Port-Cros

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Port-Cros
Côte ouest de l'île de Port-Cros
Côte ouest de l'île de Port-Cros
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Archipel Îles d'Hyères
Localisation Mer Méditerranée
Coordonnées 43° 00′ 18″ N, 6° 23′ 55″ E
Superficie 7 km2
Point culminant Montagne du Fortin de la Vigie (199 m)
Géologie Île continentale
Administration
Statut Incluse dans le parc national de Port-Cros

Région Provence-Alpes-Côte d'Azur
Département Var
Commune Hyères
Démographie
Population 30 hab.
Densité 4,29 hab./km2
Autres informations
Découverte Préhistoire
Fuseau horaire UTC+01:00

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Port-Cros
Port-Cros
Îles en France

Port-Cros est une des trois îles d'Hyères, archipel côtier de la mer Méditerranée, au large de rade d'Hyères dans le département du Var et la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. L'île fait partie de la commune d'Hyères. Longue de quatre kilomètres et demi et large de deux, son point le plus élevé est à 199 mètres d'altitude, point culminant de l'archipel. La présence de sources expliquent la richesse de sa végétation.

Au début des années 1960, sa propriétaire en fit don à l'État contre la promesse d'en faire un parc national, réserve de la faune et de la flore. Le parc national de Port-Cros fut créé le . Ce parc national, terrestre et maritime, est le seul dont l'État est quasiment entièrement propriétaire.

Histoire[modifier | modifier le code]

Plage de la Palud et rocher du Rascas.

Port-Cros, qui fut la Messé (île du Milieu) des Grecs, doit son nom actuel à la forme en creux de son port. Des traces d'habitat romain à Port-Cros, dans l'anse de Port-Man et dans l'anse de la Palud, sont attestées par la présence de tombes, de canalisations et d'une monnaie d'or romaine. Au Ve siècle, le monastère de Lérins avait une importante succursale sur l'île du Levant, cet établissement possédait une annexe à Port-Cros dans le vallon de Notre-Dame. Ce monastère fut ruiné par les pirates barbaresques qui ravagèrent l'archipel du Xe au XVIe siècles.

En 1531, François Ier, lors d'une visite à Hyères, fut alerté par les habitants sur les risques que faisaient courir les pirates à cette portion de côte. Il érigea en marquisat les trois îles de Bagaud, de Port-Cros et du Levant et confia, le , cette charge à Bertrand d'Ornezan avec obligation de construire et d'entretenir des fortifications.

En 1549, le marquisat est confié à Christophe de Rocquendorf. Pour attirer des colons un droit d'asile pour les condamnés de droit commun est institué sur l'île qui fut rapidement envahie par des individus dont le comportement causa plus de troubles que les pirates qu'ils étaient censés combattre.

En 1617, les forts censés défendre Port-Cros n'étaient toujours pas construits. La reprise en main eut lieu sous l'influence de Richelieu qui fit construire la Tour de l'Éminence, le fort de l'Estissac et celui de Port Man. Louis XIV lutta contre les actes de piraterie et de banditisme commis par les insulaires et par les corsaires avec sévérité mais il n'y eut jamais de garnison sérieuse installée à Port-Cros, ce qui permit aux Anglais de piller l'île en 1700 et de l'envahir en 1742 avant d'en être chassés par le comte de Maurepas.

Le dernier marquis de Port-Cros fut Louis de Colvet, beau-père de Mirabeau. Il vendit les trois îles à Jean Joseph Barthélémy Simon de Savornin en 1783. En 1793, les Anglais ruinèrent une nouvelle fois Port-Cros. Napoléon Ier s'intéressa à Port-Cros qu'il mentionne comme un mouillage d'importance stratégique. Il fit restaurer les défenses en 1811 et installa une garnison. En 1812, elle comptait 1 000 à 2 000 hommes. Après la chute du Premier Empire, elle fut remplacée par une compagnie d'invalides.

Carte topographique de Port-Cros.

Bagaud est achetée par l'État en 1815. A cette époque, Port-Cros et le Levant appartiennent à M. Gazzino et Rolland de Marseille, qui établissent une fabrique de soude et de potasse à Port-Man, puis au comte de Retz. Ce dernier vend séparément les deux iles. Port-Cros (sauf les forts appartenant à l’État) change plusieurs fois de propriétaires qui tentent, sans succès durable, des essais de culture (on compte jusqu'à cinq fermes et des vignobles vers 1880) ou se contentent de louer la chasse de l'ile, bien pourvue en faisans, perdrix et lapins.

En 1890, l'île est achetée par le marquis de Beauregard, académicien, qui s'installe au Manoir et invite ses amis à venir chasser et écrire : Jean d'Agrève de Eugène-Melchior de Vogüé et La Fée de Port-Cros de Henry Bordeaux ont l'île pour sujet principal. Mort en 1909, le marquis de Beauregard avait signé un bail de 16 ans avec promesse de vente à un médecin lyonnais, le Dr Crotte, qui eut pour projet de vendre l’île à un syndicat américain qui l’aurait transformé en station hivernale de luxe[1]. Le projet ne se fait pas et le Dr Crotte meurt en 1919 sans réaliser la promesse de vente.

C’est Marceline Henry (1884-1966) qui est le « personnage central de la miraculeuse préservation de l’île de Port-Cros au XXe siècle[2]. » Elle débarque à Port-Cros en 1918 avec son amant Jean Picart, sous-préfet à Orange, poète sous le nom de Claude Balyne, atteint de tuberculose et venu chercher la guérison dans l'ile. Totalement séduite par le lieu, Marceline (qui se fait appeler Mme Balyne par les 35 habitants de l’île ) écrit en 1921 à son mari Marcel Henry, notaire à Avignon, de venir les rejoindre. Ce dernier vend tous ses biens, vient vivre à Port-Cros et réalise par subrogation la promesse de vente léguée par le Dr Crotte à sa veuve, malgré l'opposition des enfants d’un premier lit qui attaquent aussitôt la vente en justice. Balyne meurt en 1930. Les Henry transforment l'ancienne auberge Pascal en un établissement pourvu de tout le confort moderne, l'Hostellerie Provençale, louent le Fort du Moulin et font classer Port-Cros parmi les sites « de caractère artistique » par le Ministère des Beaux-Arts. Ils reçoivent entre les deux guerres mondiales de nombreux écrivains comme Jean Paulhan, André Malraux, André Gide, Saint-John Perse, Paul Valéry ou Jules Supervielle qui fait du Fort du Moulin sa demeure familiale[3], des savants comme Charles Richet et des hommes politiques comme Aristide Briand ou Edvard Beneš qui y rédige une partie de ses Mémoires.

En 1937, après quinze ans de procès, la vente de 1921 est annulée et l’île mise aux enchères. Les Henry, ne disposant pas des sommes nécessaires, proposent à Paule Desmarais, héritière des pétroles Desmarais frères et fidèle cliente de l'Hostellerie Provençale, d’acheter l’île, convoitée par le promoteur qui vient de lotir le domaine du cap Bénat (lequel fait monter les enchères à 5,1 millions de francs), en gardant la gestion du domaine et en le partageant (le nord et l’est à Mme Desmarais). En 1963, André Malraux, ami des Henry, fait classer l’île en Parc national qui bénéficiera des donations de Marceline Henry, puis des héritiers de Paule Desmarais. Ainsi 97 % de l’île est une propriété publique, gérée par le Parc national.

Le , dès le premier jour du débarquement de Provence, l'île fut le théâtre de combat entre la garnison allemande (150 hommes) et les commandos américains et canadiens, le dernier bastion ne tombera que le 17 août.

Mme Henry, décédée en 1966, avait légué l'île à l'État, à l'exception de l'hôtel (Le Manoir), dont hérita son petit-neveu, Pierre Buffet[4]. En 1963, la création du parc national de Port-Cros marque le dernier tournant d'une histoire riche. Yann Arthus-Bertrand, photographe, a signé un bail emphytéotique avec le parc national concernant le fort de Port-Man qu'il est en train de faire restaurer[5].

Géographie[modifier | modifier le code]

L'île fait partie des îles d'Hyères. Elle mesure 7 km2 de superficie, 4,5 km de long et 2 km de large. Elle est entourée de l'îlot de la Gabinière, du Rocher du Rascas ainsi que de l'île de Bagaud (Bagueau sur la carte de Cassini). Elle culmine à la Montagne du Fortin de la Vigie, à 199 m, mais le Mont Vinaigre (194 m) est souvent considéré comme le point culminant. La Grande Garde (185 m) et le Mont de la Galère (143 m) font aussi partie des plus hautes collines de l'île. Port-Cros comptait jadis plusieurs rivières, mais une seule subsiste, dans le Vallon de la Solitude, où une petite retenue existe. Par contre, l'île compte plusieurs sources.

Sites[modifier | modifier le code]

Le village et son port

Quelques maisons de pêcheurs, une petite église, un château garnissent le pourtour de la baie que domine le fort de l'Éminence. Port-Cros est plus escarpée que ses voisines.

Faune et flore[modifier | modifier le code]

Lézard des murailles à Port-Cros.

Le conservatoire du littoral a acquis, de 1999 à 2006, deux vallons sur la partie est de l'île, donnant accès aux baies de La Palud et de Port-Man[6].

L'avifaune comporte quelques espèces rares et nicheuses comme le goéland leucophée (nicheur dont la population n'est plus du tout en voie d'extinction), l'aigle botté (migrateur rare), le faucon pèlerin, le puffin cendré et le puffin de Méditerranée. De nombreux oiseaux migrateurs séjournent au printemps et à l'automne.

La faune terrestre comporte quelques particularités comme le discoglosse sarde (amphibien) et le phyllodactyle d'Europe (petit gecko endémique de Port-Cros, de Corse et de Sardaigne).

Les populations d'invertébrés sont également très riches en diversité d'espèces, ainsi que celles de chiroptères, avec 13 espèces contactées[7].

Depuis que - sur décision du Parc National - les chats sauvages (Felis sylvestris catus) qui séjournaient sur l'île ont été attrapés et expédiés, la population de rats noirs (Rattus rattus) est fortement en hausse, à un point que les bateaux plaisanciers sont prévenus de ne pas laisser trainer de la nourriture ou de l'eau fraiche à bord quand le bateau est à quai, puisque les rats n'hésitent pas à monter à bord par les cordages.

La forêt littorale méditerranéenne est préservée comme le pin d'Alep dont le peuplement vieillissant laisse peu à peu place au chêne vert. Quelques espèces rares y sont protégées comme la barbe de Jupiter et le cataire, aussi appelé herbe-aux-chats. On y trouve aussi des essences du maquis comme l'arbousier et la bruyère arborescente.

Port-Cros, vue panoramique vers Porquerolles.

Le Parc national de Port-Cros[modifier | modifier le code]

L'île de Port-Cros correspond au cœur du Parc national de Port-Cros, un établissement public à caractère administratif, placé sous l'autorité du Ministère de chargé de l'écologie. Il vise à protéger le patrimoine naturel de l'île et du périmètre marin situé autour d'elle.

Port-Cros, vue depuis le Mont Vinaigre

Galerie[modifier | modifier le code]

Pour en savoir plus[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Les îles d'Hyères, Emile Jahandiez, Toulon, 1929
  • Les îles d'Hyères. Fragments d'histoire, Arles, Actes Sud-Parc National de Port-Cros, 1997.
  • Gérard Prévot, Les chemins de Port-Cros, Denoël, 1957 (roman)
  • Pierre Buffet, L'Esprit de l'île - Mémoires de Port-Cros, entretien avec Claire Paulhan, 209 photographies et cartes postales d'époque, reproduites en quadrichromie, Éditions Claire Paulhan, 2014.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Emile Jahandiez, dans son livre Les îles d'Hyères, Toulon, 1929, indique, en note p. 122, qu' « une brochure publiée en Amérique nous montre Port-Cros pourvu d'un hôtel gratte-ciel à 36 étages dans le vallon de la Palud, d'un champs de courses, d'un grand port dans la baie de la Palud, etc, total 100 millions de francs de travaux ».
  2. Pierre Buffet, L’Esprit de l’île, Éditions Claire Paulhan, 2014, p.13. Les informations qui suivent sont tirées de cet ouvrage.
  3. Les parcs nationaux de France par Géo, Ed. Solar, 2007.
  4. Le Nouvel Économiste, no 962, 9/9/1994, p. 107.
  5. Site du parc national
  6. Conservatoire du littoral
  7. Fiona Bastelica, Céline Damery et Benjamin Allegrini, « Y a-t-il des chiroptères sur les petites îles méditerranéennes françaises ? », poster présenté lors des XVèmes Rencontres Nationales Chauves-souris de la SFEPM, Bourges,‎ (consulté le 4 janvier 2016)