Marcel Marceau

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Marcel Marceau
Marcel Marceau (1963) by Erling Mandelmann.jpg

Marcel Marceau, Bip (1963).
Photo d’Erling Mandelmann.

Informations générales
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 84 ans)
CahorsVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Marcel MangelVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Domiciles
Strasbourg (-), Limoges (à partir de ), Lille (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Formation
Activités
mime, acteur, clown, artiste de cirqueVoir et modifier les données sur Wikidata
Membre de
Akademie der Künste der Deutschen Demokratischen Republik (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Élèves
Palmarès
Distinctions
officier de la Légion d'honneur
commandeur de l'ordre national du Mérite (d)
commandeur des Arts et des Lettres‎Voir et modifier les données sur Wikidata

Marcel Marceau, dit le mime Marceau, est un acteur et mime français, né Marcel Mangel le à Strasbourg et mort le à Cahors. Il a connu une célébrité internationale avec son personnage silencieux de Bip, créé en 1947.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Le jeune Marcel Mangel passe sa petite enfance à Strasbourg. À l'âge de 3 ans, la famille part s'installer à Lille pour des raisons professionnelles. À cette époque, sa tante Fanny, sœur de son père, lui fait découvrir l'univers du cinéma et les films de Charlie Chaplin. L'influence du personnage de Charlot sur le jeune Marcel est immense et ne le quittera plus durant toute sa vie. Partageant son enfance entre deux régions, la famille retourne vivre en Alsace où, jusqu'à l'âge de 15 ans, Marcel fait ses études au lycée Fustel-de-Coulanges (à côté de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg). Selon son professeur de français[1], il était le meilleur élève en récitation et en poésie. Sa famille d'origine juive polonaise est évacuée comme le reste de la population strasbourgeoise au début de la Seconde Guerre mondiale. Elle part pour Périgueux et Marcel poursuit ses études au lycée Gay-Lussac de Limoges. Le proviseur de ce lycée, Joseph Storck, un Juste parmi les Nations, protège les élèves juifs. Marcel Mangel est moniteur de théâtre à Montintin (Haute-Vienne). Le père de Marcel Mangel, Charles Mangel (né le 27 juillet 1895 à Będzin, dans le sud de la Pologne), un boucher casher, est déporté depuis la gare de Bobigny dans le Convoi n° 69 du 7 mars 1944 [2] et meurt à Auschwitz. Sous l'influence de son cousin germain Georges Loinger et de son frère Alain Mangel, Marcel rejoint la Résistance en 1942 à Limoges. Il prend alors le pseudonyme de Marceau. Il raconte l'avoir « pris dans la Résistance à cause du vers de Victor Hugo, dans Les Châtiments : « Hoche sur l'Adige/ Marceau sur le Rhin. » « J'étais né dans le Bas-Rhin et je voulais bouter les Allemands hors de France »[3].

Le mime: "Je serai mime ou rien"[modifier | modifier le code]

Marcel Marceau (1962)

Après avoir fréquenté l’École nationale des arts décoratifs de Limoges, qui lui laisse le goût du dessin et de la peinture, Marcel Marceau devient l’élève de Charles Dullin, de Jean-Louis Barrault et d’Étienne Decroux qui établit la « grammaire » de l’art du mime qu’il appelait la « statuaire mobile ».

Pour Marcel Marceau, l'art du mime puise sa force poétique dans cet engagement de tout le corps pour donner forme à l'invisible, créer la métaphore au travers des gestes et du regard. Au Théâtre de Poche Montparnasse, le , jour du 24e anniversaire de l’artiste, sort de l’ombre des coulisses un drôle de personnage, pierrot lunaire, « hurluberlu blafard » à l’œil charbonneux et à la bouche déchirée d’un trait rouge, un drôle de haut-de-forme sur la tête, une fleur rouge tremblotante servant de panache à ce Don Quichotte dégingandé en lutte contre les moulins à vent de l’existence : Bip était né, aussi indissociable de Marceau que Charlot de Chaplin. « La parole n'est pas nécessaire pour exprimer ce qu'on a sur le cœur » disait-il. En hommage au personnage Pip (en) du roman Les Grandes Espérances de Charles Dickens[4]: « Bip est un personnage intemporel, tout en étant proche de mes rêves d'enfants. Il se cogne à la vie qui est à la fois un grand cirque et un grand mystère, et j'aime à dire qu'il finit toujours vaincu, mais toujours vainqueur… Il est tout ensemble l'homme de la rue, un vagabond du quotidien et l'homme universel affrontant le tragi-comique de l'existence… Il est l'homme tout simplement, se montrant dans la nudité et la fragilité de son être.»[5]Inspiré par "le Paris de l'après-guerre avec ses vieilles rues, ses becs de gaz jaunis par le temps et le cri des faubourgs"[6], Marcel Marceau va enrichir son personnage en puisant expressivité des traits et personnification des caractères dans le théâtre No, le Kabuki, les masques du théâtre oriental ou de la Commedia dell'arte.

En 1947, il fonde sa propre compagnie, la « Compagnie Marcel Marceau », et inscrit au répertoire des mimodrames et des pantomimes: Le Manteau, d'après Nicolas Gogol, Le Joueur de flûte, Exercices de style, Le Matador, Le Petit Cirque, Paris qui rit, Paris qui pleure.

Marceau en Bip le Clown en 1974

Il rencontre, à cette époque, l'un des plus grands décorateurs de théâtre de l'après-guerre: Jacques Noël, qui devient très vite le créateur de tous les décors et scénographies des mimodrames de la compagnie.

Marcel Marceau, Bip, en 1977.

En 1952, il engage dans sa compagnie Pierre Verry[7] (1913-2009), élève avec lui d’Étienne Decroux, qui sera son partenaire attitré jusqu'en 1979. Pierre Verry accompagne Marcel Marceau en tournée dans le monde entier, présentant ses numéros par ses célèbres pancartes. Adriano Sinivia le remplacera en 1980 à l'occasion de l'inauguration de la biennale de Venise à la Fenice. De 1969 à 1971, Marcel Marceau fonde et dirige à Paris la première école internationale de mime au Théâtre de la Musique, ancienne Gaîté-Lyrique. Il rencontre et engage à cette époque l'artiste chilien Alejandro Jodorowsky, qui utilisait déjà le mime dans son premier film Fando et Lis.

Au cours de sa longue carrière, Marcel Marceau va porter l’art du mime sur les scènes du monde entier, brisant les frontières de la langue et redonnant à cet art une envergure cosmopolite et populaire. Que ce soit d'une façon soliste ou en tant que dramaturge au travers de sa compagnie de mimodrame, il ne cessera de questionner l'art théâtral par le parti pris du silence.[réf. nécessaire] Il disait: « Dans mes mimodrames et dans mes pantomimes au théâtre, je peux construire un monde tel que je voudrais qu’il soit, montrer la déchirure, le mal, en ne montrant pas l’abandon mais un cri d’espoir. Je crois à la rédemption humaine à travers le théâtre. »

Éternellement vêtu d'un pantalon blanc, d'une marinière et d'un caraco gris, le mime Marceau devient au fil des années un des artistes français les plus connus dans le monde. Ses tournées aux États-Unis créent une vraie révolution théâtrale dans les années 1950, où a beaucoup été évoqué, notamment, son mouvement de la « marche contre le vent », à l'origine du moonwalk de Michael Jackson. En France, il joue en 1975 dans la prestigieuse Cour d'honneur du Palais des papes pour le Festival d'Avignon.

En 1978, il crée à Paris une école internationale de mimodrame, située dans les sous-sols du Théâtre de la Porte-Saint-Martin au 17 de la rue René-Boulanger, avec la volonté et l’espoir farouche de réaliser une de ses aspirations les plus profondes : l’art comme point de rencontre de toutes les cultures où plus de vingt nationalités, de 18 à 25 ans, se côtoient. Alors que cette école devait initialement voir le jour à New York, le maire de Paris Jacques Chirac et son conseiller culturel Marcel Landowski permettent son ouverture le 15 novembre 1978[8]. Des cours de mime, de danse classique, d'acrobatie et d'art dramatique y sont dispensés par une douzaine de professeurs : « Il ne suffit pas d’utiliser une technique, de sortir d’une école pour devenir artiste. Il faut créer un esprit et une méthode dramatique qui fassent évoluer l’élève[9]. »

27 ans plus tard, en 2005, l'école de Marcel Marceau ferme définitivement ses portes en raison des économies demandées par la Mairie de Paris[10], ayant pour projet la création d'une autre structure (qui deviendra l'ESAD en 2007 sous la direction de Jean-Claude Cotillard).

Père de quatre enfants, Marcel Marceau meurt le 22 septembre 2007 à Cahors. Il est inhumé à Paris au cimetière du Père-Lachaise[11].

Aux prises avec une administration judiciaire durant des années, le Tribunal de Commerce de Paris ordonne, en mai et novembre 2009, la vente aux enchères de tout son patrimoine artistique et de tous ses biens à l’Hôtel Drouot[12]. Souhaitant que les objets lui ayant appartenu soient rassemblés dans un musée en France [13], le Ministère de la Culture et de la Communication a préempté de nombreuses pièces désormais détenues par la Bibliothèque nationale de France : des archives, des dessins, des maquettes et des photographies, notamment un Bip sur scène[14].

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Marceau en 1971
Marceau en 2004

Émission de radio[modifier | modifier le code]

Le , il passe dans l'émission radiophonique Le Tribunal des flagrants délires diffusée sur France Inter. Le réquisitoire prononcé par Pierre Desproges est disponible sur le disque Les réquisitoires du tribunal des flagrants délires (volume 3) du coffret intégral aux éditions Tôt ou Tard paru en 2001.

Prix et récompenses[modifier | modifier le code]

Œuvre littéraire[modifier | modifier le code]

  • Les Sept Péchés capitaux, Atelier Pons, 1965
  • La Ballade de Paris et du Monde, Aline Elmayan Éditeur, 1968
  • L'Histoire de Bip, l'École des loisirs, 1976
  • Le Troisième Œil, Lithoprint Delcourt, 1981
  • Pimporello, Belfond, 1987
  • Bip piégé dans un livre, La Martinière, 2002

Hommages[modifier | modifier le code]

  • Sa statue de cire est visible au musée Grévin, à Paris.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Interview dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace, 26 septembre 2007
  2. Voir, Klarsfeld, 1978.
  3. Marcel Marceau, Valérie Bochenek, « Le Mime Marcel Marceau : entretien et regards avec Valérie Bochenek », sur La maison de sevres.org, Somogy,‎ (consulté le 23 septembre 2007)
  4. Éric Azan, Le Monde, no 19492, 25 septembre 2007
  5. Entretien avec François-Brice Hincker, Marcel Marceau : L'humaniste du silence, Saisons d'Alsace, 2003
  6. Citation tirée de la préface de l'ouvrage "Pimporello" de Marcel Marceau
  7. Pierre Verry sur la Revue du Spectacle.fr
  8. Éric Azan, « Une école de mime, le long rêve de Marceau », Le Monde, no 19648,‎ , p. 3
  9. « Marcel Marceau », sur academie-des-beaux-arts.fr, Académie des Beaux-Arts (consulté le 6 avril 2012)
  10. http://www.leparisien.fr/paris/l-ecole-du-mime-marceau-menacee-de-fermeture-28-03-2005-2005815718.php
  11. « Le mime Marceau va être inhumé au Père-Lachaise », sur tempsreel.nouvelobs.com, Le Nouvel Observateur,‎ (consulté le 7 avril 2012)
  12. « Les souvenirs du mime Marceau vendus pour 490000 euros », sur Libération.fr, Libération,‎ (consulté le 7 avril 2012)
  13. « Un musée pour Bip - Accueil », sur unmuseepourbip.com (consulté le 7 avril 2012)
  14. « L’État préempte des objets ayant appartenu au mime Marceau », sur culture.gouv.fr, Ministère de la Culture et de la Communication,‎ (consulté le 7 avril 2012)
  15. Le Mime Marcel Marceau : De l'atelier à la scène, exposition organisée par Christian Paureilhe et Monica Regas, avec la collaboration de François-Brice Hincker
  16. « Le mime Marceau décoré à Cuba », sur Libération.fr, Libération,‎ (consulté le 7 avril 2012)
  17. La Bague sur Unifrance.org

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Biographies[modifier | modifier le code]

  • Interviews de Jeanne et Guy Verriest-Lefert, Marcel Marceau ou l'aventure du silence, Éditions Desclée de Brouwer, 1974
  • Ben Martin, Marcel Marceau: Master of Mime, Paddington Press (UK) Limited, 1978 (ISBN 0-448-22680-4)
  • Valérie Bochenek, Le Mime Marcel Marceau : entretiens et regards avec Valérie Bochenek, Somogy, 1997 (ISBN 2850562629)

Autres[modifier | modifier le code]

  • Beate et Serge Klarsfeld, Le Mémorial de la Déportation des Juifs de France, Paris, 1978
  • Anya Peterson Royce, Movement and Meaning: Creativity and Interpretation in Ballet and Mime, Indiana University Press, 1984 (ISBN 0-253-33888-3)
  • Jean-Yves Mariotte, « Marceau (le mime), pseud. de Marcel Mangel) », in Nouveau Dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 25, p. 2516
  • Nicole Narewski-Barriau, Les Sons du silence : Marcel Marceau mime musicien, Thespis, 2006 (ISBN 2-9521894-2-0)
  • Agnieszka Kühnl-Kinel, Marcel Marceau : Contribution à l'étude de l'art du mime, 2009 (ISBN 978-2-7295-2619-1)
  • François-Brice Hincker, Marcel Marceau : l'Humaniste du silence, Saisons d'Alsace, 2003
  • Rémi David et Florence Salzano, Marcel Marceau, la poésie du silence, éditions À dos d'âne, 2016.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]