Otto Neurath

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le philosophe, sociologue et économiste autrichien. Pour le dignitaire nazi, voir Konstantin von Neurath.

Otto Neurath (1882-1945) est un philosophe, sociologue et économiste autrichien. Il fut un des rédacteurs en 1929 du texte « La Conception scientifique du monde » plus connu sous le nom de Manifeste du Cercle de Vienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Neurath est né à Vienne. Il était le fils de Wilhelm Neurath, un célèbre économiste politique de l'époque. Il étudia les mathématiques à Vienne, puis obtint son doctorat au département de science politique et de statistique de l'Université de Berlin. Il épousa Anna Schapire en 1907. Celle-ci mourut en couches en 1911. Il épousa alors une proche amie, la mathématicienne et philosophe Olga Hahn-Neurath.

Neurath enseigna l'économie politique à la Neue Wiener Handelsakademie (Nouvelle Académie de commerce de Vienne) jusqu'à ce que la guerre éclate. Il devient par la suite directeur du Deutsches Kriegwirtschaftsmuseum (Musée allemand d'économie de guerre, qui devint le Deutsches Wirtschaftmuseum) à Leipzig.

En 1919, il devient conseiller technique aux finances de la République des conseils de Bavière. Dès cette époque, il se faisait un point d'honneur de présenter ses travaux comme le résultat d'enquêtes scientifiques dénuées de caractère politique. Après la mort du président Kurt Eisner, il accepta de devenir responsable du Bureau central de la planification[1]. Suite à la défaite de la révolution, Neurath est emprisonné pendant un an et demi.

Grâce à l'intervention du gouvernement autrichien, il est libéré et peut revenir en Autriche. En octobre 1923, il écrit à Rudolf Carnap afin de le rencontrer. Au cours des années 1920, il devient un fervent défenseur de l'empirisme logique et un personnage central du cercle de Vienne, étant avec Carnap l'un des rares membres à être de gauche. Il pensait que les mathématiques et le réductionnisme logique permettraient de dépasser les clivages politiques. Il demeurait marxiste : bien que professant toujours la supériorité de l'objectivité scientifique sur l'idéologie du Parti. Il s'éloigne progressivement de Moritz Schlick, qu'il accuse d'« idéalisme » et d'être trop « métaphysique ».

À Vienne, il ouvre en 1925 le Gesellschafts-und Wirtschaftsmuseum (Musée socio-économique) et commence à élaborer une méthode d'éducation visuelle et graphique en collaboration avec Gerd Arntz et Marie Reidemeister, qu'il épousa par la suite.

Après l'Anschluss, Neurath s'exile en Hollande, où il dirige le Mundaneum Institute de La Haye en liaison avec son ami Paul Otlet, celui de Bruxelles ayant dû fermer[2]. Avec l'invasion des Pays-Bas, il s'enfuit en Angleterre à bord d'une embarcation précaire.

Pour un langage visuel[modifier | modifier le code]

Extrait de Basic by Isotype de Neurath, 1937.

Neurath crée l'ISOTYPE, ou International System Of TYpographic Picture Education, conçue comme méthode de représentation symbolique de données quantitatives ou d'informations pratiques au moyen d'icônes facilement interprétables. À partir des années trente, il cherche à exploiter l'Isotype en vue d'en faire un médium de communication universel ou International Picture Language. Alors directeur de l'International Foundation for Visual Education, il applique les principes de ce langage dans Modern Man in the Making, un volume illustré de graphiques montrant l'évolution des modes de vie entre divers moments du passé et la modernité: espérance de vie, chômage, flux migratoires, densité urbaine, consommation, etc.

Pour l'unité des sciences[modifier | modifier le code]

Neurath aspirait à l'unité des sciences, qu'il chercha à réaliser à travers son projet d'une « Encyclopédie des Sciences Unifiées ». Partant du constat que le domaine de la «recherche empirique avait longtemps été en opposition radicale avec les constructions logiques a priori dérivant de systèmes philosophico-religieux[3]», il propose de réaliser une synthèse de l'approche factuelle typique de la science et de la démarche logico-déductive : l'empirisme scientifique. Il s'agit notamment de dégager les règles gouvernant les procédures scientifiques, d'unifier les diverses terminologies scientifiques et de réduire tous les termes à des mots d'usage courant.

À la différence de Carnap, qui collabore également à ce projet, mais qui favorise une unification sous la conception hiérarchique de l'arbre, où tout dérive d'une science-mère, Neurath défend l'idée que l'unification ne peut se faire que de façon transversale, ce qui est le propre de l'encyclopédie, la marche de la science n'étant pas linéaire ni imposée par un modèle unique, mais « allant d'encyclopédies en encyclopédies »[4]. Il présente cette position dans son article « L'Encyclopédie comme modèle » (1936).

Ce thème est mis de l'avant lors du premier Congrès international pour l'Unité de la science, tenu à la Sorbonne en 1935. Lors du troisième congrès, également tenu à Paris, en 1937, Neurath présente son projet d'International Encyclopedia of Unified Science[5]. Cette encyclopédie doit paraître sous forme de fascicules. Dix fascicules sont publiés en 1938, avec des articles de Charles Morris, Rudolf Carnap, Leonard Bloomfield, Niels Bohr, John Dewey, Bertrand Russell et plusieurs autres portant sur les principes de la théorie des probabilités, de la cosmologie, de la biologie et de la psychologie. Un second volume consacré aux sciences sociales paraît en 1939, avant que la publication soit interrompue par la guerre[6].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Otto Neurath, « L'Encyclopédie comme modèle », Revue de Synthèse 1936, XII, 2, 187–201.
  • Otto Neurath, « Unified Science as Encyclopedic Integration », International Encyclopedia of Unified Science, The University of Chicago Press, 1938, vol. 1, no 1, p. 1-27.
  • Otto Neurath, Modern Man in the Making, New York and London, Alfred A. Knopf, 1939.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christian Bonnet et Pierre Wagner, (dir.), L'empirisme logique. Vienne, Prague, Berlin, Paris: Gallimard, Coll. Bibliothèque de philosophie, 2006. [Cet ouvrage reproduit les textes « La sociologie dans le physicalisme » (1932), « Pseudo-rationalisme de la falsification » (1935) et « L'encyclopédie comme modèle » (1936)] (ISBN 2-07-077186-5)
  • Denis Lelarge, L'encyclopédie sociale d'Otto Neurath: La raison visuelle, Paris: L'Harmattan, 2010, 364 p. (ISBN 978-2296107359)
  • (de) Elisabeth Nemeth et Nicolas Roudet, (dir.), Paris-Wien. Enzyklopädien im Vergleich. Wien, Berlin, New York : Springer, Coll. Veröffentlichungen des Instituts Wiener Kreis, 13, 2005 (ISBN 3-211-21538-7)
  • (en) Nader Vossoughian, Otto Neurath. The Language of the Global Polis, Rotterdam: Nai010 Publishers, 2008, 176 p. (ISBN 978-90-5662-350-0)
  • Marie Neurath et Robin Kinross, Le Transformateur, Principes de création des diagrammes Isotype, Paris : B42, 2013, 134 p. (ISBN 978-2-917855-33-1) Edition française de The Transformer: Principles of making Isotype charts Londres : Hyphen Press 2009.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Neurath, Empiricism and Sociology, trans. Paul Foulkes and Marie Neurath, ed. Marie Neurath and Robert S. Cohen (Dordrecht and Boston, 1973), p. 151-52.
  2. D. Lelarge, 2010, p. 266.
  3. Neurath, « Unified Science as Encyclopedic Integration », p. 1
  4. Stanislas Deprez, « De l'arbre cartésien au bateau de Neurath », dans Jean-Luc Blaquart et Jean-Baptiste Lecuit (dir), Repenser l'humain. La fin des évidences, L'Harmattan, 2010, p. 147.
  5. Voir la note 1 de l'article de Neurath, « Unified Science as Encyclopedic Integration », 1938, p. 26
  6. Les divers fascicules ont été réunis en deux volumes sous le titre Foundations of the Unity of Science, Chicago and London, The University of Chicago Press, 1955 and 1970.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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