Michèle Audin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Michèle Audin, née le à Alger, est une mathématicienne et écrivaine française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle est la fille du mathématicien Maurice Audin et de la professeure de mathématiques Josette Audin, tous deux pieds-noirs[1] et militants politiques. Alors qu'elle est enfant, son père meurt sous la torture[2],[3], en en Algérie, après avoir été arrêté par les parachutistes du général Massu. Dans le cadre de l'action pour la vérité autour de l'assassinat de son père, elle a refusé en 2009 la Légion d'honneur, et justifié sa décision par le refus du président de la République, Nicolas Sarkozy, de répondre à une lettre de sa mère à propos de la disparition de son père[4].

Ancienne élève de l'École normale supérieure (Sèvres), elle soutient en 1986 une thèse d'État intitulée Cobordismes d'immersions lagrangiennes et legendriennes, sous la direction de François Latour à l'université Paris-Sud. Elle devient ensuite professeure à l'Institut de recherche mathématique avancée (IRMA) de l'université de Strasbourg du jusqu'à sa retraite anticipée le [5]. À côté de son activité de mathématicienne, elle mène une intense activité littéraire personnelle et au sein de l'Oulipo.

Elle a été présidente de l'association Femmes et mathématiques en 1990 et 1991.

Travaux[modifier | modifier le code]

Mathématiques[modifier | modifier le code]

Les travaux de recherche de Michèle Audin appartiennent principalement au domaine de la géométrie symplectique, branche de la géométrie utilisée pour étudier la mécanique classique, newtonienne puis hamiltonienne, puis à l'étude des systèmes intégrables. Elle a publié de nombreux articles et monographies sur ces sujets.

Michèle Audin a prêté une attention particulière au programme fondateur de la topologie symplectique lancé par le mathématicien russe Vladimir Arnold[6]. La thèse de Michèle Audin puise dans la théorie du cobordisme de René Thom[7] pour contribuer au programme topologique d’Arnold. La mécanique y conduisant naturellement, Michèle Audin a ensuite orienté ses recherches sur les aspects dynamiques, et plus spécialement sur les systèmes hamiltoniens.

Dans sa monographie sur les toupies, Spinning tops: A Course on Integrable Systems, Michèle Audin traite en détail la question de savoir si un système dynamique est intégrable, question centrale de ses recherches ultérieures. Un exemple particulièrement éclairant provient de son article 'Sur la réduction symplectique appliquée à la non-intégrabilité du problème du satellite'[8]. Son travail sur les mathématiques de la toupie de Sofia Kovalevskaya l’a amenée à écrire ensuite un autre ouvrage, à la fois mathématique, historique et plus personnel sur cette mathématicienne: Souvenirs sur Sofia Kovalevskaya.

Histoire des mathématiques[modifier | modifier le code]

Motivée par l'histoire des mathématiques, de la communauté des mathématiciennes et mathématiciens, Michèle Audin a notamment publié la correspondance (1928-1991) de deux membres du groupe Bourbaki, les mathématiciens Henri Cartan et André Weil[9]. Elle a également publié un ouvrage consacré à la mathématicienne russe Sofia Kovalevskaïa et écrit la première biographie du mathématicien Jacques Feldbau.

Elle contribue régulièrement sur des sujets historiques au site Images des mathématiques[10].

Histoire de la Commune de Paris[modifier | modifier le code]

Passionnée par l'insurrection de la Commune de Paris de 1871, Michèle Audin participe à la documentation de son histoire ainsi qu'à sa mémoire. Elle tient un blog sur le sujet et est l'autrice de cinq ouvrages sur le sujet, parus de 2017 à 2021[11]. Deux fictions aux éditions Gallimard, Comme une rivière bleue (2017)[12] et Josée Meunier, 19 rue des Juifs (2021), ainsi que trois livres historiques chez Libertalia[11]. Le premier, Eugène Varlin, ouvrier relieur 1839-1871 (2019), est une anthologie des différents écrits d'Eugène Varlin, certains non publiés depuis leur parution originale[13]. Le deuxième, C'est la nuit surtout que le combat devient furieux (2020), publie la correspondance d'Alix Payen, ambulancière méconnue, et de sa famille fouriériste, qui ont échangé pendant les quelques mois de l'insurrection parisienne[14]. Le dernier, La Semaine sanglante : Mai 1871. Légendes et comptes (2021), propose un nouveau décompte des morts de la Semaine sanglante, allant jusqu'à « certainement 15 000 morts »[15].

Activité au sein de l'Oulipo[modifier | modifier le code]

Michèle Audin a été invitée d'honneur à une réunion de l'Oulipo à l'initiative de Jacques Roubaud, à la suite de la publication de son ouvrage Souvenirs sur Sofia Kovalevskaya à la forme discontinue, qui mêle des anecdotes, des chapitres de mathématiques assez pointus, des témoignages, des extraits de correspondance commentés ou encore des pastiches littéraires. On y trouve des clins d'oeil à l'Oulipo dans des chapitres de témoignages intitulés « Je me souviens » en référence à Georges Perec, ou encore dans un pastiche des Cosmicomics d'Italo Calvino[16]. Elle est cooptée à l'Oulipo en 2009. Première oulipienne à porter la double casquette de mathématicienne et d'écrivaine, les mathématiques sont pour elle à la fois une source d'inspiration pour les contraintes qu'elle invente et une thématique récurrente de son oeuvre littéraire. Par exemple, dans son roman La formule de Stokes, l'héroïne est une formule mathématique[17].

On lui doit l'invention de contraintes de nature géométrique comme la contrainte de Pascal ou la désarguesienne. La contrainte de Pascal a été expérimentée dans son récit en ligne Mai Quai Conti qui évoque l'histoire de l'Académie des sciences pendant la Commune de Paris : les relations entre les personnages du récit sont déterminées par la position des points d'une figure géométrique illustrant le théorème de Pascal[16].

Elle a aussi travaillé avec Ian Monk sur les nonines, c'est-à-dire sur les variantes de la sextine fondées sur des nombres qui ne sont pas des nombres de Queneau, donc avec lesquelles le système de permutation de la sextine ne fonctionne pas[18].

Son premier roman, Cent vingt et un jours, est fondé sur une onzine, c'est-à-dire une quenine d'ordre 11 (variante de la sextine) à partir de laquelle des personnages, des références littéraires et d'autres éléments du récit permutent de manière réglée. Comme dans la sextine poétique, le dernier mot d'un chapitre est le même que le premier mot du chapitre suivant[16].

Publications[modifier | modifier le code]

Mathématiques et histoire des mathématiques[modifier | modifier le code]

  • The Topology of Torus Actions on Symplectic Manifolds, Springer, 1991
  • Holomorphic Curves in Symplectic Geometry, avec Jacques Lafontaine, Brikhauser, 1996
  • Les systèmes hamiltoniens et leur intégrabilité, SMF, 2001. Traduit en anglais, Hamiltonian systems and their integrability, AMS, 2008
  • Spinning Tops: A Course on Integrable Systems, Cambridge University Press, 1999
  • Symplectic geometry of integrable Hamiltonian systems, avec Ana Cannas da Silva, Eugène Lerman, Birkhäuser 2003
  • Géométrie, EDP Sciences, 2005, [lire en ligne], traduit en anglais: Geometry, Springer, 2003
  • Souvenirs sur Sofia Kovalevskaïa, Calvage et Mounet, 2008, (ISBN 978-2-916352-05-3). Traduit en anglais: Remembering Sofya Kovalevskaya, Springer, 2011. DOI: 10.1007/978-0-85729-929-1
  • Fatou, Julia, Montel, le Grand Prix des sciences mathématiques de 1918, et après, Springer, 2009, DOI: 10.1007/978-3-642-00446-9. Traduit en anglais Fatou, Julia, Montel, Springer, 2011
  • Torus Actions on Symplectic Manifolds, Springer, 2004
  • Une histoire de Jacques Feldbau, Société mathématique de France, collection T, 2010, traduit en allemand: Jacques Feldbau, Topologe, Springer, 2012
  • Théorie de Morse et homologie de Floer, avec Mihai Damian, EDP Science, 2010
  • Correspondance entre Henri Cartan et André Weil (1928-1991), Documents Mathématiques 6, SMF, 2011 [présentation en ligne [PDF]]

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Une vie brève, Gallimard - L’arbalète, 2013, Prix Ève-Delacroix. Traduit en espagnol par Pablo Moíño: Una vida breve, Periférica, 2020
  • Cent vingt et un jours, Gallimard - L’arbalète, 2014
  • Mademoiselle Haas, Gallimard - L’arbalète, 2016
  • La formule de Stokes, roman, Paris, Cassini, , 297 p. (ISBN 978-2-84225-206-9)
  • Comme une rivière bleue, Gallimard, coll. « L’arbalète », 2017
  • Oublier Clémence, Gallimard, coll. « L’arbalète », 2018 (ISBN 978-2072821172)
  • Josée Meunier, 19 rue des Juifs, Gallimard, coll. « L'arbalète », , 208 p. (ISBN 978-2-0729-3354-7)

Histoire de la Commune[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Michèle Audin, géomètre du souvenir », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 6 août 2020).
  2. François Béguin, « Affaire Maurice Audin : "L'ouverture des archives est avant tout symbolique" », sur lemonde.fr, (consulté le 13 septembre 2018).
  3. Reconnaissance de son assassinat par le Président de la république le 13/09/2018.
  4. Edwy Plenel, « La lettre de Michèle Audin à Nicolas Sarkozy », Mediapart, 2 janvier 2009.
  5. « Images des mathématiques », sur images.math.cnrs.fr (consulté le 6 février 2017).
  6. Voir sa note: Sur la courbure de Riemann des groupes de difféomorphismes, C. R. Acad. Sci., Paris 260, 5668-5671 (1965).
  7. Voir Quelques propriétés globales des variétés différentiables, Commentarii mathematici Helvetici, 28, (1954), 17–86.
  8. La référence exacte est: Symplectic reduction applied to the non-integrability of the satellite problem. (La réduction symplectique appliquée à la non-intégrabilité du problème du satelllite.), Ann. Fac. Sci. Toulouse, VI. Sér., Math. 12, No. 1, 25-46 (2003).
  9. [PDF] « Présentation en pdf de la correspondance Henri Cartan - André Weil ».
  10. Liste des contributions de Michèle Audin
  11. a et b Justine Huppe, « La Commune à l’épreuve des archives… et du roman », Contextes, no 30,‎ (lire en ligne).
  12. Antoine Perraud, « Comme une rivière bleue, cause commune », sur La Croix, (consulté le 6 mars 2021).
  13. Mathieu Dejean, « Pourquoi il est important de se souvenir d'Eugène Varlin, militant ouvrier et communard », sur Les Inrockuptibles, (consulté le 11 novembre 2020).
  14. Maïté Bouyssy, « Alix Payen : aux grandes femmes la Commune reconnaissante », sur En attendant Nadeau, (consulté le 11 novembre 2020).
  15. Jean-Luc Porquet, « « Halte-là, citoyen, on ne passe pas » », Le Canard enchaîné,‎ .
  16. a b et c Michèle Audin, « Quand les mathématiques, l'histoire et la littérature s'emmêlent. Entretien avec Virginie Tahar », Formule : revue des créations formelles n° 21,‎ , p. 349 sqq
  17. Caroline Trotot (dir.), Claire Delahaye (dir.) et Isabelle Mornat (dir.), Femmes à l’œuvre dans la constructiondes savoirs : paradoxes de la visibilité et de l’invisibilité, , 339 p. (lire en ligne), p. 215-232 : Virginie Tahar, « Les oulipiennes sont-elles des oulipiens comme les autres ? »
  18. Ian Monk et Michèle Audin, Le Monde des nonines, Paris, La Bibliothèque Oulipienne n° 219,

Liens externes[modifier | modifier le code]