Émilien de Nieuwerkerke

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Émilien de Nieuwerkerke
Émilien de Nieuwerkerke BNF Gallica.jpg

Eugène Disdéri, Émilien de Nieuwerkerke (vers 1865),
Paris, Bibliothèque nationale de France.

Naissance
Décès
(à 80 ans)
Gattaiola (it)
Nom de naissance
Alfred Émilien O'Hara van Nieuwerkerke
Autres noms
comte Alfred Émilien O'Hara van Nieuwerkerke
Nationalité
Activités
Autres activités
Formation
Maître

Le comte Alfred Émilien O'Hara van Nieuwerkerke, né à Paris le et mort à Gattaiola près de Lucques le , est un sculpteur et un haut fonctionnaire français du Second Empire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales et premiers choix de carrière[modifier | modifier le code]

D’origine hollandaise — son grand-père était fils adultérin d'un petit stathouder — Émilien de Nieuwerkerke était fils de Charles (Lyon, 1785 - Paris, 1864), officier hollandais légitimiste qui rentre à Paris avec Louis XVIII en 1815, et de Louise-Albertine de Vassan (morte en 1854), d'une famille noble du Soissonnais. Après avoir été page de Charles X en 1825, il entre quatre ans plus tard à l’école royale de cavalerie de Saumur, mais légitimiste il abandonne cette carrière à la chute du dernier Bourbon français ayant régné (juillet 1830).

Le , il épouse au château de Juvisy, Thécla de Monttessuy (1810-1884), sœur de Gustave de Monttessuy. Le couple se sépare rapidement pour incompatibilité d’humeur.

Vigoureux, majestueux, avec un grand air, on l'appelait le « beau Batave ». Il ajoutait à sa prestance physique une grande aménité, une expression choisie et l'art de tourner un compliment. Les Goncourt affirmaient dans leur Journal (10 novembre 1863) : « il ressemble à la fois à Charlemagne et à un beau chasseur derrière les voitures ».

La découverte de la sculpture[modifier | modifier le code]

En 1834, lors d'un séjour italien de six mois, il découvre et se passionne pour la sculpture antique et est fasciné par le travail de Félicie de Fauveau, célèbre sculpteur rencontré à Florence ; il décide de se lancer dans cet art à son retour. Il prend alors quelques leçons chez James Pradier et chez le baron Carlo Marochetti — un de ses premiers médaillons, Profil de femme (1838, plâtre), a été offert en 2009 au musée de la vie romantique à paris — et s'essaie à réaliser une statuette de son cousin Horace de Viel-Castel, qui devait être le conservateur du musée des Souverains au Louvre en février 1853, et chroniqueur de la cour impériale.

Cette occupation, qui lui convenait par la liberté qui s'y attache, le dispensa d'en trouver une autre. Il exécuta des commandes officielles et exposa au Salon à partir de 1842 avec un buste en marbre du comte Charles de Ganay.

Une de ses œuvres les plus connues est Le Combat du duc de Clarence dont un exemplaire en bronze figure depuis 1901 dans la collection royale anglaise à Osborn House. Le fondeur Susse l'édita de 1839 à 1875[1].

Depuis la destruction de novembre 1870 à février 1871 de son Napoléon Ier à cheval, statue équestre de 4,65 mètres de haut, inaugurée en sa présence par le prince-président le sur la plus grande place de la presqu'île de Perrache — actuelle place Carnot — à Lyon, le seul exemplaire est celui inauguré par lui-même, représentant de l'empereur le au centre de la place Napoléon de La Roche-sur-Yon (ex-Napoléon-Vendée), ville chef-lieu et préfecture de ce département fondée par lui.

En 1860, Le fondeur Susse l'édita en cinq tailles différentes (un exemplaire de la 2e grandeur est conservé au château de Compiègne).

En 1845, à l'occasion d'un voyage en Italie avec Henri d'Artois, comte de Chambord, il visita à Florence la collection du richissime Anatole Demidoff, sujet russe fait prince de San Donato par le grand-duc de Toscane, amant de Valentine de Sainte-Aldegonde (1820-1891), épouse en 1839 du 3e duc de Dino, apparenté à Talleyrand.

Demidoff fut le mari de 1840 à 1847 de Mathilde-Létizia Bonaparte (1820-1904), dite la princesse Mathilde, fille unique de Jérôme Bonaparte et donc cousine germaine de Napoléon III. Le comte de Nieuwerkerke devint son amant et en 1846, celle-ci quitta son mari pour s'installer dans un hôtel au no 10 rue de Courcelles à Paris, qu'il lui avait trouvé ; leur liaison dura jusqu'en août 1869.

Une grande carrière de fonctionnaire au service du Second Empire[modifier | modifier le code]

À la suite de l'élimination des fonctionnaires républicains, sa nomination comme directeur général des Musées est effective le et il s'installe au Louvre le lendemain. Colonel d'état-major de la Garde nationale, il soutient le coup d'État du 2 décembre 1851.

Membre libre de l'Académie des beaux-arts le , le , intendant des beaux-arts de la Maison de l'empereur, puis, en 1870, surintendant des musées impériaux.

Jusqu'à la chute de l'Empire, il joua à ce titre un rôle très important dans la politique culturelle, tenant lieu en quelque sorte de premier ministre des Affaires culturelles (ce n'est que fin 1881 que Léon Gambetta fit du Secrétariat d'État aux beaux-arts un ministère à part entière).

C'est à sa demande en 1855 que le peintre anglais résidant à Paris William Wyld exposera à la section française de l'Exposition universelle, la seconde après celle de Londres de 1851.

Il était responsable :

Il fut l'objet de nombreuses attaques venant des artistes et des critiques, car ses goûts le portaient plus vers l'art ancien que contemporain, et vers l'académisme. Il ne faisait pas d'acquisitions auprès d'artistes déjà reconnus qu'il n'appréciait pas, comme Camille Corot ou Gustave Courbet.

Au printemps 1867, il autorisa le peintre Claude Monet à occuper plusieurs fenêtres de la colonnade est du palais du Louvre afin de peindre, entre autres vues parisiennes, Le Quai du Louvre (musée municipal de La Haye)[2].

Il fut également sénateur et conseiller général de l'Aisne.

La chute de l'Empire et l'exil[modifier | modifier le code]

À Paris, il habita un hôtel particulier du quartier de Monceau au no 13 rue Murillo (VIIIe arrondissement), une demeure-atelier d’artiste et galerie d’art « qui ne tire pas l’œil » qu’il fit bâtir par l’architecte Hector-Martin Lefuel sur une parcelle acquise des frères Péreire en mai 1869, qui fut terminée un an plus tard, trois mois avant l’effondrement du régime impérial qui l’obligea à présenter sa démission à Léon Gambetta. Prévenu de sa prochaine arrestation, il prit seul et malade le train pour Boulogne-sur-Mer, mais trouvé évanoui dans le compartiment, il fut transporté à Saint-Valery-en-Caux où il demanda le secours de la princesse Marie Cantacuzène (1821-1891), qu’il avait connue en 1862 chez la princesse Mathilde.

Celle-ci l’accompagna avec sa fille Olga (1843-1929) à Londres, où en octobre il tenta de vendre au musée de South Kensington « certains de ses plus petits objets d'art », provenant de son extraordinaire collection de plus de 800 objets anciens, dont il n'existe pas de liste ou d'inventaire : pièces de métal et d'orfèvrerie, sculptures, céramiques, émaux peints, verrerie, mobilier, armes et armures du Moyen Âge et de la Renaissance comprenant 100 épées, 60 dagues, 50 casques, 15 armures ou demies-armures, dont le seul exemplaire connu de harnachement gothique complet d'homme et de cheval (qui orna l'antichambre du cabinet de la surintendance des Beaux-arts).

Après avoir vendu en avril 1871 son hôtel au collectionneur américain William Henry Riggs pour 188 500 francs, fin juillet à Paris il rassembla cette collection et la fit transporter à Londres, où il la cèda en août pour 600 000 francs à Richard Wallace, grand collectionneur, ami du couple impérial, installé à Hertford House, une demeure qu'il fit aménager en musée. En juillet 1879, Nieuwerkerke le visita alors qu'il vint assister aux obsèques du prince impérial tué un mois plus tôt au Zoulouland.

Ces capitaux lui permirent de chercher un lieu d'exil en Italie où il acquit en mai 1872 à Gattaiola, près de Lucques la villa Burlamacchi, datant du XVIe siècle, où il vivra ses vingt dernières années avec ses amies les princesses Cantacuzène. Il y recommença une plus modeste collection d'œuvres de la Renaissance italienne, mais revendit rapidement les objets acquis.

Il y mourut en 1892 et fut inhumé au cimetière de Lucques : à la demande d'Olga Cantacuzène, sa chapelle funéraire est ornée d'un buste par le sculpteur Jean-Auguste Barre. Philippe de Chennevières (1820-1899), son plus proche collaborateur, directeur des Beaux-arts, démissionnaire en 1878, lui consacra un article nécrologique.

L'actuelle propriétaire de la villa Rossi conserve plusieurs souvenirs français du comte : des photos anonymes de ses bustes officiels en marbre du couple impérial pour réaliser des médaillons en biscuit de porcelaine de Sèvres (1853), ceux d'Olga Cantacuzène (1863) et de son époux le prince Lorenzo Altieri (1876 ?), ceux d'un couple de paysans de Lucques (1881) et des portraits officiels, dont celui en pied de l'impératrice (copie de celui de Winterhalter ?)[3].

Décorations[modifier | modifier le code]

Par sa haute position, le comte de Nieuwerkeke fut nommé sous le Second Empire dans de nombreux ordres, notamment :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le 23 mars 2003, un exemplaire fut vendu aux enchères publiques à Chartres[réf. nécessaire].
  2. G. Caillet, « Monet l'aventure intérieure », hors-série du Figaro, août 2010, p. 61).
  3. Paolo Rinaldi, Intérieurs de Toscane, Taschen, 1998, p. 241-249, et catalogue cité dans la bibliographie p. 135.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Suzanne Gaynor, « Comte de Nieuwerkerke: A prominent official of the Second Empire and his collection », Apollo, vol. CXXII, no. 283, novembre 1985, p. 372–79.
  • Fernande Goldschmidt, Nieuwerkerke, le bel Émilien. Prestigieux directeur du Louvre sous Napoléon III, Paris, Art International Publishers, 1997.
  • Jacques Perot (dir.), Françoise Maison, Philippe Luez et alii, Le comte de Nieuwerkerke. Art et pouvoir sous Napoléon III, Réunion des musées nationaux, Château de Compiègne, 2000.
  • « Émilien de Nieuwerkerke », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, [détail de l’édition] .

Liens externes[modifier | modifier le code]