Université populaire

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Une université populaire est un organisme d'éducation populaire, dont l'objectif est la transmission de savoirs théoriques ou pratiques pour tous.

La plupart des universités populaires en France ont un statut associatif.

Les origines[modifier | modifier le code]

Le concept est dû au Danois Nikolai Frederik Severin Grundtvig (1783-1872), pasteur luthérien puis évêque. Connu comme écrivain, il exerça, et exerce toujours, une influence importante sur les conceptions pédagogiques en vigueur au Danemark, où les écoles libres et les collèges populaires représentent l'héritage légué par Grundtvig et Kristen Kold (autre pédagogue danois, contemporain de Grundtvig).

En Europe[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

Les premières structures en France s'occupant de l'éducation des adultes des milieux populaire sont les associations philotechniques. La première a été fondée à Paris en 1848 par le mathématicien Eugène Lionnet pour « donner aux adultes une instruction appropriée à leurs besoins ». Elle compte parmi ses présidents Boulay de la Meurthe, vice-président de la République, le prince Jérôme-Napoléon (en 1865) ou Victor Hugo (en 1880).

Naissance : antisémitisme et instruction obligatoire[modifier | modifier le code]

En France, les universités populaires naissent dans le contexte de l'affaire Dreyfus. Face à la déraison que manifestent les idées antisémites, face aux passions qui se déchaînent alors, les universités populaires tentent d'apporter une réponse humaniste.

Autre élément du contexte : les lois scolaires mises en place par Jules Ferry. Si celles-ci permettent dès lors un enseignement gratuit, elles ne touchent évidemment pas les adultes. Les universités populaires essaient donc dès l'origine de combler cette lacune en s'adressant à un public qui n'a pu bénéficier auparavant de « l'instruction publique ».

C'est ainsi qu'est née, en 1898[1], la première université populaire française : « La Coopération des Idées », à l'initiative de Georges Deherme et d'ouvriers de Montreuil-sous-Bois, rue du Faubourg-Saint-Antoine à Paris[2]. En 1899, Deherme lance un appel à fonder une « Société des universités populaires ». Celles-ci sont au nombre de 124 en 1901.

On peut aussi citer l'exemple de la première « Université populaire de Bourges », née grâce à la Bourse du travail de Bourges, qui avait été créée en 1897.

Ce groupement laïque d'enseignement populaire d'éducation mutuelle, pour citer C.E. Roth, est alors subventionné par le conseil municipal et le conseil général… et survit à l'épreuve de la Grande Guerre. Ce détail importe, car les universités populaires ont eu à traverser des passes difficiles, comme l'indique la suite.

Difficultés et renaissance politisée[modifier | modifier le code]

Programme des cours de l'Université populaire de Villeurbanne, 1936

La fin de l'affaire Dreyfus, la difficile coexistence d'intellectuels et d'ouvriers aux préoccupations divergentes, le niveau moyen d'instruction encore trop faible ainsi que des problèmes politiques ont mis fin au mouvement de développement des universités populaires en France et parfois de manière définitive, puisque nombre d'universités populaires ont disparu (il n'en reste plus que 20 en 1914).

Le premier conflit mondial contribue à changer la nature de ces projets.

Dans l'entre-deux-guerres la renaissance de certaines de ces associations, comme ce fut le cas à Bourges, se fait avec une orientation politique et syndicale plus marquée : dans un contexte de forte effervescence militante pré-Front populaire, la philosophe Simone Weil, agrégée de l'Université, alors en poste au lycée de jeunes filles de Bourges publie, en décembre 1935, un appel « Pour la création d'une université ouvrière ».

La réunion constitutive de cette université ouvrière a lieu le 24 janvier 1936, et les premiers cours dès février 1936.

Le second conflit mondial entraîna une nouvelle coupure, avec son lot de disparitions, définitives ou temporaires, des universités populaires.

Le renouveau alsacien[modifier | modifier le code]

C'est d'Alsace qu'est parti le renouveau des universités populaires en France, renouveau qui a entraîné le fort développement actuel, avec la naissance à Mulhouse en 1963 de l'université populaire du Rhin. Cet ancrage géographique s'explique probablement par un phénomène de métamorphisme culturel dû à la proximité de l'Allemagne où existent en effet des Volkshochschulen (universités populaires) financées par les Länder et pratiquement chargées d'un service public d'éducation des adultes, grâce à une loi votée en 1970 qui accorde des moyens à ces universités populaires.

Cette « université populaire du Rhin » conserve une importance considérable, du moins à l'échelle de la France. Elle est l'une des UP sur laquelle s'appuie en particulier l'AUPF, Association des universités populaires de France.

L'initiative de Michel Onfray[modifier | modifier le code]

Le philosophe Michel Onfray a créé en 2002 l'université populaire de Caen. Fort de son succès, il a créé en 2006 "l’Université populaire du goût" à Argentan, puis en octobre 2012, en association avec le metteur en scène Jean-Claude Idée, l'Université Populaire du Théâtre.

L'Association des universités populaires de France (AUPF)[modifier | modifier le code]

Les universités populaires sont maintenant très présentes en France : plus d'une soixantaine d'adhérents à l'Association des universités populaires de France (AUPF). Il y a là un vrai renouveau, qui témoigne de la vitalité de l'éducation des adultes en France.

L'AUPF ne se contente d'ailleurs plus d'un regard franco-français : les colloques annuels qui rassemblent les universités populaires sont devenus internationaux et sont fréquentés par les Allemands, les Autrichiens, les Belges, les Espagnols, les Italiens. Lors d'un colloque accueilli par l'université populaire Savoie-Mont-Blanc, János Tóth, président de l'Association européenne pour l'éducation des adultes de 2002 à 2008, était présent (AEEA, en anglais : European Association for Education of Adults ; cette association regroupe une centaine d'organisations représentant trente-quatre pays).

C'est là le signe de l'intérêt que porte l'Europe au développement des universités populaires en France, et le colloque de novembre 2004 a réuni à Metz de nombreuses universités populaires d'Europe et les adhérents de l'AEEA. À l'occasion de ce colloque seront remis les Grundtvig Awards 2004, le programme européen Grundtvig étant l'équivalent, pour l'éducation des adultes, d'autres programmes tels que Socrates ou Erasmus.

Les UP, UTL, universités du troisième âge, etc., membres de l'Association des universités populaires de France mutualisent outils, expériences et initiatives sur un site communautaire[3].

Les universités populaires en France[modifier | modifier le code]

  • Université populaire de Caen
  • Université populaire de Lyon
  • Université populaire des Hauts-de-Garonne, à Lormont (Gironde)
  • Université populaire d'Aix en Provence
  • Université populaire de Nîmes
  • Université populaire-Laboratoire social de la MJC de Ris-Orangis
  • Université populaire de Graves
  • Université populaire de Roubaix
  • Université populaire de l'Université Paris 8
  • Université populaire de Septimanie
  • Université populaire de Perpignan
  • Université populaire d'Amiens
  • Université populaire de permaculture
  • Université populaire du goût d'Argentan
  • Université Populaire du Théâtre

Belgique[modifier | modifier le code]

Entre autres :

  • Université populaire de Wallonie
  • Université populaire de Bruxelles
  • Université populaire de Liège

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Les Pays-Bas possèdent 27 universités populaires membres de l'association des universités populaires aux Pays-Bas[réf. souhaitée].

Danemark[modifier | modifier le code]

La première université populaire danoise a été fondée à Rødding en 1844, par l'initiative de Kristen Kold et inspiré par le théoricien de l'éducation Nikolai Frederik Severin Grundtvig. Le projet venait répondre au besoin d'éduquer le milieu paysan peu instruit et souvent trop pauvre pour dépenser du temps et de l'argent pour suivre l'université.

Aujourd'hui, on compte 79 universités populaires au Danemark. Les principaux sujets d'instruction varie entre les matières créatives (la musique, les arts, le design, l'écriture, etc.) et intellectuelles (religion, philosophie, littérature, psychologie, etc.). Certaines écoles se sont spécialisées dans le sport. Récemment, la mondialisation a exercé une influence croissante sur les écoles Danoises. De plus en plus de cours sont ouverts aux étrangers ainsi qu'aux danois, et de nombreux cours prévoient dans leurs programmes des voyages et des séjours volontaires dans d'autres pays.

Norvège[modifier | modifier le code]

La première université populaire norvégienne a été fondée en 1864. En 2007, on compte 77 Universités Populaires dans le pays, dont 30 sont chrétiennes. Les universités populaires s'adressent tout particulièrement aux jeunes adultes, en promouvant une éducation générale. Les étudiants des universités populaires sont pour la plupart éligibles à l'aide financière standard. La plupart des universités populaires sont rattachées à des organisations.

Suède[modifier | modifier le code]

La première université populaire suédoise a été fondée en 1868. Aujourd'hui, on compte environ 150 Universités Populaires dans le pays, la plupart étant située à la campagne, le plus souvent dans des lieux reculés. L'éducation y est gratuite et les étudiants sont éligibles à l'aide financière standard. Après avoir gradué, les étudiants sont éligibles à pour étudier à l'université. Certaines écoles, comme par exemple la Södra Vätterbygdens Folkhögskola près de Jönköping, coopère avec des écoles d'autres pays et ont des programmes d'échange.

Suisse[modifier | modifier le code]

Université Populaire du Canton de Genève (www.upcge.ch): Fondée en 1982, dispense des cours à des adultes d'alphabétisation, de français, de langues étrangères, de culture générale, d'informatique et de mathématiques. Pour l'année scolaire de 2011-2012, l'UPCGe attend, jusqu'à fin juin 2012, dépasser les 3000 étudiants. L'UPCGe est la seule association sans but lucratif suisse où tous les enseignants (quelque 200 professeurs) sont bénévoles.

Université populaire de Lausanne, voir la page dédiée

Allemagne[modifier | modifier le code]

Une université populaire germanophone (Volkshochschule) offre généralement des cours (sans diplôme) de formation continue aux adultes dans les domaines suivants:

  • l'éducation générale
  • l'éducation vocationelle
  • l'éducation politique
  • l'allemand seconde langue (notamment pour les immigrants)
  • différentes langues étrangères
  • différentes formes d'art
  • les technologies de l'information
  • l'éducation en santé
  • les classes préparatoires aux grandes écoles (notamment pour les écoles d'Abitur ou de Matura)

Ce type d'université populaire est actuellement largement répandu en Allemagne. Parce qu'elles préparent aux examens d'entrée aux grandes écoles, les université populaire allemandes remplissent également des fonctions normales d'universités.

Pologne[modifier | modifier le code]

La première université populaire créée dans ce pays qui venait de recouvrer son indépendance a vu le jour en 1921 près de Gniezno à Dalki (Uniwersytet Ludowy w Dalkach). C'est l'œuvre du père Antoni Ludwiczak qui l'a dirigée et inspiré d'autres réalisations du même genre : on en comptait plus de 20 en 1939. Au nombre de ceux qui sont passés par l'université populaire de Dalki, il y a eu, en 1923-24, Stanisław Mikołajczyk, le futur leader du Parti paysan qui allait être premier ministre du gouvernement polonais en exil à Londres en 1943-44.

En Amérique du Nord[modifier | modifier le code]

Québec[modifier | modifier le code]

L'Université populaire à Montréal (UPAM [4]) fut une expérience d'éducation populaire gratuite tenue à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). À l'initiative d'étudiants, le projet est né pendant la semaine du 12 au 16 novembre 2007, lors de la participation à la grève étudiante québécoise de 2007. Elle joignit le concept d'université populaire, tel que le pratiquent Michel Onfray et l'Université populaire de Caen[5], à celui du forum ouvert. Au sujet de l'UPAM, le journal La Presse écrivit qu'avec l'UPAM, les grévistes ont créé « une petite révolution dans le monde de la mobilisation estudiantine »[6].

L'Université populaire Hochelaga-Maisonneuve (Upopulaire HM [7]) organise des activités d'éducation populaire gratuites au Pavillon d'éducation communautaire Hochelaga-Maisonneuve (le PEC [8]) avec la collaboration de la Fondation de recherche Léger (FRL [9]). Ses activités ont lieu le mardi de 13h30 à 16h00, de Janvier à Avril et de Septembre à Décembre. Les conférences sont diffusées sur InterNet en temps réel (WebTV).

L’Université Populaire des Sciences de l’Information (UPopSI [10]) est une initiative de certains membres de l’Association des étudiants et étudiantes à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal (AEEEBSI) née lors de la grève étudiante contre la hausse des droits de scolarité de 2012. L’UPopSI se veut un espace propice à l’échange sur la thématique des pratiques émergentes dans les milieux documentaires et sur le rôle social de ceux-ci.

États-Unis[modifier | modifier le code]

Inaugurée en mars 2007 par Michel Onfray, l'Université populaire de Boston est une initiative des Jumeaux Saint-Vincent. Les cours ont lieu à l'École Internationale de Boston qui prête gracieusement ses locaux. Les matières abordées sont diverses : philosophie, géopolitique, biologie. Le slogan de l'Université Populaire de Boston est le suivant : « la construction de soi, la déconstruction des idées reçues ».

En Afrique[modifier | modifier le code]

Ile Maurice[modifier | modifier le code]

Inaugurée le 15 octobre 2007 à Port-Louis, île Maurice, l'Université Populaire de l'Île Maurice (UPIM) est un projet initié par Joseph Cardella, aidé de Laurent Dubourg, Dhanjay Jhurry et Véronique Garrioch. L'UPIM se reconnaît faire partie du réseau des Universités Populaires indépendantes et alternatives dans le sillage de l'initiative de Michel Onfray. Elle ouvre ses portes exactement de la même manière : gratuité totale des conférences-débats, aucune inscription requise ni aucun diplôme demandé, bénévolat des intervenants et interaction avec le public-participant. L'accent est mis sur l'ouverture des connaissances à tous, la démocratisation de la culture et le développement de l'esprit critique. On y trouve des disciplines telles que la philosophie, le journalisme, la science, la psychologie, le cinéma, l'histoire de l'art, la biologie, la littérature, l'histoire, la sociologie, l'économie, etc.


Notes et références[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Université Populaire du Berry[11], avec l'aimable accord de Michel Marc
  • INEP, Le renouveau des universités populaires, in Les cahiers de l'animation no 42, octobre 1983.
  • D. Rambaud et M. Jeannerat, Apprendre avec plaisir, l'éducation des adultes en défis, éd. Chronique sociale, 1999.
  • Société d'archéologie et d'histoire du Berry, Simone Weil et Bourges, 1935-1936, in Cahiers d'archéologie et d'histoire du Berry, no 121, mars 1995.
  • E. Costa et J.C. Huertas, Les Universités populaires de France, mémoire de science politique, IEP de Strasbourg, 1989.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Olivier Sigaut & Christophe Premat, La diffusion des universités populaires en France (1898-1914), in Coloquio « Formas y espacios de la educación popular en la Europa mediterránea », 28-30 octobre 2009
  2. Le goût de l'émeute, Manifestation et violence de rue dans Paris et sa banlieue à la « belle époque », Anne Steiner, L'Échappée, 2012, (ISBN 978-29158303-9-2), p. 120
  3. Site communautaire des Universités populaires de France
  4. UPAM
  5. Émission de radio internet A.G.I., CHOQ.fm, 19 novembre 2007.
  6. Grève à l'UQAM: la classe s'installe dans la rue, par Violaine Ballivy, La Presse, 13 novembre 2007.
  7. UPopulaire HM
  8. PEC-HM
  9. Fondation de recherche Léger, organisme sans buts lucratifs
  10. [1]
  11. Université populaire du Berry

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]