Chevalerie

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Illustration d'un chevalier dans le Codex Manesse (1305-1315).

La chevalerie était au Moyen Âge une forme de force militaire comprenant des hommes d'armes qui combattaient à cheval, d'abord au corps à corps à l'épée puis, en s'alourdissant à la lance.

« Chevalerie » est un dérivé du mot cheval, attesté en ancien français dès le XIIe siècle. Le terme sous-entend une distinction entre les chevaliers, combattants professionnels d'élite montés à cheval, et la « piétaille » qui fournissait la masse de l'infanterie et, plus tard, de l'artillerie.

Le terme donne lieu à la cavalerie des premières armées modernes. Les qualités de hardiesse et de générosité[1] tiennent aux ordres militaires qui développèrent des chevaliers aguerris. À la fin du XIIe et XIIIe siècles, par le biais des ordres militaires, les Templiers puis les Hospitaliers par exemple, et avec l'association des vœux religieux, une institution féodale rassemblant les combattants à cheval.

Définition[modifier | modifier le code]

Il y a quatre sortes de chevalerie[2] :

  • la chevalerie régulière ;
  • la chevalerie militaire ;
  • la chevalerie honoraire ;
  • la chevalerie sociale.

« La chevalerie régulière, est celle des Ordres Militaires où l'on s'engage de prendre un certain habit, de porter les armes contre les Infidèles, de favoriser les Pèlerins allant aux lieux Saints, et de servir aux Hôpitaux où ils doivent être reçus. La Militaire est celle des anciens Chevaliers qui s'acquéroit par des hauts faits d'armes. On les appelloit Milites dans les anciens titres. Les Princes même se saisoient recevoir Chevaliers ; on leur ceignoit l'épée, et on leur chaussoit les éperons dorés. L'Honoraire est celle que les Princes confèrent aux autres Princes & aux premiers de leur Cour. La Sociale enfin est celle qui n'est point autorisée qui se forme dans quelques circonstances & qui ne subsiste plus après[2]. »

— Dictionnaire ecclésiastique et canonique portatif, Paris, 1766.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'Adoubement de Lancelot.
Miniature d'Évrard d'Espinques tirée du Lancelot en prose, BNF Fr.116, 1475.

La chevalerie est apparue au XIe siècle[3]. Tous les chevaliers n'étaient pas guerriers à plein temps : il existait même de chevaliers-paysans autour de l'an mil[4], vivant en bande dans de grosses maisons fortes. Le chevalier fréquente souvent son suzerain et adopte un train de vie presque similaire tout en restant moins fastueux, et est souvent lui-même seigneur d'une terre modeste. La chevalerie a été pour certains hommes du début du XIe siècle un ascenseur social, mais une fois l'agrégation entre cet ordre et la noblesse consommée, moins d'un siècle après, ce ne sera plus le cas.

À ses débuts, la chevalerie n'était nullement valorisée par l'Église comme le précise Jean Flori[5][réf. non conforme]. Si elle soutenait entièrement les chevaliers partant en croisade, elle dénonçait ceux qui risquaient leur vie non pas pour Dieu mais pour la gloire. L’Église a fortement contribué à influencer la chevalerie et à modifier ses valeurs, ses devoirs. L'Église a ainsi assuré la rémission des péchés à tous les chevaliers désirant combattre les infidèles en Terre sainte. Les croisades ont donc joué un rôle central dans la réconciliation entre l'Église et la chevalerie. Il était désormais possible à partir du XIIe siècle, notamment lors de la première croisade prêchée par Urbain II en 1095 d'être chevalier et de combattre pour Dieu. Pour elle le problème s'est réellement posé avec les Templiers qui cherchaient la reconnaissance de l’Église.

Depuis la prise de Jérusalem, un semblant de paix existe en Palestine. Des bandes de « grands ou petits chemins », des incursions sarrasines, font régner une insécurité constante. Une grande partie des croisés étaient rentrés au pays après la conquête, il existe bien une soldatesque, mais trop souvent limitée aux villes, les chemins nécessitaient des déplacements en groupe. L'augmentation des dispensaires et leur dispersion était un problème pour les pèlerins malades et pour les Hospitaliers[6].

Suivant Guillaume de Tyr, Hugues de Payns, un baron champenois, faisant très certainement partie des chevaliers du Saint-Sépulcre dès 1115[7], propose à Baudouin II, roi de Jérusalem, la création d'une communauté des « Pauvres Chevaliers du Christ » pour assurer la sécurité des routes. Lors du concile de Naplouse, en 1120, ces « chevaliers » sont invités à reprendre les armes. La nouvelle confrérie est installée par Baudouin et Gormond de Picquigny, patriarche de Jérusalem, sur l'ancienne mosquée al-Aqsa, dite aussi, temple de Salomon. Ils tiennent de là leur nom de miles Templii, les chevaliers du Temple, les Templiers[8].

Très vite ces chevaliers, qui prononcent les vœux d'obéissance, de pauvreté et de chasteté, mais qui combattent efficacement les infidèles, posent problème au regard des principes de l'Église ; ces « chevaliers du Christ » sont en état de péché les armes à la main. Hugues fait appel à son parent, l'abbé de Clairvaux, pour intercéder auprès du pape. Bernard de Clairvaux compose De laude nove militie dans laquelle il développe l'idée de malicidium, de malicide en tuant le mal en l'homme et non l'homme. Hugues reprend ces propos dans sa lettre Christi militibus qu'il soumet, en , au concile de Troyes qui approuve le nouvel ordre[8].

Lors du Moyen Âge central, les rois avait institué le ban, un système par lequel les chevaliers sont mis à sa disposition pendant quarante jours, qui est appelé l'ost. C'était le service militaire obligatoire exigé de tous les seigneurs et chevaliers, et s'ils n'étaient pas en mesure de le faire, un paiement, l'écuage, était effectué à la place[9]. Finalement, parce que le service de chevalier standard comprenait 40 jours pour leur suzerain[10],[11], les guerres plus longues de la Guerre de Cent Ans ont conduit les rois à compter de plus en plus sur les mercenaires et les compagnies libres, et former de nouvelles compagnies permanentes, conduisant à la disparition de l'ost médiéval et la chevalerie.

À l'inverse, nombre de chevaliers sont par la suite issus de familles nobles : ils en sont les cadets célibataires et sans héritage, voire les bâtards reconnus par un père noble, seuls les fils aînés héritant alors. Au début du XIIIe siècle, des législations royales de France, d'Allemagne et d'autres royaumes d'Europe disposent que l'on ne peut accéder à l'honneur chevaleresque que si l'on est soi-même de lignée chevaleresque[12], fixant légalement la règle suivie par tradition depuis déjà près de deux siècles.

Les tournois ressemblent véritablement à des situations de guerre, pour mettre les chevaliers dans les conditions de la prochaine bataille auxquels ils devront participer. Mais ces compétitions revêtent la forme de spectacles. Les joutes quant à elles, se distinguent des tournois dans le sens où elles n'opposent que deux adversaires. Moins meurtrières, ces dernières apparaissent vers le XIIIe siècle et sont de fait mieux acceptées par les autorités civiles et religieuses[13][réf. non conforme].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Définitions : chevalerie - Dictionnaire de français Larousse », sur Larousse.fr (consulté le 11 juillet 2020).
  2. a et b Dictionnaire ecclésiastique et canonique portatif, Paris, 1766, tome I, p. 364 : « Il y a quatre especes de Chevalerie, la régulière, la militaire, l'honoraire et la sociale. » [lire en ligne].
  3. « CHEVALERIE », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 11 juillet 2020).
  4. Michel Colardelle. Chevaliers-paysans de l'an mil au lac de Paladru. January 1, 1993.
  5. Jean Flori, La chevalerie en France au Moyen Âge, PUF, « Que sais-je ? », no 972, 1995.[réf. non conforme]
  6. Galimard Flavigny, 2006, op. cit., p. 26.
  7. Demurger 2008, p. 26.
  8. a et b Galimard Flavigny, 2006, op. cit., p. 27.
  9. « OST », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 11 juillet 2020).
  10. Gilles-André de La Roque de La Lontière, Traité de la noblesse, de ses différentes espèces, de son origine,... Des Bans et Arriere Bans. pp. 60-69.
  11. J. O. Prestwich, The Place of War in English History, 1066-1214, appendix II. p. 129.
  12. J. Flori, Chevaliers et chevalerie au Moyen Âge, Hachette, 1998, p. 83.
  13. Sébastien Nadot, Rompez les lances ! Chevaliers et tournois au Moyen Âge, éditions Autrement, Paris, 2010.[réf. non conforme]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Alain Demurger, Les templiers, Seuil, .
  • Bertrand Galimard Flavigny, Histoire de l'ordre de Malte, Perrin, .
  • Jean Flori, L'Essor de la chevalerie, XIe – XIIe siècles, Genève, Droz, .
  • Jean Flori, Chevaliers et chevalerie au Moyen Âge, Paris, Hachette, .
  • Sébastien Nadot, Rompez les lances ! Chevaliers et tournois au Moyen Âge, Paris, Autrement, .

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]