Maurice Fenaille

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Maurice Fenaille
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 82 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Enfant
Pierre Fenaille (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Propriétaire de
Membre de
Société des amis de Versailles
Association des amis de la Bibliothèque nationale de France (d)
Société de l'histoire de l'art français (d)
Les Arts décoratifs
Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron
Société des amis du Louvre
Académie des beaux-arts ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinction

Maurice Fenaille[1] né le à Paris et mort le dans la même ville, est un industriel, collectionneur d'art et mécène français.

Il fut membre de l'Académie des beaux-arts.

Biographie[modifier | modifier le code]

Héritier et industriel avisé[modifier | modifier le code]

Son père, qui s'était associé en 1853 avec un négociant en graisses, s'associe en 1855 avec deux autres personnes, introduit dans le commerce la fameuse Saxoléine, huile de pétrole destinée à l'éclairage. C'est le début de l'ère pétrolière.

En 1881, Maurice Fenaille, entré dans l'entreprise quelques années plus tôt, part travailler aux États-Unis dans la filiale de Fenaille et Despeaux installée à New York.

Lorsque son père meurt en 1883, il revient en France et il lui succède à la tête de l'entreprise ; il ajoute à la Saxoléine, l'Oléonaphtine et le Saxol, deux lubrifiants, ainsi que le Benzo-moteur, une essence pour automobiles et avions.

L'entreprise continue à se développer en même temps que l'utilisation du pétrole dans la vie courante ; elle est renommée La Pétroléenne, avant de prendre en 1936 le nom de Standard française des pétroles, puis, en 1952, de Esso Standard.

Il épouse en novembre 1887 Marie Colrat de Montrozier, avec qui il a trois enfants :

  • Pierre (1888-1937), industriel dans l'automobile
  • Yvonne (1890-1985), épouse de Claude Cochin (1883-1918) puis de Robert de Billy (1894-1991)
  • Antoinette (1905-2010), épouse du diplomate François de Panafieu (1903-1995)

Parallèlement, Fenaille voyage en Angleterre, en Espagne, en Palestine, en Italie, en Allemagne, en Égypte, où il assiste à l'ouverture du tombeau de Toutânkhamon.

Il ramène de ses voyages les dernières nouveautés : des piscines, l'électricité domestique, des automobiles et des avions.

Collectionneur d'art, mécène et philanthrope[modifier | modifier le code]

Auguste Rodin, Madame Fenaille (1898), plâtre, Stedelijk Museum Amsterdam.

Amateur d'art, il consacre une grande partie de son temps et de son argent à aider les musées français, mais aussi au profit de nombreux artistes contemporains, auxquels il commande des œuvres (Auguste Rodin, Antoine Bourdelle, Eugène Viala, Jules Chéret…).

En 1885, il rencontre Rodin et devient son mécène. En 1895, il lui commanda une série de Baigneuses pour orner la piscine intérieure de sa résidence de Neuilly[2].

Entre février et septembre 1897, il correspond avec lui au sujet de la suite de ses dessins appelée Album Goupil[3].

En 1898 il commande au sculpteur un buste de son épouse, Marie Colrat de Montrozier (Madame Fenaille), et un second à Camille Claudel, qui lui écrivit à ce sujet une lettre alors que le buste était exposé à la galerie Bing à Paris[3],[4].

Fenaille commanda également plusieurs œuvres au peintre Henri Martin, dont deux grandes fresques, Les Vendanges et Les Foins, pour décorer son hôtel particulier parisien de la rue de l'Élysée.

Mme Fenaille étant née et ayant été élevée au château familial de Montrozier, près de Rodez, son mari acquit ce vieux manoir, cité dans le plus ancien acte notarié du Rouergue connu (1208), pour lui offrir en cadeau de mariage.

Vers 1900, deux pièces de la villa Les Lierres à Pornic, édifiée pour son époux puis agrandie, fut décorée par des peintures murales de Raoul du Gardier, qui en 1923 sera peintre de la Marine ; le Voyage de La Coquille (trois-mâts lancé en janvier 1812), île Oualan, archipel des Carolines orna l'alcôve de la chambre à coucher[5] et un autre paysage orna la mezzanine.

La forteresse de Montal, meublée avec raffinement, fut ensuite habitée par leur fille, Mme Claude Cochin, devenue comtesse de Billy[6].

En 1903, Fenaille devient membre de la Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron, mais il va également étendre son activité à des domaines très variés : il crée une école d'agriculture, un centre de rééducation agricole pour les mutilés de guerre, un sanatorium, un atelier de fabrication de tapis.

Il achète et aménage également l'hôtel de Jouéry à Rodez, dont il fait don à la Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron en 1929, qui est devenu à sa mort le musée Fenaille.

Maître d'œuvre de la restauration du château de Montal[modifier | modifier le code]

La ruine du château[modifier | modifier le code]

Vue de la cour du château de Montal en 1898 par Eugène Trutat.

Entre 1908 et 1913, Maurice Fenaille parvint à sauver de la ruine le château de Montal près de Saint-Céré. Ce monument, reconstruit par Jeanne de Balzac entre 1523 et 1534, est le plus bel exemple de style Renaissance dans le Lot.

Resté inachevé à la mort de Jeanne de Balzac, il devint par la suite la propriété des Plas de Tanes. Veuf au moment de la Révolution, ce député de la noblesse aux États Généraux abandonna son domaine qui fut nationalisé comme bien d'émigré ; des aubergistes y installèrent leur affaire.

Quelques pierres avaient bien été emportées, mais la ruine ne s'abattit véritablement qu'après 1879 lorsque le château fut acheté par un marchand de biens. 120 000 kg de pierres furent descellées, transportées sur des charrettes à bœufs jusqu'à la gare de Saint-Denis-lès-Martel et proposées à la vente lors de deux séances aux enchères à Paris ; c'est à ce moment-là qu'intervint Fenaille, ému par le triste sort de Montal. Il tenta d'arrêter la seconde vente de 1903 et acheta finalement plusieurs pièces.

L'action de Maurice Fenaille[modifier | modifier le code]

Le château de Montal en 2017.

Par des achats auprès des collectionneurs du monde entier qui avaient acquis des morceaux du château, par des échanges avec des œuvres d'art de ses collections personnelles, Fenaille releva le château qu'il réussit à acheter en 1908.

Fait exceptionnel : des musées nationaux restituèrent les collections issues de Montal, dont la frise sculptée de 32 mètres de long par le musée des arts décoratifs, en échange de la cession de la demeure à l'État. D'autres pièces maîtresses demeurées dans des musées étrangers (notamment aux États-Unis), furent remplacées par des copies. À l'aide de moulages, Fenaille commanda ces fac-similés à son ami Auguste Rodin, qui lui envoya son praticien Émile Matruchot. La carrière de Carennac fut spécialement rouverte, et le praticien put exécuter à l'identique la porte du logis et une lucarne.

Fenaille prit également soin de meubler le château avec ses collections de tapisseries, de meubles des XVIe et XVIIe siècles, de vitraux allemands de la même époque[7].

Le , en présence de Raymond Poincaré, président de la République, et d'Anatole de Monzie, secrétaire d'État aux Beaux-Arts, il en fit don à l'État français avec réserve d'usufruit pour lui et ses trois filles. La dernière bénéficiaire abandonna dernièrement son droit, et Montal est aujourd'hui une pièce d'exception parmi les châteaux du Centre des monuments nationaux.

Grand donateur d'œuvres d'art pour les musées nationaux[modifier | modifier le code]

Maurice Fenaille prêta aussi, sans intérêts, à la Société des amis du Louvre la somme de 150 000 francs pour l'acquisition du tableau d'Ingres : Le Bain turc.

Il fit aussi progresser l'étude de la tapisserie et celle de la gravure, devenant spécialiste et auteur de catalogues. Son État général des tapisseries de la manufacture des Gobelins, aussi surnommé le Fenaille, a marqué l'histoire de cette institution.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice d'autorité personne : (notice BnF no FRBNF12532221)
  2. En juin 2006, lors de la vente aux enchères publiques à l'hôtel Drouot d'une partie de sa collection, l'exemplaire numéroté 1/12 en bronze d'une Baigneuse aux sandales tripla son estimation pour atteindre 77 000 euros.
  3. a et b Paris, archives du musée Rodin[réf. non conforme].
  4. Lors de la vente précitée, un exemplaire en plâtre du buste par Rodin fut préempté par le musée Rodin pour 42 000 euros.
  5. Le projet passa en vente aux enchères publiques à Paris à l'hôtel Drouot-Richelieu le .
  6. Claude Fregnac, L'Aquitaine des Châteaux, Hachette, coll. « Réalités », (réimpr. 1984), 143 p., p. 78-79.
  7. Claude Fregnac, L'Aquitaine des Châteaux, Hachette, coll. « Réalités », (réimpr. 1984), 143 p., p. 104-109.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Fenaille, Les secrets d'un mécène, [catalogue de l'exposition], Rodez, musée Denys Puech, 2000 (ISBN 2-9507907-1-2).

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]