Louis Marin (homme politique)

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Louis Marin
Louis Marin (au premier plan, au centre) en 1932.
Louis Marin (au premier plan, au centre) en 1932.
Fonctions
Député 1905-1940
puis 1945-1951
Gouvernement IIIe République-IVe République
Groupe politique ERD (1919-1924)
URD (1924-1932)
FR (1932-1940)
RI (1945-1951)
Ministre d'État
Président Albert Lebrun
Gouvernement Flandin (1)
Bouisson
Laval (4)
Gouvernement Paul Reynaud
Biographie
Date de naissance
Date de décès (à 89 ans)
Résidence Meurthe-et-Moselle

Louis Marin, né à Faulx (Meurthe) le et mort à Paris le , est un professeur d'ethnographie, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, et homme politique français, député de Meurthe-et-Moselle de 1905 à 1951. Le 19 mars 1954, il a épousé Fernande Hartmann à Paris (5°). Il est enterré à Bruyères (Vosges).

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est le fils d'un notaire, issu d'une vieille famille de souche lorraine, originaire des Vosges. Il fut élève au collège catholique de La Malgrange de 1881 à 1887 puis au lycée Saint-Sigisbert à Nancy, de 1887 à 1890. Il est licencié en lettres et en droit, à Nancy en 1892. Il étudie ensuite à Paris jusqu'en 1894, à la Faculté de droit et à l'École libre des sciences politiques. Il est avocat de 1890 à 1910.

La Meurthe-et-Moselle, fief électoral[modifier | modifier le code]

Il manifeste dans sa jeunesse aux côtés de Boulanger. Il appartient à la génération qui a fait son apprentissage politique lors de l'affaire Dreyfus notamment. À 34 ans, il devient député de Meurthe-et-Moselle le 8 octobre 1905 lors d'une élection partielle, élu avec 58 % des suffrages exprimés, et occupe cette fonction jusqu'en 1951. Il est le député de la première circonscription de Nancy[1] et celle-ci va apparaître comme un « fief imprenable[2] ». Son mentor est alors Léon Goulette, le directeur de L'Est républicain, qui orientait alors le quotidien vers la droite[3]. Il est réélu en 1906. Il est à la tête de la Fédération des républicains progressistes de Nancy, qui regroupent des républicains modérés, ainsi que de la Fédération régionaliste française, qui milite pour la décentralisation.

La droite est avant 1914 dominée par des notables catholiques et patriotes de l'Action libérale populaire - notamment les députés de Nancy Ferri de Ludre et Émile Driant. Marin est en contact avec les réseaux de l'Action Libérale Populaire (ALP), surtout lors des campagnes électorales, mais il s'en tient éloigné car il ne partage pas leur « cléricalisme ».

Au lendemain de la guerre, l'ALP est éliminée du jeu politique, ce qui profite à la Fédération républicaine et à l'Alliance démocratique. Louis Marin devient le principal leader de la droite « républicaine nationale » en Meurthe-et-Moselle ; il a consolidé son influence grâce à un vaste réseau d'amis et de compagnons de lutte politique[4]. En 1919, il se fait élire sur la liste que mène Albert Lebrun, en application du concept d'"union sacrée", la liste d'entente républicaine et de défense nationale, comprenant des républicains de gauche, modérés de centre-droit, et des républicains nationaux de droite comme lui ou comme François de Wendel[5]. En 1924, il mène la liste d'union républicaine et nationale. Il a été réélu en 1928 au premier tour, au scrutin d'arrondissement, avec 62,2 % des suffrages exprimés. De même, il est réélu en 1932 et en 1936 au premier tour (51,9 % des suffrages exprimés en 1932, 52,7 % en 1936).

En outre, Marin est aussi un élu local : il est conseiller général du canton rural de Nomeny depuis 1910 et président du conseil général de Meurthe-et-Moselle de 1934 à 1952.

En Meurthe-et-Moselle, si l'on excepte l'alliance de 1919 et quelques autres accommodements, il s'oppose au clan Lebrun, qu'il est cependant obligé de tolérer pendant de longues années, Lebrun, doyen d'âge, restant président du conseil général de 1906 à 1932, date à laquelle il est élu président de la République. Après un président de transition (Albert Tourtel), c'est Marin qui est élu ensuite à la tête de l'assemblée départementale, car les républicains URD disposent désormais de la majorité absolue. François de Wendel, le doyen de l'assemblée, s'est effacé au profit de Marin, celui-ci étant alors ministre.

À partir de 1911, il tente à plusieurs reprises d'acheter un journal à Nancy, avec l'aide de François de Wendel. Les projets de rachat du quotidien nancéien L'Impartial de l'Est n'aboutissent qu'en 1921[6]. Mais ce journal s'avère être un gouffre financier et sa diffusion reste modeste.

En octobre 1925, conseillé par son ami Édouard de Warren, il prend le contrôle du quotidien nancéien catholique et conservateur fondé en 1905 L'Éclair de l'Est, avec l'appui de François de Wendel, qui négocie la reprise de la société qui l'édite, la Presse de l'Est[7]. Le quotidien devient l'organe de la Fédération républicaine en Lorraine.

Il n'a donc jamais été le seul « patron » politique du département. Il lui a fallu partager le pouvoir avec Albert Lebrun, mais aussi avec François de Wendel, qui domine le « Pays-haut » en Meurthe-et-Moselle (le nord du département, où sont installées une partie de ses usines et de ses mines de fer) et bénéficie de la puissance que lui confère son pouvoir économique et son argent (il est régent de la Banque de France depuis 1912 et il préside le Comité des forges). Ainsi "L'Éclair de l'Est" n'a pu être repris en 1925 qu'avec l'argent de François de Wendel, qui a négocié l'accord avec son administrateur-délégué Jules Dassonville, dirigeant du groupe de la Presse régionale. Son appui, ses conseils et ses relations sont ensuite courtisés - or les rivalités de personnes entravent le développement du quotidien - et c'est lui surtout qui permet au quotidien, par ses subsides, de continuer à paraître dans les années 1930, dans la mesure où ce journal connaît des difficultés de trésorerie structurelles, aggravées par les difficultés de la crise économique des années 1930[8].

En outre, des dissensions ont existé entre Louis Marin et François de Wendel à propos de la ligne politique du journal. François de Wendel a parfois critiqué l'intransigeance de Marin et lui a brutalement déclaré qu'« imprimant les journaux modérés de Nancy, du fait de la carence de la classe possédante en Lorraine », il était, lui, Wendel, « tenu responsable de leur attitude » et ne pouvait à la fois « prêcher l'union et mener la bataille dans ses journaux contre les gens avec lesquels il déclarait indispensable de faire l'union[9] ». Il a en effet versé à la Presse de l'Est, entre octobre 1925 et mars 1928, un total de 490 000 francs. Ses versements se sont arrêtés au moment des législatives de 1928, comme il le rappelle à Edouard de Warren en 1930 : « L'Éclair de l'Est ayant pris une attitude que je désapprouvais et poussé les choses à ce point qu'après l'effort que je venais de faire, je n'étais même pas porté au mois d'avril 1928 parmi les candidats du journal[10] ». Dans un courrier adressé à Louis Marin, Édouard de Warren qualifie cette lettre d'« absurde », déplore « les malentendus » et menace de mettre un terme à son action politique et de le faire savoir publiquement car il commence à « en avoir assez de ce bon François » et « refuse d'être au service d'un féodal (sic)[11] ». Il note que « chacun doit apporter selon ses possibilités » mais que l'aide apportée ne doit pas devenir « domination ». En 1930, François de Wendel refuse de faire un effort supplémentaire alors qu'il est contacté par les industriels vosgiens.

Un homme politique patriote, conservateur et hostile à la gauche[modifier | modifier le code]

Le patriotisme est primordial pour Louis Marin. Il rappelle ainsi les raisons de son engagement en politique : « Je suis venu à la politique par la préoccupation de l'Alsace-Lorraine et le souci de la frontière[12] ». Il préconise la fortification du Grand couronné, afin d'assurer la défense de Nancy. En revanche, il n'attise pas le souhait d'une revanche à l'égard de l'Allemagne.

Parlementaire, il s'est engagé en septembre 1914 comme soldat de 2e classe au 26e bataillon de chasseurs à pied. Il est mis en congé en mai 1915 avec le grade de sergent comme membre du Parlement. Il est ensuite sous-lieutenant de réserve.

Avec François de Wendel et surtout Édouard de Warren, Louis Marin a une attitude intransigeante à l'égard de l'Allemagne dans l'entre-deux-guerres ; elle s'explique par une crainte du réarmement de l'Allemagne et par sa volonté d'assurer les frontières de la France — la Lorraine est « une terre d'invasion[13] » — par une armée puissante et une politique ne cédant rien sur les traités. En 1919, lors de la discussion sur le traité de Versailles, il réclame au nom de la droite nationale encore davantage de réparation et de garantie de sécurité de la part de l'Allemagne, et fait partie des 53 députés qui rejettent l'adoption du traité. Il a été favorable à l'occupation de la Ruhr. Il s'est opposé à la politique de Locarno. Il a voté contre l'évacuation anticipée de Mayence, le moratoire Hoover, l'adoption du Plan Young en 1929. Il est hostile à la politique étrangère d'Aristide Briand. En 1938, alors que presque tous les députés de droite votent pour la ratification des accords de Munich, Louis Marin s'abstient.

Selon certains historiens, la Fédération républicaine, poussée notamment par Xavier Vallat, se convertit après la journée du 6 février 1934 à un antimaçonnisme militant. Pourtant, Louis Marin, avec son ami le député Édouard de Warren, n'est pas en reste dans la dénonciation de la franc-maçonnerie, avant même le 6 février[14].

Il a participé à l'agitation xénophobe des années 1930. En 1934, il s'insurge contre « les lèpres étrangères » et leur « profitariat organisé », indice d'une « politique de renégats, de Judas envers la Patrie »[15].

Il est très hostile à la gauche, au Front commun, qui devient le Front populaire. En 1932, sa profession de foi est résolument manichéenne et elle s'oppose au Cartel et au « socialisme international et révolutionnaire dont le communisme n'est que l'expression la plus franche et qui depuis longtemps a dominé, entraîné vers la démagogie les radicaux-socialistes[16] ». En avril 1936, il appelle ses électeurs à voter contre le « front moscoutaire et maçonnique, si faussement appelé populaire[17] ». À la Chambre, il est à la tête des députés les plus intransigeants et les plus hostiles aux gouvernements de gauche[18]. Cette haine du communisme l'amène à refuser l'alliance avec l'URSS mais il ne fait pas partie pour autant des politiques et des intellectuels gagnés par le pacifisme et le fascisme.

Marqué par le catholicisme social, Louis Marin est enfin méfiant à l'égard des milieux d'affaires et des financiers et très hostile à la spéculation, qui implique à l'en croire la recherche d'une position dominante et d'une influence occulte. Il tonne ainsi contre « la spéculation ploutocratique toujours favorable aux gouvernements de désordre qui rendent plus faciles ses vols, la Finance internationale, ses coups de bourse et ses razzias[19] ». En 1934, il dénonce le « redoutable anonymat des féodalités financières, surtout internationales[20] ». Dans sa profession de foi de 1936, il vitupère « les voleurs et leurs protecteurs politiques, les ploutocrates et les spéculateurs[21] ».

Il n'était pas un catholique pratiquant mais il a défendu les libertés scolaires et religieuses des catholiques et de l'Église. Il appartient à plusieurs associations catholiques : conférence Saint Vincent de Paul, société de reconstruction des églises du diocèse de Nancy, Fraternité Saint-Fiacre. Dans l'entre-deux-guerres, il refuse toute alliance avec le nouveau Parti démocrate populaire et soutient Édouard de Warren, menacé dans sa circonscription par le PDP. Louis Marin s'appuie sur des institutions catholiques anciennes à Nancy, notamment les Fraternités, fondées à la fin des années 1890. Louis Marin est un fidèle des Fraternités Saint-Sébastien et Saint-Fiacre. Il s'appuie aussi, à partir de 1925, sur le quotidien L'Eclair de l'Est, qui participe au combat mené par la Fédération nationale catholique et qui utilise les comités paroissiaux de l'Union catholique pour sa diffusion. Mais il se veut indépendant du clergé et des évêques de Nancy, Mgr Turinaz, Mgr de la Celle, Mgr Hurault en 1930 puis Mgr Fleury[22]. Dans La Nation, l'organe de la Fédération républicaine, il tonne en 1931 contre « ceux qui essaient d'altérer le fonds traditionnel national de nos catholiques[23] », à savoir les catholiques tentés par la politique de Briand.

Il est donc en partie responsable de la radicalisation de la Fédération républicaine dans l'entre-deux-guerres, et surtout dans les années 1930.

Président de la Fédération républicaine en 1925, pendant quinze ans[modifier | modifier le code]

Louis Marin habita de 1916 à sa mort au no 95 du boulevard Saint-Michel, Paris.

Il s'engage dans les rangs de la Fédération républicaine dès 1903.

Le choix de porter Louis Marin à la tête de la Fédération républicaine en 1925 a impliqué un raidissement des positions de ce parti, en politique intérieure comme en politique extérieure. La Fédération républicaine représente alors la mouvance de la droite parlementaire conservatrice. Il a également impliqué la définition de nouveaux modes de propagande, dans la mesure où Marin s'est laissé convaincre d'envisager le parti comme un parti de masse. À partir de l'hiver 1925, il fait preuve de volontarisme et montre les ambitions nouvelles qu'il nourrit pour son parti. Avec le nouveau secrétaire général Jean Guiter, de l'été 1925 à 1927, il visite plus de 180 villes dans 53 départements, permettant ainsi une renaissance du parti en province.

Malgré quelques réussites, comme dans le Rhône par exemple, elle reste une structure informelle (peu d'adhérents, peu de militants, des comités locaux surtout actifs lors des élections).

En Lorraine, et notamment dans son propre département, des efforts ont été entrepris, surtout à la demande d'Édouard de Warren qui pousse Marin dès 1926 à organiser le parti dans ce département, afin notamment de contrer l'essor du Parti démocrate populaire, mais les résultats sont très limités et Louis Marin ne semble pas être intéressé par la mise en place d'une organisation solide, préférant s'appuyer sur les réseaux d'influence mis en place depuis 1905, sur les maires des communes rurales et les responsables d'associations agricoles. La Fédération républicaine de Lorraine tient un congrès en 1929 à Lunéville, que Marin préside, et un congrès en 1931 à Neuves-Maisons, avec Marin, Édouard de Warren et Pierre Amidieu du Clos. Au début des années 1930, il existe une section à Nancy, dirigée par l'avoué Maurice Ehlinger, comprenant plusieurs comités de quartiers, un second comité à Neuves-Maisons et un troisième à Pont-saint-Vincent, ainsi que des groupements comme à Lunéville. mais il n'existe aucun comité à Pont-à-Mousson et à Nomeny, dans la circonscription de Marin, et aucun dans les autres arrondissements du département. Dans les autres départements lorrains, il existe l'Union républicaine lorraine en Moselle, en contact avec Marin à partir de la fin des années 1920, un semblant de fédération départementale dans les Vosges, dirigée par Louis Guillon en 1929 et dans la Meuse, où elle tente de se former en 1929-1930 autour de l'industriel de Bar-le-Duc Rudolph Dyckhoff[24] et du député de Verdun Victor Schleiter. Mais ces tentatives n'ont pas résisté aux crises qui ont secoué la Fédération de 1930 à 1932 et à la mort de Schleiter en décembre 1933.

Les animateurs du parti sont Maurice Ehlinger, Emile Meyer de l'Éclair de l'Est, Henri Maire du Télégramme des Vosges[25], le conseiller d'arrondissement René Galas[26]. En novembre 1932, René Galas écrit à Edouard de Warren pour lui signaler qu'« il va falloir envisager la suppression du secrétariat de l'URD » car le secrétaire n'a pas été payé depuis le mois de septembre. Il commente alors : « Il est dommage de voir que nous allons encore une fois laisser tomber tout cela, alors qu'il y a tant de travail à faire[27] ». Édouard de Warren se charge alors, une nouvelle fois, de convaincre Marin de la nécessité d'une organisation solide. Il lui écrit que « ce serait une faute trop grave de laisser tomber le groupe URD de Nancy » et qu'il faut que « François (de Wendel) fasse pour cela un petit effort, il te le doit, il le doit au département, il le doit à la maison Wendel[27] ». La Fédération républicaine, en tout cas, reste une structure vide après 1932 en Meurthe-et-Moselle. Seule une grande réunion de propagande est organisée à Nancy en janvier 1933, présidée par Marin. Des initiatives ponctuelles et éphémères sont ensuite mises en place. À Nancy se constitue à la fin de l'année 1933 un Centre lorrain d'action politique et sociale. À Pont-à-Mousson se forme en 1934 un Centre national d'action sociale et politique, que Marin patronne. En 1935, la Fédération ne rassemblerait que 1 500 adhérents dans l'arrondissement de Nancy[28]. À partir de l'été 1936, les cadres de la Fédération militent tous au sein du Rassemblement national lorrain, qui collabore avec Marin et qui regroupe beaucoup d'anciens ligueurs.

Comment expliquer ce manque d'organisation, sinon par la volonté de Marin de rester indépendant, comme en témoigne d'ailleurs ce commentaire d'un journaliste parisien qui cherche à le suivre pendant sa campagne électorale en 1932 : « Point de bureau, ni de journal en ville pour nous renseigner sur l'itinéraire du candidat. Louis Marin n'est pas accoutumé à dire ce qu'il fait ni où il va[29] » ?

À l'échelle nationale, le parti est partagé entre deux courants, l'un ouvert sur la politique extérieure d'Aristide Briand, conduit par Georges Pernot, et l'autre plus nationaliste, dirigé par Louis Marin et François de Wendel[30]. La coupure est prononcée après les élections de 1928, quand siègent d'une part les proches de Louis Marin (URD, 44 membres) et de l'autre les proches de Georges Pernot (Groupe républicain social, 18 membres). Le morcellement de la Fédération à la Chambre s'est accentué en 1932 quand la plupart des députés modérés quittent le groupe de l'URD.

C'est pourquoi plusieurs personnalités ont relevé et moqué son manque d'autorité sur les élus du parti au Parlement à la fin des années 1920 et au début des années 1930, les contestations qu'il doit subir et aussi son positionnement excentré et isolé par rapport aux votes des parlementaires de la Fédération. Henry de Kérillis note ainsi en 1931 : « Louis Marin est un général qui prétend commander son armée en se plaçant en tirailleur à l'extrémité d'une des ailes, au lieu de se tenir au centre du corps de bataille. À la Chambre, il se trouve en désaccord avec l'immense majorité des députés de son groupe qui se séparent de lui dans la plupart des scrutins importants. Il lui est même arrivé d'être seul de son avis, rigoureusement seul[31] ». « Vous aviez 110 hommes d'équipage. Ils ne sont plus autour de vous que 15. Bientôt, vous serez le seul Marin à votre bord », ironise Bertrand de Jouvenel. Il fait effectivement partie des élus les plus intransigeants au début des années 1930 ainsi qu'après la victoire du Front populaire. En Meurthe-et-Moselle, ces divisions provoquent l'éloignement de Désiré Ferry, éloignement aggravé par des querelles à propos du secrétariat commun des trois députés de Nancy, Marin, Ferry et de Warren.

Dans l'entre-deux-guerres, et surtout dans les années 1930, la Fédération républicaine qu'il dirige tant bien que mal noue des relations tactiques avec les ligues et partis d'extrême droite et sa ligne politique se rapproche des prises de position idéologiques de ces mouvements. Le parti est proche des Jeunesses patriotes, d'ailleurs dirigées par Pierre Taittinger, député de la Fédération. La victoire du Front populaire en 1936 amène Louis Marin et la Fédération à s'associer au Parti populaire français de Jacques Doriot au sein du Front de la liberté, proposé par Doriot en 1937[32].

En outre, Marin a signé un appel protestant contre l'emprisonnement de Maurras et a assisté à Paris en juillet 1937 à une réunion destinée à montrer l'hommage de la droite nationale à l'égard de Charles Maurras[33].

En revanche, Louis Marin entre en conflit avec le Parti social français à partir de 1937, évoquant à propos de ce parti héritier des Croix-de-feu, dans l'organe de la fédération, la Nation, une « blagologie électorale[34] ». C'est que le Parti social français (PSF) s'avère être un concurrent redoutable[35].

Dans son département, Louis Marin n'a pas assisté aux réunions des JP, délaissant cette tâche à son ami Édouard de Warren qui lui conseille dès 1926 de s'en rapprocher, ainsi qu'aux principaux animateurs de la Fédération républicaine en Meurthe-et-Moselle. En 1927, il s'est contenté d'une lettre lue par le dirigeant régional des JP, Jean L'Hotte, au congrès de la ligue à Nancy ; il y affirme son« affectueuse sympathie et admiration à l'égard de l'admirable phalange des Jeunesses patriotes »[36]. Les JP de Lorraine se mettent en tout cas au service des élus républicains nationaux ; ils sont présents aux réunions du parti et ils assurent le service d'ordre. En Meurthe-et-Moselle, il y a même une interpénétration assez poussée des deux groupements, notamment par le canal de L'Éclair de l'Est. Toutefois, Louis Marin s'est fâché avec le dirigeant régional des JP Jean L'Hotte[37].

Ministre à plusieurs reprises[modifier | modifier le code]

Il devient une personnalité d'envergure après 1918. Avant cette date, il est peu intervenu dans les débats à la chambre mais il a acquis une réputation de travailleur acharné : il est l'auteur de nombreux rapports et de propositions de lois. En 1917, il devient rapporteur général du budget. En 1923, il est vice-président de la Chambre des députés.

  • 1924 : Ministre des Régions libérées (c'est-à-dire l'Alsace et la Moselle) dans le troisième cabinet Poincaré et dans l’éphémère cabinet François-Marsal, de mars à juin
  • 1926 : Ministre des Pensions dans le Gouvernement d'Union nationale de Poincaré, où il représente l'Union républicaine démocratique, de juillet 1926 à novembre 1928.
  • 1934 : Après les émeutes du 6 février 1934, il intègre comme Ministre de la Santé publique du second gouvernement Doumergue. Ce gouvernement d'apaisement s'étend de la Fédération républicaine aux néo-socialistes.
  • Après l'assassinat de Barthou, il occupa le poste honorifique de ministre d’État dans le ministère Flandin à la suite d'André Tardieu écarté, puis dans le cabinet Bouisson. Enfin, il est dans le quatrième ministère Laval l'un des trois ministres d'État, avec Herriot et Flandin ; ils représentent les trois principales composantes de la droite et du centre majoritaires. De 1934 à 1936, il a donc figuré dans tous les gouvernements. Toutefois, il n'a occupé que des portefeuilles subalternes avant novembre 1934 ou sans grande influence ensuite, du fait de son isolement au sein des cabinets.
  • Il fait partie du gouvernement de Paul Reynaud du 10 mai au 16 juin 1940.

Le refus de l'Armistice et l'échec de la Fédération républicaine après-guerre[modifier | modifier le code]

Avec Georges Mandel, il s'oppose à l’idée d’armistice et préconise la guerre à outrance au sein du cabinet mené par Paul Reynaud. Il quitte ses fonctions de ministre d’État le 16 juin quand Pétain remplace Reynaud. Il adopte une attitude attentiste et conserve le silence lors des débats précédant le vote du 10 juillet, laissant les parlementaires de son parti voter en leur âme et conscience. Il vote la révision le 9 mais refuse de participer au vote qui, le 10 juillet 1940, donna les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.

Ce silence et cette abstention, alors qu'il avait défendu les droits du Parlement depuis sa première élection en 1905, lui seront reprochés après guerre par des élus de la Fédération[38]. Par son silence, a-t-il voulu s'épargner la honte d'un désaveu public, comme le fit d'ailleurs Léon Blum ? Des élus éminents de la Fédération républicaine militent en effet en faveur des pleins pouvoirs, tels Xavier Vallat, Philippe Henriot ou Pierre Taittinger.

De même, certains lui ont reproché son opportunisme, notant qu'il n'a pas déconseillé à plusieurs élus de la Fédération de participer à des gouvernements de Vichy et qu'il aurait souligné qu'avec eux « on aurait des observateurs dans la place »[39]. Pour autant, Louis Marin fait partie des politiques partisans de l'entente avec le Royaume-Uni face aux membres de la Fédération tentés par la Collaboration comme Philippe Henriot. Marin cherche en tout cas à maintenir ses réseaux et vit à Vichy où « on faisait antichambre pour le voir, dans le modeste hôtel où il logeait, près de l'établissement de bains. Il recevait un courrier énorme », note Pierre Bloch en juin 1941[40].

Il rallie ensuite le gaullisme, mais assez tardivement. Il obtient que la Fédération républicaine fasse partie du CNR, installé en février 1943 par le général de Gaulle, aux côtés des autres partis de la Troisième République, à l'exception du PSF. Il gagne Alger où il fait partie de l'Assemblée constitutive d'Alger en 1943.

  • 1946 à 1951 : Membre des Assemblées consultative et constituante et de l’Assemblée nationale. Il tente, en vain, de relancer l'action de la Fédération républicaine. Mais cette dernière est déconsidérée par l'engagement extrêmiste de certains de ses membres et, en dépit de son appartenance au CNR, la Fédération est abandonnée par ses éléments modérés et ne survit pas à la Troisième République.

À Nancy, il doit affronter une nouvelle génération de républicains nationaux, menés par Pierre André, et perd le contrôle de L'Éclair de l'Est. Il s'allie cependant avec Pierre André pour mener une liste aux élections. Il termine sa carrière politique nationale en 1951, à 80 ans, par une défaite électorale aux législatives.

Louis Marin, savant[modifier | modifier le code]

Boîte du peuple nanaï collectée par Louis Marin, aujourd'hui au musée du Quai Branly

Il a voyagé en Europe et en Asie de 19 à 34 ans. Il est membre du Collège des sciences sociales, où il donne des cours d'ethnographie de 1895 à 1935, de la Société d'ethnographie, de l'École d'anthropologie, qu'il préside à partir de 1923, de la Société de géographie commerciale, qu'il préside de 1925 à 1960, de la Société française de pédagogie, de la Société des amis du Muséum d'histoire naturelle. Il est président de l'Institut international d'anthropologie et président en 1930 de la Société de statistique. Il entre à l'Institut en 1945.

Style[modifier | modifier le code]

Louis Marin était connu pour sa moustache à la gauloise et sa lavallière à pois blancs[41].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Marie Mayeur, La vie politique sous la Troisième République, 1870-1940, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points. Histoire » (no 73), , 445 p. (ISBN 2-02-006777-3, présentation en ligne).
  • Jean-François Eck, « Louis Marin », in Jean El Gammal (dir.), Dictionnaire des parlementaires lorrains de la IIIe République, Metz, Ed. Serpenoise, 2006, p. 169-171.
  • Jean-François Eck, « Louis Marin », in Dictionnaire historique de la vie politique française au XXe siècle, Paris, PUF, 1995.
  • Jean-François Colas, Les droites nationales en Lorraine dans les années 1930 : acteurs, organisations, réseaux, thèse de doctorat, Université de Paris X-Nanterre, 2002.
  • Olivier Wieviorka, Les orphelins de la République : destinées des députés et des sénateurs français, 1940-1945, Paris, Seuil, coll. « L'univers historique », (1re éd. 2001), 472 p. (ISBN 978-2-02-128374-7, présentation en ligne), [présentation en ligne].

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Références[modifier | modifier le code]

  1. Sa circonscription couvre 65 communes, dont une partie de la commune de Nancy, trois cantons (Nancy-Nord, Pont-à-Mousson et Nomeny). Elle couvre donc des régions urbanisées et industrialisées, le long de l'axe de la Moselle, et des régions rurales.
  2. René Taveneaux, Histoire de Nancy, Toulouse, Privat, 1978, p. 432
  3. Il est évincé en 1911 par des personnalités de centre-gauche, tels Louis Vilgrain, président de la chambre de commerce, et Daum, qui prennent le contrôle du journal et choisissent à la place de Goulette René Mercier.
  4. Tel Didelon, ancien conseiller général et caissier à la caisse d'épargne, que Marin charge de s'occuper des journaux qu'il contrôle à Nancy, L'Impartial de l'Est puis L'Eclair de l'Est.
  5. Les républicains de gauche sont Albert Lebrun, vice-président du Sénat, membre de l'Alliance démocratique, Charles Fringant et Georges Mazerand. Les républicains nationaux sont, outre Marin, François de Wendel, Édouard de Warren, son ami, Désiré Ferry, qui a été son secrétaire.
  6. Jean-François Eck, « Louis Marin et l’Est républicain », 1905-1911, Annales de l'Est, 1982, no 3. les actionnaires sont alors François de Wendel, le baron Adrien de Turckheim, conseiller général et actionnaire de la Lorraine-Dietrich et Paul Georgel
  7. Le quotidien est dirigé par Paul Sordoillet de 1907 à sa mort en 1934. Il est ensuite dirigé par Emile Meyer, qu'Edouard de Warren a fait venir d'Epinal en 1927 pour suppléer Sordoillet, dont l'inertie et l'autonomie gênaient les nouveaux dirigeants du journal, et qui est aussi l'animateur de la Fédération républicaine en Meurthe-et-Moselle depuis 1927. La Presse de l'Est bénéficie de l'aide et des capitaux du groupe de presse catholique La Presse régionale mené alors par Jules Dassonville, ainsi que des subsides d'industriels, et notamment de François de Wendel, actionnaire deuis 1905. Le président du conseil d'administration de la Presse de l'Est est le député et ami de Louis Marin Édouard de Warren, puis le colonel Blaison, proche de Mgr Hurault, puis le professeur de médecine et conseiller municipal URD de Nancy Maurice Perrin. Le quotidien est présent en Meurthe-et-Moselle, en Meuse et dans les Vosges, sous le titre Le Télégramme des Vosges, repris en 1924.
  8. le groupe de la presse régionale et François de Wendel sont les deux principaux financiers du journal, ceux qui comblent les trous, notamment par des versements mensuels. En 1934, Jules Dassonville écrit à Louis Marin pour lui demander d'intercéder auprès de François de Wendel, devant les difficultés financières qui s'accumulent : « Vous aviez bien voulu me promettre de saisir vous-même notre ami Monsieur François, de la gravité de la situation ; je suis obligé de vous demander de bien vouloir le faire au plus tôt » ; in Jean-François Colas, op. cit.
  9. Cité par Jean-Noel Jeanneney, François de Wendel en république, l'argent et le pouvoir 1914-1940, thèse d'État, Université de Paris X-Nanterre, 1975, p. 536
  10. Lettre d'Edouard de Warren à Louis Marin, 20 juillet 1930 ; in Jean-François Colas, op. cit., p. 442
  11. Cette épithète substantivée est aussi utilisée par les syndicats et les partis de gauche à l'encontre de François de Wendel. Il montre que François de Wendel est un allié nécessaire, quoique pas toujours apprécié.
  12. Cité par Hélène Sicard-Lenattier, Les Alsaciens-Lorrains à Nancy 1870-1914, Haroué, Ed. Gérard Louis, 2002, p. 348
  13. Face à l'Allemagne de janvier 1933, « il faut crier le danger qu'on voit ici mieux que de partout ailleurs », écrit-il dans l'Éclair de l'Est du 30 janvier 1933 ; Jean-François Colas, op. cit., p. 570
  14. Il écrit dans La Nation en décembre 1933 que la franc-maçonnerie est l'une « des pieuvres qui épuisent (la France) et veulent l'épuiser jusqu'à la mort ». Il vitupère « les internationales et les Loges » en janvier 1934 dans les colonnes de L'Éclair de l'Est. Il accuse la « secte maçonnique » de « pourrir le pays » et d'être « la grande responsable des scandales qui soulèvent le dégoût » dans une réunion catholique le 4 février 1934 à Nancy. Jean-François Colas, op. cit., p. 512-513
  15. L'Éclair de l'Est, 11 janvier 1934, in Jean-François Colas, op. cit., p. 546
  16. Jean-François Colas, op. cit., p. 518
  17. Jean-François Colas, op. cit., p. 521 ; Sa profession de foi est une longue description de tout ce qui oppose « deux conceptions diamétralement opposées » et de ce qui doit arriver en cas de victoire du Front populaire : « ruine financière, rune économique, émeute dans la rue, anarchie mortelle pour la France et le régime, incapacité de gouverner, tentation, pour les ennemis de la paix en Europe, de renouveler les horreurs des conflits sanglants ».
  18. Cf. Antoine Prost, « L'éclatement du Front populaire, analyse factorielle des scrutins de la Chambre des députés de juin 1936 à juin 1939 », in René Rémond, Jeannine Bourdin, Édouard Daladier chef de gouvernement avril 1938 - septembre 1939, Paris, PFNSP, 1977, p. 25-44. Antoine Prost distingue trois droites, celle, irréductible et intransigeante, autour de Marin, celle sociale du PDP, et celle, modérée, autour de Paul Reynaud, qui, dès le cabinet Chautemps, s'abstient et ne refuse pas systématiquement les lois voulues par le gouvernement dominé par les radicaux. Marin vote par exemple contre l'ensemble du projet de loi sur les 40 heures, contre la nationalisation des matériels de guerre en juillet, contre encore en mars 1937 l'emprunt de la défense nationale.
  19. Profession de foi de 1932, in Jean-François Colas, op. cit., p. 465
  20. L'Éclair de l'Est, 11 janvier 1934.
  21. Cité par Jean-François Colas, op. cit., p. 465. Cf. aussi Jean-François Eck, Louis Marin et les milieux industriels, in François Roth (dir.), Les modérés dans la vie politique française, 1871-1962, Nancy, PUN, 2000.
  22. En 1932, au lendemain du conflit entre le PDP, l'Union catholique et Édouard de Warren, Mgr Hurault a voulu interdire à Louis Marin d'aasister à la réunion annuelle de la Fraternité Saint-Sébastien, avant de revenir sur sa décision, du fait des protestations des fraternitaires.
  23. La Nation, 7 novembre 1931, In Jean-François Colas, op. cit., p. 328
  24. Les Ets Dyckhoff construisent des appareils de levage. C'est une PME, elle emploie 134 salariés en 1939.
  25. Fils d'ouvriers, rédacteur en chef depuis le début des années 1930, président du Centre vosgien d'action républicaine, sociale et agraire d'Epinal, militant actif au service de l'union des droites dans les Vosges, proche des Jeunesses patriotes, candidat aux législatives de 1936 à Épinal contre Marc Rucart
  26. Employé d'usine aux Hauts-Fourneaux de Pont-à-Mousson, militant catholique, élu conseiller d'arrondissement URD de Nancy-Ouest en 1928 puis conseiller général en 1937, membre des Jeunesses patriotes. Il est l'un des principaux animateurs des réseaux de Louis Marin à Nancy, à la confluence de la Fédération, des JP et des milieux catholiques.
  27. a et b Jean-François Colas, op. cit., p. 40
  28. Jean-François Colas, op. cit., p. 65
  29. Article de Stéphane Lauzanne du Matin, cité par Jean-François Colas, op. cit., p. 40. De même, Maurice Ehlinger, président de la Fédération à Nancy, se plaint cette même année de n'être pas en relation suivie avec Marin, trop pris par sa fonction de député à Paris et ses autres activités.
  30. Jean-Marie Mayeur, La vie politique sous la Troisième République (1870-1940), collection Histoire, Éditions du Seuil, 1984, p. 300.
  31. Cité par Jean-Yves Boulic, Annik Lavaure, Henri de Kerillis, l'absolu patriote, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 1997, p. 101
  32. À Nancy, Louis Marin, Jacques Doriot, Pierre Taittinger et Philippe Henriot sont ensemble à la tribune lors du congrès du RNL, le 3 octobre.
  33. Il y assiste aux côtés de députés proches de l'extrême droite comme Pierre Taittinger, Xavier Vallat, Frédéric-Dupont, Tixier-Vignancour, de Léon Daudet et d'extrémistes comme le commandant Jean Renaud de l'ex-Solidarité française ou de Louis Darquier de Pellepoix.
  34. jean-François Colas, op. cit., p. 241
  35. Marin n'a assisté qu'à une seule réunion du PSF en Meurthe-et-Moselle, à Nomeny le 21 mars 1937. Nomeny se trouve dans sa circonscription et il était ce jour-là présent dans cette localité pour une réunion du RNL.
  36. Jean-François Colas, op. cit., p. 134-135. En 1931, un orateur des JP s'écrie : « Quant à nous, Lorrains, soyons très fiers de notre grand député Louis Marin qui est le chef incontesté de toute la droite. »
  37. Jean L'Hotte lui écrit en 1936 à propose de sa candidature éventuelle à Lunéville pour les législatives : « Je sais combien vous avez peu d'amitié pour moi, et cependant comme je vous considère comme le chef politique national du département (...). » Il s'attire cette réponse sèche et définitive : « Vous me dites que vous savez combien j'ai peu d'amitié pour vous ; je ne demandais qu'à en avoir. (...) mais il y eut, vraiment, un certain nombre d'actes de votre part (qui me conduisent) à rayer de ma vie ceux qui les ont commis. » Il peut s'agir de manifestations d'indépendance à l'égard des élus de la part de Jean L'Hotte, qui a radicalisé son discours à l'encontre des parlementaires et des vieux partis à partir de 1935, ou bien d'actes qui auraient provoqué la colère de Marin, dont la susceptibilité et le mauvais caractère sont notoires. Jean-François Colas, op. cit., p. 138
  38. « Tandis que nombre de membres de la Fédération vous demandaient avis et conseil, vous êtes restés muets (...). Dans ce scrutin dont nul n'ignorait l'importance pour l'avenir immédiat, non plus que les responsabilités qu'il entraînerait devant l'Histoire, vous vous êtes abstenu, comme s'il s'était agi d'un vote intéressant seulement quelques pêcheurs de sardines ou un groupe dissident de bouilleurs de cru. Pas davantage que Léon Blum, Paul-Boncour ou Paul Reynaud (à côté de moi, mais qui se défila avant le scrutin), vous n'avez demandé la parole pour expliquer cette abstention. Approuviez-vous ? Désapprouviez-vous ? Un oui ou un nom catégorique s'imposait en cette heure tragique. Un vrai chef n'hésite pas et ne donne pas l'impression de fuir ses responsabilités à certains moments décisifs », écrit Georges Roulleaux-Dugage à Louis Marin, en 1950. Olivier Wieviorka, Les orphelins de la République. Destinées des députés et sénateurs français (1940-1945), Paris, Le Seuil, 2001, p. 81
  39. Olivier Wieviorka, ibid.
  40. Cité par Olivier Wieviorka, op. cit., p. 218.
  41. Michel Winock, La France politique: XIXe-XXe siècle, Seuil, 2003, Photos de Louis Marin
  42. [1]

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