Typhus

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Cet article traite du typhus. Ne pas confondre avec la fièvre typhoïde, ni avec les fièvres paratyphoïdes

Le typhus (du grec τῦφος typhos: « stupeur, torpeur ») est le nom donné à un groupe de maladies similaires, graves pour l'être humain.

Il s'agit d'infections provoquées par les bactéries de la famille des Rickettsies. La Rickettsie sévit à l'état endémique chez les rongeurs qui lui servent d'hôte, y compris les souris et les rats, et est transmise aux humains par la morsure ou piqûre d'acariens (tiques notamment[1]), de puces et des poux de corps. Certains de ces arthropodes vecteurs (poux et puces) se développent plutôt là où les conditions d'hygiène sont déficientes, comme celles qu'on rencontre dans les prisons ou dans les camps de réfugiés, parmi les sans-abri ou, jusqu'au milieu du XXe siècle, dans les armées en campagne.

Les symptômes communs à toutes les formes du typhus sont une fièvre qui peut atteindre 39 °C, des maux de tête et un état d'hébétude et de stupeur (tuphos). Dans les pays tropicaux, le typhus est souvent confondu avec la dengue.

Histoire de la maladie[modifier | modifier le code]

Travailleurs du Civilian Public Service distribuant du raticide pour la prévention du typhus à Gulfport au Mississippi, en 1945.
Lutte contre le typhus et la peste par de l'élimination des rats dans les décharges (probablement durant la Seconde Guerre mondiale).
L'image montre un homme avec un pulvérisateur et de nombreux rats morts sur la surface des déchets. Il est sans doute en train de pulvériser un gaz toxique (chloropicrine ?) dans les " terriers" de rongeurs. Source : Archives médicales militaires des États-Unis

Le typhus historique, représenté par le typhus exanthématique ou épidémique, était une maladie dévastatrice pour les humains, et a été responsable d'un certain nombre d'épidémies au cours de l'histoire[2]. Ces épidémies tendent à suivre les guerres, les famines et d'autres circonstances ayant comme conséquence des déplacements de populations.

Pendant la deuxième année de la guerre du Péloponnèse, en 430 av. J.-C., la Cité-État d'Athènes, dans la Grèce antique, a été frappée par une épidémie dévastatrice, connue sous le nom de peste d'Athènes, qui a tué, entre autres, Périclès et ses deux fils les plus âgés. Le typhus épidémique est l'une des causes les plus probables de cette épidémie, selon les médecins et historiens qui l'ont étudiée[3],[4].

Une autre description possible est datée en 1083, dans un couvent près de Salerne, en Italie[5], mais la nature et la lieu exact de la maladie restent discutés[6].

Une description probable de cette maladie parut pendant le siège espagnol de la ville maure de Grenade, en 1489. Cette chronique contient la description d'une fièvre de type typhus : taches rouges sur les bras, le dos et le thorax, évolution vers le délire et la gangrène (plaies, puanteur et décomposition des chairs). Pendant le siège, les Espagnols ont perdu trois mille hommes au combat, mais ils ont eu à en compter dix-sept mille supplémentaires, morts du typhus[7].

XVIe au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Des épidémies se sont produites partout en Europe : guerres d'Italie, Première Révolution anglaise, guerre de Trente Ans...

La première preuve indubitable de la présence du typhus en Europe est révélée par des études paléomicrobiologiques de biologie moléculaire sur des squelettes de 1710 à Douai : le génotypage de Rickettsia prowazekii montre qu'il s'agit de la même bactérie qui a touché ensuite régulièrement l'Espagne, confortant l'hypothèse selon laquelle le typhus a été importé en Europe par les conquistadors espagnols au début du XVIe siècle[8].

Fièvre des camps[modifier | modifier le code]

En 1528, lors du siège de Naples, l'armée française, sur le point d'emporter la ville, est frappée d'une épidémie tuant trente mille hommes, et forcée de battre en retraite[7].

En 1546, Girolamo Fracastoro, un médecin florentin qui a observé ces épidémies, décrit clairement le typhus (sous le nom de morbus lenticularis) dans son célèbre traité sur les virus[9] et la contagion, De Contagione et Contagiosis Morbis[10].

Lors de la guerre contre les Ottomans dans les Balkans, le typhus se répand en Europe par les troupes revenant de Hongrie, elle est alors appelée morbus hungaricus en 1556[7].

La maladie est réputée pour frapper les armées. En 1686, un médecin suisse, Zavorziz[11], décrit une « fièvre des camps militaires », dans son ouvrage De Febri Castrensi maligna. La maladie suit les troupes en Europe, les déciment dans leurs campements, les survivants propageant la maladie dans les populations civiles[6].

Fièvre des prisons[modifier | modifier le code]

Le typhus était également répandu dans les prisons, où toutes les conditions de prolifération des poux étaient réunies. Il y était connu sous le nom de « fièvre des geôles » ou de « fièvre des prisons » lorsque les prisonniers étaient entassés dans des cellules obscures, froides et crasseuses. L'emprisonnement jusqu'à la prochaine session du tribunal était souvent synonyme de sentence de mort.

De façon anecdotique, les prisonniers pouvaient contaminer parfois les membres du tribunal eux-mêmes. Après les assises tenues à Oxford en 1577, et passées à la postérité sous le nom d'assises noires, plus de cinq cents personnes périrent du typhus[12], et parmi elles Sir Robert Bell le chancelier de l'Échiquier.

Pendant la session de la cour d'assises qui s'est tenue à Taunton, en 1730, le typhus a causé la mort du chancelier de l'Échiquier, ainsi que du shérif, du sergent, et de plusieurs centaines d'autres personnes. Dans le même temps où étaient prononcées 241 peines capitales, il mourait davantage de prisonniers de la « fièvre des prisons », qu'au cours de toutes les exécutions publiques perpétrées par la totalité des bourreaux du royaume. En 1759, les autorités anglaises estimaient qu'un quart des prisonniers mouraient, chaque année, de la fièvre des geôles[13]. À Londres, le typhus se déclarait souvent parmi les détenus de la prison de Newgate, et se répandait ensuite fréquemment parmi la population de la cité.

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Le typhus sévit durant les guerres napoléoniennes. Pendant la retraite de Russie de Napoléon Ier en 1812, on a dénombré plus de soldats français morts du typhus que tués par l'armée russe[14]. Les historiens estiment que 20% des pertes au cours de la retraite de Russie sont probablement liés au typhus, soit plus de 100 000 hommes[6].

En Irlande, une épidémie de typhus, entre 1816 et 1819, a fait 0,7 million de victimes pour une population irlandaise de près de 6 millions de personnes[7]. D'autres épidémies se sont encore produites : une à la fin de 1830, et une autre majeure entre 1846 et 1849, pendant la Grande famine en Irlande. Ce typhus irlandais s'est répandu en Angleterre, où il a parfois été appelé «la fièvre irlandaise», à cause de sa virulence. Il a tué des personnes de toutes les classes sociales, les poux étant endémiques et omniprésents, et il a frappé particulièrement et durement les classes sociales inférieures, dites « pouilleuses ».

En 1848, en Europe centrale, la révolution de mars s'accompagne d'une propagation du typhus. Durant l'épidémie survenue en Silésie, Virchow perd son poste gouvernemental pour avoir déclaré que la maladie devait être combattue par la démocratie, l'éducation et l'hygiène publique[7].

En Amérique, une épidémie de typhus a tué le fils de Franklin Pierce, à Concord, au New Hampshire, en 1843, et frappé à Philadelphie en 1837. Plusieurs épidémies ont eu lieu à Baltimore au Maryland, à Memphis, au Tennessee, et à Washington DC entre 1865 et 1873. Le typhus fut également un tueur redoutable pendant la guerre de sécession aux États-Unis, bien que le plus souvent confondu avec la fièvre typhoïde, première cause de « fièvre des camps », durant la guerre civile américaine.

En France, le typhus n'était pas inconnu : de petits foyers latents existaient en Bretagne, et des cas pouvaient se produire à Paris, comme en 1892, par immigration rurale[15].

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Première guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Pendant la Première Guerre mondiale, sur le front de l'ouest, les mesures d'hygiène ont permis d'éviter des épidémies de typhus. Ainsi l'armée française établissait des zones sanitaires anti-poux, basées sur l'épouillage des troupes. Situées à l'arrière, dans les zones de repos, elles comprenaient des véhicules à chaudières et autoclaves, véhicules et tentes à douches. Ces services mobiles de buanderie-toilette ont permis d'assurer la désinfection et la désinsectisation complètes des vêtements, ainsi que l'hygiène corporelle. On recommandait aux hommes de porter des sachets odoriférants contre les poux, préparés par l'Institut Pasteur[16],[17].

En revanche, le typhus fait toujours des ravages sur le front de l'est (en Russie et davantage encore en Pologne et en Roumanie) et sur le front des Balkans ( plus de 150 000 morts lors de la campagne de Serbie en 1915 dans la seule armée serbe). La mortalité atteignait généralement de dix à quarante pour cent des malades infectés, et la maladie exposait à un risque de décès important chez ceux qui s'occupaient des malades.

En Russie, après la Première Guerre mondiale, entre 1918 et 1922, pendant la guerre civile entre les Armées blanches et l'Armée rouge, le typhus a tué trois millions de personnes (en grande partie des civils) parmi 20 à 30 millions de malades. A Moscou, Lénine déclare : « ou bien le pou vaincra le socialisme ou bien le socialisme vaincra le pou »[18].

La dernière épidémie de typhus sur le territoire des États-Unis a lieu en 1922[6].

En France, une épidémie de typhus de 400 cas environ s'est produite à Marseille en 1919[15].

Deuxième guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Un soldat de l'U.S. Army au cours d'une séance de démonstration d'un appareil de pulvérisation manuelle de DDT. Le DDT était utilisé pour contrôler la diffusion du typhus transmis par les poux.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le typhus a frappé l'armée allemande, quand elle a envahi la Russie en 1941[19]. En 1942 et 1943, le typhus a frappé particulièrement sévèrement les populations civiles en Afrique du Nord française, l'Égypte, et l'Iran[20] ; l'Italie (Naples), la Yougoslavie, le Japon et la Corée. Les troupes étaient mieux protégées par le service de santé qui les accompagnait : au cours de ce conflit, sur l'ensemble des opérations, l'armée américaine n'a compté que 104 cas de typhus et aucun décès[7].

Les épidémies de typhus ont tué des détenus dans les camps de concentration de l'Allemagne nazie[19]. Des centaines de milliers de prisonniers détenus dans des conditions effroyables dans les camps de concentration nazis tels le camp de concentration de Theresienstadt et de Bergen-Belsen sont également morts du typhus pendant la Deuxième Guerre mondiale[19], et parmi eux, Anne Frank et sa sœur Margot.

En janvier 1945, des cas de typhus se déclarèrent parmi des prisonniers soviétiques, libérés par les armées alliées, et cantonnés au camp de la Courtine, dans la Creuse; l'intervention rapide du Médecin-Chef de son hôpital, le Docteur André Delevoy, permit d'enrayer l'épidémie, et lui valut un témoignage de remerciement de la part de l'Institut Rockfeller de New York, et de l'armée soviétique.

Seule l'utilisation à grande échelle du DDT, qui venait d'être mis au point, a permis d'éviter des épidémies encore plus dévastatrices, dans le chaos de l'après-guerre en Europe. Ce pesticide a été utilisé massivement pour tuer les poux sur des millions de réfugiés et de personnes déplacées.

Depuis 1950[modifier | modifier le code]

Dans la deuxième moitié du XXe siècle, le typhus est signalé dans la corne de l'Afrique et dans les zones montagneuses ou de haut-plateaux caractérisées par un climat froid en zone rurale pauvre (promiscuité humaine sans hygiène moderne), comme au Pérou en Amérique du Sud, ou le Tibet et le Népal en Asie.

En Afrique, le typhus est signalé au Burundi dès 1933, et des cas sporadiques régulièrement rapportés depuis. Lors de la guerre civile du Burundi, une épidémie éclate en 1997, du fait du déplacement de populations en conditions dégradées. Le nombre de personnes touchées est estimée à près de 100 000 avec 15 % de décès.

De petites épidémies ont été observées en Russie en 1997 et au Pérou en 1998. Des cas sporadiques sont signalés en Afrique du nord, et en France chez des personnes sans-abris[6].

Un scénario possible pour le retour des épidémies de typhus à l'époque actuelle pourrait se dérouler dans des camps de réfugiés, pendant une famine dramatique, ou lors d'une catastrophe naturelle.

Des chercheurs affirment que la maladie peut servir de modèle d'arme biologique ou bioterroriste[21],[22].

Histoire des connaissances[modifier | modifier le code]

« L'unité des fièvres »[modifier | modifier le code]

Jusqu'au XIXe siècle, les fièvres sont comprises comme des maladies « essentielles » (maladie « en soi »), qui peuvent s'accompagner de manifestations diverses, dans différentes circonstances, mais dont la nature profonde est la même, c'est la « théorie unitaire des fièvres ».

Dans l'Antiquité classique, le terme grec kaûsos (du verbe kaio « je brûle », et qui a donné « cautériser » et « caustique »), en latin causus, désignait les fièvres aigües ayant l'allure (d'un point de vue moderne) d'une déshydratation fébrile avec troubles digestifs et de la conscience. Par ailleurs le terme grec typhos (littéralement « fumée », « vapeur », ou « brouillard »), en latin typhus, désignait plus particulièrement les états de stupeur, d'hébétude, survenant lors de très fortes fièvres[6],[23].

Les historiens sont partagés sur l'origine géographique du typhus épidémique. Pour les tenants d'une origine de l'Ancien Monde, le typhus et autres maladies similaires auraient été présentes sous ces deux termes. Pour les partisans d'une origine du nouveau monde, le typhus épidémique se répand en Europe à partir du XVIe siècle, d'abord confondu dans l'ensemble des fièvres aigües et autres « pestilences ».

En 1546, Fracastaro distingue un groupe de fièvre différentes par leur survenue soudaine et une éruption caractéristique (morbus lenticularis) Jusqu'au XVIIIe siècle, ces fièvres sont surtout distinguées et étudiées par leurs circonstances (camps militaires, prisons, navires...).

En 1760, Boissier de Sauvages est le premier à utiliser le terme typhus pour désigner les fièvres avec signes neurologiques qu'il caractérise par l'état de stupeur. Dans ce groupe typhus, il distingue celles avec troubles digestifs prédominant, qu'il appelle typhus abdominalis et celles avec éruption prédominante qu'il appelle typhus exanthematicus[7].

Dans la première partie du XIXe siècle, les études anatomo-pathologiques montrent que seul le typhus abdominalis présente des lésions intestinales caractéristiques qui sont absentes dans le typhus exanthématique. En 1830, Pierre Louis propose alors d'appeler cette maladie « fièvre typhoïde »[7]. Ce qui sera une source d'ambigüités pour les termes dérivés, car « typhique » peut désigner un malade atteint de typhoïde ou de typhus, et « antityphique » contre la typhoïde ou le typhus, d'où le terme « antityphoïdique » (contre la typhoïde)[24] pour lever toute confusion.

La distinction nette entre fièvre typhoïde et typhus exanthématique ne sera pleinement acceptée que dans la deuxième moitié du XIXe siècle[7]. En Angleterre, la classification nationale des causes de décès sépare le typhus et la typhoïde à partir de 1869[25].

Le typhus exanthématicus est lui-même différencié en typhus exanthématique classique et autres maladies similaires comme les fièvres récurrentes ou borrélioses, auparavant appelées typhus récurrent. On décrit alors le typhus exanthématique (typhus classique) et de nombreux « pseudo-typhus » (« typhus-like» en anglais).

Vecteurs[modifier | modifier le code]

Vers la fin du XIXe siècle, on pensait que les typhus se transmettaient par l'air, la salive, les déjections, la proximité ou contact avec le malade. En 1907, les frères Edmond et Étienne Sergent, de l'Institut Pasteur d'Algérie, découvrent le rôle transmetteur du pou dans la fièvre récurrente[26].

En 1909, Charles Nicolle, de l'Institut Pasteur de Tunis, fait de même en montrant que le pou de corps est aussi le vecteur du typhus épidémique. Cette avancée a permis d'isoler les bactéries responsables de la maladie, et de rechercher des vaccins. Il a reçu le prix Nobel de médecine et de physiologie 1928 pour ses travaux sur le typhus. Nicolle a expérimenté un vaccin, mais n'a pas réussi à en fabriquer un qui soit utilisable à une grande échelle[27] .

Toujours en 1909, Howard Taylor Ricketts, de l'Université de Chicago, découvre le rôle de la tique comme vecteur de la fièvre pourprée des montagnes rocheuses (une des « typhus-like »).

À partir de 1926, le rôle de la puce du rat est précisé dans des cas de « typhus-like » qui seront médicalement appelés « typhus murin » en 1932. Le typhus murin est alors reconnu comme réalité sous-jacente à de nombreuses appellations locales ou historique comme : le typhus bénin, endémique, du Nouveau-monde, des boutiques, des broussailles, des savanes, mexicain, nautique, urbain et tropical urbain.

Bactéries[modifier | modifier le code]

En 1916, Henrique da Rocha Lima démontre que la bactérie Rickettsia prowazekii est l'agent responsable du typhus. Il l'a baptisée d'après les noms de H.T. Ricketts, et de Stanislaus von Prowazek, deux chercheurs décédés de la maladie en l'étudiant.

Types de typhus[modifier | modifier le code]

Il y a trois types de typhus :

  1. le typhus exanthématique ou typhus épidémique ;
  2. la maladie de Brill-Zinsser ou typhus résurgent ;
  3. le typhus murin ou typhus tropical.

Typhus exanthématique[modifier | modifier le code]

Le typhus exanthématique est également appelé « fièvre pétéchiale », et « typhus à poux » ou encore « fièvre des prisons », « fièvre des hôpitaux », « fièvre des bateaux », « fièvre de la famine », parce qu'il se répand lorsque les conditions sanitaires sont mauvaises et que la population est très dense, comme dans les prisons et à bord des bateaux[28]. Il est ainsi nommé parce que la maladie survient souvent par épidémies, après des guerres et des catastrophes consécutives à des phénomènes naturels. L'agent causal est Rickettsia prowazekii transmis par le pou de corps (Pediculus humanus humanus)[29]. En s'alimentant sur un humain porteur du bacille, le pou s'infecte. R. prowazekii se multiplie dans l'intestin du pou et est excrété dans ses matières fécales. La maladie est alors transmise à un humain non infecté qui gratte les démangeaisons provoquées par les piqures du pou et frotte les excréments sur les plaies ; mais aussi par voie respiratoire et conjonctivale, avec les vêtements et mains contaminés. La lésion provoquée, appelée « nodule de Frankel (ou Fraenkel) », abrite et protège les bactéries, l'individu contaminé reste porteur toute sa vie, expliquant une rechute possible avec la maladie de Brill-Zinsser pouvant entraîner de nouvelles épidémies[30].

La période d'incubation est d'une à deux semaines. R. prowazekii peut rester en vie, conservant toute sa virulence, dans les excréments desséchés des poux, pendant plusieurs jours. Le typhus finira par tuer le pou, et le germe de la maladie demeurera infectieux pendant plusieurs semaines dans le cadavre du pou.

Les symptômes apparaissent rapidement, et ils sont parmi les plus sévères de tous ceux que l'on rencontre dans toutes les formes du typhus. On observe des maux de tête violents, une fièvre élevée en plateau, une toux, une éruption, de violentes douleurs musculaires, des frissons, une chute de la tension artérielle, un état stuporeux (le tuphos), une photophobie (gène à la lumière), et un délire. L'éruption commence sur le thorax environ cinq jours après l'apparition de la fièvre, et s'étend au tronc et aux extrémités mais n'atteint pas les paumes et les plantes de pieds. Un symptôme commun à toutes les formes de typhus est la fièvre qui peut atteindre 40 °C.

L'infection est traitée par des antibiotiques. Une perfusion intraveineuse et l'administration d'oxygène peuvent être nécessaires pour stabiliser l'état du patient. Le taux de mortalité est de 10 % à 60 %, mais est beaucoup plus faible si des antibiotiques comme la tétracycline sont administrés précocement. L'infection peut également être prévenue par la vaccination.

C'est une maladie à déclaration obligatoire en France.

Maladie de Brill-Zinsser, ou typhus résurgent[modifier | modifier le code]

La maladie de Brill-Zinsser ou typhus résurgent est une forme atténuée du typhus exanthématique, également due à la bactérie Rickettsia prowazekii, et qui se déclare chez un malade infecté, après une longue période de latence. Il s'agit en fait d'une rechute provoquée par la présence de rickettsies demeurées quiescentes dans l'organisme des malades, notamment dans les ganglions lymphatiques : la situation est analogue à celle de la varicelle et du zona. Ce type de résurgence peut également se produire chez les patients immunodéprimés.

Typhus murin ou typhus tropical[modifier | modifier le code]

Synonymes : typhus endémique, typhus mexicain, typhus nautique, typhus du Nouveau Monde, typhus urbain, typhus à puces, typhus tropical.

Le typhus murin est provoqué par la bactérie Rickettsia typhi, et se développe dans les pays tropicaux et subtropicaux. Il est transmis par la puce du rat, la Xenopsylla cheopsis[31], ou plus rarement, par Rickettsia felis transmis par les puces des chats et des opossums. Les symptômes sont, entre autres, les suivants: maux de tête, fièvre, frissons, douleurs articulaires, nausées, vomissements et toux.

Le diagnostic différentiel est fait grâce à un test sérologique.

Le typhus endémique est facile à traiter par les antibiotiques[31]. La plupart des personnes atteintes en guérissent sans séquelles, mais les personnes âgées, lourdement handicapées ou les patients présentant un système immunitaire déficient peuvent en mourir.

Symptômes généraux[modifier | modifier le code]

Après une période d'incubation, on voit apparaître les premiers signes, suivis d'une phase de rémission, puis d'une phase d'intoxication.

L'incubation, période comprise entre la contamination (contact avec la bactérie) et l'apparition des premiers symptômes de la maladie, dure entre trois et six jours.

Les premiers signes sont :

  • une fièvre importante et soudaine, de 39 à 40 °C, accompagnée de frissons ;
  • des myalgies, douleurs musculaires ;
  • des céphalées, maux de tête ;
  • une agitation, et parfois un délire ;
  • des nausées ;
  • des douleurs abdominales ;
  • une accélération du pouls ;
  • une congestion du visage, qui apparaît rouge (on parle de « fièvre rouge ») ;
  • des conjonctives et une langue rouge ;
  • un écoulement nasal rouge ;
  • une soif intense s'accompagnant d'un dessèchement de la langue ;
  • une fatigue intense est également présente.

La phase de rémission s'accompagne d'une diminution de la température en 24 à 48 heures.

La phase d'intoxication se caractérise par une remontée de la température pouvant dépasser 40 °C. À ce moment-là apparaissent :

  • une adynamie et une confusion: malade amorphe, avec troubles de la conscience ;
  • des vomissements de couleur noire ;
  • un ictère, jaunisse, s'intensifiant progressivement ;
  • une diminution, voire absence totale de la quantité des urines ;
  • un taux anormalement élevé de protéines dans les urines ;
  • une hémorragie des gencives ;
  • des pétéchies, petites taches cutanées rouge-violacé, dues à une infiltration du sang sous la peau ;
  • un épistaxis : saignement de nez.

Diagnostic et traitement[modifier | modifier le code]

Le diagnostic de certitude peut être obtenu par des tests sérologiques. Le traitement est souvent effectué avec de la tétracycline ou d'autres antibiotiques similaires.

Autres rickettsioses[modifier | modifier le code]

Le typhus de brousse[modifier | modifier le code]

La fièvre fluviale du Japon, également appelée « typhus à chiques » ou typhus des broussailles, est provoquée par Orientia tsutsugamushi et transmise par les aoûtats, qu'on trouve dans les zones forestières à végétation dense. Les symptômes présentés sont de la fièvre, des maux de tête, des douleurs musculaires, de la toux, et des troubles gastro-intestinaux. De nombreuses souches plus virulentes d'Orientia tsutsugamushi peuvent provoquer des hémorragies et une coagulation intravasculaire disséminée.

Les fièvres boutonneuses[modifier | modifier le code]

En Europe, il existe un certain nombre de maladies provoquées par Rickettsia conorii et qu'on regroupe sous le terme de fièvre boutonneuse méditerranéenne.

Sur le continent américain il existe une rickettsiose provoquée par Rickettsia rickettsii et connue sous le nom de fièvre pourprée des montagnes Rocheuses.

Vaccins[modifier | modifier le code]

Vaccination au Val-de-Grâce en 1913. Il s'agit ici d'une vaccination contre la typhoïde.

Après la découverte du rôle vecteur du pou et de l'agent causeal, Rudolf Weigl pouvait élaborer, en 1930, un premier vaccin. Sa méthode utilisait le broyat des intestins de poux infectés. Ce vaccin était difficile à produire, car il présentait un risque élevé de contamination pour le personnel.Il était difficile à standardiser, car il n'existe pas de modèle animal convenable pour le typhus exanthématique (maladie strictement humaine).

Plusieurs types de vaccins ont été expérimentés, certains efficaces mais toujours difficiles à standardiser ou avec des effets secondaires trop importants. Une méthode plus sûre et plus adaptée à la production de masse, utilisant des œufs embryonnés, a été développée par Herald R. Cox, en 1938[19] largement utilisé par l'armée américaine, il ne le sera plus après la deuxième guerre mondiale, en raison de l'efficacité de l'antibiothérapie et d'un marché limité[6].

Au début du XXIe siècle, il n'existe pas de vaccins disponibles contre le typhus. Il est possible que cette recherche reprenne à partir des nouvelles techniques de biologie moléculaire[6].

Références culturelles[modifier | modifier le code]

  • (1847) Dans Jane Eyre le roman de Charlotte Brontë, une épidémie de typhus éclate à l'école de Jane à Lowood, aggravant les conditions sanitaires déplorables des filles qui y vivaient.
  • (1862) Dans Pères et Fils le roman de Tourguéniev, le médecin Bazarov, héros de l'histoire, meurt du typhus contracté auprès d'un malade. Sa mort clôt le roman.
  • (1890) Dans How the Other Half Lives de Jacob Riis, les effets du typhus et de la variole sur «Jewtown» sont décrits.
  • (1966) Dans Les Jolies Colonies de vacances, chanson de Pierre Perret, où les enfants après s'être baigné dans un petit bras où s'écoule les égouts de la ville, ont tous attrapé le typhus.
  • (C. 1974) Dans La Petite Maison dans la prairie (série TV), une épidémie de typhus tue plusieurs personnes à Walnut Grove. Elle a été provoquée par une farine de maïs bon marché, que des résidents avaient achetée pour éviter le coût élevé de la production du moulin du pays. La farine de maïs avait été infestée par des rats.
  • (1978) O'Brian, Patrick. L'île de la désolation : Fiction présentant une épidémie de typhus - Au cours d'un voyage à bord du léopard une épidémie de « fièvre des prisons » frappe l'équipage.
  • (1986) Maus, volume 2, Art Spiegelman. Vladek Spiegelman attrape le typhus dans un camp de concentration nazi.
  • (1994-1995) Docteur Quinn, femme médecin - Saison 2, épisode 13, Le Cadeau empoisonné : près de Colorado Springs, la réserve indienne reçoit des couvertures de l'armée. Celles-ci sont infestées de poux et propagent le typhus.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Hoogstraal H, Kaiser MN, Ormsbee RA, Osborn D.J, Helmy I & Gaber S (1967) « Hyaloma (Hyalommina) Rhipicephaloides neumann (Ixodoidea. Ixodidae) : Its identiy, host, and ecology, and Rickettsia conori, R Prowazeki, and Coxiella burneti infections in rodent host in Egypt » Journal of medical entomology 1967;4(4):391-400. (résumé)
  2. (en) Hans Zinsser, Rats, Lice and History : A Chronicle of Pestilence and Plagues, New York, Black Dog & Leventhal Publishers, (réimpr. 1963) (1re éd. 1935) (ISBN 1-884822-47-9).
  3. At a January 1999 medical conference at the University of Maryland, Dr. David Durack, consulting professor of medicine at Duke University notes: « Epidemic typhus fever is the best explanation. It hits hardest in times of war and privation, it has about twenty percent mortality, it kills the victim after about seven days, and it sometimes causes a striking complication: gangrene of the tips of the fingers and toes. The Plague of Athens had all these features. » see also: http://www.umm.edu/news/releases/athens.html
  4. (en) A. W. Gomme, A. Andrewes (dir.) et K. J. Dover (dir.), An Historical Commentary on Thucydides, vol. 5, t. VIII, Oxford University Press, (ISBN 0-19-814198-X).
  5. Maintenace of human-fed live lice in the laboratory and production of Weigl's exanthematous typhus vaccine by Waclaw Szybalski (1999)
  6. a, b, c, d, e, f, g et h (en) Yassina Bechah, « Epidemic typhus », Lancet Infectious Diseases, no 8,‎ , p. 417-428.
  7. a, b, c, d, e, f, g, h et i (en) Victoria A. Harden, Typhus, Epidemic, Cambrige University Press, (ISBN 0-521-33286-9), p. 1082-1084
    dans The Cambridge World History of Human Disease, K.F. Kiple (dir.).
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  9. Il s'agit de virus en latin médical : cause cachée, venin ou poison invisible, qui se transmet par contact, de proche en proche.
  10. Fracastoro, Girolama, De Contagione et Contagiosis Morbis (1546).
  11. Il s'agit de « Heinrich von Zavorziz » (1637-1689).
  12. Jean-Pierre Denet, Les épidémies, de la peste noire à la grippe A/H1N1, Dunod, coll. « UniverSciences », (ISBN 978-2-10-055488-1), p. 81.
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  17. Il s'agit de petits sachets dit de « Legroux », à porter sur soi, composés d'essences répulsives contre les poux : eucalyptus, menthe, citronelle et naphtaline pulvérisée. (E. Benhamou 1935, op. cit., p.12).
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]