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Abou el Kacem Chebbi

Portrait d'Abou el Kacem Chebbi portant une chéchia à l’âge de 17 ans.

Abou el Kacem Chebbi (arabe : أبو القاسم الشابي), également orthographié Aboul Kacem Chabbi ou Aboul-Qacem Echebbi, né probablement le à Tozeur et mort le à Tunis, est un poète tunisien d’expression arabe considéré par Abderrazak Cheraït comme le poète national de la Tunisie.

Très jeune, Chebbi voyage à travers la Tunisie. En 1920, il entre à la Zitouna où il connaît de difficiles conditions de vie. En parallèle à l’écriture de ses poèmes, il participe aux manifestations anti-zitouniennes qui agitent alors Tunis. Ayant terminé ses études, il commence à fréquenter des cercles littéraires et, le 1er février 1929, tient une conférence à la Khaldounia avec pour sujet l’imagination poétique chez les Arabes. Il y critique la production poétique arabe ancienne et cette conférence, bien qu’elle déclenche dans tout le Proche-Orient des réactions violentes à son encontre, participe au renouvellement de la poésie arabe. Mais son père meurt en septembre de la même année et, en janvier 1930, Chebbi veut donner à nouveau une conférence qui soit à la hauteur de celle de la Khaldounia. Toutefois, celle-ci est boycottée par ses adversaires, ce qu’il ressent comme un véritable échec. Sa santé, déjà fragile, se dégrade encore considérablement et il meurt subitement à l’âge de vingt-cinq ans.

Abderrazak Cheraït considère Abou el Kacem Chebbi comme « l’un des premiers poètes modernes de Tunisie ». Ses poèmes apparaissent dans les plus prestigieuses revues de Tunisie et du Moyen-Orient. Fortement influencé par le romantisme européen du XVIIIe et XIXe siècles, Chebbi, qu’on a pu surnommer « le Voltaire arabe », se penche sur des thèmes comme la liberté, l’amour et la résistance, notamment dans son fameux Ela Toghat Al Alaam qui s’adresse « aux tyrans du monde » et qu’il écrit en plein protectorat français de Tunisie.

Adam Bede

Page titre de la première édition du livre.

Adam Bede est le premier roman de l'écrivain anglais George Eliot (1819–1880), publié en 1859 alors qu'elle a trente-huit ans. Bien que déjà connue et respectée en tant qu'intellectuelle et auteur, George Eliot, de son vrai nom Mary Ann Evans, préfère rester anonyme. Le roman est immédiatement apprécié pour son réalisme et sa description de la vie rurale. Andrew Sanders rapporte que la reine Victoria elle-même, conquise par sa lecture, passa commande de deux tableaux illustrant certaines scènes.

Adam Bede, présente la vie d'Hayslope, une communauté rurale (fictive) très unie de l'Angleterre profonde en 1799, et aussi, mais dans une moindre mesure, celle du comté voisin, le Stonyshire, aride et minier. Le roman s'organise autour d'un rectangle d'amour constitué par la ravissante Hetty Sorrel, à peine sortie de l'enfance et trop innocemment vaniteuse pour résister au charme du jeune squire, le capitaine Arthur Donnithorne, ainsi qu'Adam Bede, qui donne son nom au livre, son soupirant malheureux, et Dinah Morris, sa cousine prédicatrice méthodiste, dont la beauté et la ferveur n'ont d'égales que la vertu.

Sur le fond de campagne idyllique se greffe une histoire de séduction et d'infanticide, qui permet aux deux personnages naturellement vertueux, Adam Bede et Dinah Morris, de s'unir après de nombreuses tribulations marquées par la passion, la violence et l'égoïsme d'autrui. Ces deux personnages, chacun à sa manière, représentent une forme d'héroïsme de la rectitude, fondé sur les valeurs morales et les habitudes de vie propres au milieu rural. D'après Sanders, il y a là un remodelage du mythe de la province cher à Walter Scott. Le roman, en effet, célèbre une Angleterre disparue, « démodée, déférente et stratifiée » qu'ont remplacée les « confusions et contradictions d'un présent industriel et urbain ».

Depuis sa parution, l'ouvrage n'a jamais connu d'éclipse et a constamment été réédité ; de plus, il figure régulièrement au programme des écoles secondaires et des universités tant au Royaume-Uni que dans les pays étrangers anglophones ou autres. En France, il a été plusieurs fois à l'honneur aux concours du CAPES et de l'Agrégation d'anglais.

Anne Elliot

Anne Elliot vue par C. E. Brock (1909).

Anne Elliot est un personnage de fiction créé par la femme de lettres britannique Jane Austen. Elle est à la fois le personnage central et la narratrice secondaire du roman Persuasion, publié en 1818, après la mort de l'auteur.

Anne Elliot s'est laissé convaincre, lorsqu'elle avait 19 ans, de rompre ses fiançailles avec Frederick Wentworth, un jeune lieutenant de la Royal Navy prometteur mais roturier et sans fortune, et ne s'est jamais mariée. Solitaire, mal aimée par un père et une sœur aînée snobs et prétentieux, peu considérée par un entourage incapable de reconnaître sa valeur, elle mène une vie terne de presque vieille-fille. Or voilà que, huit ans après, la guerre maritime avec la France terminée (on est en septembre 1814), le jeune homme qu'elle n'a jamais oublié revient en Angleterre, ayant gagné galons, prestige et fortune dans la marine de guerre. Les premiers contacts sont pénibles. Il a gardé d'elle l'image d'une personne trop facilement influençable et elle voit bien qu'il lui en veut toujours. Mais, à 27 ans, elle a mûri et acquis suffisamment d'indépendance par rapport à son cercle social et familial pour choisir ses amis et son avenir.

Le roman posthume de Jane Austen présente le portrait d'un esprit indépendant, une jeune femme intelligente et mélancolique, sensible et attentive aux autres, qui reprend confiance en elle lorsqu'une seconde chance lui est donnée de trouver le bonheur, un bonheur très différent de celui des autres héroïnes austeniennes, puisqu'elle n'épouse ni un propriétaire terrien ni un clergyman, mais un capitaine de vaisseau. Elle pourra se « glorifier d'être l'épouse d'un marin », mais en connaîtra aussi les inquiétudes et les chagrins. Elle est considérée comme l'héroïne austenienne la plus lucide et la plus responsable, et le lecteur a accès de façon privilégiée à ses pensées, d'une justesse et d'une finesse qui n'ont pas leurs pareilles chez les héroïnes des romans précédents.

Augustin ou Le Maître est là

Augustin ou Le Maître est là

Augustin ou Le Maître est là est un roman-fleuve français de Joseph Malègue publié en 1933. Il raconte la vie d'Augustin Méridier, né à la fin des années 1880. Cet esprit supérieur rencontre au cours de sa pourtant brève existence les très multiples formes d'amours complexes et extrêmes. Et leurs chagrins.

L'amour filial avec son père, l'amour humain auquel l'initie une splendide jeune fille, Élisabeth de Préfailles, qui l'embrasse maternellement à sept ans, l'amour d'amitié à l'École normale supérieure, avec Pierre Largilier. Élisabeth transmet à sa nièce, Anne de Préfailles, la grâce par laquelle elle avait touché Augustin. Anne se veut la fille d'Élisabeth qui s'en veut la mère. Augustin va l'aimer « à en mourir ».

Autre forme d'amour douloureux, le trouble de l'âme perdant la foi lors de la crise moderniste des années 1900 (ces lectures critiques et historiques des Évangiles qui mettent en cause le fondement dans les Écritures des dogmes chrétiens, malmenés par ailleurs par la rationalité moderne), où Émile Poulat voit l'amorce et l'annonce de la crise chrétienne globale depuis Vatican II. Pour Émile Goichot en 1988, on a ici l'exemple unique d'une œuvre de fiction transposant, au cœur d'une intrigue romancière, les problématiques du modernisme intellectuel et, par là-même, l' « annonce » dont parle Poulat de la crise actuelle de l'Église. Elle révélerait « les failles d'un univers culturel démembré » en un temps d'efflorescence intellectuelle et littéraire catholique aussi trompeuse, pour Malègue et ses lecteurs, que la période de rémission d'une maladie mortelle.

La plupart des philosophes, théologiens ou critiques qui ont lu le roman ne voient pas en lui la peinture involontaire d'une déroute intellectuelle. Ils soulignent en tout cas le rôle important que Malègue, penseur chrétien reconnu, accorde à l'intelligence dans la démarche de la foi, bien moins mis en évidence, comme le suggère un commentaire américain de 1980, chez Mauriac ou Bernanos. Pour Victor Brombert, ceci est inusité dans le roman catholique en général. Un autre Américain, William Marceau, compare en 1987 sa « pensée » à celle d'Henri Bergson...

Barnaby Rudge

Couverture de Master Humphrey's Clock, 1840, illustration de George Cattermole et Hablot K. Browne, dit Phiz.

Barnaby Rudge: A Tale of the Riots of Eighty (« Barnabé Rudge, conte des émeutes de quatre-vingt »), habituellement connu en anglais sous le titre de Barnaby Rudge, est un roman historique de Charles Dickens (1812-1870) publié par Chapman & Hall en feuilleton de quatre-vingt-huit épisodes hebdomadaires de février à novembre 1841 dans l'éphémère revue Master Humphrey's Clock (« L'Horloge de Maître Humphrey », 1840-1841). L'action du roman concerne un ancien meurtre perpétré dans une petite ville non loin de Londres, sur quoi se greffent, quelque vingt-cinq ans après, les émeutes anti-catholiques dites Gordon Riots, conduites par Lord George Gordon, qui, du 2 au à Londres, ont provoqué de très importants dégâts et fait de nombreuses victimes.

Barnaby Rudge est le septième roman de Charles Dickens, d'abord conçu en 1836 sous le titre Gabriel Vardon, The Locksmith of London (« Gabriel Vardon, le serrurier de Londres ») pour Richard Bentley, qui rêve d'une grande œuvre romanesque en trois volumes (three-decker) destinée à sa revue, le Bentley's Miscellany. Longtemps retardé par divers démêlés éditoriaux, il est finalement rassemblé en un seul volume par Chapman & Hall avec son titre définitif. C'est le premier essai de Dickens dans le genre historique, le second étant A Tale of Two Cities (Le Conte de deux cités), publié en 1859, et situé au temps de la Révolution française. La première édition a été illustrée par George Cattermole et Hablot K(night) Browne, dit Phiz.

D'après Gordon Spence, c'est l'œuvre d'un homme jeune (38 ans) en pleine possession de son thème, qu'il a depuis longtemps déjà l'ambition de traiter avec envergure, et le chemin ayant conduit à sa publication fait écho à la montée en gloire de l'écrivain. Pourtant, il ne figure pas au palmarès des œuvres les plus appréciées de Dickens, et a été peu exploité par la caméra, puisque existent seulement un film muet réalisé en 1915 et une adaptation produite par la BBC en 1960

Bayard (cheval)

Le cheval Bayard portant les quatre frères Aymon d'après une miniature dans un manuscrit du XIVe siècle.

Bayard est un cheval-fée légendaire à la robe baie, issu de nombreuses chansons de geste du Moyen Âge chrétien, dont les plus anciennes versions remontent au XIIe siècle et figurent parmi les histoires les plus populaires jusqu'au XIXe siècle. Ces textes, surtout celui des Quatre fils Aymon, lui attribuent des qualités magiques et une origine surnaturelle : fils d'un dragon et d'une serpente, Bayard est libéré d'une île volcanique par l'enchanteur Maugis, puis le roi Charlemagne le donne à Renaud de Montauban, l'aîné des quatre fils Aymon. Renommé pour sa force et son intelligence, Bayard a le pouvoir de porter les quatre fils sur son dos en même temps, pour leur permettre d'échapper à la colère du roi. Livré à Charlemagne en gage de paix, il est jeté au fond du Rhin (ou de la Meuse selon le folklore et des versions littéraires plus tardives) avec une meule autour du cou. Toutefois, Bayard parvient à s'échapper et, selon la légende, continue depuis à errer dans la forêt ardennaise, où l'on entendrait retentir son hennissement à chaque solstice d'été.

Ce cheval, probablement le plus célèbre du Moyen Âge, semble remonter à des croyances païennes antérieures à la plupart des textes qui le mettent en scène, et pourrait être issu d'un mythe des Francs, de la monture reptilienne du géant Gargantua primitif, ou de la mythologie celtique. Chtonien tant par son origine que par sa couleur, subversif car résistant à l'empereur Charlemagne, il tient auprès de Renaud un rôle de protecteur totémique et d'animal nourricier.

Depuis le Moyen Âge, Bayard est une figure importante du folklore, particulièrement dans l'Ardenne, en Belgique et en France, notamment près de Bogny-sur-Meuse, de Liège et de Dinant. Selon la légende, le rocher Bayard aurait été fendu par un coup de ses sabots. De nombreux toponymes connus sous le nom de « Pas-Bayard » ou de « Saut-Bayard » lui seraient dus. Des processions et cortèges folkloriques le mettent en scène parmi les géants du Nord, comme la ducasse d'Ath et l'ommegang de Termonde. La vaste diffusion de sa légende et le succès de celle-ci ont influencé bon nombre d'artistes, ainsi que des croyances populaires.

Catherine Dickens

Catherine Hogarth Dickens, par Samuel Lawrence, 1838.

Catherine Thompson Hogarth (['kæθrin 'tɒmsən 'həʊgɑːθ]) dite « Kate » (['keit]) (Édimbourg, , Londres-), a été l'épouse de l'écrivain anglais Charles Dickens (1812-1870), avec lequel elle a eu dix enfants.

Catherine et Charles ont vécu vingt-deux ans sous le régime matrimonial avant que ne s'officialise leur séparation. Sur son lit de mort en 1879, soit neuf ans après le décès de son mari, Catherine a confié les lettres qu'elle avait reçues de lui à sa fille Kate (Katey), avec pour mission de les déposer au British Museum, afin, a-t-elle ajouté, que « le monde sache qu'il m'a un jour aimée » (« Give these to the British Museum, that the world may know he loved me once »). Ainsi, grâce à elle, alors que Dickens a détruit beaucoup de ses documents personnels, une partie de la correspondance privée du romancier se trouve au British Museum, encore que d'autres lettres soient conservées dans diverses bibliothèques, en particulier à la New York Public Library.

Catherine et Charles Dickens ont souvent voyagé ensemble, en Grande-Bretagne, en Écosse en particulier, ou en Europe (France, Suisse et Italie). Mrs Dickens a également accompagné son mari aux États-Unis lors de son premier séjour en 1842.

Si les premières années du mariage ont été heureuses, la mésentente s'est peu à peu instaurée et s'est accentuée au fil du temps ; elle a été portée à son comble en 1858 après la rencontre de Dickens avec la jeune actrice Ellen Ternan, dont il a fait, bien qu'il l'ait toujours nié, sa maîtresse. Cette liaison, gardée clandestine, s'est poursuivie, comme l'a montré Claire Tomalin, jusqu'à la mort du romancier en 1870. La séparation entre Catherine et Charles a été douloureuse, Mrs Dickens devant quitter sans retour le foyer familial avec l'aîné de ses enfants, Charles Dickens Jr (Charley), le seul ayant accepté de la suivre.

Si la critique a longtemps présenté Catherine Hogarth Dickens comme une personne fade et insignifiante, les travaux récents, ceux de Michael Slater et Claire Tomalin en particulier, cités en Bibliographie, la révèlent bien différente : enjouée, éprise de culture, mais totalement dominée par la personnalité de son mari. Un récent ouvrage de Lillian Nayder s'inscrit dans cette même veine, montrant au travers de Catherine, « à quel statut débilitant sont réduites les femmes de l'époque victorienne, à quel point l'écrivain pouvait être autoritaire avec celles de sa famille, comment il a anéanti l'une d'elles, qui n'avait rien fait pour mériter sa cruauté ».

Charles Dickens

Charles Dickens en 1867 ou 1868

Charles John Huffam Dickens, Charles Dickens [ˈtʃɑrlz ˈdɪkɪnz], né à Landport, près de Portsmouth, dans le Hampshire, le , mort à Gad's Hill Place, à Higham, dans le Kent, le , est considéré comme le plus grand romancier de l'époque victorienne, et, dès ses premiers écrits, il est devenu immensément célèbre, sa popularité ne cessant de croître au fil de ses publications.

L'expérience marquante de son enfance, que certains considèrent comme la clef de son génie, a été, peu avant l'incarcération de son père pour dettes à la Marshalsea, son embauche à douze ans chez Warren où il a collé des étiquettes sur des bouteilles de cirage pendant plus d'une année. Bien qu'il soit retourné presque trois ans à l'école, son éducation est restée sommaire et sa grande culture est essentiellement due à ses efforts personnels.

Il a fondé et publié plusieurs hebdomadaires, composé quinze romans majeurs, cinq livres de moindre envergure (novella en anglais), des centaines de nouvelles et d'articles portant sur des sujets littéraires ou de société. Sa passion pour le théâtre l'a poussé à écrire et mettre en scène des pièces, jouer la comédie et faire des lectures publiques de ses œuvres qui, lors de tournées souvent harassantes, sont vite devenues extrêmement populaires en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

Charles Dickens a été un infatigable défenseur du droit des enfants, de l'éducation pour tous, de la condition féminine et de nombreuses autres causes, dont celle des prostituées.

Il est apprécié pour son humour, sa satire des mœurs et des caractères. Ses œuvres ont presque toutes été publiées en feuilletons hebdomadaires ou mensuels, genre inauguré par lui-même en 1836, format contraignant mais permettant de réagir rapidement, quitte à modifier l'action et les personnages en cours de route. Ses intrigues sont soignées et s'enrichissent souvent d'événements contemporains, même si l'histoire se déroule antérieurement.

Un chant de Noël (1843) a connu le plus vaste retentissement international, et l'ensemble de son œuvre a été loué par des écrivains de renom, comme William Makepeace Thackeray, Léon Tolstoï, Gilbert Keith Chesterton ou George Orwell, pour son réalisme, son esprit comique, son art de la caractérisation et l'acuité de sa satire. Certains, cependant, comme Charlotte Brontë, Virginia Woolf, Oscar Wilde ou Henry James, lui ont reproché de manquer de régularité dans le style, de privilégier la veine sentimentale et de se contenter d'analyses psychologiques superficielles.

Dickens a été traduit en de nombreuses langues, avec son aval pour les premières versions françaises. Son œuvre, constamment rééditée, connaît toujours de nombreuses adaptations au théâtre, au cinéma, au music-hall, à la radio et à la télévision.

Comparaison (rhétorique)

Image illustrant le vers du poète français Paul Éluard : « La Terre est bleue comme une orange », célèbre comparaison surréaliste.

La comparaison, mot provenant du latin comparatio désignant l'« action d'accoupler », est une figure de style consistant en une mise en relation, à l'aide d'un mot de comparaison appelé le « comparatif », de deux réalités appartenant à deux champs sémantiques différents mais partageant des points de similitudes. La comparaison est l'une des plus célèbres figures de style. Elle ne doit pas être confondue avec la comparaison grammaticale.

Ce vers de Charles Baudelaire : « La musique souvent me prend comme une mer ! » (La Musique, Les Fleurs du mal, 1840) constitue une comparaison, dans laquelle la musique et la mer sont dans un rapport d'analogie, au moyen du comparatif « comme ». Les deux réalités sont appelées le « comparant » (dans cet exemple : la mer) et le « comparé » (la musique) et elles partagent en effet au moins un sème : l'ondulation est ici le point commun entre la mer et la musique et toutes deux « bercent » le poète.

La comparaison est une figure très courante en littérature, en poésie ou encore au théâtre. Contrairement à la métaphore, elle exprime directement et explicitement le lien symbolique entre les deux réalités comparées, en utilisant un terme de comparaison, élément qui permet de la distinguer de cette autre figure d'analogie avec laquelle elle est souvent confondue. Ressource privilégiée du langage poétique, très utilisée par dérision ou ironie, elle permet aussi de faire progresser l'argumentation et de donner à voir des réalités difficiles à définir autrement qu'au moyen du langage figuré.

Figure au pouvoir suggestif puissant, la comparaison rhétorique participe d'une reconfiguration possible du monde en faisant apercevoir les correspondances émanant de la subjectivité du locuteur. Proche de la métaphore, elle « permet de défigurer momentanément, par l'entremise du comme, la réalité pour laisser entendre ses possibles au sein d'une petite fiction poétique ». Le mouvement surréaliste l'utilise préférentiellement, pour rompre l'intelligibilité inhérente au langage.

Comédie de la Restauration anglaise

La comédie de la Restauration anglaise est le genre des comédies écrites et jouées depuis la Restauration anglaise (1660) jusqu'au début du XVIIIe siècle. Après l'interdiction des représentations théâtrales publiques imposée pendant 18 ans par le régime puritain de Cromwell, la réouverture des salles de spectacle en 1660 marque la renaissance du théâtre anglais. Si le début de cette période est parfaitement défini par l'accession au trône de Charles II, sa date de fin est assez floue. Elle dépasse néanmoins largement la mort de Charles II en 1685, qui marque stricto sensu la fin de la Restauration, et empiète sur les règnes de Jacques II, de Guillaume III et même d'Anne Ire. Les universitaires fixent en effet la fin de cette période, soit en 1710 à la mort de Betterton, l'acteur-vedette de cette époque, soit en 1714 à la mort d'Anne Ire, soit encore en 1722 au retour au pouvoir de Walpole, soit enfin en 1737, date du « Licensing Act », qui établit un nouveau régime légal pour le théâtre. Pour établir son anthologie du théâtre de la Restauration, Womersley, conscient de cette indétermination, dit avoir choisi la cinquantaine d'années qui ont suivi la restauration de Charles II en 1660 pour des raisons pragmatiques : les pièces de théâtre de cette période possèdent suffisamment de ressemblances pour constituer un corpus, et suffisamment de différences pour pouvoir mettre en lumière les évolutions et les mutations.

À la reprise des spectacles, la tragédie retrouve sa forme précédente, le drame héroïque écrit en vers blancs, même si les thèmes des pièces nouvelles changent. Reflétant les préoccupations du moment, les tragédies ont pour sujets dominants une restauration (The Rump de Tatham, The Indian Queen de Dryden, The Generall du comte d'Orreryetc.) ou un roi, homme de principe et de raison, en proie à des traîtres ou à des amours débilitantes (Mustapha et The Black Prince d'Orrery, The Indian Emperour de Dryden). Mais l'esprit du drame héroïque reste inchangé. Le héros est toujours un monarque ou un conquérant, tenant des valeurs aristocratiques : droiture, honneur et courage.

À l'inverse, la comédie s'épanouit pendant ce demi-siècle dans un tour tout nouveau. Elle hérite pourtant, plus encore que la tragédie, d'un certain nombre de riches traditions de comique, principalement la comédie des humeurs et la comédie spirituelle (« wit comedy »), qui datent du théâtre élisabéthain. Elle les absorbe en donnant naissance à un vaste répertoire, extrêmement varié, tout en restant suffisamment souple pour assimiler encore des éléments nouveaux, liés aux préoccupations sociales et politiques, et aux faits d'actualité, et pour emprunter des fragments d'intrigue aux théâtres espagnol et français contemporains. Elle trouve une veine si originale — car rien de tel n'avait été imaginé auparavant — et si singulière — car elle s'éteint définitivement au début du XVIIIe siècle — qu'un nom lui est donné pour la désigner : la comédie de la Restauration.

David Copperfield

Frontispice de la première édition en feuilleton de 1849, par Hablot Knight Browne (Phiz).

David Copperfield ou L'Histoire, les aventures et l'expérience personnelles de David Copperfield le jeune (en anglais The Personal History, Adventures, Experience and Observation of David Copperfield the Younger, abrégé en David Copperfield (['deɪvɪd 'kɒpə'fɪ:ld]), est le huitième roman de Charles Dickens, et le premier de cet auteur à présenter un narrateur à la première personne. Il a été publié en vingt numéros, comptant pour dix-neuf, par Bradbury and Evans entre 1849 et 1850 avec des illustrations de Hablot Knight Browne, dit Phiz.

Beaucoup considèrent ce roman comme le chef-d'œuvre de Dickens, à commencer par son ami et premier biographe John Forster qui écrit : « La réputation de Dickens ne fut jamais aussi haute que lors de la publication de Copperfield » (« Dickens never stood so high in reputation as at the completion of Copperfield »), et l'auteur lui-même y voit « son enfant préféré » (« favourite child »). Il est vrai que, précise-t-il, « sous la fiction se cache quelque chose de la vie de l'auteur » (« underneath the fiction lay something of the author's life »), c'est-à-dire une expérience d'écriture de soi. Il n'est donc pas étonnant qu'à ce titre, le livre soit souvent rangé dans la catégorie des œuvres autobiographiques. D'un strict point de vue littéraire, cependant, il dépasse ce cadre par la richesse de ses thèmes et l'originalité de son écriture, ce qui en fait un véritable roman autobiographique.

Situé au milieu de la carrière de Dickens, il représente, selon Paul Davis, un tournant dans son œuvre, le point de séparation entre les romans de la jeunesse et ceux de la maturité. En 1850, Dickens a trente-huit ans et il lui en reste à vivre trente-deux qu'il remplira d'autres chefs-d'œuvre souvent plus denses, parfois plus sombres et abordant la plupart des questions politiques, sociales ou personnelles qu'il se pose.

À première vue, l'œuvre est modelée à la manière lâche et quelque peu décousue des « histoires personnelles » (personal histories) très en vogue dans la Grande-Bretagne du XVIIIe siècle ; mais en réalité David Copperfield est un roman soigneusement structuré et unifié. Il commence, comme d'autres romans de l'écrivain, par une peinture assez noire de la condition enfantine dans l'Angleterre victorienne, notoirement lorsque les enfants gênants sont parqués dans d'infâmes pensionnats, puis s'attache à retracer la lente ascension sociale et surtout intime d'un jeune homme qui, subvenant péniblement aux besoins de sa bonne tante tout en continuant ses études, finit par devenir écrivain : histoire, écrit Paul Davis, d'un « monsieur Tout-le-Monde victorien en quête de compréhension de soi » (« a Victorian everyman seeking self-understanding »)…

Défense des droits de la femme

Première page de la première édition américaine.

A Vindication of the Rights of Woman: with Strictures on Political and Moral Subjects traduit en français par Défense des droits de la femme ou Défense des droits des femmes, suivie de quelques considérations sur des sujets politiques et moraux, publié en 1792 par l’écrivaine britannique Mary Wollstonecraft, est un essai féministe, l'un des tout premiers du genre.

Dans cet ouvrage, Mary Wollstonecraft répond aux théoriciens de l'éducation et de la politique du XVIIIe siècle qui pensent que l'éducation n'est pas destinée aux femmes. Elle soutient qu'au contraire, elles la méritent selon une juste mesure, compte tenu de leur place dans la société.

L'idée d'écrire Défense des droits de la femme est née de la lecture du rapport de Talleyrand à l'Assemblée constituante en 1791, dans lequel il est affirmé que les femmes ne devraient recevoir qu'une éducation à caractère domestique. Mary Wollstonecraft commente ce document, puis se sert de son propre commentaire pour lancer une attaque contre le double standard, le « double critère » appliqué selon le sexe. À cette occasion, elle accuse les hommes d'encourager les femmes à s'abandonner aux excès de l'émotion. La rédaction de ce pamphlet s'est faite à la hâte, en réaction aux événements en cours ; Mary Wollstonecraft manifeste l'intention d'écrire un deuxième volume plus réfléchi, mais meurt avant de l'avoir achevé.

Si Mary Wollstonecraft appelle à l'égalité entre les sexes dans certains domaines de la vie, tels que la moralité, elle n'affirme pas explicitement qu'hommes et femmes sont égaux. Ses prises de position restant ambiguës, il est difficile de la considérer comme une féministe selon le sens moderne du mot, d'autant que ni le terme ni le concept n'existaient à son époque.

Elizabeth Barrett Browning

Portrait d'Elizabeth Barrett Browning.

Elizabeth Barrett Browning, née le à Coxhoe Hall, comté de Durham, et décédée le à Florence, est une poétesse, essayiste et pamphlétaire anglaise de l'ère victorienne.

Ses parents, Edward Moulton Barrett et Mary Graham-Clarke ont eu douze enfants, huit garçons et quatre filles, dont l'une décède alors qu'Elizabeth a huit ans. Dès son plus jeune âge, elle commence à écrire. Son intérêt la porte vers les œuvres de l'Antiquité gréco-latine et hébraïque lues dans le texte. Elle cultive aussi les grands classiques anglais, français, allemands et italiens.

Sa vie bascule lorsque, à la fin de son adolescence, elle est frappée par une paralysie sans doute d'origine psychosomatique, aggravée par la perte de sa mère en 1828 et, surtout, par le décès tragique, en 1840, de son frère préféré, Edward. Elle vit alors en recluse dans sa chambre du 50, Wimpole Street à Londres, auprès d'un père à l'affection tyrannique envers ses enfants auxquels il entend imposer le célibat.

Le poète Robert Browning, ébloui par la lecture d'un recueil de ses poèmes, entreprend avec elle une correspondance qui devient vite amoureuse. Au bout de deux ans, le couple se marie clandestinement et s'enfuit en Italie, où il réside jusqu'à la mort d'Elizabeth en 1861.

Elizabeth Bennet

Elizabeth, vue par C. E. Brock (1885).

Miss Elizabeth Bennet est un personnage de fiction créé par la femme de lettres anglaise Jane Austen : elle est le protagoniste principal de son roman Orgueil et Préjugés (Pride and Prejudice), paru en 1813. Elizabeth Bennet est parfois appelée Miss Eliza par ses connaissances, mais toujours Lizzy par sa famille et ses amies.

Seconde d’une famille de cinq filles, intelligente et spirituelle, mais sans fortune, elle observe d’un œil ironique la société conformiste dans laquelle elle vit, celle de la petite gentry campagnarde de l’Angleterre georgienne. Alors qu’à cette époque et dans ce milieu le mariage de convenance est encore la norme pour une femme de la bonne société, elle ne peut envisager pour elle-même qu’un mariage d’amour. Sa forte personnalité, son caractère indépendant, son intransigeance lui font commettre des erreurs, mais, déterminée à construire son bonheur, elle reconnaît la fausseté de ses premières impressions, à l’origine du préjugé qu’elle a développé à l’encontre de l’orgueilleux Mr Darcy et finalement trouve l’amour et la sécurité financière.

Elle est généralement considérée comme l’« héroïne la plus admirable et la plus attachante » de Jane Austen, et l’un des personnages féminins les plus populaires de la littérature britannique.

Ellen Ternan

Ellen Ternan en 1858.

Ellen Lawless Ternan (['elən 'lɔ:lis 'tə:nən]), aussi appelée Nelly Ternan ou Nelly Robinson (Ellen Robinson est son nom de mariage), née le à Rochester, Kent, et morte le à Fulham, est une actrice anglaise que sa liaison avec le romancier Charles Dickens a fait connaître du monde entier lorsqu'ont été révélés la réalité et les détails de l'affaire qui a provoqué la séparation de Dickens d'avec sa femme Catherine Hogarth Dickens.

Encore très jeune alors qu'elle se lie à Dickens, sa vie change complètement après leur rencontre ; elle existe désormais dans l'ombre de son prestigieux amant qui entend garder leurs relations secrètes. Elle fait d'assez nombreux voyages avec lui et fréquente beaucoup ses sœurs, particulièrement celle qui réside en Italie.

Si Dickens a d'abord pris sa carrière en mains, elle a très vite quitté définitivement la scène en 1860 et a alors vécu plus ou moins clandestinement jusqu'à la mort du romancier en 1870. Quelques années plus tard, elle s'est mariée, sans rien révéler de son passé et après s'être rajeunie d'au moins dix ans, avec un diplômé de l'université de Cambridge, le révérend George Wharton Robinson, M. A., qu'elle a rencontré six ans plus tôt, et exerçant en collaboration avec son époux la profession de maîtresse d'école à Margate, elle a eu deux enfants. Le couple Robinson s'est ensuite retiré à Southsea, et Ellen, après la mort de son mari, est restée en cette ville où elle a mené la vie discrète d'une dame de province.

Ce n'est qu'après sa mort en 1914 que ses enfants ont pris connaissance du passé de leur mère, dont ils ignoraient tout. Si Gladys, la fille cadette d'Ellen, s'est montrée plutôt indulgente, Geoffrey, son fils devenu militaire de carrière, en a conçu un vif ressentiment et n'a plus jamais voulu évoquer son souvenir.

La critique ne s'est pas montrée indulgente envers Ellen Ternan, du moins jusqu'en 1917 où ont été connus les détails de sa liaison avec Dickens, lorsque la fille de ce dernier, Kate Perugini (Katey), s'est confiée à Gladys Storey qui préparait un livre. Différents chercheurs, surtout à partir de 1980, ont ensuite exploité les documents laissés par Gladys Storey après son décès et remis au musée Charles Dickens de Londres. Claire Tomalin, en particulier, a alors brossé un portrait beaucoup plus positif d'Ellen Ternan, puis Michael Slater, tout comme Lilian Nayder ont confirmé les récentes conclusions qui font de la maîtresse de Dickens une muse vive, intelligente et agréable, puis une épouse dévouée à sa famille et s'intéressant à la vie de sa ville où elle a laissé un excellent souvenir.

Emma (roman)

Page de titre de la première édition de Emma

Emma est un roman de la femme de lettres anglaise Jane Austen, publié anonymement (A Novel. By the author of Sense and Sensibility and Pride and Prejudice) en décembre 1815. C'est un roman de mœurs, qui, au travers de la description narquoise des tentatives de l'héroïne pour faire rencontrer aux célibataires de son entourage le conjoint idéal, peint avec humour la vie et les problèmes de la classe provinciale aisée sous la Régence. Emma est considérée par certains austeniens comme son œuvre la plus aboutie.

Considéré par sir Walter Scott comme annonciateur d'un nouveau genre de roman plus réaliste, Emma déconcerte tout d'abord ses contemporains par la description minutieuse d'une petite ville de province, où pas grand-chose n'arrive en dehors des événements de la vie quotidienne de la communauté.

Un autre aspect essentiel est celui du roman d'apprentissage, l'apprentissage de la vie par Emma elle-même, qui, malgré la vivacité de son esprit, peine tant à comprendre les sentiments des autres et les siens propres. D'autres aspects du roman, relevés plus tardivement, peuvent aussi surprendre, tels que son caractère de « roman policier sans meurtre », que seule une relecture approfondie permet d'apprécier pleinement.

Emma a fait l'objet de plusieurs traductions en français, dont la première à peine un an après sa sortie en Angleterre. Après un « oubli » de cent ans, le roman est publié en feuilleton dans le Journal des débats en 1910 ; comme bien souvent dans les traductions françaises de Jane Austen, l'ironie et le « second degré » propres à l'auteur s'affadissent dans l'adaptation qui en est faite. L'œuvre a été depuis régulièrement éditée en français, dans des traductions-adaptations plus ou moins fidèles.

Famille Bennet

La famille Bennet à Longbourn, par Hugh Thomson (1894). Illustration pour le chapitre II.

La famille Bennet est une famille de fiction imaginée par la romancière britannique Jane Austen (1775-1817). Elle occupe une place centrale dans le roman Orgueil et Préjugés dans la mesure où c'est celle de l'héroïne, Elizabeth. Les relations complexes entre ses divers membres influencent l'évolution de l'intrigue. Dans une société où le mariage est le seul avenir envisageable pour une jeune fille de bonne famille, la présence au foyer de cinq filles à marier n'ayant d'autre atout que leur bonne mine ne peut qu'être source de soucis. Or les époux Bennet n'assument pas leur rôle d'éducateurs ; la mère se démène si maladroitement, sous l'œil goguenard d'un mari indifférent, qu'elle fait fuir le jeune homme riche qui a remarqué l'aînée et la plus jolie de ses filles. Ces dernières ont des comportements bien différents selon l'éducation qu'elles ont reçue ou qu'elles se sont donnée : si les deux aînées, Jane et Elizabeth, ont une conduite irréprochable et sont appréciées de leur père, si Mary, la moins jolie, affiche des prétentions intellectuelles et musicales, les deux plus jeunes sont laissées presque à l'abandon sous la supervision brouillonne de leur mère.

Les autres membres de la famille Bennet mis en scène par Jane Austen sont d'une part le frère et la sœur de Mrs Bennet, Mr Gardiner et Mrs Philips et d'autre part l'héritier désigné du domaine de Mr Bennet, son cousin, le sot et pompeux Collins. Mr Gardiner et Mrs Philips contribuent de manière significative au déroulement et au dénouement du récit, mais à un niveau et dans un registre différent reflétant leur appartenance sociale respective. Le personnage de Collins sert de lien entre la petite aristocratie campagnarde du Hertfordshire à laquelle appartiennent les Bennet et les grands propriétaires terriens que sont Lady Catherine de Bourg et Mr Darcy.

Les intérêts légaux, financiers ou affectifs qui unissent ou divisent les membres de la famille Bennet permettent à Jane Austen d'en construire une image fluctuante et de poser un certain nombre de questions sociétales propres à son époque, en particulier sur l'éducation des filles et la légitimité de certains comportements.

Famille Brontë

Anne, Emily et Charlotte Brontë, par leur frère Branwell (vers 1834). Lui-même s'était représenté, au milieu de ses sœurs. Les raisons pour lesquelles son portrait a été effacé demeurent aujourd'hui encore obscures.

La famille Brontë est une famille littéraire anglaise du XIXe siècle, dont la notoriété, qui s'étend à tous ses membres, est essentiellement due à la fratrie formée par trois sœurs, poétesses et romancières, Charlotte (née le ), Emily (née le ) et Anne (née le ). Elles publient des poèmes, puis des romans, d'abord sous des pseudonymes masculins. Leurs romans attirent immédiatement l'attention, pas toujours bienveillante, pour leur originalité et la passion qu'ils manifestent. Seul Jane Eyre, de Charlotte, connaît aussitôt le succès. Mais Wuthering Heights (Les Hauts de Hurlevent) d'Emily, Agnes Grey puis The Tenant of Wildfell Hall (La Recluse de Wildfell Hall) d'Anne sont admis plus tard parmi les grandes œuvres de la littérature.

Personne, parmi les ascendants, ne laisse présager les dons que les enfants manifestent dès leur plus jeune âge. Très proches, les trois sœurs et leur frère Branwell développent leur imagination en écrivant ensemble des histoires de plus en plus complexes, au contact d'un père très cultivé. La confrontation à la mort, de leur mère d'abord, puis surtout de leurs deux sœurs aînées, les marque profondément et influence leurs œuvres.

Leur propre destinée tragique, tout autant que leur précocité, ont beaucoup contribué à leur renommée et, par ricochet, à celle de leurs proches. Depuis leur disparition et même du vivant de leur père qui leur a survécu, la famille fait l'objet d'un culte s'étendant bien au-delà de l'Angleterre. Sa demeure, le presbytère de Haworth, aujourd'hui transformé en musée, est devenu un lieu de pèlerinage où se pressent, chaque année, des centaines de milliers de visiteurs venus du monde entier.

Fanny Price

Dessin en couleur de Fanny cousant vue par C. E. Brock

Fanny Price est un être de fiction créé par la femme de lettres britannique Jane Austen. Figure centrale du roman Mansfield Park, publié en 1814, elle est un personnage paradoxal qui ne présente que peu des traits de caractères qu'on attend en général d'une héroïne de roman et que possèdent, à divers degrés, les figures de femmes créées auparavant par Jane Austen : de l'esprit, de l'audace, de l'énergie. Au contraire, elle est frêle, timide, silencieuse, vulnérable, ce qui ne l'empêche pas de montrer, sous sa douceur et sa docilité, de la détermination et un constant refus des compromissions. Issue d'une famille pauvre et élevée par de riches parents qui lui font parfois inconsciemment sentir qu'ils l'ont accueillie par charité, elle se montre reconnaissante de toute marque d'affection à son égard. Persuadée de sa propre insignifiance, elle accepte sa situation subalterne sans se révolter, même si elle en souffre, et se contraint à l'humilité. Et elle triomphe finalement des épreuves sans vraiment agir et sans jamais faire de faux pas.

Sa passivité et sa parfaite moralité en font, à première vue, une piètre héroïne peu propre à séduire les lecteurs, voire un personnage impopulaire et controversé. Certains critiques se demandent d'ailleurs pourquoi Jane Austen a jugé bon de mettre au centre de son roman une héroïne aussi terne, alors que Mansfield Park est généralement considéré comme son œuvre la plus profonde et la plus aboutie. Mais, dans un monde en plein bouleversement, à l'aube de la révolution industrielle qui va profondément transformer la société britannique, Fanny Price, en sauvant Mansfield Park de la déliquescence et de la ruine morale, symbolise la tranquille résistance des vieilles valeurs stoïques de l'Angleterre rurale.

Figure de style

Substitution opérée par la métaphore : « Ils viennent les chevaux de la Mer ! » Huile sur toile par Walter Crane (1893).

Une figure de style, du latin figura, est un procédé d’expression qui s’écarte de l’usage ordinaire de la langue et donne une expressivité particulière au propos. On parle également de figure de rhétorique ou de figure du discours. Si certains auteurs établissent des distinctions dans la portée des deux expressions, l’usage courant en fait des synonymes.

Les figures de style, liées à l'origine à la rhétorique, sont l’une des caractéristiques des textes qualifiés de « littéraires ». Elles sont cependant d’un emploi commun dans les interactions quotidiennes, écrites ou orales, du moins pour certaines d’entre elles, comme l’illustrent par exemple les métaphores injurieuses du capitaine Haddock.

De manière générale, les figures de style mettent en jeu : soit le sens des mots (figures de substitution comme la métaphore ou la litote, l’antithèse ou l’oxymore), soit leur sonorité (allitération, paronomase par exemple) soit enfin leur ordre dans la phrase (anaphore, gradation parmi les plus importantes). Elles se caractérisent par des opérations de transformation linguistique complexes, impliquant la volonté stylistique de l'énonciateur, l'effet recherché et produit sur l'interlocuteur, le contexte et l'univers culturel de référence également.

Chaque langue a ainsi ses propres figures de style ; leur traduction pose souvent des problèmes de fidélité par rapport à l'image recherchée. Par conséquent, cet article ne traite que des figures de style en langue française.

Les figures de style constituent un vaste ensemble complexe de procédés variés et à l’étude délicate. Les spécialistes ont identifié, depuis l’Antiquité gréco-romaine (avec Cicéron, Quintilien) des centaines de figures de style et leur ont attribué des noms savants, puis ont tenté de les classer (Fontanier, Dumarsais).

La linguistique moderne a renouvelé l’étude de ces procédés d’écriture en introduisant des critères nouveaux, d'identification et de classement, se fondant tour à tour sur la stylistique, la psycholinguistique ou la pragmatique. Les mécanismes des figures de style sont en effet l'objet de recherches neurolinguistiques et psychanalytiques.

Fitzwilliam Darcy

Dessin en couleur de Mr Darcy, vu par C. E. Brock

Fitzwilliam Darcy est un personnage de fiction créé par la femme de lettres anglaise Jane Austen. Il est le protagoniste masculin principal de son roman le plus connu et le plus apprécié, Pride and Prejudice (Orgueil et Préjugés), paru en 1813. Il n'est jamais appelé par son prénom mais toujours Monsieur Darcy (Mr Darcy) par les dames et Darcy par son ami Charles Bingley, sa tante Lady Catherine de Bourg et par la voix narratrice.

Hôte de Bingley, qui vient de louer une belle propriété (Netherfield) près de la petite ville de Meryton dans le Hertfordshire, il est admiré au début par le voisinage, car il a de la prestance, et, surtout, il est le très riche (et célibataire) propriétaire d'un grand domaine dans le Derbyshire, Pemberley. Mais, considérant la société locale avec un mépris hautain et une morgue tout aristocratique, il suscite rapidement l'antipathie générale et plus particulièrement celle de la spirituelle Elizabeth Bennet, qu'il a regardée de haut à leur première rencontre, refusant sèchement de l'inviter à danser. Alors qu'elle éprouve à son encontre une animosité et un ressentiment durables, il se rend rapidement compte qu'elle l'attire beaucoup trop et qu'il serait prêt à se mésallier. Tout l'art de la romancière va consister à donner des occasions vraisemblables de rencontre à ces deux orgueilleux remplis de préjugés, dont elle surveille avec une ironie tendre et discrète l'évolution psychologique parallèle, à travers les quiproquos et les obstacles humains, sociaux et matériels, offrant à Darcy l'occasion de montrer ses réelles qualités de cœur.

Jane Austen a créé avec Darcy le plus complexe (intricate) et le plus élaboré de tous ses personnages masculins. Propriétaire terrien modèle, il possède une intelligence, des qualités humaines et une capacité à se remettre en question qui le rendent digne du cœur et de la main d'Elizabeth, « la plus admirable et la plus attachante des héroïnes » selon William Dean Howells. Dans un roman dont la popularité ne se dément pas, où Darcy est « le type même du beau prince qui épouse la bergère », il séduit le lecteur, selon Catherine Cusset, par « son caractère de beau ténébreux et sa fierté généreuse ».

Forme dans l'œuvre poétique de Robert Browning

Robert Browning, peint par Rudolph Lehmann.

L’œuvre poétique de Robert Browning (1812-1889) est ambitieuse, les recueils et les poèmes sont souvent longs (The Ring and the Book comprend plus de 20 000 vers et n’en connaît pas moins une grande popularité).

Le public a parfois été dérouté par l’originalité de la forme dans cette œuvre. Pendant longtemps, la critique s’est plutôt préoccupée de son sens ; aujourd’hui, en particulier avec les récents travaux d’universitaires français, l’accent est, justement, mis sur la forme, c’est-à-dire tous les éléments du discours qui concourent, autant que le sens des mots, à l’élaboration de la pensée et de la transmission de cette pensée.

Les poèmes de Browning se présentent sous la forme de monologues dramatiques, avec un locuteur s’exprimant le plus souvent à la première personne et s’adressant à un allocutaire silencieux mais non inerte. Ainsi, comme l’a montré Yann Tholoniat, il s’agit d’une poésie tout entière fondée sur l’oralité.

En cela, elle se démarque de celle de beaucoup de ses contemporains, en particulier de celle de Tennyson, l’autre grand poète victorien, plus porté, lui, sur l’euphonie des vers. Théâtre de la voix, démarche ironique, obscurité voire hermétisme du discours, intertextualité externe et interne, foisonnement de l’imagerie et du symbolisme, attirance pour le grotesque, syntaxe idiosyncrasique, style de la langue parlée, ponctuation très étudiée, polyphonie des voix, versification dotée d’une fonction structurelle autant que d’accompagnement, tels sont les grands aspects de cette technique d’expression.

François Villon

François Villon (Grand Testament de Maistre François Villon, 1489)

François de Moncorbier dit Villon (né en 1431 ou 1432 à Paris, disparu en 1463) est un poète français de la fin du Moyen Âge. Il est probablement l'auteur français le plus connu de cette période. Les romantiques en ont fait le précurseur des poètes maudits.

Les seules sources contemporaines dont nous disposons concernant Villon sont, outre ses propres écrits littéraires, six documents administratifs relatifs à ses procès. Ainsi, il faut soigneusement séparer les faits établis avec une quasi-certitude de la « légende Villon » à laquelle il a lui-même largement contribué en se mettant en scène dans ses œuvres.

En français moderne Villon se prononce [vijɔ̃] (comme « pavillon ») : la preuve en est apportée par le jeu des rimes comme dans la Ballade finale du Grand Testament, où le poète fait rimer son nom avec « carillon » ou « vermillon ». La prononciation à Paris, au XVe siècle, était différente comme pour le prénom, mais il ne viendrait à l'idée de personne de ne pas prononcer aujourd'hui François [fʀɑ̃swa] , donc par cohérence il faut dire [vijɔ̃] » pour Villon.


Frederick Wentworth

Frederick Wentworth et Anne Elliot en 1815 (C. E. Brock, 1909)

Le |capitaine Frederick Wentworth est un personnage de fiction créé par la femme de lettres britannique Jane Austen. Personnage masculin principal du roman Persuasion publié à titre posthume en 1818, il est le seul protagoniste austenien qui n'est ni clergyman (comme Henry Tilney, Edward Ferrars ou Edmund Bertram), ni membre de la gentry, puisqu'il n'est pas propriétaire d'un domaine (comme Mr Darcy, Mr Knightley ou le colonel Brandon). Il a gagné sa position sociale par ses qualités personnelles et sa fortune par ses actions militaires pendant les guerres napoléoniennes. Cette fortune lui permet maintenant de faire bonne figure dans la société et lui attire la considération, à une époque où l'aristocratie terrienne commence à perdre de son prestige.

Officier brillant et chanceux, il a rapidement gravi les échelons dans la Royal Navy pendant la guerre maritime. Démobilisé au printemps 1814, il rentre au pays, maintenant que la guerre est finie, auréolé de gloire et de prestige, enrichi par ses prises de guerre, et décidé à se marier et fonder une famille. Le hasard le ramène dans le Somerset, où sa sœur et son beau-frère, l'amiral Croft, ont loué Kellynch Hall, la propriété ancestrale de la famille Elliot. Il est accueilli à bras ouverts par leurs voisins, les Musgrove, dont les deux filles, Henrietta et Louisa, n'ont d'yeux que pour lui. Mais Anne Elliot, qu'il a passionnément aimée et demandé en mariage huit ans plus tôt, est là, elle aussi. À l'époque, jeune lieutenant confiant dans l'avenir mais sans fortune ni relations, il n'était « personne » pour sa noble famille et elle a rompu leurs fiançailles, sur les conseils de Lady Russell, sa marraine et amie, ce qu'il ne lui a pas pardonné. Il est prêt à se laisser séduire par la jeune et jolie Louisa Musgrove dont la vivacité et le caractère décidé lui plaisent, avant de comprendre qu'il a injustement mésestimé Anne, qu'elle seule compte pour lui et que, par sa faute, elle risque de lui échapper une seconde fois.

Ce personnage est, comme William Price dans Mansfield Park, inspiré par les deux frères marins de Jane Austen, Franck et Charles. Persuasion fait d'ailleurs une véritable apologie de la Royal Navy, « qui a tant fait pour nous », comme le dit Anne Elliot, et l'admission dans la bonne société d'un de ces hommes remplis de qualités, et qui ont bien mérité de la nation, constitue un élément essentiel dans le développement de l'intrigue.

Fée

La peinture montre une fée regardant vers le peintre. Elle est habillée d'une robe décolletée et des ailes sont visibles dans son dos. Sur sa tête, des papillons multicolores forment un bandeau. Ses longs cheveux dorés sont bouclés. Elle tient entre ses mains un sachet.

Une fée est un être imaginaire, généralement décrit comme anthropomorphe et du genre féminin, d'une grande beauté, capable de conférer des dons aux nouveau-nés, de voler, de lancer des sorts et d'influencer le futur. L'idée que l'Homme se fait des fées varie en fonction des cultures et des pays : revenants, anges déchus, élémentaires ou même humains, minuscules ou de taille humaine, toutes sont étroitement liées aux forces de la nature et au concept de monde parallèle. Ainsi, la Befana, la dame blanche, la sirène, les dryades, la fée Morgane et une grande variété d'êtres et de créatures généralement féminines sont considérés comme des « fées ». Les Anglo-Saxons utilisent le terme de « fairies » pour désigner les fées, mais également toutes les petites créatures anthropomorphes telles que les lutins, les nains et les elfes.

Issues des croyances populaires et de mythologies anciennes, de la littérature inspirée du folklore et des contes celtiques ainsi que d'anciennes divinités païennes, les fées sont une création de l'Occident médiéval. Elles jouent des rôles très variés, si elles aident, soignent, guident des personnes ou leur fournissent des armes enchantées, d'autres fées sont plus connues pour leurs « tours », leur habitude de danser en cercle et d'enlever des personnes, en particulier les nouveau-nés humains qu'elles remplacent par un changeling, ou encore celle de déguiser leur apparence et ce qui les entoure. Les fées font partie intégrante des croyances populaires dans des régions comme l'Écosse, l'Irlande, l'Islande et la Scandinavie, où des précautions à tenir envers elles ont été popularisées par le folklore, et sont également connues des folklores allemand, français et wallon. Au XXIe siècle, elles font toujours l'objet de croyances et de tous temps, des personnes ont affirmé les voir, communiquer avec elles ou invoquer leur aide.

Dès le XIIe siècle, deux grandes figures féeriques se distinguent dans la littérature d'Europe de l'Ouest : la fée marraine et la fée amante. Bien connues de la littérature médiévale, les fées disparaissent des récits à l'arrivée de la Renaissance, pour réapparaître sous de nouvelles formes dans Le Songe d'une nuit d'été de William Shakespeare, et les contes de fées qui modifient leur taille, leur apparence et leur symbolique. Les petites fées anglo-saxonnes sont popularisées durant l'époque victorienne, notamment par la peinture féerique. Elles sont désormais des personnages incontournables de la littérature fantastique et fantasy et du cinéma, entre autres grâce à Walt Disney qui les a largement popularisées aux États-Unis, à l'intérêt né des romans de Tolkien, et à des films comme Dark Crystal. Elles ont été abondamment étudiées et mises en avant par des spécialistes comme Katharine Mary Briggs, les illustrateurs Cicely Mary Barker, Brian Froud et Alan Lee, et l'elficologue Pierre Dubois à qui l'on doit, en France, la redécouverte du folklore qui leur est lié.

Grand Jument

La Grand Jument portant Gargantua, et urinant sur ses ennemis. Gravure sur acier anonyme, 1840.

La Grand Jument (ou grant jument, grand'jument) est une jument de taille gigantesque qui sert de monture aux géants dans plusieurs œuvres de la Renaissance. Issue de traditions médiévales elles-mêmes inspirées de la mythologie celtique, elle apparaît dans Les grandes et inestimables chroniques du grant et énorme géant Gargantua, rédigées en 1532, dans lesquelles Merlin la crée sur une montagne à partir d'ossements.

Ces Chroniques inspirent Rabelais, lequel reprend en grande partie ce récit et la jument comme monture de Gargantua dans La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, publié cinq ans plus tard. Affublée d'une description parodique, la jument, venue d'Afrique, noie ses ennemis sous son urine et rase tous les arbres de la Beauce, transformant la région en plaine.

Cet animal est issu d'un dragon primitif modeleur du paysage ou de la monture de plusieurs dieux celtes. Il partage la même origine que le cheval Bayard, d'après Henri Dontenville et Claude Gaignebet. Des toponymes lui sont dédiés, sans qu'un lien avec les écrits de la Renaissance ne soit forcément connu.

Henry David Thoreau

Daguerréotype de l'écrivain de juin 1856.

Henry David Thoreau, né David Henry Thoreau le à Concord (Massachusetts) où il est mort le , est un essayiste, enseignant, philosophe, naturaliste amateur et poète américain.

Son œuvre majeure est Walden ou la vie dans les bois, publiée en 1854, qui délivre ses réflexions sur une vie simple loin de la société, dans les bois, lors de sa « révolte solitaire ». Le livre La Désobéissance civile (1849), dans lequel il avance l'idée d'une résistance individuelle à un gouvernement jugé injuste, est considéré comme à l'origine du concept contemporain de non-violence. Abolitionniste toute sa vie, faisant des conférences et militant contre les lois sur les esclaves évadés et capturés, louant le travail des abolitionnistes et surtout de John Brown, Thoreau propose une philosophie de résistance non violente qui influence des figures telles que Léon Tolstoï, Gandhi et Martin Luther King.

Les livres, articles, essais, journaux et poésies de Thoreau remplissent vingt volumes. Surnommé le « poète-naturaliste » par son ami William Ellery Channing (1780 - 1842), Thoreau se veut un observateur attentif de la nature et ce surtout dans ses dernières années durant lesquelles il étudie des phénomènes aussi variés que les saisons, la dispersion des essences d'arbres ou encore la botanique. Les différents mouvements écologistes ou les tenants de la décroissance actuels le considèrent comme l'un des pionniers de l'écologie car il ne cesse de replacer l'homme dans son milieu naturel et appelle à un respect de l'environnement.

« Ma vie a été le poème que j'aurais voulu écrire » explique Thoreau dans un poème, car il est avant tout à la recherche de l'existence la plus authentique. Selon l'expression de Michel Barrucand : « Vivre fut sa profession, s'émerveiller sa raison d'être, écrire sa façon de se révolter ou de témoigner ».

Hypothèse Gaïa

« Car les métaphores sont plus que jamais nécessaires pour faire comprendre au plus grand nombre la véritable nature de la Terre et les périls mortels qui se profilent à l’horizon » — James Lovelock.

L'hypothèse Gaïa, appelée également hypothèse biogéochimique, est une hypothèse scientifique controversée, initialement avancée par l'écologue anglais James Lovelock en 1970, mais également évoquée par d'autres scientifiques avant lui, selon laquelle la Terre serait « un système physiologique dynamique qui inclut la biosphère et maintient notre planète depuis plus de trois milliards d'années en harmonie avec la vie ».

L'ensemble des êtres vivants sur Terre formerait ainsi un vaste superorganisme — appelé « Gaïa », d'après le nom de la déesse de la mythologie grecque personnifiant la Terre — réalisant l'autorégulation de ses composants pour favoriser la vie. Un exemple cité par Lovelock à l'appui de son hypothèse est la composition de l'atmosphère, qui aurait été régulée au cours du temps de manière à permettre le développement et le maintien de la vie.

L'hypothèse Gaïa repose sur un modèle scientifique qui se fonde sur plusieurs constatations écologiques, climatologiques, géologiques ou encore biologiques — à travers la notion d'éco-évolution notamment —, appelé Earth system science. Il en résulte un pronostic alarmiste quant à l'avenir de la biosphère, face au défi du changement climatique notamment.

L'hypothèse Gaïa est développée par James Lovelock dans plusieurs ouvrages : Les Âges de Gaïa (1990), La Terre est un être vivant, l’hypothèse Gaïa (1999), Gaïa. Une médecine pour la planète (2001) et La Revanche de Gaïa (2006) ; cet ouvrage brosse le tableau d'une planète devenue inhabitable pour l'homme. D'autres scientifiques, comme Lynn Margulis, reprennent l'hypothèse Gaïa, qui, depuis les travaux de Lovelock, a fait l'objet d'une abondante littérature scientifique et philosophique. Du modèle géobiochimique est née la géophysiologie qui, dans la continuité de l'hypothèse Gaïa, propose d'étudier toutes les interactions existantes au sein du système-Terre.

Jack Kerouac

Jack Kerouac, par Tom Palumbo vers 1956.

Jack Kerouac (prononcer [ˈkɛruːæk, ˈkɛrəwæk]) (né le 12 mars 1922 à Lowell, dans le Massachusetts, mort le 21 octobre 1969 à St. Petersburg, en Floride) est un écrivain et poète américain qui compte parmi les membres les plus importants du mouvement de la Beat generation en littérature.

Il est aujourd'hui considéré comme l'un des auteurs américains les plus importants du XXe siècle ; il est même pour la communauté beatnik le « King of the Beats ». Son style rythmé et immédiat, auquel il donne le nom de « prose spontanée », a inspiré de nombreux artistes et écrivains et en premier lieu le chanteur américain Bob Dylan. Les œuvres les plus connues de Kerouac, Sur la route, considéré comme le manifeste de la beat generation, Les Clochards célestes, Big Sur ou Le Vagabond solitaire, narrent de manière romancée ses voyages à travers les États-Unis. Le genre cinématographique du road movie est directement influencé par ses techniques et par son mode de narration.

Jack Kerouac a passé la majeure partie de sa vie partagé entre les grands espaces américains et l'appartement de sa mère à Lowell dans le Massachusetts. Ce paradoxe est à l'image de son mode de vie : confronté aux changements rapides de son époque, il a éprouvé de profondes difficultés à trouver sa place dans le monde, ce qui l'a amené à rejeter les valeurs traditionnelles des années 1950, donnant ainsi naissance au mouvement des « beatniks ». Ses écrits reflètent cette volonté de se libérer des conventions sociales étouffantes de son époque, et de sa quête d'un sens à son existence. Un sens qu'il a également cherché dans des drogues comme la marijuana et la benzédrine, dans l'alcool également, dans la religion et la spiritualité (notamment le bouddhisme), et dans une frénésie de voyages enfin.

« Jazz poet » comme il se définit lui-même, Kerouac vante les bienfaits de l'amour (la passion charnelle est pour lui « la porte du paradis »), proclame l'inutilité du conflit armé, quel qu'il soit, et considère que « seuls les gens amers dénigrent la vie ». Jack Kerouac et ses écrits sont vus comme précurseurs du mode de vie de la jeunesse des années 1960, celle de la Beat Generation, « qui a ébranlé la société américaine dans ses certitudes. Elle a directement inspiré aussi bien les mouvements de mai 1968 que l’opposition à la guerre du Vietnam, ou les hippies de Berkeley et Woodstock. Pourtant la Beat Generation a aussi contribué à enrichir le mythe américain. Sur la route, le roman le plus connu de Kerouac, est une ode aux grands espaces, à l’épopée vers l’ouest, à la découverte de mondes nouveaux. »

Jane Austen

Portrait de Jane Austen publié en 1870 dans A Memoir of Jane Austen, et gravé d'après une aquarelle de James Andrews de Maidenhead, elle-même tirée du portrait fait par Cassandra Austen.

Jane Austen (/ˈdʒeɪn ˈɔːstən/), née le à Steventon, dans le Hampshire en Angleterre, et morte le à Winchester, dans le même comté, est une femme de lettres anglaise. Son réalisme, sa critique sociale mordante et sa maîtrise du discours indirect libre, son humour décalé et son ironie ont fait d'elle l'un des écrivains anglais les plus largement lus et aimés.

Toute sa vie, Jane Austen demeure au sein d'une cellule familiale étroitement unie, appartenant à la petite gentry anglaise. Elle doit son éducation en grande partie à son père et à ses frères aînés, ainsi qu'à ses propres lectures. Le soutien sans faille de sa famille est essentiel pour son évolution en tant qu'écrivain professionnel. L'apprentissage artistique de Jane Austen s'étend du début de son adolescence jusqu'à sa vingt-cinquième année environ. Durant cette période, elle s'essaie à différentes formes littéraires, y compris le roman épistolaire qu'elle expérimente avant de l'abandonner, et écrit et retravaille profondément trois romans majeurs, tout en commençant un quatrième. De 1811 à 1816, avec la parution de Sense and Sensibility (publié de façon anonyme en 1811), Pride and Prejudice (1813), Mansfield Park (1814) et Emma (1816), elle connaît le succès. Deux autres romans, Northanger Abbey (achevé en fait dès 1803) et Persuasion, font tous deux l'objet d'une publication posthume en 1818 ; en janvier 1817, elle commence son dernier roman, finalement intitulé Sanditon, qu'elle ne peut achever avant sa mort.

L'œuvre de Jane Austen est, entre autres, une critique des romans sentimentaux de la seconde moitié du XVIIIe siècle et appartient à la transition qui conduit au réalisme littéraire du XIXe. Les intrigues de Jane Austen, bien qu'essentiellement de nature comique, c'est-à-dire avec un dénouement heureux, mettent en lumière la dépendance des femmes à l'égard du mariage pour obtenir statut social et sécurité économique. Comme Samuel Johnson, l'une de ses influences majeures, elle s'intéresse particulièrement aux questions morales.

Du fait de l'anonymat qu'elle cherche à préserver, sa réputation est modeste de son vivant, avec quelques critiques favorables. Au XIXe siècle, ses romans ne sont admirés que par l'élite littéraire. Cependant, la parution en 1869 de A Memoir of Jane Austen (Souvenir de Jane Austen), écrit par son neveu, la fait connaître d'un public plus large. On découvre alors une personnalité attirante, et, du coup, l'intérêt populaire pour ses œuvres prend son essor. Dans les années 1940, Jane Austen était largement reconnue sur le plan académique comme « grand écrivain anglais ». Durant la seconde moitié du XXe siècle, se multiplient les recherches sur ses romans, qui sont analysés sous divers aspects, par exemple artistique, idéologique ou historique. Peu à peu, la culture populaire s'empare de Jane Austen et les adaptations cinématographiques ou télévisuelles qui sont réalisées sur sa vie ou ses romans connaissent un réel succès. Il est généralement admis que l'œuvre de Jane Austen appartient non seulement au patrimoine littéraire de la Grande-Bretagne et des pays anglophones, mais aussi à la littérature mondiale. Elle fait aujourd'hui l'objet d'un culte, cependant de nature différente de celui qui est rendu aux Brontë.

Jean de la Croix

Saint Jean de la Croix.

Juan de Yepes Álvarez, devenu Jean de la Croix en religion (en espagnol : Juan de la Cruz), né à Fontiveros le et mort au couvent d'Ubeda le , est un saint et mystique espagnol. Il est souvent appelé le « saint du Carmel ».

Né dans une famille aristocrate espagnole, il fait ses études et devient carme. Voulant consacrer sa vie en devenant Chartreux, il fait la rencontre de Thérèse d'Avila, réformatrice de l'ordre du Carmel, qui lui demande de prendre en charge l'ordre masculin du carmel, ce qu'il accepte. Il fonde l'ordre des carmes déchaussés. Il accompagne spirituellement les sœurs de l'ordre du Carmel, avant d'être enfermé par les autorités de ce même ordre, qui refusent sa réforme. Jean de la Croix développe alors une forte expérience mystique, connue comme celle de La Nuit obscure (Noche oscura), qu'il décrit et développe tout au long de sa vie à travers des traités tels : La Montée du Carmel (Subida del Monte Carmelo), La Nuit obscure (Noche oscura), La vive flamme d'amour (Llama de amor viva), ou encore Le Cantique spirituel (Cántico espiritual), dans lesquels il cherche à décrire le chemin des âmes vers Dieu. Après avoir été nommé prieur de divers couvents de carmes déchaussés, il est à la fin de sa vie mis au ban de sa communauté, et meurt en décembre 1591.

Après sa mort, il est très vite considéré comme un saint et l'un des plus grands mystiques espagnols, au même titre que Thérèse d'Avila. L'Église catholique le béatifie en 1675 puis le canonise en 1726. Il est fêté le 14 décembre. Les querelles sur l'illuminisme conduisent cependant à remettre en cause ses écrits, mais c'est la reconnaissance de ses témoignages par Thérèse de Lisieux qui contribue à promouvoir l'importance de sa doctrine ; il est alors proclamé « docteur de l'Église » entre les deux guerres mondiales, le .

La richesse de sa poésie conduit à en faire l'un des plus grands poètes espagnols, et certains philosophes s'appuient sur ses écrits afin de conceptualiser le détachement. Il est depuis 1952 le saint patron des poètes espagnols.

John Henry Newman

John Henry Newman par Sir John Everett Millais (1881).

Le cardinal John Henry Newman, né à Londres le et mort à Edgbaston le , est un ecclésiastique britannique converti au catholicisme en 1845.

Étudiant à l'Université d'Oxford, il est ordonné prêtre anglican. Ses travaux sur les Pères de l'Église le conduisent à analyser les racines chrétiennes de l'anglicanisme et à défendre l'indépendance de sa religion face à l'État britannique, sous la forme de « tracts ». Ainsi naît le Mouvement d'Oxford, dont Newman est l'un des principaux acteurs. Ses recherches sur les Pères de l'Église et sa conception de l'Église l'amènent à se convertir au catholicisme, qu'il voit désormais comme la confession la plus fidèle aux racines du christianisme. C'est au cours de cette période qu'il écrit le célèbre poème Lead, kindly Light.

Théologien et christologue reconnu, il est l'une des figures majeures du catholicisme britannique, avec Thomas More, Henry Edward Manning et Ronald Knox. Il a exercé une influence considérable sur les intellectuels catholiques, notamment les auteurs venus de l'anglicanisme. Pour Xavier Tilliette, il apparaît comme « une grande personnalité singulière, une sorte de cierge pascal dans l'Église catholique du XIXe siècle ». Ses œuvres, dont la Grammaire de l'assentiment et l'Apologia Pro Vita Sua, sont une référence constante chez des écrivains tels que G. K. Chesterton, Evelyn Waugh ou Julien Green, mais aussi pour des théologiens et des philosophes comme Avery Dulles, Erich Przywara et Edith Stein, qui a traduit en allemand son ouvrage L'Idée d'université.

John Henry Newman a été proclamé vénérable par la Congrégation pour les causes des saints en 1991. Il a été béatifié à Birmingham, le , par le pape Benoît XVI.

Karl Kraus

Couverture du cahier n°272-273 de Die Fackel (1909).

Karl Kraus est un écrivain autrichien né le 28 avril 1874 à Jičín (aujourd'hui en République tchèque) et mort le 12 juin 1936 à Vienne, ville dans laquelle il a vécu toute sa vie.

Auteur d'une œuvre monumentale qui n'est que très partiellement traduite en français, dramaturge, poète, essayiste, il a aussi et surtout été un satiriste et un pamphlétaire redouté qui dénonçait avec la plus grande virulence, dans les pages de Die Fackel, la revue qu'il avait fondée et dont il a pendant presque quarante ans été le rédacteur à peu près exclusif, les compromissions, les dénis de justice et la corruption, et notamment la corruption de la langue en laquelle il voyait la source des plus grands maux de son époque et dont il tenait la presse pour principale responsable.


L'Histoire de Henry Esmond

L'Histoire de Henry Esmond (titre complet : L'Histoire du sieur Henry Esmond, colonel au service de Sa Majesté la reine Anne, écrite par lui-même) est un roman de William Makepeace Thackeray (1811-1863) composé de 1851 à 1852, c'est-à-dire dans la période de maturité de l'auteur et publié la veille de son départ pour l'Amérique, à l'automne de 1852.

Contrairement à la pratique de l'époque, L'Histoire de Henry Esmond n'est pas édité en feuilleton, mais directement en un ensemble de trois volumes (un three-decker, roman « à trois-ponts »), conçu comme une unité et revu avec soin ; afin de le mener à bien, Thackeray a dû compléter les recherches historiques qu'il a menées sur le XVIIIe siècle pour la rédaction de son ouvrage précédent, Les Humoristes anglais du XVIIIe siècle. À sa sortie, le livre est acclamé comme une prouesse technique : « Je ne peux pas faire mieux… », confirme l'auteur.

Depuis que, quatre ans et trois grossesses après leur mariage en 1836, son épouse d'origine irlandaise Isabella Gethin, née Shawe (1816-1893), victime d'une dépression incurable, a été internée, Thackeray vit en célibataire, quoique entouré de ses deux filles et de sa grand-mère ; il fréquente les cercles littéraires de la capitale et entretient une relation d'amitié privilégiée avec Jane Brookfield, l'épouse d'un de ses amis connus à Cambridge, le révérend William Brookfield. Ce drame familial et son amour platonique avec Jane laissent dans sa vie des traces profondes auxquelles le roman fait écho.

L'Histoire de Henry Esmond est un ouvrage complexe dont les multiples facettes ont été abondamment discutées. Certains critiques, comme le romancier G. P. R. James, contemporain de Thackeray, veulent y voir un roman d'aventures et un roman historique, d'autres le considèrent comme un roman d'amour autobiographique. Les recherches menées dans les années 1940-1950 ont conduit certains auteurs à penser qu'il était les trois à la fois, ce qui le fait paraître touffu : le professeur Geoffrey Tillotson (1905-1969), universitaire spécialiste de la littérature anglaise du XVIIIe siècle, écrit à son propos qu'il s'agit d'un véritable « puzzle » (a jigsaw).

Selon Raymond Las Vergnas (1902-1994), qui fut l'un des principaux traducteurs de Thackeray en français, « Esmond […] occupe dans la carrière [de son auteur] le moment central […] œuvre littéraire à l'état pur, par [s]a puissance proprement esthétique […] [c'est] le triomphe artistique de Thackeray ».

La Nuit (Wiesel)

Elie Wiesel à Buchenwald, seconde rangée, septième à partir de la gauche, 16 avril 1945

La Nuit est un récit d'Elie Wiesel fondé sur son expérience lorsque, jeune juif orthodoxe, il fut déporté avec sa famille dans le camp d'extermination nazi d'Auschwitz, puis dans le camp de concentration de Buchenwald, dont il fut libéré le 11 avril 1945, à l'âge de 16 ans.

La Nuit est le premier volume d'une trilogieLa Nuit, L'Aube, et Le Jour – reflétant l'état d'esprit de l'auteur pendant et après la Shoah. Les titres marquent sa transition de l'obscurité à la lumière, selon la tradition juive de compter le début d'un nouveau jour à partir du crépuscule, en suivant Gen 1:5 : « Il y eut un soir et il y eut un matin : jour un. » « Dans La Nuit », dit Elie Wiesel, « je souhaitais montrer la fin, la finalité de l'événement. Tout tendait vers une fin – l'homme, l'histoire, la littérature, la religion, Dieu. Il ne restait rien. Pourtant, nous recommençons avec la nuit ».

La Petite Dorrit

Couverture du numéro III, février 1856

La Petite Dorrit (Little Dorrit), onzième roman de Charles Dickens (1812-1870), est le deuxième d'une série de trois romans politiques et sociaux, publié en vingt feuilletons mensuels comptant pour dix-neuf, de décembre 1855 à juin 1857 par Bradbury and Evans. C'est le plus politique des romans de Dickens et aussi celui dont la structure est la plus symbolique : il est en effet divisé en deux livres, le premier intitulé « Pauvreté » et le second « Richesse », chacun comptant dix numéros parus au prix de 1 shilling, la dernière livraison en ayant réuni deux.

Œuvre satirique, il dénonce les institutions du royaume, en particulier celle de la prison pour dettes où sont enfermés les débiteurs sans qu'ils puissent travailler, en l'occurrence, la prison de Marshalsea, que Dickens connaît bien car son père y a été retenu.

Les autres dénonciations de Dickens portent sur l'insécurité des travailleurs de l'industrie, les conditions de leur emploi, la bureaucratie du ministère des Finances (H M Treasury), le jargon technocrate, que Dickens recense au livre I, chapitre 10, dans la célèbre liste du Circumlocution Office, le « ministère des Circonlocutions », de même que la séparation et le manque de communication entre les classes sociales.

D'après Paul Davis, la passivité du héros et de l'héroïne, la complication et l'obscurité de l'intrigue relative à l'héritage perdu, la noirceur du tableau social rendent cette histoire à la fois sombre et ambiguë. Elle se présente, en effet, comme une sorte d'anatomie de la société victorienne qu'obsèdent la richesse et le pouvoir, qu'enserre un corset de traditions profitant aux classes dites privilégiées et que plombe une religion oppressive et stérile. La lutte que mènent Amy Dorrit et Arthur Clennam pour se libérer de ces chaînes sociales, la rédemption finale et l'espérance nouvelle ne suffisent pas, selon lui, à lever le voile de ténèbres dont l'œuvre semble enveloppée.

De fait, le roman a fait l'objet de nombreuses critiques à sa parution, pour son humeur sombre et son intrigue compliquée justement, ce qui n'a nullement nui aux ventes qui ont dépassé toutes celles des parutions précédentes. Cependant certains auteurs l'ont plus tard réhabilité, en particulier G. B. Shaw (1856-1950) qui le juge « plus séditieux que Le Capital de Karl Marx » et l'appelle « le chef-d'œuvre des chefs-d'œuvre » (« the masterpiece of masterpieces »), Lionel Trilling qui le range parmi les plus profonds ouvrages du XIXe siècle, et Angus Wilson, sensible surtout à « la grisaille du mal qui recouvre le monde » (« the all-pervading grey evil of the world »). Paul Schilcke résume l'opinion actuelle en écrivant que La Petite Dorrit en est venu à être admiré comme l'une des plus grandes œuvres de Dickens.

La Provinciale

William Wycherley en 1675

La Provinciale, qui existe aussi en français sous le titre L'Épouse campagnarde (titre original : The Country Wife), est une pièce de théâtre écrite en 1675 par le dramaturge anglais William Wycherley. Cette comédie, qui s'inscrit dans le courant de la littérature de la Restauration anglaise, reflète la liberté que permit le nouveau régime en matière d'art théâtral, en véhiculant une idéologie à la fois aristocratique et anti-puritaine qui lui valut d'être très controversée en raison de son obscénité. La pièce s'inspire de diverses œuvres de Molière, en intégrant des adaptations conformes aux exigences du public anglais de l'époque : dialogues en langage familier en prose en lieu et place des vers de Molière, intrigue rythmée et complexe, abondance de plaisanteries graveleuses. L'intrigue s'articule autour de deux axes principaux, dans le registre de l'irrévérencieux : l'histoire d'un débauché qui feint d'être impuissant pour avoir, en toute impunité, des aventures avec des femmes mariées, et l'arrivée à Londres d'une jeune « provinciale » ingénue, avec sa découverte des plaisirs de la vie citadine, et tout particulièrement des séduisants Londoniens.

Lanzelet

Ulrich von Zatzikhoven.jpg

Lanzelet est un roman du cycle arthurien en moyen haut-allemand écrit vers 1200 par l'auteur de langue allemande Ulrich von Zatzikhoven. Composé de 9 444 vers, le roman raconte l'histoire et les aventures du chevalier Lanzelet. Il est le premier roman allemand de Lancelot, les autres grands auteurs médiévaux allemands comme Walther von der Vogelweide, Hartmann von Aue et Wolfram von Eschenbach ayant rédigé leurs œuvres sur d'autres thèmes.

Le Lanzelet de Zatzikhoven est la transcription en allemand d'un « livre français ». On retrouve dans l'œuvre des similitudes avec le Lancelot de Chrétien de Troyes comme l'enlèvement de Lancelot à sa naissance. Toutefois, le Lanzelet s'en détache fortement. Si celui de Chrétien est constamment en proie à des déchirements intérieurs, celui de Zatzikhoven ne rencontre aucune crise existentielle. Les intrigues des deux romans sont également radicalement différentes.

Le roman de Zatzikhoven ne compte cependant pas parmi les romans allemands majeurs du cycle arthurien. S'il a fait l'objet d'études au XIXe siècle siècle, le Lanzelet a longtemps été déprécié au sein de la germanistique allemande. Le philologue Karl Lachmann parle d'un roman riche dans la langue mais pauvre dans la représentation. Il faut attendre les années 1970 pour que des auteurs comme René Pérennec le réhabilitent.

Le Conte de deux cités

Couverture, par Phiz.

Le Conte de deux cités, parfois intitulé en français Le Conte de deux villes ou Paris et Londres en 1793 (en anglais A Tale of Two Cities, A Story of the French Revolution), est publié en feuilleton hebdomadaire du 30 avril au 25 novembre 1859 dans la revue All the Year Round, que Dickens vient de fonder ; dans le même temps, il paraît en fascicules mensuels avec des illustrations de Phiz, et aux États-Unis dans Harper's Weekly mais avec un léger décalage (de mai à décembre 1859).

Douzième roman de Charles Dickens, il appartient à sa dernière période, « plus empreinte de gravité » (a graver man), selon Sidney Dark, et « plus soigneuse de la création artistique » (a more careful literary artist). Il se situe au temps de la Révolution française à Paris et à Londres, les « deux cités » du titre, et culmine en 1793 à Paris sous la Terreur.

Sylvère Monod écrit du Conte de deux cités et des Temps difficiles que ce sont les « deux œuvres les moins dickensiennes de Dickens ». Il lui paraît nécessaire, dans un premier temps, « d[e les] étudier ensemble […] et séparées du reste du roman dickensien ». Elles sont plus courtes que les autres, « le souffle de Dickens s'y fait excessivement court », ajoute-t-il, et cela est d'abord dû à des contraintes de publication, « auxquelles il répugnait ». Pour autant, après avoir détaillé les circonstances de la genèse et de la publication des deux ouvrages, il les considère séparément, le premier classé « roman social », et le second, après Barnaby Rudge, « roman historique, ou semi-historique ».

Dickens a cherché, selon lui, à atteindre deux buts : présenter et imposer à son public l'image et l'idée qu'il se fait de la Révolution française, et associer dans un même récit deux villes qui lui sont devenues presque également chères. En conséquence, « ce roman historique [va] être un roman à thèse, et l'alternance ou le chevauchement des scènes se déroulant dans deux décors différents [va] exiger une construction ingénieuse et serrée ». Mais le deuxième but n'est pas atteint « en ce sens que A Tale of Two Cities n'a rien d'une histoire des deux villes ». Chesterton le trouve pourtant excellemment construit, intégrant parfaitement la vie des gens ordinaires dans les grands événements publics, et associant « pathétique et dignité » (dignity and pathos), ce qui est une manière de louer sa sobriété dramatique. Quant à Andrew Sanders, il corrobore le jugement de Chesterton en soulignant le savant agencement de l'intrigue et la subtile intégration des drames personnels aux décors chargés d'histoire.

Le roman est en général peu prisé des critiques, notamment, d'après Margaret Drabble, en raison de son manque d'humour, mais, vendu à plus de deux millions d'exemplaires, il reste l'une des œuvres les plus populaires de Dickens, tant sous sa forme écrite que dans ses versions adaptées pour le théâtre et l'écran ; il a également inspiré plusieurs comédies musicales et un opéra.

En France, le jury de l'agrégation d'anglais l'a retenu à son programme pour le concours de 2013 en recommandant l'édition d'Oxford : Charles Dickens, A Tale of Two Cities [1859], Andrew Sanders, coll. « Oxford World’s Classics », .

Le Hobbit

Tranches des réimpressions de la deuxième édition américaine de Houghton Mifflin de Bilbo le Hobbit.

Le Hobbit (The Hobbit) ou Bilbo le Hobbit est un roman de fantasy de l’écrivain britannique J. R. R. Tolkien. Il raconte les aventures du hobbit Bilbo, emmené bien malgré lui par le magicien Gandalf et une compagnie de treize nains dans leur voyage vers la Montagne Solitaire, à la recherche du trésor gardé par le dragon Smaug.

Rédigé de manière intermittente de la fin des années 1920 au début des années 1930, Le Hobbit n’a d’autre but à l’origine que de divertir les jeunes enfants de Tolkien. Le manuscrit inachevé circule parmi les proches de l’écrivain et arrive finalement chez l’éditeur londonien Allen & Unwin, qui demande à Tolkien d’achever le récit et de l’illustrer.

Le Hobbit paraît le au Royaume-Uni. C’est la première œuvre publiée qui explore l’univers de la Terre du Milieu, sur lequel Tolkien travaille depuis une vingtaine d’années. Elle rencontre un franc succès critique et commercial, qui incite Allen & Unwin à réclamer une suite à son auteur. Cette suite devient le roman le plus connu de Tolkien : Le Seigneur des anneaux, une œuvre beaucoup plus complexe et sombre. Le souci de cohérence entre les deux ouvrages pousse l’écrivain à procéder à des révisions du texte du Hobbit, concernant en particulier le rôle de Gollum.

Le Hobbit a connu des adaptations sur de nombreux supports : au théâtre, à la radio, en téléfilm d'animation, en jeux de société et en jeux vidéo. Une adaptation cinématographique en trois volets, réalisée par Peter Jackson, est en projet. Le premier film est sorti en France le .

Le Livre des snobs

Première de couverture de l'édition originale.

Le Livre des snobs, par l'un d'entre eux, en anglais The Book of Snobs, by One of Themselves, est un ouvrage de William Makepeace Thackeray ['θækəri] (1811-1863), écrivain anglais de l'époque victorienne, publié en 1848. Le livre reprend une série d'articles hebdomadaires parus dans Punch sous le titre « The Snobs of England, By One of Themselves » (« Les Snobs d'Angleterre, par l'un d'entre eux »), œuvre pseudonymique dont le personnage principal s'appelle Snob. Il s'agit donc des confessions ou des mémoires d'un snob.

Thackeray, encore réticent à s'afficher au grand jour, se dérobe sous des noms de plume, ce qui rattache Le Livre des snobs à sa production antérieure (il signe de son nom plus tard, lors de la deuxième édition de Mémoires de Barry Lyndon, en 1856). Il y a eu Yellowplush, Wagstaff, Major Fitz-Boodle, Titmarsh, Deuceace ; voici Mr Snob qui représente le niais et son contraire, l'anti-niais, puisqu'il les dénonce tout en étant « l'un d'entre eux ».

Dans Le Livre des snobs, Thackeray procède à l'inventaire des différents groupes sociaux, en Angleterre et à l'étranger, en France principalement, ainsi que de divers types d'hommes dont il montre avec virtuosité et humour qu'ils sont frappés de la même maladie, le snobisme. Ce mal endémique prend des formes diverses, mais qui se fondent toutes sur les mêmes anti-valeurs que Thackeray résume en deux phrases : « give importance to unimportant things » (« donner de l'importance à des choses sans importance »), ou encore « meanly admire mean things » (« admirer petitement de petites choses »).

À sa parution, l'ouvrage a été diversement accueilli. Peu de confrères écrivains, à part Anthony Trollope qui l'a ardemment défendu, lui ont décerné des éloges. Il a été jugé trop virulent et iconoclaste. Pourtant, la morale que défend Thackeray, parfois en véritable prédicateur, est empreinte de bon sens ; malgré la satire souvent féroce exercée à l'encontre des sociétés anglaise et française, et de l'humanité en général, les valeurs sous-tendant l'architecture de la pensée relèvent d'un humanisme plutôt bienveillant et profondément ancré dans la foi chrétienne.

Le Livre des snobs a largement contribué à donner au mot snob le sens qui est le sien aujourd'hui et à clarifier la notion, la parution de l'ouvrage, d'après l'historien des idées Frédéric Rouvillois, établissant « l'acte de baptême du snobisme ».

Le Magasin d'antiquités

Couverture du Master Humphrey's Clock, 1840, par George Cattermole et Hablot Knight Browne (Phiz).

Le Magasin d'antiquités, en anglais The Old Curiosity Shop, est, avec Barnaby Rudge, l'un des deux romans que Charles Dickens (1812-1870) a publiés, en compagnie de quelques nouvelles, dans son anecdotique et éphémère revue L'Horloge de Maître Humphrey, parue de 1840 à 1841, puis en un volume en 1841. Master Humphrey est censé être le narrateur des premiers chapitres, puis l'histoire est confiée à une autre voix, sans solution de continuité entre l'une et l'autre.

Il concerne la jeune Nell Trent (la petite Nell) qui vit avec son grand-père maternel, dont le nom n'est jamais révélé, dans une vieille maison de Londres appelée « The Old Curiosity Shop », car elle comprend en rez-de-chaussée un magasin d'antiquités bourré, selon Gilbert Keith Chesterton, d'« objets grotesques et sinistres, d'armes bizarres, de décorations en volutes diaboliques ».

Centrée sur les deux protagonistes, le grand-père et la petite-fille, l'intrigue est d'abord marquée par le mystère. Pourquoi cette situation ? Pourquoi l'absence du vieil homme pendant la nuit ? Bientôt, cependant, le voile se déchire avec l'intervention de plus en plus appuyée du nain Daniel Quilp, aussi difforme d'aspect que roué et cruel de tempérament. Divers comparses prennent également substance, soit du côté du couple des protagonistes, soit de celui de ses persécuteurs. Jusqu'au jour où, par une décision dont l'enfant a l'idée, l'intrigue s'ouvre brusquement sur le monde et bascule dans le champ du picaresque, avec l'errance, l'aventure de la route, les rencontres inopinées. Dès lors, le pathos, déjà appuyé dans la première partie, s'amplifie jusqu'à devenir extrême, Dickens ayant, sans rémission possible, fondé son histoire sur le sort pitoyable d'une orpheline et d'un vieillard, qui plus est en situation de faiblesse et en butte à l'adversité, les deux suscitées par la convoitise et la concupiscence des plus vils.

La mort de la petite Nell, bientôt suivie de celle de son grand-père, reste l'un des événements les plus célèbres de la fiction anglaise ; à l'époque de la parution des feuilletons, elle a suscité une vague de réactions jusqu'alors inédite : des milliers de lecteurs, des hommes semble-t-il, ont imploré Dickens de garder l'enfant en vie, puis des milliers d'autres ont exprimé leur deuil de sa disparition qui a pris l'envergure d'une catastrophe nationale.

The Old Curiosity Shop a d'emblée connu un succès considérable que le temps n'a pas démenti, quoique les critiques se soient peu à peu détournés du pathos qu'il contient. Il a été dès 1909 porté à l'écran et, depuis, les adaptations filmiques ou télévisuelles se succèdent.

La plus récente traduction en français est celle de Sylvère Monod et Marcelle Sibon dans la Bibliothèque de la Pléiade.

Le Maître chat ou le Chat botté

Le Maître chat ou le Chat botté Première version manuscrite et illustrée, 1695.

Le Maître chat ou le Chat botté est un conte français en prose racontant l'histoire d'un chat qui utilise la ruse et la tricherie pour offrir le pouvoir, la fortune et la main d'une princesse à son maître mal-né et sans-le-sou. Ce conte fut écrit à la fin du XVIIe siècle par Charles Perrault (1628-1703). La première version connue provient d'un manuscrit illustré, intitulé Les Contes de ma mère l'Oye, et paru en 1695, soit deux ans avant la publication du recueil de huit contes de Perrault Histoires ou contes du temps passé, avec des moralités par Barbin en 1697. Le Chat botté connut instantanément le succès et reste populaire de nos jours, malgré une morale ambiguë.

Il existe de très nombreuses analyses et études, basées sur ses personnages et ses thèmes, concernant la symbolique et la morale de ce conte. Le Maître chat ou le Chat botté peut être vu comme un récit initiatique au travers du combat contre l'ogre par exemple, ou un reflet des mœurs de l'époque de Perrault (investiture royale, rôle de la bourgeoisie, droit d'aînesse…) tout comme une histoire immorale faisant l'apologie de la ruse et de la tricherie sur le travail honnête. On y retrouve aussi de très vieux thèmes populaires liés à des motifs indo-européens et au culte des animaux attesté un peu partout dans le monde, sous le vernis de l'influence culturelle française à la fin du Grand Siècle.

Le Chat botté connaît une diffusion fulgurante et mondiale, au point d'inspirer des dessinateurs, compositeurs, chorégraphes, et de nombreux autres artistes. Ce Chat apparaît notamment dans le troisième acte « pas de caractère » du ballet La Belle au bois dormant de Tchaikovsky et jusqu'à l'époque moderne, ses adaptations sont multiples, depuis le théâtre jusqu'aux films et aux romans ou à la bande dessinée, en passant par les parodies, comme l'atteste le personnage du Chat potté.

Le Mystère d'Edwin Drood

Couverture du numéro du 6 septembre 1870 par Charles Allston Collins.

Le Mystère d'Edwin Drood (The Mystery of Edwin Drood) est le quinzième et dernier roman de Charles Dickens, mort subitement en avant qu'il puisse le compléter, épuisé par une tournée d'adieu de douze lectures publiques de ses œuvres. Seules six des douze livraisons mensuelles projetées ont été publiées par Chapman & Hall d'avril à , avec des illustrations de Samuel Luke Fidles et une couverture de Charles Allston Collins. Paru en volume le 31 avril de cette même année avec des illustrations de Marcus Stone, le roman, quoique donnant quelques indications sur la suite qui lui aurait été destinée, laisse de nombreux mystères, que critiques et écrivains s'essayent à élucider sans discontinuer depuis 1870.

L'histoire se déroule à Cloisterham, ville imaginaire inspirée à Dickens par Rochester, dans le Kent, dont la topographie, l'architecture et l'atmosphère, bien connues de lui, qui a passé une partie de son enfance dans la ville voisine de Chatham, sont fidèlement évoquées. Elle concerne surtout le jeune Edwin Drood, orphelin promis par testament à Rosa Bud, elle aussi orpheline, union assortie d'une coquette fortune. Edwin Drood est très lié à son oncle Jasper, personnage divisé, adepte des fumeries d'opium de Londres, ainsi que chantre, maître de chœur à la cathédrale de la ville et secrètement amoureux de sa future nièce. D'autres personnages assez mystérieux, comme les jumeaux Neville et Helena Landless, venus de Ceylan, compliquent les relations liant les divers acteurs de l'histoire.

Edwin et Rosa finissent par renoncer à leur union ; soudain, Edwin disparaît, et le manuscrit s'interrompt bientôt ; faute de suite, commence ce que Paul Schlicke a appelé « l'industrie de la résolution du mystère », qui se désigne aussi par « la littérature droodienne » (Droodian literature), longue série d'investigations, d'hypothèses, de solutions et fins en tous genres ; les spéculations, d'ailleurs, continuent à alimenter la chronique des faits divers de la littérature, le dernier avatar en étant l'adaptation télévisuelle du roman en deux parties, avec une suite annoncée comme « définitive », que BBC2 diffuse les 10 et .

Pour autant, le dernier livre de Dickens, qui, certes, s'apparente à un roman policier, peut aussi être lu comme la « culmination des thèmes et des motifs de ses précédents ouvrages » (« the culmination of themes and motifs in his earlier works »), ce que d'éminents critiques comme Edmund Wilson et Angus Wilson s'attachent à analyser.

Le Roman de la Rose (Jean Renart)

De nombreux manuscrits d'œuvres lyriques de la fin du XIIIe siècle sont peu décorées. Ici une page d'un poème d'Arnaut Daniel, Bibliothèque apostolique vaticane,  lat. 5232, f.39r

Le Roman de la Rose, appelé aussi Guillaume de Dole, en particulier par les commentateurs de langue anglaise pour éviter toute confusion avec les ouvrages homonymes, est un long poème de 5 656 vers en langue d'oïl, écrit dans le premier tiers du XIIIe siècle. Le seul exemplaire existant de ce texte se trouve dans un manuscrit rédigé à la fin du XIIIe siècle, conservé à la Bibliothèque apostolique vaticane et contenant trois autres romans connus par ailleurs, Le Chevalier de la Charrette et Le Chevalier au Lion de Chrétien de Troyes et Meraugis de Portlesguez de Raoul de Houdenc. Le manuscrit n'est pas signé, mais les médiévistes s'accordent pour l'attribuer à Jean Renart.

Cette œuvre complexe et intrigante, sous une apparente simplicité, tient à la fois du roman de chevalerie et du roman courtois, mais rompt avec la tradition par son souci du réalisme géographique et de la vraisemblance psychologique, faisant évoluer ses protagonistes pseudo-historiques (l'empereur d'Allemagne Conrad, son ménestrel favori, son sénéchal, le preux chevalier Guillaume de Dole et sa sœur la belle Liénor, la « pucelle à la rose »), dans un cadre géographique et parmi des personnages secondaires bien réels et contemporains de l'auteur.

Les lecteurs et « tous ceux qui l'entendront chanter et lire » sont invités dans le prologue à découvrir « une histoire d'armes et d'amour ». Cette histoire, contée dans un style alerte et concis teinté d'une aimable ironie, se déroule dans un monde élégant, à l'art de vivre joyeux et raffiné, que de nombreux détails réalistes et concrets rendent particulièrement vivant. Nouveauté supplémentaire, sont adroitement intégrées au récit, sans qu'elles en rompent le déroulement, quarante-six chansons de genres très variés, chansons de toile, pastourelles, chansons de trouvères et de troubadours, ce qui fait de ce texte la plus ancienne anthologie de chansons en français.

La rareté des manuscrits conservés de Jean Renart ne permet pas de savoir si son œuvre a connu la célébrité en son temps, mais le procédé d'insertion de chansons a eu rapidement beaucoup de succès chez les trouvères et fait des émules. Depuis le début du XXe siècle les études critiques se sont multipliées et certains commentateurs commencent à s'interroger sur les liens possibles entre Le Roman de la Rose de Guillaume de Lorris et celui de Jean Renart.

Les Aventures d'Arthur Gordon Pym

Gravure de Voyage au pôle sud et dans l'Océanie (expédition de Dumont d'Urville).

Les Aventures d'Arthur Gordon Pym (titre original en anglais : The Narrative of Arthur Gordon Pym of Nantucket) est le titre de l'unique roman achevé par Edgar Allan Poe, publié en 1838 aux États-Unis et en Angleterre. Charles Baudelaire en donne une première traduction française en 1858.

Présenté par ses éditeurs comme le récit d'un authentique voyage de découverte aux confins inexplorés de l'océan Antarctique, l'ouvrage a été éreinté par la critique anglo-américaine lors de sa parution et quasiment renié plus tard par son auteur. Baudelaire lui-même exprima initialement des réserves face à ce roman d'aventures exubérant, non dénué d'invraisemblances et de défauts de construction, qui par la suite impressionna profondément des lecteurs tels que Jorge Luis Borges, Jules Verne, Howard Phillips Lovecraft ou encore Gaston Bachelard.

L'odyssée énigmatique d'Arthur G. Pym, le mystère qui plane autour de sa disparition au large du pôle sud, ainsi que la nature de la « silhouette voilée » qui clôt le récit ont par ailleurs donné lieu aux interprétations les plus diverses et les plus contradictoires.

Les Grandes Espérances

Publicité pour Les Grandes Espérances en couverture d'All the Year Round.

Les Grandes Espérances ou De grandes espérances (en anglais Great Expectations) est le treizième roman de Charles Dickens (1812-1870), le deuxième, après David Copperfield, à être raconté entièrement à la première personne par le protagoniste lui-même, Philip Pirrip, dit Pip. Le sujet principal en est la vie et les aventures d'un jeune orphelin jusqu'à sa maturité. D'abord publié en feuilleton de décembre 1860 à août 1861 dans le magazine de Dickens All the Year Round, il paraît ensuite en trois volumes chez Chapman and Hall en octobre 1861.

Conçu pour être deux fois plus long, le roman doit son format à des contraintes de gestion affectant la revue à laquelle il est confié. Ramassé et dense, avec une économie de moyens inhabituelle chez Dickens, il représente, par l'équilibre de sa structure, la perfection de son déroulement et l'aboutissement des intrigues, l'apogée de la maturité de son auteur. Il se situe dans la dernière partie de sa carrière, « l'après-midi de sa vie et de sa gloire » (the afternoon of his life and glory) selon G. K. Chesterton, et après lui, seul à être complet, ne paraît que L'Ami commun.

L'histoire commence vers 1812, comme la prime enfance de Dickens passée dans le même comté rural du Kent, pour se terminer vers 1846. D'emblée, le lecteur est « régalé » (treated) par la terrifiante rencontre entre le héros et le forçat évadé Abel Magwicth ; Great Expectations est un livre violent, marqué par des images extrêmes, la pauvreté, les bateaux-prisons au large, the hulks, les entraves et les chaînes, les luttes à mort. Il associe donc une intrigue nourrie de rebondissements imprévus à une posture autobiographique comprenant différentes tonalités de remémoration, et, indépendamment de sa technique narrative, il reflète sinon les événements de la vie, du moins les préoccupations de l'auteur, et surtout sa conception de la société et de l'homme.

Les Grandes Espérances présentent une panoplie de personnages hauts en couleur, qui sont restés dans la conscience populaire : l'implacable Miss Havisham et Estella à la beauté glacée, Joe le forgeron tout raison et bonté, l'oncle Pumblechook, à la fois débonnaire et desséché, la figure coupante de l'avoué Jaggers, celle, à deux facettes, de son double opposé Wemmick, l'ami disert et sage Herbert Pocket.

En un long et convulsif processus de changement, les thèmes conflictuels, classiques chez Dickens, de la richesse et de la pauvreté, de l'amour et du rejet, du snobisme et de l'amertume, finissent par céder peu ou prou le pas au pouvoir de la bonté et à sa victoire sur les forces de l'obscurantisme et du mal...

Les Papiers posthumes du Pickwick Club

Exemplaire dédicacé par Charles Dickens à Mary Scott Hogarth (Mary Hogarth from her most affectionate Charles Dickens).

Les Papiers posthumes du Pickwick Club (titre original anglais : The Posthumous Papers of the Pickwick Club, souvent abrégé en The Pickwick Papers) [ðə 'pɪkwɪk 'peɪpəz], est le premier roman de Charles Dickens (1812-1870). D'abord signé Boz et publié en feuilleton de mars 1836 à novembre 1837, The Pickwick Papers connaît un succès quasi immédiat. Le premier numéro paraît à environ 400 exemplaires ; à la fin, le tirage s'élève à 40 000. Ainsi, comme il est dit dans l'un des premiers comptes rendus, Dickens s'est trouvé « catapulté vers la gloire comme une fusée » (« catapulted him to fame like a sky rocket »), et l'ouvrage est resté à la première place dans le cœur des lecteurs de Dickens pendant de nombreuses décennies.

À l'instar de Miguel de Cervantes, Dickens a conçu un héros donquichottesque dont les excentricités, loin d'agacer les lecteurs, le rendent aimable et touchant ; comme son illustre prédécesseur espagnol, Dickens cloue au pilori ses détracteurs en les humiliant plus qu'il ne le fait du héros. Il existe un parallèle entre les deux personnages : Don Quichotte est entiché de chevalerie errante et Pickwick s'est amouraché de savoir itinérant, et chacun mène son combat sans relâche selon un schéma devenu picaresque.

Malgré sa naissance accidentelle et sa structure épisodique, ce que Dickens a appelé « sa nature faite de pérégrination et d'exploration » (« perigrinatory and exploratory nature »), The Pickwick Papers s'est peu à peu constitué en roman, encore que certains de ses éléments restent en dehors de l'intrigue principale, mais contribuent, selon David Parker, à approfondir son ultime signification. Ce qui a commencé par une série d'épisodes comiques et relevant le plus souvent de l'anecdote gagne en envergure narrative, se transforme en intrigue, et finit, surtout après l'introduction de Sam Weller et les démêlés du héros avec la « vraie » vie, ici représentée par la rigueur de la loi, par devenir, comme l'écrit Paul Davis, « une sorte de Bildungsroman comique où s'effrite l'innocence du protagoniste, qui apprend à donner la primauté au réel sur les principes » (« a kind of comic Bildungsroman in which the innocent protagonist learns to compromise principle and affirm life »). Et loin d'être diminué ou aigri par ses souffrances et ses épreuves, Pickwick, qui n'a rien renié, préserve et même renforce sa bonne humeur et son indulgence premières. Davis conclut cette analyse en soulignant qu'avec The Pickwick Papers, Dickens, de journaliste, est devenu non seulement romancier, mais « le grand romancier comique de son siècle » (« the great comic novelist of his century »)…

Les Temps difficiles

Première page de Household Words du 1er avril 1854 avec les premiers chapitres du roman.

Les Temps difficiles est le dixième roman de Charles Dickens, un court roman paru, non en publications mensuelles comme les précédents, mais en feuilleton hebdomadaire dans sa revue Household Words, du 1er avril au 12 août 1854.

Roman social, il est situé dans la ville fictive de Coketown (image de Manchester, le grand centre textile, et de Preston où Dickens a séjourné durant la grève de janvier 1854) et montre les difficultés d'adaptation des deux classes sociales (la bourgeoisie d'affaire et les ouvriers) à la nouvelle économie issue de la révolution industrielle. L'auteur y dépeint avec un réalisme dénonciateur une classe ouvrière asservie, misérable et moutonnière, abrutie par le travail répétitif, livrée aux démagogues professionnels, que domine une bourgeoisie pragmatique et utilitariste, avide de profits et de pouvoir, persuadée de la nature quasi divine de ses droits et forte de la bonne conscience qu'elle puise dans les lois de l'économie de marché, mais dont il analyse les alibis et présente les travers avec une ironie mordante.

Comme dans Dombey et Fils paru six ans plus tôt, il fait un portrait acide de la bourgeoisie dont la fortune s'est bâtie sur l'industrie. Thomas Gradgrind, le personnage masculin principal, est le représentant de cette bourgeoisie rationaliste qui se croit investie de la mission de promouvoir le progrès matériel, le productivisme, le culte de l'efficacité, la prévalence des « Faits » sur l'imagination, et veut réduire le monde à une série d'équations. Il se rend compte trop tard, en découvrant la souffrance de sa fille Louisa et la déchéance morale de son fils Tom, de l'échec de son système éducatif et de la faillite de son existence.

Malgré des personnages que leurs outrances rendent comiques, comme Mr Bounderby et Mrs Sparsit, l'atmosphère du roman est plutôt sombre et Dickens refuse aux protagonistes un dénouement heureux. Il ne partage pas l'optimisme délibéré d'Elizabeth Gaskell dont le roman North and South, qui se déroule à la même époque et, en grande partie, dans le même espace géographique, suit de peu le sien dans Household Words, puisqu'il y paraît de septembre 1854 à janvier 1855. Traitant aussi des relations patrons-ouvriers, mais d'un point de vue féminin, Mrs Gaskell imagine qu'ils finiront par apprendre à se comprendre, alors que Dickens laisse son lecteur dans l'incertitude et le doute quant à l'avenir des personnages et à la solution des antagonismes entre capitalistes et prolétaires.

Mansfield Park

Page de titre de la seconde édition de Mansfield Park.

Mansfield Park est un roman de la femme de lettres anglaise Jane Austen paru en 1814, le premier entièrement écrit dans ses années de maturité, puisqu'elle y a travaillé durant l'année 1813. Souvent considéré comme le plus expérimental de tous ses écrits, il est d'un abord plus difficile que les autres et son personnage principal, la timide et silencieuse Fanny Price, est une héroïne paradoxale, qui séduit difficilement le lecteur. Cependant Mansfield Park remporte un succès incontestable, puisque tout le tirage est épuisé en à peine six mois et apporte à son auteur les gains les plus importants qu'elle ait tirés jusque là d'une seule publication.

Seul roman de Jane Austen qui, se déroulant sur une dizaine d'années, suit les étapes de l'évolution de l'héroïne depuis ses dix ans, il pourrait être le précurseur des romans d'apprentissage (novel of education) comme Jane Eyre ou David Copperfield. Mais, comme l'auteur a choisi de lui donner comme titre le nom de la propriété, c'est Mansfield Park, le lieu de vie de la famille du baronnet Sir Thomas Bertram, qui est le personnage central, en quelque sorte. Fanny Price, la petite cousine pauvre accueillie par charité, devra d'abord apprendre à s'y sentir chez elle avant d'en devenir finalement la conscience morale.

Le contexte économique et politique est particulièrement présent et joue un rôle dans l'intrigue : Sir Thomas part de longs mois à Antigua, dans les Caraïbes pour redresser la situation dans ses plantations (où travaillent des esclaves), et sa longue absence laisse trop de libertés à ses enfants. Avec William Price, le frère aîné de Fanny, qui participe aux expéditions militaires aux Antilles et en Méditerranée, est évoquée la situation de guerre avec la France. Mais, traitant de liberté et de limites, de dépendance et d'indépendance, d'intégrité et d'inconvenance, Mansfield Park peut aussi être lu comme une étude sur le sens de la famille et les valeurs qu'elle représente, voire une critique de la famille patriarcale traditionnelle, à cette époque charnière où son rôle et son statut sont en train d'être redéfinis.

Mariage dans les romans de Jane Austen

Trois mariages concluent Emma : Jane Fairfax et Frank Churchill, Emma Woodhouse et Mr Knightley, Harriet Smith et Robert Martin (Chris Hammond, 1898).

Le mariage dans les romans de Jane Austen est un thème majeur de son œuvre, notamment dans le roman, Orgueil et Préjugés. Présentant une vision critique des mariages de convenance, pourtant la norme à son époque, et même satirique des mariages d'argent, elle offre à ses personnages principaux un mariage d'amour, conclusion habituelle des contes, des romans sentimentaux du XVIIIe siècle et des comédies de mœurs. Mais chez elle l'amour est « raisonnable », estime plus que passion amoureuse, et, s'il passe toujours avant l'argent, sentiments et situation financière s'équilibrent harmonieusement.

En développant ce thème, Jane Austen reste ancrée dans la réalité de son temps et participe à sa manière aux vifs débats que suscite alors le sujet tant chez les écrivains conservateurs, comme Hannah More, Jane West, Hugh Blair ou James Fordyce, que chez les tenants de l'émancipation féminine, comme Mary Hays ou Mary Wollstonecraft. Dans la société georgienne, socialement figée, la femme a une situation précaire : non reconnue comme sujet indépendant par le droit coutumier, elle est généralement soumise à une autorité masculine (père, frère, mari), et financièrement dépendante d'elle. À moins d'avoir une position élevée et une fortune personnelle conséquente, elle est socialement dévalorisée quand elle reste fille, le statut de femme mariée étant toujours supérieur à celui de célibataire. Elle peut être légalement lésée, le patrimoine étant pratiquement toujours transmis à un héritier mâle. Pour la plupart, un « bon » mariage est donc la seule manière d'obtenir ou de garder une place honorable dans la société et d'être à l'abri de difficultés financières. Aussi les jeunes filles sont-elles incitées à « chasser le mari » en se faisant valoir sur le « marché du mariage » par leur beauté et leurs accomplishments, mais à se montrer prudentes sur le statut et l'assise financière de l'homme qui demandera leur main.

Sans aller jusqu'à critiquer ouvertement la situation injuste faite aux femmes, Jane Austen développe donc une philosophie personnelle du « bon » mariage et des conditions qui le permettent. Observatrice attentive de son époque, et elle-même dans la situation financière médiocre (penniless) de la plupart de ses héroïnes, elle offre au lecteur un miroir des comportements de sa classe sociale en mettant en scène de nombreux personnages secondaires mariés dont l'union est jugée d'un point de vue féminin, comme si elle avait voulu présenter tous les cas de figure qui s'offrent à une jeune fille en âge de se marier et les hiérarchiser : les mariages fondés uniquement sur la passion amoureuse n'y sont pas heureux, ceux de convenance, surtout lorsqu'ils ne sont fondés que sur des considérations mercantiles, ne sont pas beaucoup plus satisfaisants. Elle réfute aussi deux idées reçues sur l'amour dans la littérature romanesque : l'idéal du coup de foudre et l'impossibilité d'aimer plusieurs fois. Au fur et à mesure que se développe l'intrigue, l'héroïne s'engage dans la démarche vers ce qui sera pour elle, au dénouement, le mariage idéal : une union fondée sur l'affection et le respect mutuels, un attachement profond mais rationnel, sentimentalement et intellectuellement équilibré mais économiquement viable, avec un homme qui présente avec elle une affinité de pensées et de goûts, et qu'elle aura eu le temps d'apprendre à connaître et à apprécier, indépendamment de leur origine sociale et de leur situation financière.

Martin Chuzzlewit

Frontispice de Martin Chuzzlewit par Phiz.

Vie et aventures de Martin Chuzzlewit (The Life and Adventures of Martin Chuzzlewit), plus communément appelé Martin Chuzzlewit, est un roman de l’écrivain britannique Charles Dickens, paru tout d’abord sous forme de feuilleton de janvier 1843 à juillet 1844 dans le Blackwood’s Edinburgh Magazine puis en trois volumes, chez Chapman & Hall, en 1844.

Dernier de sa série dite « picaresque », Dickens le considère comme son meilleur ; pourtant, le livre, bien qu’offrant de multiples rebondissements, ne connaît pas la grande faveur du public comme ses précédents ouvrages ; aussi, pour relancer les ventes mensuelles, est-il conduit à en modifier l’intrigue de façon spectaculaire. Pour cela, il expédie son jeune protagoniste, Martin Chuzzlewit, en Amérique, pays qu’il connaît pour l’avoir visité l’année précédente, séjour ayant d’ailleurs conduit à la publication de ses Notes américaines (American Notes) en 1842.

Cet épisode offre à sa verve satirique une nouvelle cible de choix, et Dickens brosse de ce pays une image de contrée perdue et malsaine où seuls surnagent quelques agrégats de grossière civilisation, îlots inhospitaliers que hantent des cohortes de camelots et charlatans de tout poil aussi roublards qu’imaginatifs. Cette description, que Kenneth Hayens juge superficielle et caricaturale, soulève outre-Atlantique un tollé de protestations que Dickens a bien du mal à contenir, et Kenneth Hayens avance l’idée que, malgré la vision sommaire qui en est donnée, le roman a contribué, tout autant qu’American Notes, à associer le nom de Dickens aux États-Unis d’Amérique.

Selon la préface de l’auteur, le thème principal de Martin Chuzzlewit est l’égoïsme, diffus parmi tous les membres de la famille Chuzzlewit et traité sur le mode satirique. Le roman présente deux « méchants » (villains), Seth Pecksniff et Jonas Chuzzlewit, qui comptent parmi les plus célèbres de Dickens, passés, comme les Fagin, Bill Sikes (Oliver Twist), Compeyson (Great Expectations) et autres, à la légende. Cependant, au-delà de la leçon moralisante, John Bowen souligne que « le roman est l’un des plus drôles de la langue, suscitant le rire et l’affection depuis sa première parution »

Mary Shelley

Portrait de Mary Shelley par Richard Rothwell.

Mary Shelley, née Mary Wollstonecraft Godwin le à Somers Town, un faubourg de Londres, et morte le à Belgravia (Londres), est une femme de lettres anglaise, romancière, nouvelliste, dramaturge, essayiste, biographe et auteur de récits de voyage. Elle est surtout connue pour son roman Frankenstein ou le Prométhée moderne.

Fille de la philosophe féministe Mary Wollstonecraft et de l’écrivain politique William Godwin, elle perd sa mère alors qu’elle-même n’est âgée que de onze jours. Son père se remarie quatre ans plus tard. Il offre à sa fille une éducation riche et l’encourage à adhérer à ses théories politiques libérales. En 1814, Mary Godwin entame une liaison avec un homme marié, partisan de son père, Percy Bysshe Shelley. Accompagné de Claire Clairmont, une belle-sœur de Mary, le couple voyage à travers l’Europe. Au cours des deux années qui suivent, Mary et Percy affrontent un endettement permanent et la mort de leur fille. Ils se marient en 1816, après le suicide de la première épouse de Percy.

En 1816, lors d’un séjour près de Genève, Mary (devenue Mary Shelley) écrit son premier roman Frankenstein. En 1818, les Shelley quittent la Grande-Bretagne pour l’Italie, où meurent leurs deuxième et troisième enfants, avant que Mary Shelley ne donne naissance à son fils, Percy Florence Shelley, qui seul survivra. En 1822, son mari se noie dans le golfe de la Spezia, au cours d’une tempête. Un an plus tard, Mary Shelley retourne en Angleterre et, dès lors, se consacre entièrement à l’éducation de son fils et à sa carrière d’auteur. Les dix dernières années de sa vie sont marquées par la maladie. Elle décède d’une tumeur du cerveau le 1er février 1851.

Jusqu’aux années 1970, Mary Shelley, outre son Frankenstein, est surtout connue pour ses efforts à faire publier les œuvres de son mari. Les études récentes ont permis une vision plus complète de son œuvre et montré que Mary Shelley est restée toute sa vie une radicale sur le plan politique, soutenant l’idée que la coopération et la solidarité, pratiquées tout naturellement par les femmes au sein de leur famille, sont la voie qui permet de réformer la société civile.

Mémoires de Barry Lyndon

William Makepeace Thackeray en 1845 par Eyre Crowe (1824-1910).

Mémoires de Barry Lyndon (originellement The Luck of Barry Lyndon) est à la fois une autobiographie fictive et un roman picaresque, historique, satirique et d'aventures de l'écrivain britannique William Makepeace Thackeray (1811-1863). Cette œuvre s'inspire en grande partie de la vie d'un personnage réel, l'aventurier irlandais Andrew Robinson Stoney. Elle est publiée en onze épisodes successifs par le Fraser's Magazine de janvier à décembre 1844 (à l'exception d'octobre), puis rééditée à New York en 1852 par D. Appleton & Co., et à Londres par Bradbury & Evans en 1856, cette fois sous le titre The Memoirs of Barry Lyndon, Esq. [abréviation d'« Esquire »], By Himself (« Mémoires du Sieur Barry Lyndon, par Lui-Même »), qu'a choisi l'éditeur et que Thackeray n'apprécie pas particulièrement.

C'est, sous forme de mémoires, l'histoire de l'Irlandais Redmond Barry, qui prend le nom de Barry Lyndon après son mariage avec la comtesse Lyndon. Ses aventures se déroulent au cœur du XVIIIe siècle, le siècle de prédilection de Thackeray.

L'histoire couvre la période allant de 1745 environ jusqu'à 1814, année de la mort du héros. Bien que la vie de Barry s'étale sur l'ensemble de la seconde moitié du siècle et même au-delà, le récit se concentre sur les vingt-cinq années allant du départ de Barry de son Irlande natale (1759-1760) à sa chute ignominieuse deux ans après la mort de son fils (1785-1786). En revanche, les dernières décennies de son existence, notamment les dix-neuf années qu'il passe à Londres en la prison de la Fleet sont très rapidement traitées, car dépourvues d'intérêt narratif.

Le livre raconte l'histoire d'un « rogue », c'est-à-dire d'une canaille, imbu de lui-même jusqu'à la naïveté, dénué de scrupules, vaniteux et vantard, prêt à tout, jusqu'à la pire brutalité, pour parvenir à ses fins. C'est à lui, convaincu bona fide d'être le meilleur et le plus grand des hommes, que l'auteur a confié les clefs de la narration, point de vue, œil, oreille, voix, lui et les événements qu'il vit se donnant à voir et entendre tels qu'il les considère. Thackeray, cependant, a l'art de ridiculiser la société par son intermédiaire et, dans le même temps, de dessiner une critique en creux du personnage ; aussi Barry apparaît-il à la fois comme l'objet et l'agent de sa satire...

Nicholas Nickleby

Couverture du feuilleton numéro 13 de 1839, par Hablot K.(night) Browne (dit Phiz).

The Life and Adventures of Nicholas Nickleby, containing a Faithful Account of the Fortunes, Misfortunes, Uprisings, Downfallings and Complete Career of the Nickleby Family (Vie et aventures de Nicholas Nickleby, contenant le fidèle compte-rendu des bonnes et mauvaises fortunes, des succès et des échecs, et la carrière complète de la famille Nickleby), communément appelé Nicholas Nickleby [prononciation : 'nikələs 'nikəlbi], est le troisième grand roman de Charles Dickens, publié en feuilleton de 1838 à 1839 avec des illustrations de Hablot Knight Browne (dit Phiz), puis en un volume, « le prototype, écrit Mark Ford, du roman dickensien, Pickwick Papers et Oliver Twist étant si totalement sui generis qu'ils en sont devenus uniques ». L'intrigue est centrée sur le personnage de Nicholas, jeune homme laissé impécunieux par la mort de son père et devant subvenir aux besoins de sa mère et de sa sœur. Son caractère droit et indépendant suscite l'antagonisme de son oncle Ralph Nickleby qui le juge à tort sans valeur et le poursuit de son inimitié. Dans son sillage, se distinguent sa jeune sœur Kate et sa mère, l'inénarrable Mrs Nickleby.

Commencé de concert avec Oliver Twist, le livre a connu un succès immédiat, en partie dû aux descriptions de l'école du Yorkshire que dirige l'épouvantable Wackford Squeers, où Nicholas est engagé comme répétiteur (usher) ; réplique de Bowes Academy à Greta Bridge, que Dickens a lui-même visitée sous une fausse identité en compagnie de son illustrateur et ami Hablot K. Browne lors de la préparation du roman. L'horreur des scènes décrites et le pathos qui en émane rappellent l'hospice où Oliver languit sous la férule du bedeau Mr Bumble durant son enfance.

L'action se situe surtout à Portsmouth et Londres, avec des épisodes dans le Yorkshire, le Devonshire, le Hampshire et le Surrey. Les thèmes principaux y concernent l'injustice sociale et la corruption morale dont sont victimes enfants et jeunes adultes, traitées sur le mode ironique de la satire. C'est aussi le premier d'une série de romans comportant une composante nettement romantique, les sentiments, la camaraderie, l'amitié et surtout l'amour, y jouant un rôle essentiel. George Gissing et G.K. Chesterton ont vivement loué le comique de certains personnages, en particulier celui de Mrs Nickleby et de Mme Mantalini, et Peter Ackroyd, dans sa biographie de Dickens, écrit de Nicholas Nickleby que c'est « peut-être le roman le plus drôle jamais écrit en anglais ».

La fortune de Nicholas Nickleby a été fluctuante : bien qu'ayant la faveur du public (il se vend d'emblée à 50 000 exemplaires), il est d'abord négligé par la critique et subit une éclipse. Grâce aux travaux d'éminents auteurs, il retrouve son lustre dans la première moitié du XXe siècle et est désormais reconnu comme l'un des plus grands romans dickensiens…

Nord et Sud (roman)

Couverture noir et blanc du libre North and South.

Nord et Sud (North and South dans la version originale anglaise) est le troisième roman de la femme de lettres anglaise Elizabeth Gaskell, et son second roman industriel. Publié en 1855, il est précédemment paru en vingt épisodes hebdomadaires dans la revue éditée par Charles Dickens Household Words, de septembre 1854 à janvier 1855. Pour la publication en librairie, l’auteur inclut une brève préface indiquant qu’en raison des restrictions du format magazine, elle n’avait pas pu développer l’histoire comme elle le voulait et, de ce fait, « divers courts passages ont été insérés, et plusieurs nouveaux chapitres ajoutés ».

L’héroïne est Margaret Hale, fille d’un pasteur du Sud rural qui quitte l’Église d’Angleterre pour des raisons de conscience et emmène sa femme et sa fille dans la ville industrielle de Milton, dans le Darkshire (le Pays noir), où on lui propose un travail de professeur privé. Belle, intelligente et cultivée, mais aussi fière et réservée, Margaret découvre avec horreur l’univers âpre et brutal de la révolution industrielle, où patrons et ouvriers s’affrontent dans les premières grèves organisées. Prenant le parti des pauvres, dont elle admire le courage et la ténacité, et parmi lesquels elle se fait des amis, elle méprise profondément cette classe de nouveaux riches sans éducation que sont les manufacturiers, dont l’un, John Thornton, grand patron de filatures locales, devient l’élève favori et l’ami de son père. Mais, à travers épreuves et deuils, elle apprend à aimer cette ville et même John Thornton, dont elle découvre la grandeur d’âme et la générosité. L’affrontement entre Margaret Hale et John Thornton n’est pas sans rappeler celui d’Elizabeth Bennet et Mr Darcy dans Orgueil et Préjugés, de Jane Austen, mais dans le vaste cadre d’une grande fresque sociale opposant le rude et besogneux Nord industriel et le paisible Sud rural et conservateur.

Elizabeth Gaskell s’est inspirée, pour créer Milton, de la ville de Manchester, surnommée Cottonopolis (Cotonville), où elle vivait. Épouse d’un pasteur unitarien, fréquentant des dissidents religieux et des réformateurs sociaux, témoin de la grande misère de cette région industrielle, elle a elle-même travaillé parmi les pauvres, et montre dans ses écrits sa compassion pour les opprimés de son époque que sont les femmes et les ouvriers.

Northanger Abbey

Page de titre de l'ouvrage regroupant L'Abbaye de Northanger et Persuasion.

L'Abbaye de Northanger est un roman de Jane Austen, publié de façon posthume en décembre 1817, mais rédigé dès 1798-1799 et alors intitulé Susan. L'œuvre égratigne la vie mondaine de Bath, que Jane Austen avait connue lors de son séjour en 1797, et parodie les romans gothiques fort appréciés à l'époque : son héroïne, la toute jeune Catherine Morland, ne rêve que de sombres histoires se déroulant dans de vieux châteaux ou des abbayes gothiques et croit pouvoir les accomplir lorsqu'elle est invitée à séjourner à l'abbaye de Northanger. Une idylle s'y développe entre elle et Henry Tilney, fils du propriétaire des lieux.

La confrontation de ses idées romanesques à la réalité et les discussions qu'elle a avec Henry Tilney et sa sœur Eleanor, font sortir peu à peu Catherine Morland de l'adolescence, au travers d'un parcours initiatique qui fait de L'Abbaye de Northanger un conduct novel, un roman d'apprentissage.

Au-delà de l'aspect parodique et des caractéristiques stylistiques de l'écriture de Jane Austen (ironie, discours indirect libre, etc.), l'ouvrage – tout en critiquant l'influence des romans gothiques sur l'imagination fertile des jeunes filles – constitue une ardente défense du roman en général, genre populaire majoritairement écrit à l'époque par des femmes et considéré alors comme littérature de second ordre.

Orgueil et Préjugés

Orgueil et Préjugés (Pride and Prejudice) est un roman de la femme de lettres anglaise Jane Austen paru en 1813. Il est considéré comme l’une de ses œuvres les plus significatives et c’est aussi la plus connue du public.

Rédigé entre 1796 et 1797, le texte, alors dans sa première version (First Impressions), figurait au nombre des grands favoris des lectures en famille que l’on faisait le soir à la veillée chez les Austen. Révisé en 1811, il est finalement édité deux ans plus tard, en . Son succès en librairie est immédiat, mais bien que la première édition en soit rapidement épuisée, Jane Austen n’en tire aucune notoriété : le roman est en effet publié sans mention de son nom (« par l’auteur de Sense and Sensibility ») car sa condition de « femme de la bonne société » lui interdit de revendiquer le statut d’écrivain à part entière.

Drôle et romanesque, le chef-d’œuvre de Jane Austen continue à jouir d’une popularité considérable, par ses personnages bien campés (rounded characters), son intrigue soigneusement construite et prenante, ses rebondissements nombreux, et son humour plein d’imprévu. Derrière les aventures sentimentales des cinq filles Bennet, Jane Austen dépeint fidèlement les rigidités de la société anglaise au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. À travers le comportement et les réflexions d’Elizabeth Bennet, son personnage principal, Jane Austen soulève les problèmes auxquels sont confrontées les femmes de la petite gentry campagnarde pour s’assurer sécurité économique et statut social. À cette époque et dans ce milieu, la solution passe en effet presque obligatoirement par le mariage : cela explique que les deux thèmes majeurs d’Orgueil et Préjugés soient l’argent et le mariage, lesquels servent de base au développement des thèmes secondaires.

Grand classique de la littérature anglaise, Orgueil et Préjugés est à l’origine du plus grand nombre d’adaptations fondées sur une œuvre austenienne, tant au cinéma qu’à la télévision. Depuis Orgueil et Préjugés (Pride and Prejudice) de Robert Z. Leonard en 1940, il a inspiré quantité d’œuvres ultérieures : des romans, des films, et même une bande dessinée parue chez Marvel.

Dans son essai de 1954, Ten Novels and Their Authors, Somerset Maugham le cite en seconde position parmi les dix plus grands romans.

Paul Bourget

Portrait de Paul Bourget.

Paul Bourget est un écrivain et essayiste français, né à Amiens le et mort à Paris le .

Ayant donné le signal d’une réaction contre le naturalisme en littérature, Bourget est d’abord tenté par le roman d’analyse expérimental. La finesse de ses études de mœurs et de caractères séduit le public mondain qu’il fréquente dans les salons parisiens de la Troisième République. Ses premiers romans – Cruelle énigme (1885), Un crime d'amour (1886) et Mensonges (1887) – ont ainsi un grand retentissement auprès d’une jeune génération en quête de rêve de modernité.

Le romancier change ensuite de direction et s’oriente à partir du roman Le Disciple (1889), considéré comme son œuvre majeure, vers le « roman à thèse », c’est-à-dire le roman d'idées. Il ne se contente plus de l’analyse des mœurs mais en dévoile les origines et les causes, soumises à des lois inéluctables et dont la transgression amène tous les désordres individuels et sociaux. Cette nouvelle voie conduit Paul Bourget à écrire des romans davantage psychologiques : L’Étape (1902), Un divorce (1904) et Le Démon de midi (1914). Il est alors influencé dans son engagement littéraire et dans son orientation romanesque par sa conversion au catholicisme et tente une synthèse entre la science et la foi. L’écrivain est amené à appliquer son talent de romancier psychologue et moraliste aux problèmes sociaux, politiques et religieux de son temps de ce début de XXe siècle.

Son œuvre multiple comprend aussi des poèmes de jeunesse, des essais et quelques pièces de théâtre. L’engagement politique de Paul Bourget même s’il reste souvent cantonné à l’expression littéraire s’est cependant manifesté au sein de mouvements militants et les nombreuses prises de position du romancier traditionaliste, catholique et antidreyfusard en faveur de la monarchie brouillent la lecture de son œuvre, aujourd’hui incomprise voire méprisée et tombée dans l’oubli.

Persuasion (roman)

Page de titre de l'ouvrage regroupant Northanger Abbey et Persuasion

Persuasion est le dernier roman achevé de Jane Austen, publié à titre posthume en 1818, en même temps que le premier de ses grands romans, resté non publié jusque là, Northanger Abbey. D'un ton plus grave que les œuvres précédentes de la romancière, il raconte les retrouvailles d'Anne Elliot avec Frederick Wentworth, dont elle a repoussé la demande en mariage huit ans auparavant, persuadée par son amie Lady Russell des risques de cette union avec un jeune officier de marine en début de carrière, pauvre et à l'avenir incertain. Mais alors que la guerre avec la France s'achève, le capitaine Wentworth revient, fortune faite, avec le désir de se marier pour fonder un foyer. Il a conservé du refus d'Anne Elliot la conviction que la jeune fille manquait de caractère et se laissait trop aisément persuader.

Outre le thème de la persuasion, le roman évoque d'autres sujets, tels que la Royal Navy, dont l'importance ici rappelle que deux des frères de Jane Austen y servaient, pour parvenir plus tard au rang d'amiral. Comme dans Northanger Abbey, la vie mondaine et superficielle de Bath – bien connue de Jane Austen – est longuement dépeinte, et sert d'arrière-plan à tout le second volume. Enfin, Persuasion marque une nette rupture avec les ouvrages précédents, par la chaleureuse attitude des personnages positifs qu'il met en scène, en fort contraste avec les héros souvent ternes, hautains ou peu cordiaux rencontrés auparavant, et dont le Mr Darcy de Orgueil et Préjugés est l'exemple extrême.

Pétrone

Portrait de Petronius Arbiter par P. Bodart, 1707.

Pétrone (en latin : Petronius Arbiter) est un écrivain romain, auteur supposé du Satyricon. Il est généralement (mais pas unanimement) identifié avec le Pétrone (Titus Petronius Niger) de la cour de Néron, mort vers 66, et dont un portrait nous est donné dans les Annales de Tacite. Toutefois, d'autres hypothèses quant à son identité existent.

Le Satyricon, que la tradition littéraire attribue à Pétrone, est considéré comme l'un des premiers romans de l'histoire de la littérature. Œuvre fragmentaire, il constitue une satire sociale, qui est, grâce à la psychologie des personnages et l'observation réaliste, une véritable innovation littéraire. Pétrone est également l'auteur de poésies dont certaines se sont cependant révélées ne pas être de sa main. On lui attribue également des fragments narratifs, retrouvés au cours des siècles et supposés intégrer le récit du Satyricon.

L'esthétique de Pétrone est essentiellement parodique et satirique : ses écrits interrogent le monde romain par la dérision et le travestissement. Cependant, nombre de spécialistes lui reconnaissent un message social novateur, un style littéraire innovant et une recherche dans l'observation réaliste qui en fait l'un des auteurs précurseurs du roman.

Pétrone a influencé la littérature, le cinéma et la musique. Henryk Sienkiewicz, dans son roman Quo vadis ? (1895), fait de Petronius Arbiter un personnage clé de l'intrigue alors que Federico Fellini adapte le Satyricon en 1969. Le compositeur italien Bruno Maderna en a composé un opéra en un acte. Plus généralement, la vie de Pétrone et son esthétique ont inspiré de nombreux auteurs tels, par exemple, Henry de Montherlant, Laurence Sterne, Tobias Smollett, Henry Fielding ou encore Marcel Schwob.

Représentation de l'Angleterre georgienne chez Jane Austen

Portrait de George III (1738-1820), dont le règne englobe toute la vie de Jane Austen. Par Sir William Beechey.

La représentation de l'Angleterre georgienne est omniprésente dans les romans de Jane Austen (1775-1817). Tout entière située pendant le règne de George III, son œuvre, qui décrit la vie quotidienne, les joies, les peines et les amours de la petite noblesse campagnarde, constitue une source d'une grande richesse pour mieux comprendre la société de l'époque.

Les romans de Jane Austen balaient tour à tour le contexte historique particulièrement tourmenté, la hiérarchie sociale, la place du clergé, la condition féminine, le mariage, ou encore les loisirs de la classe aisée. Sans que le lecteur en soit toujours pleinement conscient, de nombreux détails de la vie quotidienne, des aspects juridiques oubliés ou des coutumes surprenantes sont évoqués, qui donnent une vie et une authenticité toutes particulières à l'histoire de la société anglaise d'alors.

Cependant, la vision de l'Angleterre que présente Jane Austen est décrite de son point de vue : celui d'une femme de la petite gentry, appartenant à une famille plutôt aisée et très cultivée, bénéficiant de belles relations (« well connected »), et vivant dans un petit village de l'Angleterre rurale aux alentours des années 1800. Aussi certains aspects essentiels de l'époque georgienne (la perte des colonies américaines, la Révolution française, la révolution industrielle en marche, la naissance de l'Empire britannique, etc.) sont-ils pratiquement absents de son œuvre. C'est donc surtout l'immersion dans la vie quotidienne de l'Angleterre rurale de son temps, plutôt qu'une fresque politique et sociale, qu'on rencontre dans ses romans.

Rhétorique

Démosthène s’exerçant à la parole, toile de Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouy (1842-1923).

La rhétorique ῥητορικὴ τέχνη, « technique, art oratoire », désignant au sens propre « l’art de bien parler », est l’art ou la technique de persuader, généralement au moyen du langage. Elle est née au Ve siècle av. J.-C. en Sicile, selon la légende, puis fut introduite à Athènes par le sophiste Gorgias, où elle se développa dans les milieux judiciaires et politiques. Selon Ruth Amossy : « Telle qu’elle a été élaborée par la culture de la Grèce antique, la rhétorique peut être considérée comme une théorie de la parole efficace liée à une pratique oratoire. » Elle vise donc à persuader un auditoire sur les sujets les plus divers. Elle a progressivement laissé place à un art de bien dire plutôt qu’un art de persuader, se restreignant à un inventaire de figures relevant des ornements du discours.

La rhétorique est à la fois la science (au sens d’étude structurée) et l’art (au sens de pratique reposant sur un savoir éprouvé) qui se rapporte à l’action du discours sur les esprits, « bene dicendi scientia », selon les mots de l’orateur romain Quintilien. À ses débuts, la rhétorique s’occupait du discours politique oral, avant de s’intéresser de manière plus générale aux textes écrits et surtout aux textes littéraires et dramatiques, discipline nommée aujourd’hui la « stylistique ».

La rhétorique se distingue de l’argumentation et de la dialectique par l’usage des effets pathétiques ou éthiques du discours sur le public.

Robert Browning

Portrait de Robert Browning par Robert Wiedemann Browning (Pen) (1882) (Courtesy of the Armstrong Browning Library, Baylor University, Waco, Texas).

Robert Browning, né à Camberwell, Surrey, le et mort à Venise le , est un poète et dramaturge britannique, reconnu comme l'un des deux plus grands créateurs poétiques de l'Angleterre victorienne, l'égal, quoique dans un style tout différent, de Tennyson.

Il passe son enfance et sa jeunesse dans une famille éprise des lettres et des arts. L'accès illimité à des ouvrages de haut niveau et sa grande curiosité intellectuelle lui permettent d'acquérir un immense savoir et de cultiver son goût pour la poésie. Comme il ne supporte pas d'être scolarisé, ses tentatives d'études secondaires puis supérieures laissent vite place à un parcours intellectuel éclectique.

Toutes ses œuvres sont ambitieuses, souvent longues et écrites en une langue parfois difficile. Le public, comme la critique, sont, à l'occasion, déroutés par son originalité, qui se manifeste aussi dans sa vie personnelle. Ébloui par la lecture de poèmes publiés par Elizabeth Barrett, cloîtrée en sa chambre, il lui écrit pour lui dire son admiration. Ainsi commence une correspondance amoureuse qui se termine en 1846 par un enlèvement, un mariage et une fuite en Italie où le couple voyage et publie pendant quinze ans jusqu'au décès d'Elizabeth en 1861. À son retour en Angleterre, Browning retrouve les cercles littéraires et les clubs où se réunit l'intelligentsia londonienne.

Ses œuvres les plus importantes sont les recueils Dramatic Lyrics, Dramatic Romances and Lyrics, Men and Women, selon Margaret Drabble, le chef d'œuvre de sa maturité (« his midlle life »), et Dramatis Personae, et le poème narratif The Ring and the Book. Robert Browning y utilise la technique du monologue dramatique, adressé à un auditeur (l'allocutaire) silencieux mais non inerte. La personnalité du locuteur se creuse peu à peu par son seul discours. Sa prise de parole fait apparaître une situation, parvenue à un état de crise présente ou passée, et un ou plusieurs protagonistes, leurs conflits et la résolution, souvent dramatique ou tragique.

Au cours de ses dernières années, Browning publie quinze nouveaux volumes, souvent très longs, quelquefois polémiques, et voyage en France et en Italie où réside son fils, critique, sculpteur et peintre, chez qui il décède à Venise en 1889. Il repose aux côtés d'Alfred, Lord Tennyson dans le Coin des poètes (« Poets' Corner ») de l'abbaye de Westminster.

Robert Browning tient une place à part dans la littérature victorienne, essentiellement parce qu'il a privilégié l'oralité, non pas de manière euphonique comme Tennyson, mais en restituant le grain de la voix et créant, « entre les différentes voix qui résonnent, un réseau signifiant ». Cette originalité marque et inspire la poésie de certains de ses jeunes contemporains et successeurs, en particulier Ezra Pound et T. S. Eliot.

Romance historique

Demande en mariage durant la Régence anglaise (1815).

La romance historique, également appelée roman d'amour historique (« historical romance » en anglais) est, au sens moderne du terme, un sous-genre littéraire de la romance ainsi que du roman historique.

Elle met en scène une fiction narrant la rencontre puis le développement d'une histoire d'amour entre un homme et une femme dans un cadre historique mais les événements de l'Histoire — évoqués à partir d'une recherche historique plutôt sérieuse — y occupent une place secondaire.

La romance historique apparaît au début du XXe siècle avec l'écrivain anglais Georgette Heyer, au moment où Rafael Sabatini, avec Scaramouche (1921) et Capitaine Blood (1922), relance la vogue des romans historiques. S'inspirant des romans de Jane Austen, Heyer imagine des histoires d'amour situées durant la Régence anglaise. Pendant la Seconde Guerre mondiale, des romans historiques aux accents romantiques, Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell et Ambre de Kathleen Winsor, remportent d'énormes succès. Toutefois, c'est le premier roman de Kathleen Woodiwiss, Quand l'ouragan s'apaise, paru en 1972, qui ouvre la voie à une nouvelle forme de romance historique. Deux ans plus tard, Rosemary Rogers confirme l'explosion du genre avec Amour tendre, amour sauvage vendu à 1,8 million d'exemplaires aux États-Unis durant les deux premières années suivant sa sortie.

Pour les différencier des romances contemporaines, il est établi que les histoires des romances historiques se déroulent avant la fin de la Seconde Guerre mondiale et la plupart d'entre elles incluent des attitudes contemporaines, comme le fait que les héroïnes soient plus cultivées que les autres femmes au regard de la norme de leur époque. En très grande majorité, les romans sont publiés en format standard ou roman de « littérature générale » (« single title romance ») (pas de limite de mots ou de pages) et non en format court ou roman sériel (« category romance ») (pas plus de 55 000 mots ni 200 pages). Enfin, la romance historique contient une variété de sous-genres correspondant à des périodes historiques précises. Les romances situées en Amérique sont très populaires, en particulier celles des sous-genres « Western » et « Americana » mais les romances situées en Grande-Bretagne continuent d'attirer l'intérêt des lecteurs. Les périodes favorites sont le Moyen Âge, la Régence, l'époque georgienne et le règne victorien.

Sarah Trimmer

Sarah Trimmer par Henry Howard.

Sarah Trimmer (née Kirby) () est une femme de lettres et critique de littérature enfantine britannique. Son magazine, The Guardian of Education, contribua à définir ce nouveau genre : pour la première fois, la littérature destinée aux enfants est sérieusement passée en revue, un historique en est donné et les critères ayant régi les ouvrages précurseurs sont mis en lumière. Son livre pour enfants le plus populaire fut Fabulous Histories, publié en 1786, qui inspira de nombreuses histoires d'animaux et fut réimprimé pendant plus d'un siècle.

Sarah Trimmer est philanthrope autant qu'écrivain ; elle fonde plusieurs écoles du dimanche et charity schools dans sa paroisse. Afin de poursuivre ses projets éducatifs, elle n'écrit pas simplement des romans ou des nouvelles, mais aussi des manuels destinés aux femmes désireuses de créer leurs propres écoles. Ses efforts vont faire des émules, telles Hannah More et autres pionnières, qui créent à leur tour des écoles du dimanche et écrivent pour les enfants et les pauvres.

Sarah Trimmer se montre, à bien des égards, favorable au maintien du statu quo en matière politique et sociale. En tant que membre de la Haute Église anglicane, elle promeut l'Église britannique établie et participe à la catéchèse des enfants et des pauvres. Ses ouvrages soulignent les bénéfices de la hiérarchie sociale, soutenant que chaque classe doit rester à la place que Dieu lui a donnée. Bien qu'en grande partie favorable à la politique traditionnelle et aux idéologies sociales de son époque, elle pose cependant nombre de questions sur le rôle de la famille et l'égalité des sexes.

Satyricon

Georges-Antoine Rochegrosse : la rencontre de Pannychis avec Giton (chapitre XXV).

Le Satyricon (ou parfois : Satiricon) est un roman satirique écrit en latin attribué, avec polémique, à Pétrone. Le roman, considéré comme l'un des premiers de la littérature mondiale, mêle vers et prose, latin classique et vulgaire. Il est constitué par un récit-cadre (titré généralement les « Aventures d'Encolpe ») et trois récits enchâssés : l'Éphèbe de Pergame, la Matrone d'Éphèse et le festin chez Trimalcion, autant d'intrigues à la vaste postérité littéraire.

Le récit conte les aventures, dans une Rome décadente (très certainement avant la fin du Ier siècle), de deux jeunes homosexuels, Encolpe et Ascylte, ainsi que du jeune amant du premier, l'adolescent Giton. Encolpe a été frappé d'impuissance par le dieu Priape alors que son ami et rival, Ascylte, convoite l'amour de Giton. Au cours de leurs pérégrinations, ils sont invités à un splendide festin organisé par un riche affranchi, Trimalcion, de chez qui ils parviennent à s'enfuir. Rejoints par le poète Eumolpe, ils embarquent et font naufrage, suite à une tempête, près de Crotone. Encolpe fait ensuite la rencontre de Circé, une habitante de Crotone, mais, frappé de nouveau d'impuissance, il décide d'aller se faire soigner chez Oenothéa, prêtresse de Priape. Le récit est suivi de plusieurs fragments, de tailles inégales.

L'identité de l'auteur du Satyricon demeure l'objet de polémiques. Tour à tour identifié à un proche de Néron, au secrétaire de Pline l'Ancien ou à un Massaliote, voire à plusieurs auteurs différents, l'autorité de Pétrone sur le Satyricon est remise en cause par l'étude du contexte social et politique du roman. Puisant aux sources de la tradition romanesque grecque, et notamment dans le genre milésien, le Satyricon préfigure le roman picaresque. Il constitue une innovation littéraire pour l'Antiquité, si bien qu'il a pu être considéré comme le premier roman européen. L'histoire du texte est complexe : le Satyricon actuel est issu de plusieurs manuscrits dont les cheminements sont encore obscurs. L'édition princeps du Satyricon est publiée, sous le nom d'auteur de « Petronius Arbiter », à Milan en 1482, mais la première édition complète du roman est publiée à Amsterdam en 1669…

Sense and Sensibility

Page de titre de la première édition (1811).

Sense and Sensibility (traduit en français par Raison et Sentiments, ou encore Le Cœur et la Raison) est le premier roman publié de la femme de lettres anglaise Jane Austen. Il paraît en 1811 de façon anonyme puisqu'il était signé by a Lady (« écrit par une dame »). En effet, sa position sociale interdisait à Jane Austen de signer de son nom un roman destiné à la vente, mais elle ne voulait pas cacher qu'il était l'œuvre d'une femme.

Le texte initial, écrit vers 1795, probablement sous forme épistolaire, avait pour titre le nom des deux héroïnes, Elinor et Marianne, comme beaucoup de romans écrits par des femmes au XVIIIe siècle, mais le choix du titre définitif, pour la publication en 1811, semble indiquer une volonté didactique. Marianne Dashwood, ardente et romanesque, qui croit passionnément pouvoir s'affranchir des convenances, s'affiche avec le séduisant Willoughby dont elle est tombée amoureuse, tandis que sa sœur aînée, la raisonnable Elinor, cache le tendre sentiment que lui inspire son beau-frère, Edward Ferrars. Marianne devra apprendre à surmonter la trahison des sentiments, dans la douleur et avec l'aide de sa sœur, qui, de son côté, refuse stoïquement de rêver et se dévoue à sa famille.

Publié par Thomas Egerton, et à compte d'auteur, à l'automne 1811, le roman est accueilli plutôt favorablement et paraît en français dès 1815, dans la traduction/adaptation d'Isabelle de Montolieu, sous le titre Raison et sensibilité, ou Les Deux Manières d'aimer. La traduction de Sensibility en français semble poser problème, puisque les traductions modernes hésitent entre sentiments et cœur. Mais les adaptations, que ce soit celle pour le cinéma d'Emma Thompson en 1995, ou celle pour la télévision d'Andrew Davies en 2008, sont connues en français sous le titre Raison et Sentiments.

Thématique de l'œuvre poétique de Robert Browning

Robert Browning, daguerréotype par Josiah Johnson Hawes (1808-1901).

La thématique de l'œuvre poétique de Robert Browning (1812-1889) concerne essentiellement les problèmes universels des rapports que l'homme entretient avec Dieu, l'art, la nature et l'amour. En une époque de remise en cause des certitudes millénaires par les avancées de la science (géologie, Darwinisme) et de la philosophie (scientisme, positivisme), on a souvent vu en Browning, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, un philosophe, voire un prophète.

En réalité, lui se considérait avant tout comme un poète, et la postérité lui a donné raison car il est aujourd'hui reconnu, avec Tennyson et Matthew Arnold, comme l'un des trois plus grands représentants anglais du genre à l'époque victorienne.

Les mêmes thèmes sont repris de recueil en recueil, en particulier dans les plus importants (Dramatic Lyrics, Dramatic Romances and Lyrics, Men and Women, le chef d'œuvre de sa maturité (« his middle life ») selon Margaret Drabble, Dramatis Personae et The Ring and the Book). Pour les traiter, le poète utilise la technique du monologue dramatique, adressé à un auditeur (l'allocutaire) silencieux mais non inerte. La prise de parole de ce locuteur fait apparaître une situation, parvenue à un état de crise présente ou passée, et un ou plusieurs protagonistes, leurs conflits et la résolution, souvent dramatique ou tragique de ce conflit.

De plus, l'exploration des thèmes est confiée à des personnages qui s'expriment en leur nom propre. Ainsi, chacun d'eux devient un masque par le truchement duquel Browning explore une facette de la réalité. Son but, a-t-il écrit, est de parvenir à la « vérité, fractionnée en ses teintes prismatiques ».

Un chant de Noël

Première édition : frontispice et page-titre (1843), par John Leech

Un chant de Noël (A Christmas Carol), également publié en français sous les titres Cantique de Noël, Chanson de Noël ou Conte de Noël, est le premier et le plus célèbre des contes écrits par Charles Dickens. Rédigé en même temps que Martin Chuzzlewit et paru en décembre 1843 chez Chapman and Hall avec des illustrations de John Leech, il est considéré comme « son œuvre la plus parfaite ». Aussitôt, Thackeray le salue comme un « bienfait national ». Acclamé par les critiques comme par le public, sa popularité n'a jamais faibli. Son protagoniste, Scrooge, reste sans doute le personnage dickensien le plus universellement connu et, grâce à ce livre, Dickens, incarné en une sorte de Père Noël pour le monde anglo-saxon, a été décrit comme l'« inventeur » de la fête qui lui est associée.

Pourtant, c'est d'abord une réponse à des controverses d'ordre économique qu'il a voulu apporter. Mais très vite le conte s'est donné à lire comme affirmation des célébrations de Noël plutôt que pamphlet polémique, et, selon David Paroissien, qui lui attribue jusqu'au mérite d'avoir « sauvé les congés de fin d'année des griffes de sombres Calvinistes », il a été promu au rang de « classique de la littérature de Noël des temps modernes ».

Les adaptations dont il a constamment fait l'objet depuis sa parution témoignent de l'universalité de son message. D'abord le théâtre, puis la scène du music-hall, la radio, la télévision et le cinéma, mais aussi la chanson de variété et la musique classique, le ballet comme la science-fiction, tous lui rendent hommage en une suite interrompue dont l'examen reflète l'évolution des goûts et des mentalités depuis le milieu du XIXe siècle.

Vampire

Philip Burne-Jones, Le Vampire, 1897.

Le vampire est une créature mort-vivante qui, suivant différents folklores et selon la superstition populaire, se nourrit du sang des vivants afin d'en tirer sa force vitale. La légende du vampire puise ses origines dans des traditions mythologiques anciennes et diverses, et se retrouve dans toutes sortes de cultures à travers le monde.

Le personnage du vampire fut popularisé en Europe au début du XVIIIe siècle, plus spécifiquement en Europe orientale, dans les Balkans. C'est en Serbie, vers 1725, que le mot « vampire » fait son apparition suite à un cas supposé, celui d'Arnold Paole. Selon les traditions locales, les vampires sont dépeints comme des revenants en linceul qui, visitant leurs aimées ou leurs proches, causent mort et désolation. Michael Ranft écrit un ouvrage, le De masticatione mortuorum in tumulis (1728) dans lequel il examine la croyance dans les vampires. Le revenant y est complètement, et pour la première fois, assimilé à un vampire, puisque Ranft utilise le terme slave de vampyri. Par la suite, le bénédictin lorrain Augustin Calmet décrit, dans son Traité sur les apparitions (1751), le vampire comme un « revenant en corps », le distinguant ainsi des revenants immatériels tels que les fantômes ou les esprits.

Diverses explications ont été avancées au fil du temps pour expliquer l'universalité du mythe du vampire, entre autres les phénomènes de décomposition des cadavres, les enfouissements vivants, des maladies telles que la tuberculose, la rage et la porphyrie, ou encore le vampirisme clinique affectant les tueurs en série qui consomment du sang humain. Des explications scientifiques, psychanalytiques ou encore sociologiques tentent de cerner la raison qui fait que le mythe du vampire a tant perduré à travers les siècles.

Le personnage charismatique et sophistiqué du vampire des fictions modernes est apparu avec la publication en 1819 du livre The Vampyre de John Polidori, dont le héros mort-vivant fut inspiré par Lord Byron, Polidori étant son médecin personnel. Le livre remporta un grand succès mais c'est surtout l'ouvrage de Bram Stoker paru en 1897, Dracula, qui reste la quintessence du genre, établissant une image du vampire toujours populaire de nos jours dans les ouvrages de fiction, même s'il est assez éloigné de ses ancêtres folkloriques avec lesquels il ne conserve que peu des spécificités originelles.

Avec le cinéma, le vampire moderne est devenu une figure incontournable, aussi bien dans le domaine de la littérature que de celui des jeux vidéo, des jeux de rôle, de l'animation ou encore de la bande dessinée. La croyance en ces créatures perdure et se poursuit aussi bien par le biais du folklore populaire que par celui de sous-cultures, notamment gothiques, qui s'y identifient.

Walden ou la Vie dans les bois

Photo de la couverture illustrée de Walden ou la vie dans les bois

Walden ou la Vie dans les bois (titre original Walden; or, Life in the Woods) est un récit publié en 1854 par l'écrivain américain Henry David Thoreau (1817-1862).

Le livre raconte la vie que Thoreau a passée dans une cabane pendant deux ans, deux mois et deux jours, dans la forêt appartenant à son ami et mentor Ralph Waldo Emerson, jouxtant l'étang de Walden (Walden Pond), non loin de ses amis et de sa famille qui résidaient à Concord, dans le Massachusetts.

Walden est écrit de telle façon que le séjour semble durer un an seulement. La narration suit les changements de saisons et Thoreau présente ses pensées, observations et spéculations. Il dévoile également comment, au contact de l'élément naturel, l'individu peut se renouveler et se métamorphoser, prendre conscience enfin de la nécessité de fondre toute action et toute éthique sur le rythme des éléments.

Walden n'est ni un roman, ni une autobiographie, ni un journal naturaliste. Sa dimension critique à l'encontre du monde occidental en fait un véritable pamphlet. La part de l'imagination est conséquente et Thoreau consacre de nombreuses scènes à décrire l'étang de Walden mais aussi les animaux et la façon dont les gens le considèrent du fait de son isolement, tout en dégageant des conclusions philosophiques. Ces longs passages concernant la nature appartiennent à la tradition transcendantaliste et appellent à refondre l'éthique.

Plus d'un siècle plus tard, Walden reste une œuvre phare de la littérature américaine et l'ouvrage fondateur du genre littéraire du nature writing. La pensée écologiste moderne voit également en Walden le roman du retour à la nature et de la conscience environnementale. Les observations et spéculations de Thoreau font en effet de la nature, dans le récit, un protagoniste à part entière. Walden est enfin la lente introspection de Thoreau, le fil directeur d'une recherche de sens dans un monde de plus en plus marqué par l'industrialisation et la transformation de l'espace.

Il existe plus de 200 traductions de Walden à travers le monde. L'ouvrage a été traduit en français en 1922 par Louis Fabulet (1862-1933) et redécouvert en France lors des événements de mai 68. Il demeure l'un des ouvrages de référence de la pensée écologiste voire libertaire.

Winston Churchill

Winston Churchill en 1942

Sir Winston Churchill, né Winston Leonard Spencer-Churchill le au palais de Blenheim (Woodstock, Oxfordshire, Royaume-Uni) et mort le à Londres, est un homme d'État britannique. Il est surtout connu pour avoir dirigé le Royaume-Uni durant la Seconde Guerre mondiale. Il est Premier ministre de 1940 à 1945, puis de 1951 à 1955. Il est également célèbre pour ses talents d'orateur et ses bons mots. Ne disposant pas d'une fortune personnelle, il tire l'essentiel de ses revenus de sa plume. Ses dons d'écriture seront couronnés à la fin de sa vie par le prix Nobel de littérature. Il est aussi un peintre estimé. Plus qu'un simple loisir, la peinture est pour lui un refuge dans les moments difficiles.

Churchill appartient à une importante famille aristocratique, dont il est la plus brillante figure depuis le fondateur, son ancêtre John Churchill, 1er duc de Marlborough (1650-1722), auquel il a consacré une biographie. Fils d'un homme politique conservateur atypique n'ayant pas connu le succès escompté et mort relativement jeune, il ambitionne très vite de réussir dans ce domaine. De fait, s'il débute dans la carrière militaire et combat en Inde, au Soudan et lors de la Seconde Guerre des Boers, il y cherche surtout l'occasion de briller et de se faire connaître. Cette recherche de gloire lui vaut parfois un certain nombre d'inimitiés parmi ses pairs. Assez rapidement, en partie pour des questions financières – l'armée paie moins que le journalisme et il a besoin d'argent – il sert en tant que correspondant de guerre, écrivant des livres sur les campagnes auxquelles il participe. Bien plus tard, il sert brièvement sur le front de l'Ouest pendant la Première Guerre mondiale, comme commandant du 6e bataillon des Royal Scots Fusiliers.

Il est député durant la majeure partie de sa carrière politique, longue de près de soixante années, et occupe des postes ministériels pendant près de trente ans. Avant la Première Guerre mondiale, il est ministre du Commerce, secrétaire du Home Office et Premier Lord de l'Amirauté du gouvernement libéral d'Herbert Henry Asquith. À ce titre, il participe à la création des premières lois sociales de son pays et à un mouvement visant à restreindre l'importance de la Chambre des lords, deux éléments qui lui valent une forte inimitié de la part des conservateurs. Il reste à cette fonction jusqu'à la défaite britannique lors de la bataille des Dardanelles, dont il est tenu pour responsable, et qui provoque son éviction du gouvernement. Blanchi de ces accusations par une commission d'enquête parlementaire, il est rappelé comme ministre de l'Armement, secrétaire d'État à la Guerre et secrétaire d'État de l'air par David Lloyd George, alors Premier ministre...

À la croisée des mondes

Philip Pullman en 2005.

À la croisée des mondes (His Dark Materials) est une trilogie du genre fantasy écrite par le romancier britannique Philip Pullman.

La trilogie originale, composée des livres Les Royaumes du Nord (1995), La Tour des anges (1997) et Le Miroir d'ambre (2000), suit le rite de passage de deux adolescents, Lyra Belacqua et Will Parry, qui traversent des univers parallèles en vivant une séries d'aventures épiques. Elle est complétée par des livres supplémentaires — des préquelles et des romans parallèles — situés dans l'univers d’À la croisée des mondes : Lyra et les Oiseaux (2003), Il était une fois dans le Nord (2008) et Le Livre de la Poussière (à paraître).

L'auteur s'est fortement inspiré d'un poème anglais du XVIIe siècle, Le Paradis perdu de John Milton, et aborde des thèmes tels que le passage à l'âge adulte, la mort et la religion. Le récit prend la forme d'un roman d'aventures allégorique où Pullman propose sa propre interprétation de l'origine de l'Homme et de son but sur Terre par des questionnements métaphysiques et philosophiques.

Initialement publiée pour les adolescents, la série est également destinée aux adultes en proposant plusieurs niveaux de lecture. Les livres originaux ont remporté plusieurs récompenses, en plus d'être devenus des succès littéraires, et sont considérés aujourd'hui comme des « classiques » de la littérature anglophone. Ils ont également été adaptés à la radio, puis au théâtre entre 2003 et 2004, alors que le premier roman a fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 2007, intitulée À la croisée des mondes : La Boussole d'or. Cependant, la série a également subi un certain nombre de critiques, notamment de la part d'organisations chrétiennes, lui reprochant son contenu antireligieux.

Émile Zola

Émile Zola en 1902

Émile Zola, né à Paris le , mort à Paris le , est un écrivain, journaliste et homme public français, considéré comme le chef de file du naturalisme.

C'est l'un des romanciers français les plus universellement populaires, l'un des plus publiés et traduits au monde. Ses romans ont connu de très nombreuses adaptations au cinéma et à la télévision. Sa vie et son œuvre ont fait l'objet de nombreuses études historiques. Sur le plan littéraire, il est principalement connu pour Les Rougon-Macquart, fresque romanesque en vingt volumes dépeignant la société française sous le Second Empire.

Les dernières années de sa vie ont été marquées par son engagement dans l'affaire Dreyfus avec la publication en , dans le quotidien L'Aurore, de l'article intitulé « J'Accuse...! » qui lui a valu un procès pour diffamation et un exil à Londres.


André Dupin

Dupin, procureur général à la Cour de cassation (1856).

André Marie Jean Jacques Dupin, dit « Dupin aîné », était, en France, avocat, procureur général près la Cour de cassation, député, né à Varzy dans la Nièvre le et mort à Paris le . Il fut député en 1815, président de la Chambre des députés en 1832, membre de l'Assemblée constituante en 1848, président de de l'Assemblée législative en 1849 et enfin sénateur en 1857. Il fut également membre de l'Académie française, après son élection en 1832.

Proche de Louis-Philippe d'Orléans, roi des Français en 1830, Dupin aîné fut un acteur politique important de la politique française après la chute de l'Empire napoléonien sous les deux Restaurations. Défenseur devant la Chambre des pairs de nombreux accusés politiques, dont le maréchal Ney et Savary, il fut, à la Chambre des députés, le rapporteur de la Charte de 1830. Sous la monarchie de Juillet, Dupin, que l'on a désigné comme le chef du « Tiers Parti », a été ministre sans portefeuille dans le premier ministère de la monarchie de Juillet. Il a présidé la Chambre des députés de 1832 à 1839.

Anne Frank

Statue d'Anne Frank à Utrecht, par Pieter d'Hont, faite en 1959.

Annelies Marie Frank, plus connue sous le nom d’Anne Frank, née le à Francfort-sur-le-Main, en Allemagne, sous la République de Weimar, ayant vécu la majeure partie de sa vie aux Pays-Bas et morte en ou (environ deux mois avant la capitulation allemande) à Bergen-Belsen en Allemagne nazie, fut une adolescente allemande juive ayant écrit un journal intime, rapporté dans le livre Le Journal d'Anne Frank, alors qu'elle se cachait avec sa famille et quatre amis à Amsterdam pendant l'occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale dans le but d'éviter la Shoah.

La famille quitte Francfort pour Amsterdam à la fin de l’année 1933 afin d'échapper aux persécutions nazies à l'encontre des Juifs qui se multiplient depuis l’arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler en janvier. Alors que les dangers s'intensifient à Amsterdam occupé par les Allemands depuis mai 1940, les Frank se cachent en juillet 1942 dans un appartement secret aménagé dans l'Annexe de l'entreprise Opekta d'Otto Frank, le père. Anne a alors treize ans environ. Après deux ans passés dans ce refuge, le groupe est trahi et déporté vers les camps d'extermination nazis. Sept mois après son arrestation, Anne meurt du typhus dans le camp de Bergen-Belsen quelques jours après le décès de sa sœur Margot.

Son père Otto, l'unique survivant du groupe, revient à Amsterdam à la fin de la guerre et apprend que le journal d'Anne dans lequel elle relate sa vision des événements depuis le 12 juin 1942 jusqu'au 1er août 1944 a été préservé. Convaincu du caractère unique de l'œuvre de sa fille, Otto décide de la faire éditer et le texte original en néerlandais est publié en 1947 sous le titre Het Achterhuis : Dagboekbrieven van 12 Juni 1942 – 1 Augustus 1944 (L'arrière-cour : notes du journal du au 1er août 1944).

Décrit comme le travail d'un esprit mûr et perspicace, l'œuvre donne un point de vue intime et particulier sur la vie quotidienne pendant l'occupation par les nazis et ce journal d'une adolescente au destin tragique a fait d'Anne Frank l'une des victimes emblématiques de la Shoah.

En effet ce journal a été traduit du néerlandais en de nombreuses langues ; il est devenu l'un des livres les plus lus dans le monde et plusieurs films, téléfilms, pièces de théâtre et opéras en ont été tirés.

Aspects du gothique dans Frankenstein

Frontispice de l'édition de 1831.

Lorsque Frankenstein de Mary Shelley a été publié en 1818, le roman s'est d'emblée trouvé catalogué gothique et, de plus, à quelques exceptions près, promu au rang de chef-d'œuvre.

La vague gothique avait pris naissance avec The Castle of Otranto de Horace Walpole (1764), puis Vathek de l'aristocrate William Beckford (1787), pour trouver un sommet avec les ouvrages de Mrs Radcliffe (1791-1797). Après avoir connu quelque sursaut avec Le Moine de Lewis (1796), elle était depuis très nettement sur le déclin. Après elle, le roman est passé à autre chose, est devenu historique avec Walter Scott, plus tard réellement romantique avec les sœurs Brontë. Le gothique persiste cependant au sein du roman victorien, en particulier chez Wilkie Collins et Charles Dickens, mais seulement à l'état de relents.

Avant 1818, en effet, ou au moment de la composition de Frankenstein, le genre passait pour de mauvais goût, voire pour franchement risible. En conformité avec les mises en garde d'Edmund Burke, on avait, semblait-il, franchi la limite entre le fantastique et le ridicule. Ainsi, Coleridge, familier des Godwin, donc de Mary Shelley, écrivait dès 1797, à propos de Le Moine de M. G. Lewis, que « l'horrible et le surnaturel […], de puissants stimulants, ne sont jamais requis, à moins que ce ne soit pour la torpeur d'un appétit assoupi ou épuisé ». Il fustigeait les « ennemis lassants, les personnages sans consistance, les cris, meurtres, donjons souterrains, […] l'imagination et la pensée à bout de souffle, […] un goût vulgaire et bas ». Dans Northanger Abbey, Jane Austen, en 1817, faisait donner une leçon de bon sens à Catherine Morland par Henry Tilney : « Souvenez-vous que nous sommes anglais, que nous sommes chrétiens. Faites appel à votre compréhension, votre appréciation de la vraisemblance, votre sens de l'observation […] votre éducation vous prépare-t-elle à semblables atrocités ? ». Autrement dit, la critique faisait sienne le Incredulus odi auquel conduisait une surdose de merveilleux, dont la nature même, comme le précisait Walter Scott en 1818, est d'être « facilement épuisé » (easily exhausted)...

Ayn Rand


Ayn Rand (prononcé [ˈaɪn ˈrænd]), née Alissa Zinovievna Rosenbaum (en cyrillique russe : Алиса Зиновьевна Розенбаум) le et morte le , est une philosophe, scénariste et romancière américaine d'origine russe émigrée et de confession juive.

Ayn Rand est connue dans le monde entier pour sa philosophie rationaliste, proche de celle du mouvement politique libertarien, à laquelle elle a donné le nom d'« objectivisme ». Elle a écrit de nombreux essais philosophiques sur des concepts tenant de la pensée libérale, comme la liberté, la justice sociale, la propriété ou l'État et dont le principal, et le seul traduit en français, est La Vertu d'égoïsme (The Virtue of Selfishness en langue originale). Ses contributions principales s'inscrivent néanmoins dans les domaine de l'éthique, de la philosophie politique et de l'épistémologie...

Bataille d'Hernani

Victor Hugo à la tête de l’armée romantique. Le Grand chemin de la postérité, caricature de Benjamin Roubaud (1842)

La bataille d'Hernani est le nom donné à la polémique et aux chahuts qui entourèrent en 1830 les représentations de la pièce Hernani, drame romantique de Victor Hugo. Héritière d’une longue série de conflits autour de l’esthétique théâtrale, la bataille d’Hernani, aux motivations politiques au moins autant qu’esthétiques, est restée célèbre pour avoir été le terrain d’affrontement entre les « classiques », partisans d’une hiérarchisation stricte des genres théâtraux, et la nouvelle génération des « romantiques » aspirant à une révolution de l’art dramatique et regroupée autour de Victor Hugo. La forme sous laquelle elle est généralement connue aujourd’hui est toutefois tributaire des récits qui en ont été donnés par les témoins de l’époque (Théophile Gautier principalement), mêlant vérité et légendes dans une reconstruction épique destinée à en faire l’acte fondateur du romantisme en France.

Bernard Moitessier

Bernard Moitessier, né le à Hanoï (Viêt Nam) et mort le à Vanves (Hauts-de-Seine), est un navigateur et écrivain français, auteur de plusieurs livres relatant ses voyages.

En 1968, il participe à la première course autour du monde, en solitaire et sans escale, le Golden Globe Challenge. Alors qu'il est annoncé en vainqueur, il renonce à couper la ligne d'arrivée, abandonne la course, et continue, toujours sans escale, en direction de l'océan Indien. Après dix mois de navigation, son périple s'arrête en Polynésie. Il s'installe ensuite sur un atoll, Ahe, où il choisit de vivre avec Ileana Drăghici, la mère de son fils Stefan né en 1971.

Au cours de sa vie, ce « vagabond des mers du sud » — comme il se surnomme lui-même dans le titre de son premier livre — a parcouru aussi bien l'Atlantique que le Pacifique. Il fait escale aux Antilles, en Polynésie et en Nouvelle-Zélande, passe trois fois le cap de Bonne-Espérance et deux fois le cap Horn. Il a vécu une douzaine d'années entre Tahiti et les Tuamotu et a milité contre la nucléarisation du Pacifique sud, pour la désescalade nucléaire pendant la guerre froide et pour la plantation d'arbres fruitiers dans les villages français. Mort d'un cancer en 1994, il repose au cimetière du Bono situé dans la région du golfe du Morbihan.

Causes de la mort de Jane Austen

Tombe de Jane Austen, dans la cathédrale de Winchester.

Les causes de la mort de Jane Austen, survenue le à l'âge de 41 ans au terme d'une maladie restée indéterminée et ayant duré environ une année, ont été discutées de manière rétrospective par des médecins dont les conclusions ont été ensuite reprises et analysées par les biographes de Jane Austen.

Les deux hypothèses principales sont celle de la maladie d'Addison, avancée en 1964 par le chirurgien anglais Zachary Cope (1881-1974) et celle de la maladie de Hodgkin, d'abord évoquée la même année, mais de façon concise, par le Dr F. A. Bevan, puis développée et argumentée en 2005 par l'Australienne Annette Upfal, professeur de lettres britanniques à l'université du Queensland.

La discussion repose essentiellement sur les écrits laissés par Jane Austen concernant son propre cas clinique. Elle n'exclut pas l'éventualité d'une tuberculose, qui était au XIXe siècle l'étiologie habituelle de la maladie d'Addison.

Commentaire littéraire au baccalauréat français

Mosaïque de photo d'auteur francophones

Le commentaire littéraire est un des trois sujets proposés à l'écrit de l'épreuve anticipée de français de l'examen du baccalauréat en France, avec la dissertation et l'écriture d'invention. L'exercice est également pratiqué, dans une dimension davantage stylistique cependant, lors du cursus littéraire en université.

Le commentaire littéraire, anciennement dénommé « commentaire composé » ou « commentaire de texte » est, selon le programme d'enseignement du français de l'Éducation nationale, « le lieu d’expression d’un jugement personnel sur un texte, dans un vocabulaire précis et pertinent qui permet de le caractériser dans sa spécificité ». Il doit faire ressortir la spécificité littéraire de l'extrait étudié, à travers une méthodologie rigoureuse. L'exercice est ancien, même s'il a été surtout institué depuis 1902.

Le commentaire littéraire ne concerne que l'exercice proposé par les programmes du lycée, voie générale et technologique, depuis 1972. Noté sur 16 points, le coefficient est égal à 2, excepté dans la série littéraire où il est de 3. Le commentaire est une épreuve au choix à l'écrit, mais obligatoire à l'oral, quelle que soit la section d'enseignement...

Curzio Malaparte

Curzio Malaparte.

Curzio Malaparte, de son vrai nom Kurt-Erich Suckert (né le à Prato en Toscane, mort le à Rome) était un écrivain, cinéaste, journaliste, correspondant de guerre et diplomate italien. Il est surtout connu en Europe pour deux ouvrages majeurs : Kaputt et La Peau. C’est l’homme qui fit inscrire sur son mausolée : « Quant à moi, je suis de Prato, il me suffit d’être de Prato, et si je n’y étais pas né, je voudrais n’être jamais venu au monde. » C’est dire l’importance affective qu’il attachait à la Toscane et aux Toscans, mais surtout aux habitants de Prato et de sa région. Dans la lignée de l’auteur du Décaméron, qui fut le créateur de la prose italienne, Malaparte demeure par son goût de la chronique un fils spirituel de Boccace, et l’un des prosateurs majeurs de la littérature italienne et européenne du XXe siècle.

Digression

« Mais si vous m'interrompez, lecteur, et si je m'interromps moi-même à tout coup, que deviendront les amours de Jacques? Croyez-moi, laissons-là le poète... L'hôte et l'hôtesse s'éloignèrent... — Non, non, l'histoire du poète de Pondichéry. — Le chirurgien s'approcha du lit de Jacques... — L'histoire du poète de Pondichéry, l'histoire du poëte de Pondichéry »

Une digression (du latin digressio, du verbe digredi signifiant « action de s’éloigner » ; en grec : « παρεκβάσις ») est une figure de style qui consiste en un changement temporaire de sujet dans le cours d'un récit, et plus généralement d'un discours, pour évoquer une action parallèle ou pour faire intervenir le narrateur ou l'auteur (c'est l'épiphrase pour le roman, ou la parabase pour le genre théâtral).

Considérée comme un ornement inutile par la rhétorique antique, la digression est cependant une technique narrative éprouvée. Elle permet de dilater le récit, de ménager des pauses, de divertir ou d'ironiser, ou, enfin, d'insérer un commentaire de l'auteur. La digression, qui se distingue de la parenthèse, constitue en effet une pause dans la narration, soit à une fin ludique (sans relation au fait principal raconté) soit à une fin explicative lorsque le narrateur veut éclairer un point de l'histoire, soit enfin dans un objectif métadiscursif, c'est-à-dire de réflexion sur le discours lui-même. Si elle peut être rapide et ne constituer qu'un moment sans enjeu, elle est cependant très utilisée pour interroger le lecteur. En ce sens, elle peut être un ressort des stratégies discursives de l'auteur...

Dimension prométhéenne de Frankenstein

Frontispice de l'édition de 1831.

Mary Shelley sous-titre son roman « Le Prométhée moderne » (Frankenstein or The Modern Prometheus).

Du fait qu’y est narrée la fabrication d'une sorte d'être humain, la référence au héros mythologique situe la dimension prométhéenne de défi aux dieux au cœur de l’œuvre et du processus évoqué.

De plus, l’adjectif « moderne » témoigne de la volonté d'adapter doublement le mythe ancien, au regard des nouveaux savoirs et aussi du récit chrétien dominant. Le défi aux dieux mythologiques devient donc ironiquement, même si la création au sens chrétien n'est pas fabrication mais s'opère ex nihilo, défi au Dieu créateur.

En effet, le sous-titre fait écho à l'appel du philosophe matérialiste français, La Mettrie (1709-1751), aspirant, en 1747, dans son Homme machine, à l'avènement d'un « Prométhée nouveau » qui mettrait en marche une machine humaine reconstituée.

Mary Shelley n'invente donc pas l'expression, utilisée dès le début du XVIIIe siècle et, plus près d'elle, en sa fin, par Emmanuel Kant, et Frankenstein va bien au-delà du substrat technique, présentant, outre ses emprunts aux mythes, des aspects entre autres métaphysiques, esthétiques et éthiques.

Du conte de fées

« Du conte de fées » (On Fairy-Stories) est un essai de J. R. R. Tolkien portant sur la nature, les origines et les fonctions du conte de fées. Issu d'une conférence donnée à l'université de St Andrews en 1939, il a été publié en 1947 et fréquemment réédité depuis.

Tolkien y théorise son point de vue sur le genre mythopoéique et introduit les concepts d'eucatastrophe et de monde secondaire. Il illustre ainsi les principes qui sous-tendent la majeure partie de son œuvre de fiction, y compris ses romans les plus connus que sont Le Hobbit et Le Seigneur des anneaux, l'essai se situant chronologiquement entre ces deux ouvrages. Au-delà de l'œuvre de Tolkien, « Du conte de fées » s'inscrit également dans la continuité des études du XIXe siècle portant sur le folklore et les mythes.

Edgar Allan Poe

Edgar Allan Poe en novembre 1848

Edgar Poe (Boston, - Baltimore, ) est un poète, romancier, nouvelliste, critique littéraire, dramaturge et éditeur américain, ainsi que l'une des principales figures du romantisme américain. Connu surtout pour son poème Le Corbeau (1845) et ses contes; Histoires extraordinaires en 1856) — genre dont la brièveté lui permet de mettre en valeur sa théorie de l'effet, suivant laquelle tous les éléments du texte doivent concourir à la réalisation d'un effet unique —, il a donné à la nouvelle ses lettres de noblesse et est considéré comme l’inventeur du roman policier avec des nouvelles comme La Lettre volée et Double assassinat dans la rue Morgue . Par ailleurs nombre de ses récits relèvent du fantastique (Metzengerstein - Les Aventures d'Arthur Gordon Pym) ou préfigurent le genre de la science-fiction (Aventure sans pareille d'un certain Hans Pfaall).

L'influence de Poe a été et demeure importante, aux États-Unis comme dans l'ensemble du monde, non seulement sur la littérature, mais également sur d'autres domaines artistiques tels le cinéma et la musique, ou encore dans des domaines scientifiques. Auteur américain, il ne fait pas exception au proverbe qui dit que nul n’est prophète en son pays, car il a d’abord été reconnu et défendu par des auteurs français, Baudelaire et Mallarmé en tête. La critique contemporaine le place parmi les plus remarquables écrivains de la littérature américaine du XIXe siècle.

Ernst Theodor Amadeus Hoffmann

Autoportrait d'Ernst Theodor Amadeus Hoffmann

Ernst Theodor Wilhelm Hoffmann, né le à Königsberg, en Prusse-Orientale, et mort le à Berlin (à l'âge de 46 ans), est un écrivain romantique et un compositeur, également dessinateur et juriste allemand.

Juriste de formation, Hoffmann sert dans l'administration prussienne de 1796 à 1806, puis de 1814 à sa mort. Également dessinateur et peintre, son indépendance d'esprit et son goût de la satire lui valent à plusieurs reprises de sérieux ennuis auprès de ses supérieurs hiérarchiques, qu'il n'hésite pas à caricaturer. C'est surtout en raison de son activité littéraire que Hoffmann est célèbre. Connu sous le nom d'« E. T. A. Hoffmann », il est l'auteur de nombreux contes (Märchen en allemand) comme : L'Homme au sable, Les Mines de Falun ou Casse-noisette et le roi des souris et de plusieurs romans, dont son œuvre principale Le Chat Murr. Il devient alors, dès les années 1820, l'une des illustres figures du romantisme allemand et il inspire de nombreux artistes, en Europe comme dans le reste du monde. Par exemple, Jacques Offenbach écrit l'opéra fantastique en cinq actes Les Contes d'Hoffmann en s'inspirant de l'univers du romantique allemand...

Gabriel García Márquez

García Márquez au Festival du Film de Guadalajara en 2009.

Gabriel José de la Concordia García Márquez est un écrivain colombien né le dans la municipalité d'Aracataca, en Colombie. Romancier, novelliste mais également journaliste et activiste politique, il est devenu lauréat du prix Nobel de littérature en 1982. García Márquez, affectueusement connu sous le nom de « Gabo » en Amérique Latine, est un des auteurs les plus significatifs du XXe siècle.

Il a poursuivi un enseignement autodidacte en quittant son école de droit pour se lancer dans une carrière de journaliste. Très tôt, il n'a montré aucune retenue dans sa critique sur la politique intérieure comme extérieure de la Colombie. En 1958, il a épousé Mercedes Barcha, avec qui il a eu deux fils : Gonzalo, et Rodrigo García, devenu réalisateur. Il a beaucoup voyagé en Europe, et vit actuellement à Mexico, où il vient de lancer une édition mexicaine de son hebdomadaire colombien Cambio. Depuis une dizaine d'années, il se bat contre un cancer lymphatique...

Georg Forster

Georg Forster

Johann Georg Adam Forster (né le 27 novembre 1754 à Nassenhuben près de Danzig, en Pologne ; mort le 10 janvier 1794 à Paris) est un naturaliste allemand, ainsi qu’un ethnographe, un écrivain voyageur, un journaliste et un révolutionnaire. Il participe à la deuxième expédition autour du monde de James Cook, consacre d’importantes sommes à la géographie et à l’ethnologie comparées des mers du sud et apparaît comme un des fondateurs de la littérature de voyage scientifiquement fondée.

Georg Trakl

Georg Trakl en mai 1914

Georg Trakl né le à Salzbourg et décédé le à Cracovie est un poète autrichien. Il est l’un des représentants majeurs de l’expressionnisme. Georg Trakl laissa comme témoignage de sa vie tout aussi brève qu’intense – il est mort à l’âge de 27 ans – une œuvre sulfureuse composée de poèmes dont l’importance fait de Trakl un des poètes majeurs du XXe siècle. Sa poésie c’est la décadence, la ruine, le déclin de l’homme, la mort qui rôde dans la nuit.

En mettant en scène des personnages indéterminés comme l’orpheline, le voyageur, le vieillard, le novice ou des figures nommées comme Kaspar Hauser, Elis ou Helian, la poésie de Georg Trakl donne très souvent l’impression d’être impersonnelle. Il écrit à son ami Erhard Buschbeck : « Je resterai toujours pour finir un pauvre Kaspar Hauser ». Le poète angoissé et torturé s’identifie de manière constante à son œuvre dont la genèse ne peut être pleinement comprise que par le rapport qui unit la poésie et la vie de Trakl. Si elle fait partie de l’expressionnisme, l’œuvre de Trakl en dépasse le simple cadre artistique.

George Orwell

George Orwell press photo.jpg

George Orwell, de son vrai nom Eric Arthur Blair est un écrivain anglais né le à Motihari, Inde britannique (aujourd'hui Inde) et mort le à Londres.

Son œuvre porte la marque de ses engagements: contre l'impérialisme britannique, après son expérience de l'ordre colonial en Birmanie, pour la justice sociale, après avoir observé et partagé les conditions d'existence des classes laborieuses à Londres et à Paris, contre les totalitarismes nazi et soviétique, après sa participation à la guerre d'Espagne.

Témoin de son époque, Orwell a été dans les années 1930 et 1940 chroniqueur, critique littéraire et romancier. De cette production variée, les deux œuvres au succès le plus durable sont deux textes publiés après la Seconde Guerre mondiale : La Ferme des animaux en 1945, et surtout 1984, paru en 1949, roman dans lequel il crée le concept de Big Brother, depuis passé dans le langage courant de la critique des techniques modernes de surveillance. L'adjectif « orwellien » est également fréquemment utilisé en référence à l'univers totalitaire imaginé par l'écrivain anglais.

George Wickham

dessin en noir blanc représentant un groupe de personnes sortant d'un pièce

George Wickham est un personnage de fiction créé par la femme de lettres anglaise Jane Austen qui apparaît dans son roman Orgueil et Préjugés (Pride and Prejudice), paru en 1813. Personnage secondaire, à peine esquissé par la narratrice, il joue cependant un rôle essentiel dans le déroulement de l'intrigue.

Wickham est au premier abord plein de chaleur, de vivacité et de charme : il sait toucher le cœur des jeunes filles romanesques. Sa prestance et ses manières chaleureuses lui attirent rapidement la sympathie de l'héroïne, Elizabeth Bennet. Mais sa nature profonde est celle d'un libertin cynique et sans principes : il est menteur, enjôleur, joueur, manipulateur. Il n'hésite pas à utiliser, pour tromper son entourage, sa bonne mine et les atouts que lui donne la bonne éducation acquise grâce à son parrain, le maître de Pemberley, un grand domaine dont son père était régisseur, et dans lequel il a été élevé aux côtés des enfants du propriétaire, Fitzwilliam Darcy et Georgiana Darcy.

L'intrigue développée autour du personnage de George Wickham a été inspirée à Jane Austen par Tom Jones, le roman d'Henry Fielding paru en 1749.

Georgette Heyer

Georgette Heyer (née le , morte le ) est un écrivain anglais de romances historiques, de romans policiers et de romans historiques. Sa carrière de romancière débute en 1921 lorsqu'elle imagine une histoire pour son jeune frère, dans le roman The Black Moth. En 1925, elle épouse George Ronald Rougier, un ingénieur des mines. Le couple vit plusieurs années au Tanganyika et en Macédoine avant de retourner en Angleterre en 1929. Après que son roman Ce merveilleux passé remporte un succès malgré sa parution durant la grève générale de 1926, elle estime que la publicité n'est pas si nécessaire. Jusqu'à la fin de sa vie, elle refuse d'accorder des interviews, confiant à un ami : « Ma vie privée ne regarde personne d'autre que moi et ma famille » (« My private life concerns no one but myself and my family »).

Georgina Hogarth

Georgina Hogarth dans sa jeune maturité.

Georgina Hogarth (1827-1917) est la belle-sœur, la compagne et la confidente du romancier Charles Dickens (1812-1870) qui, dans son testament, la décrit comme « la meilleure et la plus sûre amie que puisse avoir un homme » (« the best and truest friend man ever had »). Elle devient un membre essentiel de la maisonnée des Dickens dès qu'elle s'y installe. Elle suit Dickens après sa séparation d'avec son épouse Catherine et reste auprès de lui jusqu'à sa mort en 1870. Comme pour sa sœur Mary Scott, l'évoquer revient essentiellement à parler de son célèbre beau-frère, sans lequel elle serait sans doute restée inconnue, alors que, partageant son prestige, elle passe à la postérité.

Certaines rumeurs malveillantes évoquent une possible liaison amoureuse entre Dickens et sa jeune belle-sœur ; circulant déjà lors des embarras conjugaux du couple, elles sont ensuite poursuivies avec des fortunes diverses, jusqu'à ces dernières années à l'occasion de la vente aux enchères d'un bijou. Claire Tomalin, qui analyse sur le problème dans sa biographie d'Ellen Ternan, la jeune maîtresse de Dickens, semble établir leur caractère fallacieux ou mensonger. D'après son analyse, que partagent avant elle des critiques tels que Peter Ackroyd, Michael Slayter ou Lillian Nayder, pour ne citer que les plus récents, Georgina tient auprès de Dickens le rôle exclusif de gouvernante, d'amie et de confidente.

Après le décès du romancier, Georgina garde des rapports affectueux avec les enfants Dickens et n'a de cesse, jusqu'au terme de sa longue vie, de défendre la mémoire et de préserver, avec l'aide de sa nièce Mamie, la correspondance de son beau-frère dont elle supprime consciencieusement toute référence pouvant faire ombrage à sa réputation.

L'œuvre de Dickens présente plusieurs personnages féminins qui, de près ou de loin, semblent être inspirés par Georgina, bien qu'elle-même se défende d'avoir servi de modèle, du moins pour l'une d'entre elles.

Grégoire de Narek

Grégoire de Narek, Ms. 1568 réalisé au monastère de Skevra en 1173, Matenadaran, Erevan.

Grégoire de Narek, Krikor Narekatsi ou Grigor Naregatsi (en arménien, Գրիգոր Նարեկացի), né entre 945 et 951, et mort à Narek en 1003 ou aux environs de 1010, est un théologien (vardapet), poète et philosophe d'Arménie. Né dans le Vaspourakan des Artzrouni, il passe la plus grande partie de sa vie au monastère de Narek, non loin du lac de Van, près de l'église d'Aghtamar, où il est notamment enseignant.

Vers la fin de sa vie, ce mystique a écrit en langue arménienne classique un poème intitulé Livre des Lamentations, chef d'œuvre de la poésie arménienne médiévale. Ce maître de la discipline a aussi rédigé des odes célébrant la Vierge, des chants, et des panégyriques. Son influence a marqué la littérature arménienne et se retrouve chez d'autres poètes, comme Sayat-Nova, Yéghiché Tcharents et Parouir Sévak. Son œuvre est l'un des sommets de la littérature universelle.

Henri-Pierre Roché

Henri Roché dit Pierre Roché puis Henri-Pierre Roché, né le à Paris 6e et mort le , à Sèvres, est un écrivain français, de son métier marchand d'art, collectionneur, critique et, par intermittence, journaliste.

Peintre de formation, Henri-Pierre Roché a été la plus grande partie de sa vie un collectionneur d'art. En tant qu'agent commercial ou conseiller de grands collectionneurs, parfois simplement par son entregent, toujours au second plan, il a joué un rôle central dans le développement de l'art moderne, aidant Pablo Picasso, Marcel Duchamp, Francis Picabia, Constantin Brâncuși et Marie Laurencin, puis Man Ray et Jean Dubuffet, entre autres, à se faire connaître.

Écrivain de sa vie, secret et inédit, ce n'est qu'à soixante-quatre ans qu'un deuil fait du collectionneur le romancier qu'il s'était promis d'être à vingt-cinq. Les adaptations cinématographiques par François Truffaut de ses deux romans, Jules et Jim, publié en 1953, et Deux Anglaises et le continent, publié en 1956, écrits l'un et l'autre comme des condensés autobiographiques, lui donnent une célébrité posthume.

Hippie

Les hippies se distinguaient du reste de la population, qu'ils appelaient les « straight », par leurs tenues vestimentaires, leurs chevelures et une liberté ostentatoire dans leurs relations amoureuses.

Le mouvement hippie est un courant de contre-culture apparu dans les années 1960 aux États-Unis, avant de se diffuser dans le reste du monde occidental. Les hippies, issus en grande partie de la jeunesse nombreuse du baby boom de l'après-guerre, rejetaient les valeurs traditionnelles, le mode de vie de la génération de leurs parents et la société de consommation.

L'ouverture à d'autres cultures, un besoin d'émancipation et la recherche de nouvelles perceptions sensorielles, les amenèrent aux expressions artistiques du psychédélisme. Dans leurs communautés, ils tentèrent de réaliser leur aspiration à vivre librement, dans des rapports humains qu'ils voulaient plus authentiques.

En rupture avec les normes des générations précédentes, le mouvement a eu une influence culturelle majeure, en particulier dans le domaine musical. L'assimilation de nombreuses valeurs issues de ce courant a apporté une évolution des mœurs de la société dans son ensemble même si le mouvement lui-même s'est rapidement dissous, en partie par son manque d'organisation et à la suite de ses excès.

Homère

Portrait imaginaire d'Homère

Homère est réputé avoir été un aède de la fin du VIIIe siècle av. J.-C. C'est le premier poète grec dont les œuvres nous sont parvenues. On ne sait rien de sa vie et son existence même est l'objet de discussions. Selon les traditions antiques, Homère aurait été aveugle et viendrait d'Asie Mineure.

Il était surnommé simplement « le Poète » (ὁ Ποιητής / ho Poiêtếs) par les Anciens. On lui attribue la paternité de l'Iliade et de l'Odyssée, deux des épopées les plus célèbres de la littérature, sources importantes pour la connaissance de la mythologie grecque, et notamment de la guerre de Troie et des retours. Les Anciens le pensaient également auteur de nombreuses autres œuvres, comme la Batrachomyomachia (« Bataille des grenouilles et des rats ») ou les Hymnes homériques.

Honoré de Balzac

Honoré de Balzac, né Honoré Balzac à Tours le (1er prairial an VII du calendrier républicain), et mort à Paris le (à 51 ans), est un écrivain français. Romancier, dramaturge, critique littéraire, critique d'art, essayiste, journaliste et imprimeur, il a laissé l'une des plus imposantes œuvres romanesques de la littérature française, avec plus de quatre-vingt-dix romans et nouvelles parus de 1829 à 1855, réunis sous le titre La Comédie humaine. À cela s'ajoutent Les Cent Contes drolatiques, ainsi que des romans de jeunesse publiés sous des pseudonymes et quelque vingt-cinq œuvres ébauchées.

Il est un maître du roman français, dont il a abordé plusieurs genres, du roman philosophique avec Le Chef-d'œuvre inconnu au roman fantastique avec La Peau de chagrin ou encore au roman poétique avec Le Lys dans la vallée. Il a surtout excellé dans la veine du réalisme, avec notamment Le Père Goriot et Eugénie Grandet, mais il s'agit d'un réalisme visionnaire, que transcende la puissance de son imagination créatrice.

Comme il l'explique dans son Avant-Propos à La Comédie humaine, il a pour projet d'identifier les « Espèces sociales » de son époque, tout comme Buffon avait identifié les espèces zoologiques. Ayant découvert par ses lectures de Walter Scott que le roman pouvait atteindre à une « valeur philosophique », il veut explorer les différentes classes sociales et les individus qui les composent, afin « d'écrire l’histoire oubliée par tant d’historiens, celle des mœurs » et « faire concurrence à l'état civil ».

L'auteur décrit la montée du capitalisme et l'absorption par la bourgeoisie d'une noblesse incapable de s'adapter aux réalités nouvelles. Intéressé par les êtres qui ont un destin, il crée des personnages plus grands que nature, au point qu'on a pu dire que, dans ses romans, « chacun, même les portières, a du génie ».

Ses opinions politiques sont ambiguës : s’il affiche des convictions légitimistes en pleine Monarchie de Juillet, il s’est auparavant déclaré libéral, et défendra les ouvriers en 1840 et en 1848, même s'il ne leur accorde aucune place dans ses romans. Tout en professant des idées conservatrices, il a produit une œuvre admirée par Marx et Engels, et qui invite par certains aspects à l'anarchisme et à la révolte.

Outre sa production littéraire, il écrit des articles dans les journaux et dirige successivement deux revues, qui feront faillite. Convaincu de la haute mission de l'écrivain, qui doit régner par la pensée, il lutte pour le respect des droits d'auteur et contribue à la fondation de la Société des gens de lettres...

J'accuse…!

En mars 1898, Émile Zola est photographié par Félix Nadar dans l’attitude qu’évoque la conclusion de « J’accuse…! » : « J’attends ».

« J’accuse…! » est le titre d’un article rédigé par Émile Zola lors de l’affaire Dreyfus. Il est publié dans le journal L’Aurore du sous la forme d’une lettre ouverte au Président de la République française, Félix Faure.

Alfred Dreyfus est un officier français d’état-major général, d’origine juive, accusé à tort d’avoir livré des documents secrets à l’attaché militaire allemand en poste à Paris, à l’automne 1894. Après une enquête à charge, et sous la pression d’une importante campagne de presse à caractère antisémite, le capitaine Dreyfus est condamné à l’emprisonnement à perpétuité dans une enceinte fortifiée. Dégradé publiquement, il est expédié sur l’île du Diable, en Guyane française. Sa famille organise sa défense. Peu à peu, les informations s’accumulent à propos d’irrégularités graves dans l’instruction et le procès de 1894. Le véritable traître est finalement officiellement identifié en novembre 1897 : c’est le commandant Walsin Esterházy.

Devant le risque d’une contestation populaire et d’un retour de l’affaire sur le devant de la scène, les militaires qui ont fait condamner Dreyfus s’organisent afin que leurs irrégularités ne soient pas exposées publiquement. Pourtant, le lieutenant-colonel Georges Picquart, chef du service des renseignements militaires, avait découvert l’identité du véritable traître dès 1896. Mais il est limogé par l’état-major, qui se livre à des manœuvres de protection du véritable coupable, dont le but est de maintenir coûte que coûte Dreyfus au bagne.

À la fin de l’année 1897, le cercle des dreyfusards s’élargit. Le vice-président du Sénat, Auguste Scheurer-Kestner décide de prendre fait et cause pour Alfred Dreyfus. De proche en proche, ces rumeurs atteignent Émile Zola, jusque-là totalement étranger à l’affaire Dreyfus. Il publie quelques articles, sans effet majeur. Mais la rumeur enfle. L’état-major de l’armée décide en retour de faire comparaître le commandant Esterházy en Conseil de guerre, où il est acquitté à l’unanimité le 11 janvier 1898…

J. R. R. Tolkien

Tolkien en uniforme de l'armée britannique durant la Première Guerre mondiale (1916).

John Ronald Reuel Tolkien est un écrivain, poète, philologue et professeur d'université anglais, né le à Bloemfontein et mort le à Bornemouth. Il est principalement connu pour ses romans Le Hobbit et Le Seigneur des anneaux.

Après des études à Birmingham et à Oxford et l'expérience traumatisante de la Première Guerre mondiale, Tolkien devient professeur assistant (reader) de langue anglaise à l'université de Leeds en 1920, puis professeur de vieil anglais à l'université d'Oxford en 1925 et professeur de langue et de littérature anglaises en 1945, toujours à Oxford. Il prend sa retraite en 1959. Durant sa carrière universitaire, il défend l'apprentissage des langues, surtout germaniques, et bouleverse l'étude du poème anglo-saxon Beowulf avec sa conférence Beowulf : Les Monstres et les Critiques (1936). Son essai Du conte de fées (1939) est également considéré comme un texte crucial dans l'étude de ce genre littéraire.

Tolkien commence à écrire pour son plaisir dans les années 1910, élaborant toute une mythologie autour de langues qu'il invente. L'univers ainsi créé, la Terre du Milieu, prend forme au fil des réécritures et compositions. Son ami C. S. Lewis l'encourage dans cette voie, de même que les autres membres de leur cercle littéraire informel, les Inklings. En 1937, la publication de Le Hobbit fait de Tolkien un auteur pour enfants estimé. Sa suite longtemps attendue, Le Seigneur des anneaux, est d'une tonalité plus sombre. Elle paraît en 1954-1955 et devient un véritable phénomène de société dans les années 1960, notamment sur les campus américains. Tolkien travaille sur sa mythologie jusqu'à sa mort, mais ne parvient pas à donner une forme achevée au Silmarillion. Ce recueil de légendes des premiers âges de la Terre du Milieu est finalement mis en forme et publié à titre posthume en 1977 par son fils et exécuteur littéraire Christopher, en collaboration avec Guy Gavriel Kay. Depuis, Christopher Tolkien publie régulièrement des textes inédits de son père…

Jorge Isaacs

Portrait de Jorge Isaacs par Víctor Moscoso.

Jorge Enrique Isaacs Ferrer, né le à Cali et mort le à Ibagué, est un écrivain et poète colombien. Surtout connu pour son roman María, il a également été soldat, politicien et explorateur scientifique. Il est considéré comme un des auteurs les plus significatifs du XIXe siècle en Amérique latine.

Alors qu'il est soldat dans un conflit opposant les conservateurs aux libéraux, Jorge Isaacs fait la connaissance du poète Gregorio Gutiérrez González et commence alors à écrire des poésies. Par la suite, il fait découvrir ses manuscrits au groupe littéraire « El Mosaico », qui éditera trente de ses compositions poétiques. En 1864, il commence à écrire son roman María, qui est publié trois ans après et devient une des œuvres les plus notables du romantisme de la littérature espagnole.

En plus de son activité littéraire, Jorge Isaacs s'engage en politique. Il est d'abord représentant à la Chambre pendant quelques années avant d'occuper le poste de consul au Chili entre 1871 et 1872. Alors qu'il est membre de l'aile radicale du parti libéral, il élabore les stratégies à développer au sein de l'enseignement. En effet, pour les libéraux, l'analphabétisme et l'ignorance empêchent la formation du citoyen, la réalisation d'une démocratie, le progrès et la paix. Cependant, ses activités politiques et au sein de l'Éducation sont sources de désillusions et d'échecs…

Joëlle Écormier

Portrait de Joëlle Écormier en 2009

Joëlle Écormier est une femme de lettres française née en 1967 au Tampon, sur l'île de La Réunion, un département d'outre-mer où elle habite, dans le sud-ouest de l'océan Indien.

Auteur de textes qu'elle écrit pour elle-même durant sa jeunesse, elle est mère au foyer lorsqu'elle participe à une expérience littéraire lancée par France Loisirs en 1998, la rédaction d'un roman dont les premières pages sont signées par Yann Queffélec, les suivantes étant choisies parmi les envois d'internautes. La sélection de sa proposition pour le deuxième chapitre de cette fiction collaborative qui paraît en 1999 sous le titre 30 jours à tuer conduit la jeune femme à se lancer dans le métier d'écrivain.

Publié par l'éditeur réunionnais Azalées Éditions en 2000, le premier roman qu'elle écrit seule, Le Grand Tamarinier, met en scène un enfant et amorce un glissement vers la littérature enfantine qu'elle poursuit avec son deuxième titre, un conte illustré par les dessins de sa fille. De fait, après 2003 et la parution de son second roman, Plus léger que l'air, Joëlle Écormier, passée chez Océan Éditions, se consacre aux ouvrages pour les plus petits, qu'elle tente de moderniser en évitant les motifs folklorisants de la culture réunionnaise. Ce n'est qu'en 2009 qu'elle revient à des titres sans images en publiant un recueil de nouvelles pour adolescents, Je t'écris du pont, et surtout son troisième roman, Le Petit Désordre de la mer, primé la même année au Festival du livre et de la bande dessinée, à Saint-Denis.

Jules Barbey d'Aurevilly

Barbey d'Aurevilly

Jules Barbey d’Aurevilly, (Saint-Sauveur-le-Vicomte, en Basse-Normandie, - Paris, ) est un écrivain français, surnommé le « Connétable des lettres ». Il a été à la fois romancier, nouvelliste, poète, critique littéraire et polémiste.

Né au sein d’une vieille famille normande, Jules Barbey d’Aurevilly est resté marqué par les idées catholiques, monarchistes et réactionnaires de son milieu. Ses choix idéologiques ont nourri son dandysme et une œuvre littéraire, d’une grande originalité, fortement marquée par la foi catholique et le péché.

À côté de ses textes de polémiste critique de la modernité, on retient surtout ses romans et nouvelles, mélangeant des éléments du romantisme, du fantastique, du réalisme historique et du symbolisme décadent comme (Une vieille maîtresse, 1851), (L’Ensorcelée, 1855) et (Le Chevalier des Touches, 1864). Son œuvre la plus célèbre aujourd'hui est son recueil de nouvelles Les Diaboliques, paru tardivement en (1874), dans lesquelles l’insolite et la transgression, plongeant le lecteur dans un univers ambigu, ont valu à leur auteur d’être accusé d’immoralisme.

Julien Gracq

Signature autographe de l’auteur

Julien Gracq, de son vrai nom Louis Poirier, né le à Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire) et mort le à Angers, était un écrivain français.

Si Au château d’Argol, son premier roman, fortement influencé par le romantisme noir et par le surréalisme, avait attiré l’attention d’André Breton, c’est avec Le Rivage des Syrtes, et surtout le spectaculaire refus de son auteur de recevoir le prix Goncourt en 1951, que Julien Gracq s’est fait connaître du public. Reconnaissance paradoxale pour cet écrivain discret qui s’est effacé derrière une œuvre protéiforme et originale, en marge des courants dominants de la littérature de son époque (voire en opposition), qu’il s’agisse de l’existentialisme ou du nouveau roman. Après avoir abandonné l’écriture de fiction, Julien Gracq publie à partir de 1970 des livres qui mélangent bribes d’autobiographie, réflexions sur la littérature et méditations géographiques.

Traduites dans vingt-six langues, étudiées dans des thèses et des colloques, proposées aux concours de l’agrégation, publiées dans la Bibliothèque de la Pléiade, les œuvres de Julien Gracq ont valu à leur auteur une consécration critique presque sans équivalent à son époque.

L'Album de Bilbo le Hobbit

L'Album de Bilbo le Hobbit - Adieu à la Terre du Milieu [Bilbo's Last Song (at the Grey Havens)] est un poème de l'écrivain britannique J. R. R. Tolkien publié en 1974, un an après la mort de son auteur, sous forme d'un poster illustré par Pauline Baynes.

Dans ce poème, le hobbit Bilbon Sacquet relate son départ de la Terre du Milieu depuis les Havres Gris à bord d'un navire elfique, épisode qui correspond à la fin du Seigneur des anneaux. Ce texte, considéré comme un épilogue au roman, a connu une adaptation sous forme musicale.

L'Homme qui plantait des arbres

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L’Homme qui plantait des arbres est une nouvelle écrite en 1953 par l’écrivain français Jean Giono pour « faire aimer à planter des arbres », selon ses termes. Il s’agit de l’histoire, présentée comme authentique, du berger Elzéard Bouffier, personnage pourtant de fiction, qui fait revivre sa région, localisée en Haute Provence, entre 1913 et 1947, en plantant des arbres.

Écrite à la suite d’une commande du magazine américain Reader’s Digest, la nouvelle a eu un retentissement mondial. Elle est aujourd’hui considérée comme un manifeste à part entière de la cause écologiste. Beaucoup de personnes ont cru que le personnage d’Elzéard Bouffier avait vraiment existé, croyance sur laquelle Giono n’a pas manqué de jouer.

La nouvelle véhicule de nombreux messages : écologiques, humanistes et même politiques. L’histoire d’Elzéard Bouffier est en effet considérée dans la littérature écologiste comme une parabole de l’action positive de l’homme sur son milieu et de l’harmonie qui peut s’ensuivre.

Le récit de Giono a donné lieu à un film d’animation du même nom, réalisé par l’illustrateur Frédéric Back et lu par Philippe Noiret, et qui a obtenu plus de 40 prix à travers le monde.

L’Homme qui plantait des arbres est aujourd’hui reconnu comme une œuvre majeure de la littérature de jeunesse et elle est, à ce titre, et pour son message écologique, étudiée en classe.

La Famille Flopsaut

Photographie noir et blanc de Beatrix Potter portant un chapeau à fleurs.

La Famille Flopsaut (titre original en anglais : The Tale of The Flopsy Bunnies) est un livre pour enfants écrit et illustré par Beatrix Potter paru en chez Frederick Warne & Co.

Après les deux longs contes Pierre Lapin (The Tale of Peter Rabbit, 1902) et Jeannot Lapin (The Tale of Benjamin Bunny, 1904), Beatrix Potter se lasse des histoires de lapins et ne veut plus écrire d'histoires sur ces animaux. Cependant, elle s'aperçoit que ces histoires, et les illustrations qui les accompagnent plus encore, ont un franc succès chez les enfants. Elle décide alors de reprendre les personnages et l'intrigue des contes précédents pour créer La Famille Flopsaut. Le jardin de sa tante et de son oncle, situé au pays de Galles et mêlant parterres de fleur, buissons, potager et arcades, l'inspire pour le décor de ce conte.

Dans La Famille Flopsaut, Jeannot Lapin, son cousin Pierre et sa cousine Flopsaut sont devenus adultes. Jeannot et Flopsaut sont mariés et parents de six petits lapins appelés simplement les « lapins Flopsaut ». Du fait du manque de nourriture pour pourvoir aux besoins de cette grande famille, ils se rendent sur le tas d'ordure où Monsieur McGregor jette ses légumes pourris afin de s'en nourrir. M. McGregor capture les six petits Flopsaut après que ceux-ci se sont endormis sur le tas d'ordure, les enferme dans un sac avec l'intention de les revendre pour s'acheter du tabac. Alors que M. McGregor est distrait, les six petits sont libérés par Madame Trotte-Menu, un mulot, et le sac rempli de légumes pourris par Jeannot et Flopsaut. Une fois rentré chez lui, M. McGregor annonce à sa femme qu'il ramène des lapins. Quand celle-ci s'aperçoit du contenu du sac, elle croit que son mari se moque d'elle et le réprimande sévèrement…

La Légende de Novgorode

Blaise Cendrars, peint par Amedeo Modigliani en 1917.

La Légende de Novgorode serait le premier poème de Blaise Cendrars, publié dans une traduction russe à Moscou en 1907.

Ce texte de jeunesse a longtemps été considéré comme perdu, voire comme n'ayant eu d'autre existence que dans l'imagination fertile de son auteur supposé, jusqu'à ce qu'en 1995 un exemplaire en soit découvert par hasard dans une bouquinerie bulgare. Ce premier poème révèlerait, entre autres choses, le secret de l'origine du pseudonyme littéraire que s'était choisi Frédéric Sauser. Mais son authenticité est douteuse.

Le Disciple

Couverture du roman aux Éditions Plon – Nourrit  (réédition de 1921).

Le Disciple est un roman de Paul Bourget (né en 1852, mort en 1935) paru en 1889, écrit entre septembre 1888 et mai 1889. Roman d'analyse et d'éducation pour les générations nouvelles de l'époque, le chef-d'œuvre de Paul Bourget est aussi un roman à thèse, puisque l'écrivain y dénonce la responsabilité du maître à penser et y accuse la science moderne de s'être substituée à la religion sans fournir de morale.

Œuvre de transition qui occupe une place centrale dans la production littéraire de Paul Bourget, le livre clôt la période durant laquelle l'écrivain se consacre au roman d'analyse, tout empreint de fine psychologie humaine et d'étude des mœurs pour annoncer l'avènement du roman à thèse, moraliste et engagé en faveur du catholicisme, puisque, à partir du Disciple, en 1889, Paul Bourget amorce son retour à la foi, pour se convertir définitivement en 1901.

En participant aux deux formes de romans (roman d'analyse et roman à thèse), Le Disciple, roman « hybride », marque également une coupure importante dans la vie sentimentale et sociale du romancier, qui, à cette époque, se marie et rompt avec ses amis (les Cahen d'Anvers, notamment) et son milieu.

Le Général dans son labyrinthe

Gabriel García Márquez en 2002.

Le Général dans son labyrinthe (en espagnol : El general en su laberinto) est un roman de l'écrivain colombien et prix Nobel de littérature Gabriel García Márquez. Il s'agit d'un récit romancé des derniers jours de Simón Bolívar, le libérateur et premier président de la Grande Colombie. Publié pour la première fois en 1989, le livre raconte le voyage de Bolívar de Bogota à la côte nord de la Colombie, alors qu'il cherche à quitter l'Amérique du Sud pour s'exiler en Europe. Ce sera le dernier qu'il entreprendra puisque, au bout de celui-ci, il décède des suites d'une maladie mystérieuse sans avoir pu prendre la mer pour le vieux continent.

Ses précédents romans tels que Cent ans de solitude et L'Amour aux temps du choléra ayant été des succès, García Márquez décide d'écrire un livre sur « Le Libérateur » après avoir lu un ouvrage inachevé d'Álvaro Mutis sur ce sujet. García Márquez demande alors à son confrère la permission de rédiger un ouvrage sur l'ultime voyage de Bolívar. Après deux ans de recherches pendant lesquels il étudie notamment les 34 tomes des mémoires de Daniel Florence O'Leary (l'aide de camp de Bolívar) et divers documents historiques, García Márquez publie son roman sur les sept derniers mois de la vie du général sud-américain. C'est la vie de Bolívar qui constitue le « labyrinthe » évoqué dans le titre, un labyrinthe fait des mille souvenirs que l'ouvrage rappelle et dans lequel il nous introduit.

Le mélange des genres dans Le Général dans son labyrinthe le rend difficile à classer dans l'un de ceux-ci et les critiques ne s'accordent pas sur la place exacte à lui donner entre le roman et le récit historique (et toutes les nuances dans les différences qui les distinguent). La présence de passages romancés doivent tout à l'inspiration de García Márquez. Il traite de certains des incidents les plus intimes de la vie de Bolívar et a provoqué l'indignation dans certains pays d'Amérique latine là même où le livre a été édité. De nombreuses et éminentes personnalités latino-américaines ont estimé que le roman a sali la réputation de l'une des plus importantes figures historiques de cette partie du monde et en a donné une image négative dans les autres continents. D'autres voient dans Le Général dans son labyrinthe une manière féconde de provoquer la culture latino-américaine et un défi lancé à ce continent par rapport aux problèmes qu'il doit affronter.

Le Plantier de Costebelle

Édifice principal du Plantier de Costebelle.

Le Plantier de Costebelle est une maison d’architecture néo-palladienne construite à partir de 1857 par la baronne Hortense Pauline Husson de Prailly. Située sur la commune de Hyères-les-Palmiers, dans le département du Var, sur le versant est du mont des Oiseaux et des collines de Costebelle, la propriété surplombe la rade d'Hyères, la presqu'île de Giens et les îles de Porquerolles et de Port-Cros. Lieu de villégiature dans la deuxième moitié du XIXe siècle pour d'éminents ecclésiastiques (le père dominicain Henri Lacordaire et l'évêque d'Orléans, Monseigneur Félix Dupanloup), la « Villa des Palmiers » (ainsi baptisée par madame de Prailly) accueille également l'écrivain légitimiste Armand de Pontmartin. Mais la plus illustre visite à ce jour reste le passage à la Villa des Palmiers de la Reine Victoria du Royaume-Uni, en 1892.

À partir de 1896, le romancier et académicien français Paul Bourget (1852 † 1935), auteur du Disciple, achète la propriété, qui prend alors son nom actuel, « Le Plantier de Costebelle », et y reçoit de nombreuses personnalités du monde littéraire, tels André Gide, Henry James, Edith Wharton, de la sphère politique (Lady Randolph Churchill, Charles Maurras, Maurice Barrès) ou même militaire (le maréchal Joseph Joffre), et ce, jusqu'à sa mort, en 1935...

Le Seigneur des anneaux

L'Anneau unique, forgé par Sauron.

Le Seigneur des anneaux (The Lord of the Rings) est un roman en trois volumes de J. R. R. Tolkien paru en 1954 et 1955.

L'histoire reprend certains des personnages présentés dans Le Hobbit, premier roman de l'auteur paru en 1937, mais l'œuvre est plus complexe et plus sombre. Tolkien entreprend sa rédaction à la demande de son éditeur, Allen & Unwin, à la suite du succès critique et commercial du Hobbit. Il lui faut douze ans pour parvenir à achever ce nouveau roman qu'il truffe de références et d'allusions au monde du Silmarillion, la Terre du Milieu, sur lequel il travaille depuis 1917 et dans lequel Le Hobbit a été attiré « contre l'intention première » de son auteur.

C'est une des œuvres fondamentales de la littérature dite de fantasy, terme que Tolkien explicite dans son essai Du conte de fées de 1939. Tolkien lui-même considérait son livre comme « un conte de fées [...] pour des adultes », écrit « pour amuser (au sens noble) : pour être agréable à lire ».

Cette œuvre est composée de six livres, qui ne portent pas de titres. À l'origine, Tolkien souhaite publier Le Seigneur des anneaux en un seul volume, mais le prix du papier étant trop élevé en cette période d'après-guerre, l'œuvre est divisée en trois volumes : La Communauté de l'anneau (The Fellowship of the Ring), Les Deux Tours (The Two Towers) et Le Retour du roi (The Return of the King). On appelle souvent cette œuvre « la trilogie du Seigneur des anneaux », mot techniquement incorrect car l'œuvre fut écrite et conçue d'un seul tenant. Néanmoins, Tolkien lui-même reprend dans ses lettres, de temps à autre, le mot « trilogie » lorsqu'il est employé par ses correspondants.

Le Stade de Wimbledon (film)

La piazza Unità d'Italia à Trieste et le caffè degli Specchi.

Le Stade de Wimbledon est un film français réalisé par Mathieu Amalric, présenté en lors du festival du film de Locarno, et dont la sortie généralisée a lieu le en France. Second long-métrage du réalisateur, il s'agit d'une fidèle adaptation du roman homonyme de l'écrivain italien Daniele Del Giudice, publié en 1983, qui, contrairement à ce que son titre suggère, est l'histoire d'une quête personnelle et littéraire dans la ville frontalière de Trieste en Italie. Le film est principalement interprété par l'actrice Jeanne Balibar, qui en est également la narratrice.

Bien reçue par la critique, cette œuvre, à l'esthétique et au rythme très particuliers, permet à Mathieu Amalric d'être également considéré par la profession et par le public comme un réalisateur à part entière du cinéma d'auteur français, et non pas uniquement comme l'un de ses principaux acteurs. La sélection du film dans la liste finale des neuf films retenus en 2002 pour le prix Louis-Delluc constitue l'un des éléments de cette reconnaissance.

Les Bienveillantes

Jonathan Littell, 2007

Les Bienveillantes est un roman en langue française de l’écrivain français d’origine américaine Jonathan Littell, paru en . Il s’agit des mémoires d’un personnage fictif, Maximilien Aue, qui a participé aux massacres de masse nazis comme officier SS.

Le livre est l’un des principaux ouvrages de la rentrée littéraire de 2006 ; le , le livre obtient le Grand Prix du roman de l’Académie française, suivi du prix Goncourt le . À la fin 2007, le livre avait été vendu à plus de 700 000 exemplaires. C'était sans compter la réédition du roman, revu par l'auteur, dans la collection « Folio » (no 4685) en février 2008 et les éditions en langues étrangères.

Littérature allemande de science-fiction

La littérature allemande de science-fiction regroupe toutes les productions littéraires germanophones, qu'elles soient d'origine allemande, suisse ou autrichienne, relevant du genre de la science-fiction. La littérature allemande de science-fiction au sens moderne du terme apparaît à la fin du XIXe siècle avec l'écrivain Kurd Laßwitz, au moment où, en France, Jules Verne a déjà écrit la plus grande partie de ses Voyages extraordinaires, tandis qu'en Grande-Bretagne Herbert George Wells travaille encore à la publication de L'Homme invisible. Les deux guerres mondiales et un certain ressentiment à l’égard des Allemands isolent la littérature d’anticipation allemande qui connaît alors un développement particulier jusqu’au milieu du XXe siècle.

À partir de 1949, la création de deux Allemagnes concurrentes a un impact direct sur l'évolution de la littérature d'anticipation des deux côtés du rideau de fer. À l'Ouest, le modèle américain majeur du space opera donne naissance à une série à succès intitulée Perry Rhodan, tandis qu'à l'Est le régime socialiste encadre strictement un genre qui n'a de raison d'être que par ses affinités philosophiques avec le concept socio-historique d'utopie. Enfin, à partir des années 1990, la littérature allemande de science-fiction trouve sa place sur la scène internationale avec les romans de jeunes écrivains nés après-guerre, comme Andreas Eschbach.

Marie et Caroline, ou Entretiens d'une institutrice avec ses élèves

La page de lit comme suit : Original Stories, from Real Life; with Conversations, Calculated to Regulate the Affections, and Form the Mind to Truth and Goodness. London: Printed for J. Johnson, No. 72, St. Paul's Church-Yard. M.DCC.LXXVIII. (Histoires originales tirées de la vie réelle ; avec des conversations, calculées pour régler l'affection, et former l'esprit à la vérité et à la bonté).

Marie et Caroline, ou Entretiens d'une institutrice avec ses élèves (titre original : Original Stories from Real Life; with Conversations Calculated to Regulate the Affections, and Form the Mind to Truth and Goodness, littéralement « Histoires originales tirées de la vie réelle ; avec des conversations, calculées pour régler l'affection, et former l'esprit à la vérité et à la bonté »), est le seul ouvrage complet de littérature enfantine de l'écrivain féministe britannique du XVIIIe siècle Mary Wollstonecraft.

Les Original Stories commencent avec un récit-cadre, qui esquisse l'éducation de deux jeunes filles par une enseignante qui leur sert de mère, Mrs Mason, en procédant par une série de contes didactiques. Le livre est publié pour la première fois par Joseph Johnson en 1788 ; une seconde édition, illustrée de gravures de William Blake, sort en 1791 et continue à être imprimée pendant environ un quart de siècle.

Dans cet ouvrage, Mary Wollstonecraft utilise le genre naissant de la littérature enfantine pour promouvoir l'éducation des femmes et une idéologie propre à une classe moyenne émergente. Elle soutient que les femmes peuvent être des adultes rationnelles si on les éduque comme il convient pendant l'enfance (ce n'est pas une croyance bien répandue au XVIIIe siècle) et défend l'idée que l'esprit de la classe moyenne naissante est supérieur à la culture de cour représentée par les contes de fées et aux valeurs de hasard et de chance que l'on trouve dans les livres de colporteurs (les chapbooks) pour les pauvres. En développant sa propre pédagogie, Mary Wollstonecraft répond également aux œuvres des deux plus importants théoriciens de l'éducation du XVIIIe siècle, John Locke et Jean-Jacques Rousseau.

Mary Scott Hogarth

Mary Scott Hogarth à 16 ans.

Mary Scott Hogarth, née le 26 octobre 1819 et morte le 7 mai 1837, est la sœur de Catherine Dickens, l'épouse du romancier anglais Charles Dickens. Malgré son jeune âge et son décès prématuré – et peut-être à cause de cela –, elle a joué un grand rôle dans la vie du couple, dans celle de Dickens en particulier et aussi dans son œuvre. En réalité, évoquer Mary Scott Hogarth revient à parler essentiellement de son célèbre beau-frère, sans lequel elle serait restée sans doute inconnue, alors que, partageant son prestige, elle est passée à la postérité.

Les critiques, en effet, scrutent la brève existence de cette jeune fille pour mieux comprendre la personnalité, le comportement et l'œuvre du romancier. Sa mort a certainement contribué à révéler les tendances mystiques de Dickens, à accélérer la séparation du couple, et l'œuvre porte sa trace de façon appuyée surtout jusqu'à la publication en 1850 de David Copperfield, dont l'héroïne principale, Agnès, emprunte, après plusieurs autres protagonistes féminins qui l'ont précédée, bien de ses traits.

Maurice Genevoix

Portrait au trait (crayon papier) de Maurice Genevoix, dessin réalisé par Anne Tassin.

Maurice Genevoix ( - ) est un romancier-poète français, héritier du réalisme. L’ensemble de son œuvre témoigne des relations d’accord entre les hommes, entre l’Homme et la Nature, mais aussi entre l’Homme et la Mort. Son écriture est servie par une mémoire vive, le souci d’exactitude, et le sens poétique. Normalien lettré, il admire tout autant l’éloquence des artisans ou des paysans. D’une grande vitalité malgré ses blessures reçues lors de la Première Guerre mondiale près du village des Éparges, en , et animé de la volonté de témoigner, il écrit jusqu’à ses derniers jours. Son œuvre, portée par le souci de perpétuer ce qu’il a tenu pour mémorable, produit d’une grande longévité littéraire, rassemble 56 ouvrages.

Miguel de Cervantes

Portrait imaginaire de Cervantes (il n'existe aucun portait authentifié).

Miguel de Cervantes Saavedra ( à Alcalá de Henares - à Madrid) est un romancier, poète et dramaturge espagnol. Il est célèbre pour son roman L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, publié en 1605 et reconnu comme le premier roman moderne.

Miguel de Cervantes mène d'abord une vie aventureuse de soldat et participe à la bataille de Lépante en 1571, où il perd l'usage d'une main. Cette main paralysée lui vaut le surnom de « Manchot de Lépante ». En 1575, à son retour vers l'Espagne, il est capturé par les barbaresques et, malgré des tentatives d'évasion, reste captif à Alger. En 1580, il est racheté en même temps que d'autres prisonniers espagnols et regagne son pays.

Marié, puis séparé de sa femme et occupant diverses fonctions, il se lance alors dans l'écriture par le roman pastoral La Galatea en 1585. En 1605, il publie la première partie de ce qui reste comme son chef-d'œuvre : L'ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche dont la deuxième partie ne paraît qu'en 1615. Sa parodie grandiose des romans de chevalerie et la création des personnages mythiques de Don Quichotte, Sancho Panza ou Dulcinée ont fait de Cervantès la plus grande figure de la littérature espagnole.

Ses premières œuvres théâtrales, peu appréciées de son vivant ont pourtant donné lieu à de nombreuses imitations. En particulier, la tragédie en vers Le Siège de Numance écrite de 1581 à 1583, a connu entre 1600 et 1813 cinq imitations sous des titres divers et a inspiré à Lope de Vega La Sainte ligue.

My Last Duchess

Portrait de Lucrèce de Médicis, par le Bronzino : le modèle présumé de My Last Duchess.

My Last Duchess (Ma dernière duchesse) est un poème de Robert Browning, publié pour la première fois le dans le recueil Dramatic Lyrics sous le titre Italy, et fréquemment cité comme exemple caractéristique du monologue dramatique. C'est l'un des plus connus de la littérature anglaise, figurant au premier rang des œuvres de Robert Browning, dont il est aussi représentatif par sa complexité ambiguë et le choix méticuleux des mots. Il est composé de pentamètres iambiques rimés par groupes de deux vers, les heroic couplets (« distiques héroïques »).

L'action du poème se déroule dans la deuxième moitié du Cinquecento, à la fin de la Renaissance italienne. Browning y prend pour prétexte la mort, en 1561, de la toute jeune duchesse de Ferrare, Lucrèce de Médicis, dont on soupçonne alors le mari, Alphonse II d'Este, de l'avoir empoisonnée, trois ans à peine après leur mariage. Ce dernier s'adresse à Nikolaus Madruz, l'envoyé du comte de Tyrol, et son monologue fait peu à peu apparaître, derrière l'urbanité du personnage, un homme « froid et égoïste, vindicatif et possessif au dernier degré ». Le lecteur se voit ainsi dresser un portrait correspondant trait pour trait à la description faite du personnage historique d'Alphonse II par Madruz, le messager de Ferdinand de Tyrol.

Mémoires

Une édition de La Guerre des Gaules de 1783.

Le mot Mémoires vient du latin memoria. En tant que genre littéraire, le mot Mémoires s’utilise uniquement au masculin pluriel. Certains mémoires sont des chef-d’œuvres littéraires : ceux de César, Commynes, Retz, Saint-Simon, Chateaubriand sont passés à la postérité. Les mémoires ont fasciné et influencé de nombreux romanciers, comme Stendhal, Balzac, Dumas, Victor Hugo, Proust, Marguerite Yourcenar.

Plusieurs définitions en ont été données. Les mémoires sont la relation, parfois œuvre littéraire, que fait une personne à partir d’événements historiques ou privés auxquels elle a participé ou dont elle a été le témoin. Les mémoires sont aussi des souvenirs écrits par une personne ayant été acteur ou témoin de la vie publique de son temps. On qualifie aussi de mémoires un simple recueil de souvenirs, de témoignages, d’une personne privée. Globalement les mémoires tiennent à la fois de l’histoire et de l’autobiographie. Des mémoires ont été écrits depuis l’Antiquité. Puis, le genre s’est beaucoup développé à la fin de la Renaissance, essentiellement en France : jusqu’à l’âge classique, la littérature française est l’une des plus prolifiques en la matière.

Oronoko

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Oronoko, ou Oroonoko dans sa version originale anglaise, est un bref roman écrit par Aphra Behn et publié en 1688. L’ouvrage, dont le héros est un Africain réduit en esclavage au Suriname dans les années 1660, a trait à une histoire d’amour tragique et s’inspire des nombreuses expériences vécues par l’auteur elle-même dans les colonies sud-américaines. Il a été souvent affirmé, notamment par Virginia Woolf, qu’Aphra Behn fut la première vraie femme de lettres de la littérature anglaise. Sans que cela soit entièrement vrai, il semble néanmoins incontestable qu’elle fut la première femme à exercer professionnellement ses activités d’auteur dramatique et de romancière. Oronoko fait partie à ce titre des plus anciens romans écrits en langue anglaise, et occupe une place de choix dans la littérature de la Restauration anglaise.

Pemberley

Chatsworth, peint par William Marlow, tel qu'a pu le voir Jane Austen, lorsqu'elle imaginait Pemberley.

Pemberley est une propriété fictive citée dans le roman Orgueil et Préjugés, l'œuvre la plus célèbre de la femme de lettres britannique Jane Austen, paru en 1813. C'est le domaine et la résidence ancestrale (Country House) de Mr Darcy, le principal personnage masculin du récit. Ce domaine imaginaire, qu'elle situe dans le Derbyshire, à cinq miles de la petite ville tout aussi fictive de Lambton, est considéré par ceux qui ont la chance de le fréquenter comme un endroit « délicieux » et un modèle inimitable. Elle le décrit de façon beaucoup plus précise et détaillée que tous les autres domaines présentés dans ses six romans.

On considère habituellement que Jane Austen s'est inspirée de Chatsworth, le grand domaine des Cavendish, situé près de Bakewell dans le parc national de Peak District et propriété, au moment de la publication du roman, du 6e duc de Devonshire, William Cavendish. Cependant, la manière dont est présenté Pemberley et la place particulière qu'il tient dans la diégèse font de cette grande propriété au luxe discret, en totale harmonie avec son cadre naturel, un espace symbolique. Point d'aboutissement du roman et de la quête de l'héroïne, c'est un lieu de vie idéal qui reflète parfaitement la personnalité profonde de son propriétaire ainsi que ses qualités morales. La visite du domaine est une révélation pour Elizabeth Bennet et l'aide à se débarrasser de ses derniers préjugés ; l'arrivée, impromptue, du propriétaire lui permet, à elle, de rencontrer le « véritable » Darcy, et au lecteur d'anticiper le dénouement romanesque.

Pierre Mac Orlan

Pierre Mac Orlan

Pierre Mac Orlan (né Pierre Dumarchey, à Péronne le - mort à Saint-Cyr-sur-Morin le ) est un écrivain français. Auteur d'une œuvre abondante et variée, il débuta par l'écriture de contes humoristiques, après avoir en vain tenté une carrière dans la peinture. Après la Première Guerre mondiale, son inspiration se tourna vers le registre fantastique et le roman d'aventures. La dernière partie de sa carrière littéraire fut consacrée à l'écriture de chansons, d'essais et de mémoires.

Au cours de sa jeunesse dans les premières années du XXe siècle, Mac Orlan vécut à Montmartre, où il se lia d'amitié avec Guillaume Apollinaire, Francis Carco ou encore Roland Dorgelès. À la même époque, il séjourna également à Rouen, Londres, Palerme, Bruges, etc. Les souvenirs qu'il conserva de cette période, où ses moyens d'existence furent souvent précaires, lui servirent de matériau pour élaborer une œuvre à forte connotation autobiographique, qui influença entre autres André Malraux, Boris Vian et Raymond Queneau.

Témoin attentif de son temps, fasciné par les techniques modernes et les nouveaux moyens de communication, mais se tenant autant que faire se pouvait à distance des vicissitudes de l'histoire, il forgea la notion de « fantastique social » pour définir ce qui lui apparaissait comme étant l'envers trouble et mystérieux de son époque.

Plan of a Novel

Plan of a Novel according to Hints from Various Quarters (littéralement « Plan d'un roman, selon de petits conseils reçus de diverses sources ») est une petite œuvre parodique de Jane Austen, probablement écrite autour du mois de mai 1816, et publiée pour la première fois en 1871. Le but en est d'établir les caractéristiques d'un « roman idéal », sur la base des recommandations que le révérend James Stanier Clarke, le bibliothécaire du Prince-Régent, a faites à la romancière à l'occasion de sa venue à Londres en octobre 1815 chez son frère Henry pour négocier la publication d'Emma, dédicacé ensuite au Prince Régent.

Outre les recommandations du bibliothécaire, ce plan idéal tient compte des suggestions de proches de Jane Austen, dont les noms étaient indiqués en marge du manuscrit. En effet, ce « plan idéal » était devenu une sorte de plaisanterie familiale chez les Austen. Enfin, certaines idées du plan parodient en réalité des romans écrits alors par des auteurs tels que Sophie Cottin, Fanny Burney, Regina Maria Roche, ou encore Mary Brunton.

L'analyse de cette parodie satirique et du traitement qu'en fait ensuite le neveu de Jane Austen, James Edward Austen-Leigh, dans sa biographie de référence A Memoir of Jane Austen (1870), aide à mieux cerner la personnalité réelle de Jane Austen (pour laquelle les sources sont particulièrement rares), bien loin de l'image de la vieille fille humble et « angélique » qu'en donna sa famille à l'époque victorienne.

Porphyria's Lover

Portrait de Robert Browning, l’auteur de Porphyria’s Lover.

Porphyria’s Lover (L’Amant de Porphyria) est un poème de Robert Browning d’abord publié sous le titre de Porphyria en par le Monthly Repository, puis au sein des Dramatic Lyrics de 1842, en parallèle avec Johannes Agricola in Meditation (« Johannes Agricola médite »), sous le titre commun Madhouse Cells (« Cellules d’asile d’aliénés»). Le poème ne reçoit son appellation définitive qu’en 1863. Porphyria’s Lover est le premier des monologues dramatiques qui, tout en restant relativement courts, explorent les méandres d’une psychologie anormale.

Le locuteur s’exprime à la première personne et raconte d’une voix apparemment neutre, d’où n’émergent que quelques frémissements, la visite que lui a faite Porphyria, les tâches de la vie ordinaire qu’elle accomplit, puis comment il l’étrangle avec sa propre chevelure, et enfin passe le reste de la nuit à jouer avec son visage désormais à sa merci.

Lors de sa parution, le poème reçoit un accueil confidentiel tant du public que de la critique. C’est aujourd’hui l’une des œuvres de Robert Browning les plus lues et les plus retenues pour les anthologies et les manuels de littérature.

Son caractère énigmatique et son écriture atypique ont conduit les exégètes à de multiples interprétations. Toutefois, la plus communément admise est que le meurtre perpétré relève d’une pulsion pathologique.

Psychomachie

Psychomachie de Prudence, British Library, MS 24199 XIe siècle; Job et Patientia (la patience). Les vers latins sont accompagnés d'une glose.

La Psychomachia, ou en français Psychomachie (du grec ancien Ψυχομαχία, « combat de l'âme » ou « combat pour l'âme »), est une œuvre du poète chrétien Prudence (né en 348 et mort après 405) qui met en scène le combat entre les figures allégoriques des vices et des vertus. Ce poème passe pour une des œuvres majeures de l'épopée chrétienne en langue latine. Du point de vue stylistique, il est très proche de la poésie latine classique, notamment de modèles comme l'Énéide, de Virgile.

Les manuscrits médiévaux sont souvent copieusement annotés de gloses et partiellement accompagnés d'enluminures, témoignant de la popularité du texte. L’œuvre en effet a eu une influence considérable sur l'art du Moyen Âge, aussi bien sur la poésie allégorique que sur la peinture et la sculpture. C'est un des poèmes antiques les plus cités au Moyen Âge.

Péritio

Péritio ; photomontage réalisé sous GIMP en juin 2010.

Le péritio (peryton en anglais) est un animal imaginaire maléfique, mi-oiseau et mi-cerf, au plumage bleu ou vert (souvent bicolore). Cette créature est mentionnée par l'écrivain argentin Jorge Luis Borges dans son ouvrage Le Livre des êtres imaginaires (publié la première fois en 1957 sous le titre Manual de zoología fantástica), où il affirme en tenir la description d'un manuscrit médiéval maintenant perdu. Selon la légende qu'il rapporte, les péritios seraient les responsables de la chute de Rome et viendraient de l'Atlantide. Ils se nourriraient d'êtres humains, se déplaceraient en hordes et ne projetteraient pas leur propre ombre, mais des ombres de forme humaine qu'ils utiliseraient pour capturer les hommes et s'en nourrir.

Cette créature entre dans la thématique de l'ombre et du double, omniprésente dans l'œuvre de Borges. Suivant cette logique, le péritio symboliserait l'esprit de personnes mortes et égarées, ou le reflet de dieux. En 2010, il n'existe pas de source connue et antérieure au Livre des êtres imaginaires faisant explicitement référence au péritio, et cette créature a vraisemblablement été inventée par Borges dans un but d'ironie ou en hommage à l'imagination humaine...

Robert Musil

Robert Musil, né le à Klagenfurt en Carinthie et mort le à Genève, est un ingénieur, écrivain, essayiste et dramaturge autrichien.

Né au sein de la génération expressionniste allemande, il est avant tout connu pour son roman inachevé L’Homme sans qualités. Ce roman a pourtant suscité peu de réactions après sa publication au début des années 1930 et ne fut redécouvert que dans les années 1950 grâce à Adolf Frisé qui en édita une version remaniée, en trois tomes. Cette œuvre est considérée comme un des romans fondateurs du XXe siècle, avec À la recherche du temps perdu de Marcel Proust et Ulysse de James Joyce, selon les mots de l’écrivain Thomas Mann, qui admira toujours le travail de Robert Musil. En effet, le lecteur y « trouve exprimée, en termes plus forts et plus complexes que nulle part ailleurs, cette aspiration du début du XXe siècle à redéfinir une culture, une spiritualité sur les ruines du passé, ce regret d’une totalité mythique perdue »

Roverandom

Roverandom est un livre écrit par J. R. R. Tolkien en 1927. L'histoire conte les aventures d'un chiot nommé Rover, qui après avoir été mordu par un sorcier, se voit transformé en jouet (et renommé en Roverandom). Un petit garçon acquiert le chien-jouet, mais finit par le perdre alors qu'il joue sur la plage. Le jouet est alors envoyé par un sorcier vivre des aventures sur la Lune et dans la mer afin de retrouver son apparence originelle.

Tolkien invente les aventures de Rover durant l'été 1925 pour consoler son fils Michael qui vient de perdre, sur la plage de Filey, son jouet favori, un petit chien en plomb. Il propose le texte à son éditeur, Allen & Unwin, en 1936, qui avait alors accepté avec enthousiasme Le Hobbit ; mais le succès de ce dernier incite Stanley Unwin à en réclamer une suite, et Roverandom ne fut probablement jamais sérieusement envisagé pour la publication, de même que les autres textes proposés par Tolkien à la même époque, Mr. Bliss et Le Fermier Gilles de Ham. Roverandom est finalement édité en 1998 par Wayne G. Hammond et Christina Scull, avec cinq illustrations de Tolkien...

Sire Gauvain et le Chevalier vert

Première page du manuscrit original de Sire Gauvain et le Chevalier vert.

Sire Gauvain et le Chevalier vert (en anglais Sir Gawain and the Green Knight) est un roman de chevalerie en vers allitératifs datant de la fin du XIVe siècle. Il esquisse une aventure de Gauvain, l’un des chevaliers de la Table Ronde du roi Arthur. Il ne subsiste qu’un seul manuscrit du poème, le Cotton Nero A.x., conservé à la British Library ; il inclut également trois autres poèmes, dont le célèbre Pearl. Ces quatre poèmes narratifs, écrits dans un dialecte du moyen anglais du nord des Midlands de l’Ouest, sont probablement l’œuvre d’un unique auteur, resté anonyme, et appelé dans les études le « Pearl Poet ».

Dans ce récit, Gauvain accepte un défi lancé par un mystérieux guerrier entièrement vert. Ce « Chevalier vert » permet à tous de le frapper avec sa hache, mais en échange, celui qui l’aura frappé doit accepter de subir le même coup un an et un jour plus tard. Gauvain accepte et le décapite d’un seul coup, mais le Chevalier se relève, prend sa tête et rappelle à Gauvain sa promesse. Les aventures que vit Gauvain sur le chemin menant à ce rendez-vous permettent de classer cette œuvre dans les légendes arthuriennes impliquant chevalerie et loyauté

Theatrum Chemicum

Volume I.

Le Theatrum Chemicum (« Théâtre Chimique ») est le plus important et le plus célèbre recueil de traités alchimiques de la Renaissance. Écrit en latin, la langue savante européenne de l'époque, et publié pour la première fois en trois volumes en 1602 par l'éditeur et imprimeur strasbourgeois Lazare Zetzner, il atteint six volumes et rassemble plus de deux cents traités dans la dernière édition de 1659-1661.

Thomas Norton (alchimiste)

Maître alchimiste préparant les ingrédients pour le grand œuvre - Verso du folio 20 du manuscrit MS Ferguson 191 de The Ordinall of Alchemy (XVIe siècle).

Thomas Norton (vers 1433 - vers 1513) est un alchimiste anglais de la fin du Moyen Âge. Il est l'auteur d'un célèbre poème alchimique en moyen anglais intitulé The Ordinall of Alchemy (L'Ordinaire d'Alchimie), daté de 1477.

Thoughts on the Education of Daughters

La page se lit ainsi : THOUGHTS ON THE EDUCATION OF DAUGHTERS. THE NURSERY. As I conceive it to be the duty of every rational creature to attend to its offspring, I am sorry to observe, that reason and duty together have not so powerful an influence over human (Pensées sur l’éducation des filles. La nursery. Comme prendre soin de sa progéniture est, selon ma conception, le devoir de toute créature rationnelle, j’ai le chagrin d’observer que la raison et le devoir réunis n’ont pas une influence si puissante sur les êtres humains.

Thoughts on the education of daughters: with reflections on female conduct, in the more important duties of life (littéralement « Pensées sur l’éducation des filles : avec des réflexions sur la conduite des femmes, dans les devoirs les plus importants de la vie ») est le premier ouvrage publié de la féministe britannique Mary Wollstonecraft. Publié en 1787 par son ami Joseph Johnson, l’ouvrage est un manuel de conduite qui présente des conseils sur l’éducation féminine dans la classe moyenne britannique émergente. Bien que dominé par des questions de moralité et de convenances, le texte contient aussi des instructions de base pour l’éducation des enfants, tels que les soins aux nourrissons.

Ancêtre des livres actuels pour le développement personnel, le manuel de conduite britannique du XVIIIe siècle (conduct book) dérive de nombreuses traditions littéraires telles que les manuels de conseils et les récits religieux. La seconde moitié du XVIIIe siècle connaît une explosion du nombre de manuels de conduite publiés, et Mary Wollstonecraft profite de ce marché en plein développement lorsqu’elle publie Thoughts on the Education of Daughters. Néanmoins, le livre ne connaît qu’un succès modéré : il reçoit une critique favorable, mais dans un seul journal, et n’est réimprimé qu’une seule fois. Bien que des extraits en soient publiés dans des revues populaires de l’époque, il n’est réédité que bien plus tard, avec le début de la critique féministe littéraire, dans les années 1970.

Victor Hugo

Hugo en 1883

À l'âge de quatorze ans, Victor Hugo (né le , mort le ) note sur un journal : « Je veux être Chateaubriand ou rien ».

Et il sera exaucé au-delà de ses espérances. À la fois romancier, dramaturge, poète, dessinateur, homme politique, il n'y a pas un de ces domaines dans lequel le géant Hugo n'ait excellé, incarnant à lui seul, et grâce à sa longévité, un siècle de littérature et d'histoire. De tous les combats, souvent les plus avant-gardistes, du strictement littéraire, avec la Bataille d'Hernani, aux luttes politiques (pour l'abolition de la peine de mort, la création d'États-Unis d'Europe, etc.), ce fervent monarchiste devenu au fil des années un républicain convaincu s'est entièrement donné à la défense de ses valeurs et des idéaux du romantisme, qu'il perpétue jusqu'à la fin du siècle.

Virginia Poe

Virginia Poe, peinte après sa mort

Virginia Eliza Clemm Poe, née Virginia Eliza Clemm le , morte le , est l'épouse d'Edgar Allan Poe. Les époux étaient cousins au second degré. Quand ils se marièrent, Virginia n'avait que 13 ans, tandis que Poe en avait 27. Plusieurs biographes ont suggéré que les relations du couple ressemblaient plus à celles d'un frère et d'une sœur et qu'ils n'auraient jamais consommé leur union. Virginia est victime en de la tuberculose, maladie dont elle meurt en à l'âge de 24 ans.

Poe et Virginia ont vécu ensemble, avec d’autres membres de leur famille, plusieurs années avant leur mariage. Le couple a souvent dû déménager, en fonction des emplois de Poe, vivant successivement à Baltimore, Philadelphie et New York. Quelques années après leur mariage, Poe a été compromis dans un scandale impliquant Frances Sargent Osgood et Elizabeth F. Ellet. Cette dernière a fait courir des bruits tendancieux sur l’amitié amoureuse unissant Poe à Mrs Osgood ; Virginia en a été affectée, au point que, sur son lit de mort, elle aurait accusé Mrs Ellet d’être responsable de sa mort.

Virginia avait les cheveux noirs et le teint très pâle, et son aspect était assez enfantin, même à l’âge adulte. Sa maladie et les menaces que celle-ci faisait peser sur ses jours ont eu une grande influence sur son époux, qui se mit à déprimer et sombra dans la boisson pour oublier sa douleur. Sa mort a peut-être également affecté sa poésie et sa prose, où la mort de jeunes femmes est un motif assez fréquent.

Walter Scott

Sir Walter Scott. Portrait par Henry Raeburn, 1822 (National Galleries of Scotland).

Walter Scott (Sir Walter Scott, 1er baronnet d'Abbotsford) est un poète et écrivain écossais né le à Édimbourg et mort le à Abbotsford.

Avocat de formation, amateur d'antiquités, il parcourt d'abord l'Écosse à la recherche de son passé. Au tournant du XVIIIe et du XIXe siècles, il se lance dans la littérature, publiant des textes anciens (Sir Tristrem) ou appartenant à la tradition populaire (dans Les Chants de ménestrels de la frontière écossaise) ainsi que des poèmes de son cru, comme La Dame du lac. Puis, devant la gloire montante de Lord Byron, il se tourne vers le roman écossais (Waverley), avant d'évoluer vers le roman historique, avec Ivanhoé (1819) et Quentin Durward (1823).

C'est l'un des plus célèbres auteurs écossais avec David Hume de Godscroft, David Hume, Adam Smith, Robert Burns ou Robert Louis Stevenson, traditionnellement surnommé le « Magicien du Nord » (Wizard of the North). Il est également, avec Wordsworth, Coleridge, Byron, Shelley ou Keats, l'une des plus illustres figures du romantisme britannique. Père du roman historique, il a contribué à forger une image romantique de l'Écosse et de son histoire. C'est à lui, notamment, que l'on doit le retour de l'usage du tartan et du kilt, dont le port avait été interdit par une loi du Parlement en 1746.

William Shakespeare

Portrait de Shakespeare

William Shakespeare (né probablement le 23 avril 1564, baptisé le 26 avril 1564, décédé le 23 avril 1616) est largement considéré comme le plus grand poète, dramaturge et écrivain de la culture anglo-saxonne. Il est réputé pour sa maîtrise des formes poétiques et littéraires ; sa capacité à représenter les aspects de la nature humaine est souvent mise en avant par ses amateurs.

Personnage éminent de la culture occidentale, Shakespeare continue d’influencer les artistes d’aujourd’hui. Il est traduit dans un grand nombre de langues et ses pièces sont régulièrement jouées partout dans le monde. Shakespeare est l’un des rares dramaturges à avoir pratiqué aussi bien la comédie que la tragédie. Il est également extrêmement rare de voir un écrivain du XVIe siècle dont les textes puissent donner, dans notre époque moderne, des films à succès.

Shakespeare écrivit trente-sept œuvres dramatiques entre les années 1580 et 1613, bien que la chronologie exacte de ses pièces soit encore sujette à discussion. Cependant, le volume de ses créations ne doit pas nous apparaître comme exceptionnel, d’après les standards de l’époque.