Entre-deux-guerres

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L'entre-deux-guerres est la période (1919-1939) comprise entre la Première et la Seconde Guerre mondiale.

Ces vingt années ont été marquées par un bouleversement durable des rapports de force internationaux, après l'effondrement des anciens empires austro-hongrois, russe et ottoman ; elles voient également l'apogée du colonialisme en Afrique.

Cette époque connaît des progrès techniques considérables et de grands changements culturels. À partir de 1929, la Grande Dépression et la montée des nationalismes étatiques agressifs créèrent une atmosphère de tension et de peur alimentées par l'émergence d'idéologies totalitaires.

Chronologie détaillée :

1919
1920 - 1921 - 1922 - 1923 - 1924
1925 - 1926 - 1927 - 1928 - 1929
1930 - 1931 - 1932 - 1933 - 1934
1935 - 1936 - 1937 - 1938 - 1939
1940

Désignation[modifier | modifier le code]

L'appellation « entre-deux-guerres », utilisée pour cette période, est à prendre avec recul, car elle ne retranscrit en rien l'esprit de l'époque. En effet, les protagonistes n'avaient bien évidemment pas conscience de vivre une période de calme avant un second conflit mondial, et ce, même si des signes politiques alarmants le laissaient présager.

La première moitié de la période a été appelée en France « les Années folles » les meilleures années, essentiellement pour les ruptures dans le comportement social (nouvelles esthétiques artistiques transgressives, développement des transport individuels, modification des codes de comportement, en particulier chez les femmes des classes supérieures et moyennes). Les États-Unis parlent de Roaring Twenties et les britanniques de « Golden Twenties ».

La seconde moitié de la période, après la crise de 1929 est celle de la Grande Dépression.

Cette période constitue néanmoins un ensemble cohérent et homogène qui peut s'appréhender dans sa globalité. Sous couvert d'une critique des horreurs du totalitarisme, l'historien Enzo Traverso voit une certaine unité dans la période 1914-1945, qu'il décrit comme un déchirement de l'Europe dans son ensemble, composé de guerres totales sans lois ni limites, de guerres civiles locales et de génocides. C'est ce qu'il appelle une « guerre civile européenne », une sorte de nouvelle guerre de Trente Ans[1].

L'après-guerre[modifier | modifier le code]

Le Conseil des Quatre lors de la conférence de paix réunissant les vainqueurs de 1918 : le Britannique David Lloyd George, l'Italien Vittorio Orlando, le Français Georges Clemenceau et l'Américain Woodrow Wilson.

La guerre de 14-18 s'acheva par la victoire des pays démocratiques (France Grande-Bretagne ou États-Unis) tandis que s’effondraient les grands empires austro-hongrois, russe et ottoman[2]. Dans un premier temps, le prestige qui en rejaillit sur le système de démocratie parlementaire conduisit les nouveaux pays à l'adopter[2]

Le règlement général du conflit mondial pose de nombreux problèmes. L'Europe, dans son ensemble très affaiblie, peine à se remettre de ses blessures. Le bilan est dramatique sur le plan humain et matériel alors qu'un nouveau rapport de force international voit le jour. Une nouvelle carte du continent émerge qui crée de nouvelles tensions. Pendant cette décennie, dans de nombreux pays européens, la thésaurisation des pièces de monnaie en or, argent et bronze conduit les chambres de commerce, des autorités locales et des commerçants à émettre une monnaie de nécessité.

Le calme ne revient en fin de compte qu'au milieu de la décennie. Après 1925, c'est effectivement l'avènement d'une ère nouvelle – celle de la sécurité collective – qui semble s'imposer au monde : la SDN, après quelques débuts difficiles, trouve ses marques alors que les accords de Locarno règlent au mieux les rapports franco-allemands.

Les années 1920 en Europe[modifier | modifier le code]

Carte de l'Europe en 1923.

Mouvements pacifistes[modifier | modifier le code]

Après le traumatisme de la Grande Guerre, fusaient en France les « plus jamais ça ! », on parlait du conflit comme de « La Der des Ders » (« dernière des dernières »)[3].

En 1921 se tint le premier congrès de la Ligue internationale pour l'éducation nouvelle. Henri Wallon en dit plus tard [4]:

« Ce Congrès était le résultat du mouvement pacifiste qui avait succédé à la Première Guerre mondiale. Il avait semblé alors que pour assurer au monde un avenir de paix, rien ne pouvait être plus efficace que de développer dans les jeunes générations le respect de la personne humaine par une éducation appropriée. Ainsi pourraient s'épanouir les sentiments de solidarité et de fraternité humaines qui sont aux antipodes de la guerre et de la violence. »

La plupart des grands noms de l'éducation nouvelle étaient présents à ce congrès : Adolphe Ferrière, Jean Piaget, Maria Montessori et AS Neill qui fonda l'école de Summerhill quelques mois plus tard[5]. Marqués par les dégâts de la Première Guerre mondiale, il s'agit pour eux de lancer le grand projet d'une éducation internationale.

Travailleurs et socialismes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Internationale communiste.

Dès 1917, lors de la Révolution d'Octobre, le gouvernement bolchevique instaura la journée de huit heures, satisfaisant une des revendications récurrentes du mouvement ouvrier [6]. Craignant la propagation du bolchevisme, les gouvernements de pays capitalistes firent de même, telle la France le , sur proposition du gouvernement Clemenceau qui craignait une grève générale[7].

Une conférence internationale appelée par les bolcheviks se tint en mars 1919 à Moscou et se transforma en congrès de fondation de la IIIe Internationale. Les années 1919-1923 sont remplies d'espoir. Mais toutes les insurrections armées en Europe échouent et sont réprimées : révolte spartakiste de Berlin en janvier 1919, République des conseils de Hongrie qui voit la Hongrie dirigée 133 jours par Béla Kun au printemps 1919, reflux des grèves insurrectionnelles de 1919-1920 en Italie.

Un tournant autoritaire apparaît dès 1920-1921 avec l'exclusion de nombreux militants de la gauche de l'Internationale. Pour adhérer à la IIIe Internationale, les partis membres durent à partir de juillet 1920 accepter les « 21 conditions », draconiennes, qui alignent leurs structures et leurs méthodes sur le modèle bolchevik, jusque-là inconnu hors de Russie. Beaucoup de communistes, mais aussi de militants venus de l'anarcho-syndicalisme ou de la gauche républicaine radicale, ont adhéré en pensant qu'ils pourraient toujours garder une certaine autonomie. Mais Moscou entendait aligner fermement les partis sur le modèle russe.

Empires et colonies[modifier | modifier le code]

Les mandats au Proche-Orient[modifier | modifier le code]

A la fin de la Première Guerre mondiale, l'Empire ottoman, allié aux Austro-Hongrois et aux Allemands, se trouve dans le camp des vaincus. Malgré les promesses d'indépendance faites aux Arabes, la conférence de San Remo, s'inscrivant dans la suite des accords secrets Sykes-Picot, place la Syrie, la Palestine, le Liban, l'Irak et l'Arabie sous mandats britannique et français[8].

Le territoire turc devait également être partagé en zones d'influence au profit des Alliés, ainsi que des minorités kurdes et arméniennes. Ce traité de Sèvres ne fut jamais ratifié et, provoquant en Turquie un sursaut national autour de Mustafa Kemal Atatürk, aboutit à la chute de l'Empire ottoman, à la proclamation de la République turque et à la négociation d'un nouveau traité plus avantageux pour celle-ci : le traité de Lausanne.

Les luttes pour l'indépendance[modifier | modifier le code]

En Irlande, la déclaration d'indépendance adoptée le fut suivie d'une guerre d'indépendance qui aboutit en juillet 1921 à la création de l'État libre d'Irlande et à la guerre civile irlandaise.

Certains États de l'Empire britannique - le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Afrique du Sud et Terre-Neuve - bénéficiaient déjà d'une grande indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni de par leur statut de dominions. Ils virent leur souveraineté totale garantie via la Déclaration Balfour de 1926 et le Statut de Westminster de 1931, qui abolissaient les derniers droits d'ingérence qu'avait conservé sur eux le gouvernement britannique.


En Inde, le Mahatma Gandhi multipliait les manifestations non violentes et les grèves de la faim en vue d'obtenir, pour l'empire des Indes, un statut d'autonomie analogue à celui dont bénéficient les colonies à population européenne telles que le Canada ou l'Australie. Faute de résultat, certains membres de son parti, le parti du Congrès, menaçaient de déclencher une guerre en faveur de l'indépendance. Le , Gandhi entama une « marche du sel » en vue d'arracher l'indépendance de l'Inde aux Britanniques.

L'Afrique coloniale[modifier | modifier le code]

Après le partage de l'Afrique au début du siècle, seule l'Éthiopie avait gardé son indépendance et la colonisation entrait dans une phase de consolidation quand débuta la Première Guerre mondiale. Celle ci mobilisa 1,5 million de combattants africains et, au total, 2,5 millions de personnes furent touchées, d'une manière ou d'une autre, par l'effort de guerre.

Le krach de 1929[modifier | modifier le code]

Les années 1930 sont le théâtre d'une crise économique d’une ampleur mondiale déclenchée par le krach de 1929 et dont la principale conséquence sera l’exacerbation de la concurrence entre les nations : les rivalités économiques ouvrent la porte à des rancunes politiques plus anciennes, souvent nées d’ailleurs du règlement à courte vue de la Première Guerre mondiale.

La montée des nationalistes[modifier | modifier le code]

Cette décennie voit également le retour des nationalistes, tant en Europe, qu’en Amérique du Sud ou en Asie ainsi qu’un développement sans précédent des idéologies totalitaires, qu’elles soient de droite (fascisme, nazisme) ou de gauche (communisme, puis plus précisément stalinisme). Hitler parvient à obtenir les pleins pouvoirs du Reichstag en 1933. Il impose progressivement sa dictature à l'Allemagne (Gleichschaltung). Il engage le pays dans une politique délibérément raciste et antisémite, et procède à un réarmement massif. Des conflits d'envergure mondiale, mettant aux prises de grandes puissances, annoncent le pire (Conquête de la Mandchourie par le Japon en 1931, invasion de l’Abyssinie par l’Italie en 1935, Guerre civile espagnole en 1936, etc.) alors que la Société des Nations, chargée de garantir la paix mondiale, s’avère en fin de compte impuissante.

Un élan culturel[modifier | modifier le code]

Les années 1930 sont également les témoins d’un formidable élan intellectuel, artistique et technique qui voit s’accélérer un véritable renouveau culturel et se développer le cinéma, la radio, l’aéronautique et l’automobile. Ces années de tensions extrêmes semblent annoncer nos sociétés actuelles, marquées par la rapidité des communications, la prégnance des idéologies et la consommation de masse.

La culture des années folles[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Années 1920.
Joséphine Baker, figure emblématique des « années folles » en France.

Dès la fin de la guerre, une recherche du plaisir et des nouveautés succéda aux inquiétudes de celle-ci[9]. L'optimisme est général et la reprise économique apparaît comme solide après les déboires qu'a connus la conjoncture économique de l'immédiat après-guerre. La crise de 1929 réveillera partiellement des tensions encore vives qui ne feront que s'exacerber.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Enzo Traverso, À feu et à sang : De la guerre civile européenne 1914-1945, Stock, 2007
  2. a et b Ralph Schor, Crises et dictatures dans l'Europe de l'entre-deux-guerres , 1919-1939, Nathan, , p. 7
  3. René Rémond, « Le pacifisme en France au 20e siècle », Autres Temps. Les cahiers du christianisme social, vol. 1, no 1,‎ , p. 7-19 (lire en ligne).
  4. Henri Wallon, dans Pour l’Ere Nouvelle, no 10, 1952,
  5. Robert Skidelsky, Le mouvement des écoles nouvelles anglaises
  6. Cécile Lefèvre. Note sur les notions de chômage et d'emploi dans les années 1920 et 1930 en URSS. Cahiers du monde russe : Russie, Empire russe, Union soviétique, États indépendants. 1997, volume 38, no 38-4, p. 617-627
  7. Najib Souamaa, « La loi des huit heures : un projet d’Europe sociale ? (1918-1932) », Travail et Emploi, no 110,‎ avril-juin 2007 (lire en ligne)
  8. Henry Laurens, « Comment l'Empire ottoman fut dépecé », Le Monde Diplomatique,‎ (lire en ligne).
  9. Ralph Schor, Crises et dictatures dans l'Europe de l'entre-deux-guerres , 1919-1939, Nathan, , p. 41-42

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Ralph Schor, Crises et dictatures dans l'Europe de l'entre-deux-guerres , 1919-1939, Nathan, (ISBN 978-2091905440) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Enzo Traverso, À feu et à sang : De la guerre civile européenne 1914-1945, Stock, Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]