Jean Fabry

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Fabry.
Jean Fabry
Image illustrative de l'article Jean Fabry
Fonctions
Sénateur du Doubs
Ministre de la Guerre
Gouvernement Laval IV
Prédécesseur Louis Maurin
Successeur Louis Maurin
Ministre de la Défense nationale et de la Guerre
Gouvernement Daladier II
Prédécesseur Édouard Daladier
Successeur Joseph Paul-Boncour
Ministre des Colonies
Gouvernement Poincaré III, François-Marsal
Prédécesseur Albert Sarraut
Successeur Édouard Daladier
Député de la Seine
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Villefranche-de-Rouergue
Date de décès
Lieu de décès Montreuil
Nationalité Drapeau de la France France
Parti politique ARS (1919-1924)
GRD (1924-1928)
ADS (1928-1932)
CR (1932-1936)
UR (1936-1940)
Profession Militaire

Jean Fabry, né à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron) le et mort à Montreuil (actuelle Seine-Saint-Denis) le , est un militaire de carrière et homme politique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Engagé volontaire à 19 ans, il entre à l'École militaire de Saint-Cyr en 1895, puis à l'École de guerre en 1904. Il sert comme capitaine au Conseil supérieur de la guerre, puis comme commandant du 23e bataillon de chasseurs alpins durant la première Guerre mondiale. Grièvement blessé au combat en mars 1915, il est amputé de la jambe gauche et garde la jambe droite complètement ankylosée. Il refuse sa mise en retraite l'année suivante, prend le commandement du 3e bureau du Gouvernement militaire de Paris, puis est chargé d'établir l'École d'officiers d'État-major à Senlis. Promu lieutenant-colonel en 1917, il est choisi par le général Joffre comme chef de son cabinet.

À la fin de la guerre, avec 95% d'invalidité, il est forcé d'accepter sa mise à la réforme. Il mène ensuite une double carrière de journaliste et d'homme politique. Il devient journaliste en 1918, collaborant à Oui ( sous le pseudonyme de Bouchavesnes puis sous son nom à partir de juin 1918, date où il devient le co-directeur de cet éphémère quotidien[1] ) et à L'Avenir début 1919. Il est nommé par Léon Bailby rédacteur en chef du quotidien de droite L'Intransigeant en février 1919[2]. Il occupe longtemps cette fonction avant d'en devenir le directeur de décembre 1936 à 1938. Il collabore ensuite à d'autres périodiques de droite, au quotidien Le Matin en 1939 et 1940, puis à l'hebdomadaire Gringoire sous l'Occupation.

En partie grâce à son statut d'ancien officier invalide de guerre, ancien du cabinet du maréchal Joffre, et du fait aussi de l'appui de Bailby, il se porte candidat sur une liste du Bloc national aux élections de 1919 dans le 10e arrondissement de Paris. Il est élu député de la Seine, sur un programme anticommuniste[3]. Il accède à la présidence du groupement des officiers mutilés en décembre 1919[4].

À la Chambre, il devient président de la commission de l'armée et vice-président de la commission d'études du Conseil supérieur de la défense nationale. Réélu député de la Seine en 1924 sur une liste qu'il mène, il est réélu en 1928 et 1932 ( contre le radical Oscar Dufrenne, qu'il bat difficilement) au scrutin d'arrondissement.

Fabry est le représentant de la France à la Commission des armements de la Société des Nations de 1922 à 1924 et prend part aux travaux aboutissant au projet de « traité d'assistance mutuelle ». Il devient ministre des Colonies dans le gouvernement de Poincaré le 29 mars 1924. Il est membre de la délégation française à la conférence pour la réduction et la limitation des armements à Genève en 1932.

Ami, conseiller et collaborateur d'André Maginot, il a en partie inspiré la politique défensive portée par ce-dernier, c'est-à-dire la fortification des frontières de l'Est ( Ligne Maginot ). Le 30 janvier 1934, Jean Fabry devient ministre de la Défense nationale et de la Guerre dans le cabinet formé par Daladier, mais il donne sa démission dès le 4 février 1934, estimant que la mesure du ministre de l'Intérieur Eugène Frot de décider le déplacement du préfet de police de Paris Jean Chiappe a été prise sans motifs sérieux. Il retrouve son portefeuille de la Guerre le 7 juin 1935 dans le cabinet de Pierre Laval. Il établit alors un plan de construction de chars. C'est qu'il a été progressivement convaincu de la nécessité de se doter de cette arme, sans pour autant préconiser une stratégie offensive. Il demeure cependant pacifiste. Un pacifisme d'ancien combattant doublé dans le seconde moitié des années 1930 d'un néo-pacifisme de droite, hostile au parti communiste qu'il abhorre[5]. Un parti communiste qui le combat alors violemment[6].

L'Alliance républicaine démocratique soutient sa candidature en 1919 et le compte comme un de ses élus. Il intègre ensuite le comité directeur de ce parti de centre-droit.

Il est battu aux élections de 1936 par un radical-socialiste, dans le contexte de la formation du Front populaire. Mais quelques mois plus tard, le 22 novembre 1936, il est élu sénateur du Doubs aux élections partielles.

Il insiste sur la nécessité de renforcer l'armée face à la menace allemande, et, comme rapporteur de la commission de l'armée, fait voter à l'unanimité par le Sénat, en juin 1938, le projet de loi d'organisation générale de la Nation en temps de guerre puis, en mars 1939, le projet de loi maintenant à deux ans la durée du service militaire.

Il vote le 10 juillet 1940 les pleins pouvoirs au maréchal Pétain et se met à chanter les louanges du maréchal dans les colonnes de Gringoire[7]. Il se vante d'exercer une certaine influence sur le maréchal[8], qui le convie parfois à sa table à Vichy[9]. Il est nommé en janvier 1941 membre du Conseil national institué par le régime de Vichy. Il préside une sous-commission de sa commission de l'information générale[10]. Encore hostile au communisme, il écrit en mai 1943 à Laval une note désignant l'URSS comme l'ennemi n° 1 et estimant que l'Allemagne est seule capable de préserver la France du danger communiste. Il faut donc l'aider « à abattre Moscou »[8].

Il est déclaré inéligible à la Libération en raison de son vote du 10 juillet. Il est membre d'un comité d'honneur pour la libération de Pétain, constitué en 1948[11] et il collabore aux Écrits de Paris[12].

Mandats et fonctions[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Joffre et son destin. La Marne, Verdun. La Somme. L'Amérique, 1931
  • De la place de la Concorde au cours de l'Intendance (février 1934-juin 1940), Les éditions de France, 1942, 246 p.
  • Le Front humain. Vers une constitution française, 1945
  • J'ai connu..., 2 volumes, 1960

Sources[modifier | modifier le code]

  • « Jean Fabry », dans le Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960 [détail de l’édition]
  • Rosemonde Sanson, L'Alliance républicaine démocratique et les militaires. Le colonel Jean Fabry, un des leaders de l'Alliance démocratique, dans Olivier Forcade, Eric Duhamel, Philippe Vial ( dir. ), Militaires en République: les officiers, le pouvoir et la vie publique en France, Publications de la Sorbonne, 1999

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le Gaulois, 17 juin 1918, Le XIXe siècle, 17 juin 1918, Notice de la BNF
  2. L'Intransigeant, 11 février 1919
  3. Le Gaulois, 9 novembre 1919
  4. L'Intransigeant, 24 décembre 1919
  5. Rosemonde Sanson, op. cit., p. 392
  6. Georges Vidal, La grande illusion?: le parti communiste français et la défense nationale à l'époque du front populaire, 1934-1939, Presses Universitaires de Lyon, 2006, p. 160-161
  7. Extraits de Gringoire: Le Nouvelliste d'Indochine, 20 octobre 1940, Le Temps, 5 décembre 1940
  8. a et b Rosemonde Sanson, op. cit., p. 393
  9. Journal des débats, 15 décembre 1941, La Croix, 1er novembre 1943
  10. Informations générales, 9 décembre 1941
  11. Le Monde, 14 avril 1948, "Un comité d'honneur pour la libération de Pétain"
  12. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Albin Michel, 2008, p. 77