Récit de voyage

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Marco Polo voyageant. Livre des merveilles, BNF Fr2810, vers 1410-1412

Un récit de voyage ou relation de voyage est un genre littéraire dans lequel l'auteur rend compte d'un ou des voyages, des peuples rencontrés, des émotions ressenties, des choses vues et entendues. «  L’étude des récits de voyages conduit [...] à une sorte d’« imagologie » correspondant à un imaginaire littéraire projeté sur la réalité. L’important est que le destinataire de l’œuvre soit transporté par l’imagination, et que ce transport imaginaire survive de manière à créer ou à renforcer l’imaginaire du voyage et de l’espace. »[1]

Contrairement au roman, le récit de voyage privilégie le réel à la fiction[2]. Pour mériter le titre de « récit » et avoir rang de littérature, la narration doit être structurée et aller au-delà de la simple énumération des dates et des lieux (comme un journal intime ou un livre de bord d'un navire). Cette littérature doit rendre compte d'impressions, d'aventures, de l'exploration ou de la conquête de pays lointains. Le récit de voyage peut être aussi cinématographique. Le récit de voyage est un genre littéraire hybride où ce qui est raconté doit être véridique, comme dans le journalisme ou les compte-rendus scientifiques, mais où le factuel peut être enrichie de jugements, de points de vue ou de réflexions personnelles[3].

Pour l'historien, le récit de voyage est également une source historique qu'il convient de contextualiser et d'analyser. Les récits de voyage apportent des éléments précieux pour éclairer l'histoire des relations internationales, l'histoire sociale et politique de régions traversées par le voyageur, voire l'histoire des cultures matérielles, de l'alimentation, des religions, etc. Depuis les années 1980, les relations de voyage en Afrique produites par des Européens dès le XVe siècle ont fait l'objet d'essais d'analyse historique, et des publications scientifiques comprenant un appareil critique développé ont été produites. Soumis à une analyse historique rigoureuse, ces récits de voyage s'avèrent précieux pour reconstituer des fragments de l'histoire de l'Afrique durant les cinq cents dernières années[4].

Certains auteurs comme Voltaire (Candide) utilisent le récit de voyage pour critiquer la société.

Principes[modifier | modifier le code]

Le récit de voyage a, de prime abord, un but didactique. Il s'adresse généralement à un public de même culture que l'auteur, ce qui contribue à créer un puissant lien entre lui et le lecteur. Afin de remplir le principe de vérité et d'utilité du genre, plusieurs procédés peuvent être utilisés[2] :

  • La description: procédé le plus efficace et courant. La description est essentielle car elle est le moyen le plus direct de transmettre le savoir et les connaissances acquises au lecteur.
  • La comparaison: parce que la réalité qui est décrite est nouvelle, l'auteur a souvent recours à la comparaison avec quelque chose de connu pour démontrer la différence, expliquer l'étrangeté. Ce procédé teinte toujours le récit de voyage d'une subjectivité, car, en utilisant des comparaisons avec ce que l'auteur connait, il ne peut rester totalement objectif.

Le récit de voyage est souvent sujet au doute: les lecteurs vont automatiquement remettre en question ce qui est écrit, doutant d'une amplification épique ou de la véracité des propos[1]. C'est la raison pour laquelle les récits de voyages tentent toujours d'être le plus près possible de la réalité et les plus objectifs possible, sinon ils échouent d'entrée de jeu à leur prétention d'éducation.

Histoire du genre[modifier | modifier le code]

Journal de voyage de Bedrich de Donin exposé au monastère de Strahov à Prague (XVIIe siècle)

Un des premiers récits connus de voyage est Le devisement du monde de Marco Polo écrit en 1299 alors qu'il est en prison. Pétrarque peut être crédité de la primauté du « récit de tourisme » avec le récit de son ascension du Mont Ventoux en 1336 effectuée pour le simple plaisir d'avancer vers ce qu'il décrit comme un infini à atteindre[5]. Il reproche à ses compagnons restés au pied de la montagne leur frigida incuriositas (une froide absence de curiosité) et dresse une allégorie de sa montée comparée aux progrès qu'un homme fait dans sa vie.

Par la suite, les voyages devenant plus fréquents, plus faciles sinon moins dangereux, le progrès technique facilitant les trajets au long cours et l'élévation du niveau de vie procurant plus de loisirs (quand bien même ce terme reste encore pendant longtemps un anachronisme, ou réservé à une classe ultra-minoritaire, disposant de temps pour voyager ou pour lire et pouvant s'offrir ces livres qui étaient des produits de luxe), leurs récits vont également se multiplier.

Au XVIIe siècle, un nouveau type de récit de voyage (moins connu) apparaît: le "voyage humoristique"[6]. Les précurseurs de ce genre sont Chapelle et Bachaumont, avec leur livre Voyage. Ce type de littérature ne fera néanmoins pas long feu, et on n'en trouvera plus de traces dès le XVIIIe siècle. Le sous-genre du voyage humoristique se place à l'opposé du genre traditionnel du récit de voyage, car il n'aspire pas à procurer des connaissances. Ils ne prennent ainsi pas place dans des endroits lointains ou exotiques: ils « se cantonnent à des provinces de France ou à des régions avoisinantes de l’Allemagne ou de la Suisse, et au XVIIIe siècle Xavier de Maistre se limite même à un voyage autour de sa chambre. »[6]

Avec la Renaissance[7], deux faits concomitants expliquent l'explosion de la littérature de voyage : l'invention de l'imprimerie et la diffusion du papier font du livre un objet plus abordable ; la découverte par les Européens des côtes d'Afrique puis du Nouveau Monde attise sinon la soif de l'or du moins celle de la connaissance.

Au XIXe siècle, l'irrésistible expansion coloniale européenne s'accompagne, d'un phénomène nouveau : désormais, un auteur peut vivre de sa plume. Les « écrivains de voyage » se professionnalisent, écrivains à part entière ou écrivain-journaliste pour les journaux d'éducation destinés à la jeunesse avide d'apprendre ou pour les périodiques de voyage (National Geographic est lancé en 1888)[5].

Au XXe siècle et XXIe siècle, ce type de littérature connaît un éclatement et une diversité notable: les auteurs continuent de publier leurs témoignages, mais commencent à jouer avec les codes du genre pour le déconstruire et l'innover[8].

Récits de voyage imaginaire[modifier | modifier le code]

Robinson et Vendredi

Marchant dans les pas du succès de Marco Polo, Jean de Mandeville écrit un Livre des merveilles du monde - également un succès pan-européen - dont l'avenir montrera qu'il est fantaisiste et inventé. Il prétend être allé en Chine, mais n'a pas dépassé l'Égypte. L’Histoire comique des Estats et empires de la Lune et l’Histoire comique des Estats et empires du Soleil de Savinien de Cyrano de Bergerac procèdent de la même veine sans prétendre à la vérité géographique… Le récit de voyage prend quelquefois aussi la forme de voyage dans le temps comme dans La Machine à explorer le temps de H. G. Wells (1895).

Daniel Defoe donne à ce sous-genre ses lettres de noblesses avec son Robinson Crusoé qui donne naissance au mot « robinsonnade ». Les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift lui sont contemporains mais le premier cherche la crédibilité et les autres, la fantaisie débridée.

Exemples[modifier | modifier le code]

références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Sylvie Requemora, « L'espace dans la littérature e voyages », Études littéraires,‎ , p. 259 (DOI 10.7202/007566ar, lire en ligne)
  2. a et b « Le Récit de voyage », sur www.cafe.umontreal.ca (consulté le 4 juillet 2018)
  3. Gargani, J., Carnet de voyage à Chandigarh : ethnologie d'une recherche scientifique en Inde, L'Harmattan, 242 pages, 2016.
  4. Chouin, G. « Vu, Dit ou Déduit? L'étude des relations de voyage en Guinée ». Paris, Journal des Africanistes, 75, 2. [1]
  5. a et b « La littérature de voyage - Exigence : Littérature », sur www.e-litterature.net (consulté le 3 juillet 2018)
  6. a et b Daniel Sangsue, « Le récit de voyage humoristique », Presses universitaires de France,‎ (lire en ligne)
  7. À noter que les termes de Renaissance et surtout de baroque ou de rococo ne sont pas employés, aux XVIIe et XVIIIe siècles, dans les guides ou les récits de voyages en langue française, du Grand Tour.
  8. Grégoire Holtz et Vincent Masse, « Étudier les récits de voyage: Bilan, questionnements, enjeux », Arborescences,‎ , p. 11 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Moureau (dir.), Métamorphoses du récit de voyage, Actes du colloque de la Sorbonne et du Sénat, 2 mars 1985, Centre de recherche sur la littérature des voyages, Paris, Champion, 1986, 173 p.
  • Vincent Fournier, L'Utopie ambiguë. La Suède et la Norvège chez les voyageurs et essayistes français (1882-1914), coll. « Bibliothèque de littérature générale et comparée. Confrontations », 2, Clermont-Ferrand, Adosa, 1989, 320 p. (ISBN 2-86639-102-0)
  • Friedrich Wolfzettel, Le discours du voyageur. Pour une histoire littéraire du récit de voyage en France, du Moyen Âge au XVIIIe siècle, coll. « Perspectives littéraires », Paris, PUF, 1996, 336 p. (ISBN 2-13-047514-0)
  • Jean Viviès, Le Récit de voyage en Angleterre au XVIIIe siècle : de l'inventaire à l'invention, essai-préface d'Alain Bony, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 1999, 189 p.
  • Sarga Moussa, « Le récit de voyage, genre «  pluridisciplinaire » : À propos des Voyages en Égypte au XIXe siècle », Sociétés & Représentations, 2006, vol. 21, n° 1, p. 241. (lire en ligne) Libre accès
  • Réal Ouellet, La relation de voyage en Amérique (XVIe-XVIIIe siècle). Au carrefour des genres, Québec, Presses de l’Université Laval/éditions du CIERL, , 165 p. (ISBN 978-2-923859-02-6)