À la recherche du temps perdu

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À la recherche du temps perdu
Image illustrative de l’article À la recherche du temps perdu
Premières pages de Du côté de chez Swann avec les notes de révision faites à la main par l'auteur.
Manuscrit vendu aux enchères par Christie's en pour 663 750 £, acquis par la Fondation Martin Bodmer

Auteur Marcel Proust
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman
Éditeur Bernard Grasset et Gallimard
Date de parution 1913-1927

À la recherche du temps perdu, couramment évoqué plus simplement sous le titre La Recherche, est un roman de Marcel Proust, écrit de 1906 à 1922 et publié de 1913 à 1927 en sept tomes, dont les trois derniers parurent après la mort de l’auteur. Plutôt que le récit d'une séquence déterminée d'événements, cette œuvre s'intéresse non pas aux souvenirs du narrateur mais à une réflexion psychologique sur la littérature, sur la mémoire et sur le temps. Cependant, comme le souligne Jean-Yves Tadié dans Proust et le roman, tous ces éléments épars se découvrent reliés les uns aux autres quand, à travers toutes ses expériences négatives ou positives, le narrateur (qui est aussi le héros du roman), découvre le sens de la vie dans l'art et la littérature au dernier tome.

À la recherche du temps perdu est parfois considéré comme l'un des meilleurs livres de tous les temps[1],[2].

Résumé[modifier | modifier le code]

Le roman est publié en sept tomes :

  1. Du côté de chez Swanncompte d’auteur chez Grasset en 1913, puis dans une version modifiée chez Gallimard en 1919)
  2. À l'ombre des jeunes filles en fleurs (1919, chez Gallimard ; reçoit le prix Goncourt la même année)
  3. Le Côté de Guermantes (en deux volumes, chez Gallimard, 1920-1921)
  4. Sodome et Gomorrhe I et II (chez Gallimard, 1921-1922)
  5. La Prisonnière (posth. 1923)
  6. Albertine disparue (posth. 1925 ; titre original : La Fugitive)
  7. Le Temps retrouvé (posth. 1927)

En considérant ce découpage, son écriture et sa publication se sont faites parallèlement, et la conception même que Proust avait de son roman a évolué au cours de ce processus.

Alors que le premier tome est publié à compte d’auteur chez Grasset en 1913 grâce à René Blum (Proust en conserve la propriété littéraire), la guerre interrompt la publication du deuxième tome et permet à Proust de remodeler son œuvre, cette dernière prenant de l'ampleur au fil des nuits de travail qui l'épuisent. L'auteur retravaille sans cesse ses dactylographies autant que ses brouillons et ses manuscrits, et souhaite mettre fin à sa collaboration avec l'éditeur[3]. La Nouvelle Revue française, dirigée par Gaston Gallimard, est en pleine bataille éditoriale avec Grasset depuis 1914 mais a commis l'erreur de refuser en 1913 de publier Du côté de chez Swann par l'entremise d'André Gide, figure dominante du comité éditorial de la NRF qui juge que c'est un livre de snob dédié à Gaston Calmette, directeur du Figaro[4],[5]. La NRF qui se prétend le fleuron du renouveau des lettres françaises aggrave son cas le lorsqu'un de ses fondateurs Henri Ghéon juge Du côté de chez Swann « une œuvre de loisir dans la plus pleine acception du terme »[6]. Pourtant des écrivains de renom comme Lucien Daudet, Edith Wharton et Jean Cocteau ne tarissent pas d'éloges sur ce premier tome. André Gide reconnaît vite son erreur et supplie Proust de rejoindre la NRF qui a retrouvé des moyens d'imprimer, au contraire de Grasset[3]. Proust fait part à Grasset de son intention de le quitter en , et après un an de règlement du problème (question des indemnités, des compensations, solde des droits sur Swann), Gaston Gallimard lance la fabrication de deux volumes et rachète à son concurrent en les quelque deux cents exemplaires de Swann qui n’ont pas été vendus : il les revêt d’une couverture NRF et d’un papillon de relais avant de les remettre en vente[7].

Du côté de chez Swann[modifier | modifier le code]

Combray (d'après le nom littéraire donné par Proust à son village d'enfance, Illiers, rebaptisé après sa mort Illiers-Combray) est un petit ensemble qui ouvre La Recherche du Temps Perdu. Le narrateur, adulte, songe aux différentes chambres où il a dormi au cours de sa vie, notamment celle de Combray, où il passait ses vacances lorsqu’il était enfant. Cette chambre se trouvait dans la maison de sa grand-tante : « La cousine de mon grand-père — ma grand-tante — chez qui nous habitions… »

Le narrateur se remémore à quel point l’heure du coucher était une torture pour lui ; cela signifiait qu’il allait passer une nuit entière loin de sa mère, ce qui l’angoissait au plus haut point : « …le moment où il faudrait me mettre au lit, loin de ma mère et de ma grand-mère, ma chambre à coucher redevenait le point fixe et douloureux de mes préoccupations. » Pendant longtemps, il ne se souvint que de cet épisode de ses séjours dans la maison de sa grand-tante. Et puis, un jour, sa mère lui proposa une tasse de thé et des madeleines, qu’il refusa dans un premier temps puis finit par accepter. C’est alors que, des années après son enfance, le thé et les miettes du gâteau firent remonter toute la partie de sa vie passée à Combray : « … et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé. » Ce passage donna naissance à l'expression populaire « madeleine de Proust », utilisée pour qualifier un aliment le plus souvent, qui rappelle d'heureux souvenirs à quelqu'un.

Cette partie de la vie du narrateur n’était pas seulement marquée par le drame du coucher. Elle fut l’occasion de s’éveiller aux sens (l’odeur des aubépines, la vue de la nature autour de Combray, lors de promenades familiales), à la lecture (les romans de Bergotte, auteur fictif qui d'ailleurs sera lui-même un personnage du roman) ; le narrateur se promène de part et d’autre de Combray avec sa famille : du côté de Méseglise, ou du côté de Guermantes si le temps le permet. Il adore sa mère et sa grand-mère, mais, plus globalement, sa famille apparaît comme un cocon dans lequel le narrateur enfant se sent heureux, protégé et choyé.

Un amour de Swann est une parenthèse dans la vie du narrateur. Il y relate la grande passion qu’a éprouvée Charles Swann (qu'on a rencontré dans la première partie comme voisin et ami de la famille) pour une cocotte, Odette de Crécy. Dans cette partie, on voit un Swann amoureux mais torturé par la jalousie et la méfiance vis-à-vis d’Odette. Les deux amants vivent chacun chez soi, et dès que Swann n’est plus avec son amie, il est rongé par l’inquiétude, se demande ce que fait Odette, si elle n’est pas en train de le tromper. Odette fréquente le salon des Verdurin, couple de riches bourgeois qui reçoivent tous les jours un cercle d’amis pour dîner, bavarder ou écouter de la musique. Dans un premier temps, Swann rejoint Odette dans ce milieu, mais au bout d’un moment, il a le malheur de ne plus plaire à madame Verdurin et se fait écarter des soirées organisées chez elle. Il a alors de moins en moins l’occasion de voir Odette et en souffre affreusement, puis peu à peu il se remet de sa peine et s’étonne : « Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, … pour une femme…qui n’était pas mon genre ! » Cette parenthèse n’est pas anecdotique. Elle prépare la partie de la Recherche dans laquelle le héros connaîtra des souffrances similaires à celles de Swann.

Noms de pays : le nom commence par une rêverie sur les chambres de Combray, et sur celle du grand hôtel de Balbec (ville imaginaire inspirée en partie à Proust par la ville de Cabourg). Adulte, le narrateur compare, différencie ces chambres. Il se souvient que, jeune, il rêvait sur les noms de différents lieux, tels Balbec, mais aussi Venise, Parme ou Florence. Il aurait alors aimé découvrir la réalité qui se cachait derrière ces noms, mais le docteur de la famille déconseilla tout projet de voyage à cause d’une vilaine fièvre que contracta le jeune narrateur. Il dut alors rester dans sa chambre parisienne (ses parents vivaient à deux pas des Champs-Élysées) et ne put s’octroyer que des promenades dans Paris avec sa nourrice Françoise. C’est là qu’il fit la connaissance de Gilberte Swann, qu’il avait déjà aperçue à Combray. Il se lia d’amitié avec elle et en tomba amoureux. Sa grande affaire fut à ce moment d’aller jouer avec elle et ses amies dans un jardin proche des Champs-Élysées. Il se débrouille pour croiser les parents de Gilberte dans Paris, et salue Odette Swann, devenue la femme de Swann, et la mère de Gilberte.

À l’ombre des jeunes filles en fleurs[modifier | modifier le code]

À l’ombre des jeunes filles en fleurs commence à Paris, et toute une partie intitulée Autour de Madame Swann marque l’entrée de notre héros dans la maison des parents de Gilberte Swann. Il s’y rend sur invitation de sa jeune amie, pour jouer ou goûter. Il est si épris qu’une fois rentré chez ses parents, il fait tout pour orienter les sujets de conversation sur le nom de Swann. Tout ce qui constitue l’univers des Swann lui semble magnifique : « …je ne savais ni le nom ni l’espèce des choses qui se trouvaient sous mes yeux, et comprenais seulement que quand elles approchaient les Swann, elles devaient être extraordinaires… » Il est heureux et fier de sortir dans Paris avec les Swann. C’est au cours d’un dîner chez eux qu’il rencontre l’écrivain Bergotte, dont il aime les livres depuis longtemps. Il est désappointé : le vrai Bergotte est à mille lieues de l’image qu’il s’était forgée de lui à la lecture de ses œuvres ! « Tout le Bergotte que j’avais lentement et délicatement élaboré… se trouvait d’un seul coup ne plus pouvoir être d’aucun usage… » Sa relation avec Gilberte évolue : ils se brouillent et le narrateur décide de ne plus la voir. Sa peine est intermittente. Peu à peu il parvient à se détacher d’elle, à ne plus ressentir que de l’indifférence à l’égard de Gilberte. Il reste néanmoins lié avec Odette Swann.

Deux ans après cette rupture, il part à Balbec avec sa grand-mère (dans la partie intitulée Noms de pays : le pays). Il est malheureux lors du départ pour cette station balnéaire, car il va se trouver éloigné de sa mère. Sa première impression de Balbec est la déception. La ville est très différente de ce qu’il avait imaginé. En outre, la perspective d’une première nuit dans un endroit inconnu l’effraie. Il se sent seul puis, jour après jour, il observe les autres personnes qui fréquentent l’hôtel. Sa grand-mère se rapproche d’une de ses vieilles amies, madame de Villeparisis. C’est le début de promenades dans la voiture de cette aristocrate. Au cours de l’une d’elles, le narrateur ressent une étrange impression en apercevant trois arbres, alors que la voiture se rapproche d’Hudimesnil. Il sent le bonheur l’envahir mais ne comprend pas pourquoi. Il sent qu’il devrait demander qu’on arrête la voiture pour aller contempler de près ces arbres mais par paresse, il y renonce. Madame de Villeparisis lui présente son neveu, Saint-Loup, avec lequel le héros se lie d’amitié. Il retrouve Albert Bloch, un ami d'enfance, qu'il présente à Saint-Loup. Le baron de Charlus vient rendre visite à Mme de Villeparisis. Le narrateur lui est présenté. Il apprend avec étonnement que le baron et Mme de Villeparisis sont apparentés aux Guermantes. Le héros est surpris par le comportement étrange du baron : celui-ci commence par dévisager intensément notre héros, puis une fois qu’il a fait connaissance avec lui, il se montre incroyablement lunatique. Le baron reparti, Saint-Loup et le narrateur sont invités chez le père de Bloch. Ils découvrent la famille vulgaire de leur ami. Après quelques considérations sur la maîtresse de Saint-Loup, et sur d'hypothétiques relations entre Mme Swann et Bloch, le narrateur nous entretient du manège d'une bande de "fillettes" sur la digue, Il entend à l'hôtel le nom d'Albertine Simonet. Il est persuadé qu'il s'agit de l'une des jeunes filles. Le narrateur et Saint-Loup dînent plusieurs fois au restaurant de Rivebelle où ils voient un soir un vieillard que le patron du restaurant leur dit être le célèbre peintre Elstir. Ils se présentent à lui. Elstir invite le narrateur à venir lui rendre visite. Pendant la journée le narrateur continue d'épier les jeunes filles. Il est attiré par plusieurs d'entre elles. Il rend visite à Elstir. Les peintures dans l'atelier l'émerveillent. Au moment de partir alors que le peintre et le narrateur se trouvent dans la rue, l'une des jeunes filles passe et vient saluer Elstir. Ce dernier apprend au narrateur qu'il s'agit d'Albertine Simonet. Le peintre et le narrateur font une promenade pendant laquelle ils tombent de nouveau sur les jeunes filles mais le narrateur est resté en arrière et lorsqu'il rejoint Elstir les jeunes filles sont parties. Le narrateur se désespère de jamais leur être présenté. Elstir finit par organiser une partie où le narrateur est nommé à Albertine. Suit un portait physique et moral d'Albertine. Les deux jeunes gens prennent l'habitude de se voir. Lors de l'une de leurs promenades, Albertine apprend au narrateur que Saint-Loup est fiancé à une demoiselle d'Ambresac. Surprise du narrateur qui sait que Saint-Loup fréquente encore sa maîtresse. Peu à peu le narrateur fait la connaissance de toutes les jeunes filles de la petite bande. Il s'éprend de chacune d'entre elles tour à tour. Enfin cet amour diffus finit par se concentrer sur la seule Albertine. L'amie la plus proche d'Albertine, Andrée, n'en semble pas heureuse. Albertine invite un soir le narrateur dans sa chambre. Celui-ci tente de l'embrasser. Mais Albertine sonne les domestiques. Albertine lui pardonne et ne raconte à personne cette agression. Repoussé, le narrateur laisse de nouveau errer ses désirs. Le mauvais temps arrive, la saison se termine et l’hôtel se vide. Les jeunes filles partent. Dernières impressions de l'hôtel déserté. Le narrateur s'en va à son tour.

Le Côté de Guermantes[modifier | modifier le code]

Déménagement. Les parents du narrateur déménagent et habitent désormais dans un logement de l’hôtel des Guermantes. Leur bonne, la vieille Françoise, regrette ce déménagement. Suit une description du déjeuner des domestiques et un portrait de Jupien, un giletier qui a son échoppe dans la cour de l'hôtel des Guermantes. Le narrateur rêve au nom des Guermantes, comme jadis il rêvait aux noms de pays. Il apprend que les Guermantes forme la première famille du faubourg Saint-Germain (c'est-à-dire par métonymie le monde de l'aristocratie parisienne). Sa rêverie redouble. Son plus grand désir est de pénétrer dans ce monde.

Soirée à l'opéra. Il va assister à une soirée de gala à l'Opéra. Il observe dans leurs loges la princesse de Guermantes et ses invités. Ils lui semblent des tritons et des néréides au fond de grottes marines. Le spectacle commence par un acte de Phèdre joué par la Berma. Et alors que cette actrice l'avait déçu la première fois qu'il l'avait vue sur scène, il est cette fois-ci subjugué par son talent. La duchesse de Guermantes arrive dans la loge de la princesse. Le narrateur observe et compare les toilettes des deux dames.

Le narrateur à Doncières. Pour tenter de se rapprocher de madame de Guermantes, qu’il importune à force de la suivre indiscrètement dans Paris, il décide de rendre visite à son ami Robert de Saint-Loup, qui est en garnison à Doncières. Il espère que Saint-Loup dont Mme de Guermantes est la tante pourra l'introduire auprès d'elle. « L’amitié, l’admiration que Saint-Loup avait pour moi, me semblaient imméritées et m’étaient restées indifférentes. Tout d’un coup j’y attachai du prix, j’aurais voulu qu’il les révélât à Madame de Guermantes, j’aurais été capable de lui demander de le faire. » Son ami le reçoit avec une très grande gentillesse. Premières impressions de Doncières : la caserne, la chambre de Saint-Loup à la caserne, l'hôtel où logera le narrateur. Nouvelles considérations sur le sommeil comme au début de La Recherche. Le narrateur suit la troupe pour assister à l'entraînement et aux manœuvres. Ces longues promenades lui rappellent celles de son enfance à Combourg et sont bénéfiques pour son sommeil. Le narrateur fait connaissance des militaires, amis de Saint-Loup. Opinions des soldats sur Saint-Loup, sur ses manières et fréquentations aristocratiques. Proust pastiche le français relâché et le jargon des soldats. Vers 7 heures le soir alors que la nuit tombe et que le froid du début de l'hiver prend possession de la ville, le narrateur rejoint Saint-Loup dans l'hôtel où loge celui-ci lorsqu'il n'est pas au quartier pour dîner avec lui. Comparaison des scènes de rue avec les tableaux de Rembrandt ou de Brueghel et des vieux maîtres flamands. La salle à manger de l'hôtel évoque à Proust les sujets religieux du XVIe et XVIIe siècles : Noël est proche. Le narrateur parvient à la table de Saint-Loup et trouve enfin le courage de lui parler de la Duchesse de Guermantes en prenant pour prétexte la photo d'elle qu'il a vu dans la chambre de Saint-Loup. Saint-Loup accepte de la lui présenter quand il reviendra à Paris. Conversations de table sur l'affaire Dreyfus (nous sommes à la fin de l'année 1897) et Stendhal. Sébastien Pouderoux boit trop de thé. Saint-Loup et le narrateur sont dreyfusards mais les autres convives sont anti-dreyfusards : le narrateur préfère détourner la conversation vers l'art de la guerre. Les batailles modernes sont des imitations des batailles anciennes. Réflexions sur les raisons pour laquelle Saint-Loup vivant dans un milieu militaire était dreyfusard : on est l'homme de son idée pas de son milieu. Les relations compliquées de Saint-Loup et de sa maîtresse. Une brouille entre Saint-Loup et sa maîtresse l'empêche d'aller à Paris. Cela ne fait pas les affaires du narrateur car Saint-Loup ne pourra pas le présenter à sa tante avant Pâques or le narrateur doit se rendre à Balbec à cette époque. La présentation à la duchesse de Guermantes semble très compromise. Mais le narrateur apprend que la duchesse a chez elle de très beaux Elstir. Il demande à Saint-Loup d'écrire à sa tante pour qu'elle les montre au narrateur même en l'absence de son ami. Il accepte. Rapports du prince de Borodino avec les bourgeois. Conversation téléphonique du héros avec sa grand-mère. Les demoiselles du téléphone lui évoquent des "vierges vigilantes" ou les Furies de la mythologie. Entendre la "voix fantôme" de sa grand-mère lui donne le désir pressant de revoir sa grand-mère. Le narrateur vient faire ses adieux à Saint-Loup . Nouvelle occasion pour Proust de pasticher les conversations des soldats et de les charrier.

Retour du narrateur à Paris. Revenu à Paris, surprenant sa grand-mère alors qu'elle ne sait pas observée, le héros prend conscience qu'elle est très âgée et malade. Mme de Guermantes n'invite pas le narrateur à venir voir les Elstir malgré les lettres de Saint-Loup. Le printemps 1898 commence. De nouveau le narrateur rencontre et observe Mme de Guermantes lors de ses promenades dans le quartier. Elle lui évoque maintenant une sainte chrétienne des premiers temps. Le père du narrateur découvre que M. de Norpois fréquente Mme de Villeparisis qui habite elle aussi l'hôtel des Guermantes et conseille à son fils de fréquenter cette dame. Le père du narrateur espère être élu à l'Institut et il compte sur l'appui de M. de Norpois. Rencontrant un jour Mme Sazerat par hasard, le père du narrateur la trouve très froide à son égard. C'est qu'elle a appris qu'il était antidreyfusard et lui a retiré toute son amitié.

Déjeuner avec Saint-Loup et sa maîtresse. Saint-Loup revenu à Paris lors d'une permission promet au narrateur de l'accompagner chez Mme de Villeparisis. En échange il lui demande de déjeuner au restaurant avec lui et sa maîtresse. Ils vont la chercher dans un village de banlieue. Description des arbres fruitiers en fleurs. Le narrateur reconnaît, dans la maîtresse de Saint-Loup, Rachel-Quand-Du-Seigneur, une prostituée dont il a fait la connaissance quelques années auparavant dans une maison de passe. Que Saint-Loup puisse souffrir à cause de cette grue le stupéfait. Il ne dit rien à Saint-Loup de ce qu'il sait. Réflexions sur les illusions de l'amour. Saint-Loup appelle sa maîtresse "Zézette". Conversation sur les lettres, Dreyfus de nouveau. Au restaurant Saint-Loup est jaloux. Malveillances de Rachel sur les comédiens célèbre. Le soir Saint-Loup, Rachel et le narrateur dînent encore ensemble. Nouveaux témoignages de la jalousie de Saint-Loup. Nouvelles disputes avec sa maîtresse. Le narrateur assiste avec Saint-Loup à la pièce dans laquelle joue Rachel. Rachel a organisé une claque pour ridiculiser une débutante qu'elle ne veut pas voir engagée. Après la représentation nouvelles disputes de Saint-Loup et de Rachel. Saint-Loup se bat avec un journaliste puis avec un homme qui lui fait des avances.

Le salon de Mme de Villeparisis. Le soir le narrateur fait son entrée dans le salon de madame de Villeparisis. C'est un salon de troisième ordre. Raisons de ce déclassement. Considérations sur le temps où Mme de Villeparisis était galante. Le narrateur retrouve Bloch. Il est devenu auteur dramatique. Considérations sur l'antisémitisme. Mme de Villeparisis écrit ses mémoires. Raisons pour lesquelles ce salon peu élégant apparaît si brillant dans les mémoires de la marquise. Madame de Villeparisis montre les portraits de la duchesse de Montmorency et de la Rochefoucauld à ses invités. Entrée de la duchesse de Guermantes et de Legrandin. Flagorneries de Legrandin. Mme de Guermantes a une maivaise opinion de Mme de Cambremer, la soeur de M. Legrandin. " Elle dit plumitif. C'est une horreur. C'est à vous faire tomber vos dents de sagesse. " . Legrandin est contrarié de trouver le narrateur chez la marquise : son snobisme est découvert.Étrange manie de la duchesse de Guermantes ; elle ne veut jamais recevoir les épouses des hommes qu'elle invite ; elle ne parle jamais philosophie, peinture, poésie avec les philosophes, peintres, poètes qu'elle reçoit. Mme de Villeparisis et Mme de Guermantes échangent quelques ragots sur leurs communes connaissances.Mme de Guermantes est très désireuse de rencontrer Bergotte.Conversations sur les fleurs que Mme de Villeparisis est en train de peindre. Arrivée de M. de Norpois. Le narrateur lui demande d'aider son père à entrer à l'Institut. M. de Norpois le lui refuse. Par jalousie ou manque de serviabilité pense le narrateur. Mme de Guermantes débine le talent d'actrice de l'amie de Saint-Loup. Suivent diverses considérations : " Il n'y a pas que du bruit dans la ''Walkyrie''." Comparaison entre Rachel et Mme Swann. Mme de Guermantes dénigre ''Les Sept Princesses '' de Maeterlinck à la consternation du narrateur. Rachel était venue jouer la pièce chez elle. Mme de Guermantes fait le récit de la visite de Mme de Cambremer chez elle. M. de Norpois et Bloch parlent du procès Dreyfus. Bloch a assisté au procès de Zola en février. Opinions sur le procès de M. de Guermantes. On apprend que Saint-Loup doit être présenté au Jockey 8 jours plus tard. Le Jockey est antidreyfusard. Le duc de Guermantes se pare de sa femme mais il ne l'aime pas. Le prince de Guermantes est antisémite. M. de Norpois est antidreyfusard. Ses interlocuteurs humilient Bloch. Il part. Entrée de Mme de Marsantes, mère de Saint-Loup et soeur du duc de Guermantes. Elle est "plus qu'aimable"' avec le narrateur. Mme de Villeparisis annonce à la duchesse de Guermantes que Mme Swann va venir. Mme Swann par opportunisme est antidreyfusarde. Mme Swann a demandé à son mari d'arrêter de défendre Dreyfus devant le monde. Réflexions désagréables de ces dames sur Lady Israël. Arrivée de Saint-Loup. Il parle du narrateur à Mme de Guermantes. Arrivée de Prince de Faffenheim : le premier ministre allemande n'a plus qu'une ambition, devenir correspondant étranger de l'institut. Il vient chez Mme de Villeparisis car il sait que cela plaira à M. de Norpois qui a une importante réserve de voix pour une élection à l'Institut. Entrée de Mme Swann. Sortie précipitée de la duchesse de Guermantes qui ne veut pas la rencontrer. Arrivée de M. de Charlus. Arrivée de Charles Morel (18 ans), le fils du valet de chambre du grand-oncle du narrateur. Quelques jours auparavant il était allé rendre visite au narrateur chez lui pour lui montrer les photos des actrices que son grand-oncle fréquentait. Le narrateur comprend que Morel est arriviste. Le narrateur présente Morel à la nièce de Jupien. Intérêt des deux jeunes gens l'un pour l'autre. Sur l'une des photos de Jupien le narrateur reconnaît Mme Swann. C'est elle qui déjeunait chez son oncle le jour de sa visite quelques années auparavant : Mme Swann est "la dame en rose". M. de Charlus s'assoit à côté de Mme Swann. Raison pour laquelle il le fait. Histoire du mandat de 3.000 francs. Saint-Loup a rompu avec sa maîtresse. Mme Swann apprend au narrateur que M. de Norpois l'avait dépeint comme un "flatteur hystérique" chez la princesse de Guermantes car le narrateur avait fait l'éloge de Mme Swann lors du dîner que les parents du narrateur avaient donné en l'honneur de Norpois. M. de Charlus invite le narrateur à venir le voir chez lui. Un incident apprend au narrateur que M. de Charlus est le frère du duc de Guermantes sans qu'il le comprenne. Duretés de Saint-Loup envers sa mère. Il préfère passer la soirée avec sa maîtresse plutôt qu'avec sa mère. Le narrateur quitte le salon de Mme de Villeparisis. M. de Charlus, nouveau Vautrin, rejoint le narrateur, nouveau Rubempré, et lui propose de le prendre sous son aile. M. de Charlus demande des informations sur Bloch au narrateur. Antisémitisme de Charlus. Mme Sazerat passe. Considérations sur cette dame dreyfusarde et antisémite. M. d'Argencourt passant, M. de Charlus enlève vivement le bras qu'il avait mis sous celui du narrateur. Il demande au narrateur de ne plus fréquenter le monde. Le narrateur apprend à sa grande déception que Mme de Villeparisis s'appelle en fait Mme Thirion. M. de Charlus emploie le mot de truqueur ("homosexuel prostitué" en argot) devant le narrateur qui ne connaît pas ce mot. Après avoir laissé passer plusieurs fiacres M. de Charlus en trouve enfin un à son goût conduit par un jeune cocher éméché et l'arrête.

Maladie de la grand-mère du narrateur. De retour chez lui le narrateur surprend une dispute sur Dreyfus entre son maître d'hôtel et celui des Guermantes. Sa grand-mère va mal. Considérations sur la fièvre. Le docteur du Boulbon est appelé au chevet de la malade. Il conseille à la malade de sortir et de manger. Il lui explique que ses maux sont d'origine nerveuses. Le narrateur et sa grand-mère vont faire une promenade aux Champs-Elysées. La grand-mère va mal. Elle éprouve le besoin d'aller aux toilettes. Bavardages de le dame-pipi. En observant la mine défaite de la grand-mère, le narrateur comprend qu'elle vient d'avoir une attaque. Le narrateur obtient pour sa grand-mère une consultation du professeur E... qu'il croise avenue Gabriel. Le professeur annonce au narrateur que sa grand-mère va mourir. Anecdote de la boutonnière du professeur. Ils arrivent chez eux. Désespoir de la mère du narrateur. Intérêt mal-élevé et cruel du Françoise. Cottard donne de la morphine à la grand-mère. Anecdote du spécialiste du nez. Les amis de la famille viennent prendre des nouvelles de la famille. Bergotte très malade, presque aveugle passe chaque jour. Ses œuvres sont désormais célèbres. Le narrateur n'admire plus autant ses livres. Plus rien ne le surprend en eux. Comparaison de Renoir et de Fromentin. Evolution de la maladie~: la grand-mère ne voit plus, puis n'entend plus. Puis sa parole devient embarrassée. Elle essaie de se jeter par la fenêtre. Françoise insiste pour la coiffer. Cottard prescrit des sangsues. Françoise se fait faire une toilette de deuil. Agonie de la grand-mère. Elle est prise de convulsions. Visite inopportune du duc de Guermantes.

Sodome et Gomorrhe[modifier | modifier le code]

Le titre évoque deux villes bibliques détruites par Dieu pour punir les habitants, infidèles et immoraux (Sodome et Gomorrhe). Dans ce volet, le narrateur découvre que l’homosexualité est très présente autour de lui. Un jour, il découvre celle de monsieur de Charlus ainsi que celle de Jupien, un giletier qui vit près de chez lui. Charlus n’est pas seulement l’amant de Jupien ; riche et cultivé, il est aussi son protecteur. Le narrateur, après la découverte de l’« inversion sexuelle » de Charlus, se rend à une soirée chez la princesse de Guermantes. Cela lui permet d’observer de près le monde de l’aristocratie du faubourg Saint-Germain, et de se livrer à des considérations sur cette partie de la société. Après cette longue soirée, le narrateur rentre chez lui et attend la visite de son amie Albertine ; comme celle-ci se fait attendre, le héros s’irrite et devient anxieux. Finalement, Albertine arrive et la glace fond. Cela dit, le cœur du narrateur est instable. Il lui arrive de ne plus ressentir d’amour pour Albertine, ce qu’il appelle « les intermittences du cœur ». Il fait un deuxième séjour à Balbec. Cette fois-ci, il est seul, sa grand-mère est morte. Cela l’amène à faire des comparaisons avec son premier séjour dans cette station balnéaire. En se déchaussant, il se souvient qu’alors, sa grand-mère avait tenu à lui ôter elle-même ses souliers, par amour pour lui. Ce souvenir le bouleverse ; il comprend seulement maintenant qu’il a perdu pour toujours sa grand-mère qu’il adorait. Ce séjour à Balbec est rythmé par les sentiments en dents de scie que le héros éprouve pour Albertine : tantôt il se sent amoureux, tantôt elle lui est indifférente et il songe à rompre. Il commence d’ailleurs à avoir des soupçons sur elle : il se demande si elle n’est pas lesbienne. Mais il n’arrive pas à avoir de certitudes. À la fin de ce second séjour, il décide d’épouser Albertine, pensant que, ce faisant, il la détournera de ses penchants pour les femmes.

La Prisonnière[modifier | modifier le code]

La Prisonnière : Le narrateur est de retour à Paris, dans la maison de ses parents, absents pour le moment. Il y vit avec Albertine, et Françoise, la bonne. Les deux amants ont chacun leur chambre et leur salle de bains. Le narrateur fait tout pour contrôler la vie d’Albertine, afin d’éviter qu’elle donne des rendez-vous à des femmes. Il la maintient pour ainsi dire prisonnière chez lui, et lorsqu’elle sort, il s’arrange pour qu’Andrée, une amie commune aux deux amoureux, suive Albertine dans tous ses déplacements. L’attitude du narrateur est très proche de celle de Swann avec Odette dans Un amour de Swann. L’amour, loin de le rendre heureux, suscite une incessante méfiance, et une jalousie de tous les instants. Le héros se rend compte aussi que malgré toutes ses précautions, Albertine lui est étrangère à bien des égards. Quoi qu’il fasse, elle reste totalement un mystère pour lui. Cette vie en commun ne dure pas longtemps. Un jour, Françoise annonce au narrateur qu’Albertine est partie de bon matin.

Albertine disparue[modifier | modifier le code]

Albertine disparue : Dans certaines éditions, ce volet est intitulé La Fugitive (titre originellement voulu par Proust mais que portait déjà un autre livre), titre qui correspond aussi très bien au contenu de cette partie (et qui fait diptyque avec La Prisonnière). Albertine s’est enfuie de chez le narrateur alors que celui-ci commençait à ressentir la plus complète indifférence pour elle. Cela provoque un nouveau revirement de son cœur. Il fait tout pour retrouver sa maîtresse, et veut croire qu’il sera très vite en sa présence. Hélas, il apprend par un télégramme qu’Albertine est morte, victime d’une chute de cheval. Elle lui échappe ainsi définitivement. Son cœur oscille entre souffrance et détachement au fil du temps. Il se livre, auprès d’Andrée, à un travail d’enquêteur pour savoir si oui ou non elle était lesbienne et découvre bientôt que c'était effectivement le cas. Il se rend chez la duchesse de Guermantes et y croise son amour d’enfance, Gilberte Swann, devenue mademoiselle Gilberte de Forcheville : Swann est mort de maladie, et Odette s’est remariée avec monsieur de Forcheville. Swann rêvait de faire admettre sa femme dans les milieux aristocratiques : à titre posthume, son souhait est exaucé par le remariage d’Odette. Le narrateur fait un voyage à Venise avec sa mère. Au retour, il apprend le mariage de Gilberte avec son ami Robert de Saint-Loup. Quelque temps après, il se rend à Tansonville, non loin de Combray, chez les nouveaux mariés. Gilberte se confie au narrateur : elle est malheureuse car Robert la trompe. C’est exact, mais elle croit que c’est avec des femmes alors que Robert est attiré par les hommes.

Le Temps retrouvé[modifier | modifier le code]

Le Temps retrouvé : Le début de ce dernier volet se passe encore à Tansonville. Le narrateur, qui voudrait devenir écrivain depuis qu’il est enfant, lit un passage du Journal des Goncourt avant de s’endormir, et cela l’amène à croire qu’il n’est pas capable d’écrire. Il décide de renoncer à devenir écrivain. Nous sommes en pleine Première Guerre mondiale. Le Paris de cette période montre des personnages globalement germanophobes, et totalement préoccupés par ce qui se passe sur le front. Charlus est une exception : il est germanophile. Saint-Loup s’est engagé et il est parti combattre. Il se fait tuer sur le champ de bataille. Après la guerre, le narrateur se rend à une matinée chez la princesse de Guermantes. En chemin, il a de nouveau conscience de son incapacité à écrire. Il attend la fin d’un morceau de musique dans le salon-bibliothèque des Guermantes et le bruit d’une cuiller, la raideur d’une serviette qu’il utilise déclenchent en lui le plaisir qu’il a ressenti autrefois en maintes occasions : en voyant les arbres d’Hudimesnil par exemple. Cette fois-ci, il décide d’approfondir son impression, de découvrir pourquoi certaines sensations le rendent si heureux. Et il comprend enfin que la mémoire involontaire est seule capable de ressusciter le passé, et que l’œuvre d’art permet de vivre une vraie vie, loin des mondanités, qu’elle permet aussi d’abolir les limites imposées par le Temps. Le héros est enfin prêt à créer une œuvre littéraire.

Analyse[modifier | modifier le code]

Il est difficile de résumer la Recherche. Mais l'on peut se reporter à des études portant sur l'œuvre de Proust comme l'essai de Gérard Genette : « Comment le petit Marcel est devenu écrivain » (Figures) ou le livre de Jean-Yves Tadié, « Proust et le Roman ». Dans celui-ci Jean-Yves Tadié pense que l'œuvre « a pour sujet sa propre rédaction[8]. » Dans l'article Marcel Proust de l'Encyclopædia universalis, il précise : « Proust a caché son jeu plus qu'aucun autre romancier avant lui, car, si l'on entrevoit que le roman raconte une vocation, on la croit d'abord manquée, on ne devine pas que le héros aura pour mission d'écrire le livre que nous sommes en train de lire[9]. » Pour Tadié, La Recherche est mouvement vers l'avenir de la vocation auquel « se superpose la plongée vers le passé de la remémoration : le livre sera achevé lorsque tout l’avenir de l’artiste aura rejoint tout le passé de l’enfant[10]. »

Éléments de réflexion[modifier | modifier le code]

La démarche de Proust est paradoxale : dans la Recherche, très influencé par la vie privée de l'auteur, les événements sont décrits dans les moindres détails, dans un milieu très spécifique (la haute bourgeoisie et l'aristocratie française du début du XXe siècle) ce qui lui permet d'accéder à l'universel : « J’ai eu le malheur de commencer mon livre par le mot « je » et aussitôt on a cru que, au lieu de chercher à découvrir des lois générales, je m’analysais au sens individuel et détestable du mot », écrit Marcel Proust[11].

Influence[modifier | modifier le code]

La philosophie et l'esthétique de l'œuvre de Proust ne peuvent pas être extraites complètement de leur époque, reflétant en particulier :

Son style reste cependant très personnel. Ses phrases, souvent longues et à la construction complexe rappellent le style du duc de Saint-Simon, l'un des auteurs qu'il cite le plus souvent. Certaines nécessitent un certain effort de la part du lecteur pour distinguer leur structure et donc leur sens précis. Ses contemporains témoignent que c'était à peu près la langue parlée de l'auteur.

Quant à l'influence de Saint-Simon, Jacques de Lacretelle rapporte que « un professeur américain, M. Herbert de Ley, auteur d'une étude courte mais précise et documentée intitulée Marcel Proust et le duc de Saint-Simon, a constaté que sur quelque quatre cents personnages aristocratiques chez Proust presque la moitié portent des noms qui paraissent dans les Mémoires de Saint-Simon[14]

Ce style particulier traduit une volonté de saisir la réalité dans toutes ses dimensions, dans toutes ses perceptions possibles, dans toutes les facettes du prisme des différents intervenants. On rejoint les préoccupations des impressionnistes : la réalité n'a de sens qu'à travers la perception, réelle ou imaginaire, qu'en a le sujet.

Le prisme n'est pas que celui des acteurs, mais aussi celui de l'auteur qui se trouve dans plusieurs angles de vue avec le temps qui passe, le point de vue du moment présent, le point de vue du moment passé, le point de vue du moment passé tel qu'il le revit au présent.

L'œuvre ne se limite pas à cette dimension psychologique et introspective, mais analyse aussi, d'une manière souvent impitoyable, la société de son temps : opposition entre la sphère aristocratique des Guermantes et la bourgeoisie parvenue des Verdurin, auxquelles il faut ajouter le monde des domestiques représenté par Françoise. Au fil des tomes, l'œuvre reflète aussi l'histoire contemporaine, depuis les controverses de l'affaire Dreyfus jusqu'à la guerre de 1914-1918.

A propos du temps et des lieux de la Recherche[modifier | modifier le code]

L'action s'inscrit dans un temps parfaitement défini, de nombreuses références historiques sont là pour fixer le temps de la Recherche :

  • Swann, quand il commence à fréquenter le salon des Verdurin, déjeune un jour chez M. Grévy, à l'Élysée ; les Verdurin ont assisté à l'enterrement de Gambetta[15].
  • Il est question dans A l'ombre des jeunes filles en fleurs de la visite du tsar Nicolas II à Paris à l'automne 1896[16].

Mais il ne faut pas chercher à rendre toutes ces allusions cohérentes[17].

De même, les lieux de la Recherche sont souvent parfaitement identifiables:

Un roman d'apprentissage selon Gilles Deleuze[modifier | modifier le code]

Deleuze voit dans La Recherche un roman d'apprentissage sur les signes. Il y a consacré un livre, Proust et les signes, 1964.

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

Proust - Arbre généalogique
Arbre généalogique des principaux personnages.

mais aussi des représentants emblématiques des arts (Bergotte pour la littérature, Vinteuil pour la musique, Elstir pour la peinture), de la médecine (le docteur Cottard), etc.

Éditions[modifier | modifier le code]

Édition italienne, I Meridiani, Mondadori, 1983.
  • Gallimard : les quatre versions chez Gallimard utilisent toutes le même texte :
    • Pléiade : édition en 4 volumes, reliée cuir, avec notes et variantes
    • Folio : édition en 7 volumes, poche
    • Collection blanche : édition en 7 volumes, grand format
    • Quarto : édition en 1 volume, grand format
  • Garnier-Flammarion : édition en 10 volumes, poche
  • Livre de Poche : édition en 7 volumes, poche
  • Bouquins : édition en 3 volumes, grand format
  • Omnibus : édition en 2 volumes, grand format
  • Intégrale de À la recherche du temps perdu, lu par André Dussollier, Guillaume Gallienne, Michaël Lonsdale, Denis Podalydès, Robin Renucci et Lambert Wilson aux éditions Thélème.

Illustrations[modifier | modifier le code]

  • Philippe Jullian a illustré la Recherche (Éditions La Gerbe illustrée, NRF, Gallimard, 1969) ;
  • Jacques Pecnard a illustré la Recherche (Éditions Sauret, 1981) ;
  • Yan Nascimbene a illustré Du côté de chez Swann (Éditions Futuropolis Gallimard, 1990) ; Hermine David aussi (éditions Gallimard, le rayon d'or, 1951) ;
  • Emili Grau i Sala a illustré la Recherche (éditions Plaisir du livre, 1963)

Adaptations[modifier | modifier le code]

Adaptations cinématographiques[modifier | modifier le code]

Adaptations télévisuelles[modifier | modifier le code]

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Autres adaptations[modifier | modifier le code]

  • Marcel Proust et studio Variety artworks (trad. du japonais par Julien Lefebvre-Paquet), À la recherche du temps perdu, Toulon Paris, Soleil, coll. « manga : classiques », , 192 p. (ISBN 978-2-302-01879-2, OCLC 780288725)
  • Proust pour Rire - Bréviaire jubilatoire de « À la recherche du temps perdu », par Laure Hillerin, Flammarion, 2016
  • Le designer de mobilier Anthony Guerrée a entamé en 2013 un travail d'adaptation en assises des personnages de la Recherche. Cela a donné lieu en 2020 à la parution d'un livre-objet intitulé "Les Assises du temps perdu" chez Bouclard Éditions, en collaboration avec l'autrice Émilie Houssa et Jérôme Bastianelli, et le soutien de l'Atelier Jespers (ISBN 978-2-9565635-4-9)
  • Christophe Honoré prépara une adaptation du Côté de Guermantes en 2020 à la Comédie Française, mais elle ne vit pas le jour à cause de la crise du Covid-19. Il tira un film de cette expérience, appelé Guermantes.
  • La plus grande partie du travail du peintre catalan Lluís Marsans (1930-2015) est liée à l'œuvre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « The Greatest Books: The Best Books - 1 to 50 », sur thegreatestbooks.org (consulté le )
  2. « In Search of Lost Time by Marcel Proust - The Greatest Fiction Book of All Time », sur thegreatestbooks.org (consulté le )
  3. a et b Jean Bothorel, Bernard Grasset : vie et passions d’un éditeur, Paris, Grasset, , 32 p. (ISBN 2-246-38281-5).
  4. « «Du côté de chez Swann», le roman qui aurait pu ne jamais paraître - Libération », sur next.liberation.fr (consulté le )
  5. Jean-Marc Morio, Marcel Proust : métaphysique et esthétique dans "À la recherche du temps perdu", Nantes, Editions du Petit véhicule, , 51 p. (ISBN 2-84273-106-9), p. 12.
  6. Pedro Kadivar, Marcel Proust, ou, Esthétique de l'entre-deux : poétique de la représentation dans "À la recherche du temps perdu", Paris/Budapest/Torino, Harmattan, , 317 p. (ISBN 2-7475-7160-2), p. 45.
  7. Page de titre d’un exemplaire du roman de Marcel Proust Du côté de chez Swann, édité par Grasset relayé par les Éditions de la NRF, Exposition à la BNF.
  8. Jean-Yves Tadié, Proust et le roman, Folio, Paris, 2003, p. 411.
  9. Encyclopædia universalis, article Marcel Proust tome 15, Paris, 1988, p. 308-312,p. 309.
  10. Proust et le roman, p. 237.
  11. « Journées de lecture », sur institutfrancais.com.
  12. Une sociologie transfigurée: Marcel Proust lecteur de Gabriel Tarde, Luc Fraisse, Revue d'Histoire littéraire de la France, 88e Année, No. 4 (Jul. - Aug., 1988), p. 710-736 .
  13. Anne Henry, La tentation de Marcel Proust, Paris, Presses universitaires de France, , 224 p. (ISBN 2-13-051075-2 et 9782130510758, lire en ligne).
  14. Jacques de Lacretelle, « Saint-Simon et Proust », sur revuedesdeuxmondes.fr, p.295 (consulté le )
  15. Proust, Du côté de chez Swann, France Loisirs, , p.42
  16. Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs, Paris, Gallimard, , 568 p. (ISBN 2-07-038051-3), note 3 de la page 8 par Pierre-Louis Rey
  17. Proust, Du côté de chez Swann, Paris, Gallimard, , 527 p. (ISBN 2-07-037924-8), note 1 de la page 368( Antoine Compagnon)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

Monographies[modifier | modifier le code]

  • Céleste Albaret (et Georges Belmont), Monsieur Proust, Robert Laffont, 1973
  • Jacques Bersani (éd.), Les Critiques de notre temps et Proust, Garnier, 1971
  • Catherine Bidou-Zachariasen, Proust sociologue. De la maison aristocratique au salon bourgeois, Descartes, 1997
  • Maurice Blanchot, « L'étonnante patience », chapitre consacré à Marcel Proust dans le Livre à venir, Gallimard, 1959
  • Brassaï, Marcel Proust sous l'emprise de la photographie, Gallimard, 1997
  • Étienne Brunet (préf. J.Y. Tadié), Le Vocabulaire de Proust, vol. 3 : avec l’Index complet et synoptique de À la recherche du temps perdu, Genève Paris, Slatkine Diffusion Champion, , 1918 p. (ISBN 978-2-05-100474-9)
  • Alain Buisine, Proust et ses lettres, Presses universitaires de Lille, coll. « Objet », 1983
  • Józef Czapski, Proust contre la déchéance : Conférence au camp de Griazowietz, Noir sur blanc, 2004 et 2011
  • Serge Doubrovsky, La Place de la madeleine, Écriture et fantasme chez Proust, Mercure de France, 1974
  • Robert Dreyfus, Souvenirs sur Marcel Proust (accompagnés de lettres inédites), Paris, Grasset, 1926
  • Clovis Duveau, Proust à Orléans, édité par les Musées d'Orléans, 1998
  • Michel Erman, Le Bottin proustien. Qui est dans "La Recherche" ?, Paris, La Table Ronde, 2010
  • Michel Erman, Le Bottin des lieux proustiens, La Table ronde, 2011
  • Luc Fraisse, L'Œuvre cathédrale. Proust et l'architecture médiévale, José Corti, 1990, 574 pages
  • Louis Gautier-Vignal, Proust connu et inconnu, Robert Laffont, 1976
  • Geneviève Henrot Sostero, Pragmatique de l'anthroponyme dans À la recherche du temps perdu, Paris, Champion, 2011
  • Laure Hillerin, La comtesse Greffulhe, L'ombre des Guermantes, partie V, La Chambre noire des Guermantes consacrée à Marcel Proust
  • Elisabeth Ladenson, Proust lesbien (préface d'Antoine Compagnon), éd. EPEL 2004
  • Nathalie Mauriac Dyer, Proust inachevé, le dossier Albertine disparue, Éditions Honoré Champion, 2005
  • Marie Miguet-Ollagnier, La Mythologie de Marcel Proust, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Annales littéraires de l'Université de Besançon », , 425 p. (ISBN 2-251-60276-3)
  • Mireille Naturel et Patricia Mante-Proust, Marcel Proust. L’Arche et la Colombe, Michel Lafon, 2012
  • Christian Péchenard, Proust à Cabourg ; Proust et son père ; Proust et Céleste, in Proust et les autres, Éditions de la Table ronde, 1999
  • Léon Pierre-Quint, Comment travaillait Proust, Bibliographie, Les Cahiers Libres, 1928
  • Georges Poulet, L'Espace proustien, Gallimard, 1963
  • Henri Raczymow, Le Cygne de Proust, Éditions Gallimard, coll. « L'un et l'autre », 1990
  • Henri Raczymow, Le Paris retrouvé de Marcel Proust, Parigramme, 1995
  • Jean Recanati, Profils juifs de Marcel Proust, Paris, Buchet-Chastel, 1979
  • Thomas Ravier, Éloge du matricide : essai sur Proust, Paris, France, Gallimard, coll. « Infini », , 200 p. (ISBN 978-2-07-078443-1, OCLC 123176786)
  • Jacqueline Risset, Une certaine joie. Essai sur Proust, Éditions Hermann, 2009
  • Jean-Yves Tadié, Proust et ses amis, Paris, Gallimard, coll. « Cahiers de la NRF », , 294 p. (ISBN 978-2-07-012961-4, OCLC 688495564)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]