa faiblesse ; […]. La mort dans la flamme est la moins solitaire des morts. C'est vraiment une mort cosmique où tout un univers s'anéantit avec le penseur. Le bûcher est un compagnon d'évolution. »

La production poétique de Novalis, quant à elle, fut aussi intense que courte. Bachelard en dit[47] :

« Toute la poésie de Novalis pourrait recevoir une interprétation nouvelle si l'on voulait lui appliquer la psychanalyse du feu. Cette poésie est un effort pour revivre la primitivité. […] Voici alors, dans toute sa claire ambivalence, le dieu frottement qui va produire et le feu et l'amour. »

L'eau[modifier | modifier le code]

Pour l'eau, Bachelard évoque Edgar Poe, dans L'Eau et les Rêves (ch. 2 : « Les eaux profondes, les eaux dormantes, les eaux mortes. "L'eau lourde" dans la rêverie d'Edgar Poe »)[48]. Dans La Psychanalyse du feu, il parle de l'« étang de la Maison Usher »[49]. Bachelard parle également de Novalis, qui exprime dans son Henri d'Ofterdingen (roman inachevé) des images de maternité et de jeunes filles au contact de l'eau[50] :

« Les êtres du rêve, chez Novalis, n'existent donc que lorsqu'on les touche, l'eau devient femme seulement contre la poitrine, elle ne donne pas des images lointaines. »

De plus, pour Novalis, l'eau est une « flamme mouillée ». On voit bien ici que, dans l'imaginaire poétique, les quatre éléments ne sont pas cloisonnés de manière rigide ; ils peuvent au contraire communiquer, comme chez Novalis où l'eau transfigure le feu et vice-versa. Bachelard classe aussi Swinburne parmi les poètes hantés par l'« ondine ».

L'air[modifier | modifier le code]

Pour l'air, Bachelard consacre un long passage à Nietzsche dans L'Air et les songes (ch. 5 : « Nietzsche et le psychisme ascensionnel »). Il s'intéresse ainsi à l'esthétique (Le Cas Wagner) et à la production poétique (Gai savoir[51] et Ainsi parlait Zarathoustra, entre autres) de Nietzsche, en plus de lui emprunter certaines de ses intuitions sur le désir et sur l'imagination. Il déclare[52] :

« Nietzsche est le type même du poète vertical, du poète des sommets, du poète ascensionnel. »

L'esthétique nietzschéenne se caractérise par la légèreté, notamment dans les arts rythmiques (musique, danse et poésie), contre la « lourdeur névrotique »[53] de Wagner. Bachelard analyse aussi, dans le même livre, les poètes marqués par la « sylphide » que sont Shelley (« poésie aérienne », p. 52), Balzac (« ascension psychologique vécue », p. 70) et Rilke (« impression dynamique de légèreté », p. 44). Sa psychologie de l'air s'inspire de manière remarquable de la métaphysique bergsonienne de la mobilité, notamment lorsque Bachelard caractérise l'élément aérien comme la coïncidence mouvante de l'être intime (l'être du rêveur-poète) avec l'Être tout entier (l'être cosmique) : le monde est lui-même « voyage », et le rêveur voyage avec le monde, non dans le monde : la fusion aérienne n'est pas la consumation brûlante de l'être que l'on trouve dans la poésie marquée par l'élément du feu.

« Jamais le rêveur aérien n'est tourmenté par la passion. (p. 57) »

En effet, le poète de l'air se meut dans la douceur ; il est transporté, protégé, comme le rêveur de l'eau qui est bercé par l'eau maternelle. La continuité entre l'eau et l'air se manifeste précisément dans le passage du transport flottant bercé par les eaux au transport volant porté par les airs. Au contraire, le poète du feu risque la dissolution complète de son être dans l'élément naturel, il dissipe toute protection dans une rêverie flamboyante et passionnée.

Néanmoins, l'air et le feu ont en commun l'élévation, l'ascension :

« La méditation de la flamme a donné au psychisme du rêveur une nourriture de verticalité, un aliment verticalisant. Une nourriture aérienne, allant à l'opposé de toutes les « nourritures terrestres », pas de principe plus actif pour donner un sens vital aux déterminations poétiques. »

— La Flamme d'une chandelle (1961), p. 4.

La terre[modifier | modifier le code]

Postérité[modifier | modifier le code]

Herméneutique et philosophie de l'imagination[modifier | modifier le code]

Les réflexions de Bachelard sur l'imagination, la poésie et le symbolisme, très influencées par le surréalisme naissant, ont marqué le travail de certains penseurs de l'herméneutique et de la philosophie postmoderne tels que Ricœur, Deleuze, Derrida et Sloterdijk ou encore de l'anthropologie culturelle comme Gilbert Durand.

Ricœur rend hommage à la « phénoménologie de l'imagination » de Bachelard dans La Métaphore vive[54].

Deleuze discute l'interprétation bachelardienne des images poétiques utilisées par Nietzsche dans son œuvre, et notamment dans le Zarathoustra. Pour Bachelard, les images nietzschéennes sont essentiellement aériennes, signes d'un penseur qui nous regarde du haut des cimes. Pour Deleuze au contraire, Nietzsche est un penseur terrestre, dont le credo « mes amis, restez fidèles à la terre » est partout manifeste[55]. Nietzsche serait plutôt le philosophe des profondeurs, qui nous met en garde contre les envolées mystiques et les ascensions religieuses.

Sloterdijk prolonge les analyses de Bachelard sur l'imaginaire et le symbolisme aquatiques[56].

Le critique et professeur Jean-Pierre Richard s'inspire de Bachelard dans ses analyses littéraires.

La question des métaphores[modifier | modifier le code]

Jacques Derrida se propose de critiquer le projet métapoétique de Bachelard, dans le cadre d'une étude de la métaphore[57]. Pour l'inventeur de la déconstruction, l'ensemble de la tradition philosophique a toujours voulu dominer le processus métaphorique, le rationaliser, en faire un domaine contingent et sensible à côté de l'intelligibilité pure, reproduisant en cela la dualité platonicienne. Or, « Bachelard est, sur ce point, fidèle à la tradition : la métaphore ne lui paraît pas constituer simplement, ni nécessairement, un obstacle à la connaissance scientifique ou philosophique »[58].

Dans la perspective derridienne, rien ne peut échapper à la métaphore, aucun discours ne peut prétendre la dominer, c'est-à-dire n'être pas lui-même métaphorique, empreint de double sens. Il n'y a que la métaphore elle-même qui soit « dominée » par le processus métaphorique, emportée vers l'autodestruction[59]. Or, l'œuvre poétique de Bachelard (notamment son Lautréamont) est en fait complice de son œuvre épistémologique (notamment La Formation de l'esprit scientifique). L'œuvre de Bachelard se conçoit, selon Derrida, comme le double projet d'une métapoétique (discours philosophique sur la poésie, qui fonde la possibilité d'une analyse littéraire descriptive et objective[60], qui passe par la classification des métaphores) et d'une psychanalyse de la connaissance (analyse et épuration des obstacles affectifs à la recherche scientifique, afin de parvenir à des théories rationnelles et rigoureuses).

Mais cette classification des métaphores n'est possible que si le philosophe se place en un lieu où il n'est pas affecté par le processus métaphorique lui-même dans la production de son discours. Une métaphore ne peut maîtriser une métaphore : il faut déterminer un concept de métaphore, qui ne soit pas lui-même métaphorique. Et c'est précisément cette distanciation rationnelle du philosophe, donc cette classification des métaphores (irrationnelles, mais déterminables rationnellement), qui est impossible pour Derrida : la métaphore traverse l'ensemble du discours, y compris et surtout le discours philosophico-scientifique. « La philosophie, comme théorie de la métaphore, aura d'abord été une métaphore de la théorie »[61]. Le mot « théorie » lui-même est métaphorique, il désigne l'action de « voir », d'après l'étymologie grecque.

Publications[modifier | modifier le code]

Signature de Gaston Bachelard

L'intégralité de l'œuvre de Bachelard est tombée dans le domaine public en 2012 au Canada (soit 50 ans après le décès de l'auteur). Cette réglementation, propre à ce pays, ne s'applique pas partout.

Articles[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir notamment La Formation de l'esprit scientifique, éd. Vrin, 2000.
  2. a et b Voir La Psychanalyse du feu, éd. Gallimard, « Folio Essais », 1985.
  3. a et b Voir La psychanalyse du feu, ch. 2 : « Le complexe d'Empédocle », éd. Gallimard, « Folio Essais », 1985, p. 43.
  4. Jean Libis et Pascal Nouvel, Gaston Bachelard. Un rationaliste romantique, Bar-sur-Aube, Centre Gaston Bachelard, 2006, p. 13-14.
  5. Repères biographiques, sur le site de l'Association Internationale Gaston Bachelard.
  6. Elle traduira Edmund Husserl et publiera l'œuvre posthume de son père Fragments d'une poétique du feu.
  7. Auguste Comte, Cours de philosophie positive (1830-1842), Première leçon, t. 1, Hermann, 1975, p. 21-22.
  8. Voir La Formation de l'esprit scientifique, Paris, Vrin, 2000.
  9. Cf. Frédéric Worms, Jean-Jacques Wunenburger, Bachelard et Bergson : continuité et discontinuité ?, Paris, PUF, 2008.
  10. a et b Dominique Lecourt, La philosophie des sciences, Paris, PUF, , 127 p. (ISBN 9782130624448), p. 99 et 100.
  11. Jean-Jacques Wunenburger, « La pensée rhénane de Gaston Bachelard », in Jean-François Mattéi (dir.), Philosopher en français, Paris, PUF, 2001, ch. X.
  12. Voir La philosophie du non, Paris, PUF, 2005. Pour Emmanuel Kant, voir la Critique de la raison pure, Paris GF-Flammarion, 2006.
  13. Voir La philosophie du non, Paris, PUF, 2005. Pour Friedrich Hegel, voir la Phénoménologie de l'Esprit, éd. Vrin, 2006.
  14. Gaston Bachelard, La poétique de la rêverie, Paris, PUF, « Quadrige », 1971, p. 17.
  15. Gaston Bachelard, La Psychanalyse du feu, Paris, Gallimard, « Folio Essais », 1985, p. 47.
  16. Louis Coste, « Intégration de la pensée de Gaston Bachelard à la pratique du rêve-éveillé en psychanalyse, et application clinique », Cahiers du Girep, no 44,‎ , p. 23-32 (ISSN 1013-9508).
  17. Gaston Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique, Vrin, , 258 p. (ISBN 2-7116-1150-7), p. 240.
  18. Gaston Bachelard, L'air et les songes, Librairie José Cort, (ISBN 2-253-06100-X), p. 239.
  19. Gaston Bachelard, L'air et les songes, Librairie José Corti, (ISBN 2-253-06100-x), p. 154.
  20. Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté, Librairie José Corti, (ISBN 2-71-43-0291-2), p. 165.
  21. Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté, José Corti, (ISBN 2-7143-0291-2), p. 12.
  22. « Les hommes se croient libres pour cette seule cause qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des cause par où ils sont déterminés... », L'Éthique, (1677)[réf. incomplète].
  23. « Je ne crois point, au sens philosophique du terme, à la liberté de l'homme. Chacun agit non seulement sous une contrainte extérieure, mais aussi d'après une nécessité intérieure », Comment je vois le monde (1934).
  24. Dominique Lecourt, L'épistémologie historique de Gaston Bachelard, Paris, Vrin, 2002, p. 113-114.
  25. Cf. Rudolf Carnap, « La tâche de la logique de la science », in Philosophie des sciences, tome I : « Théories, expériences et méthodes », textes réunis par S. Laugier et P. Wagner, p. 195-196.
  26. Pierre Jacob (dir.), De Vienne à Cambridge (1980), Gallimard, coll. « Tel », 1996, p. 7-9.
  27. http://classiques.uqac.ca/classiques/bachelard_gaston/nouvel_esprit_scientifique/nouvel_esprit.pdf
  28. Mary Tiles, Bachelard : Science and objectivity, 1984, p. 42-43, 53, 145 n.8, et 152-153.
  29. Gaston Bachelard, La philosophie du non, Paris, José Corti, , p. 137.
  30. Dominique Lecourt, La philosophie des sciences, Paris, PUF, , 127 p. (ISBN 9782130624448), p. 96.
  31. Jean-Louis Le Moigne, Les épistémologies constructivistes, P.U.F., « Que sais-je ? » no 2969, 2007, p. 61-63.
  32. Gaston Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique, Librairie philosophique J. Vrin, , 256 p. (ISBN 2-7116-1150-7, lire en ligne), p. 16.
  33. Sur la postérité épistémologique de Bachelard, voir l'ouvrage de Dominique Lecourt : Pour une critique de l'épistémologie : Bachelard, Canguilhem, Foucault (1972), ainsi que Jean-Jacques Wunenburger, Bachelard et l'épistémologie française (PUF, 2003).
  34. Michel Serres, Hermès 1 : La Communication, Paris, Minuit, 1968, p. 24-27.
  35. Cf. Lautréamont, Paris, Corti, 1989, p. 55.
  36. Pour Friedrich Nietzsche, voir Ainsi parlait Zarathoustra, Paris, GF-Flammarion, 2006 (1885).
  37. Pour le philosophe grec Thalès de Milet, l'eau était le principe de toutes choses. Cf. Les penseurs grecs avant Socrate, ch. 2, éd. GF-Flammarion, 1964, p. 47-48, et Aristote, Métaphysique, livre A, ch. 3, 983b-984a : « Par exemple, Thalès, [...] prétendit que l'eau est le principe de tout, et c'est là ce qui lui fit affirmer aussi que la terre repose et flotte sur l'eau. »
  38. Pour le philosophe grec Héraclite, le feu était le principe de toutes choses. Cf. Les penseurs grecs avant Socrate, ch. 4, frag. 6, 16, 30, 31, 43, 64, 65, 66, 76, 90, éd. GF-Flammarion, 1964, p. 74-81, et Aristote, Métaphysique, livre A, ch. 3, 984a : « Pour Hippase de Métaponte et Héraclite d'Éphèse, ce principe était le feu. »
  39. Pour le philosophe grec Anaximène, l'air était le principe de toutes choses. Cf. Les penseurs grecs avant Socrate, ch. 2, éd. GF-Flammarion, 1964, p. 56-57, et Aristote, Métaphysique, livre A, ch. 3, 984a : « Anaximène et Diogène ont cru l'air antérieur à l'eau, et ils l'ont regardé comme le principe essentiel des corps simples. »
  40. Il ne semble pas y avoir eu de philosophe grec qui admettait la terre comme principe de toutes choses. En revanche, Aristote parle beaucoup du système d'Empédocle qui incluait les quatre éléments ainsi que deux contraires, l'Amour (qui unit les choses) et la Haine (qui les sépare). Cf. Métaphysique, livre A, ch. 4, 985a.
  41. Voir La Psychanalyse du feu, ch. 6 : « Le complexe de Hoffmann », éd. Gallimard, « Folio Essais », 1985, p. 154.
  42. Ces quatre créatures élémentaires ont été assignées aux quatre éléments par Paracelse [références à retrouver].
  43. Voir La Psychanalyse du feu, ch. 3 : « Le complexe de Novalis », éd. Gallimard, « Folio Essais », 1985, p. 73-77.
  44. Sur Empédocle, voir La psychanalyse du feu, ch. 2 : « Le complexe d'Empédocle », éd. Gallimard, « Folio Essais », 1985, et les Fragments d'une Poétique du Feu édités par Suzanne Bachelard, ch. 3 : « Empédocle », éd. PUF, 1988.
  45. Pour Héraclite, en plus des fragments cités, voir aussi le fragment 50 : « Ceux qui ont entendu non moi, mais le logos, sont d'accord que la sagesse, c'est : un est tout. » Le thème de l'un-tout (en kai pan), c'est-à-dire de l'union du moi individuel et de la Nature cosmique, est cher à Hölderlin et ses compagnons d'études Schelling et Hegel, chacun résolvant ce problème à sa manière (Hölderlin est à la recherche d'une tragédie moderne, dont l'œuvre inachevée La mort d'Empédocle est une tentative ; Schelling est à la recherche d'un système de la nature dans la lignée du spinozisme, dont sa Darstellung inachevée de 1801 est un exemple ; Hegel enfin construit un système où le savoir est sujet, et où le sujet devient absolu : la Phénoménologie de l'Esprit). Pour un commentaire de ce fragment d'Héraclite, voir Martin Heidegger, « Logos (Héraclite, fragment 50) », dans Essais et conférences, éd. Gallimard, 1958, p. 249-278.
  46. Cf. Goethe, Les Souffrances du jeune Werther, 1774, 2e éd. 1787.
  47. Voir La psychanalyse du feu, ch. 3 : « Le complexe de Novalis », éd. Gallimard, « Folio Essais », 1985, p. 73. Bachelard interprète des passages du roman novalisien Henri d'Ofterdingen, disponible en GF-Flammarion, 1999.
  48. Voir L'Eau et les Rêves, éd. LGF-Livre de poche, 1993, et La Psychanalyse du feu, ch. 6 : « Le complexe de Hoffmann », éd. Gallimard, « Folio Essais », 1985, p. 156-157.
  49. Cf. Edgar Poe, La Chute de la maison Usher, dans les Nouvelles histoires extraordinaires (1857).
  50. Voir L'Eau et les Rêves, ch. 5 : « L'eau maternelle et l'eau féminine », éd. LGF-Livre de poche, 1993. Cf. aussi « Novalis », Lettre bimestrielle no 10, août/septembre 2007, p. 12-13 (sur le site Lettres Novalis).
  51. Prologue (« Plaisanterie, ruse et vengeance ») et Appendice (« Chansons du Prince hors-la-loi »).
  52. Voir L'air et les songes, ch. 5 : « Nietzsche et le psychisme ascensionnel », éd. LGF-Livre de poche, 1992, p. 164.
  53. Friedrich Nietzsche, Le Cas Wagner, §5, éd. Gallimard, « Folio Essais », 1974, p. 29.
  54. Paul Ricœur, La métaphore vive, VI, §6, éd. Seuil, « Points-Essais », 1975, p. 272 : « Nous avons appris de Gaston Bachelard que l'image n'est pas un résidu de l'impression, mais une aurore de parole. »
  55. Gilles Deleuze, Logique du sens, 18e série, éd. Minuit, « Critique », p. 154, note 1. Pour la citation de Nietzsche : Ainsi parlait Zarathoustra, Première partie, « Prologue de Zarathoustra », éd. GF-Flammarion, 2006, p. 48, et id., « De la vertu qui donne », p. 117.
  56. Voir notamment sa trilogie des Sphères (tome I : « Bulles », tome II : « Globes », tome III : « Écumes » ; respectivement 1998, 1999, 2004), qui analyse l'imaginaire aquatique dans l'histoire de la pensée humaine. La filiation avec L'Eau et les Rêves est explicite.
  57. Jacques Derrida, Marges – de la philosophie, « La mythologie blanche : la métaphore dans le texte philosophique », éd. Minuit, « Critique », 1972.
  58. Jacques Derrida, Marges, p. 309.
  59. Jacques Derrida, Marges, p. 323-324. Cf. aussi La dissémination, Seuil, « Points-Essais », 1972.
  60. Cf. la conclusion de La Psychanalyse du feu, où Bachelard parle de la possibilité de tracer un « diagramme poétique », qui expliquerait même les métaphores les plus audacieuses du surréalisme (il évoque Tristan Tzara, p. 187, et Paul Éluard, p. 189). La Psychanalyse du feu est pour Bachelard « l'esquisse d'une détermination des conditions objectives de la rêverie », la préparation des « instruments pour une critique littéraire objective » (p. 185).
  61. Jacques Derrida, Marges, p. 303.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Marly Bulcão, Bachelard : un regard brésilien, préface de François Dagognet, L'Harmattan, 2007.
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  • Laurent Cournarie, L'imagination : analyse de la notion, étude de textes : Aristote, Malebranche, Bachelard, Armand Colin, 2006.
  • Françoise Gaillard, « L'imaginaire du concept : Bachelard, une épistémologie de la pureté », MLN, vol. 101, no 4,‎ , p. 895-911 (lire en ligne).
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  • Guy Lafrance, Gaston Bachelard, profils épistémologiques, Presse de l'université d'Ottawa, 1987. (ISBN 2-7603-0153-2)
  • Marie-Pierre Lassus, Gaston Bachelard musicien : une philosophie des silences et des timbres, Presses universitaires du Septentrion, 2010.
  • Dominique Lecourt, L'épistémologie historique de Gaston Bachelard, Vrin, Paris, 1969 (11e édition augmentée, 2002).
  • Dominique Lecourt, Pour une critique de l'épistémologie : Bachelard, Canguilhem, Foucault 1972 (réed. Maspero, Paris, 5e éd. 1980).
  • Dominique Lecourt, Bachelard ou le Jour et la nuit : un essai du matérialisme dialectique, Grasset, Paris, 1974.
  • Jean Libis, Gaston Bachelard ou la solitude inspirée, Berg international, 2007.
  • Thierry Paquot, Géopoétique de l'eau. Hommage à Gaston Bachelard, Paris, Etérotopia, 2016.
  • André Parinaud, Gaston Bachelard, Flammarion, coll. « Grandes Biographies », 1996
  • Jean-Luc Pouliquen, Gaston Bachelard ou le rêve des origines, L'Harmattan, Paris, 2007.
  • Jean-Luc Pouliquen, À Rio de Janeiro avec Gaston Bachelard, CIPP, 2015, (ISBN 978-1511638906).
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  • Michel Vadée, Bachelard ou le nouvel idéalisme épistémologique, Paris, Éditions sociales, 1975.
  • Frédéric Worms, Jean-Jacques Wunenburger, Bachelard et Bergson : continuité et discontinuité ? Une relation philosophique au cœur du XXe siècle en France, actes du colloque international de l'Institut de recherches philosophiques (Lyon), 28-29-30 septembre 2006, PUF, 2008.
  • Jean-Jacques Wunenburger, Gaston Bachelard, poétique des images, Paris, Mimesis, 2014.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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