Méthodisme

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Issu d'un schisme avec l'Église anglicane, le méthodisme est un courant du protestantisme regroupant de nombreuses Églises d'orientations diverses, mais trouvant leur inspiration dans la prédication de John Wesley au XVIIIe siècle. Aujourd'hui, 80 millions de personnes se revendiquent méthodistes[1]. Historiquement, le méthodisme est l'initiateur et le grand propagateur du Réveil qui va se propager à travers le monde, touchant des millions de personnes et revitalisant profondément le protestantisme[2].

Origine[modifier | modifier le code]

Gwennap Pit, non loin de Falmouth (Cornouailles), dépression d'origine minière utilisée à de multiples reprises par John Wesley entre 1762 et 1789 pour ses prédications en plein air[3].

En tant que mouvement religieux, le méthodisme a été fondé au XVIIIe siècle par le prédicateur anglais, John Wesley, qui fut le véritable organisateur du méthodisme, rejeté par l’Église d'Angleterre qui n'appréciait ni son insistance sur le fait de faire une expérience personnelle avec Dieu ni sa préoccupation sociale. Une philosophie religieuse répandue en Angleterre à l'époque et caractérisée par une hostilité à tout dogmatisme, teintée de rationalisme et de moralisme[4].

Alors que Goerge Whitefield avait eu très jeune une foi très vive, Wesley avait en effet connu une expérience religieuse marquante : partir aux États-Unis pour prêcher sans avoir la conviction de son propre salut, il fut très impressionné lors du voyage de retour, par la foi des missionnaires moraves au cours d'une violente tempête. Ses contacts approfondis avec les frères moraves l'auraient conduit, en 1738, à « une rencontre personnelle avec Dieu », et il se mit, à l'instar de Whitefield, à parcourir le pays à cheval en prêchant l'Évangile, rassemblant des foules en plein air, puisque l'Église anglicane établie n'offrait pas d'accueil à ces activités. Sur le plan social, le méthodisme se développe surtout au sein des populations ouvrières dont l’Église institutionnelle est le plus souvent absente, malgré le développement rapide des nouvelles cités ouvrières, avec leurs taudis et leur misère, du fait de la Révolution industrielle. Le souci social de John Wesley est très vif et il organise des services sociaux et des écoles dans les quartiers pauvres qu'il visite. Il est aussi l'un des premiers et éloquents défenseurs de l'abolition de l'esclavage. Son frère Charles Wesley le seconde efficacement et devient l'un des auteurs de cantiques les plus prolifiques. Le chant d'assemblée jouera un rôle majeur dans les assemblées méthodistes. Ces assemblées sont à l'époque souvent de style charismatique, ponctuées de phénomènes collectifs de larmes, de cris de douleur ou de joie, voire d’hystérie[5]. Cet aspect émotionnel de la prédication de Wesley est très critiqué par les Anglicans.

Le nom de « méthodiste » vient du fait que Wesley avait dès sa jeunesse participé à un cercle d'étudiants évangéliques où il avait développé un système ou une « méthode » de prière et d'étude pour faire grandir chrétiens et nouveaux convertis dans leur foi. C'est seulement sur la fin de son ministère, en 1784, que John Wesley fait du méthodisme, en ordonnant de lui-même des diacres et des anciens, non plus un mouvement au sein de l’Église d'Angleterre mais une église indépendante.

Théologie[modifier | modifier le code]

La théologie méthodiste établie par John Wesley appartient au courant arminien de la théologie protestante et s'oppose donc à la doctrine calviniste de la prédestination, bien que, selon John Wesley, la grâce divine doive toujours précéder la décision libre de l'Homme. Whitefield étant quant à lui fidèle à la tradition calvinienne, il y eut un schisme qui donna lieu à la création d'églises méthodistes calvinistes (en) ; elles sont notamment présentes au Pays de Galles.

Un autre point marquant de la théologie de Wesley - comme de Whitefield - est son insistance sur la sanctification au plus profond des actes quotidiens de la vie du chrétien. Cette doctrine de la perfection chrétienne donnera lieu, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, à plusieurs mouvements religieux issus du méthodisme tels que celui du mouvement de sanctification (Holiness movement), avec en particulier le mouvement évangélique dit "Mouvement pour une vie supérieure" (Higher Life movement). Leur idée maîtresse découle en large part de la conviction mise en exergue par le méthodisme, que la sanctification personnelle est la manifestation concrète de la grâce de Dieu au travers du Saint-Esprit agissant directement dans les vies des chrétiens et dans le monde.

Le méthodisme s'est répandu rapidement dans les classes populaires des pays anglophones en partie grâce aux nombreux cantiques écrits par Charles Wesley, le frère de John Wesley. Si le chant d'assemblée entraînant ou émouvant a été important dès l'origine de la Réforme protestante, il a été l'un des facteurs importants dans l'enracinement des croyances méthodistes[6],[7], en particulier dans la communauté afro-américaine, encore en partie constituée d'esclaves lors du développement du méthodisme aux États-Unis[8].

Au XXIe siècle, la confession méthodiste continue une tradition sociale active et insiste sur une morale personnelle de la modération.

Extension mondiale[modifier | modifier le code]

Chapelle wesleyenne à Saint-Martin, Jersey. L'église méthodiste a été forte dans les îles de la Manche

Le méthodisme s'est développé surtout dans les pays anglophones ou dans leurs anciennes colonies. Les Églises anglaises et américaines sont les plus importantes, et elles restent autonomes.

À la mort de John Wesley en 1791, les "sociétés" méthodistes comptaient 540 prédicateurs et 134.600 membres[9]. Les églises méthodistes comptent aujourd'hui environ 80 millions d'adhérents répartis dans 133 pays et 80 organisations ecclésiales[10].

Certaines églises méthodistes telle que l'Église méthodiste unie (United Methodist Church), qui compte plus de 12 millions d'adhérents dans le monde dont 7 aux États-Unis, sont resté fidèles à l'organisation de type épiscopalien hérité de l'Anglicanisme, alors d'autres, telles que l’Église méthodiste britannique Methodist Church of Great Britain (en), sont de type presbytéro-synodal.

Il est à noter que le méthodisme est une dénomination importante pour la communauté afro-américaine. En 1816, est fondée l'Église épiscopale méthodiste africaine (African Methodist Episcopal Church ou AME Church), première dénomination afro-américaine créée aux États-Unis, née en protestation contre l'esclavage et les discriminations envers les Noirs. Elle s'est réunie à l'Église méthodiste unie en 2012.

À partir de 1840 aux États-Unis, le méthodisme a donné lieu au développement du mouvement de sanctification, dont la frange radicale se sépare du méthodisme en 1894. Insistant sur l'expérience religieuse du baptême de l'Esprit, et sur ses manifestations physiques et émotionnelles, ce mouvement qui rencontre un grand succès aux États-Unis donne à son tour naissance à partir du tout début du XXe siècle au Pentecôtisme et aux différents mouvements charismatiques inspirés du Pentecôtisme. Ces derniers se sont aujourd’hui répandu dans le monde entier, où l’on compte environ 78 millions de pentecôtistes et 510 millions d’adhérents des différents mouvements charismatiques ![11]

Le méthodisme en France[modifier | modifier le code]

Le méthodisme est introduit en France dès le début du XIXe siècle par des pasteurs et prédicateurs anglais, notamment dans le sud de la France et particulièrement en Vaunage (entre Nîmes et Montpellier), par Charles Cook. D'abord pasteur missionnaire à Jersey, Charles Cook s'installe dans la localité vaunageole de Congénies, région marquée par le développement, à la fin du siècle précédent, d'une communauté quaker entièrement locale dont certains éléments se rallient au Méthodisme[12]. À part quelques groupes, la majorité de l'Église méthodiste a néanmoins rejoint en 1938 l'Église réformée de France.

Il existe cependant toujours aujourd'hui en France diverses dénominations méthodistes. La plus connue est celle de l'UEEM, l'Union de l'Église Évangélique Méthodiste. Elle est le fruit d'une fusion intervenue en 2005 entre l'Église Méthodiste de France et l'Union des Églises Méthodistes. L'UEEM s'est intégrée à l'Église méthodiste unie. Elle est membre fondateur du Conseil national des évangéliques de France et est membre depuis 2012 de la Fédération protestante de France.

Œcuménisme[modifier | modifier le code]

Situées au carrefour entre les églises évangéliques et les églises protestantes historiques, les églises méthodistes appartiennent au Conseil méthodiste mondial et au Conseil œcuménique des Églises, ainsi que, pour l'Europe, à la Conférence des Églises européennes.

Quelques méthodistes célèbres[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, William Wilberforce, homme politique anglais éveillé à la foi évangélique par le méthodisme whitefieldien, fut l'artisan d'une campagne parlementaire de 47 ans qui conduisit à la loi abolissant l'esclavage (en 1833) dans l'Empire britannique ; il mourut trois jours après le vote de cette loi. Bien qu'évangélique, William Wilberforce resta rattaché à l’Église d'Angleterre.

Au XXe siècle et XXIe siècle,George W. Bush, John Edwards, Hillary Rodham Clinton et sa fille Chelsea Clinton, le président philippin Fidel V. Ramos ou l'écrivain Stephen King sont des méthodistes pratiquants, au même titre que le furent Margaret Thatcher, Nelson Mandela et Abel Muzorewa, évêque méthodiste et premier ministre du Zimbabwe en 1979.

Parmi les Afro-Américains : Mary McLeod Bethune, éducatrice et militante des droits civiques, Daniel Payne (en) fondateur de l'Université de Wilberforce, Harold Washington, premier maire noir de Chicago, les chanteuses Nina Simone et Dionne Warwick.

Dans le monde religieux, citons William Booth, fondateur de l'Armée du Salut, et John Raleigh Mott, fondateur de la Fédération universelle des associations chrétiennes d'étudiants (FUACE) et prix Nobel de la paix 1946 pour son travail pour la promotion de la paix. Le télévangéliste Oral Roberts (en), initialement pentecôtiste, avait choisi de rallier l'Église méthodiste unie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://worldmethodistcouncil.org/about/member-churches/
  2. "Wesley fut sans doute l’une des figures les plus marquantes du protestantisme. Éminent par son éloquence et sa piété, voire son martyre, il est à l’origine du méthodisme, et bien des wesleyanismes se réclament de ce grand nom; plus largement, c’est grâce à lui que le mouvement “évangélique” moderne a pris son essor." Simon Scharf, La doctrine de la sanctification selon John Wesley, une approche calviniste de la question de la perfection chrétienne, La Revue réformée (2002 – 2)[1]
  3. Site aménagé en amphithéâtre en 1806 qui comporte aujourd'hui un petit musée du méthodisme[2]
  4. Page dédiée au méthodisme sur le site "Musée virtuel du Protestantisme"
  5. Notice sur le méthodisme dans le site du Musée protestant virtuel
  6. Préface du recueil de cantiques méthodistes The Methodist Hymn Book, décembre 1933
  7. Préface de John Wesley à son recueil de cantiques (A collection of Hymns for use of the People called Methodists), 20 octobre 1779
  8. Jean Baubérot, Le protestantisme, dans "Le fait religieux", sous la direction de Jean Delumeau, Fayard, 1993 - 782 pages[3]
  9. Émile G. Léonard dans l'Histoire générale du protestantisme, Presses Universitaires de France, Paris, 1964, tome 3, p. 220
  10. Site du World Methodist Council, consulté le 4 janvier 2016
  11. Pentecostal churches, accès le 31 mai 2015
  12. Par exemple "Elisabeth Fourmaud, quaker, puis méthodiste, épouse en 1818 Louis Jaulmes, membre de l’Église réformée de Congénies. (...) [ce] père Réformé et [cette] mère quaker convertie méthodiste, [ont] trois fils pasteurs méthodistes [et] quatre fils dans l‟église réformée.", Actes du 2e Colloque sur les relations entre Quakers et Réformés francophones à travers les siècles (16-18 octobre 2009), intervention de Mme Christine Jaulmes, p. 3-4, Éditeur : centre quaker de Congénies.[4]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]