Charles Dullin

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Charles Dullin
Naissance
Yenne, France
Nationalité Drapeau de France Français
Décès (à 64 ans)
Paris, France
Profession Acteur
Metteur en scène et Directeur de Théâtre

Charles Dullin, né le à Yenne (Savoie) et mort le à l'hôpital Saint-Antoine de Paris, est un metteur en scène, acteur de théâtre et de cinéma français. Il est l'un des fondateurs en 1927 du Cartel des quatre avec Louis Jouvet, Gaston Baty et Georges Pitoëff.

Biographie[modifier | modifier le code]

La naissance d'une vocation[modifier | modifier le code]

La maison forte du Châtelard, lieu de naissance de Charles Dullin.

Charles Edouard François Marie Dullin naquit à Yenne en 1885. Issu d'une vieille famille savoyarde, il était le dernier né des dix-huit enfants du notaire Jacques Dullin (1821-1902), propriétaire à Yenne du château du Châtelard, et de son épouse Camille Vouthier (1844-1901)[1]. Selon le vœu de sa mère, qui souhaitait faire de son dernier fils un prêtre[2], il entre en 1896 au Petit Séminaire de Pont-de-Beauvoisin (Savoie). Ce n'est qu'après la mort de ses parents que Charles Dullin, âgé de dix-sept ans, quitte le Séminaire et commence à s'orienter vers le théâtre. Il habite d'abord Lyon, chez l'une de ses sœurs, et exerce différents emplois (chez un huissier de justice, dans une bonneterie, etc.) qui ne lui conviennent guère. Il se lie d'amitié avec Henri Béraud, Albert Londres, Achille Berger et Georges Rouquayrol, tous jeunes et désargentés. En 1903, ils décident de quitter Lyon pour Paris.

Charles Dullin joue son premier rôle au théâtre des Gobelins dans les Aventures du Capitaine Corcoran (1904). Ce n’est qu’un très modeste début et, dans le même temps, il déclame des vers (notamment Baudelaire, Verlaine et Villon) au cabaret du Lapin Agile. Il joue également de petits rôles pour le Théâtre de Grenelle (sous la direction de Larochelle). Il entre en 1906 au Théâtre de l'Odéon dirigé par André Antoine (qui l’avait remarqué au Lapin Agile), où il interprète le rôle de Cinna dans Jules César. Mais c’est en 1911 que Charles Dullin rencontre son premier véritable succès. Il est remarqué au Lapin Agile par Robert d'Humières que sa récitation de la « Ballade des Pendus » de Villon impressionne. C’est donc au Théâtre des Arts (dirigé par d’Humières), que Dullin crée son premier grand rôle, celui de Smerdiakov dans Les Frères Karamazov de Dostoïevski, mis en scène par Jacques Copeau.

Sous l’égide de ce dernier et en collaboration avec Louis Jouvet (qui tenait aussi un rôle dans les Frères Karamazov), Charles Dullin participe à la création du Théâtre du Vieux-Colombier en 1913. Devenu le bras droit de Copeau, il séjourne chez lui dans sa propriété du Limon où se réunit la troupe qu’ils ont su constituer : Blanche Albane, Jane Lory, Roger Karl, Jean Villard, Suzanne Bing et Louis Jouvet. Il perfectionne son jeu du personnage d’Harpagon dans l’Avare de Molière, qui sera vraiment sa « spécialité » tout au long de sa carrière, ayant même le physique adéquat puisqu’un début de convulsions dans sa petite enfance avait laissé à Dullin une colonne vertébrale voutée qui lui donnait un aspect particulier. Il joue aussi L'Annonce faite à Marie de Paul Claudel. C’est durant cette période qu’il réfléchit sur la nécessité de fonder personnellement une école d’art dramatique et une compagnie théâtrale[3].

L'homme de théâtre[modifier | modifier le code]

En 1914, il est réformé mais rejoint le front comme engagé volontaire dans un régiment de dragons à pied. Durant deux ans, il vit dans les tranchées et récite des vers pour les soldats. Il est blessé en 1917 et démobilisé. Dullin quitte donc la France et rejoint la troupe du Vieux-Colombier aux Etats-Unis. C’est donc avec avec Copeau, au Garrick Theater de New York, qu’il continue l’aventure.

De retour en France en 1919, il quitte le Vieux-Colombier et entre dans la troupe de Firmin Gémier, avec qui il joue entre autres La Mégère apprivoisée de Shakespeare. En 1920 Charles Dullin épouse une comédienne de l’Odéon, Marcelle Jeanniot, fille du peintre Pierre Georges Jeanniot. Il part en tournée avec Gémier en Allemagne occupée. Mais l’idée d’avoir personnellement une compagnie théâtrale le tente. Il quitte donc Gémier à son retour en France et part en juillet 1921 pour le hameau de Néronville (Château-Landon, Seine et Marne) où il joue sur des tréteaux. Marguerite Jamois (ancienne comédienne de Gémier), Madeleine Bérubet et Lucien Arnaud l’accompagnent[4].

Cette compagnie nouvelle prend le nom d’Atelier, par un manifeste qui indique que « l’Atelier n’est pas une entreprise théâtrale, mais un laboratoire d’essais dramatiques ». Elle s’installe à Paris n°7 rue Honoré Chevalier, près de Saint-Sulpice, rue des Ursulines, au Vieux-Colombier (invité par Copeau) avant de se fixer définitivement en octobre 1922 place Dancourt, dans l’ancien Théâtre Montmartre, qui devient l'Atelier. Ce nouveau théâtre, où Dullin transmet les leçons reçues de Copeau (formation des comédiens et priorité du texte), rencontre un vif succès avec Chacun sa Vérité de Pirandello et Voulez-vous jouer avec moa ? de Marcel Achard. Il monte aussi des auteurs contemporains comme Armand Salacrou, sans exclure les classiques tel Shakespeare ou Aristophane, et rencontre des succès critiques grâce aux mises en scène de Volpone de Ben Jonson (1928, adapté par Jules Romains et Stefan Zweig) et de L’Avare de Molière. Avec Louis Jouvet, Gaston Baty et Georges Pitoëff en 1927, il fonde le « Cartel des Quatre », visant à faire entendre le théâtre non mercantile et l’opposition au Théâtre « de boulevard ».

En 1933, alors que la menace de guerre se précise, est joué à l’Atelier La Paix d’Aristophane. En 1940, Charles Dullin cède le Théâtre de l'Atelier à André Barsacq, qui était son décorateur depuis 1927. Il prend alors la direction du Théâtre Sarah-Bernhardt, rebaptisé Théâtre de la Cité (actuel Théâtre de la Ville). Il y déplace son école d’art dramatique (dont les professeurs sont alors Fernand Ledoux, Jean-Louis Barrault, Madeleine Robinson et Jean-Paul Sartre). C’est donc au Théâtre de la Cité qu’est créée par Dullin en 1943 Les Mouches.

Durant cette période, il se sépare de son épouse Marcelle Jeanniot et vit avec sa compagne Simone Jollivet. Il habite à Paris, n° 49 rue de la Tour d’Auvargne, dans un appartement qui avait abrité au siècle précédent Juliette Drouet, et fait de fréquents séjours dans la maison que possède Simone Jollivet à Férolles (Crécy-la-Chapelle). Il y retrouve Simone de Beauvoir et Jean Paul Sartre, cousin de S. Jollivet.

À la suite de graves démêlés avec la ville de Paris, Charles Dullin quitte la direction du Théâtre de la Cité en 1947. Il refuse la direction d’un théâtre européen à Genève, et rejoint l’équipe du Théâtre Montparnasse, dirigé par une de ses anciennes élèves de l'Atelier, Marguerite Jamois. Il y crée l'Archipel Lenoir de Salacrou. Au cours d’une tournée à Lyon (où il monte la Marâtre de Simone Jollivet), il tombe gravement malade. Dullin meurt le 11 septembre 1949, à l’Hôpital Saint-Antoine à Paris.

Avec le Cartel des Quatre et aux côtés d'André Barsacq, Jean-Louis Barrault, Jean Vilar et Jean-Paul Sartre, Dullin a fait partie du mouvement de renouvellement français qui aboutira à un « théâtre décentralisé populaire ». Réputé pour la qualité de ses cours, à base d'improvisation, de mime et d'étude des classiques, il a eu entre autres pour élèves Madeleine Robinson, Jean Marais, Jean-Jacques Lagarde, Marcel Marceau, Jean Vilar, Jean-Louis Barrault, Roger Blin, Roland Petit, Jacques Dufilho, Georges Vandéric et Alain Cuny, Isaac Alvarez.

Comédien[modifier | modifier le code]

Années 1900[modifier | modifier le code]

Années 1910[modifier | modifier le code]

Années 1920[modifier | modifier le code]

Années 1930[modifier | modifier le code]

Années 1940[modifier | modifier le code]

Metteur en scène[modifier | modifier le code]

1921-1922

Théâtre de l'Atelier[modifier | modifier le code]

1922-1930
1931-1940

Théâtre de Paris[modifier | modifier le code]

1940-1941

Théâtre de la Cité, Théâtre Sarah Bernhardt[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Souvenirs et notes de travail d'un acteur, Odette Lieutier éditeur, 1946, (notice BnF no FRBNF32055087) ; réédition Librairie théâtrale, 1985 (ISBN 273490022X)
  • Ce sont les dieux qu'il nous faut, édition établie et annotée par Charles Charras, préface d'Armand Salacrou, collection Pratique du théâtre, Éditions Gallimard, 1969, (notice BnF no FRBNF32987929)
  • Charles Dullin, choix de textes par Joëlle Garcia, collection Mettre en scène, Actes Sud, 2011 (ISBN 2330001797 et 9782330001797)

Hommages[modifier | modifier le code]

Plusieurs théâtres en France portent son nom :

Festivals - Rencontres théâtrales
  • les Rencontres Charles Dullin [6] qui deviennent Les Théâtrales Charles Dullin en Val-de-Marne
  • la Biennal Charles Dullin[7] à Aix-les-Bains (Savoie) dans le cadre prestigieux du Théâtre du Casino Grand Cercle, remise du prix national de théâtre amateur Charles Dullin.
  • Cie Théâtre de l'Horizon / l'Industrie Théâtre à Bourg-en-Bresse Ain situé au 7 rue de l'Industrie[8].

En 1957, la Place Dancourt, située devant le théâtre de l'Atelier, devient en son hommage la place Charles-Dullin. Depuis 1979, une rue Charles-Dullin existe à Reims. Enfin la place principale de son village de Yenne, en Savoie, porte maintenant son nom.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Dullin était par ailleurs le cousin du Sénateur-avocat Pierre Dullin de Bornessant et de François-Marie Vibert de Massigny, évêque de Saint Jean de Maurienne
  2. Charles Dullin ou les Ensorcelés du Châtelard, par Pauline Dullin
  3. Colonel Louis Dullin, la famille savoyarde de Charles Dullin
  4. Alexandre Arnoux, Charles Dullin, Portrait Brisé
  5. Propos d'André Degaine lors de l'émission radiophonique Le Masque et la Plume diffusée sur France Inter le 3 mai 2009.
  6. Rencontres Charles Dullin
  7. Biennale Charles Dullin
  8. /spectacles tout public / Charles Dullin, le jardinier d'homme

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Sarment, Charles Dullin, Paris, éditions Calmann-Lévy, 1950.
  • Alexandre Arnoux, Charles Dullin : portrait brisé, Paris, éditions Émile-Paul Frères, 1951.
  • Lucien Arnaud, Charles Dullin, préface de Jean Vilar, volume 2 de la collection Le Théâtre et les Jours, L'Arche éditeur, Paris, 1952.
  • Pauline Teillon-Dullin et Charles Charras, Charles Dullin ou les Ensorcelés du Châtelard, préface de Jean-Louis Barrault, suivi de lettres de Charles Dullin à sa sœur Pauline, Société d'histoire du Théâtre, Paris, éditions Michel Brient, 1955. Réédition de 1980, Les Enfants du Chatelard éditions du Prieuré.
  • Clément Borgal, Metteurs en scène, éditions Fernand Lanore, 1963.
  • Paul-Louis Mignon, Charles Dullin,éditions de La Manufacture, Paris, 1990.
  • Marie-Françoise Christout, Noëlle Guibert et Danièle Pauly, Théâtre du Vieux-Colombier, 1913-1993, éditions Norma, 1993.
  • Chantal Meyer-Plantureux, Les Enfants de Shylock, ou l'Antisémitisme sur scène, Paris, éditions Complexe, 2005 (ISBN 2804800245 et 9782804800246) Lire en ligne sur Google livres
  • Min Tian, "Theater of Transposition: Charles Dullin and the East Asian Theater," Comparative Drama 48.4 (Winter 2014): 333-370.


Documentaire[modifier | modifier le code]

  • 2007 : Le Dire de chacun, Charles Dullin de Georges Mourier, tourné au Châtelard et au théâtre de l'Atelier, édition À l'image près

Liens externes[modifier | modifier le code]