Paradigme

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Paradigme (homonymie).
Ce modèle est-il pertinent ? Cliquez pour en voir d'autres.
Cet article ne cite pas suffisamment ses sources (septembre 2016).

Si vous disposez d'ouvrages ou d'articles de référence ou si vous connaissez des sites web de qualité traitant du thème abordé ici, merci de compléter l'article en donnant les références utiles à sa vérifiabilité et en les liant à la section « Notes et références » (modifier l'article, comment ajouter mes sources ?).

Universum, C. Flammarion, gravure sur bois, Paris 1888.

Un paradigme est une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent de vision du monde qui repose sur une base définie (matrice disciplinaire, modèle théorique ou courant de pensée). C'est une forme de rail de la pensée dont les lois ne doivent pas être confondues avec celles d'un autre paradigme et qui, le cas échéant, peuvent aussi faire obstacle à l’introduction de nouvelles solutions mieux adaptées. Cette notion est rattachée à celle d'idéologie, au sens de la science des idées, des représentations.

Le paradigme au sens collectif est un système de représentations largement accepté dans un domaine particulier. Cela dit, les paradigmes tendent à différer selon les groupes sociaux et à changer dans le temps en fonction de l'évolution des connaissances (cas notamment des paradigmes en sciences).

Étymologie et utilisation en Grèce antique[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Le mot « paradigme » tient son origine du mot παράδειγμα (paradeïgma) en grec ancien qui signifie « modèle » ou « exemple »[1]. Ce mot lui-même vient de παραδεικνύναι (paradeiknunaï) qui signifie « montrer », « comparer » construit sur δείκνυμι (deiknumi), « désigner ».

Le terme grec et sa signification sont centraux dans le Timée de Platon.[réf. incomplète]

Définition[modifier | modifier le code]

Le paradigme est l’ensemble des croyances et des accords partagés par les scientifiques ou les philosophes, qui guident les recherches, identifient les problèmes et indiquent ce qui est acceptable comme méthode et comme résultat.

Généralités[modifier | modifier le code]

Par exemple, dans les sciences sociales, le terme est employé pour décrire l'ensemble d'expériences, de croyances et de valeurs qui influencent la façon dont un individu perçoit la réalité et réagit à cette perception. Ce système de représentation lui permet de définir l'environnement, de communiquer à propos de cet environnement, voire d’essayer de le comprendre ou de le prévoir.[réf. nécessaire]

En philosophie, le paradigme est ce que l'on montre à titre d'exemple et peut donc servir de modèle. Il se distingue de l'archétype qui se réfère au monde des origines.[réf. nécessaire]

Chez Platon, ce concept a un sens pédagogique et propédeutique : le paradigme est l'objet « facile » sur lequel on s'exerce avant de traiter d'un objet ressemblant au premier, mais plus difficile[2].[réf. incomplète]

L'autre fonction du paradigme est utile pour un observateur tiers (observant celui qui utilise ce paradigme). Cet observateur pourra faire des remarques et se faire une opinion sur la façon dont l'observé en est venu à utiliser ce paradigme : nous définissons ce qui va vite ou lentement par rapport à notre propre vitesse de déplacement, l'homme qui a vécu dans la nature peut définir les objets modernes comme inutiles ou nuisibles.

Selon différents auteurs[modifier | modifier le code]

Le mot paradigme s'emploie fréquemment dans le sens de Weltanschauung (vision du monde).[réf. nécessaire]

Michel Foucault parle d'épistémè, système de représentations qui concerne toute la configuration du savoir à une époque donnée[3].

Chez Emmanuel Lévinas, la méthode paradigmatique se fonde sur la thèse que « les idées ne se séparent jamais de l'exemple qui les suggère » et est en rapport avec une éthique de « l'acceptation » et de l'action comme préalable à la connaissance : c'est l'acte qui « fait surgir la forme où il reconnaît son modèle jamais entrevu jusqu'alors » (Quatre leçons talmudiques, Paris, 1968).

Edgar Morin étudie en profondeur la notion de paradigme dans le tome 4 de La Méthode : Les Idées. Il s'exprime ainsi : « Nous en sommes au préliminaire dans la constitution d'un paradigme de complexité lui-même nécessaire à la constitution d'une paradigmatologie. Il s'agit non pas de la tâche individuelle d'un penseur, mais de l'œuvre historique d'une convergence de pensées[4]. »

En science économique, Carlota Pérez et Christopher Freeman proposent la notion (empruntée à Giovanni Dosi) de paradigmes techno-économiques pour expliquer les cycles longs et leur succession, in The Diffusion of Technical Innovations and Changes of Techno-Economic Paradigm, University of Sussex, 1986.

Formes[modifier | modifier le code]

Paradigme épistémologique[modifier | modifier le code]

Au XXe siècle, le mot paradigme était employé comme terme épistémologique pour désigner un modèle de pensée dans des disciplines scientifiques. Dans ce contexte, l'emploi le plus répandu se trouve chez le philosophe et sociologue des sciences Thomas Samuel Kuhn qui l'utilisait pour désigner un ensemble de pratiques en science. Le terme est cependant souvent inapproprié et Kuhn lui-même préférait utiliser les termes de science exemplaire et de science normale qui lui semblaient contenir un sens philosophique plus exact. Cependant, dans son livre La structure des révolutions scientifiques, Kuhn définit un « paradigme » scientifique comme suit :

  • un ensemble d'observations et de faits avérés ;
  • un ensemble de questions en relation avec le sujet qui se posent et doivent être résolues ;
  • des indications méthodologiques (comment ces questions doivent être posées) ;
  • comment les résultats de la recherche scientifique doivent être interprétés.

Pour Kuhn, l'adhésion à un paradigme est un phénomène sociologique, qui implique la genèse d'une communauté de pensée, de méthodes et d'objectifs, autour d'outils communs (journaux, conférences).

Le terme de « paradigme » introduit par Thomas Kuhn, qu'il a d'ailleurs suggéré de remplacer par « matrice disciplinaire »[réf. nécessaire], tend à désigner l'ensemble des croyances, valeurs et techniques qui sont partagées par les membres d'une communauté scientifique, au cours d'une période de consensus théorique.

Pour lui[5], « le paradigme est un cadre qui définit les problèmes et les méthodes légitimes, et qui permet ainsi une plus grande efficacité de la recherche : un langage commun favorise la diffusion des travaux et canalise les investigations »[6]. Les exemples les plus typiques de paradigmes cités par Thomas Kuhn sont le paradigme de Ptolémée (géocentrisme), le paradigme de Copernic (héliocentrisme), le paradigme de Newton (loi de la gravitation fournissant une théorie qui explique l'héliocentrisme), le paradigme de la relativité générale (Einstein)[7]. D'autres termes comme concept ou système de pensée sont très proches de celui de paradigme. Ils se différencient sur des détails et pour bien comprendre leur signification, on doit prendre en considération le contexte du thème traité. Imre Lakatos a tenté de développer le concept d'une façon dialectique sous le nom de « programme de recherche ». Une définition simple dans le contexte scientifique serait l'ensemble des règles admises et intériorisées comme normes par la communauté scientifique, à un moment donné de son histoire, pour délimiter et problématiser les faits qu'elle juge dignes d'étude.

Paradigme sociologique[modifier | modifier le code]

Le paradigme en science sociale correspond aussi à la grille de lecture qui permet l'interprétation de données par la mobilisation d'outils théoriques spécifiques. On relève par exemple en sciences sociales :

Paradigme linguistique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Paradigme (linguistique).

En linguistique, le paradigme est l'ensemble des formes différentes que peut prendre un mot[réf. nécessaire], notamment dans les langues flexionnelles. Ainsi, le paradigme du verbe être au présent de l'indicatif est : suis, es, est, sommes, êtes, sont.

On l'oppose communément à syntagme, dans le cadre de l'opposition entre axe paradigmatique et syntagmatique[8]. Le premier axe concerne le choix des mots eux-mêmes, le second le choix de leur placement dans l'énoncé. Soit l'énoncé « Passons passons puisque tout passe » (Guillaume Apollinaire, « Cors de chasse », in Alcools) : l'énoncé « Dormons, dormons puisque tout dort » s'obtient par une modification paradigmatique tandis que « Puisque tout passe, passons, passons » est le résultat d'une modification sur l'axe syntagmatique.

Paradigme esthétique[modifier | modifier le code]

Marc Sherringham, spécialiste de philosophie de l'art, discute de la possibilité de parler de paradigme en philosophie et en esthétique. Il précise que le théoricien de la notion de paradigme, Thomas Samuel Kuhn, la réserve pour la science et en exclut l'application pour d'autres activités culturelles. Sherringham repère en cela un positivisme propre à Kuhn, qui dénie la possibilité aux autres disciplines que la science de connaître des situations de « recherche normale ». Tout se passe comme si la philosophie par exemple, était en état de crise perpétuelle, incapable de mettre fin pour un temps aux discussions interminables propres à cet état[9].

Sherringham cherche, en s'appuyant sur Kuhn, à « préciser la notion de paradigme en philosophie », et particulièrement en philosophie esthétique. Les périodes normales en philosophie esthétique sont sous « l'emprise d'un modèle unique ». Le paradigme est défini par Sherringham comme une « structure conceptuelle » qui fixe des « régles du jeu de la pensée »[10]. Il identifie trois paradigmes au cours de l'histoire de la philosophie esthétique : le « modèle classique » initié par Platon et Aristote et se prolongeant jusqu'à la « crise des Lumières », le « modèle critique » représenté par Emmanuel Kant, et le « modèle romantique » développé par l'idéalisme allemand ainsi que Friedrich Nietzsche et Martin Heidegger[11].

Entreprise[modifier | modifier le code]

Le mot « paradigme » a été utilisé de façon surabondante de la fin des années 1980 à la fin des années 1990 en entreprise. On parlait de « nouveau paradigme » ou de « changer de paradigme », notamment pour donner un aspect fortement novateur à un projet.[réf. nécessaire]

Dans ce contexte, « paradigme » peut être considéré comme un buzzword, c'est-à-dire un mot prestigieux visant à intimider l'interlocuteur. Ainsi, dans Dilbert, le mot est employé dans une réunion pour décrire un projet, et on constate que personne n'a la moindre idée de ce que signifie ce mot, en particulier celui qui l'emploie[12].

Informatique[modifier | modifier le code]

Article connexe : Paradigme (programmation).

En informatique en particulier, le terme de « paradigme » est employé pour exprimer la façon dont un système a été conçu et pensé dans ses grandes lignes. Les révolutions informatiques coïncident généralement avec un changement de paradigme, où une vision différente de problèmes et de leur solution permet d'apporter une solution élégante techniquement et/ou ergonomiquement, à condition que l'utilisateur ou l'informaticien bascule vers le nouveau mode de réflexion exigé.

C'est par exemple le cas en informatique distribuée, où l'utilisateur doit cesser de penser « ordinateur », « adresse réseau », pour penser le système d'information dans son ensemble, objets distribués voire cloud.[réf. nécessaire]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Définitions lexicographiques et étymologiques de « Paradigme » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.
  2. Françoise ARMENGAUD, Encyclopaedia Universalis
  3. Michel Foucault, Les mots et les choses. Une archéologie des sciences humaines, Gallimard, coll. « Bibliothèque des sciences humaines », Paris, 1966, 405 p.
  4. Ali Aït Abdelmalek, « Activités sociologiques - Edgar MORIN, Mes Berlin, 1945-2013, Éditions Cherche-midi, Paris, 2013, 96 p. », Sociétés, De Boeck Supérieur, vol. 4, no 122,‎ , p. 127-134 (DOI 10.3917/soc.122.0127, lire en ligne)
  5. T. Kuhn, La Structure des révolutions scientifiques, 1962
  6. Cité par Alain Samuelson, Les grands courants de la pensée économique - Concepts de base et questions essentielles, 1992, 5e édition 1997, Presses Universitaires de Grenoble, collection "Libres Cours - Économie"
  7. Thomas Kuhn, La Structure des révolutions scientifiques, Flammarion, p. 141-142 (première édition en 1962)
  8. Roman Jakobson, Essais de linguistique générale, Éditions de Minuit, Coll. Points, 1963, p. 220.
  9. Sherringham 2003, p. 29-30.
  10. Sherringham 2003, p. 31.
  11. Sherringham 2003, p. 35-36.
  12. Scott Adams, bande dessinée illustrant le paradigme.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]