Beate Klarsfeld

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Beate Klarsfeld

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Beate Klarsfeld, en 2013.

Nom de naissance Beate Auguste Künzel
Naissance
Berlin, Allemagne
Distinctions
Conjoint
Beate Klarsfeld et son époux Serge à Jérusalem, en 2007.

Beate Klarsfeld, née Beate Auguste Künzel, le 13 février 1939 à Berlin, est une militante anti-nazie, travaillant pour la mémoire de la Shoah. Elle est mariée à Serge Klarsfeld, avec lequel elle a deux enfants : Arno (1965) et Lida (1973).

Elle se distingua par son activisme contre les anciens nazis qui voulaient rester au pouvoir en Allemagne. En particulier, au cours d'une réunion du parti CDU, elle gifla le chancelier d'Allemagne fédérale, Kurt Georg Kiesinger, en le traitant de nazi. Ensuite elle attaqua Ernst Achenbach, ancien adjoint d’Otto Abetz, qui avait transmis les ordres de Hitler directement au maréchal Pétain, et qui était candidat pour devenir commissaire européen : le gouvernement allemand dut renoncer à cette nomination. Ces actions furent surtout dues à son initiative personnelle, et eurent une incidence très forte sur la vie politique allemande au tournant des années 1960 et 1970.

Elle poursuivit son action, avec l'aide de Serge, en attaquant dans les médias et par des manifestations, des criminels nazis qui avaient été condamnés par contumace en France, notamment :

Avec le soutien du Congrès juif mondial, elle créa la Beate Klarsfeld Foundation dont le siège était à New York et participa à de nombreuses actions, soutenues financièrement par les associations juives américaines, visant à entretenir la mémoire de l'Holocauste. Ensuite son action est plus liée à celle de Serge Klarsfeld, et parfois même inséparable.

Faite chevalier de la Légion d'honneur en octobre 1984, elle a été promue officier de la Légion d'honneur en avril 2007[1] par Jacques Chirac, sur proposition de son Premier ministre Dominique de Villepin, et a ensuite reçu cette décoration des mains du président de la République, Nicolas Sarkozy.

Elle est nommée Commandeur dans l'Ordre National du Mérite, en mai 2011[2]. En février 2012, le parti de gauche Die Linke soutient sa candidature à l'élection présidentielle de 2012, qu'elle perdit cependant face à l'ancien pasteur et militant des Droits de l'Homme, Joachim Gauck[3].

Le 1er janvier 2014, les époux Klarsfeld sont promus dans la Légion d'honneur: Béate devient Commandeur de la Légion d'honneur et Serge devient Grand-officier de la Légion d'honneur[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Née dans un milieu modeste comme fille d'un homme de la SS, sans diplôme mais d'une détermination peu commune, elle décide de venir en France à l'âge de 21 ans pour échapper à ce qui lui paraît être son destin KKK (l'allitération allemande Kinder, Küche, Kirche, aussi appelée « les trois K », que l'on traduit en français par « enfants, cuisine et Église ») si elle ne réagit pas. À Paris, elle connaît d'abord la vie de jeune fille au pair mais elle étudie le français avec ardeur à l'Alliance française et lit pour se cultiver. Elle fait la connaissance de Serge Klarsfeld, qu'elle épouse en novembre 1963. Elle entre alors dans un milieu cultivé et y prend conscience de l'histoire récente de l'Allemagne et du sort des Juifs pendant la dernière guerre mondiale.

Devenue secrétaire bilingue dans l'Office franco-allemand pour la jeunesse, elle publie un petit guide pour les jeunes filles allemandes au pair à Paris, ce qui lui vaut une petite célébrité et la vindicte de certains cadres de l'Office. Elle est tentée par le journalisme et précise sa position politique : elle s'inscrit au SPD, car elle se sent plus proche de Willy Brandt, qui a combattu le nazisme dès les années 1930, que des hommes politiques du parti CDU.

L'épisode de la gifle à Kiesinger[modifier | modifier le code]

À la suite de la démission du chancelier Ludwig Erhard fin 1966, Kurt Georg Kiesinger, le ministre-président du Bade-Wurtemberg, annonce sa candidature à la Chancellerie. Beate Klarsfeld apprend alors le passé nazi du candidat en lisant les journaux français qui s'émeuvent de cette candidature. Une fois Kiesinger promu chef d'une coalition avec Willy Brandt (SPD), ministre des affaires Étrangères, les journaux se taisent, mais Beate Klarsfeld reprend le flambeau de la protestation dans un article qui paraît le dans Combat : Les deux visages de L'Allemagne. Elle récidive en mars suivant et est licenciée de l'Office franco-allemand fin août. La justice française refuse de statuer sur ce licenciement car l'Office est de droit international et Beate Klarsfeld, sur des conseils d'hommes politiques allemands, décide de porter l'affaire sur le plan politique.

Beate Klarsfeld sollicite l'aide de personnalités politiques françaises et celle du milieu juif engagé dans les poursuites contre les criminels nazis. En particulier elle rencontre Simon Wiesenthal. Elle retrouve tous les documents qui prouvent l'implication au très haut niveau de Kiesinger dans la propagande radiophonique nazie. Son enquête lui permet de mettre en évidence l'existence d'une nébuleuse de réseaux d'entraide d'anciens nazis et même d'anciens SS. Elle découvre ainsi que l'Office franco-allemand pour la jeunesse en a abrité et que le chef de la commission de l'Office qui doit statuer sur son licenciement, Walter Hailer, est un ancien nazi. Elle publie fin 1967 le résultat de ses recherches dans une brochure intitulée La vérité sur Kurt Georg Kiesinger. Pour augmenter la pression sur le gouvernement Kiesinger, elle cherche des alliés et prend contact avec le leader étudiant de gauche Rudi Dutschke.

Elle organise des réunions politiques soutenues par des intellectuels allemands, où elle distribue sa brochure. C'est le , au cours de l'une de ces réunions où Günter Grass attaque Kiesinger, qu'elle promet, prise par l'excitation générale, de gifler en public le chancelier Kiesinger. Elle consacre l'été 1968 à une campagne médiatique contre Kiesinger ; elle apostrophe Kiesinger au Bundestag: « Kiesinger, nazi, démissionne! » ; en , jouant la journaliste, elle réussit à gifler Kiesinger en le traitant de nazi alors qu'il préside le Congrès du parti CDU. Elle est aussitôt arrêtée et condamnée à un an de prison ferme. Mais, comme elle le raconte à Karine Grunebaum pour le magazine Paris-Match: « Je rappelle au juge ma double nationalité et je lui conseille de ne pas me jeter en prison. Une heure plus tard, je suis libre… Une semaine après, je me rends à Bruxelles pour faire campagne contre Kiesinger qui doit parler devant les dirigeants de l’Otan. Quand il prend la parole, les insultes pleuvent, l’obligeant à se taire. Sa carrière politique est ébranlée. En 1969, c’est Willy Brandt, un ancien résistant, qui devient chancelier. Il m’amnistie aussitôt. Aujourd’hui, la photo de la gifle se trouve au musée de l’Histoire ­allemande. »

Beate la gifleuse devient une personnalité sulfureuse sur l'échiquier politique allemand. Elle décide de se présenter aux élections de septembre 1969 contre Kiesinger, mais le SPD lui refuse l'investiture et elle s'inscrit au nom d'un parti d'extrême gauche sans grande audience, l'ADF. Elle mène une campagne très active et violente contre Kiesinger, avec l'aide de partisans de l'extrême gauche et, si elle est largement battue, Kiesinger, qui était donné gagnant dans cette circonscription acquise au CDU, l'est aussi. Sur le plan national, le parti néo-nazi NPD n'obtient pas de siège au Bundestag. Une coalition SPD-FDP nomme Willy Brandt chancelier.

In fine, elle obtient de Willy Brandt la signature d'une nouvelle convention franco-allemande, le , qui permet à la justice allemande de juger les anciens nazis qui ont été condamnés par contumace en France après la guerre. Cette convention en remplace une autre du par laquelle la France se réservait le droit exclusif de les juger, alors que la France avait contresigné, en tant que nation occupante, la nouvelle constitution de la République fédérale qui interdisait à l'Allemagne d'extrader des criminels pour qu'ils soient jugés à l'étranger. Cette convention de 1954, en liaison avec la constitution allemande, garantissait l'impunité des criminels nazis en Allemagne.

L'affaire Achenbach[modifier | modifier le code]

Le , on apprend que Ernst Achenbach, du parti FDP, sera proposé, conformément aux accords SPD-FDP, comme délégué allemand à la Commission de la C.E.E. Or, nazi depuis 1933, il était premier délégué d'Abetz en 1940, et, après l'entrevue de Pierre Laval et Adolf Hitler, il a accompagné Laval à Vichy pour convaincre le Maréchal Pétain d'accepter une entrevue avec Hitler. Il a fait partie de l'escorte dans le long voyage de Vichy à Montoire où eut lieu cette entrevue le . Achenbach fut également chargé de la propagande radio en France. À ce titre, il avait des contacts avec Kiesinger. Mais l'accusation la plus grave porte sur la conduite des opérations de représailles à la suite des attentats contre des officiers allemands à Paris. Beate Klarsfeld démontre que, dans le but de préserver l'esprit de la collaboration d'État, Abetz et son adjoint Achenbach ont fait porter sur les Juifs la responsabilité des attentats, et a ainsi justifié les opérations de déportation vers Auschwitz, en particulier la déportation de 2 000 Juifs, du 26 février au 3 mars 1943. Il fut ensuite muté à Berlin où il travailla proche de Kiesinger, avec qui il conserva toujours des contacts après la guerre.

Beate Klarsfeld fait publier dans la presse française et la presse allemande un dossier qui présente la carrière nazie d'Achenbach, et elle intervient auprès des hautes instances politiques françaises, allemandes et communautaires. Fin mai, le gouvernement allemand renonce à cette nomination.

Criminels nazis en France[modifier | modifier le code]

Ses recherches au Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) lui permettent d'étudier les documents concernant deux SS qui furent des plus impliqués dans l'extermination des Juifs vivant en France : Kurt Lischka et Herbert Hagen.

Ils avaient bénéficié, après la guerre, de l'indulgence de la IVe République à cause des changements incessants de gouvernements et de la convention franco-allemande de 1954.

Avec l'appui de Serge Klarsfeld et de militants de la L.I.C.R.A., elle entreprend des actions de harcèlement, dont des tentatives rocambolesques d'enlèvement, qui ont pour objectif d'attirer l'attention des médias sur le sujet de l'impunité des criminels SS.

In fine, ils furent jugés et condamnés à Cologne en 1980.

Klaus Barbie[modifier | modifier le code]

Klaus Barbie avait été condamné en France par contumace après la guerre. Beate et Serge Klarsfeld connaissent bien son passé par l'étude des dossiers présents au CDJC, et ils savent pertinemment que Altmann, qui vit en Bolivie, n'est autre que Barbie. Les dates de naissance des enfants Altmann sont celles des enfants Barbie. Elle apprend au CDJC en juillet 1971 que le procureur de Munich a classé une instruction ouverte contre Barbie sur la demande d'une association allemande de victimes du nazisme, alors que la justice allemande sait qui est Altmann. Beate et Serge Klarsfeld entreprennent une série d'actions auprès des autorités françaises, allemandes et européennes, actions soutenues par le milieu juif, pour obtenir l'extradition en France de Klaus Barbie. Mais cela sera un long et très dur combat.

Ils finirent par obtenir satisfaction, et Klaus Barbie fut finalement jugé à Lyon en 1987. Mais tous ces combats contre les anciens SS attirèrent des haines, et la famille Klarsfeld eut à subir de nombreuses menaces et échappa de peu à des attentats par un colis piégé en mai 1972 et une bombe à retardement en juillet 1979[5].

La Beate Klarsfeld Foundation[modifier | modifier le code]

L'action de Beate Klarsfeld était très suivie dans les milieux juifs américains, et elle y acquit la réputation de chasseur de nazis. Ces milieux lui proposèrent de faire des conférences sur la chasse aux nazis et sur le génocide. Elle créa en 1979 une fondation qui porte son nom, qui, à ses débuts, était domiciliée 315 Madison Avenue - N.Y.- Room 3303. Cela lui permettait de récolter des fonds aux États-Unis, en particulier de l'Anti-Defamation League (A.D.L.) et du B'nai B'rith Office de New York.

Partage des tâches entre Beate et Serge Klarsfeld[modifier | modifier le code]

Il est certain qu'au début de leur combat contre les anciens nazis, c'est Beate qui eut le premier rôle du simple fait que Serge ne parlait pas l'allemand et ne pouvait pas faire certaines recherches. C'est Beate qui au début des années 1970 entreprit aussi des actions dans les pays de l'Est où l'antisémitisme reprenait, et qui connut les arrivées en pays inhospitaliers, et les prisons est-allemandes, polonaises et tchèques.

Par la suite, quand leur action se porta sur la France, c'est Serge qui occupa le devant de la scène. Ainsi, pendant les procès de Paul Touvier et Maurice Papon, Beate se tint en retrait. La ligne de partage fut celle de la nationalité : ce fut Beate qui avait les contacts en Allemagne, en particulier avec Willy Brandt, et Serge qui avait les contacts avec les ministres de la Justice français et les présidents François Mitterrand et Jacques Chirac.

Passé le tournant du siècle, ils présentent leurs actions sur le site de la Beate Klarsfeld Foundation comme étant totalement communes.

Depuis 2008, Beate Klarsfeld et l’universitaire Michel Cullin représentent la France au Conseil international du Service autrichien à l’étranger. Elle soutient notamment le « Service de la Mémoire », effectué par des jeunes Autrichiens auprès des mémoriaux, des musées juifs et des institutions contribuant ainsi au travail de mémoire dans le monde entier.

Candidature à la présidence fédérale[modifier | modifier le code]

Le , le parti Die Linke annonce soutenir la candidature, à la présidence de la République fédérale, de Beate Klarsfeld, dans le cadre l'élection présidentielle anticipée du 18 mars, convoquée à la suite de la démission du président Christian Wulff, soupçonné d'avoir failli à ses fonctions[6]. Celle-ci est confirmée par l'intéressée qui qualifie la proposition du parti d'« honneur », ajoutant qu'il s'agit par ailleurs d'un « couronnement du travail » qu'elle conduit « depuis des années ». Son principal adversaire est le militant des droits de l'homme, Joachim Gauck, soutenu par le reste des partis représentés au parlement fédéral. Elle annonce dans la foulée le 29 février son soutien à Nicolas Sarkozy pour l'élection présidentielle française de 2012[7].

Beate Klarsfeld obtient 126 votes alors que Joachim Gauck reçoit 991 votes sur les 1 228 votants[8].

Distinctions[modifier | modifier le code]

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Sources[modifier | modifier le code]

Les renseignements portés par cet article proviennent principalement du livre de Beate Klarsfeld, Partout où ils seront, édition spéciale 1973 (première édition 1972).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Journal officiel nº 84 du 8 avril 2007, page 6583
  2. Decret du 13 mai 2011. J.O. du 15 mai 2011.
  3. Beate Klarsfeld candidate en Allemagne, Le Figaro, 22 février 2012.
  4. Voir,La légion d'honneur pour Michèle Morgan, Alain Decaux, Serge Klarsfeld.. La Dépêche. 2 janvier 2014.
  5. J'ai giflé le chancelier allemand Kiesinger/Bio express sur le site Paris-Match.com consulté le 29 février 2012
  6. Voir, The New York Times, Tuesday, February 28, 2012, p. A7.
  7. Allemagne : Beate Klarsfeld soutient Sarkozy, Europe 1,
  8. Voir, Lutheran Pastor Elected as Germany's President. The New York Times, March 18, 2012.
  9. a, b et c « Beate Klarsfeld, commandeur de l’ordre national du Mérite », sur rtl.fr,‎ novembre 2011 (consulté le 5 décembre 2011)