Isidore Taylor

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Isidore Taylor
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Portrait du baron Taylor au château de Versailles par Federico de Madrazo (1833).
Fonctions
Président du conseil d'administration
Fondation Taylor
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Administrateur général de la Comédie-Française
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Administrateur général de la Comédie-Française
-
Sénateur (Second Empire)
Titre de noblesse
Baron
Biographie
Naissance
Décès
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Œuvres principales
Père-Lachaise - division 55 - Taylor 01.jpg
Tombeau du baron Taylor au Père-Lachaise.

Isidore Justin Séverin Taylor, baron Taylor, né le à Bruxelles[a] et mort le à Paris 10e[b], est un dramaturge, homme d'art et philanthrope français, pionnier du mouvement romantique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d’Hélie Taylor, professeur naturalisé français né en Grande-Bretagne vers 1762 et mort à Paris en 1830, ayant enseigné à l’université de Leyde et laissé quelques publications sur la grammaire anglaise[1], et de Marie-Jacqueline-Antoinette Walwein[2], née à Bruges, fille de Charles Eugène-Jacques Walwein[c], conseiller du commerce et échevin de Bruges, gouverneur du cercle de la ville et conseiller de Joseph II et de Jeanne du Chastelet[1], ses parents se sont mariés en 1791, à Paris.

Dans son enfance, il a gagné de l’argent en illustrant des livres et en contribuant à la presse[3]. Destiné à la carrière militaire, Isidore Taylor prépare l'École polytechnique mais abandonne rapidement ses études et s’oriente vers le Collège de France, et suit les leçons d'art de Joseph-Benoît Suvée jusqu’au départ de ce dernier pour Rome, où il a été nommé directeur de l’Académie de France en remplacement de François-Guillaume Ménageot[4]. En 1813, il s’engage dans l’armée et poursuit ses activités artistiques et littéraires pendant qu’il est lieutenant dans la Garde royale sous la Restauration[5]. Sa carrière militaire s’est achevée sur la campagne espagnole de 1823, au cours de laquelle il a fait preuve d’une grande bravoure[3].

Il voyage beaucoup, parcourant le monde, l’Europe et surtout la France, collectionnant des œuvres d’art pour les musées français, et fondant plusieurs associations pour aider les artistes et les écrivains[4]. En 1818, il entreprend la rédaction, avec Charles Nodier, d'une série de volumes sur différentes régions françaises, dont la publication s'étale sur soixante ans ; intitulée Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France, elle constitue le premier catalogue sérieux des richesses du patrimoine culturel français[6].

Dans les années 1820, il a écrit et traduit de nombreuses pièces pour le théâtre, auquel il a toujours manifesté une grande considération[3]. Il a traduit notamment avec succès le célèbre drame de Maturin, en collaboration avec Charles Nodier, Bertram, or The Castle of St. Aldobrand[d]. En 1821, il est, avec Langlois et Ozou, au nombre des créateurs du théâtre Panorama-Dramatique, dont il obtient le privilège auprès du Roi pour Ozou[7]. Il en est l’un des administrateurs pendant les deux ans que ce théâtre survit. Il collabore également aux journaux et les revues de critique d’art.

En 1825, alors que la Comédie-Française était au plus bas, il a été nommé commissaire royal de ce théâtre et, en moins de cinq ans, en a rétabli la prospérité et l’influence[3]. De 1831 à 1838, il administre de nouveau la Comédie-Française, où on lui doit la renaissance du Mariage de Figaro. Romantique convaincu, il ouvre la porte au mouvement romantique et prend une part active à la « campagne des Hugolâtres ». Il profite de ses fonctions pour mettre à la scène Henri III et sa cour d'Alexandre Dumas[8], puis Hernani[e] et Marion Delorme de Victor Hugo[3]. Lorsque Le roi s'amuse est interdit en 1832, Hugo intente un procès au Théâtre-Français en espérant garder l'amitié de Taylor[10].

Sa passion pour l’archéologie l’a conduit en Égypte pour acquérir des monuments[4]. Nommé, par ordonnance royale du , commissaire du roi auprès du Pacha d’Égypte pour négocier la cession des obélisques de Thèbes, et faire transporter en France l’aiguille de Cléopâtre, dont le principe avait été accepté par Charles X, le [11]. Chargé de recueillir en Égypte des objets d’art et d’antiquités, destinés à enrichir le Musée Royal du Louvre, un crédit de 100 000 fr. ayant été ouvert pour faire face aux frais de sa mission. On lui a également confié divers présents destinés à être offerts à Méhémet Ali et à son fils. Transporté à Alexandrie par le brick le Lancier, il est parvenu à ramener l'obélisque de Louxor, en vue de son installation à Paris, en dépit des quelques moments d’incertitude suscités par les changements politiques de pouvoir dus à la Révolution de 1830[11]:17-8. En 1836, cet obélisque de Louxor est enfin érigé sur son piédestal, place de la Concorde[12].

Nommé inspecteur général des Beaux-Arts, en , il est chargé par Louis-Philippe d'acquérir des tableaux en Espagne, qui permettront l'ouverture de la Galerie espagnole du musée du Louvre en . Ayant reçu le titre de baron de Charles X, par ordonnance du , il a été confirmé dans le titre de baron héréditaire, par lettres patentes du [13].

Philanthropie[modifier | modifier le code]

Conscient de la grande détresse des artistes âgés, malades, sans ressources et sans aide[14][f], il décide en 1840 de créer une série d’associations de secours mutuels pour :

L'association de secours mutuels pour les artistes dramatiques est connue aujourd'hui sous le nom de la Mutuelle nationale des artistes Taylor. Constant Coquelin, dit Coquelin aîné, fut l’un des présidents les plus actifs de l’association des artistes dramatiques et lyriques. Sous sa présidence, la mutuelle créa la maison de retraite des artistes à Couilly-Pont-aux-Dames.

Médaillon du baron Taylor d’après David d'Angers.

L'acte de naissance de la Mutuelle nationale des artistes Taylor se situe dans cette phrase énoncée par le comédien Joseph Samson un jour du mois de  :

« Vous savez que Fontenay, Singier, Bocage, Regnier, Raucourt, Leménil et moi, nous avons organisé un comité ayant pour but de secourir nos camarades besogneux. Vous connaissez l’échec qui a suivi un autre essai de ce genre, tenté il y a quelques années. Cette fois nous voulons être sûrs du succès ; nous voulons que vous soyez à notre tête. »

Le baron Taylor accepta l’idée avec enthousiasme et c’est dans sa maison de la rue de Bondy que fut signé l’acte par lequel l’association de secours mutuels des artistes dramatiques était légalement constituée[18].

Une association pour les membres de l’enseignement est créée en 1859[17]. Il est également l’un des fondateurs de la Société des gens de lettres[17], et une fondation, fille de ces associations porte aujourd'hui son nom, la Fondation Taylor, sise 1, rue La Bruyère, Paris 9e.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Il a été élu membre de l’Académie des beaux-arts en 1847, et nommé sénateur du Second Empire en 1869. Il a été élevé au grade de grand officier de la Légion d'honneur en 1877[g].

Il est inhumé à Paris sous un monument funéraire orné de sa statue au cimetière du Père-Lachaise[h],[i],[j]. Son buste a été érigé sur une stèle près de la rue qui porte son nom dans le 10e arrondissement de Paris.

Un autre buste à son effigie se trouve au siège de la Mutuelle nationale des artistes Taylor[k].

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Isidore Taylor a épousé, à Charenton-le-Pont, le , Théodora Louise Guido (Paris, -Paris, ). Il a avec elle deux enfants :

  • Isidora Ernestine Taylor (Paris, - Roscoff, ), mariée à Versailles le avec Joseph Émile Walwein-Taylor (Montreuil, - Paris 3e,  ; fils d'Auguste Walwein), dont postérité ;
  • Félix, baron Taylor (Paris - 1904)[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Acte de baptême à Bruxelles (paroisse Saints-Michel-et-Gudule), vue 45/204. Né le 14 juillet 1789, il est baptisé le 5 août.
  2. Acte de décès à Paris 10e, n° 3493, vue 16/31.
  3. Charles, devenu commandant de la Garde nationale après s’être remarié avec Antoinette Mabillon, mourut à Marseille en 1794.
  4. Charles Robert Maturin (trad. MM. Taylor et Ch. Nodier, tragédie en cinq actes traduite librement de l'anglois du Rév. R.C. Maturin), Bertram : ou, Le château de St. Aldobrand, Paris, Gide fils & Ladvocat, , xii-178, in-8° (lire en ligne sur Gallica).
  5. — Mon cher Taylor, lui dit-il un jour, savez-vous que vous avez un peu collaboré à mon œuvre ? — Oh ! répondit-il, en qualité de sage-femme, tout au plus.[9].
  6. Un jour qu’il passait sur le pont des Arts, il avait été touché par la rencontre d’un ancien artiste obligé de mendier pour survivre.[14].
  7. Archives nationales, « Notice L2573042 », sur Base Léonore (consulté le ).
  8. 55e division.
  9. Henry Jouin, « La Sculpture dans les cimetières de Paris : Cimetière de l'Est (Le Père-Lachaise) », Nouvelles Archives de l'art français, Paris, vol. 13,‎ , p. 209 (lire en ligne).
  10. Jules Moiroux, Le Cimetière du Père Lachaise, Paris, S. Mercadier, , 232 p. (lire en ligne sur Gallica).
  11. « Notre histoire », sur MNA (consulté le ).

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Éliane Maingot (préf. Édouard-Marcel Sandoz), Le Baron Taylor, Paris, E. de Boccard, , xix, 124, 25 cm (OCLC 930425065, lire en ligne), p. 14.
  2. Revue des Deux Mondes, Paris, (lire en ligne), p. 316.
  3. a b c d et e (en) Clement Scott, Bernard Edward Joseph Capes, Charles Eglington, Addison Bright, The Theatre : A Monthly Review and Magazine, t. 3, Londres, Wyman & Sons, , 306 p. (lire en ligne), p. 158.
  4. a b et c (en) Allison Lee Palmer, Historical Dictionary of Neoclassical Art and Architecture, New York ; London, Rowman & Littlefield, , 2e éd., xix, 389 (ISBN 978-1-53813-359-0, OCLC 1193307311, lire en ligne), p. 291.
  5. (en) J. G. Reinis, The Portrait Medallions of David D’Angers : An Illustrated Catalogue of David’s Contemporary and Retrospective Portraits in Bronze, Polymath Press, , 493 p. (ISBN 978-0-93737-001-8, lire en ligne), p. 458.
  6. George Sand et Angela Ryan, Jeanne Brunereau, Béatrice Didier (éds.), Un hiver à Majorque, Paris, Honoré Champion, , 748 p. (ISBN 978-2-74531-926-5, lire en ligne), p. 53.
  7. Louis-Henry Lecomte, Histoire des théâtres de Paris : Les Jeux gymniques, 1810-1812. Le Panorama dramatique, 1821-1823, Paris, H. Daragon, , 153 p. (OCLC 10763390, lire en ligne), p. 107.
  8. (en) J. Gordon Melton, The Vampire Almanac : The Complete History, Visible Ink Press, , 737 p. (ISBN 978-1-57859-754-3, lire en ligne), p. 454.
  9. « Le mot de la fin », Chronique Médicale, Paris, vol. 9,‎ , p. 340 (lire en ligne, consulté le ).
  10. Victor Hugo, Correspondance, 1815-1835, Paris, Calmann-Lévy, , 383 p. (lire en ligne), p. 114.
  11. a et b Apollinaire Lebas, L’Obélisque de Luxor : histoire de sa translation à Paris, description des travaux auxquels il a donné lieu, avec un appendice sur les calculs des appareils d’abattage, d’embarquement, de halage et d’érection, Paris, Carilian-Gœury et V. Dalmont, , 214 p. (lire en ligne), p. 148.
  12. Robert Solé, Le Grand Voyage de l’obélisque, Paris, Seuil, , 287 p., 22 cm (ISBN 978-2-0203-9279-2, OCLC 54459105).
  13. a et b Vicomte Albert Révérend, Les Familles titrées et anoblies au XIXe siècle : titres, anoblissements et pairies de la Restauration, 1814-1830, t. 6e, Paris, Honoré Champion, 1901-1906, 474 p., 6 vol. ; gr. in-8° (OCLC 799318677, lire en ligne sur Gallica), p. 327
  14. a et b Henri de Lapommeraye, Conférence sur l'Association des artistes dramatiques, faite au théâtre de la Gaîté, le 4 janvier 1874, Paris, , 8 p., in-8° (lire en ligne sur Gallica), p. 3.
  15. « Société de secours mutuels entre les artistes », Journal des artistes, Paris, vol. 8, t. 2, no 13,‎ , p. 208 (lire en ligne sur Gallica, consulté le ).
  16. « Société de secours mutuels entre les artistes », Journal des artistes, Paris, vol. 8, t. 2, no 16,‎ , p. 247 (lire en ligne sur Gallica, consulté le ).
  17. a b c d et e Augustin Challamel, Souvenirs d'un hugolâtre, Paris, Jules Lévy, , 358 p. (lire en ligne), p. 336.
  18. « L’acte constitutif de la « Dramatique » », L’Européen, Paris, vol. 1, no 21,‎ , p. 3 (lire en ligne sur Gallica, consulté le ).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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