Robert Schuman

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec le compositeur allemand, Robert Schumann ou l'homme politique français, Maurice Schumann
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Schuman.
Robert Schuman
Robert Schuman en 1949.
Robert Schuman en 1949.
Fonctions
113e président du Conseil des ministres français
(129e chef du gouvernement)

(7 mois et 25 jours)
Président Vincent Auriol
Gouvernement Schuman I
Législature Ire législature
Prédécesseur Paul Ramadier
Successeur André Marie
115e président du Conseil des ministres français
et Ministre des affaires étrangères
(131e chef du gouvernement)

(6 jours)
Président Vincent Auriol
Gouvernement Schuman II
Législature Ire législature
Prédécesseur André Marie
Successeur Henri Queuille
5e Président de l'Assemblée parlementaire européenne
19581960
Prédécesseur Hans Furler
Successeur Hans Furler
Parlementaire français
Député 1919-1940
puis 1945-1962
Gouvernement IIIe République
IVe République
Ve République
Groupe politique ERD (1919-1924)
URD (1924-1928)
Indépendants (1928-1932)
DP (1932-1940)
MRP (1945-1958)
RPCD (1958-1962)
Biographie
Nom de naissance Jean-Baptiste Nicolas Robert Schuman
Date de naissance
Lieu de naissance Luxembourg
Date de décès (à 77 ans)
Lieu de décès Scy-Chazelles (Moselle, France)
Nationalité allemande (jusqu'en 1918)
française (après 1918)
Parti politique MRP
Profession Avocat
Religion Église catholique romaine
Résidence Moselle
Présidents du Conseil des ministres français

Jean-Baptiste Nicolas Robert Schuman, né le à Luxembourg et mort le à Scy-Chazelles (Moselle), est un homme d'État français. Ministre sous la Troisième République et la Quatrième République, notamment des Affaires étrangères, puis président du Conseil des ministres à deux reprises, Schuman exerça par ailleurs les fonctions de président du Parlement européen.

Il est considéré comme l'un des pères fondateurs de la construction européenne avec Jean Monnet.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Le père de Robert Schuman, Jean-Pierre Schuman (1837-1900), est né français de langue luxembourgeoise[1] à Évrange, village lorrain à la frontière franco-luxembourgeoise. En 1871, après l'annexion d'une partie de la Lorraine par l'Allemagne, il devint allemand. La mère de Robert Schuman, Eugénie Duren (1864-1911), une Luxembourgeoise née à Bettembourg, acquit la nationalité allemande lors de son mariage avec Jean-Pierre Schuman. Bien qu'il fût né à Clausen, un faubourg de la ville de Luxembourg (où sa maison natale existe toujours, à moins de 300 mètres du bâtiment du secrétariat général du Parlement européen qui porte son nom), Robert Schuman fut allemand de naissance[2].

Le jeune Robert Schuman fréquenta l'école primaire et secondaire (l'Athénée) dans la capitale du Grand-Duché, où il apprit notamment le français (sa première langue étant le luxembourgeois, sa deuxième l'allemand standard). Puisque le diplôme luxembourgeois n'était pas reconnu en Allemagne, il passa, en 1904, son Abitur (baccalauréat) au Lycée impérial de Metz, alors ville allemande. Ayant fait ses études supérieures de droit en Allemagne à Bonn, Berlin, Munich et Strasbourg, il ouvre un cabinet d'avocat à Metz en juin 1912. Parallèlement à ses études il s'investit à la Conférence Olivaint dont il demeura un fidèle compagnon de route.

Durant la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1913, il préside la partie francophone du grand rassemblement laïc catholique, le Katholikentag, tenu à Metz.

Portrait de Robert Schuman, député de la Moselle (1929)

Un an plus tard, la Première Guerre mondiale éclate. Bien que réformé en 1908 pour raisons médicales, il est incorporé comme simple soldat en 1914 et affecté en 1915 à l'administration territoriale (Kreis) à Boulay (Moselle).

En novembre 1918, l'Alsace et la Lorraine redeviennent françaises et Robert Schuman devient membre de la commission municipale de Metz.

Devenu citoyen français par le traité de Versailles, candidat de l'Union républicaine lorraine, il entre en 1919 au Parlement comme député de la Moselle. Il le restera jusqu'en 1940.

Il est membre de la Commission de législation civile et criminelle de 1919 à 1929 et de 1939 à 1940, de la Commission d’Alsace-Lorraine de 1919 à 1940, secrétaire de cette commission de 1920 à 1927, vice-président de 1927 à 1929, président de 1929 à 1936. Lors des débats à l'Assemblée sur l'abolition du droit local en 1923, il milite pour le maintien du Concordat. À partir de 1936, il siège au Conseil général de la Moselle pour le canton de Cattenom.

Durant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1938, la crainte d'une nouvelle guerre « fratricide » lui fait accueillir positivement les Accords de Munich, mais la Seconde Guerre mondiale éclate en 1939. En mars 1940, Robert Schuman est nommé sous-secrétaire d'État pour les Réfugiés dans le gouvernement Reynaud. Après l'offensive allemande du , Robert Schuman estime dès le 12 juin qu'il « faut mettre bas les armes »[3]. Le 16 juin 1940, il est confirmé à son poste de sous-secrétaire d'État et fait ainsi partie du premier gouvernement Pétain. Le , il vote pour les « pleins pouvoirs » au maréchal Pétain.

La Moselle est annexée de fait par le Reich nazi quelques jours plus tard, intégrée au Gau Westmark — dont le chef-lieu est Sarrebruck —, et Robert Schuman, réfugié sur ses terres lorraines, est arrêté par la Gestapo et mis au secret dans la prison de Metz, avant d'être transféré à Neustadt (actuelle Rhénanie-Palatinat) le , grâce à un allègement des conditions de détention obtenu par Heinrich Welsch.

Durant son assignation en résidence surveillée, il s'entretenait avec ses visiteurs en dialecte thionvillois, de facon à ce qu’on ne puisse pas suivre ses conversations[4].

Âgé de cinquante-six ans, il s'évade et réussit à rejoindre la zone libre dans la Vienne le 13 août 1942 en franchissant la ligne de démarcation à Vernon après avoir passé dix jours à l'abbaye de Ligugé[5]. Il passe également par la Trappe de Notre-Dame-des-Neiges, en Ardèche.

À la Libération, le ministre de la Guerre, André Diethelm, exige que « soit vidé sur-le-champ ce produit de Vichy » en parlant de Schuman[6]. Cette qualification vient de son vote du 10 juillet 1940 qui le met sous le coup de l'inéligibilité automatique[7] prévue par l'ordonnance du 21 avril 1944. Devant la volonté de reprendre des responsabilités politiques, il finit par écrire au général de Gaulle, le , pour lui demander de revenir sur cette décision[6]. Des alliés de Schuman interviennent auprès du chef du Gouvernement provisoire pour appuyer cette demande. Le jury d'honneur le relève[réf. nécessaire]. Charles de Gaulle décide que l'affaire soit classée[6]. La commission de la Haute Cour prononce un non-lieu en sa faveur[6], le , et Robert Schuman reprend sa carrière dans la politique française[8].

IVe République[modifier | modifier le code]

Sous la IVe République, il retrouve son siège de député de la Moselle de 1946 à 1962.

Il est président du Conseil des ministres (1947) (MRP), puis ministre des Affaires étrangères (1947-1952), il fut un des grands négociateurs de tous les traités majeurs de cette période marquée par le début de la Guerre froide en Europe et la nécessité d'organiser l'Europe de l'Ouest sur les plans politique, économique et militaire avec l'aide des États-Unis (Conseil de l'Europe, pacte de l'Atlantique nord, CECAetc.).

Le temps de la construction européenne[modifier | modifier le code]

Son ami Jean Monnet lui fait part de l'urgente nécessité pour la France de se faire un allié de l'Allemagne et rédige un projet destiné à initier une fédération européenne. Robert Schuman concrétise l’initiative en proposant par sa déclaration du 9 mai 1950, de placer la production franco-allemande du charbon et d’acier sous une Haute Autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d’Europe. Le plan Schuman entraîne la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) qui est à l'origine de l'actuelle Union européenne[9],[10].

C'est en ce 9 mai, que tous les ans le « Jour de l'Europe » commémore ce qui constitue, selon Jacques Delors, le geste le plus important de ces dernières décennies.

En 1953, chargé du dossier marocain (le Maroc, comme « protectorat », dépendait des Affaires étrangères), il tente de s'opposer à la déposition de Mohammed V, ce qui lui vaut d'être évincé du gouvernement.

Il est président du Mouvement européen de 1955 à 1961 et il est, de 1958 à 1960, le premier président du Parlement européen, lequel lui décerne, à la fin de son mandat, le titre de « Père de l'Europe ». En 1958, il est lauréat du Prix International Charlemagne.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

La maison où Robert Schuman vécut ses dernières années, à Scy-Chazelles.

Robert Schuman se retire de la politique en 1962, et retrouve sa maison de Scy-Chazelles ; il passe les derniers mois de sa vie à lire, à se promener[non neutre], et s'intéresse particulièrement à l'actualité politique et européenne[réf. nécessaire] même s'il prend la décision de ne pas intervenir publiquement.

Schuman s'éteint à soixante-dix-sept ans le à son domicile de Scy-Chazelles près de Metz.

Robert Schuman
(timbre allemand de 1968).

Après des obsèques en la cathédrale Saint-Étienne de Metz, son corps est inhumé au cimetière communal de Scy-Chazelles. Le Préfet n'invita pas Jean Monnet au repas de commodité non officiel qui a suivi les obsèques de Robert Schuman. En signe de protestation, des personnalités centristes restèrent avec Monnet, manifestant une opposition au gouvernement qui n'était pas nouvelle puisque la moitié des parlementaires s'était abstenue de voter pour le gouvernement de Pompidou en 1962 et qu'ensuite cinq ministres MRP démissionnèrent de ce gouvernement.

Postérité[modifier | modifier le code]

En 1966, sa dépouille est transférée dans la petite église fortifiée Saint-Quentin, en face de sa maison devenue la Maison de Robert Schuman, qui appartient aujourd'hui au Conseil général de la Moselle.

Le Parlement européen décerne à sa mémoire un Prix Robert Schuman pour l'Europe, l'Université de Bonn, où il a été étudiant en droit, décerne à sa mémoire une médaille et un Prix Robert Schuman, la Fondation Robert-Schuman à Bruxelles décerne un prix à son nom et organise des colloques européens et internationaux, la Fondation Alfred Toepfer décerne aussi chaque année un Prix Robert Schuman pour l'Unité Européenne, les villes de Luxembourg, Trèves, Metz et Sarrebruck ont instauré en 1991 le plus important prix d'art de la Grande Région, le Prix d'art Robert Schuman.

À Bruxelles, le rond-point séparant le Berlaymont du Justus Lipsius porte son nom et par extension, la gare et la station de métro en dessous ainsi que le tunnel ferroviaire.

Procès en béatification[modifier | modifier le code]

Un procès en béatification de Robert Schuman a été ouvert par l'Église catholique : Mgr Pierre Raffin, évêque de Metz, a autorisé l'ouverture du procès en 1990. En 2004, le procès diocésain a été clôturé[11]. Les documents ont été envoyés au Vatican où la Commission pour la Cause des Saints est en train d'étudier le dossier, mais celui-ci est toujours en attente d'un miracle dûment reconnu et authentifié, élément nécessaire. Néanmoins, l'ouverture d'un procès en béatification lui permet de bénéficier du titre de Serviteur de Dieu.

Orphelin de père à quatorze ans, Robert Schuman vit comme un véritable drame personnel la disparition prématurée de sa mère dans un accident de voiture dix ans plus tard. Il envisage alors le sacerdoce jusqu’au jour où un ami lui écrit : « Tu resteras laïc parce que tu arriveras mieux à faire le bien, ce qui est ton unique préoccupation… Je suis d’avis que les saints du futur seront des saints en veston. » Il restera célibataire toute sa vie.

En 1988, René Lejeune (1922-2008), son ancien secrétaire, fonde l’Institut Saint-Benoît qui a pour mission de promouvoir en Église et au cœur du monde le rayonnement de la sainteté présumée de Robert Schuman (1886-1963) et de faire prier pour cette cause. L'évêque de Metz, sollicité par René Lejeune, a accepté l’ouverture d’une enquête canonique se réjouissant que la politique puisse ainsi se révéler chemin de sainteté. La phase diocésaine de l’enquête canonique a été clôturée officiellement par Mgr Pierre Raffin, le 29 mai 2004 à Scy-chazelles. Le décret de validité du dossier d’enquête diocésaine a été promulgué le 10 février 2006 par la Congrégation pour les causes des saints. Le R.P. Bernard Ardura, o.praem, est alors nommé postulateur de la Cause à Rome, le chanoine Joseph Jost devient vice-postulateur le 30 janvier 2012. L’enquête devrait s’achever prochainement, dans l’attente du jugement de l’Église.

Robert Schuman, homme politique et chrétien, est pour notre temps un modèle au service de la société civile à travers ses différentes responsabilités, tout en gardant un « cœur de moine » dans une vie de discrétion, d’humilité et de prière. La foi et l’audace qui l’habitaient ont permis à la Providence de favoriser la paix et la réconciliation entre des nations alors ennemies et construire ainsi les bases d’une Europe unie aux racines chrétiennes incontournables.

À l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort du Serviteur de Dieu Robert Schuman, le pape François, dans son message signé du cardinal Bertone, espérait que « l’Europe puisse, poursuivant l’intuition de Robert Schuman, prendre toujours mieux conscience de sa véritable identité et de son héritage spirituel »[12].

Mandat politique[modifier | modifier le code]

Fonctions gouvernementales[modifier | modifier le code]

  • Ministre de la Justice, garde des Sceaux du 23 février 1955 au 24 janvier 1956 :

Fonctions politiques[modifier | modifier le code]

Généalogie[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Trausch 1996.
  2. Fanfare Grand-Ducale.
  3. Europaforum.lu - 2008.
  4. Georges DITSCH, « Un grand Lorrain dans la tourmente (Robert Schuman 1939-1945) », Les Cahiers du Pays Thionvillois n°1, 1984
  5. Renard-Darson 2008.
  6. a, b, c et d Raymond Poidevin, « Robert Schuman : un itinéraire étonnant », extrait de son ouvrage, Robert Schuman, éditions Beauchesne, coll. « Politiques et Chrétiens », 1988, p. 9-15.
  7. Jean-Pierre Maury, « Ordonnance du 21 avril 1944 relative à l'organisation des pouvoirs publics en France après la Libération – Articles 18 et 21 », sur mjp.univ-perp.fr, université de Perpignan,‎ 2007 (consulté le 22 mars 1944).
  8. Roth - 11 novembre 2013.
  9. La CECA - Herodote.
  10. Déclaration Schuman.
  11. Procès diocésain Schuman 2004.
  12. Message de Sa Sainteté le pape François, in Robert Schuman. Sainteté et politique, Actes des journées organisées à Metz du 4 au 8 septembre 2013 par l'Institut Saint-Benoît, Demandeur de la cause de béatification de Robert Schuman, Metz, Editions des Paraiges,,‎ , 9 p. (ISBN 9791090185487)
  13. Généastar : Ascendants de Robert SCHUMAN

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Compléments[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :