Ethnologie

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Ethnologie
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Image représentant une collection d'objets pouvant être logés dans l'étude de la discipline. Musée Valencien d'Ethnologie.

L'ethnologie est l'une des sciences humaines et sociales : elle relève de l'anthropologie et est connexe à la sociologie. Son objet est l'étude comparative et explicative de l'ensemble des caractères sociaux et culturels « les plus manifestes comme les moins avou[é]s » des groupes humains[1], caractères évolutifs qui sont plus ou moins propres à tel ou tel groupe (ou bien que ce groupe partage avec d'autres, mais dont les variantes ou le mélange lui sont plus ou moins propres), et qui en font (ou sont censés en faire) une « ethnie »[2]. À l'aide de théories et concepts qui lui sont propres, elle tente de parvenir à la formulation de la structure, du fonctionnement et de l'évolution des sociétés. Elle comporte notamment deux théories opposées, le fonctionnalisme de Bronislaw Malinowski et le structuralisme de Claude Lévi-Strauss.

Disciplines[modifier | modifier le code]

Un tribunal, un juge et un avocat aux États-Unis; l'anthropologie juridique est un domaine de l'ethnologie.

L'ethnologie recouvre de nombreuses disciplines.

Histoire[modifier | modifier le code]

La découverte de l'Amérique au XVe siècle par les explorateurs européens a joué un rôle important dans la formulation de nouvelles notions de l'Occident (le monde occidental), comme de la notion de «l'Autre», présenté comme «sauvage» (barbare brutal, ou «noble sauvage»). Ainsi, la civilisation a été opposée de manière dualiste à la barbarie, opposition classique constitutive de l'ethnocentrisme européen. L'ethnologie dans ses développements ultérieurs, et notamment l'anthropologie structurale de Claude Lévi-Strauss, ont conduit à la critique de la conception d'un progrès linéaire, et à une remise en cause de la pseudo-opposition entre «sociétés avec histoires» et «sociétés sans histoires», et de la définition de l'histoire comme croissance cumulative.

L'ethnologie est considérée comme un domaine académique depuis la fin du 18e siècle, en particulier en Europe ; elle est parfois conçue comme une étude comparative de groupes humains. Le terme « ethnologia » est utilisé pour la première fois par Adam František Kollár (1718-1783) dans Historiae ivrisqve pvblici Regni Vngariae amoenitates,Vienne, 1783. L'ethnologie s'est séparée de la littérature et de l'exotisme vers la fin du XVIIIe siècle, avec la fin de l'étranger analysé d'un point de vue encore trop « ethnocentrique » — même s'il est possible de considérer avec Lévi-Strauss le chapitre des Essais de Montaigne sur le cannibalisme (datant du 16e siècle) comme un texte précurseur de l'ethnologie —. C'est aussi lors des colonisations européennes que les sciences ethnologiques se différencient de la littérature exotique. Synonyme au début du XIXe siècle de « science de la classification des races », le terme «ethnologie» désigne, durant toute la première moitié du XXe, et aujourd'hui encore parfois, l’ensemble des sciences sociales qui étudient les sociétés dites « primitives » et l’homme fossile. Les premiers ethnologues ont ainsi exploité des documents rapportés par les explorateurs, les officiers militaires, les négociants, ou encore des missionnaires ; mais il a tendance à être remplacé par le mot anthropologie, appellation d’origine britannique en France[3], science dont l’ethnologie constituerait une partie ou une étape. C’est Lévi-Strauss qui fut un des introducteurs de ce mot et du concept dans la tradition intellectuelle française.

Claude Lévi-Strauss récuse l'opposition admise dans la tradition ethnologique entre «sociétés à histoire» et «sociétés sans histoire» ; la notion de « société sans histoire » masque selon lui une méconnaissance de l'histoire de l'Autre[4]. Il écrit ainsi : « On parle volontiers des « peuples sans histoire » (pour dire parfois, que ce sont les plus heureux). Cette formule elliptique signifie seulement que leur histoire est et restera inconnue, mais non qu’elle n’existe pas. Pendant des dizaines et mêmes des centaines de millénaires, là-bas aussi, il y a eu des hommes qui ont aimé, haï, souffert, inventé, combattu. En vérité, il n’existe pas de peuples enfants ; tous sont adultes, même ceux qui n’ont pas tenu le journal de leur enfance et de leur adolescence » (Race et Histoire). Pour cet auteur, la non-historicité ne relève pas d'une réalité objective mais d'une illusion de l'observateur : paraissent actives les cultures qui nous sont proches et intelligibles ; paraissent immobiles au contraire celles dont l'évolution diffère de la nôtre[4].

Claude Lévi-Strauss a cherché, par une approche structurale, à découvrir des invariants universels dans la société humaine, dont faisait partie selon lui le tabou de l'inceste. Cependant, les revendications d'un tel universalisme culturel ont été critiquées par divers penseurs du XXe siècle, notamment Foucault, Derrida, Althusser et Deleuze.

L'école française d'ethnologie a été particulièrement importante pour le développement de la discipline, depuis le début des années 1950. Parmi les personnalités importantes de ce mouvement figurent Lévi-Strauss, Paul Rivet, Marcel Griaule, Germaine Dieterlen et Jean Rouch.

Dans son sens (restreint) actuel, l’ethnologie enveloppe exclusivement les études synthétiques et les conclusions théoriques, élaborées à partir des documents ethnographiques et orientées plus particulièrement vers les problèmes de diffusion, de contacts, d’origine, de reconstitution du passé. C’est ce sens que les anglophones attribuent depuis longtemps au mot ethnology. L’étude des problèmes plus généraux constituerait les champs de l’anthropologie sociale et de l’anthropologie culturelle.

Courants théoriques[modifier | modifier le code]

L'ethnologie dans les sciences humaines[modifier | modifier le code]

Différences avec la sociologie[modifier | modifier le code]

Rite d'initiation des WaYao, peuple du Malawi

Historiquement, l'ethnologie diffère de la sociologie en ce qu'elle privilégie non pas l'étude des phénomènes sociaux des pays industrialisés comme le ferait cette dernière, mais au contraire les communautés traditionnelles extra-européennes, qui ont longtemps été considérées comme des « cultures primitives ». Aujourd'hui justement, les ethnologues entreprennent de retrouver ces aspects culturels prétendument « primitifs » dans les sociétés occidentales (la magie[5] par exemple), rendant ainsi la frontière entre ces deux disciplines de plus en plus floue : leur objet d'étude — l'humain — est finalement le même.

Lorsque l'on tente de distinguer le plus clairement possible l'ethnologie et la sociologie, le plus aisé est d'insister sur la différence des angles d'approche. Globalement on pourrait alors attribuer à la sociologie les méthodes quantitatives faites de sondages, de questionnaires, d'entretiens individualisés, et un souci prononcé pour la représentativité de telles études ; concernant l'ethnologie c'est plutôt les méthodes qualitatives telles que l'enquête de longue durée et l'observation participante, faisant de la subjectivité du chercheur une réelle base de travail.

Aussi on peut évoquer la considération de la dimension symbolique qui est caractéristique de l'ethnologie : étude des mythes, des rites, et globalement des pratiques et perceptions symboliques du monde environnant. Cette distinction précédente fut résumée par l'ethnologue Jean Poirier (1921-2009) : « Nous rappelons que la définition de l’ethnologie a profondément évolué. Il semble qu’aujourd’hui, reconnue comme science des communautés (des groupements centrés sur des motivations traditionalistes), elle mesure mieux ses rapports avec la sociologie, discipline sœur, science des collectivités (des groupements centrés sur des motivations rationalistes) »[6].

Anthropologie, ethnologie et ethnographie[modifier | modifier le code]

À ce sujet, l'usage est de se référer à la définition de Claude Lévi-Strauss. On pourrait la résumer de la façon suivante : l'ethnographie est une phase de recueil de données principalement, en tant qu'outil de l'ethnologie, elle entretient avec elle le même rapport que la fouille archéologique avec l'archéologie. L'ethnographie fait partie de l'ethnologie, et l'ethnologie de l'anthropologie.

Alors on peut dire que l'ethnologie théorise les descriptions de l'ethnographie dont l'unité d'étude est l'ethnie, groupe humain caractérisé par sa langue et sa culture. Ces deux sciences font en définitive partie de l'anthropologie.

Selon Claude Lévi-Strauss, l'ethnographie est le recueil des données sur le terrain principalement. L'ethnologie est l'analyse de ces données et l'anthropologie est un travail comparatif. Lévi-Strauss est une exception dans le paysage anthropologique. Il a fait très peu de travaux de terrain, contrairement à bon nombre de ses confrères. Il s'estimait faire de l'anthropologie, la dernière phase de sa classification qui selon lui, devait permettre de définir la science sociale de l'étudié.[réf. nécessaire] À son époque, très peu d'anthropologues étaient d'accord avec sa classification. Il en est de même aujourd'hui ; très peu d'anthropologues se reconnaissent dedans. En effet, dans la pratique, ces étapes ne sont pas hermétiques. Lorsque l'on voit quelque chose, on pense à la problématique que l'on pourra développer. De même, lorsqu'on analyse les données, on est déjà en train de les comparer avec ce qui a été appris pendant les études.[réf. nécessaire]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Servier, Méthode de l’ethnologie, PUF, coll Que sais-je ? , 1986, p 3.
  2. Roland J. L. Breton, Les Ethnies, Presses universitaires de France, Paris, 1981, 127 p., (ISBN 9782130369066) et Jean-Pierre Chrétien & Gérard Prunier, Les ethnies ont une histoire, Karthala, Paris, 2003, 435 p., (ISBN 9782845863897).
  3. « Anthropologie », Dictionnaires des sciences humaines, ibid, p21.
  4. a et b Jean-Philippe Watbled. La Raison dans l’Histoire : histoire d’une déraison. Travaux & documents,Université de La Réunion, Faculté des lettres et des sciences humaines, 2008, Récit, mémoire et histoire,pp.31–57 (p.55), lire en ligne
  5. voir par exemple l'ouvrage Les mots, la mort, les sorts, de Jeanne Favret-Saada
  6. POIRIER, Jean, Histoire de l’ethnologie, PUF, Que sais-je ?, 1984, p 6.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • Gérard Lenclud, « L'ethnologie » Le Discours philosophique, Jean-François Mattei, ed., 1 vol., Paris, PUF, 1998.
  • Robert Creswell, « L’ethnologie », in André Jacob, Encyclopédie philosophique universelle, I, L’Univers philosophique, Paris, PUF, 1992, p. 1310-1316.
  • Jean-François Mattéi et Jean Poirier, « Conceptualisation des sociétés traditionnelles », in André Jacob, Les Notions philosophiques, op. cit., p. 789-971.
  • Jean-Marie Pradier, « Vous avez-dit ethnoscénologie ? », L'ethnographie, 2 | 2020, mis en ligne le 20 mars 2020. URL : https://revues.mshparisnord.fr/ethnographie/index.php?id=478
  • Jean Poirier, « L’écriture des traditions orales », ibid., p. 791-813. ; « Ethno-logique », L’Univers philosophique, op. cit., p. 1435-1570. ; « Traditions et écritures », ibid., p. 1571-1684.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Histoires d'objets, objets d'histoire, initiation à l'ethnologie, cultures en dialogue : formations des enseignants (2009), Musée du quai Branly, Paris, 2010, 2 h 42 min (DVD)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]