Aller au contenu

Michèle Audin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Michèle Audin
Michèle Audin en 2016.
Fonction
Présidente
Femmes et mathématiques
-
Françoise Delon (d)
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 71 ans)
StrasbourgVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Michèle Marie Adeline AudinVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Père
Mère
Fratrie
Louis Audin (d)
Pierre Audin (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
Membre de
Directeur de thèse
François Latour (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Blog officiel
Distinction

Michèle Audin, née le à Alger et morte le à Strasbourg, est une mathématicienne, historienne et écrivaine française.

Issue d'une famille de pieds-noirs, Michèle Audin a vu son enfance marquée par la guerre d'Algérie avec la disparition de son père Maurice Audin en 1957.

Elle a exercé comme professeure de mathématiques à l'université de Strasbourg et conduit à des avancées dans le domaine de la géométrie symplectique.

En plus de ses travaux mathématiques, elle a publié des ouvrages concernant l'histoire des mathématiques, l'histoire de la Commune de Paris ainsi que des ouvrages littéraires influencés par sa participation à l'Oulipo.

Michèle Audin naît le à Alger[1]. Elle est la fille du mathématicien Maurice Audin et de la professeure de mathématiques Josette Audin, tous deux pieds-noirs[2] et militants politiques. Alors qu'elle est enfant, son père meurt sous la torture[3],[4], en en Algérie, après avoir été arrêté par les parachutistes du général Massu. Dans le cadre de l'action pour la vérité autour de l'assassinat de son père, elle a refusé en 2009 la Légion d'honneur[5] et justifié sa décision par le refus du président de la République, Nicolas Sarkozy, de répondre à une lettre de sa mère à propos de la disparition de son père[6]. En 1966, sa mère quitte l'Algérie[1] et s'installe en 1967 à Argenteuil avec Michèle et ses deux frères Louis et Pierre[7].

Carrière mathématique

[modifier | modifier le code]

Quand elle est petite, Michèle Audin commence a faire des mathématiques avec sa mère, en particulier de la géométrie. Pendant quelques années, son idéal est « de savoir démontrer le théorème de Feuerbach ». Elle apprécie grandement l'enseignement des mathématiques modernes. Au lycée, elle souhaite s'orienter vers la section littéraire pour écrire ensuite des romans, mais ses professeurs la poussent à continuer vers la filière scientifique[8]. Plus tard, elle étudie à l'École normale supérieure de jeunes filles puis soutient en 1986 une thèse d'État intitulée Cobordismes d'immersions lagrangiennes et legendriennes sous la direction de François Latour à l'université Paris-Sud[9],[1]. Elle devient ensuite professeure à l'Institut de recherche mathématique avancée (IRMA) de l'université de Strasbourg du jusqu'à sa retraite anticipée le [1],[10].

Elle est présidente de l'association Femmes et mathématiques en 1990 et 1991[11]. Elle déclare avoir subi un certain sexisme durant sa carrière[12].

Autres activités

[modifier | modifier le code]

À côté de son activité de mathématicienne, elle mène une intense activité littéraire personnelle et au sein de l'Oulipo, ainsi que d'historienne des mathématiques et de la Commune de Paris.

Michèle Audin meurt à Strasbourg le à l'âge de 71 ans[13],[14], des suites d'une maladie[15].

Mathématiques

[modifier | modifier le code]
Animation d'une toupie en rotation, un exemple de système intégrable étudié par Michèle Audin.

Les travaux de recherche de Michèle Audin appartiennent principalement au domaine de la géométrie symplectique, branche de la géométrie utilisée pour étudier la mécanique classique, newtonienne puis hamiltonienne, puis à l'étude des systèmes intégrables. Elle a publié de nombreux articles et monographies sur ces sujets.

Michèle Audin a prêté une attention particulière au programme fondateur de la topologie symplectique lancé par le mathématicien russe Vladimir Arnold[16]. La thèse de Michèle Audin puise dans la théorie du cobordisme de René Thom[17] pour contribuer au programme topologique d’Arnold. La mécanique y conduisant naturellement, Michèle Audin a ensuite orienté ses recherches sur les aspects dynamiques et plus spécialement sur les systèmes hamiltoniens.

Dans sa monographie sur les toupies, Spinning tops: A Course on Integrable Systems, Michèle Audin traite en détail la question de savoir si un système dynamique est intégrable, question centrale de ses recherches ultérieures. Un exemple particulièrement éclairant provient de son article Sur la réduction symplectique appliquée à la non-intégrabilité du problème du satellite[18]. Son travail sur les mathématiques de la toupie de Sofia Kovalevskaya l’a amenée à écrire ensuite un autre ouvrage, à la fois mathématique, historique et plus personnel, sur cette mathématicienne : Souvenirs sur Sofia Kovalevskaya.

Histoire des mathématiques

[modifier | modifier le code]
Sofia Kovalevskaïa.

Motivée par l'histoire des mathématiques, de la communauté des mathématiciennes et mathématiciens, Michèle Audin a notamment publié la correspondance (1928-1991) de deux membres du groupe Bourbaki, les mathématiciens Henri Cartan et André Weil[19]. Elle a également publié un ouvrage consacré à la mathématicienne russe Sofia Kovalevskaïa, écrit la première biographie du mathématicien Jacques Feldbau, et documenté la genèse de la dynamique holomorphe moderne (avec des portraits détaillés des protagonistes principaux : Pierre Fatou, Gaston Julia et Paul Montel)[20].

De 2008 à 2015, elle contribue régulièrement sur des sujets historiques au site Images des mathématiques[21].

Histoire de la Commune de Paris

[modifier | modifier le code]

Passionnée par l'insurrection de la Commune de Paris de 1871, Michèle Audin participe à la documentation de son histoire ainsi qu'à sa mémoire. Elle tient un blog sur le sujet et est l'autrice de cinq ouvrages, parus de 2017 à 2021[22]. Deux fictions aux éditions Gallimard, Comme une rivière bleue (2017)[23] et Josée Meunier, 19 rue des Juifs (2021), ainsi que trois livres historiques chez Libertalia[22]. Le premier, Eugène Varlin, ouvrier relieur 1839-1871 (2019), est une anthologie des différents écrits d'Eugène Varlin, certains non publiés depuis leur parution originale[24]. Le deuxième, C'est la nuit surtout que le combat devient furieux (2020), publie la correspondance d'Alix Payen, ambulancière méconnue, et de sa famille fouriériste, qui ont échangé pendant les quelques mois de l'insurrection parisienne[25]. Le dernier, La Semaine sanglante : . Légendes et comptes (2021), propose un nouveau décompte des morts de la Semaine sanglante, allant jusqu'à « certainement 15 000 morts »[26].

Elle préface la réédition d'un manuscrit de Flora Tristan datant de 1844[27].

Activité au sein de l'Oulipo

[modifier | modifier le code]
Michèle Audin en 2013.

Michèle Audin a été invitée d'honneur à une réunion de l'Oulipo, à l'initiative de Jacques Roubaud, à la suite de la publication de Souvenirs sur Sofia Kovalevskaya, son ouvrage à la forme discontinue qui mêle des anecdotes, des chapitres de mathématiques assez pointus, des témoignages, des extraits de correspondance commentés ou encore des pastiches littéraires. On y trouve des clins d'œil à l'Oulipo dans des chapitres de témoignages intitulés « Je me souviens » en référence à Georges Perec ou encore dans un pastiche des Cosmicomics d'Italo Calvino[28]. Elle est cooptée à l'Oulipo en 2009 où elle est la première oulipienne à porter la double casquette de mathématicienne et d'écrivaine. Les mathématiques sont pour elle à la fois une source d'inspiration pour les contraintes qu'elle invente et une thématique récurrente de son œuvre littéraire. Par exemple, dans son roman La formule de Stokes, l'héroïne est une formule mathématique[29].

On lui doit l'invention de contraintes de nature géométrique comme la contrainte de Pascal ou la désarguesienne. La contrainte de Pascal a été expérimentée dans son récit en ligne Mai Quai Conti[30] qui évoque l'histoire de l'Académie des sciences pendant la Commune de Paris : les relations entre les personnages du récit sont déterminées par la position des points d'une figure géométrique illustrant le théorème de Pascal[28].

Elle a aussi travaillé avec Ian Monk sur les nonines, c'est-à-dire sur les variantes de la sextine fondées sur des nombres qui ne sont pas des nombres de Queneau, donc avec lesquelles le système de permutation de la sextine ne fonctionne pas[31].

Son premier roman, Cent vingt et un jours, est fondé sur une onzine, c'est-à-dire une quenine d'ordre 11 (variante de la sextine) à partir de laquelle des personnages, des références littéraires et d'autres éléments du récit permutent de manière réglée. Comme dans la sextine poétique, le dernier mot d'un chapitre est le même que le premier mot du chapitre suivant[28]. Ce roman s'inspire de la correspondance entretenue par Gaston Julia et Helmut Hasse, qu'elle a consultée aux archives de l'université de Göttingen mais qu'elle n'a pas pu publier[32].

Publications

[modifier | modifier le code]

Mathématiques

[modifier | modifier le code]
  • (en) The Topology of Torus Actions on Symplectic Manifolds, Springer, 1991
  • (en) Holomorphic Curves in Symplectic Geometry, avec Jacques Lafontaine, Brikhauser, 1996
  • Les Systèmes hamiltoniens et leur intégrabilité, SMF, 2001 ; traduit en anglais, Hamiltonian systems and their integrability, AMS, 2008
  • (en) Spinning Tops: A Course on Integrable Systems, Cambridge University Press, 1999
  • (en) Symplectic geometry of integrable Hamiltonian systems, avec Ana Cannas da Silva, Eugène Lerman, Birkhäuser 2003
  • Géométrie, EDP Sciences, 2005, [lire en ligne] ; traduit en anglais : Geometry, Springer, 2003
  • (en) Torus Actions on Symplectic Manifolds, Springer, 2004
  • Théorie de Morse et homologie de Floer, avec Mihai Damian, EDP Sciences, 2010

Histoire des mathématiques

[modifier | modifier le code]

Histoire de la Commune

[modifier | modifier le code]

Littérature

[modifier | modifier le code]

Dans La Bibliothèque oulipienne[34] :

  • Carrés imparfaits, volume 185, 2010
  • Sextines, encore, volume 191, 2011
  • Deux ruminations géométriques. Vers une transformation rationnelle de la littérature, volume 201, 2013
  • IV-R-16, volume 209, 2012
  • La Vérité sur le Voyage d'hiver, volume 216, 2014
  • Le Monde des nonines, en collaboration avec Ian Monk, volume 219, 2015
  • BO241, volume 241, 2023

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. a b c et d Philippe-Jean Catinchi, « Michèle Audin, mathématicienne, historienne et écrivaine, est morte », sur Le Monde,
  2. « Michèle Audin, géomètre du souvenir », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  3. François Béguin, « Affaire Maurice Audin : "L'ouverture des archives est avant tout symbolique" », sur Le Monde, (consulté le ).
  4. Reconnaissance de son assassinat par le Président de la république le 13/09/2018.
  5. « Michèle Audin, géomètre du souvenir », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le ) :

    « [La distinction est attribuée] pour sa “contribution à la recherche fondamentale en mathématiques et à la popularisation de cette discipline”. »

  6. Edwy Plenel, « La lettre de Michèle Audin à Nicolas Sarkozy », sur Mediapart, .
  7. Arezki Semache et GB, « Josette Audin, se souvient », L'Argenteuillais, no 10,‎ , p. 21 (lire en ligne).
  8. Damien Gayet, « Un entretien avec Michèle Audin », Gazette de la Société mathématique de France, no 171,‎ , p. 53 (lire en ligne Accès libre [PDF])
  9. (en) « Michèle Audin », sur le site du Mathematics Genealogy Project.
  10. Michèle Audin, « Gagner moins pour travailler plus », sur Images des mathématiques, (consulté le ).
  11. « Instances – Femmes et Mathématiques » (consulté le )
  12. Damien Gayet, « Un entretien avec Michèle Audin », Gazette de la Société mathématique de France, no 171,‎ , p. 57 (lire en ligne Accès libre [PDF])
  13. « Femmes et Mathématiques - Décès de Michèle Audin », sur femmes-et-maths.fr (consulté le ).
  14. Aurélien Soucheyre, « Michèle Audin, écrivaine, mathématicienne, est décédée », sur L'Humanité, (consulté le ).
  15. « Décès de Michèle Audin », sur smf.emath.fr (consulté le ).
  16. Voir sa note: Sur la courbure de Riemann des groupes de difféomorphismes, C. R. Acad. Sci., Paris 260, 5668-5671 (1965).
  17. Voir Quelques propriétés globales des variétés différentiables, Commentarii mathematici Helvetici, 28, (1954), 17–86.
  18. La référence exacte est: Symplectic reduction applied to the non-integrability of the satellite problem. (La réduction symplectique appliquée à la non-intégrabilité du problème du satelllite.), Ann. Fac. Sci. Toulouse, VI. Sér., Math. 12, No. 1, 25-46 (2003).
  19. « Présentation en pdf de la correspondance Henri Cartan - André Weil » [PDF].
  20. Michèle Audin, Fatou, Julia, Montel,, Springer Berlin Heidelberg, (ISBN 978-3-642-00445-2 et 978-3-642-00446-9, DOI 10.1007/978-3-642-00446-9., lire en ligne)
  21. « Michèle Audin : Mathématicienne et oulipienne - Université de Strasbourg et Ouvroir de littérature potentielle », sur Images des mathématiques (consulté le ).
  22. a et b Justine Huppe, « La Commune à l’épreuve des archives… et du roman », Contextes, no 30,‎ (lire en ligne).
  23. Antoine Perraud, « Comme une rivière bleue, cause commune », sur La Croix, (consulté le ).
  24. Mathieu Dejean, « Pourquoi il est important de se souvenir d'Eugène Varlin, militant ouvrier et communard », sur Les Inrockuptibles, (consulté le ).
  25. Maïté Bouyssy, « Alix Payen : aux grandes femmes la Commune reconnaissante », sur En attendant Nadeau, (consulté le ).
  26. Jean-Luc Porquet, « « Halte-là, citoyen, on ne passe pas » », Le Canard enchaîné,‎ .
  27. Flora Tristan (préf. Michèle Audin), Autour de la France: état actuel de la classe ouvrière sous l'aspect moral, intellectuel et matériel 1844, Libertalia, (ISBN 978-2-37729-321-6)
  28. a b et c Michèle Audin, « Quand les mathématiques, l'histoire et la littérature s'emmêlent : Entretien avec Virginie Tahar », Formule : revue des créations formelles, no 21,‎ , p. 349-362 (lire en ligne).
  29. Caroline Trotot (dir.), Claire Delahaye (dir.) et Isabelle Mornat (dir.), Femmes à l’œuvre dans la constructiondes savoirs : paradoxes de la visibilité et de l’invisibilité, , 339 p. (lire en ligne), p. 215-232 : Virginie Tahar, « Les oulipiennes sont-elles des oulipiens comme les autres ? »
  30. https://oulipo.net/fr/mai-quai-conti.
  31. Ian Monk et Michèle Audin, Le Monde des nonines, Paris, La Bibliothèque Oulipienne, , chap. 219.
  32. Damien Gayet, « Un entretien avec Michèle Audin », Gazette de la Société mathématique de France, no 171,‎ , p. 56 (lire en ligne Accès libre [PDF]).
  33. « Prix Ève-Delacroix », sur academie-francaise.fr (consulté le ).
  34. « Michèle Audin », sur Oulipo (consulté le ).

Liens externes

[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :