Rose Valland

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Rose Valland
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Plaque commémorative sur le mur de la
Galerie nationale du Jeu de Paume à Paris

Naissance
Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs
Décès (à 81 ans)
Ris-Orangis
Nationalité Drapeau de la France Française
Profession
Conservatrice des Musées nationaux
Activité principale
Autres activités
Distinctions

Rose Valland, née le à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs et morte le à Ris-Orangis, est une conservatrice de musée et une résistante française qui a joué un rôle décisif dans le sauvetage et la récupération de plus de 60 000 oeuvres d'art et objets divers spoliés par les nazis aux institutions publiques et aux familles juives pendant l'Occupation.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Rose Valland, de son vrai nom Rosa Antonia Valland, est née le à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, en Isère, bourg de 2 000 habitants de la plaine de la Bièvre près de Grenoble. Elle est la fille unique de François Valland, charron et maréchal-ferrant, et de Rosa Maria Viardin.

En 1914, elle entre à l'école normale d'institutrices de Grenoble dont elle sort en 1918. Douée en dessin et encouragée par ses professeurs, elle part suivre les enseignements de l'École nationale des beaux-arts de Lyon dirigée par Henri Focillon. Elle s'y fera remarquer et obtient de nombreux prix. En 1922, elle entre à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Elle réussit ensuite le concours du professorat à l’enseignement du dessin, 6e sur plus de 300 candidats. Durant les années 1920, elle suit des cours d'histoire de l'art à l'Ecole pratique des hautes études, à l'Ecole du Louvre et à l'Institut d'Art et d'Archéologie. Étudiante du byzantiniste Gabriel Millet, elle soutient son diplôme des Hautes Études sur Aquilée ou les origines byzantines de la Renaissance portant sur les fresques du XIIe siècle de la crypte de la Basilique patriarcale d'Aquilée en Frioul-Vénétie julienne. Elle fera publier cette recherche en 1963[1]. En 1931, elle soutient son diplôme d'Ecole du Louvre sur l'évolution du mouvement de l'art italien jusqu'à Giotto[2]. À l'Institut d’art et d’archéologie de l’université de Paris, elle obtient les trois certificats d’études supérieures d’histoire de l'art moderne, d’archéologie médiévale, et d'archéologie grecque, qui constituent le diplôme d’art qui, combiné avec sa thèse du Louvre, lui donne une licence spéciale d’histoire de l’art et d’archéologie. Elle voyage en Italie et probablement en Allemagne dont elle parle la langue sans jamais l'avoir étudiée durant sa scolarité.

À partir de 1932, elle devient « attachée bénévole » au musée des peintures et sculptures étrangères de la Galerie nationale du Jeu de Paume aux Tuileries. Elle s'y occupe du catalogue des collections du musée, puis travaille à la réalisation d’une quinzaine d’expositions internationales et à leur catalogue. Elle écrit également de nombreux articles dans des revues d’art et des journaux. Elle ne sera pourtant titularisée, et salariée, qu'en 1941.

L'occupation allemande[modifier | modifier le code]

À la déclaration de guerre, elle devient attachée de conservation au musée du Jeu de Paume, protégée par le directeur des Musées nationaux, Jacques Jaujard qui tient absolument à suivre les œuvres réquisitionnées par les nazis. Pendant l'Occupation, les Allemands, sous l'administration du « personnel spécial pour l'art pictural » (Sonderstab Bildende Kunst) de l'Institut du Reichsleiter Rosenberg pour les territoires occupés (Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg, ou E.R.R.), commencent à travers la France un pillage systématique des œuvres des musées et des collections privées, principalement celles appartenant à des Juifs déportés ou ayant fui. Ils utilisent le musée du Jeu de Paume comme dépôt central (avec six salles du département des antiquités orientales du musée du Louvre) avant d'orienter les œuvres vers différentes destinations en Allemagne, en Autriche et en Europe de l'Est. Pendant le pillage nazi, Rose Valland relève aussi précisément que possible le mouvement des œuvres qui transitent par le musée du Jeu de Paume, le nom des victimes spoliées, le nombre d'oeuvres, leurs destinations, le nom des agents chargés des transferts, le nom des transporteurs, les marques des caisses, les numéros et les dates des convois, etc.[3].

Le musée du Jeu de Paume est fréquemment visité par de hauts dignitaires nazis, pour lesquels on organise des expositions destinées à présenter les collections spoliées. Rose Valland est présente durant les différentes visites au cours desquelles Hermann Göring vient sélectionner personnellement certains des tableaux volés pour alimenter sa propre collection[2].

Pendant quatre ans, elle garde la trace des mouvements, de la provenance et de la destination des œuvres. Elle rédige des dizaines de fiches de manière scrupuleuse, déchiffre les papiers carbone allemands dans les poubelles du musée, écoute les conversations des officiels nazis.

Elle fournit des informations essentielles à la Résistance sur les trains qui transportent les œuvres, afin que ces convois soient épargnés par les résistants. À l'automne 1944, elle communique aux Alliés les noms des dépôts allemands et autrichiens (Alt-Aussee, Buxheim, Neuschwanstein-Füssen, Nikolsburg, etc.) afin d'éviter les bombardements, de les sécuriser et de faciliter la récupération des oeuvres. Le lieutenant James Rorimer, l'un des officiers américains chargés du sauvetage du patrimoine artistique européen, témoignera du travail de Rose Valland dans son livre Survival, en 1950.

L'après-guerre et la récupération des œuvres[modifier | modifier le code]

À la suite de la libération de Paris par les troupes alliées, Rose Valland travaille en tant que secrétaire et membre le plus actif de la Commission de récupération artistique (créée sur l'initiative de Jacques Jaujard le , présidée par le collectionneur Albert Henraux, dissoute le [4],[5]). Elle part dans la zone française d'occupation en Allemagne et en Autriche, devenant « officier Beaux-arts » dans la 1re armée française. En 1947, elle est nommée chef du Service de remise en place des oeuvres d'art (SRPOA), chargée des opérations de récupération artistique depuis Berlin et Baden-Baden, siège du haut commandement militaire français. Elle est habilitée à se rendre dans les différentes zones d'occupation alliées, britannique, américaine et soviétique, d'où elle rapatrie de très nombreuses œuvres[6]. Elle coopère avec les agents américains comme Ardelia Hall, James Rorimer, S. Lane Faison, pour interroger les officiers et les marchands nazis auteurs des pillages : Schiedlausky, Gurlitt, Lohse, Rochlitz, Wendland, etc. Elle témoigne au procès des dirigeants nazis à Nuremberg.

Entre 1945 et 1954, elle aura participé au rapatriement de plus de 60 000 oeuvres et objets divers spoliés aux institutions publiques (Musée de l'Armée, loges maçonniques, Bibliothèque polonaise, etc.) et aux familles juives persécutées (Bacri, Bernheim, Cassel, David-Weill, Dreyfus, Alphonse Kann, Paul Rosenberg, Rothschild, Seligmann, etc.)[7].

À son retour à Paris en 1954, elle réintègre l'administration des Musées de France et devient chef du Service de protection des œuvres d'art (SPOA), service créé à son intention dans un but prospectif de protection des oeuvres d'art en cas d'un 3e conflit mondial. En 1955, elle est nommée conservatrice des Musées nationaux.

Si son travail sur la restitution des oeuvres spoliées est bien reconnue par les victimes qui lui témoignent leur gratitude, il demeure toutefois peu valorisé et peu encouragé par son administration. En 1961, elle fait connaître son action sous l'Occupation dans le livre Le Front de l'art (réédité en 1997, puis en 2014).

Elle prend sa retraite en 1968, mais continue à travailler sur la restitution des œuvres spoliées, à la demande du Service des bibliothèques, des archives et de la documentation générale (SBADG) des Musée nationaux. Elle joint ses archives personnelles aux archives des services français de récupération artistique (Commission de récupération artistique, Office des biens et Intérêts privés, SRPOA, Bureau central des restitutions, Bureau d'investigation artistique), avec le souhait que l'ensemble rejoigne le Bureau des archives de l'occupation française en Allemagne et Autriche, à Colmar. Depuis 2010, l'ensemble de ces archives est conservé au Centre des archives diplomatiques de La Courneuve[8].

Son action héroïque durant la guerre et l'après-guerre lui vaut de nombreuses décorations françaises et étrangères. Elle est faite chevalier de la Légion d'honneur, commandeur des Arts et des Lettres, et obtient la médaille de la Résistance française. Les États-Unis lui ont remis la médaille de la Liberté. Elle a été faite officier de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Durant les années d'après-guerre, Rose Valland rencontre la Britannique Joyce Heer (1917-1977[6]), secrétaire-interprète à l'ambassade des États-Unis, qui devient sa compagne jusqu'à sa mort[9]. Les deux femmes partagent un appartement rue de Navarre dans le Ve arrondissement de Paris.

En 1979, Rose Valland publie la thèse de sa compagne, La personnalité de Pausanias[10], de façon posthume aux éditions des Belles-Lettres. Un avant-propos signé par le directeur de thèse révèle, avec pudeur et avec l’accord de Rose Valland, les liens qui unissaient les deux femmes: « Elle habitait Paris chez une amie qui lui avait appris le français et qui depuis très longtemps l’aimait comme une très proche parente. Bien des personnes vont deviner qui est cette amie avant que je ne dise son nom, si j’indique que, Conservateur du Musée du Jeu de Paume pendant la guerre… ». S'ensuit le récit de son action en tant que résistante[9].

Décès[modifier | modifier le code]

Rose Valland meurt en 1980 à l'âge de 81 ans dans une relative solitude à Ris-Orangis, en banlieue parisienne. Elle est enterrée avec sa compagne dans son village natal de Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, où un collège porte son nom.

Hommages[modifier | modifier le code]

Rose créée en hommage à Rose Valland, Musée dauphinois à Grenoble.
Statue Rose Valland, Les Rives de la Marque à Marcq-en-Barœul

Voir aussi[modifier | modifier le code]

La vie de Rose Valland a inspiré le personnage de Claire Simone, interprété par Cate Blanchett, dans le film du comédien-réalisateur George Clooney : Monuments Men (2014).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Aquilée et les origines byzantines de la Renaissance, Paris : E. de Boccard, 1963.
  2. a et b Les carnets de Rose Valland : Le pillage des collections privées d'œuvres d'art en France durant la Seconde Guerre Mondiale d'Emmanuelle Polack et Philippe Dagen, Paris : Fage Éditions, 2011
  3. [PDF] Mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France, « Le pillage de l'art en France pendant l'occupation et la situation des 2000 œuvres, confiées aux musées nationaux », sur www.ladocumentationfrancaise.fr, (consulté le 25 septembre 2015).
  4. Décret no 49-1344 du 30 septembre 1949, sur le site culture.gouv.fr, consulté le 9 mars 2014
  5. Commission de récupération artistique, sur le site data.bnf.fr, consulté le 9 mars 2014
  6. a et b Documentaire diffusé sur France 3 L'espionne aux tableaux - Rose Valland face au pillage nazi
  7. M. Hamon, La récupération des oeuvres d'art spoliées, 1944-1993, Paris : Ministère des Affaires étrangères, Direction des Archives et de la Documentation, 1993, 163 p.
  8. Centre des archives diplomatiques de La Courneuve
  9. a et b Bernard Hasquenoph, «Monuments Men»: Rose Valland, l’héroïne lesbienne oubliée, sur http://yagg.com, yagg (consulté le 30 avril 2014)
  10. Marcelle Laplace, « 60. Heer (Joyce) La Personnalité de Pausanias », Revue des études grecques, vol. 93,‎ (lire en ligne)
  11. Un rosier pour Rose Valland, sur le site isere.fr du 3 juillet 2013

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ses publications[modifier | modifier le code]

  • (avec André Dezarrois, Raffaele Calzini, et alii) L'art italien des XIXe et XXe siècles, Jeu de Paume des Tuileries, mai-juillet 1935, Paris : Réunion des Musées Nationaux, 1935.
  • Le Front de l'art : défense des collections françaises, 1939-1945, Paris : Plon, 1961. 2e éd., RMN, 1997 ; 3e éd., RMN, 2014.
  • Aquilée et les origines byzantines de la Renaissance, Paris : E. de Boccard, 1963.

Biographies[modifier | modifier le code]

  • C. Bouchoux, Rose Valland, résistance au musée, La Crèche : Geste éditions, 2006, 134 p.
  • F. Destremau, Rose Valland, résistante pour l'art, Grenoble : Musée de la Résistance et de la déportation de l'Isère, 2008, 140 p.
  • E. Pollack et E. Cerisier, Rose Valland, l'espionne du musée du Jeu de Paume, Saint-Herblain : Gulf Stream éd., 2009, 93 p.
  • Catel et E. Pollack, Rose Valland : Capitaine Beaux-Arts, bande dessinée, Paris : Editions Dupuis, 2009, 26 p.

Documentaire[modifier | modifier le code]

  • Brigitte Chevet, L’Espionne aux tableaux, Rose Valland face au pillage nazi, Aber Images, 2015, 52 min.

Œuvres citant ses actions[modifier | modifier le code]

  • J. Skilton, Défense de l'art européen. Souvenirs d'un officier américain spécialiste des monuments, Paris : Les Editions internationales, 1948, 103 p. Ed. anglais, Memoirs of a Monuments Office : Protecting European Artworks, Portland, Or. : Inkwater Press, 2008, 221 p.
  • J. Rorimer, Survival : the salvage and protection of art in war, New York : Abelard Press, 1950, 291 p.
  • le film Le Train de John Frankenheimer (1964) est inspiré du Front de l'art. Le personnage de Mme Villard, inspiré de Rose Valland, y est interprété par Suzanne Flon.
  • D. Roxan et K. Wanstall, The Rape of Art : The Story of Hitler's Plunder of the Great Masterpieces of Europe, New York : Coward-McCann, 1965, 195 p.
  • L. H. Nicholas, The rape of Europa : the fate of Europe's treasures in the Third Reich and the Second World War, New York : A. A. Knopf, 1994, 498 p. Ed. française, Le Pillage de l'Europe : les oeuvres d'art volées par les nazis, Paris : éd. du Seuil, 1995, 557 p.
  • M. Hamon, La récupération des oeuvres d'art spoliées, 1944-1993, Paris : Ministère des Affaires étrangères, Direction des Archives et de la Documentation, 1993, 163 p.
  • C. Lorentz, La France et les restitutions allemandes au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (1943-1954), Paris : Ministère des Affaires étrangères, Direction des Archives et de la Documentation, 1998, 348 p.
  • D. Eribon, Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Paris : Larousse, 2003.
  • S. Coeuré, La Mémoire spoliée, les archives des Français, butin de guerre nazi puis soviétique, Paris : Payot, 2007. Nouv. éd., 2013, 375 p.
  • M. Rayssac et Chr. Pincemaille, L'exode des musées : histoire des œuvres d'art sous l'occupation, Paris : Payot, 2007, 1006 p.
  • H. Laroche, La Restitution, roman, Paris : Flammarion, 2009.
  • R. Edsel et B. Witter, Monuments men : allied heroes, nazi thieves, and the greatest treasure hunt in history, London : Preface, 2009. Ed. française, Monuments men : Rose Valland et le commando d'experts à la recherche du plus grand trésor nazi, Paris : JC Lattès, 2010, 451 p.
  • E. Pollack et Ph. Dagen, Les Carnets de Rose Valland : Le pillage des collections privées d’œuvres d'art en France durant la Seconde Guerre mondiale, Lyon : Fage Éditions, 2011, 139 p.
  • le film Monuments Men de George Clooney, avec Cate Blanchett dans le rôle de Claire Simone, personnage fictif inspiré de Rose Valland, 2014.
  • Isère : des paysages et des hommes : Bergès, Berlioz, Lesdiguières, Jean Prévost, Rose Valland... et les autres, Grenoble : Musée dauphinois/ Glénat : Musée dauphinois, 2014.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]