Protectionnisme

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Le protectionnisme est une politique économique interventionniste, menée par un État ou un groupe d'États, pour protéger l'économie contre la concurrence étrangère, notamment celle des pays mercantilistes (le mercantilisme consistant à accumuler le plus d'excédent commercial vis-à-vis d'autres pays). Il a pour but de limiter les effets négatifs attribués au libre-échange : balance commerciale déficitaire, délocalisation, baisse du niveau de vie sur le plan socio-économique (tassement des salaires, conditions de travail), ainsi que sur le plan environnemental (augmentation de la pollution dûe aux transports de marchandise).

Il existe plusieurs formes de protectionnisme:

Il est associé à l'industrialisation par substitution aux importations et est utilisé pour se prémunir contre la maladie hollandaise. Pour les tenants du protectionnisme, la loi de l'avantage comparatif est basée sur des hypothèses irréalistes et ne peut s'appliquer dans les faits[1]. Le commerce international n'est pas considéré comme un contrat « gagnant-gagnant » mais plutôt comme un jeu à somme nulle : les pays ayant un déficit commercial (surtout dans le secteur industriel) s'appauvrissent, et ceux ayant un excédent s'enrichissent.[2] Le développement économique d'un pays repose sur le développement, la diversification et la préservation de son industrie puisqu'elle constitue un des secteurs économiques où les gains de productivité sont les plus importants, favorisant ainsi une croissance élevée des salaires et la classe moyenne.[3]

Cette vision s'oppose à celle des défenseurs du libre-échange pour qui, suivant la loi de l'avantage comparatif, un échange commercial est mutuellement profitable aux partenaires, et implique un enrichissement pour les deux ; les mots « excédent » et « déficit » seraient donc inappropriés dans la mesure où ils sous-entendent respectivement un enrichissement et un appauvrissement. 

Histoire du protectionnisme[modifier | modifier le code]

Le mercantilisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mercantilisme.

Les mercantilistes pensent que le commerce extérieur doit permettre un gain monétaire, c'est-à-dire un afflux d'or et que la richesse est fondée sur le volume détenu de métaux précieux. Ce volume étant défini, le commerce est un jeu à somme nulle.

Dans cette optique, les mercantilistes préconisent une politique volontariste de soutien aux exportations via la création de grandes compagnies de commerce ou de grandes manufactures. Au contraire l'État doit tenter de freiner les importations qui sont synonymes de sorties d'or. L'enrichissement d'un État se fait par ses exportations et l'appauvrissement d'un autre par ses importations. L'État interdit l'exportation de monnaie du pays ainsi que les métaux précieux (or, argent...). En France par exemple, l'État va même organiser la production nationale (avec les manufactures de Jean-Baptiste Colbert par exemple[4]).

Pour Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), le contrôleur général des finances de Louis XIV favorisa le mercantilisme, réservant à la métropole l'exclusivité du commerce avec ses colonies et doublant en 1667, les taxes sur les produits anglais et hollandais. Pour Colbert,« les compagnies de commerce sont les armées du roi, et les manufactures sont ses réserves ». Ainsi pour souligner cette défiance du commerce étranger, Antoine de Montchrestien[5] déclare :« Les marchands étrangers sont comme des pompes qui tirent hors du royaume […] la pure substance de nos peuples […] ; ce sont des sangsues qui s’attachent à ce grand corps de la France, tirent son meilleur sang et s'en gorgent ».

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Droits de douane (France,Uk,Usa)
Droits de douane (Espagne, Italie)
Droits de douane (Japon, 1870-1960)

Selon l'historien économiste Paul Bairoch (Mythes et paradoxes de l’histoire économique, 1994) « le protectionnisme est la règle, le libre-échangisme l'exception » dans l’histoire économique. En fait, le protectionnisme a été l'idéologie dominante aux États-Unis et en Europe occidentale durant une bonne partie du XIXe et du XXe siècle - à l'exception du Royaume-Uni et d’une courte parenthèse libre-échangiste en Europe entre 1860 et 1880: « un océan de protectionnisme cernant quelques îlots libéraux». En revanche, « le tiers-monde était un océan de libéralisme sans îlot protectionniste », les pays occidentaux imposant aux pays colonisés et même à ceux politiquement indépendants des traités dits « inégaux » contraignant à l’abaissement des barrières douanières. L’Inde par exemple, colonie britannique, a vu disparaître un artisanat textile très développé à cause du commerce imposé par la Grande-Bretagne qui avait renoncé à certaines de ses cultures en faveur du développement de l’industrie cotonnière.

Le décollage industriel de la Grande-Bretagne et de la France au début du XIXe siècle bénéficie de fortes barrières douanières. Le « protectionnisme éducatif » favorisa la création de la Zollverein de la Prusse, l'union douanière allemande (elle disparaît lorsque l'Allemagne est unifiée en 1870) et permit la modernisation très rapide de ses industries, de ses flottes commerciales et militaires.

Bairoch a analysé les statistiques des pays industrialisés sur une période de deux siècles et fait le constat que la croissance économique et les exportations progressent plus vite en situation de protectionnisme qu'en situation de libre-échange. Dans la deuxième partie du XIXe siècle, l'Europe continentale connait une phase de libre-échange et la Grande Dépression (1873-1896) éclate au moment même où les droits de douanes étaient au plus bas. La croissance économique moyenne de l'Europe continentale est alors de 1,7 % par an durant cette période de libre-échange et de 2,4 % par an durant la période de protectionnisme, soit un niveau plus élevé. Ainsi Bariroch écrit dans Mythes et paradoxes de l'histoire économique :

« Le point important est non seulement le fait que la crise ait démarré au plus fort du libéralisme, mais qu'elle se soit terminée vers 1892-1894, juste au moment où le retour au protectionnisme devenait effectif en Europe continentale. »

Le protectionnisme redevient alors dominant à partir des années 1890. En France par exemple, la loi Méline de 1892 fixa des droits de 5 % à 20 % sur les produits agricoles importés. Au Royaume-Uni, alors que le chômage frappait 17 % de la population active en 1921, le Safeguarding of Industries Act fut adopté, et fixait à 33 % les droits de douane sur de nombreux produits manufacturés.

Selon Paul Bairoch, les Etats-Unis étaient depuis la fin du XVIIIe siècle, "la patrie et le bastion du protectionnisme moderne". En fait, le Etats unis n'ont jamais adhéré au libre échange avant 1945. Une politique très protectionniste fut adoptée dès la présidence de George Washington par Alexander Hamilton, secrétaire au Trésor de 1789 à 1795 et auteur du texte "Rapport sur les Manufactures, 1792" qui préconisait des barrières douanières pour permettre l'essor industriel américain. Ce texte était l'une des références de l'économiste allemand Friedrich List (1789-1846). Cette politique restera tout au long du XIXe siècle et le niveau global des tarifs était très élevé (proche de 50 % en 1830). La victoire des Etats du Nord protectionnistes contre les états du sud libre-échangistes à l'issue de la guerre de Sécession (1861-1865) perpétuera cette tendance, même pendant les périodes de libre-échange en Europe (1860-1880).

Le Royaume-Uni fut le pays qui pratiqua le plus le libre-échange. En 1815 les Corn Laws ("lois céréalières") ont été adoptées pour limiter les importations de blé et garantir les revenus des agriculteurs britanniques. En 1846, elles furent abrogés ce qui entraina la ruine de l'agriculture britannique, la baisse violente des prix des denrées alimentaires, la baisse des salaires, mais aussi un sous-investissements dans la recherche et la modernisation de l'industrie[6].

Les Trente glorieuses[modifier | modifier le code]

Après la guerre, la priorité est de réduire graduellement les barrières tarifaires. On assiste en 1948, à la création du GATT (l'Accord général sur les tarifs et le commerce) qui deviendra ensuite l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995 et dont le but est de limiter autant que possible l'usage des barrières protectionnistes afin de favoriser le libre-échange. Mais malgré le GATT, les « Trente glorieuses » sont caractérisées par l'interventionnisme de l'État, les tarifs élevés de l'après-guerre et des contrôles aux flux des capitaux. La plupart des pays industriels connaissent alors une très forte croissance de 1945 à 1973.

La crise économique des années 1970 et le manque de solution des gouvernements  ont entrainé le retour des politiques  de libéralisme économique dans le monde : privatisation de sociétés d'État, déréglementation des grands secteurs de l'économie, réduction des barrières au commerce international (tarifs douaniers, barrières non tarifaires), libre circulation des capitaux. A l'issue des négociations du Kennedy Round (1964-1967), le taux moyen de protection mondiale était ainsi de dix fois inférieur à celui de 1947. Et il a continué de baisser depuis la création de l'OMC.

Développements théoriques[modifier | modifier le code]

Adam Smith[modifier | modifier le code]

Dans son ouvrage maître Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), Adam Smith justifie le libre-échange, en développant l'idée que, contrairement à ce qu'affirmaient les mercantilistes, le commerce est synonyme de paix et d'enrichissement mutuel. Toutefois, Smith n'est pas contre l'idée d'instaurer des droits de douane, pour deux cas bien spécifiques : en cas de présence d'industries stratégiques pour la défense nationale et en réaction à des taxations opérées par des pays sur les exportations nationales. Le protectionnisme est donc selon Smith une mesure exceptionnelle, mais qui, en règle générale, nuit au bon fonctionnement de l'économie.

Dans le livre IV de La Richesse des nations (1776) , Smith justifie l’intensification des échanges commerciaux par transposition des échanges de l’échelon des individus qui composent la nation à celui des nations qui composent le monde : « Ne jamais chercher à faire chez soi ce qu’on peut acheter à meilleur compte, telle est la maxime de tout chef de famille avisé. [...] Ce qui est prudence dans la conduite de toute famille ne peut guère être folie dans celle d’un royaume. Si un pays étranger peut nous fournir une marchandise meilleur marché que nous ne pouvons la fabriquer nous-mêmes, il vaut mieux la lui acheter avec une partie du produit de notre activité, employée là où nous avons quelque avantage »

Il juge également que l'activité de la nation faite en toute liberté est plus avantageuse que celle faite par la régulation: « Un commerce que l’on force au moyen de primes et de monopoles peut être désavantageux et l’est couramment pour le pays en faveur duquel on a voulu le créer [...] tandis que le commerce qui, sans être forcé ni contraint, s’établit naturellement et régulièrement entre deux places est toujours avantageux pour les deux, même s’il ne l’est pas également » (livre IV, pp. 503-504).

Pourtant le raisonnement d'Adam Smith ne mobilise que des différences absolues de coût dans la justification de l’avantage à l’échange. Il ne peut donc pas justifier d’un gain au libre-échange pour un pays qui pourrait réaliser à moindre coût toutes les productions qu’il serait susceptible d’importer d’autres pays. C’est par la suite, l’argument de l’avantage comparatif qui va justifier l’existence systématique d’un gain à l’échange.

Théorie de l'avantage comparatif[modifier | modifier le code]

Le développement complet de l’argument de l'avantage comparatif est fait par Ricardo [1817] dans "Principes de l’économie politique et de l’impôt" et par J. Mill dans son article « Colonies » de l’Encyclopaedia Britannica [1818] et dans "Eléments d’économie politique" [1821].

J. Mill propose l’exemple suivant: « En supposant que la Pologne peut produire du blé et du tissu avec moins de travail que l’Angleterre, il ne s’en suit pas qu’il ne serait pas dans l’intérêt de la Pologne d’importer un des biens d’Angleterre. [...] Si, dans le même temps qu’une quantité de tissu, qui, en Pologne, est produite avec 100 jours de travail, peut être produite en Angleterre avec 150 jours de travail ; le blé, qui est produit en Pologne avec 100 jours de travail, nécessite 200 jours de travail en Angleterre ; dans ce cas, ce sera l’intérêt de la Pologne d’importer ses tissus d’Angleterre. [...] Quand deux pays peuvent produire deux biens, ce n’est pas la plus grande facilité absolue,mais la plus grande facilité relative qui pousse l’un d’entre eux à se restreindre à la production d’un des biens et à l’importation de l’autre » (J. Mill [1821, réédition 1966], pp. 271-273).

J.S. Mill en a fait un élément central de la théorie classique et l'a diffuser notamment dans ses "Principes d’économie politique" : « Pour rendre l’importation d’un produit plus avantageuse que sa production, il n’est pas nécessaire que le pays étranger soit capable de le produire avec moins de travail et de capital que nous. Nous pourrions même avoir un avantage dans sa production: mais si nous disposons de telles circonstances favorables que nous avons déjà un avantage plus grand dans la production d’un autre produit qui est demandé par le pays étranger, nous pourrions être en mesure d’obtenir un rendement plus important de notre travail et de notre capital en les employant non pas dans la production de l’article pour lequel notre avantage est moindre, mais en les consacrant pleinement à la production de celui pour lequel notre avantage est le plus grand et en l’offrant au pays étranger en échange de l’autre. Ce n’est pas une différence dans, les coûts absolus de production qui détermine l’échange, mais une différence dans le coût relatif » (J.S. Mill [1844a, réédition 1967],p. 233).

Le protectionnisme des industries naissantes[modifier | modifier le code]

Dans son Rapport sur les manufactures (1791), le Secrétaire au Trésor américain Alexander Hamilton détaille une objection sérieuse : livrée à elle-même, l'industrie américaine n'est pas en mesure de concurrencer sur son propre territoire l'industrie britannique, en raison de son manque d'expérience et de savoir-faire. Hamilton propose de protéger temporairement les industries naissantes, de préférence via des subventions.

Friedrich List[7] qui a été exilé aux États-Unis de 1825 à 1832 où il a été imprégné de la tradition protectionniste de Alexander Hamilton, James Madison et Andrew Jackson, publie en 1841 Das Nationale System der Politischen Ökonomie (Système national d'économie politique), qui rejette l'analyse classique au profit de l'analyse historique, et popularise le principe de protection des industries naissantes (ou « protection des industries dans l'enfance ») par des barrières douanières, qu'il appelle « protectionnisme éducateur ». Il explique : « Le protectionnisme est notre voie, le libre-échange est notre but. »

Les activités économiques protégées peuvent s'abstraire au moins en partie des pressions et contraintes de toutes natures en provenance du contexte concurrentiel. Elles bénéficient de ce fait d'une plus grande liberté de manœuvre et d'une plus grande certitude concernant leur rentabilité et développement futur, ce qui leur permet de développer leur système productif et leur compétitivité. La protection est temporaire et l'ouverture à la concurrence doit être réalisée au moment opportun.

En 1834, l'Écossais John Rae approfondit l'analyse de Hamilton, et propose diverses méthodes pour favoriser le transfert de technologie en provenance de l'étranger. C'est John Stuart Mill qui légitime la « doctrine des industries naissantes » dans ses Principes d'économie politique (1848).

Torrens et les termes de l'échange[modifier | modifier le code]

Entre 1833 et 1844, Robert Torrens revient peu à peu sur ses positions libre-échangistes, et développe le premier argument « moderne » contre le libre-échange : lorsqu'un pays peut agir sur les  termes de l'échange (par exemple, parce qu'il est « gros », ou parce qu'il détient un monopole), il peut alors choisir un niveau de droits de douane optimal, qui maximise les termes de l'échange en sa faveur. Torrens en déduit que la politique la plus souhaitable est alors d'exiger la réciprocité commerciale : en adoptant unilatéralement le libre-échange, un pays s'expose à la « capture » d'une partie des gains à l'échange par ses partenaires.

Dans une lettre d’une série envoyée à des responsables politiques britanniques, Torrens écrivait (Torrens [1844], p. 28): « Quand un pays particulier impose des droits de douane sur les productions d’autres pays, tandis que ces autres pays continuent de recevoir librement ses produits, un tel pays attire une plus grande proportion de métaux précieux, maintient un niveau de prix plus élevé que ses voisins et obtient, en échange du produit d’une quantité donnée de son travail, le produit d’une plus grande quantité de travail étranger » .

Torrens illustrait cela en prenant l’exemple du commerce entre l’Angleterre et de Cuba. Si Cuba impose un tarif sur les productions britanniques, « l’effet final d’une taxe à l’importation imposée sur les produits britanniques se reportera sur les producteurs britanniques. La richesse de l’Angleterre sera réduite du montant de la taxe, la richesse de Cuba sera accrue de ce même montant » ([1844], p. 37). 

L'argument de Torrens sera ensuite raffiné, jusqu'à la version publiée par Harry Johnson (en) en 1950, qui donne une formule mathématique précise de détermination du niveau optimal des droits de douane en fonction de l'élasticité de la courbe d'offre de l'étranger.

Graham et les rendements variables[modifier | modifier le code]

En 1923, Frank Graham s'attaque au cas des rendements croissants [8]qui pourrait justifier une protection permanente. Il utilise l'exemple de deux pays qui produisent des montres et du blé. Si la production industrielle (les montres) est sujette à des rendements croissants tandis que la production agricole (le blé) est soumise à des rendements décroissants, un pays qui se spécialise dans l'agriculture s'expose à une érosion inéluctable des termes de l'échange, et des barrières douanières permanentes sur les importations industrielles deviennent alors préférables au libre-échange.

Frédéric Bastiat[modifier | modifier le code]

Sophismes économiques de Frédéric Bastiat (1845), dont le septième, la Pétition des fabricants de chandelles.

John Maynard Keynes [modifier | modifier le code]

John Maynard Keynes (1883-1946) a souligné que les excédents entraînent une faiblesse de la demande globale et croyait que ce sont les pays excédentaires, bien plus que ceux déficitaires, qui exercent une «externalité négative» sur les partenaires commerciaux et constituent une menace pour la prospérité mondiale; Il est allé jusqu'à préconiser une taxe sur les pays excédentaires. Dans ("L'autosuffisance nationale", The Yale Review, vol. 22, no. 4, juin 1933) [9],[10], il critique le libre-échange. Avant sa mort, lors de la conférence Bretton Woods en 1944, il présente un nouveau système où les nations avec un excédent seraient fortement incitées à s'en débarrasser. Ce faisant, cela éliminerait automatiquement les déficits des autres nations.

Défense du protectionnisme[modifier | modifier le code]

Protection des activités naissantes[modifier | modifier le code]

Le protectionnisme apparaît comme le moyen nécessaire pour protéger en particulier les activités ou industries naissantes : au XIXe siècle Alexander Hamilton et l'économiste Friedrich List[7] ont défendu les bienfaits d'un « protectionnisme éducateur ». Le protectionnisme serait nécessaire à court terme pour amorcer le développement d'une économie. Les activités économiques protégées peuvent s'abstraire au moins en partie des pressions et contraintes de toutes natures en provenance du contexte concurrentiel. Elles bénéficient de ce fait d'une plus grande liberté de manœuvre et d'une plus grande certitude concernant leur rentabilité et développement futur .

Protection contre les pratiques de dumping[modifier | modifier le code]

Balance commerciale de biens et services (Pays de L'Eurozone)

Les États ayant recours au protectionnisme invoquent une concurrence déloyale ou des pratiques de dumping:

  • Dumping monétaire: Une monnaie se dévalue, ou subit une dévaluation, lorsque les autorités monétaires décident d'intervenir sur le marché des changes pour abaisser la valeur de sa devise par rapport à une monnaie de référence, ou un panier de monnaies. Cela rend les produits locaux plus compétitifs et les produits importés plus chers (Condition de Marshall-Lerner), permettant d'augmenter les exportations et de diminuer les importations, améliorant ainsi la balance commerciale. Certains pays avec une monnaie trop faible provoquent ainsi des déséquilibres commerciales. Ils affichent des excédents externes parfois importants alors que leur concurrents enregistrent des déficits considérables.
  • Dumping fiscal : Certains états (paradis fiscaux [11]) pratiquent un taux d'imposition sur les sociétés et les personnes plus faible. Exemples : Le taux d'imposition des entreprises est de zéro en Estonie et de 12 % en Irlande. En 2006, la moyenne du taux d'imposition des entreprises dans les pays de l'OCDE était de 28,6 %.
  • Dumping social : lorsqu'un état réduit les cotisations sociales ou conserve des normes sociales très faibles (par exemple, en Chine, la réglementation du travail est moins contraignante pour les employeurs qu'ailleurs)[11]
  • Dumping environnemental : lorsque la réglementation environnementale est moins contraignante qu'ailleurs. C'est, en partie, pour cela que de nombreuses entreprises occidentales implantent leurs activités polluantes dans les pays émergents. Le protectionnisme a aussi pour effet de diminuer le déplacement des biens dans son ensemble ce qui réduit l'empreinte écologique du transport.

Le protectionnisme et la Grande Dépression[modifier | modifier le code]

Les partisans du libre-échange affirment que les mesures protectionnistes instaurées après la Grande Dépression de 1929 comme la loi Hawley-Smoot auraient aggravé la crise économique.

Jacques Sapir réfute ces hypothèses en expliquant que la chute du commerce international a d'autres causes que le protectionnisme[12] Il fait remarquer que: « la production intérieure des grands pays industrialisés régresse [...] plus vite que le commerce international ne se contracte. Si cette baisse avait été la cause de la dépression que les pays ont connue, on aurait dû voir l'inverse. » De plus si la part des exportations de marchandises dans le produit intérieur brut (PIB) passe de 9,8 % à 6,2 % pour les grands pays industrialisés occidentaux de 1929 à 1938, elle était loin, à la veille de la crise, de se trouver à son plus haut niveau, soit les 12,9 % de 1913 «Enfin, la chronologie des faits ne correspond pas à la thèse des libres-échangistes […] L'essentiel de la contraction du commerce se joue entre janvier 1930 et juillet 1932, soit avant la mise en place des mesures protectionnistes, voire autarciques, dans certains pays, à l'exception de celles appliquées aux États-Unis dès l'été 1930, mais aux effets très limités». On voit la proportion du tonnage maritime inemployé augmenter rapidement jusqu'à la fin du premier trimestre 1932, puis baisser et se stabiliser[13].

Il relève que «la contraction des crédits est une cause majeure de la contraction du commerce».«En fait, ce sont les liquidités internationales qui sont la cause de la contraction du commerce. Ces liquidités s'effondrent en 1930 (-35,7 %) et 1931 (-26,7 %)». Une étude du National Bureau of Economic Research met en évidence l'influence prédominante de l'instabilité monétaire (qui entraîna la crise des liquidités internationales[12]) et de la hausse soudaine des coûts de transport dans la diminution du commerce durant les années 1930[14].

C'est également l'opinion défendue par Maurice Allais, prix Nobel d’Économie: « Mon analyse étant que le chômage actuel est dû à cette libéralisation totale du commerce, la voie prise par le G20 m’apparaît par conséquent nuisible. Elle va se révéler un facteur d’aggravation de la situation sociale. À ce titre, elle constitue une sottise majeure, à partir d’un contresens incroyable. Tout comme le fait d’attribuer la crise de 1929 à des causes protectionnistes constitue un contresens historique. Sa véritable origine se trouvait déjà dans le développement inconsidéré du crédit durant les années qui l’ont précédée. Au contraire, les mesures protectionnistes qui ont été prises, mais après l’arrivée de la crise, ont certainement pu contribuer à mieux la contrôler. »(Lettre aux français: Contre les tabous indiscutés)[15]

Concernant les États-Unis, plusieurs économistes, un groupe allant de Paul Krugman[16] à Milton Friedman[17] refutent que la loi Hawley-Smoot appliquée en 1930 ait causé la dépression:

Selon William Bernstein (libre échangiste) : «la plupart des historiens économiques croient maintenant que seule une infime partie de cette énorme perte du PIB mondial et du PIB des États-Unis était due aux tarifs douaniers. Ainsi entre 1929 et 1932, le PIB réel a chuté de 17 pour cent dans le monde et de 26 pour cent aux États-Unis. Or en 1930 le volume commercial représentait seulement environ 9 % de la production économique mondiale et entre 1930 et 1933, le volume du commerce mondial a chuté d'un tiers à la moitié. Cela représente 3 à 5 pour cent du PIB mondial, et ces pertes ont été partiellement compensées par la production de biens domestiques plus chers. Ainsi, les dégâts infligés ne pouvaient pas dépasser 2 pour cent du PIB mondial, ce qui est loin de la baisse de 17 pour cent observée pendant la Grande Dépression...»(A Splendid Exchange: How Trade Shaped the World)

Selon l'historien économique Peter Temin: «Un tarif, comme une dévaluation, est une politique expansionniste. Cela détourne la demande, des producteurs étrangers vers les producteurs domestiques. L'argument populaire cependant, est que le tarif a causé la dépression américaine [...] en induisant des représailles étrangers [...] Les exportations ont représentées 7% du PNB en 1929. Elles ont diminué de 1,5% du PNB entre 1929 et les deux années suivantes [...] la baisse de la demande pour l'exportation devait être compensé par l'augmentation de la demande intérieure causée par le tarif. Tout effet de contraction net du tarif était faible» (Lessons from the Great Depression, MIT Press, Cambridge, Mass, Peter Temin)[18]

Ian Fletcher indique que le tarif ne s'appliquait qu'à environ un tiers du commerce aux États-Unis : environ 1,3 % du PIB. Le tarif moyen des États-Unis sur les marchandises assujetties[19] est passé de 40,1 % en 1929 à 59.1 en 1932 (+19 %). Or il était systématiquement supérieur à 38 % tous les ans de 1865 à 1913 (de 38 % à 52 %). De plus il a augmenté aussi fortement en 1861 (de 18,61 % à 36.2%; +17.6), entre 1863 et 1866 (de 32,62 % à 48.33%; +15,7 %), entre 1920 et 1922 (de 16,4 % à 38.1%; +21,7 %) sans produire de dépressions mondiales.[20]

Le libre-échange et la pauvreté[modifier | modifier le code]

Déficit commercial (marchandise) de l'Inde avec la Chine

Les économistes protectionnistes contestent le fait que le libre-échange ait réduit la pauvreté dans le monde:

En 2003, 54 nations étaient plus pauvres qu'ils ne l'étaient en 1990 [21]( "Rapport sur le développement humain de l'ONU 2003," p. 34), et l'Afrique sub-saharienne ont un revenu par habitant plus faible en 2003 que 40 ans auparavant [22](Ndulu, Banque mondiale, 2007, p. 33).

Les pays pauvres qui ont réussi à avoir une croissance forte et durable sont ceux qui sont devenus mercantilistes et non libre-échangistes: la Chine, la Corée du sud, le Japon, Taiwan... Ainsi alors que dans les années 1990, la Chine et l'Inde avaient le même PIB par habitant, la Chine a maintenant un PIb/hab trois fois supérieur à celui de l'Inde. Dani Rodrik souligne que ce sont les pays qui ont systématiquement violé les règles de la globalisation qui ont connu la plus forte croissance[23].

Le libre-échange optimise les secteurs où le pays est déjà efficace. Cela tend à enfermer les pays pauvres dans les bas salaires des industries extractives et agricoles déjà existants. Ils ne peuvent pas s'industrialiser de manière importante. Ainsi l'accès accru au marché mondial concurrentiel et les gains de la libéralisation du commerce ne profitent qu'à un groupe restreint de nations dont les industries sont déjà assez compétitifs: la Chine, l' Inde, le Brésil, le Mexique, l' Argentine, le Vietnam, la Turquie...

Lutte contre l'inégalité[modifier | modifier le code]

Selon les défenseurs du protectionnisme, avec le libre échange la plupart des employés doivent accepter la baisse du coût de la main-d'œuvre[24] (des salaires) afin d’être compétitifs, tandis que les dirigeants et actionnaires des firmes transnationales peuvent profiter des bénéfices engrengés. Cela amene une augmentation massive des inégalités économiques. Or les salaires ne sont pas seulement un coût, mais aussi la source du pouvoir d'achat et donc du chiffre d'affaires. Pour compenser le coût horaire, seule une forte hausse de la productivité grâce à l'innovation technique notamment dans l'industrie, apporte une réelle solution.

« Taux d'ouverture » et les rétorsions commerciales[modifier | modifier le code]

Selon les partisans du libre échange, les interdépendances croissantes entre pays apparaissent comme un obstacle aux politiques protectionnistes. En effet, un pays qui protège son marché domestique s'expose à des répliques douanières de la part de ses partenaires. Ainsi, en cas d'escalade protectionniste, les emplois liés à l'export peuvent être menacés [25],[26]. Néanmoins le taux d'ouverture n'est pas représentatif de la dépendance réelle d'un pays vis-à-vis de l'export et les conséquences en termes d'emplois sont très difficiles à estimer.[27]

Opposition au protectionnisme[modifier | modifier le code]

Selon le journaliste économique français Éric Le Boucher, « le protectionnisme n'est pas une solution contre la chute des emplois industriels », et les arguments qui font de la mondialisation la cause de la perte de deux millions d'emplois industriels en France en trente ans sont « faux, ou en grande partie faux »[28]. Contrairement au régime de libre-échange, Il fait baisser la variété des produits offerts à la consommations et empêche le pays d'acquérir son importance commerciale selon le principe d'avantage comparatif, car les agents économiques ne sont pas incités - en l'absence de pression concurrentielle - à développer au maximum leurs points forts de production.[29]

Selon l'économiste Daniel Cohen, « le protectionnisme aggraverait la crise » et constitue un danger dans la mesure ou si un pays « A » met en place un protectionnisme à l'import sur un bien d'un pays « B », ce pays « B » peut en retour mettre en place un protectionnisme sur un bien provenant du pays « A ». Le protectionnisme induit alors un cercle vicieux. L'exemple du bœuf aux hormones américain et du fromage européen illustre ce mécanisme. En effet, depuis 1989, l'Union européenne a mis en place un protectionnisme sur le bœuf aux hormones d'origine américaine, en retour les États-Unis ont mis en place un protectionnisme sur les fromages européens.

Pour les libre-échangistes, le protectionnisme consiste à faire peser sur le contribuable la protection politique de secteurs économiques défaillants. Il ne sert qu'à favoriser des groupes d'intérêt aux dépens du plus grand nombre. Dans les années 1980, début 1990, des économistes tels que Jagdish Bhagwati ont insisté sur les activités de recherche de rente[30] qu'induisaient les politiques protectionnistes. En effet pour un groupe, il est très tentant d'obtenir de l'État une protection de sorte qu'il puisse soit obtenir des profits plus élevés soit éviter de se mettre au niveau de ses concurrents internationaux. Cela revient donc à obligé de se contenter de biens et services moins bons ou plus coûteux. Il nuit à toutes les entreprises autres que celles qu'il privilégie , et plus directement à celles qui dépendent d'approvisionnements étrangers pour maintenir leur compétitivité. C'est un jeu perdant-perdant : on est prêt à s'appauvrir en espérant qu'en contrepartie cela appauvrisse également l'ennemi. Enfin, l'alliance entre des groupes de pression forts et l'État[31] a tendance à déplacer les conflits commerciaux du champ économique vers le champ de la souveraineté étatique ce qui peut être potentiellement plus dangereux.

Le commerce international pouvant être vu comme un accord gagnant-gagnant, la mise en place de mesures protectionnistes diminuerait le bien-être global. Par exemple, certains historiens économiques considèrent que la Grande Dépression a été aggravée par les mesures protectionnistes mises en place dans les années 1930, comme la loi Hawley-Smoot.

Dans les pays protectionnistes (« Mes chers paysans » d'Houphouët-Boigny), les recettes publiques propres proviennent principalement de la douane, ce qui évite tout débat sur la nature et la pertinence des dépenses publiques. [32],[33]

Exemples de mesure protectionniste[modifier | modifier le code]

Selon l'ancien député Bernard Carayon, qui a lancé la politique publique d'intelligence économique en France en 2005, l'Union européenne ne pratique presque pas le protectionnisme en matière de marchés publics : pour ce type de marchés (1 000 milliards d'euros par an), le taux d'ouverture européen est de 90 %, alors qu'il n'est que de 32 % aux États-Unis, de 28 % au Japon, et de 0 % dans les « pays émergés »[34].

Manipulation du taux de change[modifier | modifier le code]

Selon un rapport du FMI en 2015[35]:

  • Plusieurs pays ont une monnaie sous évaluée et d'importants excédents : la Chine (285 milliards de dollars, 3 % du PIB), le Japon (159 milliards de dollars, 3,4 % du PIB) et la Corée du Sud (105 milliards de dollars, 7,3 % du PIB), l'Allemagne (306 milliards de dollars, 8,5 % du PIB).
  • D'autres ont une monnaie surévaluée et d'importants déficits: les États-Unis (473 milliards de dollar, 2,6 % du PIB), le Royaume-Uni (162 milliards de dollars, 5,2 % du PIB), la France (21 milliards de dollars, 0,7 % du PIB).

Droits de douane[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Droit de douane.

Les droits de douane au niveau mondial en 2012 étaient de 6,8 %, contre 1,6 % pour l'Union européenne et 3,2 % pour les pays membres de l'OCDE.[36]

Imposer des droits de douane consiste à taxer les produits importés afin d'augmenter leur prix, et ainsi de diminuer la quantité achetée par les consommateurs.
Exemples :

  • En janvier 2009, les États-Unis ont triplé les droits de douane qu'ils appliquent sur le roquefort, tout en portant à 100 % les droits de douane sur d'autres produits européens (chocolats, jus de fruit, légumes, fruits, chewing-gums...)[37].
  • En décembre 2008, l'Inde a augmenté ses droits de douane sur le soja, le fer et l'acier[11]; pour les porter à 20 %[37].
  • L'un des tarifs douaniers les plus élevés du monde est celui que pratique le Japon sur le riz étranger, taxé à 800 %[38].

Quotas[modifier | modifier le code]

Ils visent à limiter la quantité de produits importés.
Exemples :

  • Pour la période allant du 15 décembre 2008 au 31 décembre 2010, l'Indonésie a mis en place des « licences d'importations » sur cinq cents produits (électronique, jouets, textiles, certaines denrées alimentaires)[37]
  • Quotas de l'Union européenne sur l'acier ukrainien (supprimés en mai 2008)[11].
  • L'accord Multifibre (supprimé en 2005) établissait une limite (pour chaque pays et chaque produit) des textiles qui pouvaient être importés dans l'Union européenne. Lorsqu'il fut supprimé en 2005, on a assisté à un forte hausse des importations de textile provenant de Chine, au détriment de celles en provenance de la Tunisie et du Maroc[11].

Marchés publics[modifier | modifier le code]

Un pays peut instituer dans les politiques de passation des marchés publics une préférence pour les produits fabriqués localement (ou pour les services des entreprises locales).

Exemples :

  • Les États-Unis ont instauré une clause « acheter américain » (Buy American Act) pour leurs marchés publics[39].

Subventions aux producteurs[modifier | modifier le code]

Elles visent à donner un avantage (soit sous forme de prêts bonifiés, déductions d'impôts, etc) aux producteurs nationaux.[11],[40]

Exemples:

  • En 2008 et 2009, les États-Unis et la France ont accordé des aides à leurs constructeurs automobiles[41],[42].
  • Depuis 2007, les agriculteurs québécois ont reçu environ 1,1 milliard de dollars par année des différents programmes gouvernementaux fédéraux et provinciaux[43].

Lois limitant les prises de participation[modifier | modifier le code]

Les autorités d'un pays peuvent chercher à protéger certaines activités (considérées comme stratégiques) contre les prises de participation par des investisseurs étrangers.

Exemples :

  • En 2009, la Loi sur investissement Canada (LIC) a subi un certain nombre de modifications importantes prenant effet dès mars 2009. Notamment, La LIC vise notamment à encourager les non-canadiens à investir au Canada puisque cela contribue à la croissance économique et à la création d’emplois[44].
  • En avril 2008, l'Allemagne a adopté une loi qui rend nécessaire une autorisation pour « tout investissement supérieur à 25 % du capital d'une entreprise dans le domaine des « infrastructures stratégiques » et dès lors que l'intérêt national est en jeu »[37].
  • En avril 2008, la Russie a adopté une loi qui rend nécessaire une autorisation pour « tout investissement supérieur à 25 % du capital des entreprises de quarante-deux secteurs stratégiques (nucléaire, pétrole, mines, pêche, édition...) »[37].
  • Depuis octobre 2007, une loi promulguée aux États-Unis instaure que « tout achat ou implantation d'entreprise par des fonds étrangers peut être interdit dès lors qu'il met en cause la sécurité nationale »[37].
  • En 2006, les États-Unis ont interdit que P&O (société propriétaire des ports de Baltimore, Philadelphie et New York) soit rachetée par une entreprise de Dubaï[11].
  • En 2005, les États-Unis ont interdit que la compagnie pétrolière américaine Unocal soit rachetée par le groupe chinois CNOOC[11].
  • Le 30 décembre 2005, la France a décrété qu'une autorisation serait désormais nécessaire « pour tout investissement touchant à l'intérêt national dans onze secteurs : défense, produits chimiques, technologies duales (pouvant servir au militaire comme au civil), etc. »[37].

Normes techniques ou sanitaires[modifier | modifier le code]

Ces normes correspondent à un cahier des charges (types de traitements autorisés -ou obligatoires- pour les produits agricoles, etc.) qu'un produit doit remplir pour pouvoir être vendu dans un pays.

Exemples:

  • L'Union européenne interdit les importations de bœuf aux hormones[11].
  • Les États-Unis se sont opposés au développement du supersonique Concorde en appliquant des normes sur le bruit.

Procédure de Dédouanement[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'alourdir les procédures administratives pour les importations (obligation de remplir des documents administratifs compliqués, longue période de blocage en douane, etc.)[11].
Exemples : En 1982, la France a mis en place ce système pour réduire les importations de magnétoscopes en provenance du Japon. Ces derniers devaient être dédouanés à Poitiers[11].

Protectionnisme dans Union européenne[modifier | modifier le code]

La politique agricole commune a longtemps consisté en versement de subventions agricoles au sein de l'UE.

Les défenseurs du protectionnisme mettent en avant le taux d'ouverture de 12 % de la zone régionale (88 % du commerce européen se fait avec un membre de l’Union), taux assez faible pour permettre des politiques économiques communes ainsi que des tarifs extérieurs plus protecteurs pour les secteurs en difficultés (délocalisations). Emmanuel Todd[45] qui a défendue l'idée, penche désormais pour un protectionnisme au niveau national[46],[47]

France[modifier | modifier le code]

Selon un sondage Ifop, 65 % des français sont pour un système plus avancé du protectionnisme national[48]. On invoque par exemple l'exception culturelle

Protectionnisme aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Les États-Unis sont paradoxalement l'un des pays le plus protecteur du monde. Selon une analyse de Mathilde Lemoine pour Edmond de Rothschild, les États-Unis seraient l'État le plus protectionniste sur le marché mondial[49].

Marchés publics[modifier | modifier le code]

Voir : Passation des marchés de l'administration américaine : aide-mémoire des liens relatifs aux obstacles les plus fréquents

Depuis les années 1930, les États-Unis adoptent des lois consistant à interdire dans les marchés publics les produits qui ne sont pas fabriqués aux États-Unis :

Mesures de rétorsion[modifier | modifier le code]

La section 301 de la loi américaine générale de 1988 sur le commerce et la compétitivité permet à l'administration américaine de prendre dans des délais très brefs toute mesure de rétorsion à l'égard des partenaires commerciaux dont les pratiques seraient jugées déloyales.

En 2000, le président George W. Bush a mis en place des mesures protectionnistes sur les importations d'acier pour satisfaire les demandes des grandes entreprises du secteur dont la productivité était insuffisante. Certains économistes favorables au libre échange affirment que les effets a posteriori semblent avoir été négatifs puisque selon eux, si les mesures ont sauvé 3 500 emplois, elles en ont détruit entre 12 000 et 43 000 chez les entreprises qui consomment de l'acier[50].

Mouvements protectionnistes[modifier | modifier le code]

Altermondialisme[modifier | modifier le code]

Le mouvement altermondialiste s'oppose à la concurrence internationale entre les travailleurs qu'induit la baisse des tarifs douaniers entre les États (« libre échange »). Le commerce international n'est alors justifié qu'à la condition de satisfaire les travailleurs des différents pays. C'est en ce sens que le mouvement altermondialiste a organisé la protestation contre la conférence ministérielle de l'Organisation Mondiale du Commerce à Seattle le 30 novembre 1999. Le mouvement altermondialiste est aujourd'hui traversé d'un débat entre partisans de ce que l'ancien président d'Attac Bernard Cassen a nommé des formes de « protectionnisme altruiste » et des économistes critiques du protectionnisme.

Certains altermondialistes reprennent les théories de l'économiste Friedrich List: les pays développés ont d'abord construit leur industrie en utilisant le protectionnisme. Ils préconisent le commerce équitable, la relocalisation des activités économiques, l'organisation de la production et du commerce en coopératives.

Localisme[modifier | modifier le code]

Les localistes qui privilégient ce qui est local sans toutefois se fixer de limites frontalières, entendant favoriser ainsi la démocratie participative, la cohésion sociale et la production de proximité, donc l'emploi local et la préservation de l'environnement via une moindre empreinte écologique liée au transport de marchandises. Notons que le localisme se différencie du protectionnisme par la volonté de ne pas définir de frontière mais plutôt des échelles géographiques. Il n'est pas conçu comme un moyen de protéger un niveau d'organisation humaine en particulier (nation, région, etc.) mais comme un moyen de recentrer relocalisation des activités humaine sur son objectif premier « satisfaire au besoin de la communauté ». Ils proposent d'appliquer le principe de façon souple et progressive en organisant la taxation concentrique des embauches et des ventes de biens et services.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://wer.worldeconomicsassociation.org/files/WEA-WER2-Schumacher.pdf
  2. Xerfi Canal, « Xerfi Canal Benjamin Masse-Stamberger Inévitable protectionnisme », (consulté le 19 mai 2017)
  3. Xerfi Canal, « Benjamin Masse Stamberger, Comment la mondialisation a paupérisé les classes moyennes », (consulté le 19 mai 2017)
  4. Olivier Pastré, La méthode Colbert ou Le patriotisme économique efficace, Perrin, 2006
  5. Traité d'économie politique, 1615
  6. F. William Engdahl, Pétrole une guerre d'un siècle, Jean-Cyrille Godefroy, France, 2007, p. 17
  7. a et b Système national d'économie politique, 1841, ouvrage principal dans lequel il développe la notion de protectionnisme éducateur et l'Infant industry argument (en).
  8.  Frank GrahamSome aspects of protection further considered, Quarterly Journal of Economics 37 (février 1923), pp. 199-227
  9. https://www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2006-3-page-7.htm#re1no1
  10. http://www.uam.es/personal_pdi/economicas/jsanchez/documentos/1601%20KEYNES%20National%20Self-sufficiency%201933.pdf
  11. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Le Monde diplomatique, mars 2009, Dossier : Le protectionnisme et ses ennemis, « Mille et une manières », p. 19
  12. a et b Jacques Sapir, Le Monde diplomatique, mars 2009, Dossier : Le protectionnisme et ses ennemis, « Ignorants ou faussaires », p. 19
  13. Au 30 juin 1930, la part du tonnage maritime inemployé était de 8,6 %. Le 31 décembre 1930, elle est de 13,5 %. Le 30 juin 1931, elle s'élève à 16 % ; puis monte à 18 %, le 31 décembre 1931. Le 30 juin 1932, la proportion du tonnage maritime inemployé atteint 20,6 %, avant de baisser à 18,9 %, le 31 décembre 1932. Source : Données de la Société des Nations (SDN), Bulletin économique, 1933, Genève; cité par Jacques Sapir, Le Monde diplomatique, mars 2009, Dossier : Le protectionnisme et ses ennemis, « Ignorants ou faussaires », p. 19
  14. (en) Antoni Estevadeordal, Brian Frantz et Alan M.Taylor, « The rise and fall of world trade, 1970-1939 », National Bureau of Economic Research, Working Paper, no 9318, Canbridge, novembre 2002; cité par Jacques Sapir, Le Monde diplomatique, mars 2009, Dossier : Le protectionnisme et ses ennemis, « Ignorants ou faussaires », p. 19
  15. http://www.soyons-lucides.fr/documents/maurice_allais-contre_les_tabous_indiscutes.pdf
  16. (en) The Mitt-Hawley Fallacy - Blog de Paul Krugman sur The New York Times, 4 mars 2016
  17. https://books.google.fr/books?id=MIDsnT3Ze0YC&pg=PA116&dq=milton+friedman+smoot+hawley&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjZy9mq-uLRAhWHWRoKHU95CoUQ6AEILTAC#v=onepage&q=milton%20friedman%20smoot%20hawley&f=false
  18. https://books.google.fr/books?id=squLnSDrJ4EC&pg=PA46&lpg=PA46&dq=peter+temin+smoot+hawley+Lessons+from+the+Great+Depression&source=bl&ots=3UxaSTyk3l&sig=7W_1IiDXMSCW2ATteQy8bjJ5smQ&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjx376g48fUAhWFfxoKHZgjDE8Q6AEIRzAF#v=onepage&q=peter%20temin%20smoot%20hawley%20Lessons%20from%20the%20Great%20Depression&f=false
  19. Historical Statistics of the United States (Colonial Times to 1970), Vol 2, p.888 [1]
  20. http://www.huffingtonpost.com/ian-fletcher/protectionism-didnt-cause_b_527274.html?
  21. http://hdr.undp.org/sites/default/files/reports/264/hdr_2003_en_complete.pdf
  22. http://siteresources.worldbank.org/AFRICAEXT/Resources/AFR_Growth_Advance_Edition.pdf
  23. http://drodrik.scholar.harvard.edu/files/dani-rodrik/files/after-neoliberalism-what.pdf
  24. « Mondialisation: Tafta, Trump, Brexit, des coups d'arrêt au libre-échange ? », sur geopolis.francetvinfo.fr (consulté le 23 janvier 2017)
  25. « Le discours de Montebourg est inapplicable et déconnecté de toute réalité économique » - Le Monde, 10 octobre 2011
  26. Le Medef propose un débat national sur la démondialisation - Challenges/AFP, 10 octobre 2011
  27. Voir la vidéo de Gilles Ardinat : http://www.dailymotion.com/video/xo9mbi_video-un-salarie-francais-sur-quatre-travaille-pour-l-export-une-fausse-evidence-par-gilles-ardinat_news
  28. « Le protectionnisme n'est pas la solution, c'est le problème ! » - Éric Le Boucher, Slate, 23 novembre 2013
  29. « Faut-il protéger les industries naissantes? », sur Contrepoints, (consulté le 20 mai 2017)
  30. (en) Protectionnisn - Jagdish Bhagwati, The Concise Encyclopedia of Economics, 2008
  31. Certaines études de chercheur dont les études ont influencé l'architecture de Bretton Woods, avaient de profondes réserves envers le compact of iron and rye (pacte des grands propriétaires terriens et des maître des forges de Bismarck. Voir (en) J.B Condliffe, 1942, Agenda for a Postwar World, Norton&Company Inc.
  32. Claude Garrier, Forêt et institutions ivoiriennes, L'Harmattan, Paris, 2007 (ISBN 978-2-296-02655-1), p. 150
  33. Claude Garrier, L'exploitation coloniale des forêts de Côte d'Ivoire : Une spoliation institutionnalisée, L'Harmattan, Paris, 2007 (ISBN 2-296-01972-2), p. 174
  34. Alstom : de l'échec au sursaut national ? - Bernard Carayon, Le Figaro, 15 mai 2014
  35. http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/08/03/20002-20160803ARTFIG00126-l-euro-est-trop-fort-de-6-pour-la-france-et-trop-faible-de-15-pour-l-allemagne-selon-le-fmi.php
  36. (en) « Taux des droits de douane, appliqués, moyenne simple, tous produits (%) | Data », sur donnees.banquemondiale.org (consulté le 6 mars 2017)
  37. a, b, c, d, e, f et g Le Monde diplomatique, mars 2009, Dossier : Le protectionnisme et ses ennemis, « Les mesures prises », p. 21
  38. Histoire économique contemporaine, Léo Dayan, économiste, enseignant à l'Université de Paris I Panthéon Sorbonne [2]
  39. Cependant, cette clause laisse une marge de manœuvre puisque « les parlementaires ont précisé que cette préférence ne devait pas être contraire aux traités internationaux ». Cf. Le Monde diplomatique, mars 2009, Dossier : Le protectionnisme et ses ennemis, « Les mesures prises », p. 21
  40. « Qui peut profiter des subventions pour l’achat d’une maison? », sur http://muramur.ca, (consulté le 1er décembre 2014)
  41. (en) Bush OKs $17.4 Billion Loans for GM & Chrysler - Democracy Now!, 22 décembre 2008
  42. Plan de sauvegarde de l'automobile : l'État met 6 milliards d'euros pour Renault et PSA - Denis Fainsilber, Les Échos, 9 février 2009
  43. « Agriculteurs québécois: 770 millions de subventions aux producteurs », La Presse, (consulté le 1er décembre 2014).
  44. « Faire des a aires au Canada 2013 : Lois sur les investissements étrangers » [PDF],
  45. Emmanuel Todd : « le protectionnisme ou le chaos » - François Lenglet, La Tribune, 24 juillet 2009
  46. Emmanuel Todd : « Ce qui mine, c’est le sentiment d’impuissance. » partie 1/2 - François Ruffin, Fakir, 9 octobre 2013
  47. Rapport d'information déposé par la délégation de l'Assemblée nationale pour l'Union européenne sur les relations économiques entre l'Union européenne et les États-Unis - Assemblée nationale, 11 février 1999[PDF]
  48. « Les français tentés par le Protectionnisme », sur La Tribune,
  49. Thierry Fabre, « Les États-Unis, champions du monde du protectionnisme », Challenges,
  50. (en) Gary Hubauer & Ben Goodrich, Steel protection and Job Dislocation, Washington, Institute for International Economics, février 2003

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Protectionnisme.

Liens externes[modifier | modifier le code]