Cartel des gauches
| Cartel des gauches | |
Résultats des législatives françaises de 1924. | |
| Fondation | 1924 |
|---|---|
| Disparition | 1926 |
| Élections concernées par l'alliance | Élections législatives de 1924 (XIIIe législature) |
| Organisations politiques concernées | Parti radical, Section française de l'Internationale ouvrière, Radical indépendant, Parti républicain-socialiste |
| Représentation à l'Assemblée nationale | |
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Le cartel des gauches est une coalition politique, constituée par des partis politiques de gauche et qui remporte les élections législatives de 1924 face au Bloc national. Les radicaux sont emmenés par Édouard Herriot, qui forme le gouvernement Herriot I, premier gouvernement du cartel, qui chute au bout de neuf mois. Plusieurs gouvernements se succèdent jusqu'en 1926, date à laquelle le cartel s'effondre et la droite revient au pouvoir avec le gouvernement Poincaré IV.
Durant son existence, le cartel rassemble les radicaux indépendants, le Parti radical et radical-socialiste, le Parti républicain-socialiste auquel se joignirent des socialistes indépendants, et la SFIO. Les premiers députés communistes, élus en 1924, siègent dans l'opposition, tandis que les socialistes de la SFIO ne participent pas au gouvernement, de peur d'être accusés de trahir la gauche en s'alliant avec un « régime bourgeois ». Les socialistes ne font ainsi que soutenir les orientations politiques prises en cas de succès.
Le bilan du cartel des gauches est mince. Bloqué par une absence de majorité claire, il ne réussit pas à redresser les finances publiques ni la chute du franc. Il rend néanmoins gratuites les études au lycée et accorde le droit de se syndiquer aux fonctionnaires, tout en obtenant une réduction de Winston Churchill, alors chancelier de l'Échiquier, une réduction de 60 % de la dette française vis-à-vis du Royaume-Uni.
Histoire
[modifier | modifier le code]Rapprochement de la SFIO et des radicaux (1919-1924)
[modifier | modifier le code]La fin de la Première Guerre mondiale voit l'émergence du Bloc national, regroupement de partis du centre et de la droite française qui se coalisent afin de gouverner. Ce bloc occupe les fonctions gouvernementales de 1919 à 1924[1]. Cette alliance est permise par la présence des partis centristes dans la coalition. La SFIO, sortant de la guerre en position de force, avait alors refusé une quelconque alliance avec lui, conduisant ce dernier à se tourner sur sa droite[2].
Le congrès de Tours (1920) conduit toutefois à un changement de configuration politique à gauche. La majorité des adhérents du parti vote l'adhésion à la IIIe Internationale et renomme le parti en SFIC, qui devient le Parti communiste français ; la minorité des « reconstructeurs » autour de Léon Blum refonde un parti nommé SFIO avec la majorité des élus[3]. Ce nouveau parti a dès lors la possibilité de s'allier avec les radicaux, qui occupent le centre-gauche et le centre de l'échiquier[2]. Des accords en ce sens sont trouvés à l'occasion des élections sénatoriales françaises de 1921 et des élections cantonales françaises de 1922[4].
La dynamique d'une alliance des gauches est aussi favorisée par Paul Painlevé, qui fonde à l'automne 1921, la Ligue de la République, qui réunit la nouvelle génération d'élus radicaux et les républicains-socialistes. De plus, deux nouveaux journaux acquis à la cause républicaine sont créés : un quotidien (Le Quotidien) et un hebdomadaire (Le Progrès civique). Les radicaux et les socialistes entretiennent de surcroît des relations au sein de groupes tels que la Ligue des droits de l'homme et les loges maçonniques. Ainsi, comme au temps du Bloc des gauches (1902-1905), le rapprochement des gauches repose essentiellement sur la formation de comités locaux et sur le soutien de sociétés de pensée. Par ailleurs, les fonctionnaires officieusement organisés au sein de la Fédération des fonctionnaires de Charles Laurent, proche de la CGT, et tout particulièrement les instituteurs, soutiennent activement la constitution de la nouvelle coalition[5].
Les radicaux sont très favorables à une alliance avec les socialistes, au moins pour éviter que la loi électorale ne les marginalise comme cela a été le cas à l'issue des législatives précédentes. Au congrès de Marseille, la SFIO approuve la formation d'un cartel purement électoral, dit « d'une minute »[1], qui a vocation à permettre la victoire sans pour autant se compromettre dans une éventuelle participation à un gouvernement inséré dans le cadre des institutions bourgeoises[5]. L'alliance entre la SFIO et les radicaux est par conséquent une alliance de raison. Léon Blum écrit dans le Populaire, le 29 avril 1924 : « Dans un grand nombre de circonscriptions électorales, nous nous sommes mis d’accord pour coordonner ce geste de délivrance. Cela pourrait suffire pour l'instant présent. À chaque jour suffit sa peine... »[2]. Le cartel est officiellement lancé.

Campagne aux élections législatives (mars-mai 1924)
[modifier | modifier le code]Les partis membres du cartel ne se mettent pas d'accord sur un programme national ; aussi la campagne électorale est-elle menée sur la base de quelques mots d'ordre à dimension générale : anticléricalisme, pacifisme, dénonciation de la pratique du pouvoir du Président de la République française, Alexandre Millerand, accusé de dériver vers le pouvoir personnel[6]. Ce dernier fait d'ailleurs paraître dans Le Matin, le 27 mars 1924, que « le chef de l’État ne saurait appeler au pouvoir qu’un cabinet résolu à continuer la politique suivie jusque-là [par le bloc national] », et que si le cartel gagnait, « le président de la République en tirerait immédiatement en ce qui le concerne les conséquences qu’il jugerait opportunes »[2].
Les Français connaissent certaines grandes orientations soutenues par les partis de gauche, comme l'opposition au retour des congrégations et aux subventions à l'enseignement privé, le souhait d'amnistier des personnes condamnées pour délit d'opinion « défaitiste » durant la Première Guerre mondiale ou pour délit de grève (notamment plusieurs milliers de cheminots). Les professions de foi des candidats tendent au soutien à la Société des Nations ainsi, selon Jean-Noël Jeanneney, au « rapprochement avec l’Angleterre et quelquefois [...] que soit reconnu le régime des soviets (à la condition expresse seulement que soient indemnisés les souscripteurs d'emprunts russes qui ont été spoliés) ». Enfin, les candidats sont favorables à un impôt sur le revenu plus progressif et à la réduction ou la suppression de la taxe sur les bénéfices des entreprises[2]. Herriot soutient la mise en place d'un « système d’assurances sociales qui couvrirait maternité, maladie, chômage, vieillesse et décès » (Jeanneney)[2]. La campagne permet de répondre aux critiques d'une frange des Français vis-à-vis de la politique d'austérité économique menée par Poincaré[7].
La campagne électorale menée par le cartel, formé dans 50 départements, soit 57 circonscriptions, reste très traditionnelle. Comme le remarque Jeanneney, les socialistes et les radicaux peuvent dans certains cas, au niveau local, se faire concurrence. C'est notamment le cas dans les circonscriptions où les socialistes savent être suffisamment forts pour ne pas avoir besoin de s'allier, et dans celles où les radicaux considèrent plus probable leur victoire en se tournant vers l'Alliance démocratique et son électorat de centre-droit (16 circonscriptions)[2]. Certains socialistes forment une alliance avec le PCF (3 circonscriptions). Les socialistes sont absents dans 21 départements, à défaut d'organisation ou à cause de la scission. Les radicaux ne peuvent donc pas s'allier aux socialistes dans une quarantaine de départements[6].
Victoire électorale (mai 1924)
[modifier | modifier le code]Les élections législatives de 1924 ont lieu les 11 et 25 mai 1924. La participation est très forte, avec le taux d'abstention le plus faible depuis 1871 (16,9 %)[8]. Le cartel des gauches sort vainqueur, mais sa victoire est relative[2]. Les partis de gauche progressent de 4 points de pourcentage par rapport à 1919 pour atteindre 48 % des voix[2]. Mais la gauche dans son ensemble n'obtient qu'environ 4 200 000 voix (dont 875 812 pour les communistes, qui rejettent le cartel), contre plus de 4 530 000 pour les listes de l'ex Bloc national (dont les 1 020 229 voix des listes d'alliance radicaux-centristes). Ainsi, les listes du cartel stricto sensu obtiennent 2 644 769 voix, les listes homogènes de la SFIO 749 647 voix, soit un total de 3 394 416 suffrages pour les composantes du cartel dans leur ensemble[9]. Le cartel a principalement gagné des circonscriptions dans la France méridionale[2].
Minoritaire en voix, le cartel est en revanche la première force politique en nombre de sièges, profitant des divisions de ses adversaires. Il dispose de 287 élus : 104 socialistes (contre 52 en 1919), 139 radicaux (contre 86), et 44 républicains socialistes d'Aristide Briand et Paul Painlevé (contre 26). La majorité à la Chambre étant à 291, le cartel ne peut gouverner seul. Les députés du centre et de la droite, hostiles au cartel, ne sont que 233. Le mode de scrutin, qui leur avait profité en 1919, s'est finalement retourné contre eux[10]. Par ailleurs, les communistes passent de 13 à 26 sièges[2]. Comme ils ne soutiennent pas le cartel, ce dernier doit envisager de s'appuyer sur le groupe Gauche radicale, composé d'une quarantaine de députés hétérogènes qui pour certains sont favorables au cartel, et qui pour d'autres sont prêts à une alliance avec le centre-droit[2]. Si Poincaré doit quitter le pouvoir, il appelle les électeurs conservateurs à accepter la défaite, en déclarant que « [c]eux d'entre nous qui seraient disposés à user de déloyauté pour entraver l'expérience dont le pays semble avoir eu le désir, seraient indignes d'être citoyens dans une nation libre »[1].
La Chambre des députés issue de l'élection comporte 140 avocats et 9 professeurs de droit[11]. Albert Thibaudet forge l'expression de « république des professeurs » pour désigner le triumvirat de normaliens composé de Léon Blum, Édouard Herriot et Paul Painlevé[12].
Prise de fonctions et démission du président de la République (mai-juin 1924)
[modifier | modifier le code]Édouard Herriot, chef des radicaux, est le chef naturel du cartel ; aussi est-il confirmé par la Chambre comme président du Conseil[2]. Il n'a toutefois à son actif qu'une maigre expérience de gouvernement, comme ministre des Travaux publics sous le gouvernement Briand VI (1916-1917)[2].

La première action est alors de demander la démission du président Millerand. Le cartel reproche à ce dernier d'avoir cherché à étendre les pouvoirs du président au-delà de ce que la tradition de la « constitution Grévy » autorisait ; loin d'être un simple arbitre des institutions, Millerand avait pris parti en faveur du Bloc national lors de la campagne, en particulier lors de son discours d'Évreux ()[2]. Les députés du cartel ne pouvant provoquer de destitution du président, ils prennent la décision de faire chuter tous les gouvernements nommés par Millerand. Lorsque Millerand nomme Frédéric François-Marsal président du Conseil le 9 juin, les députés annoncent leur intention de renverser son gouvernement ; c'est fait dès le lendemain, à 328 voix contre[2].
Le président Millerand se trouve ainsi bloqué. S'il peut dissoudre la Chambre pour provoquer de nouvelles élections, cela exigerait de recueillir l'avis du Sénat, dont près de la moitié des sénateurs soutient le cartel, et qui se veut respectueux du résultat des élections. Le précédent de la dissolution de la Chambre par le président Patrice de Mac Mahon, et la crise du 16 mai 1877 qui avait conduit à sa démission, est encore dans les esprits[1]. Le 11 juin, face à l'impossibilité de nommer un président du Conseil autre que venant du cartel des gauches, et refusant de nommer un président du Conseil issu du cartel, le président Millerand démissionne[2].
Le cartel espère l'élection de son candidat, Paul Painlevé, comme président de la République. Le Sénat, conservateur, fait pencher la balance au profit de Gaston Doumergue, proche du centre-droit, qui est élu le à 515 voix contre 309[2]. Il annonce que « [n]ul plus que [lui] ne demeurera au-dessus des partis pour être entre eux l'arbitre impartial »[1]. Un mois plus tard, c'est Justin de Selves, modéré et critique du cartel, qui est élu président du Sénat face au candidat des gauches Jean-Baptiste Bienvenu-Martin[2]. Le cartel fait élire Painlevé président de la Chambre des députés[1].
Formation du gouvernement Herriot I (juin 1924)
[modifier | modifier le code]Entre mai et juin, Herriot entame des négociations pour déterminer si les socialistes (SFIO) participeront, ou non, au gouvernement. Il correspond avec Léon Blum à partir du 2 juin à ce sujet. Dans les jours qui suivent, une réunion entre radicaux et socialistes se conclut par la décision que la SFIO ne participera pas au gouvernement, mais le soutiendra politiquement[2]. Blum considère en effet que les socialistes ne sont pas encore assez puissants pour avoir une influence suffisante sur le gouvernement en formation, et que la participation au gouvernement dominé par les radicaux leur ferait courir le risque du discrédit en cas d'échec[2].
Le , Édouard Herriot forme le gouvernement Herriot I. Sur ses 18 membres (14 ministres, 4 secrétaires d’État), 13 appartiennent au parti radical ; les autres appartiennent à des groupes de gauche présents à la Chambre, ou ne sont pas affiliés à un parti (le général Charles Nollet, ministre des Armées)[2]. Afin de « rassurer les milieux d'affaires » (Jeanneney), Étienne Clémentel, qui a un passé ministériel durant la guerre, est nommé ministre de les Finances[2]. Une partie de l'opinion est déçue que les socialistes ne participent pas au gouvernement, alors qu'ils permettent à ce dernier de ne pas être renversés[2]. La Chambre vote la confiance au nouveau gouvernement le 19 juin[2].
Les membres du cartel occupent des fonctions stratégiques au sein de la Chambre. Comme le souligne Pierre Miquel, les proches d'Herriot « disposent de neuf présidences de commissions parlementaires, les socialistes sept, les républicains socialistes deux ». Vincent Auriol préside la commission des Finances. La commission des Armées est en revanche présidée par un parlementaire de droite, André Maginot[1].
Gouvernement Herriot I (juin 1924-janvier 1925)
[modifier | modifier le code]Le gouvernement prend rapidement quelques mesures spectaculaires, comme l'amnistie des grévistes de 1920 et des hommes politiques condamnés pendant la guerre (Joseph Caillaux et Louis Malvy) ou encore la création d'un Conseil économique et social, qui a pour effet de faire entrer dans les institutions des syndicats[1]. Il octroie le droit de se syndiquer aux fonctionnaires, point combattu par les partisans de Poincaré[1],[13].
Des mouvements importants ont lieu dans la haute fonction publique, quoique son ampleur est alors exagérée par la droite. Comme le rapporte Pierre Miquel, Hubert Lyautey est remplacé par Théodore Steeg à la résidence générale du Maroc ; Maxime Weygand est remplacé par Maurice Sarrail comme Haut-commissaire de France au Levant, c'est-à-dire en Syrie. Des ambassadeurs proches de la droite retrouvent l'administration centrale, tandis que d'autres sont nommés ; parmi eux, Jean Hennessy, homme d'affaires qui a financé la campagne du cartel[1]. Des mouvements ont aussi lieu dans l'administration préfectorale[1].
D'un point de vue économique, le gouvernement est mis en difficulté par l'arrivée à maturité d'un très grand nombre de titres de dette publique détenus par le public sur 1924 et 1925[2]. Herriot refuse de rompre avec la doctrine mise en place par le Bloc national en sortie de guerre et qui exigeait une politique de déflation visant à restaurer le niveau des prix, et la valeur du franc, de 1919[2].
Le gouvernement prend rapidement des mesures d'inspiration anticléricale, comme la « dissolution de la congrégation des clarisses d'Alençon et suppression des crédits de l'ambassade au Vatican » (Miquel)[1]. Ces décisions provoquent un grand émoi au sein des catholiques centristes et conservateurs, qui se rallient dès lors à la droite. Le gouvernement doit renoncer à supprimer l'ambassade au Vatican que le Bloc national avait créée. La hiérarchie catholique publie notamment en la Déclaration sur les lois dites de laïcité, qui condamne la laïcisation de la société française et appelle les catholiques à s'y opposer[14]. La volonté d'appliquer la loi de séparation des Églises et de l'État sur la laïcité en Alsace et en Moselle reste elle aussi lettre morte pour ne pas encourager des mouvements sécessionnistes et du fait de l'activisme de la Fédération nationale catholique. Les amnisties suscitent, pour leur part, l'hostilité de nombreuses associations d'anciens combattants et de la droite.
Le gouvernement déploie une politique importante en matière d'enseignement. L'enseignement secondaire moderne (sans latin) est rétabli, que le principe de la gratuité du lycée.
Le gouvernement décide la panthéonisation de Jean Jaurès, qui fait alors polémique. La cérémonie a lieu le 23 novembre. Si elle est au départ cadrée par le cartel des gauches, 50 000 militants communistes viennent rendre un hommage bruyant dans un cortège séparé. Il s'agit de la première grande manifestation communiste dans les rues de Paris. Elle provoque une tension dans les milieux bourgeois[2].
En décembre 1924, le gouvernement apprend, par le biais du second sous-gouverneur de la Banque de France, James Leclerc, que les autorités de la banque centrale ont falsifié depuis plusieurs mois les bilans de l'institution en vue de maintenir la confiance du public et des investisseurs dans le franc, sans en prévenir le gouvernement. Le plafond de circulation de la masse monétaire, 41 Md de francs, a en réalité été dépassé. Le gouvernement décide de ne rien faire[2].
Le cartel décide d'amnistier Joseph Caillaux, par un vote le de la Chambre des députés[15]. Cela lui permet de reprendre aussitôt sa carrière politique[16].
En janvier 1925, Justin de Selves est réélu président du Sénat, battant le candidat soutenu par le cartel. Le nombre de parlementaires qui se rallie à la candidature de Justin de Selves croît par rapport à juin 1924, signe d'un glissement des sénateurs centristes vers la droite et contre le cartel[2].
Derniers mois et chute du gouvernement Herriot I (février-avril 1925)
[modifier | modifier le code]En février 1925, le gouvernement se trouve dans l'obligation de décider de la suite à donner à la falsification de ses bilans par la Banque de France. Le conseil des régents, dominé par des banquiers privés actionnaires d'une banque centrale qui n'est pas encore publique, demandent la suppression d'obligations prudentielles en échange de leur silence ; le gouvernement ne peut l'accepter[2]. Comprenant le potentiel dévastateur du scandale à venir, le 14 février, Herriot et Clémentel invitent au ministère des Finances Léon Blum, Vincent Auriol et Albert Bedouce (SFIO), ainsi que des représentants des radicaux (notamment, Maurice Viollette, Louis Malvy, Lucien Lamoureux et Louis-Lucien Klotz), Paul Painlevé comme représentant du groupe républicain socialiste, et Louis Loucheur pour représenter la gauche radicale[2]. Il est décidé de céder à la demande du conseil des régents[2].
Parallèlement, la SFIO se montre de plus en plus pessimiste quant à la capacité du cartel à atteindre ses objectifs. Blum publie une lettre qu'il envoie en même temps à Herriot, dans laquelle il écrit : « De mois en mois, de semaine en semaine, les mesures indispensables — dont le gouvernement reconnaissait avec nous la nécessité [...] — ont été ajournées. Nous ne nous en étonnons pas outre mesure. Chaque fois que le Trésor avait surmonté une difficulté particulièrement pressante, ce répit, ce soulagement passager ramenait — par un effet naturel — l’espoir d’échapper à l’inévitable [...] C’est pour préserver la confiance que l’on a [...] évité de proclamer la vérité avec cet éclat retentissant »[2].
Le scandale des faux bilans de la Banque de France éclate le 9 avril 1925, lorsque la banque centrale publie une Situation mensuelle corrigée des falsifications qu'elle avait opérées les mois précédents, sans l'accord du gouvernement, en vue de protéger la valeur du franc. Le gouvernement Herriot propose un projet de loi visant à augmenter le plafond de monnaie en circulation au-delà des 41 Md de francs. Il censuré par la Chambre dès le lendemain, 10 avril 1925, à l'issue du débat sur la loi, par 156 contre 132 voix[17].
Succession de gouvernements et dislocation progressive du cartel (avril-novembre 1925)
[modifier | modifier le code]Le 17 avril 1925, le président de la République nomme Paul Painlevé comme président du Conseil. Il forme le gouvernement Painlevé II, qui tient jusqu'au 27 octobre 1925, soit 6 mois et 10 jours. Painlevé frappe l'opinion en nommant Joseph Caillaux au ministère des Finances, amnistié en janvier de la même année après une condamnation par le Sénat constitué en Cour de justice dans le cadre des affaires Bolo Pacha et du « Bonnet rouge »[18],[19].
Caillaux fait voter un projet de loi contenant des mesures financières telles qu'un emprunt en rente perpétuelle à 4 % garanti contre le risque de change, en échange d'une hausse de 6 Md de francs du plafond des avances de la Banque de France et du plafond de la masse monétaire, tout en encadrant le montant de la dette publique flottante. Le 12 juillet 1925, le cartel s'est déjà en partie désintégré : le projet est adopté à 295 voix pour et 228 contre, avec une majorité des députés du cartel de 1924 dans l'opposition au projet (196 voix, dont 103 socialistes et 77 radicaux), et une minorité en faveur (96 voix)[2]. Le député de droite André François-Poncet déclare : « Nous savons enfin qu’une majorité à la Chambre est décidée à se dégager du boulet du 11 mai »[2]. Le gouvernement chute le 27 octobre 1925[1].
La nomination du gouvernement Painlevé III le 29 octobre ne permet pas aux ministres de lancer de grande politique publique, car il chute le 22 novembre. Pendant le mois que dure le gouvernement, le nouveau ministre des Finances, Georges Bonnet, dépose un projet de loi sur un impôt exceptionnel sur la fortune ; le gouvernement est renversé avant qu'il n'aboutisse[2].
Gouvernements Briand (novembre 1925-juillet 1926)
[modifier | modifier le code]Le 28 novembre 1925, le gouvernement Briand VIII est nommé. Il tient jusqu'au 6 mars 1926. Briand ne réussit pas à faire passer un projet de loi d'assainissement des finances publiques ; deux ministres des Finances se succèdent : Louis Loucheur (novembre à décembre) et Paul Doumer (décembre à mars). Chacun ne produit que des solutions incertaines au déficit et à la chute du franc, alors que ce dernier passe de 109 francs la livre sterling en octobre à 123 en novembre, 130 en décembre et 144 en avril[2].
Le gouvernement chute au profit du gouvernement Briand IX, qui dure du 9 mars au 15 juin 1926 ; la livre vaut alors entre 148 et 172 francs[2]. Raoul Péret, nommé ministre des Finances, rompt avec la doctrine financière du cartel, et soutient à la Chambre qu'il faut réduire les impôts sur les titres financiers. Le franc continue sa chute, et le gouvernement doit puiser dans le prêt accordé par la banque Morgan Stanley au dernier gouvernement Poincaré pour réaliser des opérations sur le marché des changes afin de stabiliser le franc[1].
Un ultime et éphémère gouvernement Briand X clôt le cartel, s'étendant du 23 juin au 17 juillet 1926. Briand remercie Robineau et nomme, le 26 juin, Émile Moreau, dont il est proche[2].
L'accélération de la chute du franc en juillet 1926 exige une réponse forte que le gouvernement n'a pu apporter jusqu'alors. Le 16 juillet, Joseph Caillaux se rend à la Chambre pour exposer un plan de redressement financier inspiré par les préconisations du comité des experts créé par le décret du 31 mai 1926. Il demande à obtenir les pleins pouvoirs financiers pour enrayer la baisse du franc et assurer une stabilisation de la monnaie ; il déclare nécessaire d'abandonner la doctrine de déflation et de retour à la valeur du franc de 1914. Il compte notamment « [a]lléger la fiscalité sur la Bourse et le capital [et] rendre la sécurité aux capitaux en abrogeant la loi qui en réglemente l'exportation » (Miquel), afin de faire revenir des capitaux en France et provoquer une appréciation du franc ; il propose des réformes administratives visant à accroître l'efficacité de l'administration fiscale[20]. Herriot, président de la Chambre, descend du perchoir pour haranguer les députés, dénonçant une attaque à la « tradition républicaine » et une trahison des orientations du cartel. Le 17 juillet, la Chambre vote la censure et provoque la chute du gouvernement Briand. La spéculation qui a lieu alors entraîne plus avant la chute du franc : une livre sterling vaut alors 200 francs[2].
Gouvernement Herriot II et fin du cartel (18-21 juillet 1926)
[modifier | modifier le code]Le 18 juillet, le président Doumergue nomme Herriot président du Conseil, conformément à la tradition voulant que la force qui a fait tomber le gouvernement précédent soit le chef du suivant. Herriot forme le gouvernement Herriot II le 19 juillet. Il a le plus grand mal pour trouver des candidats aux postes de ministres, chacun sachant que son gouvernement serait de courte durée ; Lucien Romier, du Figaro, refuse, tout comme le poste de ministre des Finances, comme Maurice Bokanowski et François Piétri. Herriot finit par constituer un gouvernement[1].
Il se rend à la Chambre pour l'approbation de son gouvernement le 21 juillet. Le franc chute plus encore, passant à 243 francs pour 1 livre sterling. Le soir-même, à 21h, la Chambre renverse le gouvernement, mettant fin au cartel des gauches. La foule parisienne se rend pendant le vote au Palais Bourbon pour huer le gouvernement ; aussi Herriot reste-t-il jusqu'à tard dans la nuit confiné au sein du Palais avant de se rendre au palais de l'Élysée pour remettre sa démission[2]. C'est la fin du cartel des gauches[2].
Le 17 juillet 1926, le président Doumergue propose à Raymond Poincaré de devenir président du Conseil. Ce dernier était resté en grande partie silencieux durant les semaines précédentes, afin que les parlementaires et les Français viennent à le considérer comme l'ultime recours, et ce d'autant qu'il bénéficiait de la réputation acquise lors du « Verdun financier » engagé par lui pour sauver le franc en 1924, à la fin du Bloc national[2]. La nomination du gouvernement Poincaré IV conduit à une appréciation forte du franc, qui passe de 243 francs pour 1 livre à 220 francs, puis, dès le 25 juillet, sous les 200 francs[2]. La droite et les radicaux soutiennent Poincaré, qui forme une large coalition républicaine dite « d' Union nationale », à laquelle seuls les socialistes, communistes et nationalistes intransigeants ne participent pas.
Politique menée
[modifier | modifier le code]Politique étrangère
[modifier | modifier le code]Sous le gouvernement Herriot I
[modifier | modifier le code]Le cartel des gauches abandonne la politique de rigueur vis-à-vis de l'Allemagne qui avait été la ligne poursuivie par Millerand et Poincaré[2]. Ne préparant pas ou mal ses réunions avec le Royaume-Uni, Herriot cède devant beaucoup des demandes de ce dernier. Notamment, il a accepté de revenir sur l'occupation de la Ruhr dans l'année, sans contrepartie forte[2]. Il a également abandonné le plan du Quai d'Orsay consistant à ce que la dette allemande ne fasse pas l'objet de virements entre l'Allemagne et les pays auxquels elle devait de l'argent mais une commercialisation sur les marchés financiers sous forme d'obligations échangeables ; cela aurait permis d'éviter que les États-Unis et le Royaume-Uni ne fassent pression par la suite pour négocier une réduction de la dette allemande[2]. Le cartel accepte le plan Dawes en , alors qu'il réévalue à la baisse les réparations que l'Allemagne devait à la France (les Allemands s'engagent à verser de 1 à 2 Md de marks-or à la France pendant cinq ans gagés sur leur compagnie ferroviaire et sur leur industrie).
Le gouvernement fait reconnaître l'URSS en [1].
Le cartel propose à la Société des Nations (SDN) le « protocole de Genève ». Il est voté à l'unanimité par l'Assemblée générale de la SDN. Ce protocole oblige les pays signataires à régler leurs conflits par le biais de la Cour internationale de justice ou de l'arbitrage de la SDN ; une contravention à ce principe autorise dès alors l'Assemblée générale à mettre en oeuvre des sanctions internationales[1].
La maladresse du général Maurice Sarrail, nommé par le Cartel, provoque en Syrie la révolte druze, difficilement reprimée par l'armée française, dont l'intervention est condamnée par l'opinion internationale.
Le cartel soutient en outre le maréchal Pétain et provoque le départ du maréchal Lyautey durant la guerre du Rif. La coalition franco-espagnole et la guerre totale qui y est mené aura raison de la République du Rif le .
Parce qu'Herriot cède aux demandes britanniques sur la question des réparations allemandes, le cartel est accusé d'être financé par de l'argent britannique, issu notamment du Secret Intelligence Service. Ce dernier aurait cherché à faire tomber Poincaré. Jeanneney ne trouve aucune base à cette accusation[2].
Sous les gouvernements suivants
[modifier | modifier le code]Painlevé nomme Aristide Briand comme ministre des Affaires étrangères. Il négocie les accords de Locarno pour la France, qui sont signés en octobre 1925 et qui visent à assurer la sécurité collective en Europe et les frontières de l'Allemagne[1].
Politique économique
[modifier | modifier le code]Sous le gouvernement Herriot I
[modifier | modifier le code]Le gouvernement Herriot est marqué par son acceptation de la doctrine, érigée en dogme par le Bloc national en sortie de guerre, qui consistait à provoquer une déflation et lutter contre toute tension inflationniste afin de faire regagner au franc sa valeur de 1914, et faire revenir le niveau des prix au niveau de cette même année[2]. Ainsi le ministre des Finances, Clémentel, décide-t-il de maintenir Georges Robineau à la tête de la Banque de France (juillet 1924), afin qu'il continue la politique financière des précédents gouvernements. Le gouvernement va donc à l'encontre du conseil de Pierre de Moüy, directeur général des fonds, qui soutient que cette politique de déflation freine la croissance économique et la reconstruction du pays. L'objectif principal du gouvernement sera donc de maintenir la confiance des agents économiques en la valeur du franc, et à éviter toute réaction négative des marchés des changes[2].
Cette orientation est rendue d'autant plus nécessaire, mais difficile à tenir, que le cartel ne bénéficie pas d'un appui net des milieux économiques et financiers français. Rares sont les banquiers, présents ou influents au Conseil des régents de la Banque de France, qui soutiennent le cartel, à l'image d'Horace Finaly. Beaucoup de banques préfèrent jouer la carte de la prudence sous le gouvernement Herriot ; ainsi la Banque Rothschild ne s'oppose-t-elle pas au gouvernement[2]. Le climat financier est d'autant plus dégradé qu'une rumeur raconte alors que la droite catholique serait en train de se concerter pour vendre collectivement ses titres de dette publique française et ainsi mettre sous pression le gouvernement par une hausse des taux d'intérêt sur la dette[2].
Comme le rappelle Jeanneney, deux facteurs viennent considérablement modérer la spéculation menée par des investisseurs étrangers contre la France : d'une part, ces derniers ont essuyé des pertes financières importantes lors de la crise du franc de mars 1924, gagnée par le gouvernement ; d'autre part, les spéculateurs allemands et anglo-saxons sont satisfaits de la politique étrangère menée par Herriot, qui va dans leur sens[2]. La spéculation, appelée a posteriori mur d'argent, est donc intérieure. Le public craint que le gouvernement fasse défaut sur une partie de la dette publique, ou accroisse les impôts ; cela incite les épargnants à placer leur épargne dans des banques étrangères, notamment belges[2]. Jeanneney écrit que « [t]outes ces motivations sont fondées, pour dire le moins, sur un pessimisme patent quant à l'efficacité du gouvernement en place, et à vrai dire bien souvent sur une hostilité préconçue à son égard »[2].
Le cartel décide de ne pas prendre les décrets d'application qui auraient permis la mise en oeuvre des mesures de répression financière décidées par le Parlement sous le gouvernement Poincaré par la loi du 22 mai 1924, qui « oblige[ait] les exportateurs à rapatrier dans un court délai leurs avoirs à l’étranger », probablement par crainte des répercussions médiatiques et psychologiques[2]. En revanche, Clémentel fait mener des opérations de vérification de la conformité des banques au droit bancaire[2].
Le cartel lance l'emprunt Clémentel, qui permet aux Français d'acheter des obligations de 500 francs à maturité de 10 ans, au taux d'intérêt réel de 8,6 % par an. S'il rapporte 4,9 Md de francs, il coûte plus cher au Trésor du fait de sa charge d'intérêts. Il ne permet pas de réduire la masse monétaire en circulation dans l'économie et est donc un échec[2].
Le gouvernement refuse la mise au vote d'un impôt sur le capital, et notamment sur les profits réalisés pendant la guerre, auquel la droite et une partie des radicaux, ainsi que les milieux financiers, sont très hostiles. Clémentel convainc Herriot le 30 mars 1925, en lui indiquant qu'« [o]n n’opère pas un grand malade en pleine fièvre, à chaud : au lieu de le guérir, on risque de l’achever »[2]. Le refus de proposer une telle loi est aussi lié à l'improbabilité d'un vote positif par le Sénat[2].
Le cartel fait face à l'hostilité du conseil des régents de la Banque de France. Une fois alerté de la falsification des bilans de l'institution, le conseil des régents demande au gouvernement de supprimer l'obligation dite du bordereau de coupons, ou alors de le laisser révéler la falsification. Cette obligation, créée début 1924 sur l'initiative de Poincaré, oblige les banques à conserver une trace des intérêts qu'elles ont reçus des titres qu'elles ont en portefeuille, afin de pouvoir la présenter à l'administration fiscale à tout moment[2]. Herriot prend la décision de supprimer l'obligation[2]. En revanche, la loi de finances du 13 juillet 1925 contient une dispositif visant les investisseurs disposant de capitaux placés à l'étranger et qui les oblige à déclarer leurs titres[2].
Sous le gouvernement Painlevé II
[modifier | modifier le code]Le ministre des Finances, Joseph Caillaux, renonce à son tour à mettre en œuvre un impôt sur le capital, de crainte d'une fuite de capitaux[1]. Il s'entend avec le centre et la droite pour ne pas consolider les titres de dette publique française, c'est-à-dire de les transformer en rente perpétuelle, ce qui serait assimilé à un défaut de paiement. Il fait en revanche voter un emprunt dit de « libération nationale », qui octroie à ses financeurs une rente à 4 % perpétuelle, avec une couverture contre le risque de change ; Jeanneney explique que « les intérêts seront indexés par rapport au cours de la livre si celle-ci dépasse le taux de 95 francs, qui est celui du moment ». Afin de rassurer les marchés, Caillaux implémente un plafond sur la dette publique flottante (à court terme). Le plafond d'avances de la Banque de France, et le plafond de masse monétaire, sont rehaussés de 6 Md de francs chacun[2].
Sous le gouvernement Painlevé III
[modifier | modifier le code]Le ministre des Finances Georges Bonnet dépose un projet de loi sur un impôt exceptionnel sur la fortune. Le gouvernement est renversé par la droite avant de pouvoir atteindre son objectif[2].
Sous les gouvernements Briand
[modifier | modifier le code]Le ministre des Finances Raoul Péret est en poste de mars à juin 1926[21]. Il prend toutefois des mesures fortes, comme l'augmentation de la taxe sur le chiffre d'affaires des entreprises, à laquelle Herriot s'opposait au début du cartel. Par ailleurs, il cherche des liquidités pour défendre le franc et garantir la dette publique. Face au refus des banques françaises, il se tourne vers les banques américaines ; toutefois, même les plus francophiles, comme Morgan Stanley, refusent. Le gouvernement entre en négociation avec le gouvernement des États-Unis afin d'obtenir un prêt. Ce dernier utilise les besoins en endettement de la France comme levier pour contraindre cette dernière à un assainissement de ses finances publiques. L'accord Mellon-Bérenger est signé le 27 avril 1926[2].
Péret crée le comité des experts du décret du 31 mai 1926 chargé de fournir des propositions permettant de sortir de l'impasse économique et financière dans laquelle les gouvernements du cartel se sont embourbés[21]. Il a le temps de créer une caisse d'amortissement visant à gérer les bons de la défense nationale et à les rembourser par l'affectation des recettes sur le monopole des tabacs avant que le gouvernement ne chute[21]. Avant sa chute, il négocie avec succès un avantageux accord économico-politique avec Winston Churchill, chancelier de l'Échiquier, qui réduit de 60 % la dette que la France a vis-à-vis du Royaume-Uni[20].
Politique de laïcité
[modifier | modifier le code]Le cartel des gauches arrive au pouvoir avec un discours fort sur la défense de la laïcité, dont le souhait d'étendre la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État à l'Alsace-Moselle sous régime concordataire[2]. La frange anticléricale du parti pousse à ce que la France revienne à la situation prévalant avant 1920, à savoir l'absence d'ambassade de France près le Saint-Siège. Finalement, comme le note Jeanneney, « [q]uand le cabinet tombera, rien ne sera réalisé des promesses sur le chapitre de la laïcité, mais elles auront suffi à donner à la droite le puissant renfort des inquiétudes et des passions cléricales »[2].
Politique institutionnelle
[modifier | modifier le code]Le cartel des gauches affiche son ambition de poser un cadre légal au financement des campagnes électorales. Il crée une commission d'enquête parlementaire. Le gouvernement tombe avant qu'une loi ait pu être adoptée[2]. Le cartel octroie le droit de se syndiquer aux fonctionnaires[13].
Postérité
[modifier | modifier le code]Victoire subséquente de la droite (1926-1928)
[modifier | modifier le code]La droite remporte les élections législatives de 1928 : il y a 329 députés de droite contre 285 pour la gauche. Comme à chaque élection les radicaux se présentent avec la gauche. En 1932, le second cartel remporte les élections, mais il n'y a pas de majorité de gauche associant radicaux et socialistes. Les socialistes posent leurs conditions (qui furent rejetées) à leur participation (les « cahiers de Huyghens », rédigés par Paul Faure, du nom du gymnase dans lequel s'était tenu le congrès socialiste). Les gouvernements se succèdent, dirigés par des radicaux alliés aux « modérés ». Cette majorité parlementaire, distincte de la majorité électorale, est fragile.
Herriot, ayant compris les leçons de son bref retour de 1926, s'oblige à laisser les hommes du centre droit prendre la direction de l'économie honorant ainsi la politique de déflation qu'ils mènent depuis le début de la crise de 1931. Il s'agit alors pour eux de diminuer les dépenses de l'État par une réduction du traitement des fonctionnaires espérant ainsi provoquer une réduction du déficit budgétaire et une baisse des prix. Cette politique offerte par le radical Herriot ne convient pas aux socialistes qui veulent une augmentation du pouvoir d'achat. Il y a donc un blocage des réformes économiques qui provoque, une fois de plus sous la Troisième République, la valse des ministères : se succèdent ainsi à la tête du conseil Édouard Herriot, Camille Chautemps, Édouard Daladier, Albert Sarraut… Cette période de grande instabilité aboutit à la crise du 6 février 1934.
Absence d'héritage du cartel
[modifier | modifier le code]L'historien Jean-Noël Jeanneney souligne que le cartel des gauches n'a pas laissé de trace dans l'imaginaire collectif français. Il soutient que l'« héritage [du cartel] est si mince qu’il n’a pu nourrir aucun mythe durable, aucune reconnaissance populaire instinctive et profonde »[2]. Jeanneney considère par ailleurs que Clémentel a surestimé la puissance des agents des marchés des changes en 1924, alors usés par la crise monétaire du début de 1924, et aurait ainsi pu acter la rupture nécessaire avec la politique de déflation promue jusqu'alors[2].
Le président de la République François Hollande, dans Le défi de gouverner (2024), rappelle l'expérience du cartel et soutient qu'elle est « à l’origine de toute une série de préjugés sur l’inaptitude supposée de la gauche à exercer le pouvoir et, notamment, à maîtriser les finances publiques »[22].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- Pierre Miquel, La Troisième République, Fayard, (ISBN 978-2-213-02361-8)
- Jean-Noël Jeanneney, Leçon d'histoire pour une Gauche au pouvoir: la faillite du Cartel ; 1924-1928, Ed. du Seuil, coll. « XXe siècle », (ISBN 978-2-02-062446-6)
- ↑ Larousse, « Congrès de Tours »
- ↑ Mayeur 1984, p. 272.
- Mayeur 1984, p. 273.
- Mayeur 1984, p. 274.
- ↑ Kenneth Mouré, « Poincaré avait-il besoin de connaissances économiques pour sauver le franc ? », Histoire@Politique, vol. 16, no 1, , p. 55 (ISSN 1954-3670, DOI 10.3917/hp.016.0055, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Mayeur 1984, p. 275.
- ↑ G. Lachapelle, Élections législatives du 11 mai 1924
- ↑ Mayeur 1984, p. 277.
- ↑ Jean-Michel Guieu, Les juristes au regard de l’historien. Le cas de l’engagement des professeurs de droit pour l’Union de l’Europe dans l’entre-deux-guerres, Institut Pierre Renouvin, 7 avril 2001.
- ↑ Michel Leymarie, Albert Thibaudet : « l’outsider du dedans », Presses Universitaires du Septentrion, (ISBN 978-2-7574-2268-7, lire en ligne).
- Jeanne Siwek-Pouydesseau, « Serviteurs de l'État », dans L'espace de l'histoire, La Découverte, , 211–222 p. (ISBN 978-2-7071-3369-4, DOI 10.3917/dec.baruc.2000.01.0211., lire en ligne)
- ↑ Philippe Portier, « L'Église catholique face au modèle français de laïcité », Archives de sciences sociales des religions, no 129 « La République ne reconnaît aucun culte », , p. 117–134 (ISSN 0335-5985 et 1777-5825, DOI 10.4000/assr.1115, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Vote de la loi d'amnistie par la Chambre le 31 juillet et par le Sénat le 18 novembre 1924.
- ↑ Michel Bruguière, Administration et parlement depuis 1815, Librairie Droz, , p. 65.
- ↑ Bertrand Blancheton, « Les faux bilans de la Banque de France dans les années », dans Jean-Guy Degos (dir.), avec la collab. de Stéphane Trébucq, L'entreprise, le chiffre et le droit : itinéraires parallèles, itinéraires croisés (11e Journées d'histoire de la comptabilité et du management, - , organisées par le Centre de recherche en contrôle et comptabilité internationale, IAE de l'Université Montesquieu-Bordeaux IV), Bordeaux, Université Montesquieu-Bordeaux IV, , 428 p. (ISBN 2-9524220-0-1), p. 73–89 [lire en ligne [PDF]].
- ↑ « L'affaire Bolo Pacha et l'affaire du Bonnet rouge », sur www.senat.fr.
- ↑ Présentation de l'affaire du Bonnet rouge et inventaire de son dossier (1917-1928).
- Bertrand Blancheton, Le pape et l'empereur: la Banque de France, la direction du Trésor et la politique monétaire de la France (1914-1928), A. Michel, coll. « Mission historique de la Banque de France », (ISBN 978-2-226-12226-1)
- « Raoul PERET | economie.gouv.fr », sur www.economie.gouv.fr (consulté le )
- ↑ François Hollande, Le défi de gouverner: la gauche au pouvoir de l'affaire Dreyfus jusqu'à nos jours, Perrin, (ISBN 978-2-262-10548-8)
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Serge Berstein, Histoire du Parti radical, vol. 1 : La recherche de l'âge d'or, 1919-1926, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, , 486 p. (ISBN 2-7246-0437-7, DOI 10.3917/scpo.berst.1980.01, présentation en ligne).
- Serge Berstein, Histoire du Parti radical, vol. 2 : Crise du radicalisme, 1926-1939, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, , 666 p. (ISBN 2-7246-0461-X, DOI 10.3917/scpo.berst.1982.01).
- Serge Berstein, Édouard Herriot ou la République en personne, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, , 327 p. (ISBN 2-7246-0520-9, présentation en ligne).
- Serge Berstein et al., Histoire du 20e siècle, la fin du monde européen, Paris, Hatier, 2004.
- Jean-Jacques Becker et Serge Berstein, Nouvelle histoire de la France contemporaine, vol. 12 : Victoire et frustrations, 1914-1929, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points. Histoire » (no 112), , 455 p. (ISBN 2-02-012069-0).
- Bertrand Blancheton (préf. Christian Bordes), Le Pape et l'Empereur : la Banque de France, la Direction du Trésor et la politique monétaire de la France, 1914-1928, Paris, Albin Michel, coll. « Bibliothèque Albin Michel histoire », , 501 p. (ISBN 2-226-12226-5, présentation en ligne).
- Georges Bonnefous et Édouard Bonnefous, Histoire politique de la Troisième République, vol. 4 : Cartel des gauches et Union nationale (1924-1929), Paris, Presses universitaires de France, , 2e éd. (1re éd. 1960), VIII-412 p.
- Jacques Chastenet, Histoire de la IIIe République, vol. 5 : Les années d'illusions, 1918-1931, Paris, Librairie Hachette, , 352 p.
- Jean-Étienne Dubois (préf. Mathias Bernard), Leçon d'histoire pour une droite dans l'opposition ? Les mobilisations de droite contre le Cartel des gauches dans la France des années vingt, Bayonne, Institut universitaire Varenne, coll. « Collection des thèses » (no 114), , XV-597 p. (ISBN 978-2-37032-064-3). Thèse de doctorat en Histoire sous la direction de Mathias Bernard, soutenue le à Clermont-Ferrand 2, dans le cadre de Lettres, Sciences Humaines et Sociales, en partenariat avec Centre d'Histoire « Espaces et Cultures » (équipe de recherche) et de (CHEC) Centre Histoire Espaces et Cultures (laboratoire), lire en ligne.
- Jean-Noël Jeanneney, Leçon d'histoire pour une gauche au pouvoir : la faillite du cartel, 1924-1928, Paris, Seuil, coll. « XXe siècle », (1re éd. 1977), 176 p. (ISBN 2-02-062446-X, présentation en ligne).
- (en) Tony Judt, « The French Socialist and the Cartel des Gauches of 1924 », Journal of Contemporary History, vol. 11, nos 2/3 « Conflict and Compromise : Socialists and Socialism in the Twentieth Century », , p. 199-215 (JSTOR 260257).
- Georges Lachapelle, Élections législatives du 11 mai 1924, résultats officiels, suivis de l'application de la R. P. départementale. La R. P. intégrale et le scrutin d'arrondissement, G. Roustan, 1924.
- Jean-Marie Mayeur, La vie politique sous la Troisième République, 1870-1940, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points. Histoire » (no 73), , 445 p. (ISBN 2-02-006777-3, présentation en ligne).
- Frédéric Monier, « Cartel des gauches et gouvernements radicaux (1924-1926 et 1932-1934) », dans Jean-Jacques Becker et Gilles Candar (dir.), Histoire des gauches en France, vol. 2, Paris, La Découverte, coll. « Poche / Sciences humaines et socilaes », (DOI 10.3917/dec.becke.2005.02.0227), p. 227-237.
- Pauline Piettre, « La presse française et la politique extérieure du Cartel des gauches (1924-1926) : espoirs et méfiances d'une opinion attentive », Transversalités, no 119, , p. 139-155 (ISSN 1286-9449, e-ISSN 2259-3799, lire en ligne).
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Mur d'argent
- Union de la gauche :
- Bloc des gauches (1902)
- Front populaire (1936)
- Fédération de la gauche démocrate et socialiste (1965)
- Programme commun (1972)
- Gauche plurielle (1997)
- Nouvelle Union populaire écologique et sociale (2022)
- Nouveau Front populaire (2024)
Liens externes
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- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :