Édouard de Curières de Castelnau

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Officier général francais 5 etoiles.svg Édouard de Curières de Castelnau
Édouard de Curières de Castelnau en mars 1915.
Édouard de Curières de Castelnau en mars 1915.

Naissance
Saint-Affrique, Aveyron (France)
Décès (à 92 ans)
Montastruc-la-Conseillère, Haute-Garonne (France)
Allégeance Drapeau de la France France
Arme Infanterie
Grade Général d'armée
Années de service 1870-1919 mais maintenu en activité sans limite d'âge.
Commandement 13e division d'infanterie
IIe Armée
Groupe d'armées Centre GAC
Groupe d'armées Est GAE
Conflits Première Guerre mondiale
Faits d'armes Trouée de Charmes
Grand Couronné de Nancy
Roye
Quesnoy-en-Santerre
Deuxième offensive de Champagne
Verdun
Distinctions Médaille militaire

Grand-croix de la Légion d'honneur
Croix de Guerre 1914-1918
Médaille interalliée 1914-1918
Médaille commémorative de la Grande Guerre

Hommages Défilé du 22 novembre 1918 à Colmar

Triomphe de la promotion Castelnau à Saint-Cyr 20 juillet 2012

Autres fonctions Député de l'Aveyron
Gouverneur de l'ordre de Saint-Georges de Bourgogne (1932-1944)
Famille Famille de Curières de Castelnau
Édouard de Curières de Castelnau
Fonctions
Député 1919-1924
Gouvernement IIIe république
Groupe politique ERD
Biographie
Date de naissance
Date de décès
Résidence Aveyron

Noël Édouard Marie Joseph de Curières de Castelnau, dit « vicomte de Curières de Castenau » (titre emprunté[1]), né le à Saint-Affrique (Aveyron) – mort le à Montastruc-la-Conseillère (Haute-Garonne), est un général français, général d'armée, général commandant de groupe d'armées et chef d'état-major général des Armées durant la Première Guerre mondiale. Élu député en 1919, président de la Commission de l'armée pendant la législature, il prend ensuite la tête d'un mouvement politique confessionnel, la Fédération Nationale Catholique. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, opposé au maréchal Pétain et au régime de Vichy, il soutient la Résistance. Il meurt le à Montastruc-la-Conseillère, Haute-Garonne). Longtemps controversé en raison d'un catholicisme jugé «outrancier» par ses adversaires, les historiens actuels [2]modèrent très sensiblement ce portrait en soulignant sa très grand loyauté aux institutions républicaines, contestant notamment qu'il ait pu être réactionnaire.


Biographie[modifier | modifier le code]

Avant la Grande Guerre[modifier | modifier le code]

Il est né à Saint-Affrique, dans l'Aveyron, dans une famille de la noblesse du Rouergue[3]. Il est le troisième de cinq enfants. Son frère ainé, Léonce, sera un homme politique d'envergure nationale, président du groupe parlementaire de l'Action Libérale à l'Assemblée. Ruinée par la Révolution, sa famille doit partager une maison à Saint-Affrique avec les trois oncles de sa mère, les abbés Barthe. Ceux-ci le verraient bien notaire, mais lui veut être officier de marine. Pour des raisons d'âge, il doit se réorienter vers l'armée de terre et fait partie de la 54e promotion de Saint-Cyr, la promotion du Rhin (1869 – 1871), modifiée après la guerre en promotion du 14 août 1870, dont il sort sous-lieutenant le 14 août 1870. Il est nommé au 31e régiment d'infanterie et participe à la guerre franco-prussienne de 18701871 dans l’armée de la Loire[4].

Après la guerre, il sert comme lieutenant puis capitaine dans divers régiments avant d’intégrer l’École de Guerre en 1879. Affecté à l’état-major de l’armée à paris en 1893, il en dirige le 1e bureau en 1897. Il connaît un premier retard de carrière en étant mis en cause par le polémiste Urbain Gohier qui, dans un article dans L'Aurore[5], dévoile qu’il est le descendant d’un émigré qui a combattu contre la France dans l’armée du Prince de Condé pendant la Révolution. En 1900, il est la cible du nouveau ministre de la Guerre, le général André qui veut le licencier de l’armée en raison de ses origines aristocratiques et de son catholicisme. Selon lui, Castelnau n'a pas le profil "républicain" qu'il souhaite imposer dans l'armée. Le chef d'état-major, le général Delanne s'oppose à cette décision. Il nomme Castelnau au commandement du prestigieux 37e régiment d'infanterie de Nancy puis démissionne ce qui entraine une interpellation du gouvernement à la Chambre et au Sénat[6]. Le ministre se vengera en maintenant Castelnau cinq ans dans ce poste, soit le double de la durée habituelle dans ce type de commandement. Il veillera également à ce qu'il ne soit pas promu général en dépit de ses états de service. Mais, l'affaire des fiches va relancer sa carrière. Le général André est contraint à la démission et, quelques mois plus tard, le , à la demande de Paul Doumer, Castelnau est promu général de brigade. Il commande successivement une brigade à Sedan, puis à Soissons. Le , il devient général de division ce qui va le mettre pour la première fois sous les ordres du général Joffre. Celui commande en effet le corps d'armée dont dépend la 13e division de Chaumont dont hérite Castelnau. Les deux hommes apprennent à se connaitre. Aussi, quand Joffre est nommé à la tête de l'armée de terre française le , insiste-t-il pour avoir Castelnau à ses côtés. Celui-ci prend le titre de premier sous-chef d'état-major. Il va avoir principalement la charge de concevoir un nouveau plan de mobilisation et de concentration des armées françaises en cas de guerre : le plan XVII. En 1912, il est confirmé dans ses fonctions en devenant chef d'état-major en titre en remplacement du général Dubail[7]. Par décret du , il est ensuite nommé au Conseil supérieur de la Guerre ce qui le désigne pour prendre le commandement de la 2e armée française en cas de conflit. Au cours de l'année 1913, Castelnau se trouve largement exposé au violent débat qui accompagne la loi des trois ans. En effet, lors de l'élaboration du plan XVII, il devient vite évident qu'il faut accroitre les effectifs militaires dès le temps de paix. Seul un allongement d'une année supplémentaire du service militaire permet d'y parvenir. Or, près des deux tiers des députés radicaux et socialistes sont farouchement contre la perspective d'un service de trois ans. Conduite par Jean-Jaurès, l'opposition à ce projet de loi prend rapidement une tournure passionnelle. Castelnau, considéré comme l'inspirateur du texte devient la bête noire des opposants d'autant que le texte est finalement voté le . Le ressentiment à l'égard de Castelnau de la part de la mouvance radicale-socialiste perdurera jusqu'à la fin de sa vie. Georges Clemenceau, pourtant favorable à la loi des trois ans, immortalisera cet antagonisme en affublant Castelnau de surnoms tels que « le capucin botté »[8] ou « le général de la Jésuitière »[9] qui passeront à la postérité.

La Grande Guerre[modifier | modifier le code]

À la déclaration de guerre, il rejoint son armée en cours de mobilisation à Nancy. Le 15 août, les cinq armées françaises passent à l'offensive contre les Allemands qui sont en train d'effectuer un large mouvement de débordement par la Belgique. Castelnau affronte l'armée du Prince Rupprecht de Bavière qui l'attend sur des positions préparées à l'avance à Morhange. Alors que le Grand quartier général (GQG) prétend que les Allemands sont en retraite[10] et qu'il n'y aurait devant lui que des arrière-gardes[11], Castelnau bute soudain sur des forces considérables fortement appuyées par de l'artillerie lourde.

La 2e armée française subit de lourdes pertes et doit se replier sur Nancy. Heureusement, Castelnau réussit à reformer son armée qu'il peut alors lancer une manœuvre de flanc qui va infliger une lourde défaite aux Allemands qui le poursuivent. C'est la bataille de la Trouée de Charmes (24-27 août).Il empêche ainsi les armées françaises qui se replient vers Paris d'être tournées par la droite et rend possible la bataille de la Marne. Au moment où les autres armées remportent la victoire de la Marne, Castelnau bloque une nouvelle offensive allemande visant Nancy : c'est la victoire française du Grand-Couronné (4-13 septembre). Cela lui vaut le surnom de « Sauveur de Nancy ».

Édouard de Castelnau est promu, le 18 septembre, grand officier de la Légion d'honneur. Joffre le retire ensuite du front de Lorraine, et lui confie la mission de prolonger le flanc gauche des armées françaises au nord de l'Oise, en s’efforçant de déborder l'aile droite allemande. C'est le début de la course à la mer, que Castelnau engage et mène jusqu'à Arras. Cette manœuvre sera ensuite poursuivie jusqu'à atteindre le rivage de la mer du Nord par le corps expéditionnaire britannique, l'armée belge et plusieurs corps d'armée français sous le commandement du général Foch. En Picardie, Castelnau se distingue en résistant à une offensive allemande commandée par le général Von Kluck dans la région de Roye. Cela lui vaudra après la guerre cette appréciation de son ancien adversaire : « L'adversaire français vers lequel sont allées instinctivement nos sympathies, à cause de son grand talent militaire et de sa chevalerie, c'est le général de Castelnau. Et j'aimerais qu'il le sût[12]

Joffre et Castelnau en réunion

À partir du mois de novembre 1914, en Belgique et en France, les combats prennent la forme d'une guerre des tranchées. Mettant en œuvre des principes tactiques nouveaux, notamment en lançant son infanterie sous la protection d'un barrage d'artillerie roulant, Castelnau remporte une victoire au Quesnoy-en Santerre[13]. Dès le début de l'année 1915, il préconise d'adopter une attitude défensive sur le front français en attendant d'avoir suffisamment d'artillerie lourde pour percer les défenses allemandes et, dans l'intervalle, de lancer une grande offensive dans les Balkans. Son idée reçoit le soutien du président Poincaré et d'Aristide Briand, alors ministre des Affaires étrangères, mais Joffre et le GQG s'y opposent[14].

En juin 1915, il est placé à la tête du groupe d’armées du Centre et dirige l'offensive de Champagne du  : en quelques jours il fait 25 000 prisonniers, prend 125 canons. Mais, perturbée par une pluie continuelle, cette offensive ne débouche pas sur une victoire stratégique. À la suite de ce fait d'armes, il est élevé à la dignité de Grand-Croix de la Légion d'honneur () et, deux mois plus tard, le , il est nommé chef d’état-major général des armées françaises, poste qu’il occupera tout au long de l’année 1916. Dans cette fonction, il seconde Joffre, le généralissime. Il apportera une contribution décisive à la bataille de Verdun. Contrairement à une majorité des officiers du GQG qui ne croient pas à une offensive allemande à cet endroit[15], lui la redoute. Il intervient alors pour faire renforcer les défenses de la ville et fait mettre en alerte le 20e corps d'armée à Bar-le-Duc pour pouvoir l'engager en renfort en cas d’attaque allemande. Celle-ci se déclenche le . Alors qu'après trois jours de combat, les défenses françaises sont en train de céder, Castelnau se rend à Verdun et prend les décisions capitales[16] qui vont permettre la résistance. Il nomme le général Pétain et réorganise le commandement local[17]. Tout au long des neuf mois que dure la bataille, il interviendra pendant les épisodes les plus critiques[18]. Après six semaines de combats, il décide de nommer le général Nivelle[19], le général Pétain prenant le commandement du groupe des armées du Centre (GAC). C'est lui enfin qui ordonne au mois de novembre 1916, contre l’avis des officiers de l'entourage de Joffre, la dernière offensive transformant cette longue bataille en une victoire française[20].

En décembre 1916, Joffre est limogé. Le poste de chef d’état-major des armées est supprimé et Castelnau est nommé au commandement du groupe d’armées de l’Est. Cependant, ce secteur du front où opèrent ses unités est le moins actif. Le 25 juin 1917, il reçoit la Médaille militaire. Au printemps 1918, profitant du retrait russe du conflit après la révolution bolchevique, les Allemands ramènent l’ensemble de leurs forces en France et en Belgique et lancent une série de grandes offensives qui sont en passe de les rendre victorieux. Les armées que commande Castelnau ne jouent pas un rôle de premier plan pendant cette période. Par contre, alors que les troupes franco-britanniques, renforcées par le contingent américain, reprennent l’initiative au cours de l’été, il est désigné pour préparer une manœuvre décisive en Lorraine[21]. Dans ce secteur, la faiblesse du dispositif allemand laisse présager un succès de grande ampleur susceptible d’accélérer la fin de la guerre. À deux jours près, Castelnau ne connaitra pas une nouvelle victoire. L’Armistice du 11 novembre suspend son attaque alors qu’elle l’aurait sans doute conduit profondément en Allemagne. En dépit des pertes supplémentaires que cela aurait occasionnées — « je sais trop l’amertume des larmes versées sur les tombes, écrit-il à sa famille en pensant à ses trois fils Gérald, Xavier et Hughes qui ont été tués au cours de cette guerre » —, Castelnau pense que les alliés n’auraient pas dû signer l'Armistice de manière prématurée[22].

L’après-guerre[modifier | modifier le code]

Il fait une entrée solennelle à Colmar le 22 novembre 1918 lors des célébrations de la libération de la ville. À cette occasion, la presse du monde entier annonce son élévation au maréchalat[23], mais le gouvernement s’y refuse. Pourtant l’opinion publique la réclame comme en témoigne l’ovation qu’il reçoit le 14 juillet 1919 quand il défile sur les Champs Élysées. À son passage, la foule se met à scander « maréchal, maréchal » réclamant qu’il soit élevé au maréchalat comme l’avaient été Joffre, Foch et Pétain[24]. Comme les autres grands chefs militaires de la Grande Guerre, il est l’objet de nombreux honneurs. Il est nommé Mainteneur des Jeux floraux de Toulouse et il se fait élire à l’Institut. À Lyon, le maire de la ville Édouard Herriot, pourtant très anticlérical, l’accueille par un discours d’une rare emphase : « Votre victoire, votre victoire unique du Grand Couronné deviendra classique comme celle de jadis aux Thermopyles, et il ajoute, je vous compare à ce grand chef, Turenne, dont la figure luit dans notre Histoire comme l’une des plus nobles, des plus simples, des plus pures de notre race et de notre temps[25]

Il entre au parlement comme député de l’Aveyron de 1919 à 1924 avec la vague bleu horizon au sein du parti républicain majoritaire, La Fédération républicaine. Il est élu président de la Commission de l’Armée. Dans cette fonction, il marque la législature en faisant adopter une durée du service militaire de dix-huit mois le 23 avril 1923. C’est sans doute sa participation active à la vie politique qui incite le gouvernement d’Aristide Briand et le ministre de la Guerre, Louis Barthou, à l’écarter de la nouvelle liste des maréchaux qui est annoncée le 19 février 1921. En effet, aux yeux de beaucoup de parlementaires, dont Léon Blum, Castelnau s’affirme chaque jour un peu plus comme un leader national[26]. Cette éviction déclenche une interpellation du gouvernement à l’Assemblée[27]. En dépit d’un fort mouvement de l’opinion publique comme en témoigne le sondage réalisé par le quotidien Le Journal en faveur de sa nomination, Castelnau ne sera jamais fait maréchal[28]. Clemenceau lui-même s’en étonnera : « [...] je n’aurais été ni surpris ni chagriné de voir le nom de M. le général de Castelnau parmi les six maréchaux de France. [...] Il est regrettable qu’on l’ait oublié et c’est à nous et non pas à lui que cet oubli fait le plus grand tort [29]»

Aux élections de 1924 qui consacrent la victoire du Cartel des gauches, il est battu par le mathématicien Émile Borel. Il veut alors s’éloigner de la vie publique. Mais, devant la résurgence d’une politique anticléricale mise en œuvre par le nouveau président du Conseil, Édouard Herriot, il lance alors l’idée d’une vaste fédération nationale des divers mouvements catholiques. La Fédération nationale catholique, (FNC) est née. Elle comptera jusqu’à deux millions d’adhérents. À sa tête, il fera plier le pouvoir en place qui sera contraint d’abandonner l’ensemble de son programme anticlérical - dénonciation du Concordat alsacien, fermeture de l'Ambassade au Vatican, expulsion des congrégations religieuses, suppression de l'école libre, etc.- devant les grandes manifestations que Castelnau organise dans toute la France. Cela lui vaudra la détestation d’une partie de la mouvance radical-socialiste et d’être caricaturé sous les traits d’un personnage réactionnaire et royaliste. On lui reprochera par exemple son éphémère présidence de la Ligue des patriotes entre 1924 et 1926 alors que ce mouvement avait depuis longtemps perdu tout caractère antiparlementaire et que, sous la présidence de Castelnau, il s'en tiendra à une attitude strictement apolitique[30]. Il faudra attendre l’aube du vingt et unième siècle pour que des historiens contemporains tels René Rémon corrigent cette image et le décrivent comme un républicain modéré et aux idées sociales en avance sur son temps. Il soutient notamment une grande partie du programme social du Front Populaire[31].

En 1919, il avait été élu Mainteneur des Jeux floraux de Toulouse. Très attaché à cette région où il possède une propriété familiale, il sera de plus en plus assidu aux séances, notamment dans les dernières années de sa vie. Il sera également membre de l'Institut et membre fondateur de l'association d'entraide de la noblesse française. Grâce à sa collaboration avec Madame de Sainte-Marie, bourgeoise issue de la société parisienne, il fonde le 22 septembre 1928 la Société de Secours Mutuels « La Familiale ». Ils étaient tous les deux désireux de venir en aide aux personnes malades et hospitalisées. Les statuts sont déposés auprès des services de la Préfecture de Paris. Cette société « d'entraide » (la désignation mutuelle n'existant pas à cette période) donna plus tard naissance à la Mutuelle Familiale d'Île-de-France (MFIF).

En juin 1940, dès l’annonce de l’armistice, il prend ses distances avec tous ceux qui rallient le maréchal Pétain et le régime de Vichy. Il démissionne de son poste de président de la FNC et se montre très critique vis à vis de la hiérarchie catholique trop proche de Pétain selon son opinion. On possède l’ensemble de sa correspondance privée de l’époque qui permet de suivre et dater avec précision sa pensée[32]. Il encourage ses deux petits fils en âge de combattre, Urbain de la Croix et Gérald de Castelnau à rejoindre la France Libre. Le premier sera tué le lors du franchissement du Rhin, le second sera grièvement blessé le pendant la Campagne de France. Bien que très âgé, il soutient activement la Résistance et n'hésite pas à cacher des armes pour le réseau de l'Armée secrète (AS) du colonel Pélissier[33].

Il meurt au château de Lasserre à Montastruc-la-Conseillère le . Il est inhumé le 21 mars dans le caveau de famille à Montastruc. Lors de la cérémonie d'enterrement, l'évêque de Toulouse, Monseigneur Saliège, bien que très handicapé, se fait porter dans l'église pour pouvoir honorer la mémoire de Castelnau dont il est très proche. Ce sont ses derniers mots qui clôtureront la cérémonie : « Le général de Castelnau était pour nous un appui, une fierté, un drapeau[34]

Jugements portés sur Castelnau[modifier | modifier le code]

Comme tous les grands chefs militaires de la Grande Guerre, Castelnau a eu ses partisans et ses détracteurs. Le jugement des historiens actuels qui le décrivent comme l'un des plus brillants et des plus accomplis (sinon le plus) officiers généraux de sa génération rejoint celui de beaucoup de ces pairs. Le général Pellé major général au GQG écrivait en juillet 1915 : « Le général de Castelnau a beaucoup vu dans sa carrière et beaucoup travaillé ; il connait la guerre. Il voit vite et juste. Ses préparations de bataille sont admirables : elles sont poussées dans le détail et laissent le moins possible au hasard[35]»

Dans ses mémoires, le major Harbord, du corps expéditionnaire américain, raconte : «C’était le Général de Castelnau, que beaucoup considéraient comme le meilleur général français, mais royaliste et catholique, donc suspect. Les Américains aimaient beaucoup Castelnau, en partie grâce à son aversion pour les longs discours. Ce bon vieux Castelnau limita ses remarques à lever son verre et à souhaiter que nous puissions bientôt abreuver ensemble nos chevaux dans le Rhin[36]

Par deux fois, les ministres de la Guerre voudront le porter au commandement suprême pour remplacer Joffre. Ce sera tout d'abord Gallieni, mais il meurt brutalement le 27 mai 1916 avant d'avoir pu imposer ce choix. Quelques mois plus tard, lors de sa prise de fonction au ministère de la Guerre en janvier 1917, le futur maréchal Lyautey s'étonne : « En quelques heures, il [Castelnau] m’a appris tout ce que je sais sur la guerre actuelle et la manière de la conduire. Il est bien plus fort que nous tous. Pourquoi ne l’a-t-on pas choisi pour conduire la guerre [37]?

Les maréchaux Joffre et Foch seront beaucoup plus critiques. Dans leurs mémoires, ils n'hésiteront pas à insinuer que Castelnau avait dans certaines circonstances manqué de détermination. Joffre affirme avoir empêché Castelnau d'abandonner Nancy au cours de la bataille du Grand Couronné en lui téléphonant d'annuler un ordre de repli. À son tour, à propos de la bataille d'Arras pendant la course à la mer en octobre 1914, Foch assure que Castelnau s'apprêtait à effectuer une retraite qui aurait abouti à la capture de toute la 10e armée française[38]. Ce que Joffre confirme dans ses mémoires en écrivant : « Le général de Castelnau montra, une fois de plus que sa ténacité et sa volonté n’étaient pas à la hauteur de l’intelligence que je me plaisais à lui reconnaître[39] »

Cependant, aucun document historique ne permet de valider les commentaires de ces deux hommes qui n'entretenaient pas des relations très cordiales avec Castelnau. D'autres officiers seront également critiques : ceux qui formaient l'entourage de Joffre et de Foch. Dans le journal de l'un d'entre eux, le futur général Buat[23] récemment publié, on trouve de nombreux commentaires négatifs à propos de Castelnau qui est tour à tour qualifié de «catastrophar» ou de «vieillard apeuré». Ces jugements illustrent l'opposition doctrinale qui existait entre ces partisans de l'offensive à outrance sur le front occidental indépendamment de son coût humain et Castelnau. Celui-ci était partisan de rester sur la défensive en Belgique et en France afin de limiter les pertes et de porter la guerre dans les Balkans pour profiter de la faiblesse de l'Autriche[24]. Castelnau s'est toujours refusé à polémiquer avec les deux maréchaux ou avec leurs entourages. Il mentionnait simplement que seule l'ouverture des archives - non disponibles à cette époque - permettrait d'établir la vérité[40]. Dans une étude serrée relative à ces épisodes, Benoît Chenu a semble-t-il trouvé de nombreux documents établissant que les écrits de Joffre et de Foch à son propos sont sujets à caution[41]. Quant aux commentaires émanant des officiers de leurs entourages, ils relevaient avant tout la mésentente logique pouvant exister entre des hommes au profil très différents[27].

Un chef proche de ses hommes[modifier | modifier le code]

Comme le reconnaissait le général Gamelin, alors commandant et chef de cabinet du général Joffre, il était très populaire dans l'ensemble de l'armée[42]. Cette popularité l'avait suivie au GQG en dépit de l'hostilité de eux qu'on avait surnommé "jeunes turcs" et qui formaient l'entourage de Joffre. Selon Jean de Pierrefeu : « Tout de suite, il faut adoré par ce que le GQG comptait d’éléments désintéressés[43].» Contrairement à beaucoup de généraux de cette guerre, Castelnau est souvent au contact des soldats. Il se rend fréquemment dans les tranchées en disant : « Je vais jusqu'aux obus ». Il visite également les postes de secours et les hôpitaux. Lors d'un de ses passages, découvrant par hasard une pièce sombre dans laquelle sont entassés des grands blessés en train de mourir, il explose : « Je n’admets pas que mes soldats meurent comme des chiens ; donnez-leur donc la douceur de mourir dans des lits et de se sentir soignés et entourés dans leurs derniers moments[44]. »

Il s'estime responsable des pertes et pense que son premier devoir est de les limiter. Aussi, tout au long de la guerre, va-t-il pourchasser farouchement toute démonstration de crânerie et d’héroïsme inutile. Il interdit formellement ce qu’il appelle les « tirailleries » et prohibe les coups de main que les officiers ordonnent parfois pour des motifs infondés. Dans son livre, Fusillés pour l'exemple, André Bach cite Castelnau comme l'un des généraux les moins répressifs de cette guerre[45].

Citations[modifier | modifier le code]

Beaucoup des citations prêtées à Castelnau sont apocryphes. Par contre, il en existe certaines qui sont attestées par des documents irréfutables.

« En avant, partout, à fond ! » le 25 août 1914 à la bataille de la trouée de Charmes[46]

Le colonel Charles Repington, correspondant de guerre, rapportait dans le The Times après sa visite à Verdun les paroles du général de Castelnau : « Plutôt que de se soumettre à l’esclavage allemand, la race française tout entière périra sur le champ de bataille[47] ».

Dans son hommage à l'armée pour le journal L'Écho de Paris du 14 juillet 1919, Castelnau écrit : « L'infanterie française a triomphé de cet infernal déchaînement de fureur et d'horreur qui a dépassé tout ce que l'imagination humaine a jamais pu concevoir[48] ».

Déclaration de candidature de Castelnau pour les élections législatives de 1919 : « Je trouve là le plus efficace moyen de m’acquitter de la dette impérissable que nous autres, les chefs, nous avons contractée vis-à-vis de ceux que nous eûmes l’honneur de commander. Nous avons tant exigé de nos hommes pendant la guerre, ils nous ont tant donné que pour la sauvegarde et l’amélioration de leurs intérêts, il nous faut travailler avec une invariable constance[49] ».

Son opinion à propos de Pétain et de Vichy pendant l'été 1940 : « Plus que jamais, l’armistice m’apparaît comme ignominieux ; je ne puis expliquer cet acte que par la profonde défaillance intellectuelle et morale de Pétain, Weygand et Cie [...] Bazaine a été traduit en conseil de guerre pour un crime dix fois moins douloureux que devra l’être Pétain. Chez celui là, l’orgueil sénile quand “il fait don de sa personne à la France”, le défaitisme, la faiblesse intellectuelle le dispute à la lâcheté » [...] Le gouvernement du maréchal est affreux dans sa mentalité. La voie où il nous mène sera celle de la catastrophe[50] ».

En 1942, à un prêtre venu lui apporter un message du cardinal Gerlier lui demandant de modérer ses critiques vis à vis du maréchal, Castelnau réplique : « Votre cardinal a donc une langue ? Je croyais qu’il l’avait usée à lécher le cul de Pétain[51] ».

Famille[modifier | modifier le code]

Il est l'arrière-grand-père de l'avocat français Régis de Curières de Castenau[52].

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Grades[modifier | modifier le code]

  • 25/03/1906 : général de brigade
  • 21/12/1909 : général de division
  • 12/07/1912 : rang et prérogatives de commandant de corps d'armée
  • 19/12/1916 : général de division maintenu en activité sans limite d'âge
  • rang de commandant d'armée et appellation de général d'armée maintenu en activité sans limite d'âge

Décorations[modifier | modifier le code]

Postes occupés[modifier | modifier le code]

  • 25/03/1906 : commandant de la 24e brigade d'Infanterie
  • 27/09/1906 : commandant de la 7e brigade d'Infanterie et des subdivisions de région de Compiègne et de Soissons
  • 23/12/1909 : commandant de la 13e division d'Infanterie et des subdivisions de région de Lons-le-Saunier, de Langres et de Besançon
  • 02/08/1911 : premier sous-chef d'état-major de l'Armée et membre du Comité technique d'état-major
  • 29/11/1913 : membre du Conseil supérieur de la guerre et commandant de la IIe armée de mobilisation
  • 02/08/1914 : commandant de la IIe armée
  • 22/06/1915 : commandant du groupe d'armée du Centre
  • 11/12/1915 : chef d'état-major général des armées françaises
  • 27/12/1916 : commandant du groupe d'armées de l'Est
  • 21/01/1917 : en mission en Russie pour le compte du gouvernement
  • 31/01/1917 : commandant du groupe d'armées de l'Est
  • 13/03/1919 : président de la Commission nationale des sépultures militaires

Hommages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Côte SHAT: 9 Yd 489

  1. Charondas, À quel titre, volume 36, Les cahiers nobles, 1970.
  2. L'universitaire Corinne Bonafoux sous la direction de l'historien Serge Berstein a réactualisé le profil politique du général de Castelnau dans une thèse de doctorat d'État dont le président du jury était René Rémon lui-même. Cette thèse a été publiée aux éditions Fayard sous le titre A la droite de Dieu, La Fédération Française Catholique, Fayard, 2004, (ISBN 2-213-61888-7). D'autres communications ont été faites à ce sujet lors de colloques internationaux qui se sont tenus à Nancy et à Lille au cours des années 2000 : cf. "Un conservatisme modéré ? Le cas de la fédération nationale catholique" dans Les "chrétiens modérés" en France et en Europe 1870-1960, Jacques Prévotat, Jean Vavasseur-Desperriers, dir. ; avec la collaboration de Jean-Marc Guislin. Villeneuve-d'Ascq : Presses universitaires du Septentrion, 2013. (ISBN 2757404458).
  3. Article de Curières de Castelnau (Gustave Chaix d'Est-Ange, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, tome 13, pages 18 à 20).
  4. Olivier Forcade, Eric Duhamel, Philippe Vial, Militaires en République. Les officiers, le pouvoir et la vie publique en France, Publications de la Sorbonne, 1999, p. 405.
  5. L'Aurore, 30 juin 1898.
  6. Bibliothèque nationale de France, Revue Universelle, 1901, T1,N1, p. 1171.
  7. Cf. article du journaliste qui signe sous le pseudonyme « Saint Just » dans Armée et Démocratie, .
  8. Il semble que ce surnom de « capucin botté » lui ait été d’abord attribué par Charles Debierre, le président du Grand Orient de France : cf. La lanterne, 18 octobre 1913.
  9. L'Homme libre, 7 mai 1914.
  10. Armées Françaises dans la Grande Guerre, tome 1, volume 1 p. 303.
  11. Général Pichot-Duclos, Au GQG de Joffre, Paris, Arthaud, 1947, p. 213.
  12. Charles Bonnefon envoyé spécial à Berlin, L'Écho de paris, 19 décembre 1919.
  13. William Philbott, Bloody Victory: The Sacrifice on the Somme, format Kindle - 3% emp. 688.
  14. Raymond Poincaré. Au service de la France : neuf années de souvenirs. Paris: Plon, 1931, vol. 6, p. 197 et vol. 7, p. 113 et 128.
  15. Armées Françaises dans la Grande Guerre, tome 4, volume 1, annexe no 237 : Mémorandum préparatoire à la réunion des commandants en chef des armées alliées prévue le 1er mars.
  16. Armées Françaises dans la Grande Guerre, tome 4, volume 1, annexe n° 681 : la défense de Verdun se fera sur la rive droite.
  17. Armées Françaises dans la Grande Guerre, tome 4, volume 1, annexe no 682 : Castelnau nomme Pétain à la tête de toutes les troupes engagées à Verdun.
  18. Armées Françaises dans la Grande Guerre, tome 4, volume 2, annexe n° 1464.
  19. Armées Françaises dans la Grande Guerre tome 4, volume 1 annexe no 2106.
  20. Armées Françaises dans la Grande Guerre, tome 4, volume 3, annexe no 1611.
  21. Armées Françaises dans la Grande Guerre, tome 7, volume 2, annexe n° 750 : Plan de l'offensive de Lorraine de novembre 1918.
  22. SHD-DITEEX, 1K795, fonds Castelnau, lettre à sa famille 4/11/1918 (carton 11).
  23. a et b Journal du général Edmond Buat 1914-1923, Paris, Ministère de la défense/Perrin, 2015. (ISBN 978-2-262-06503-4)
  24. a et b Raymond Poincaré. Au service de la France : neuf années de souvenirs. Paris: Plon, 1931, vol. 7, p. 113.
  25. Le Rappel, 15 février 1925.
  26. « Les élections prochaines », La Revue hebdomadaire, mai 1924, p. 34.
  27. a et b Benoît Chenu, op. cit., p. 263-266.
  28. L’Écho de Paris, 22 février 1921 : "Demande d'interpellation sur les raisons qui ont empêché le ministre de la Guerre de proposer le général de Castelnau pour la dignité de maréchal de France."
  29. L'Homme Libre, 10 mars 1921.
  30. Corinne Bonafoux, A la droite de Dieu, La Fédération Française Catholique, Fayard, 2004, p. 262-266. (ISBN 2-213-61888-7)
  31. Corinne Bonafoux, op. cit., p. 328-331.
  32. Institut Catholique de Toulouse, papiers privés Castelnau, correspondance.
  33. Cf. Corinne Bonafoux. Ce fait est également rapporté par Charles d’Aragon, chef du réseau Combat pour le Tarn dans son ouvrage, La Résistance sans héroïsme. Le Seuil, 1977.
  34. La Croix, 22 mars 1944.
  35. Claude Franc, Le haut commandement français sur le front occidental 1914-1918, Soteca, 2012, p. 139.
  36. James Guthrie Harbord. Leaves from a war diary. Dodd, Mead, 1925
  37. Colonel Gaujac, Les généraux de la victoire, Histoire et collections, 2007, tome I, p. 29.
  38. Maréchal Foch. Mémoires pour servir à l’histoire de la guerre 1914-1918. Vol 1. Paris : Plon, 1931. p. 169.
  39. Maréchal Joffre, Mémoires du maréchal Joffre (1910-1917). Paris: Plon, 1932. vol. 1, p. 451.
  40. L'Homme libre, 1 septembre 1921.
  41. Benoît Chenu, op. cit., p. 114, 144, 375-378.
  42. Yves Gras, Castelnau, ou l’art du commander, (ISBN 2-207-23673-0).
  43. Jean de Pierrefeu, GQG secteur 1 : Trois ans au Grand Quartier Général, Paris, 1920, vol 1, p. 112.
  44. Yves Gras op. cit., p. 206.
  45. Bach, général André. Fusillés pour l'exemple. 1914-1915. Paris: Tallandier, 2003. (ISBN 9791021001251).
  46. Armées Françaises dans la Grande Guerre, tome 1, volume 2, annexe n° 416 : Ordre signé par Castelnau le 25 aout à 15 heures.
  47. La lanterne, 9 avril 1916.
  48. L'Écho de Paris, 14 juillet 1919 : Hommage à l'Armée du général de Castelnau.
  49. François Bedel Girou de Buzareingues. « Un général en chef sans bâton, le Général de Castelnau, vainqueur du Grand-Couronné de Nancy ». Conférence de l'Académie de Montpellier, 28 novembre 2016.
  50. Corinne Bonafoux, op. cit., correspondance famille de Castelnau
  51. Charles d'Aragon, op. cit., p. 25.
  52. Régis de Castelnau, « La France, fille du Soldat inconnu. Cent ans après, le pays n’a pas totalement fait son deuil », Causeur,‎ (lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yves Gras, Castelnau, ou l’art de commander, Denoël, 1990, (ISBN 2-207-23673-0).
  • Jean-Paul Huet, Édouard de Castelnau, l'artisan de la victoire, Anovi, 2013.
  • Patrick de Gmeline, Le général de Castelnau. Le soldat, l'homme, le chrétien, Charles Hérissey, 2014, (ISBN 978-2-914417-48-8).
  • Benoît Chenu, Castelnau, "Le quatrième maréchal", 1914-1918, Bernard Giovanangeli Éditeur, 2017, 447 p.
  • « Édouard de Curières de Castelnau », dans le Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960 [détail de l’édition]
  • Victor Giraud, Le général de Castelnau, Editions G. Grès & Cie, 1921.
  • Castelnau, général Noël, Joseph, Édouard de Curières de (1851-1944), dans le Dictionnaire de la Grande Guerre  1914-1918, sous la direction de François Cochet et Rémy Porte, Robert Laffont, 2008. (ISBN 978-2-221-10722-5).   

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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