Union franco-britannique

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L'Union franco-britannique est un projet éphémère d'union globale entre le Royaume-Uni et la France, élaboré à Londres par Jean Monnet et Winston Churchill, et proposé au gouvernement français le .

Carte de l'Union franco-britannique telle que proposée en 1940.

Union improbable[modifier | modifier le code]

À la suite de l'effondrement des armées franco-britanniques pendant la campagne de France en mai et juin 1940, Jean Monnet lança l'idée d'une union franco-anglaise qui fut suivie par Winston Churchill. La construction d'un axe franco-britannique avait été tentée à plusieurs reprises durant l'Entre-deux-guerres, achoppant la plupart du temps sur des problèmes de politique intérieure[1]. De surcroît, la Grande-Bretagne ne souhaitait pas se trouver engagée dans un jeu d'alliances continentales du fait des amitiés françaises en Europe de l'Est (soutien à la Petite Entente liant la Tchécoslovaquie, la Roumanie et la Yougoslavie).

Les discussions à ce sujet se trouvaient toutefois ravivées depuis la déclaration de guerre à l'Allemagne le 3 septembre 1939, au point qu'un timbre commun est dessiné en prévision d'une fusion des systèmes postaux. Le , la Chambre des communes du Parlement du Royaume-Uni propose l'union des gouvernements du Royaume-Uni et de la République française pour continuer « la défense commune de la justice et de la liberté ».

Le jour-même et suivant à cette délibération, Charles de Gaulle, qui se trouve à Londres, fut chargé de lire au téléphone la note intitulée Suggested Declaration of Anglo-French Unity au président du conseil français Paul Reynaud alors replié avec son gouvernement à Bordeaux. Alors qu'un vif débat sur la conduite à tenir face à la débâcle oppose Reynaud au maréchal Pétain, vice-président du conseil et au général Weygand, généralissime des armées françaises, les premiers mots que De Gaulle prononce au téléphone laissent présager un coup de théâtre :

« Je viens de voir Churchill. Il y a quelque chose d'énorme en préparation au point de vue entité entre les deux pays. Churchill propose la constitution d'un gouvernement unique franco-britannique et vous, Monsieur le Président, pouvez être Président du cabinet de Guerre franco-britannique[2]. »

La note qui suit évoque une union fusionnelle des deux pays en une seule nation, avec la formation d'une armée unique et d'un parlement unique, ainsi que la mise en commun des ressources naturelles. De cette manière, la puissante flotte française ne serait plus un risque pour le Royaume-Uni. Mais le jour suivant la transmission de cette proposition, Paul Reynaud, qui devait signer le document avec Churchill à Concarneau[3], démissionne de ses fonctions. Philippe Pétain le remplace le jour même et entame aussitôt des négociations d'armistice, signé le 22 juin 1940, enterrant le projet d'union.

Dans ses Mémoires de guerre, le général de Gaulle replace cet épisode historique dans le contexte précédant l'appel du 18 juin. Selon lui, l'Union franco-britannique n'était pas un projet sérieux à long terme mais avait pour objectif de rendre espoir et énergie à ceux qui souhaitaient poursuivre la lutte[4].

Termes de la proposition[modifier | modifier le code]

La note Anglo-French Unity que le général de Gaulle transmet à Paul Reynaud est ainsi formulée[5] :

« À l'heure de péril où se décide la destinée du monde moderne, les gouvernements de la République Française et du Royaume-Uni font cette déclaration d'Union indissoluble et proclament leur inébranlable résolution de continuer à défendre la Justice et la Liberté contre l'asservissement à un régime qui abaisse l'homme à vivre une vie d'automate et d'esclave.
Les deux gouvernements déclarent que la France et la Grande-Bretagne ne sont plus désormais deux nations, mais une Union franco-britannique.
La Constitution de l'Union instituera des organes communs, pour la défense et la direction de la politique extérieure.
Chaque citoyen français jouira immédiatement de la nationalité britannique, chaque sujet anglais deviendra citoyen français.
Les deux pays porteront ensemble la charge de réparer les dévastations de la guerre en quelque point de leur territoire qu'elle aient eu lieu, et leurs ressources communes serviront également à cette réparation.
Pendant la guerre, il n'y aura qu'un seul cabinet de guerre et toutes les forces de l'Angleterre et de la France, sur terre, sur mer et dans les airs, seront placées sous sa direction. Le cabinet gouvernera d'où il pourra.
Les deux Parlements seront formellement associés.
Les nations de l'Empire Britannique forment déjà de nouvelles armées et la France maintiendra ses forces sur terre, sur mer et dans l'air.
L'Union fait appel aux États-Unis pour qu'ils renforcent les ressources économiques des Alliés et pour qu'ils apportent leur puissante aide matérielle à la cause commune.
L'Union concentrera toutes ses énergies contre la puissance de l'ennemi en quelque lieu que la bataille se poursuive.
Et ainsi nous vaincrons. »

La version anglaise de cette note est disponible publiquement dans les archives nationales du Royaume-Uni, à la suite de leur ouverture au-delà de 30 ans[6],[7].

Projet philatélique[modifier | modifier le code]

Dès la fin de l'année 1939, l'idée d'une émission conjointe naît chez certains pour montrer la solidarité entre les deux États alliés. Au cours d'une intervention radiodiffusée, l'écrivain Jean Giraudoux, alors « Commissaire général à l'information » du gouvernement français, propose d'illustrer un timbre commun avec le léopard anglais et le coq gaulois[8]. L'idée est relayée par le Times de Londres et, finalement, les ministres respectifs des Postes lancent officiellement le projet.

Le 8 mars 1940, le Français Henry Cheffer fournit un timbre de grand format illustré des portraits du roi George VI à gauche et du président Albert Lebrun, tous deux en costumes officiels. Autour d'eux, les symboles rappellent les forces des deux pays : la marine en arrière-plan du roi, l'agriculture derrière le président. Entre, une allégorie tenant dans ses mains les deux médaillons avance vers l'avant[8],[9]. Installé au Royaume-Uni, le Français Edmund Dulac corrige le dessin pour qu'il puisse être aisément imprimé en photogravure[8],[9].

L'émission est prévue pour le 1er septembre 1940 avec des valeurs de 2,5 pence et de 2,50 francs permettant l'affranchissement d'une lettre pour l'étranger[9]. Cependant, l'armistice demandé par le maréchal Pétain le 17 juin 1940 conduit à l'abandon du projet. Le timbre devient un projet non émis.

Des essais dentelés en bleu, en rouge et en deux autres couleurs sont conservés par des musées postaux dans les deux pays.

Seconde proposition[modifier | modifier le code]

En 1956, une union similaire aurait été proposée par Guy Mollet alors président du conseil auprès du premier ministre Anthony Eden[10], qui aurait refusé et indiqué préférer une entrée dans le Commonwealth. Cette proposition est à mettre en relation avec la perte d'influence des deux puissances dans leur sphère coloniale (guerre d'Algérie, crise de Suez), et avec une certaine crainte pour l'indépendance de la France face aux États-Unis et à l'URSS[11]. L'existence d'une telle proposition a été révélée en 2007 par la BBC et The Times qui parle de « Frangleterre »[12], provoquant la stupeur de nombreux historiens[13]. En réalité, plusieurs publications antérieures mentionnent cet épisode ambigu des relations diplomatiques franco-britanniques[14].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. BELLON C., « Le Plan Briand d'Union fédérale européenne », in Penser et Construire l'Europe de 1919 à 1992, Paris, Ellipses, 2007, pages 12-13
  2. GUICHARD J.-P., Paul Reynaud, un homme d'État dans la tourmente, septembre 1939 - juin 1940, Paris, l'Harmattan, 2008, page 373 (voir l'extrait en ligne).
  3. Charles de Gaulle, Mémoires, Gallimard, 2000, p. 68
  4. Voir le compte rendu de DUROSELLE J.-B., « Gaulle (Général de) - Mémoires de guerre. I, L'Appel (1940-1942) », Revue française de science politique, 5, 1955, no 1, p. 183
  5. LEFORT B., Une Europe inédite, documents des Archives Jean Monnet réunis et introduits, Paris, Presses universitaires du Septentrion, 2001, page 31.
  6. Record Type: Conclusion Former Reference: WM (40) 169 Attendees: W... | The National Archives
  7. (en) Reproduction du texte proposé par le Parlement britannique (références : Great Britain, Parliament, Parliamentary Debates, Fifth Séries, Volume 365. House of Commons Official Report Eleventh Volume of Session 1939-40, (London, His Majesty's Stationery Office, 1940), columns 701-702).
  8. a, b et c Le projet de timbre sur le site du British Postal Museum and Archive.
  9. a, b et c « Projet de timbre franco-anglais », article du Patrimoine du timbre-poste français sous la direction de Jean-François Brun, Flohic éditions, décembre 1998, p. 265.
  10. Anthony Eden était secrétaire à la Guerre (ministre) du cabinet britannique lors de la 1re proposition en juin 1940.
  11. Associated Press, John Leicester et Jamey Keaten, « Frangland? UK documents say France proposed a union with Britain in 1950s : LONDON: Would France have been better off under Queen Elizabeth II? », The International Herald Tribune,‎ 15 janvier 2007
  12. Denis Lefebvre, Les secrets de l'expédition de Suez : 1956, Librairie Académique Perrin,‎ 2010, p. 74
  13. (en) When Britain and France nearly married, BBC News
  14. « Le projet d'union franco-britannique de 1956, une véritable révélation de la BBC (RADIO 4)? », article de J.-M. Guieu (Université Paris I Panthéon Sorbonne)