Habitation à bon marché

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Les HBM parisiens de la porte de Clignancourt.

Les habitations à bon marché, très souvent appelées HBM, correspondaient jusqu'en 1950 en France aux actuelles habitations à loyer modéré (HLM). Si les constructions réalisées sur la Zone à Paris dans l'entre-deux-guerres sont les plus connues, des HBM ont été bâties avant la guerre et dans l'ensemble de la France. Ce type de logement populaire prend sa forme autonome avec la loi Siegfried du , qui crée l'appellation d'« habitations à bon marché » (HBM), incitant ainsi la mise à disposition de logements à prix social avec une exonération fiscale.

Histoire[modifier | modifier le code]

La Cité jardin des Grésillons, à Asnières-sur-Seine, construite par les HBM de la Seine.

Jusqu'au XIXe siècle, la question du logement est considérée comme ne relevant pas des institutions publiques, la révolution industrielle développe une masse d'ouvriers qu'il faut loger, cette question relevant alors des rapports marchands, du paternalisme patronal qui crée des cités patronales, cités ouvrières ou corons, puis des domaines de l'assistance, de la charité (réformateurs sociaux, philanthropes comme la fondation Lebaudy créée en 1903 et la Fondation Rothschild en 1904) qui proposent deux types de logement, le pavillon en accession à la propriété ou le locatif dans des immeubles d'appartements.

Une première initiative publique a été prise par la Deuxième République avec la cité Napoléon (9e arrondissement de Paris), qui est la première cité ouvrière de Paris.

Toutefois, l'habitat ouvrier est souvent tellement dégradé que cette position idéologique ne peut être durablement maintenue. En 1832, une épidémie de choléra fait près de 20 000 victimes, et les docteurs Parent-Duchâtelet et Villermé soulignent le rôle désastreux de la saleté et l'exiguïté des logements - plutôt des taudis - des plus pauvres. Sous l'impulsion de philanthropes et hygiénistes, une première loi intervient en 1850 pour lutter contre le logement insalubre. À l'issue du premier Congrès international des Habitations à Bon Marché à Paris en , la Société française des habitations à bon marché (terme remplaçant celui d'habitation ouvrière) est créée[1].

L'industriel et député Jules Siegfried fait voter le une loi qui porte son nom, qui encourage la création d'organismes d'habitations à bon marché en mettant en place des exonérations fiscales et en donnant la possibilité d’utiliser les fonds de la Caisse des dépôts pour financer ces programmes. Cette loi est complétée par la loi soutenue par Paul Strauss en 1906, qui permet aux communes et aux Caisses d'épargne de financer le logement social et donc les sociétés HBM et qui définit le prix des loyers et les normes de salubrité : c'est la reconnaissance de la légitimité d'une « action publique » en France pour favoriser le logement social. La Caisse des dépôts, dépositaire des livrets A de la Caisse d'épargne, prêtant avec beaucoup de réticence, le municipalisme et radicalisme favorisent la création des Offices publics d'HBM (OPHBM[2]) sur le modèle du dispositif parisien (emprunt à l'État de 200 millions de francs du Conseil de Paris en pour construire 26 000 logements ouvriers), Offices autorisés par la loi Bonnevay du et pouvant bénéficier de prêts bonifiés de l'État[3].

Après la Première Guerre mondiale, la question du logement devient cruciale, notamment à Paris et dans le département de la Seine. Le retard pris dans la construction, les destructions et l'afflux de populations provinciales et étrangères rendent le parc inadapté, insuffisant et insalubre.

Les réponses seront de deux ordres :

Entre 1920 et 1930, de nombreux lotissements seront réalisés dans le département de la Seine, sur une surface de l'ordre de 15 000 hectares (150 km2), soit près du double de la surface de Paris, profitant d'une amélioration des conditions de déplacement permises par le développement des lignes de trains de banlieue ou des tramways qui irriguent la proche et la moyenne banlieue.

En 1928, la loi Loucheur prévoit, dans le cadre des actions des offices de HBM (31 offices municipaux dans le département de la Seine), la construction de 200 000 logements HBM et 80 000 logements à loyer moyen en 5 ans avec l'aide financière de l'État.

HBM parisiens[modifier | modifier le code]

Avant la Première Guerre mondiale, la construction des premiers HBM sont initiés par de riches philanthropes hygiénistes souvent au travers de fondations.[4]

Liste non limitative:

Promoteur Architecte(s) Nom Construction Adresse Arrondissement
Fondation Rothschild Auguste Labussière

Henri-Paul Nénot Adolphe Augustin Rey

1905-1909 8 rue de Prague 12e
Fondation du Groupe des Maisons Ouvrières Auguste Labussière Célestin Longerey Palais de la Femme 1910 94 rue de Charonne 11e
Fondation Singer-Polignac Georges Vaudoyer 1911 72 rue de la Colonie 13e
Fondation de Madame Jules Lebaudy. 124-126 avenue Daumesnil 12e
Fondation du Groupe des Maisons Ouvrières Auguste Labussière 1913 5 rue de la Saïda 15e

Le souci de réduction des couts d'entretien poussent les architectes à utiliser majoritairement la brique en revêtement extérieur et à réduire les éléments décoratifs qui se limitent souvent à l'usage de briques de couleurs différentes[4].

HBM de l'Office de la Ville de Paris, dans le 13e arrondissement de Paris.

Après la guerre, les gouvernements successifs décident la suppression de l'enceinte fortifiée de Paris, qui n'est plus adaptée aux besoins de la Défense, et d'aménager la partie située entre les boulevards des Maréchaux et la limite extrême de la zone de servitude militaire. Celle-ci était une zone non-ædificandi, sur laquelle a été notamment tracé, par la suite, le boulevard périphérique, et laissée volontairement en friche par la Défense de Paris pour des raisons militaires à la fin du XIXe siècle. L'Office de la Ville de Paris, aujourd’hui nommé Paris Habitat, engage alors les architectes expérimentés des premiers HBM, ce qui explique les similitudes entre HBM d'avant et d'après-guerre[4]. Se développent alors des immeubles de briques orange, hauts généralement de six étages, qui sont mis à la disposition des foyers modestes de la capitale. 58 500 logements HBM sont construits entre 1921 et 1939[5].

HBM du département de la Seine[modifier | modifier le code]

Le groupe de Drancy-I des HBM de la Seine.

L'office des HBM de la Seine, dirigé par le maire de Suresnes Henri Sellier, lance, entre 1921 et 1939, un programme de 15 cités-jardins inspirées des théories de l'Anglais Ebenezer Howard. Henri Sellier défend l'idée « des ensembles de logements propres à assurer la décongestion de Paris et de sa banlieue et à montrer que l'on peut assurer à la classe des travailleurs un logement présentant le maximum de confort matériel et de conditions d'hygiène ».

Toutes les cités-jardins d'Île-de-France sont cartographiées sur la page internet de l’Association régionale des cités-jardins d’Île-de-France.

Les architectes les plus connus ayant travaillé au sein de l'Office des Habitations à Bon Marché de la Seine sont les suivants : Joseph Bassompierre, Paul Sirvin, Paul de Rutté, Eugène Beaudouin, Marcel Lods, Léon Besnard, Raoul Brandon, Eugène Gonnot, Georges Albenque, Charles Heubès, Auguste Labussière, Alexandre Maistrasse, Gustave Majou, Maurice Payret-Dortail, Henri Provensal, Adolphe Augustin Rey, Henri Sauvage, Georges Vaudoyer, ou André Ventre.

HBM du Rhône[modifier | modifier le code]

Le département du Rhône crée son office public d'HBM sous la présidence de Laurent Bonnevay en 1919. Celui ci intervient surtout dans l'arrondissement de Villefranche-sur-Saône en construisant des logements dans les petites villes industrielles, telles que Thizy, Cours ou Tarare. C'est à partir de 1930 que ses réalisations se multiplieront sur la rive gauche du Rhône.

En 1925, Lyon compte, en plus de l'office public, deux sociétés de crédit immobilier et 29 sociétés anonymes d'HBM[6].

Des HBM aux HLM[modifier | modifier le code]

Dans le cadre du ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme qui considère le logement comme une compétence de l'État-providence, une loi de 1950[7] transforme les HBM en habitations à loyer modéré (HLM), qui deviendront peu après l'outil principal de l'État pour lutter contre la crise du logement de l'après-guerre, au moyen notamment des grands ensembles (plan Courant : industrialisation des chantiers, développement du 1 % patronal et de l'expropriation) et des zones à urbaniser en priorité. Désormais, des normes de revenus sont fixées pour l'accès au logement social[8].

Toutefois, la notion d'HLM se rapportant essentiellement à des règles de financement et de gestion du logement, il est abusif de considérer que cette appellation induit nécessairement l'octroi d'un logement collectif aux locataires. De nombreux organismes HBM (puis HLM) ont, en effet, construit également des maisons sous le statut de logement social.

Citations[modifier | modifier le code]

« Quand j'ai déménagé de Rancy, que je suis venu à la Porte Pereire, elles m'ont escorté toutes les deux. C'est changé Rancy, il reste presque rien de la muraille et du Bastion. Des gros débris noirs crevassés, on les arrache du remblai mou, comme des chicots. Tout y passera, la ville bouffe ses vieilles gencives. C'est le "P.Q. bis" à présent qui passe dans les ruines, en trombe. Bientôt ça ne sera plus partout que des demi-gratte-ciel terre cuite. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Roger-Henri Guerrand, Les origines du logement social en France : 1850-1914, de la Villette, , 287 p.
  2. Le premier office est créé à la Rochelle en 1913 et le deuxième à Paris en 1914.
  3. Christian Chevandier, "Laurent Bonnevay, réformateur social ?", dans Bruno Benoit - Gilles Vergnon, Laurent Bonnevay (1870-1957) et le département du Rhône. Colloque des 15 et 16 novembre 2007, à paraître
  4. a b et c « 17. L'invention du logement social moderne : des fondations philanthropiques aux cités-jardins » (consulté le )
  5. Jean-Michel Normand, « Dans les immeubles de la petite ceinture parisienne, le ras-le-bol des habitants profite au Rassemblement national », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  6. Mourad Laangry & Marie Maniga, Longue vie à la cité Mignot, Imprimerie Delta, coll. « Collection Mémoire Vive n°10 / Archives municipales de Lyon », , 99 p. (ISBN 2-908949-46-6), p. 23
  7. Loi no 50-854 du Autorisations de dépenses pour opérations prévues au plan de modernisation, art. 17
  8. Annie Fourcaut, « La belle époque des HLM », émission La Marche de l'histoire sur France Inter, 9 février 2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-Jeanne Dumont, Le Logement social à Paris 1850-1930 : Les Habitations à bon marché, Liège, Mardaga, , 192 p. (ISBN 2-87009-349-7 et 9782870093498), p. 155-157
  • Jean-Marc Stébé, Le logement social en France, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », , 128 p. (ISBN 978-2-13-055594-0, présentation en ligne)
  • [PDF] Brochure de Benjamin Sabatier, Les origines du logement social à Rennes ou le temps des habitations à bon marché, Service des archives municipales de Rennes -
  • Patrick Kamoun, Hygiène et morale - La naissance des habitations à bon marché, Union sociale pour l'habitat, 2011.
  • Les cités-jardins d'Île-de-France, une certaine idée du bonheur, Lieux Dits, 2018.

Liens externes[modifier | modifier le code]