La Ferme des animaux

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La Ferme des animaux
Image illustrative de l'article La Ferme des animaux
Couverture de la première édition britannique.

Auteur George Orwell
Pays Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Genre Roman allégorique
Dystopie
Version originale
Langue Anglais britannique
Titre Animal Farm. A Fairy Story
Éditeur Secker and Warburg
Lieu de parution Londres
Date de parution
ISBN 0452284244
Version française
Traducteur Jean Queval
Éditeur Champ libre
Lieu de parution Paris
Date de parution
Type de média Livre papier
Nombre de pages 113
ISBN 2851841203
Chronologie

La Ferme des animaux (titre original : Animal Farm. A Fairy Story[1]) est un court roman de George Orwell (environ 10 chapitres) publié en 1945 décrivant une ferme dans laquelle les animaux se révoltent, prennent le pouvoir et chassent les hommes. Il s'agit d'une fable animalière par laquelle Orwell propose une satire de la Révolution russe et une critique du régime soviétique, en particulier du stalinisme[2], et au-delà, des régimes autoritaires et du totalitarisme.

Éditions[modifier | modifier le code]

Édition anglaise[modifier | modifier le code]

  • (en) George Orwell (préf. Peter Davison), Animal Farm : A Fairy Story, London, Penguin, coll. « Fiction », (1re éd. 1945), 95 p., poche (ISBN 978-0140126709)

Éditions françaises[modifier | modifier le code]

  • Sous le titre Les Animaux partout !, Éditions O. Pathé, 1947, traduction de Sophie Devil, préface de Jean Texcier[3]
  • Sous le titre La République des animaux, Gallimard, coll. « Du monde entier », traduction non signée, 1964
  • Sous le titre La Ferme des animaux, Champ libre, traduction de Jean Queval, 1981[4]

Personnages[modifier | modifier le code]

Cochons[modifier | modifier le code]

Un verrat de race Berkshire.
  • Sage l'Ancien (dans la traduction Queval, Old Major en anglais) – Un verrat âgé (de race Middle White (en)) qui suscite la rébellion. Il est une combinaison de Karl Marx et de Lénine, en ce sens que c'est lui qui imagine les principes de la révolution et que sa dépouille sera offerte à la vénération du public[5].
  • Napoléon (César dans les premières traductions françaises, Napoleon en anglais) – Un gros verrat, à l'air féroce, de race Berkshire, allégorie de Joseph Staline[5], Napoléon est le « méchant » du livre. Le choix du nom Napoléon, référence probable à l'empereur qui confisqua la Révolution Française[6], montre que la portée de l'ouvrage ne se limite pas à la révolution russe, mais peut s'étendre à d'autres[7]. Il représente Joseph Staline.
  • Boule de neige (Snowball) – Rival de Napoléon et premier « chef » de la ferme après la « destitution » de M. Jones. Il représente Léon Trotsky[5].
  • Brille-Babil (Squealer) – Petit cochon blanc, second de Napoléon et ministre de la propagande, ce qui le rapproche de Viatcheslav Molotov[5].
  • Minimus – Un cochon poète qui écrit le nouvel hymne national, Comrade Napoleon (Camarade Napoléon), qui remplace Bêtes d'Angleterre, en référence au remplacement de L'Internationale par l’Hymne de l'Union soviétique en 1944[8].
  • Les porcelets – Soupçonnés d'être la progéniture de Napoléon, ils sont la première génération à qui l'on enseigne la théorie de l'inégalité entre les animaux.
  • Les jeunes cochons – Quatre cochons qui se plaignent de la mainmise de Napoléon sur la ferme. Ils seront exécutés. Référence aux exécutions pendant la période des Grandes Purges de Grigori Zinoviev, Lev Kamenev, Nikolaï Boukharine et Alexeï Rykov.

Humains[modifier | modifier le code]

  • M. Jones (Mr Jones) – Le propriétaire de la ferme, un buveur invétéré. Les animaux se révoltent après que, complètement ivre, il néglige de s'occuper d'eux et de leur donner à manger. C'est une allégorie du tsar Nicolas II[9] qui abdiqua à la suite de la Révolution de Février 1917.
  • M. Frederick (Mr Frederick) – Le robuste propriétaire de Pinchfield, une petite (mais bien entretenue) ferme voisine qui conclut une brève alliance avec Napoléon, en référence à Adolf Hitler[10],[11],[12],[13] qui conclut le Pacte germano-soviétique dans le but de se préparer à envahir l'Union soviétique.
  • M. Pilkington (Mr Pilkington) – L’accommodant mais astucieux propriétaire de Foxwood, une grande ferme du voisinage. Il est l'antithèse de Frederick, plus riche (il possède plus de terres), mais son domaine nécessite plus d'entretien que celui de Frederick, administré plus efficacement. En mauvais termes avec Frederick, il craint la contagion de la révolution des animaux.
  • M. Whymper (Mr Whymper) – Employé par Napoléon pour assurer la liaison entre la Ferme des animaux et les autres propriétés. D'abord chargé d'approvisionner la ferme en produits de première nécessité, il est amené à y introduire des produits de luxe et de l'alcool pour les cochons.

Équidés[modifier | modifier le code]

  • Malabar (Boxer) – Un cheval de trait, loyal, gentil, travailleur, respectable, mais naïf et crédule. Il prend en charge une bonne partie du labeur nécessaire à l'entretien de la ferme. Sa force physique engendre la crainte parmi les cochons qu'elle pourrait se retourner contre eux. Il évoque les stakhanovistes[14] car il croit que tous les problèmes peuvent être résolus en travaillant plus[15]. Cependant, quand il est blessé, Napoléon le vend à un équarrisseur, ce qui lui permet de se procurer du whisky.
  • Lubie (Mollie) – Une jeune jument, égoïste, frivole, qui quitte promptement la ferme après la révolution, allégorie de ceux qui quittèrent la Russie dès les premiers temps des évènements de 1917[16].
  • Douce (Clover)- Une jument gentille, bienveillante, préoccupée par le sort de Malabar[17].
  • Benjamin (Benjamin) – Un vieil âne, atrabilaire, cynique, sage et lucide. Il est l'un des quelques animaux qui sachent lire. Morris Dickstein (en) suggère : « There is perhaps a touch of Orwell himself in this creature's timeless skepticism »[18]. Ses amis appelaient Orwell « Donkey George », « after his grumbling donkey Benjamin, in Animal Farm  »[19]. Mais Robert A. Lee estime que : « Benjamin is essentially selfish, representing a view of human nature that is apolitical and thus can hardly be the voice of Orwell within the book, as some readers hold. »[20].

Autres animaux[modifier | modifier le code]

  • Edmée (Muriel) – Une vieille chèvre, amie de tous les animaux de la ferme. Elle sait lire[21].
  • Les chiots (The puppies) – Neuf chiots mis bas par les chiennes Jessie et Bluebell, récupérés par Napoléon et destinés à lui servir de garde rapprochée[22]. Ce sont eux qui chassent Boule de Neige de la ferme.
  • Moïse (Moses) – Un corbeau apprivoisé qui suit d'abord Mrs Jones en exil, puis réapparaît plusieurs années après, pour reprendre son rôle habituel : discourir et ne pas travailler. Il charme les habitants de la ferme avec des récits évoquant un endroit merveilleux au-delà des nuages, appelé Montagne de Sucrecandi, où les animaux pourront se reposer éternellement, bien loin de leur labeur terrestre. Orwell évoque la religion comme étant « the black raven of priestcraft, embodied in figures doing no useful work, promising pie in the sky when you die, and faithfully serving whoever happens to be in power. »[18]
  • Les moutons – Bien qu'ils n'aient qu'une compréhension très limitée des évènements, ils soutiennent aveuglément Napoléon[23].
  • Les poules – Alors qu'on leur avait promis, au début de la révolution, qu'elles pourraient désormais garder leurs œufs, cette promesse n'est pas tenue et les poules sont parmi les premières à se rebeller contre Napoléon[22].
  • Les vaches – Elles ont accepté de soutenir la révolution après qu'on leur eut promis qu'elle pourraient garder leur lait pour nourrir les veaux. Mais le lait sera volé par les cochons[24].

Une critique de l'URSS et au-delà[modifier | modifier le code]

George Orwell en 1940.

« Bien sûr, j’ai conçu ce livre en premier lieu comme une satire de la révolution russe. Mais, dans mon esprit, il y avait une application plus large dans la mesure où je voulais montrer que cette sorte de révolution (une révolution violente menée comme une conspiration par des gens qui n’ont pas conscience d’être affamés de pouvoir) ne peut conduire qu’à un changement de maîtres. La morale, selon moi, est que les révolutions n’engendrent une amélioration radicale que si les masses sont vigilantes et savent comment virer leurs chefs dès que ceux-ci ont fait leur boulot. Le tournant du récit, c’est le moment où les cochons gardent pour eux le lait et les pommes (Kronstadt). Si les autres animaux avaient eu alors la bonne idée d’y mettre le holà, tout se serait bien passé. Si les gens croient que je défends le statu quo, c’est, je pense, parce qu’ils sont devenus pessimistes et qu’ils admettent à l’avance que la seule alternative est entre la dictature et le capitalisme laisser-faire. Dans le cas des trotskistes s’ajoute une complication particulière : ils se sentent coupables de ce qui s’est passé en URSS depuis 1926 environ, et ils doivent faire l’hypothèse qu’une dégénérescence soudaine a eu lieu à partir de cette date. Je pense au contraire que le processus tout entier pouvait être prédit – et il a été prédit par un petit nombre de gens, Bertrand Russel par exemple – à partir de la nature même du parti bolchevique. J’ai simplement essayé de dire : “Vous ne pouvez pas avoir une révolution si vous ne la faites pas pour votre propre compte ; une dictature bienveillante, ça n’existe pas.” »

— George Orwell, « Lettre à Dwight Macdonald. 5 décembre 1946 »[25]

Préface[modifier | modifier le code]

À l'origine, George Orwell avait écrit une préface dénonçant l'autocensure pratiquée en Angleterre, qui supprimait toute critique de l'Union soviétique, son allié pendant la Seconde Guerre mondiale.

« Ce qu'il y a de plus inquiétant dans la censure en Angleterre, c'est qu'elle est pour une bonne part volontaire. […] Quiconque a vécu quelque temps dans un pays étranger a pu constater que certaines informations, qui auraient normalement dû faire les gros titres, étaient passées sous silence par la presse anglaise, non en vertu d'une intervention du gouvernement, mais parce qu'il y a eu un accord tacite pour considérer qu'il « ne fallait pas » publier de tels faits[26]. »

Bien que la première édition ait prévu cette préface, elle ne fut pas incluse[27]. En 1972, Ian Angus (en) en a retrouvé le manuscrit, intitulé « The Freedom of the Press » et Bernard Crick l'a publiée dans le The Times Literary Supplement du 15 septembre 1972, avec une introduction intitulée « How the essay came to be written »[27]. Bernard Crick l'a publiée dans l'édition italienne de La fattoria degli animali précédée d'une « Introduzione al'introduzione que Orwell soppresse alla Animal Farm », Arnoldo Mondadori Editore, collection « Oscar » 102, 1973[28].

Orwell écrivit une autre préface pour l'édition en ukrainien, préparée par Ihor Ševčenko (en) (Kolhosp Tvaryn, Prometej, 1947). Cette édition était destinée à des réfugiés ukrainiens vivant dans des camps pour personnes déplacées situés en Allemagne dans les zones d'occupation anglaise et américaine. Le manuscrit en est perdu, elle n'est disponible qu'en retraduction vers l'anglais du texte en ukrainien[29].

Résumé[modifier | modifier le code]

Chapitre 1[modifier | modifier le code]

Un jour, les animaux de la ferme du Manoir, profitant de la négligence du propriétaire, sont convoqués dans la grange par Sage l'Ancien, le plus vieux cochon de la ferme. Mais avant de leur faire part de son rêve de la veille, l’animal souhaite leur transmettre la sagesse qu'il a acquise avec les années. Selon lui, aucun animal d'Angleterre n'est heureux. Et tout cela par la faute des humains qui accaparent la totalité du fruit du travail animal : le lait est capté au seul bénéfice des hommes, les œufs idem. L'homme est le plus faible d'entre eux, mais il a réussi à profiter de leur force sans rien fournir en échange. Sage l'Ancien leur décrit alors leur sort : ils mènent une vie laborieuse, courte et tragique : Il ne s'agit pourtant pas d'une loi de la nature. ils peuvent mettre fin à cette injustice leur décrivant un monde débarrassé d'humains, leur laissant entrevoir les nombreux avantages dont les animaux pourraient profiter (travailler dignement et non plus en esclaves, avoir des loisirs, vivre plus longtemps, profiter d'une retraite, pouvoir se nourrir à sa faim, etc.), il exhorte tous les animaux à se soulever contre le fermier, M. Jones, l'unique source de tous leurs problèmes.

Se produit alors un incident dans l'assemblée : des rats sortent de leur trou pour écouter Sage l'Ancien. Les chiens et le chat se jettent sur eux et Sage l'Ancien fait alors voter l'assemblée pour décider si, oui ou non, les rats (et les autres animaux sauvages) sont des ennemis. Les rats sont acceptés comme « camarades » à une écrasante majorité. En fait, seuls les chiens et les chats ont voté contre.

Sage l'Ancien raconte enfin son rêve, tout en entonnant un chant révolutionnaire qui s'en inspire intitulé Bêtes d'Angleterre (un peu sur l'air de La Cucaracha[30]). Les animaux reprennent le chant dans l'enthousiasme. Le brouhaha provoque le réveil de M. Jones, qui croyant à la présence d'un renard en train de rôder se met à tirer à l'aveuglette. Le silence revient.

Chapitre 2 à 10[modifier | modifier le code]

Trois jours plus tard, Sage l'Ancien meurt paisiblement dans son sommeil. Aussitôt, une intense activité conspiratrice se développe parmi les animaux. Seul Moïse, le corbeau apprivoisé, reste fidèle aux Jones, mais il finira assassiné par les sbires de Napoléon, le régime ne tolérant plus ses idées.

Par chance, la révolution a lieu plus tôt et plus facilement qu'espéré. Un soir, après une journée bien remplie, le manque de nourriture provoque la colère des animaux. Dans un moment de fureur, ils attaquent M. Jones et ses ouvriers agricoles puis les chassent de la ferme. Arrachée aux mains de ses propriétaires, celle-ci est renommée la « Ferme des animaux. » Les nouveaux dirigeants sont vite désignés en regard de leur intelligence supérieure : les cochons Napoléon et Boule de neige, tous deux secondés par Brille-Babil, goret excellant dans l'art du discours. Tous trois élaborent un système politique qui régira désormais la vie de la ferme : l'« Animalisme » (néologisme). Peu après, ils réunissent les animaux dans la grange et inscrivent sur le mur les sept grands commandements de ce système :

  • Commandement no 1 : Tout deux pattes est un ennemi
  • Commandement no 2 : Tout quatre pattes ou volatile est un ami
  • Commandement no 3 : Nul animal ne portera de vêtements.
  • Commandement no 4 : Nul animal ne dormira dans un lit.
  • Commandement no 5 : Nul animal ne boira d'alcool.
  • Commandement no 6 : Nul animal ne tuera un autre animal.
  • Commandement no 7 : Tous les animaux sont égaux.

Les cochons ont en effet appris à écrire à l'aide d'un vieil abécédaire des enfants Jones - quelques lettres, quelques mots, ou couramment ; selon leurs capacités.

Les animaux entament peu après la fenaison. Boule de neige se montre très actif, répartissant les animaux en commissions. Napoléon, en revanche ne fait pas grand-chose, si ce n'est enlever des chiots à leur mère pour les éduquer.

Un jour, M. Jones, accompagné d'autres fermiers, tente de reprendre la ferme, mais les animaux, en particulier Boule de neige et le cheval Malabar, se battent avec courage et les repoussent. Tous deux sont décorés pour leur vaillance dans cet affrontement, que l'on nomme « Bataille de l'étable. »

Quelques semaines plus tard, Boule de neige a l'idée de créer un moulin à vent sur la colline pour générer de l'électricité et alléger le travail des animaux. Napoléon, catégoriquement opposé à ce projet - selon lui inutile -, tente de rallier les animaux à sa cause face à son adversaire Boule de Neige, en scandant le slogan : « Votez pour Napoléon et la mangeoire pleine ! » Mais le charisme de Boule de neige a raison du caractère rude de son adversaire. Jaloux, Napoléon lance alors aux trousses de Boule de neige les chiens qu'il a élevés en cachette, et qui sont devenus de solides molosses. Boule de neige parvient à s'enfuir de la ferme.

Napoléon annonce que Boule de neige n'était rien d'autre qu'un espion des fermes alentour tentant par tous les moyens de mener les animaux à leur perte, avant de déclarer qu'on construira bel et bien le moulin, qui était en fait une idée à lui. Il annule ensuite les réunions et débats et fait savoir que désormais, toute question sera débattue par un comité de cochons. Une dictature se met peu à peu en place, mais se heurte aux sept commandements de l'Animalisme. Les cochons introduisent alors de subtiles modifications idéologiques en parvenant à convaincre les autres animaux que leur mémoire leur joue des tours. Ainsi, le principe « Nul animal ne tuera un autre animal » devient « Nul animal ne tuera un autre animal sans raison valable » ; « Nul animal ne boira d'alcool » devient « Nul animal ne boira d'alcool à l'excès » ; « Nul animal ne dormira dans un lit » devient « Nul animal ne dormira dans un lit pourvu de draps. » Napoléon fait également savoir que chanter Bêtes d'Angleterre est désormais interdit.

Le moulin est détruit à deux reprises, une fois par le vent et une autre par les humains lors de la « Bataille du Moulin à vent. » À chaque reprise, Boule de neige est tenu responsable des malheurs des animaux en tant que « bouc-émissaire. » Brille-Babil affirme être en possession de documents secrets selon lesquels Boule de neige serait l'agent de Jones depuis le début, mais se heurte au scepticisme affirmé de Malabar. Pendant ce temps, la vie des autres animaux ne s'améliore pas, tandis que les cochons jouissent de nombreux privilèges : ils ont de plus grosses rations, peuvent se lever plus tard, ne participent pas aux corvées, etc.

Un jour, le courageux cheval Malabar, épuisé par la construction des deux moulins, tombe gravement malade. Brille-Babil vient s'enquérir de son sort, puis déclare aux animaux que, sur ordre spécial du camarade Napoléon, Malabar va être immédiatement conduit à l'hôpital, où il pourra être soigné. En réalité, Malabar est envoyé à l'équarrissage, ce qui procure aux cochons assez d'argent pour s'acheter une caisse de whisky.

Les cochons se mettent peu après à marcher sur leurs pattes de derrière, à porter les vêtements des Jones et à superviser les tâches, un fouet à la patte. Ils rendent également à l'établissement son nom d'origine : « Ferme du Manoir. » Un soir, les maîtres porcins de la ferme invitent les fermiers humains des alentours afin de se réconcilier avec eux en leur promettant à l'avenir des relations amicales et coopératives. Les humains félicitent les cochons pour leur réussite : les bêtes de la « Ferme du Manoir » produisent plus que les leurs, sans rechigner, en dépit de rations alimentaires réduites.

La jument Douce demande à l'âne Benjamin de lui lire les commandements inscrits sur le mur, il lui dit qu'il n'en reste plus qu'un seul : « Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres. »

Finalement, alors que l'auguste assemblée humaine et porcine se jurait coopération et amitié une minute auparavant, une querelle éclate entre Napoléon et ses cochons - de plus en plus adipeux - d'une part et les hommes - à commencer par M. Pilkington - d’autre part, à l'occasion d'une tricherie aux cartes. Observant cette dispute à travers la fenêtre, les autres animaux s'aperçoivent qu'ils sont eux-mêmes devenus incapables de distinguer les cochons des humains.

Résumé analytique[modifier | modifier le code]

La Ferme des animaux est un apologue inspiré de l'histoire de l'URSS. Un jour les animaux, animés par les idéaux d'un vieux cochon (Sage l'Ancien), décident de se révolter contre leur maître dans l’espoir de mener une vie autonome dans l’égalité, l’entraide et la paix pour tous. La ferme tombée entre leurs mains est gérée dans le respect des sept commandements qui prônent le pacifisme tout en définissant les spécificités des animaux, présentées comme une richesse. L’ennemi est clairement désigné : l'homme doit disparaître ; la cohésion se crée autour de cette menace. Mais les cochons sont très vite amenés à prendre le pouvoir, asservissant les autres animaux, utilisant leur intelligence supérieure pour manipuler leurs craintes et modifier le passé à leur avantage. Les idéaux sont très vite dénaturés, les principes généreux insensiblement dévoyés. Un dictateur émerge, chasse son principal rival (Boule de neige), et exécute les « traîtres » pour asseoir son pouvoir. Il instaure un culte de la personnalité, maintient ses congénères en état de soumission et les épuise par un travail harassant. Il continue à leur faire miroiter le même espoir, mais leur fixe un objectif inaccessible tout en leur promettant sans cesse une vie meilleure afin de les maintenir dans cette utopie. Les années passent et l'ouvrage s'achève sur un constat amer pour les autres animaux asservis, plus rien ne semblant distinguer les cochons de leurs anciens maîtres.

Postérité[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Traduction[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le sous-titre A Fairy Story, qui apparaît sur toutes les éditions initiales britanniques, fut abandonné dans les éditions américaines afin d'éviter toute confusion avec un livre pour enfants. (Peter Davison 1989, p. v).
  2. Lettre à Dwight Macdonald du 5 décembre 1946 (George Orwell, Écrits politiques (1928-1949), Agone, coll. « Banc d'essais », 2009, p. 346-347.
  3. Le titre initialement choisi était Union des républiques socialistes animales, dont l'acronyme URSA renvoyait à URSS (de plus ursa désigne l'ours en latin et l'ours est le symbole de l'Union soviétique) mais il fut changé pour « éviter de trop froisser les staliniens », Daniel J. Leab, Orwell Subverted: The CIA and the Filming of Animal Farm, Penn State Press, 2008, p. 145, n. 27.
  4. Bernard Gensane, George Orwell : vie et écriture, Presses universitaires de Nancy, 1994, p. 230.
  5. a, b, c et d John Rodden, « Introduction », in John Rodden (éd.), Understanding Animal Farm, Westport/London, 1999
  6. Critique de Loïc Blavier sur Tortillapolis.com http://tortillapolis.com/critique-roman-la-ferme-des-animaux-george-orwell-1945/
  7. George Orwell, « lettre à Dwight Macdonald, 5 décembre 1946 », dans Écrits politiques (1928-1949). Sur le socialisme, les intellectuels & la démocratie, traduction de Bernard Hœpffner, Agone, 2009, p. 346-347 (ISBN 9782748900842).
  8. Harold Bloom 2009, 145.
  9. (en) « The Fall of Mister Jones and the Russian Revolution of 1917 », Shmoop University (consulté le 13 mai 2013)
  10. (en) « SparkNotes " Literature Study Guides " Animal Farm " Chapter VIII », SparkNotes LLC (consulté le 13 mai 2013)
  11. (en) « The Scheming Frederick and how Hitler Broke the Non-Aggression Pact », Shmoop University (consulté le 13 mai 2013)
  12. Meyers, Readers Guide to Orwell, p. 141
  13. Harold Bloom 2009, 24-28.
  14. (en) T. Sutherland, « Speaking My Mind: Orwell Farmed for Education », The English Journal, vol. 95, no 1,‎ , p. 17–19 (JSTOR 30047391)
  15. (en) D. Roper, « Viewpoint 2: The Boxer Mentality », Change, vol. 9, no 11,‎ , p. 11–63 (DOI 10.1080/00091383.1977.10569271, JSTOR 40176954)
  16. Harold Bloom 2009, 129.
  17. Harold Bloom 2009, 70.
  18. a et b Cambridge Companion to Orwell, p. 141
  19. Peter Davison (en), The Lost Orwell: Being a Supplement to The Complete Works of George Orwell, p. 236
  20. Robert A. Lee, Orwell's fiction, University of Notre Dame Press, 1969, p. 124
  21. Harold Bloom 2009, 41.
  22. a et b Harold Bloom 2009, 12.
  23. Harold Bloom 2009, 30.
  24. Harold Bloom 2009, 53.
  25. Dans Écrits politiques (1928-1949). Sur le socialisme, les intellectuels & la démocratie, traduction de Bernard Hœpffner, Agone, 2009, p. 346-347 (ISBN 9782748900842).
  26. « The sinister fact about literary censorship in England is that it is largely voluntary. Unpopular ideas can be silenced, and inconvenient facts kept dark, without the need for any official ban. » Sur orwellsociety.com.
  27. a et b (en) O. Dag, « George Orwell: The Freedom of the Press » [archive du ], orwell.ru, (consulté le 31 juillet 2008).
  28. Voir sur fantascienza.com.
  29. Voir sur orwell.ru.
  30. Animal Farm, p. 7.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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