Argot normalien

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L'argot normalien est un argot propre aux élèves de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm.

Il s'est développé depuis l'installation au 45, rue d’Ulm (Paris 5e), au milieu du XIXe siècle.

Historique[modifier | modifier le code]

Vocabulaire[modifier | modifier le code]

Termes en usage[modifier | modifier le code]

Agrégatif 
élève préparant le concours de l'agrégation. De nombreux élèves préparent ce concours pendant leur scolarité à l'ENS[1].
A-Ulm 
Nom abrégé de l'Association des élèves, anciens élèves et amis de l'École normale supérieure[2].
Aquarium 
Hall du rez-de-chaussée du 45, rue d'Ulm. Date de l'époque où se trouvait dans ce hall d'entrée une sorte de guérite vitrée dans laquelle se tenait le concierge, qui apparaissait aux élèves comme un poisson dans son aquarium[1]. Une loge a été réinstallée à cet endroit en 2016.
Archicube 
Ancien élève[Masson 1]. Date de l'époque où les études à l'École duraient trois ans. Après avoir été cubes et avoir passé l'agrégation, les normaliens devenaient « archi »-cubes, mais n'étaient plus élèves. La revue de l'A-Ulm (voir ce mot) s'appelle L'Archicube.
BOcal 
Journal d'actualités des élèves de l'ENS, publié par le Comité d'organisation des fêtes (COF) depuis juillet 1990, toutes les deux semaines puis toutes les semaines[3],[4].
Bureau des arts 
Le Bureau des arts, composé de six personnes, s'occupe des activités culturelles de l'ENS (organisation des tirages au sort, des voyages, des visites culturelles, du festival artistique des Quarante Huit Heures des arts…)[5].
Cacique 
Élève reçu premier au concours d'entrée[1]. Par extension, le premier au concours de l'agrégation.
Caïman 
Agrégé-répétiteur[1]. Origine douteuse. Pierre Jannin, dans son livre d'or sur l'École paru en 1963, fait remonter son apparition à 1851, alors en référence à surveillant, « simple régent de collège de province […] qui reçut ce nom à cause de sa ressemblance plus ou moins éloignée avec ce hideux animal. »
Canular 
Plaisanterie généralement organisée en groupe visant à un effet de surprise (en principe agréable) pour les personnes auxquelles elle s'adresse, mais amusant généralement surtout pour ses auteurs. Ce mot, passé dans le français courant, vient de canularium, mot forgé par les élèves de l'École au XIXe siècle[6], et désignant alors le bizutage. Le canularium était antérieurement réservé à la lecture solennelle des notes trimestrielles par la direction (cf. Pierre Jannin). Les premières attestations du mot français, quant à elles, semblent remonter aux années 1910[7].
COF 
Comité d'organisation des fêtes, bureau exécutif de l'association des élèves, élu chaque semestre[8].
Conscrit 
Élève de première année[1].
Cour aux Ernests 
Cour centrale du vieux bâtiment du 45, rue d'Ulm[9]. Abréviation courante : courô[10].
DG (délégation générale) 
Institution composée de quatre élèves élus chaque année dont le rôle est essentiellement de s'occuper du thurnage[11].
Ernests 
Poissons rouges vivant dans le bassin situé au centre de la cour aux Ernests. Dérivé par antonomase du (pré)nom du directeur Ernest Bersot, qui le premier les y aurait installés[1].
Ernestophone 
Fanfare de l'ENS[12].
Hômonerie
Cercle LGBT de l'ENS[13].
Hypoconscrit 
Élève de khâgne ou de taupe, susceptible d'intégrer un jour l'École ; candidat au concours. Désigne aussi le gnouf, reçu au concours, avant le Méga[14].
Hypokhâgne 
première année de classe préparatoire, préparant à la khâgne[1].
Khâgne 
classe préparatoire littéraire préparant le concours d'entrée d'une ENS.
Khâgneux ou khâgneuse 
élève de khâgne[1].
Kâlo 
Soirée à thème en K-Fêt organisée par les conscrits d'un département[15].
K-Fêt 
Bar de l'École, où peuvent se retrouver les élèves pour discuter autour d'une bière ou disputer une partie de flipper. Il est tenu par des élèves souvent désignés sous le terme générique de K-Fêteux[16].
Mega 
Week-end d'intégration des élèves de première année, quelques semaines après la rentrée. À l'origine, au XIXe siècle, nom d'un bizutage au cours duquel les nouveaux élèves devaient aller se prosterner devant un squelette de Megatherium conservé à la bibliothèque de Lettres[17],[18].
Nuit 
La Nuit de la rue d'Ulm, ou simplement « La Nuit », est le gala annuel de l'École. Il est organisé par le COF et se déroule généralement dans les locaux de l'École au mois de novembre[19].
Pot (ou pôt) 
Mot-valise servant à désigner tout ce qui se rapporte à la nourriture : le réfectoire de l'École, ce qu'on y mange, une place à table, etc. Au XIXe siècle, le mot désigne principalement la cantine[Masson 1]. Poter, c'est manger ; le pot de Jourdan, c'est la cantine du campus Jourdan ; le petit-pot est le petit déjeuner pris au pot, et petitpoter signifie petit-déjeuner au pot[1]etc.
Tala (ou thala) 
Élève catholique : les « Talas » sont ceux qui von- « -t à la » messe. Le « groupe tala » est présidé conjointement par les « princes (ou princesses) tala », au nombre de quatre ou 5[20]. Selon Pierre Jannin cependant, ce nom proviendrait du talapoin de Voltaire. Dans les années 1920, les « talas » s'affrontent dans des polémiques farouches contre les « anti-talas », c'est-à-dire les communistes[Masson 1].
Talo 
Élève protestant. Id. Tala, sauf que les « talos » von- « -t à l'o- »ffice[20].
Taupe 
classe préparatoire scientifique[1]. Appelée ainsi à la fin du XIXe siècle par allusion à l'École des mines à laquelle elle prépare. S'est également appliqué ensuite aux classes préparatoires scientifiques préparant le concours d'entrée des ENS[Masson 2].
Taupin 
élève de classe préparatoire scientifique (voir Taupe)[Masson 2],[1].
Théâtre de l'Archicube 
Théâtre des élèves et anciens élèves de l'École[21].
Thurne 
Chambre d'élève. Dérivé : « thurnage », dispositif autogéré par les élèves pour la répartition des thurnes[22]. Le mot préexiste à la création de l'ENS avec l'orthographe « turne » et désigne « une chambre sale et sans confort », mais dans l'argot de l'ENS il est orthographié « thurne ». Le Grand Robert de la langue française de 2001 date cette acception de 1854 et indique[23] : « La variante plaisante thurne est utilisée dans le jargon de l'École normale supérieure, comme khagne pour cagne. »
Vieux con 
Tout élève qui n'est plus en première année. Abréviation de Vieux conscrit.[réf. souhaitée]

Termes désuets[modifier | modifier le code]

Antitala ou patala 
Anticlérical, opposé à tout ce qui est issu du catholicisme (tala)[Masson 1]. « Tala » étant une manière d'abréger l'expression à caractère humoristique : « qui va-t-à la messe » (ou « qui vont à la messe »)[Masson 1].
Bonvoust 
Terme désignant tout ce qui a rapport à la chose militaire (hommes, lieux, et surtout anciennement la préparation militaire à laquelle étaient soumis les Normaliens). Antonomase du nom du premier instructeur militaire en chef des élèves de l'École, le capitaine adjudant-major Bonvoust, à partir de 1885[24].
Carré 
Élève de deuxième année. Origine mathématicienne : le carré d'un nombre est sa puissance deux[1].
Clou 
Directeur de l'École, dans les années 1880, car « Tout haut fonctionnaire ne vaut jamais un clou »[Masson 3].
Cot(h)urne 
Élève avec qui on partage(ait) une turne (à l'époque où les turnes n'étaient pas individuelles). Pour le plaisir de l'homophonie avec le mot grec cothurne, qui n'a strictement rien à voir[1].
Cube 
Élève de troisième année. Cf. carré : le cube d'un nombre est sa puissance trois[1]. Toutefois, le dérivé verbal "cuber" se dit d'un élève de seconde année de classe préparatoire qui recommence sa deuxième année ("l'année des concours") pour retenter sa chance, faute d'avoir obtenu les écoles qu'il visait.
Goimard 
Clandestin, personne profitant des services de l'École (thurne, pot, etc.) sans être élève (de l'École) ou ayant droit. Du nom de Jacques Goimard, qui, khâgneux en 1954-1955, avait pris pour habitude de s'inviter au Pot, alors en accès libre (il intégra en 1955)[25].
Sévrienne 
Élève de l'École normale supérieure de jeunes filles, initialement installée à Sèvres, puis au 48, boulevard Jourdan, et fusionnée avec Ulm en 1985.[réf. souhaitée]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n « Petit vocabulaire à l’usage du normalien », sur ens.fr.
  2. Page "Historique" sur le site d'A-Ulm. Page consultée le 29 juin 2017.
  3. Site du BOcal. Page consultée le 29 juin 2017.
  4. Numéro 1 du BOcal, juillet 1990, au format PDF sur le site du COF. Page consultée le 29 juin 2017.
  5. Site du Bureau des arts.
  6. Trésor de la Langue française, s.v.
  7. Le Grand Robert de la langue française, Robert, 2001, s.v. « Canular ».
  8. Site du COF.
  9. Éric Aeschimann, « ENS : une école au bord de la crise de nerfs », sur bibliobs.nouvelobs.com, .
  10. « Interview de Thomas MORDANT (2013), ancien élève de Hoche, étudiant à ULM », sur ancienshoche.org.
  11. Site de la DG.
  12. Site de l'Ernestophone.
  13. Isabelle Rey-Lefebvre, « Rue d'Ulm, les fêtes paillardes alcoolisées ne font plus rire », sur lemonde.fr, .
  14. Alain Peyrefitte, Rue d'Ulm. Chroniques de la vie normalienne, Paris, Flammarion, 1977, p. 445. Pierre Bourdieu, La Noblesse d'État : Grandes écoles et esprit de corps, Paris, Éd. de Minuit, 1989, p. 151 (en ligne).
  15. « Apokâlo, welcome to tchernobar », sur cof-ulm.fr, .
  16. Site de la K-Fêt.
  17. Présentation du Méga sur l'ancien site du Comité d'organisation des fêtes. Page consultée le 26 mai 2013.
  18. Dufay et Dufort (1873), p. 58.
  19. Site de La Nuit.
  20. a et b « Site des aumôneries chrétiennes de l'Ens », sur www.eleves.ens.fr (consulté le 20 juin 2015).
  21. Théâtre de l'Archicube.
  22. Site de la DG.
  23. Le Grand Robert de la langue française, Robert, 2001, tome VI, p. 1580, article « Turne », 2.
  24. André Lalande dans Le Centenaire de l’École normale (1795-1895) (présentation en ligne).
  25. L'Archicube, revue de l'A-Ulm, no 14, juin 2013, page 155.
  • Nicole Masson, L'École normale supérieure. Les chemins de la liberté, Paris, Gallimard, coll. « Découverte Gallimard - mémoire des lieux », 1994.
  1. a, b, c, d et e p. 47.
  2. a et b p. 46.
  3. p. 35.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Dufay et Pierre-Bertrand Dufort, Les Normaliens. De Charles Péguy à Bernard-Henri Lévy, un siècle d'histoire, éditions Jean-Claude Lattès, 1993.
  • Nicole Masson, L'École normale supérieure. Les chemins de la liberté, Paris, Gallimard, coll. « Découverte Gallimard - mémoire des lieux », 1994.
  • Alain Peyrefitte, Rue d'Ulm. Chroniques de la vie normalienne, Flammarion, 1977.
  • Jean-François Sirinelli (dir.), École normale supérieure. Le livre du bicentenaire, Paris, Presses universitaires de France, 1994.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]