La Ferme des animaux

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La Ferme des animaux
image illustrative de l’article La Ferme des animaux
Couverture de la première édition britannique.

Auteur George Orwell
Pays Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Genre Roman allégorique
Dystopie
Version originale
Langue Anglais britannique
Titre Animal Farm. A Fairy Story
Éditeur Secker and Warburg
Lieu de parution Londres
Date de parution
ISBN 0452284244
Version française
Traducteur Jean Queval
Éditeur Champ libre
Lieu de parution Paris
Date de parution
Type de média Livre papier
Nombre de pages 113
ISBN 2851841203
Chronologie

La Ferme des animaux (titre original : Animal Farm. A Fairy Story[1]) est un court roman de George Orwell en dix chapitres, publié en 1945 décrivant une ferme dans laquelle les animaux se révoltent, prennent le pouvoir et chassent les hommes.

Il s'agit d'un apologue écrit sous la forme d'une fable animalière, mais également d'une dystopie. Dans ce roman, Orwell propose une satire de la Révolution russe et une critique du régime soviétique, en particulier du stalinisme, et au-delà, des régimes autoritaires et du totalitarisme[2].

Le livre sera classé comme le 4e meilleur livre dans la liste des cent meilleurs romans de langue anglaise écrits de 1923 à 2005 par le magazine Time[3].

Préfaces[modifier | modifier le code]

Préface originale[modifier | modifier le code]

À l'origine, George Orwell avait écrit une préface dénonçant l'autocensure pratiquée au Royaume-Uni, qui supprimait toute critique de l'Union Soviétique, son alliée pendant la Seconde Guerre mondiale.

« Ce qu'il y a de plus inquiétant dans la censure en Angleterre, c'est qu'elle est pour une bonne part volontaire. […] Quiconque a vécu quelque temps dans un pays étranger a pu constater que certaines informations, qui auraient normalement dû faire les gros titres, étaient passées sous silence par la presse anglaise, non en vertu d'une intervention du gouvernement, mais parce qu'il y a eu un accord tacite pour considérer qu'il « ne fallait pas » publier de tels faits[4]. »

Bien que la première édition ait prévu cette préface, elle ne fut pas incluse[5].

Préface de l'édition en italien[modifier | modifier le code]

En 1972, le bibliothécaire britannique Ian Angus (en), spécialiste des œuvres de George Orwell a retrouvé le manuscrit de cette préface, intitulée « The Freedom of the Press » et Bernard Crick l'a publiée dans le The Times Literary Supplement du 15 septembre 1972, avec une introduction intitulée « How the essay came to be written »[5]. Bernard Crick l'a publiée dans l'édition italienne de La fattoria degli animali précédée d'une « Introduzione al'introduzione que Orwell soppresse alla Animal Farm », Arnoldo Mondadori Editore, collection « Oscar » 102, 1973[6].

Préface de l'édition en ukrainien[modifier | modifier le code]

Orwell écrivit une autre préface pour l'édition en ukrainien, préparée par Ihor Ševčenko (en) (Kolhosp Tvaryn, Prometej, 1947). Cette édition était destinée à des réfugiés ukrainiens vivant dans des camps pour personnes déplacées situés en Allemagne dans les zones d'occupation anglaise et américaine. Le manuscrit en est perdu, elle n'est disponible qu'en retraduction vers l'anglais du texte en ukrainien[7].

Le texte[modifier | modifier le code]

Dessin préliminaire pour la conception du dessin animé éponyme.

Résumé synthétique[modifier | modifier le code]

« Dans la journée, la rumeur s’était répandue que Sage l’Ancien avait été visité, au cours de la nuit précédente, par un rêve étrange dont il désirait entretenir les autres animaux... »

Comme l'indique cet extrait situé en tout début du premier chapitre[8], ce roman commence par un rêve dont le contenu évoque la prise en charge de leur destin par les animaux, eux-mêmes ː un jour les animaux, animés par les idéaux d'un vieux cochon dénommé Sage l'Ancien, décident de se révolter contre leur maître, M. Jones, dans l’espoir de mener une vie autonome dans l’égalité, l’entraide et la paix pour tous.

La ferme, qui est passée sous le contrôle des animaux, est gérée dans le respect des sept commandements qui prônent le pacifisme tout en définissant les spécificités des animaux, présentées comme une richesse. L’ennemi est clairement désigné : l'homme doit disparaître et une cohésion doit se créer entre les bêtes et se renforcer autour de cette menace.

Très rapidement, les cochons forment une élite et sont amenés à prendre le pouvoir, asservissant les autres animaux. Ils utilisent leur intelligence supérieure pour manipuler leurs craintes et modifier le passé à leur avantage. Les idéaux sont très vite dénaturés, les principes généreux insensiblement dévoyés. Un dictateur émerge, chasse son principal rival, puis exécute les « traîtres » pour asseoir son pouvoir de plus en plus hégémonique. Il instaure un culte de la personnalité, maintient ses congénères en état de soumission et les épuise par un travail harassant.

Ce maître, devenu tout puissant, avec l'aide des chiens et des autres cochons, continue à leur faire miroiter le même espoir, mais leur fixe un objectif inaccessible tout en leur promettant sans cesse une vie meilleure afin de les maintenir dans cette utopie. Les années passent et l'ouvrage s'achève sur un constat amer pour les autres animaux asservis ː plus rien ne semble distinguer les cochons de leurs anciens maîtres.

Résumé complet[modifier | modifier le code]

Chapitre I[modifier | modifier le code]

Troupeau de moutons dans une ferme anglaise.
Photographie de Chris Upson en 2006

Un jour, les animaux de la ferme du Manoir, profitant de la négligence du propriétaire, sont convoqués dans la grange par Sage l'Ancien, le plus vieux cochon de la ferme. Parmi eux, Malabar, Douce et Lubie, des chevaux de traits, Benjamin, un âne cynique peut disposé à être ouvert, Edmée, une chèvre blanche, Filou, Fleur et Constance, trois chiens, une chatte, des cochons, des moutons, des vaches, des poules et des pigeons. Avant de leur faire part de son rêve de la veille, l’animal souhaite leur transmettre la sagesse qu'il a acquise avec les années. Selon lui, aucun animal d'Angleterre n'est heureux. Et tout cela, par la faute des humains qui accaparent la totalité du fruit du travail animal : le lait est capté au seul bénéfice des hommes et les œufs de la même façon. L'homme est pourtant l'espèce la plus faible de la nature terrestre, mais il a réussi à profiter de leur force sans rien fournir en échange. Sage l'Ancien leur décrit alors leur sort : les animaux mènent une vie laborieuse, courte et tragique : Il ne s'agit pourtant pas d'une loi de la nature. ils peuvent mettre fin à cette injustice, leur décrivant un monde débarrassé d'humains et leur laissant entrevoir les nombreux avantages dont les animaux pourraient profiter tels que travailler dignement et non plus en esclaves, avoir des loisirs, vivre plus longtemps, profiter d'une retraite, pouvoir se nourrir à sa faim et plein d'autres avantages. Le vieux sage exhorte, dés lors, tous les animaux à se soulever contre le fermier, M. Jones, l'unique source de tous leurs problèmes.

Il se produit alors un incident dans l'assemblée : des rats sortent de leur trou pour écouter Sage l'Ancien. Les chiens et le chat se jettent sur eux et Sage l'Ancien fait alors voter l'assemblée pour décider si, oui ou non, les rats, et les autres animaux sauvages, sont des ennemis. Les rats sont acceptés comme « camarades » à une écrasante majorité. En fait, seuls les chiens et la chatte ont voté contre.

Sage l'Ancien raconte enfin son rêve, tout en entonnant un chant révolutionnaire qui s'en inspire. Celui-ci est intitulé Bêtes d'Angleterre (établi sur l'air de La Cucaracha[9]). Les animaux reprennent le chant dans l'enthousiasme. Le brouhaha provoque le réveil du propriétaire de la ferme, M. Jones, qui croyant à la présence d'un renard en train de rôder se met à tirer à l'aveuglette. Le silence revient.

Chapitre II[modifier | modifier le code]

Version du drapeau de l'Animalisme, comme l'a indiqué George Orwell.
Selon le livre, le vert représente les champs de l'Angleterre, tandis que le sabot et la corne représentent la République des Animaux

Trois jours plus tard, Sage l'Ancien meurt paisiblement dans son sommeil. Aussitôt, une intense activité conspiratrice se développe parmi les animaux. Seul Moïse, le corbeau apprivoisé, reste fidèle à M. et Mme Jones.

Par chance, la révolution a lieu plus tôt et plus facilement qu'espéré. Un soir, après une journée bien remplie, le manque de nourriture provoque la colère des animaux. Dans un moment de fureur, ils attaquent Jones, et ses ouvriers agricoles et parviennent à tous les chasser tous les humains de la ferme. Le corbeau Moïse suit Mme Jones dans sa fuite .

Arrachée aux mains de ses propriétaires, le domaine est renommé la « Ferme des animaux.» Les nouveaux dirigeants sont vite désignés en regard de leur intelligence supérieure : les cochons Napoléon (César dans la première édition française) et Boule de neige, tous deux secondés par Brille-Babil, un goret excellent dans l'art du discours et que les animaux écoutent. Tous trois élaborent et proposent un système politique qui régira désormais la vie de la ferme, l'« animalisme », néologisme à usage historique. Peu après, ils réunissent les animaux dans la grange et inscrivent sur le mur, les sept grands commandements de ce nouveau système :

  • Commandement no 1 : « Tout deux pattes est un ennemi »;
  • Commandement no 2 : « Tout quatre pattes ou volatile est un ami »;
  • Commandement no 3 : « Nul animal ne portera de vêtements »;
  • Commandement no 4 : « Nul animal ne dormira dans un lit »;
  • Commandement no 5 : « Nul animal ne boira d'alcool »;
  • Commandement no 6 : « Nul animal ne tuera un autre animal »;
  • Commandement no 7 : « Tous les animaux sont égaux ».

Le drapeau de l'animalisme représentant un sabot et une corne, symbole de la lutte des animaux est fièrement hissé sur un mat au milieu de l'ancien domaine des Jones. Cependant, les vaches donnent a ce moment du lait et personne ne sait quoi en faire et le lait disparait lorsqu'ils reviennent du travail aux dépendances, car étant de leur honneur de faire mieux que leur anciens propriétaires.

Chapitre III[modifier | modifier le code]

Les animaux effectuent la fenaison sous la direction des cochons, leur récolte est plus productive que celle des humains. Les animaux sont heureux, mangent à leur faim et parviennent à résoudre les problèmes qui se posent à eux, même si quelques animaux semblent être moins disposés à s'investir que d'autres, tels que Lubie, la jument blanche, qui était plutôt contente de sa vie d'avant, et la chatte, sans oublier les cochons Boule de Neige et Napoléon qui perdent leurs temps en longues discussions et sont souvent en situation de désaccord. Benjamin, lui, reste le même, et bien qu'on lui demande si cela la vie n'est pas mieux depuis l'expulsion de Jones, Benjamin prétexte que leur vie restera toujours la même. De plus, il reste neutre quand au conflit entre Boule de Neige et Napoléon.

Des commissions créées par Boule de Neige permettent d'éduquer les animaux, bien que cela ce révèle difficile. Les cochons ont en effet appris à écrire à l'aide d'un vieil abécédaire des enfants de Jones mais pour les autres animaux, quelques lettres, quelques mots, ou couramment, selon leurs capacités. Cependant, les sept commandements sont résumés par une maxime dans un souci de simplification : « Quatre pattes, oui ! Deux pattes, non! ». Les oiseaux sont cependant en colère contre cela, car ils sont eux même des bipède, mais Boule de Neige leur explique que, dans leur cas, les ailes sont considéré comme des pattes.

Napoléon décide de s'occuper de la formation des jeunes, mais en fait, il ne prend en charge que les neufs chiots de la dernière portée du couple des chiens de la ferme des Jones. Certaines portions de nourriture, notamment des pommes, sont détournées au profit des cochons qui commencent à bénéficier d'un traitement différent de celui des autres animaux, jouant sur leur régime alimentaire (au contraire des autres animaux, les suidés ont un régime omnivore). On découvre que le lait disparus fut bue par les porcs, Brille-Babil explique que cela est nécessaire pour garder leur aptitudes intellectuelles, et ne pas faillir à leur devoirs, sous peine, selon lui, du retour de Jones.

Chapitre IV[modifier | modifier le code]

L'hymne révolutionnaire de la ferme des animaux finit par se répandre dans les fermes des environs par le biais des oiseaux. Les humains s'inquiètent de cette épidémie contestataire. Pour éviter que cela se reproduise chez eux, ils mentent à leur animaux en disant que ceux de la ferme se gèrent mal et ont même recours au cannibalisme selon eux. Cependant, les animaux de la ferme ne tardent pas a montrer qu'ils se portent bien.

Le fermier Jones, accompagné de ses voisins, les fermiers Pilkington et Frederick, armés, décident donc de récupérer, coûte que coûte, la ferme dirigée par les animaux. Mais ces derniers commandés par Boule de neige avec l'aide du cheval Malabar se sont préparés à cette attaque et réussissent à chasser les agresseurs. Cependant, un mouton est tué et le cochon Boule de Neige est blessé. Un homme qui assistait le fermier Jones est également blessé, mais il parvient à s'échapper de la ferme. Boule de Neige et Malabar sont décorés pour leur bravoure et le mouton reçoit des funérailles solennelles.

Les animaux, victorieux, décident d’appeler cette bataille mémorable sous le nom de la "Bataille de l'étable".

Chapitre V[modifier | modifier le code]

Moulin à vent et cheval, tableau du peintre anglais William Turner

Lubie, la jument, disparaît un jour d'hiver. Peu avant, elle avait été aperçue en compagnie d'un humain et, un peu plus tard, son amie la jument Douce avait trouvé du sucre et des rubans cachés sous la paille de son box, Lubie a donc préféré abandonner la ferme et renouer avec la communauté humaine. Les animaux restés dans la ferme souffrent, car cet hiver de liberté est long et rigoureux.

Boule de neige a l'idée de créer un moulin à vent sur la colline pour générer de l'électricité et alléger le travail des animaux. Napoléon, catégoriquement opposé à ce projet, car jugé, selon lui inutile, tente de rallier les animaux à sa cause face à son adversaire Boule de Neige, en scandant le slogan : « Votez pour Napoléon et la mangeoire sera pleine ! » Mais le charisme de Boule de neige a raison du caractère rude de son adversaire. Jaloux, Napoléon décide alors de lancer aux trousses de Boule de neige les chiens qu'il a élevés en cachette, et qui sont devenus de féroces molosses. Boule de neige parvient à s'enfuir de la ferme et à semer la meute. Tous les animaux comprennent qu'il s'agit des neufs chiots de Napoléon devenus grands et qu'il a dressés. Se retrouvant seul, celui-ci annonce que, dorénavant, les débats publics sont abolis et qu'il devient le chef. Les autres animaux acceptent, poussés par un argument de poids : tout vaut mieux que le retour du fermier Jones.

Leurs réunions du dimanche sont désormais ritualisées : les animaux doivent saluer le drapeau puis défiler devant le crâne de Sage l'Ancien, exposé à tous. Ils ne s'assoient plus et Napoléon se place sur une estrade, face à eux. Le porc auto-promu chef annonce que Boule de neige n'était qu'un espion à la solde des fermiers des alentours et tentant par tous les moyens de mener les animaux à leur perte, avant de déclarer qu'on construira bel et bien le moulin, qui était en fait une idée à lui. Il annule ensuite toutes les autres réunions et autres débats faisant comprendre que, désormais, toute question sera débattue par un comité de cochons.

Chapitre VI[modifier | modifier le code]

Une très forte tempête s'abat sur la ferme. Les animaux découvrent que leur moulin, construit sous la « direction éclairée » de Napoléon, a complètement été détruit par les intempéries.

Bien qu'absent, Boule de neige est cependant tenu responsable des malheurs des animaux en tant que « bouc-émissaire ». Le porc Brille-Babil affirme, sans le prouver, être en possession de documents secrets, selon lesquels Boule de neige serait l'agent du fermier Jones depuis le début, voire bien avant la révolte, mais il se heurte au scepticisme affirmé de Malabar, qui se range cependant sous l'aile de Napoléon, le soutenant. Les autres animaux acceptent les explications sans demander rien d'autre.

Pendant ce temps, la vie des autres animaux ne s'améliore pas, tandis que les cochons et les chiens jouissent de nombreux privilèges : ils reçoivent de plus grosses rations de nourriture, ils peuvent se lever plus tard et ne participent pas aux corvées et aux tâches les plus dures, les missions de ces deux espèces se limitant à la supervision de la ferme pour les porcs et à la surveillance des autres animaux pour les chiens.

Chapitre VII[modifier | modifier le code]

L'hiver suivant est très éprouvant et les animaux peinent à reconstruire le moulin. Le rationnement qui leur est imposé alourdit leurs difficultés, mais ils s'efforcent de montrer bonne figure devant les humains qui, de loin, les observent.

Napoléon décide tout de même de livrer des œufs aux humains en échange de provisions. Si dans un premier temps, les poules qui croyaient être propriétaires de leurs œufs s'y opposent, elles sont obligées d'obéir. De toute façon, pour Napoléon, le fuyard Boule de Neige devient le responsable de tous les maux de la ferme. Celui-ci, pourtant à l'origine de la révolte, est même accusé d'avoir été un espion du fermier Jones. Au début, les animaux ont du mal à y croire mais ils se laissent persuader par le président, d'autant que, là encore, Brille-Babil argumente dans ce sens. Enfin, Napoléon déclare que des traîtres se cachent parmi eux. Il les dénonce puis il prépare une simulacre de procès et les fait proprement exécuter sans autre forme de jugement afin d'éliminer toute contestation. Après cet épisode, les animaux sont déçus et soumis. Pourtant la jument Douce, nostalgique, tente de chanter leur hymne révolutionnaire "Bêtes d'Angleterre" mais Napoléon leur fait comprendre que ce chant n'est plus d'actualité, la révolution étant terminée et il est immédiatement interdit.

Chapitre VIII[modifier | modifier le code]

Napoléon, qui joue de plus sur son image de stratège et d'animal vénérable et vénéré, du moins par ses amis porcs et sa garde canine, entre en relation commerciale avec les fermes voisines, pourtant tenues par des humains, en établissant des contacts basés sur les échanges commerciaux.

Le moulin est enfin terminé. Napoléon réunit tous les animaux pour annoncer qu'il a vendu du bois au fermier Frederick, mais se rend vite compte que ce dernier l'a floué avec un faux chèque. Napoléon prononce alors des menaces de mort à son encontre. Dés le lendemain, la ferme est attaquée par les hommes de Frederick, désireux de s'emparer à son compte du domaine, et leur moulin est de nouveau détruit. La bataille est rude, de nombreux animaux sont tués ou blessés mais les cochons, Napoléon en tête, fêtent la victoire et décident de boire de l'alcool, boisson pourtant interdite par les sept commandements. Ceux-ci sont dés lors modifiés en ce sens ː la consommation d'alcool n'est plus interdite, elle doit juste être effectuée sans excès.

Chapitre IX[modifier | modifier le code]

Cheval mort sur le tombereau d'un équarrisseur. Tableau du XIXe siècle de l'illustrateur anglais Thomas Rowlandson

Le cheval Malabar a été blessé lors de la dernière bataille contre les humains, mais il souhaite participer à la reconstruction du moulin. L'hiver est de nouveau très rigoureux et seuls les cochons et les chiens mangent correctement. L'écart se creuse donc de plus en plus entre ceux-ci et les autres animaux. Autoproclamé président, Napoléon supervise le travail des animaux et la reconstruction du moulin. Malabar n'en peut plus et, éreinté par ses efforts fournis, il tombe malade d'épuisement. Napoléon prend les dispositions pour le faire soigner à l'hôpital voisin. Malabar est emmené par un fourgon, mais l'âne Benjamin s'aperçoit qu'on emporte le cheval Malabar chez l’équarrisseur.

Cependant, trois jours plus tard, Brille-Babil, porte parole de Napoléon annonce aux animaux que Malabar serait bien mort à l'hôpital et décrit ses derniers instants avec beaucoup de détails tout en dénonçant la rumeur de l'abattoir qui ne serait qu'une fausse nouvelle. Les autres animaux croient cette parole officielle. Le soir, les cochons organisent un banquet avec une pleine caisse de whisky, argent qu'ils ont gagné grâce à la vente du cheval Malabar à l'équarrisseur.

Chapitre X[modifier | modifier le code]

Les années passent les unes après les autres. Si la ferme est devenue riche et prospère grâce aux échanges entre les animaux et les humains, seuls les dirigeants devenus des porcs bien gras en profitent réellement, les autres survivent et continuent une vie de labeur, sans hommes, certes, mais toujours aussi dure et éprouvante. Beaucoup d'animaux sont des bêtes achetées et plus personne ne se souvient des événements succédant la révolte. En outre, le corbeau Moïse revient après des années d'absence.

Napoléon et ses amis évoluent. Un beau jour, ils finissent par se déplacer juchés sur leurs deux pattes arrière à l'instar des humains. Les moutons de la ferme, manipulés par Brille-Babil, reprennent un des commandements, transformés au seul profit des porcs, Napoléon et ses cochons révisent secrètement quelques commandements pour se débarrasser des accusations de violation de la loi,sans se soucier de la réaction des animaux, qui ayant une piètre mémoire, finissent par être convaincus par les cochons que cela à toujours été ainsi. Les commandements modifiés sont les suivants, les changements étant indiqués en caractères gras:

4. Aucun animal ne doit dormir dans un lit... avec des draps;
5. Aucun animal ne doit boire d'alcool... en excès;
6. Aucun animal ne doit tuer un autre animal... sans motif.

Puis les porcs finissent par rendre au domaine agricole son nom d'origine de « Ferme du Manoir ». Un soir, les maîtres porcins de la ferme invitent les fermiers humains des alentours afin de se réconcilier avec eux en leur promettant à l'avenir des relations amicales et coopératives. Les humains félicitent les cochons pour leur réussite : les bêtes de la « Ferme du Manoir » produisent plus que les leurs, sans rechigner, en dépit de rations alimentaires réduites. Douce demande alors à Benjamin, plus taciturne que jamais et ayant comme opinion que les déboires et autres sont les lois inviolables et inaltérables de la vie, de lui lire les commandements inscrits sur le mur, mais il lui répond qu'il n'en reste plus qu'un seul :

« Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres. »

Finalement, alors que l'auguste assemblée humaine et porcine réunie dans l'ancienne maison des Jones se jurait coopération et amitié une minute auparavant, une querelle éclate entre les cochons de Napoléon, devenus de plus en plus gras et adipeux et les hommes, au motif d'une tricherie aux cartes. Observant cette dispute à travers la fenêtre de la maison, les autres animaux de la ferme s'aperçoivent qu'ils sont eux-mêmes devenus incapables de distinguer les cochons des humains. Les cochons étant symboliquement des hommes et vice-versa.

« Dehors, les yeux des animaux allaient du cochon à l’homme et de l’homme au cochon, et de nouveau du cochon à l’homme ; mais déjà il était impossible de distinguer l’un de l’autre. »

Personnages[modifier | modifier le code]

Les cochons[modifier | modifier le code]

Un verrat de race Berkshire.
  • Sage l'Ancien (dans la traduction Queval, Old Major en anglais) – Un verrat âgé (de race Middle White (en)) qui suscite la rébellion. Il est une combinaison de Karl Marx et de Lénine, en ce sens que c'est lui qui imagine les principes de la révolution et que sa dépouille sera offerte à la vénération du public[10]
  • Napoléon (César dans les premières traductions françaises, Napoleon en anglais) – Un gros verrat, à l'air féroce, de race Berkshire, allégorie de Joseph Staline[10], Napoléon est le « méchant » du livre, il ne considère pas les autres animaux comme ses égaux. Le choix du nom Napoléon, référence probable à l'empereur qui confisqua la Révolution Française[11], montre que la portée de l'ouvrage ne se limite pas à la révolution russe, mais peut s'étendre à d'autres[12]. Il représente Joseph Staline.
  • Boule de neige (Snowball) – Rival de Napoléon et premier « chef » de la ferme après la « destitution » de M. Jones, il est le seul cochon qui considère les autres animaux véritablement comme ses égaux vu qu'il ne cesse d'inventer des projets pour l'amélioration de la ferme. Il sera contraint de s'enfuir pour éviter d’être tué par les chiens lancés à ses trousses par Napoléon. Il sert ensuite de bouc émissaire, Napoléon accusant son adversaire exilé d'être à l'origine de diverses complications rencontrées par la ferme, notamment la chute du moulin due à une tempête. Boule de neige représente Léon Trotsky[10].
  • Brille-Babil (Squealer) – Petit cochon blanc, second de Napoléon et ministre de la propagande, il est très convaincant et malin, ce qui le rapproche de Viatcheslav Molotov[10] et plus généralement des propagandistes du régime communiste.
  • Minimus – Un cochon poète qui écrit le nouvel hymne national, Comrade Napoleon (Camarade Napoléon), qui remplace Bêtes d'Angleterre, en référence au remplacement de L'Internationale par l’Hymne de l'Union soviétique en 1944[13].
  • Les porcelets – Soupçonnés d'être la progéniture de Napoléon, car étant tous pie, ils sont la première génération à qui l'on enseigne la théorie de l'inégalité entre les animaux.
  • Les jeunes cochons – Quatre cochons qui se plaignent de la mainmise de Napoléon sur la ferme. Ils seront exécutés. Référence aux exécutions pendant la période des Grandes Purges de Grigori Zinoviev, Lev Kamenev, Nikolaï Boukharine et Alexeï Rykov.

Les équidés[modifier | modifier le code]

Dessin d'un âne évoquant Benjamin
  • Malabar (Boxer) – Un cheval de trait, loyal, gentil, travailleur, respectable, mais naïf et crédule. Il prend en charge une bonne partie du labeur nécessaire à l'entretien de la ferme. Sa force physique engendre la crainte parmi les cochons qu'elle pourrait se retourner contre eux. Il évoque les stakhanovistes[14] car il croit que tous les problèmes peuvent être résolus en travaillant plus[15]. Cependant, quand il est blessé, Napoléon le vend à un équarrisseur, ce qui lui permet de se procurer du whisky, alors que Malabar l'a toujours soutenu.
  • Lubie (Mollie) – Une jeune jument, égoïste, frivole, qui quitte promptement la ferme après la révolution, allégorie de ceux qui quittèrent la Russie dès les premiers temps des évènements de 1917[16].
  • Douce (Clover) – Une jument gentille, bienveillante, préoccupée par le sort de Malabar[17].
  • Benjamin (Benjamin) – Un vieil âne, atrabilaire, cynique, sage et lucide. Il est l'un des quelques animaux qui sachent lire, sans exercer ce don et l'animal le plus vieux de la ferme. Il est le meilleur amis de Malabar. Il finit par comprendre se qui se passe réellement à la ferme mais n'en fait pas part aux autres animaux, peut être pour leur donner des faux espoirs car étant probablement mieux ainsi. C'est le seul animal a avoir un certain sens de la réalité et à être réaliste. Morris Dickstein (en) suggère : « There is perhaps a touch of Orwell himself in this creature's timeless skepticism (il y a probablement une touche d'Orwell lui-même dans le scepticisme intemporel de cette créature) »[18]. En effet, ses amis appelaient Orwell « Donkey George », « after his grumbling donkey Benjamin, in Animal Farm  »[19]. Mais Robert A. Lee estime que : « Benjamin is essentially selfish, representing a view of human nature that is apolitical and thus can hardly be the voice of Orwell within the book, as some readers hold. (Benjamin est essentiellement égoïste, représentant une vision de la nature humaine qui est apolitique et qui peut donc difficilement être la voix d'Orwell dans le livre, comme certains lecteurs le prétendent.) »[20]. Cependant, il représente bien Orwell lui-même.
  • Trois autres chevaux sont brièvement mentionnés. Ils sont achetés par la ferme à la fin du roman et bien qu'ils soient bon compagnons, ils sont bornés et ne savent pas lire.

Les humains[modifier | modifier le code]

  • M. Jones (Mr Jones) – Le propriétaire de la ferme, un buveur invétéré. Les animaux se révoltent après que, complètement ivre, il néglige de s'occuper d'eux et de leur donner à manger. C'est une allégorie du tsar Nicolas II[21] qui abdiqua à la suite de la Révolution de Février 1917. Il mourra ivre dans une pension au cours du roman.
  • Mme Jones (Mrs Jones) - Épouse de M. Jones.
  • M. Frederick (Mr Frederick) – Le robuste propriétaire de Pinchfield, une petite (mais bien entretenue) ferme voisine qui conclut une brève alliance avec Napoléon avant de le trahir, en référence à Adolf Hitler[22],[23],[24],[25], dont il en est l'allégorie, et à l'Allemagne Nazie qui conclut le Pacte germano-soviétique dans le but de se préparer à envahir l'Union soviétique.
  • M. Pilkington (Mr Pilkington) – L’accommodant mais astucieux propriétaire de Foxwood, une grande ferme du voisinage. Il est l'antithèse de Frederick, plus riche (il possède plus de terres), mais son domaine nécessite plus d'entretien que celui de Frederick, administré plus efficacement. En mauvais termes avec Frederick, il craint cependant comme lui la contagion de la révolution des animaux.
  • M. Whymper (Mr Whymper) – Employé par Napoléon pour assurer la liaison entre la Ferme des animaux et les autres propriétés. D'abord chargé d'approvisionner la ferme en produits de première nécessité, il est amené à y introduire des produits de luxe et de l'alcool pour les cochons.

Le corbeau[modifier | modifier le code]

Dans le roman, le corbeau Moïse évoque l'homme de religion
  • Moïse (Moses) – Un corbeau apprivoisé qui suit d'abord Mrs Jones en exil, puis réapparaît plusieurs années après, pour reprendre son rôle habituel : discourir et ne pas travailler. Il charme les habitants de la ferme avec des récits évoquant un endroit merveilleux au-delà des nuages, appelé Montagne de Sucrecandi, où les animaux pourront se reposer éternellement, bien loin de leur labeur terrestre. Orwell évoque la religion comme étant « the black raven of priestcraft, embodied in figures doing no useful work, promising pie in the sky when you die, and faithfully serving whoever happens to be in power. (le corbeau noir du clergé, incarné par des personnages ne faisant aucun travail utile, promettant la récompense dans le ciel, après votre mort, et servant fidèlement, celui qui représente le pouvoir) »[18].

Les chiens[modifier | modifier le code]

  • Les chiots (The puppies) – Neuf chiots mis bas par les chiennes de la ferme, Fleur et Constance (Jessie et Bluebell), récupérés par Napoléon et destinés à lui servir de garde rapprochée[26]. Ce sont eux qui chassent Boule de Neige de la ferme. Ils représentent aussi le NKVD, la police soviétique, qui était chargé par Staline d'éliminer les "rivaux" de celui-ci.

Les autres animaux[modifier | modifier le code]

  • Edmée (Muriel) – Une vieille chèvre, amie de tous les animaux de la ferme. Elle sait lire[27]. Elle meurt de vieillesse au cours du roman.
  • Les moutons – Bien qu'ils n'aient qu'une compréhension très limitée des évènements, ils soutiennent aveuglément Napoléon[28]. Ils représentent le public ou de ce qu'on peut dénommer la majorité silencieuse, terme déjà connu à l'époque de la publication du roman.
  • Les poules – Alors qu'on leur avait promis, au début de la révolution, qu'elles pourraient désormais garder leurs œufs, cette promesse n'est pas tenue et les poules sont parmi les premières à se rebeller contre Napoléon[26]. Leur révolte échouera toutefois.
  • Le coq noir – L'un des coqs de la ferme engagé par Napoléon pour prévenir de sa venue.
  • Les vaches – Elles ont accepté de soutenir la révolution après qu'on leur eut promis qu'elle pourraient garder leur lait pour nourrir les veaux. Mais le lait sera volé par les cochons[29]. Contrairement aux poules, elles ne protestent pas.
  • Filou, Fleur et Constance (Pincher, Bluebell, Jessie) – Les trois chiens de bases et parents des molosses, ils meurent de vieillesse au cours du roman. On ignore s'ils rejoignent leur chiots dans la surveillance.
  • La chatte – Une chatte qui passe son temps à ne rien faire mais qui participe à la bataille de l'étable.
  • Les oies et canards – Les autres oiseaux de la ferme, ils ont cependant un rôle mineure dans l'histoire.
  • Les rats – Des rongeurs qui vivent dans la ferme en parallèle des autres animaux, ils ont un rôle mineure.
  • Les pigeons – Les oiseaux qui font offices de messagers pour la ferme, probablement des pigeons domestiqués, ils ont un rôle mineure.

L'auteur[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Eric Arthur Blair, alias George Orwell, est un écrivain et journaliste britannique, est un homme engagé, gagné à la cause du prolétariat et deviendra un combattant engagé au côté des républicains. Mal reçu par les communistes[30], il rejoindra les milices du POUM[31].

Durant la période où il rédigera la Ferme des animaux, publié en 1945, George Orwell envoie entre 1941 et 1946 seize articles (« Les Lettres de Londres ») à la revue américaine d'inspiration trotskiste Partisan Review[32]. L'homme est donc extrêmement méfiant vis-à vis des thèses staliniennes et du Mouvement communiste international qui est inféodée à l'URSS, à cette époque.

Buts de l'auteur[modifier | modifier le code]

George Orwell en 1940.

« Bien sûr, j’ai conçu ce livre en premier lieu comme une satire de la révolution russe. Mais, dans mon esprit, il y avait une application plus large dans la mesure où je voulais montrer que cette sorte de révolution (une révolution violente menée comme une conspiration par des gens qui n’ont pas conscience d’être affamés de pouvoir) ne peut conduire qu’à un changement de maîtres. La morale, selon moi, est que les révolutions n’engendrent une amélioration radicale que si les masses sont vigilantes et savent comment virer leurs chefs dès que ceux-ci ont fait leur boulot. Le tournant du récit, c’est le moment où les cochons gardent pour eux le lait et les pommes (Kronstadt). Si les autres animaux avaient eu alors la bonne idée d’y mettre le holà, tout se serait bien passé. Si les gens croient que je défends le statu quo, c’est, je pense, parce qu’ils sont devenus pessimistes et qu’ils admettent à l’avance que la seule alternative est entre la dictature et le capitalisme laisser-faire. Dans le cas des trotskistes s’ajoute une complication particulière : ils se sentent coupables de ce qui s’est passé en URSS depuis 1926 environ, et ils doivent faire l’hypothèse qu’une dégénérescence soudaine a eu lieu à partir de cette date. Je pense au contraire que le processus tout entier pouvait être prédit – et il a été prédit par un petit nombre de gens, Bertrand Russel par exemple – à partir de la nature même du parti bolchevique. J’ai simplement essayé de dire : “Vous ne pouvez pas avoir une révolution si vous ne la faites pas pour votre propre compte ; une dictature bienveillante, ça n’existe pas.” »

— George Orwell, « Lettre à Dwight Macdonald. 5 décembre 1946 »[33]

Analyse[modifier | modifier le code]

Le roman est une référence directe à la Révolution russe (photo de mars 1917)

Le texte du roman établit du début jusqu'à la fin, de par la volonté même de son auteur, un parallèle entre la révolution des animaux et la révolution russe et l'évolution de l'Union Soviétique avec la montée en puissance de Staline, devenu chef suprême de la nation après sa victoire contre l'Allemagne nazie[34].

Le roman décrit des faits qui peuvent très facilement se comparer à l’histoire de l'Union Soviétique depuis 1917, jusqu'à la date de parution du livre ː

  • La révolte animale qui parvient à chasser le fermier Jones et sa famille et donne le pouvoir aux bêtes rappelle la révolution russe de 1917 qui chassa le tsar Nicolas II et sa famille.
  • L'hymne « Bêtes d’Angleterre » correspond à l’Internationale, hymne des révolutionnaires d'octobre 1917.
  • Le drapeau de la ferme représentant un sabot et une corne qui rappelle la faucille et le marteau choisi par les révolutionnaires puis par l’Union soviétique.
  • L'emploi du terme de camarade y est utilisé à l'instar les membres du parti communiste soviétique.
  • La lutte pour la direction de la ferme entre Napoléon et Boule de Neige rappelle celle entre Trotski et Staline après la mort de Lénine.
  • L’exil de Boule-de-neige est une allusion à l’éviction de Léon Trotski par Staline en 1929.
  • Les exécutions des animaux considérés comme des traîtres correspondent aux grands procès de Moscou de 1929 et 1936/1938.
  • Le rationnement de nourriture pour les animaux de la ferme en parallèle avec les rations importantes dont les cochons bénéficient correspond au rationnement et aux famines soviétiques en parallèle avec la vie confortable de Staline.

Réception et critiques[modifier | modifier le code]

Critique de George Soule[modifier | modifier le code]

George Soule, journaliste à The New Republic , un magazine américain d'opinion émet, peu de temps après la sortie du livre (1946) une critique assez acerbe à l'encontre du roman et considère que le livre manque de clarté. Pour ce journaliste américain même si les allusions à l'histoire de l'Union soviétique sont évidentes, Georges Orwell ne ferait que présenter des idées stéréotypées sur un pays qu'il ne connait probablement pas (« stereotyped ideas about a country which he probably does not know very well »)[35].

Éditions[modifier | modifier le code]

Édition anglaise[modifier | modifier le code]

La maison "Secker et Warburg" fut la première maison d'édition à publier la première édition de ce roman, en 1945.

  • (en) George Orwell (préf. Peter Davison), Animal Farm : A Fairy Story, London, Penguin, coll. « Fiction », (1re éd. 1945), 95 p., poche (ISBN 978-0140126709).

Éditions françaises[modifier | modifier le code]

  • Sous le titre Les Animaux partout !, Éditions O. Pathé, 1947, traduction de Sophie Devil, préface de Jean Texcier[36]
  • Sous le titre La République des animaux, Gallimard, coll. « Du monde entier », traduction non signée, 1964.
  • Sous le titre La Ferme des animaux, Champ libre, traduction de Jean Queval, 1981[37].
  • Sous le titre La Ferme des animaux, coll. Folioplus classiques 20e siècle, Gallimard, traduction par Jean Queval (1981), dossier par Mériam Korichi et lecture d'images par Alain Jaubert, 2007 (ISBN 9782070343782).
  • Sous le titre La Ferme des animaux, coll. « Classicolycée », Belin / Gallimard, traduction par Jean Queval (1981), dossier par Laure Mangin, 2013, (ISBN 978-2-7011-6457-1).
  • Sous le titre La Ferme des animaux, coll. « Classicocollège », Belin / Gallimard, traduction par Jean Queval (1981), dossier par Virginie Manouguian, 2016, (ISBN 978-2-7011-9674-9).

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

L'ouvrage recevra également le prix Hugo du meilleur roman court pour l'année 1966 et attribué de façon retropective en 1996.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

  • La Ferme des animaux, dessin animé de John Halas et son épouse Joy Batchelor, qui a bénéficié de financements de la CIA à des fins de propagande[38] dans le cadre de l'opération Mockingbird, diffusé en 1954, reste assez fidèle au roman, à l’exception de la disparition de Boule de neige, et la fin qui se présente plus dans le sens d'une « happy end », avec le renversement du régime des cochons par opposition aux animaux épuisés et désespérés de voir les cochons manger avec les humains. Ce changement de fin était une volonté de la CIA, car elle assimile alors le communisme et le capitalisme[39].. Le film a bénéficié d'une rediffusion en salle et de la sortie d'un mDVD en 2017[40].

Télévision[modifier | modifier le code]

  • La Ferme des animaux, téléfilm de John Stephenson, 1999, qui est une adaptation également fidèle au roman mais possédant une fin différente. Le film mèle prise de vues réelles et images de synthèse et animatroniques, en utilisant de véritable animaux.

Théâtre[modifier | modifier le code]

La Grange de Dorigny est le théâtre du campus de l'Université de Lausanne
  • La Ferme des animaux est une pièce de théâtre adaptée du roman par le metteur en scène suisse, Christian Denisart. La pièce a notamment été joué à « la Grange de Dorigny », bâtiment qui abrite le théâtre du campus de l'Université de Lausanne. Une tournée est prévue au cours de l'année 2018 dans les théâtres de nombreuses communes de suisse romandes, telles que Gland, Vevey, Porrentruy, Neuchâtel, Yverdon, Sion et à Mézières[41].

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

  • Une version en bande dessinée, par Rafick Gulbul, nommé en créole mauricien Repiblik Zanimo et paru entre novembre 1974 et le 1er avril 1975 a été la première bande dessinée en créole des Mascareignes. Elle y est sorti dans un contexte d'élection de l'île Maurice. Elle est en fait une œuvre de propagande, éditée dans le journal Libération du parti de l'Union démocratique mauricienne (UDM) et est une critique envers son opposant le Mouvement militant mauricien (MMM) de gauche. Des documents déclassifiés, en 1996, des services secrets britanniques, explique qu'il s'agit en fait d'une œuvre de propagande volontairement libre de droits et destiné à être traduits dans différentes langues à destination des pays où le communisme était en train de monter. D'après Andrew Defty, dès 1951, la bande dessinée fut publiée par épisodes dans des journaux, en Inde, Birmanie, Thaïlande, Venezuela et Erythrée. D'autres diffusions étaient planifiées.[42].
  • La Ferme des animaux, bande dessinée, scénario Jean Giraud, dessin Marc Bati, Novedi, 1985 est l'adaptation en bande dessinée du premier film.

Jeu vidéo[modifier | modifier le code]

En 2017, une information, publiée par plusieurs sites spécialisés sur les jeux vidéo, annonce qu'une équipe de développeurs travaille sur l'adaptation en jeu vidéo du roman. Le gameplay (ou jouabilité) est basé sur la gestion et l'évolution de la ferme en tant qu'un état indépendant. Les joueurs pourront ainsi choisir entre « l'utopie ou la dictature » et connaitre ainsi « les effets du pouvoir absolu et du totalitarisme ». La distribution commerciale de jeu, simplement dénommé « Animal Farm » est prévu avantr la fin de l'été 2018[43].

Postérité et influence[modifier | modifier le code]

Musique et chansons[modifier | modifier le code]

Cochon volant durant un concert de Roger Waters
Cet album puise son inspiration dans le roman d'Orwell. Les titres des chansons font référence au cochons et aux moutons. La couverture de la pochette du 33 tours représente un ensemble industriel au milieu de Londres (la Battersea Power Station, au-dessus duquel flotte un dirigeable en forme de cochon fabriqué spécialement pour l'occasion par les industries Zeppelin. La symbolique veut que du haut du ciel, le cochon observe les « errances et la décadence de la société ».
Ce groupe de hip-hop américain, a composé une chanson, parue dans leur album Let's Get Free et dénommée « Animal in Man » basé sur le roman. Celle-ci évoque la trahison des cochons durant la révolution des animaux[44].
Ce groupe de metalcore américain a créé cette chanson dénommée "The Nature Of The Beast", en s'inspirant du roman. Cette chanson s'inspire aussi du comportement des cochons[45].

Évocations[modifier | modifier le code]

  • Un épisode d'une Série d'animation française, Zinzins de l'espace, épisode dénommé ː Le Porc de l'angoisse.
  • L'épisode N° 7 de la Saison 2 d'Oz, série télévisée américaine, dénommé La Ferme des animaux (Animal Farm), peut être considéré comme un clin d'œil en raison du titre original, mais n'a cependant aucun rapport avec le roman.
  • L'épisode N° 27 de la première série de la série télévisée britannique de science-fiction Doctor Who dénommé, The Daleks' Master Plan, un personnage du conseil des daleks déclare une phrase se traduisant par « Nous sommes tous égaux, mais certains sont égaux plus que d'autres. » en référence au livre.
  • Dans le film La planète des singes, Taylor (interprété par Charlton Herston), lors de son jugement, prononce « Il me semble que certains simiens sont plus égaux que d'autres. », ce qui renvoie à la célèbre citation du roman.
  • Le deuxième volumes des comics Fables, intitulé "La ferme des Animaux", reprend le thème et le concept du roman avec la rébellion des animaux magiques parlant ayant assez de vivre à la ferme.
  • En 2004, le titre français de Home on the Range, La ferme se rebelle, s'autorise un clin d’œil, même si son contenu est différent. De plus certains personnages rappellent ceux du roman.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le sous-titre A Fairy Story, qui apparaît sur toutes les éditions initiales britanniques, fut abandonné dans les éditions américaines afin d'éviter toute confusion avec un livre pour enfants. (Peter Davison 1989, p. v).
  2. Lettre à Dwight Macdonald du 5 décembre 1946 (George Orwell, Écrits politiques (1928-1949), Agone, coll. « Banc d'essais », 2009, p. 346-347.
  3. Site time.com, page All-Time100 Novels, numéro 4
  4. « The sinister fact about literary censorship in England is that it is largely voluntary. Unpopular ideas can be silenced, and inconvenient facts kept dark, without the need for any official ban. » Sur orwellsociety.com.
  5. a et b (en) O. Dag, « George Orwell: The Freedom of the Press » [archive du ], orwell.ru, (consulté le 31 juillet 2008).
  6. Voir sur fantascienza.com.
  7. Voir sur orwell.ru.
  8. « La ferme des animaux George Orwell (incipit) », sur http://lecture-spectacle.blogspot.com (consulté le 17 juin 2018)
  9. Animal Farm, p. 7.
  10. a, b, c et d John Rodden, « Introduction », in John Rodden (éd.), Understanding Animal Farm, Westport/London, 1999
  11. Critique de Loïc Blavier sur Tortillapolis.com http://tortillapolis.com/critique-roman-la-ferme-des-animaux-george-orwell-1945/
  12. George Orwell, « lettre à Dwight Macdonald, 5 décembre 1946 », dans Écrits politiques (1928-1949). Sur le socialisme, les intellectuels & la démocratie, traduction de Bernard Hœpffner, Agone, 2009, p. 346-347 (ISBN 9782748900842).
  13. Harold Bloom 2009, 145.
  14. (en) T. Sutherland, « Speaking My Mind: Orwell Farmed for Education », The English Journal, vol. 95, no 1,‎ , p. 17–19 (JSTOR 30047391)
  15. (en) D. Roper, « Viewpoint 2: The Boxer Mentality », Change, vol. 9, no 11,‎ , p. 11–63 (DOI 10.1080/00091383.1977.10569271, JSTOR 40176954)
  16. Harold Bloom 2009, 129.
  17. Harold Bloom 2009, 70.
  18. a et b Cambridge Companion to Orwell, p. 141
  19. Peter Davison (en), The Lost Orwell: Being a Supplement to The Complete Works of George Orwell, p. 236
  20. Robert A. Lee, Orwell's fiction, University of Notre Dame Press, 1969, p. 124
  21. (en) « The Fall of Mister Jones and the Russian Revolution of 1917 », Shmoop University (consulté le 13 mai 2013)
  22. (en) « SparkNotes " Literature Study Guides " Animal Farm " Chapter VIII », SparkNotes LLC (consulté le 13 mai 2013)
  23. (en) « The Scheming Frederick and how Hitler Broke the Non-Aggression Pact », Shmoop University (consulté le 13 mai 2013)
  24. Meyers, Readers Guide to Orwell, p. 141
  25. Harold Bloom 2009, 24-28.
  26. a et b Harold Bloom 2009, 12.
  27. Harold Bloom 2009, 41.
  28. Harold Bloom 2009, 30.
  29. Harold Bloom 2009, 53.
  30. Qu'Orwell était d'abord allé demander au secrétaire général du Parti communiste anglais, qui les lui refusa, le jugeant « politiquement peu sûr ». Cf. Crick, op. cit., p. 342.
  31. « Le POUM (Partido Obrero de Unificacion Marxista) était l'un de ces partis communistes dissidents que l'on a vu apparaître en beaucoup de pays au cours de ces dernières années, par suite de l'opposition au stalinisme, c'est-à-dire au changement, réel ou apparent, de la politique communiste ». George Orwell, Hommage à la Catalogne, p. 249.
  32. « Elle se caractérisa par sa forte hostilité à l'égard du stalinisme et elle devint le lieu d'expression d'une sorte de trotskisme littéraire : elle afficha une vive sympathie pour les idées de Trotski mais évita tout lien organisationnel ». J. Newsinger, La politique selon Orwell, p. 161.
  33. Dans Écrits politiques (1928-1949). Sur le socialisme, les intellectuels & la démocratie, traduction de Bernard Hœpffner, Agone, 2009, p. 346-347 (ISBN 9782748900842).
  34. Site étudier.com, page sur la ferme des animaux
  35. Site The New Republic, page In 1946, The New Republic Panned George Orwell's 'Animal Farm'
  36. Le titre initialement choisi était Union des républiques socialistes animales, dont l'acronyme URSA renvoyait à URSS (de plus ursa désigne l'ours en latin et l'ours est le symbole de l'Union soviétique) mais il fut changé pour « éviter de trop froisser les staliniens », Daniel J. Leab, Orwell Subverted: The CIA and the Filming of Animal Farm, Penn State Press, 2008, p. 145, n. 27.
  37. Bernard Gensane, George Orwell : vie et écriture, Presses universitaires de Nancy, 1994, p. 230.
  38. Cinéma d'animation, au-delà du réel de Xavier Kawa Topor
  39. La Ferme des animaux de George Orwell (Analyse approfondie) de Quentin de Ghellinck
  40. « Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres », sur arte.tv (consulté le 17 juin 2018)
  41. « "La ferme des animaux" d'Orwell, une satire politique toujours d'actualité », sur www.rts.ch (consulté le 17 juin 2018)
  42. Christophe Cassiau-Haurie, Robert Furlong, « Le cas de Repiblik zanimo, première BD en créole », sur Potomitan,
  43. « Un jeu vidéo adapté de "La ferme des animaux" de George Orwell en préparation », sur RTBF.be (consulté le 2 juin 2018)
  44. Site lyricsfeast.com, traduction Animal in a man
  45. Site la grosse radio, page sur l'album Every Trick In The Book

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Harold Bloom (dir.), George Orwell's Animal Farm, Infobase Publishing, , 175 p. (ISBN 978-1-43-812871-9, présentation en ligne).
  • (en) Peter Davison (en), « A Note on the Text », dans Animal Farm, Penguin, .
  • (en) Suzanne Gulbin, « Parallels and Contrasts in Lord of the Flies and Animal Farm », The English Journal, vol. 55, no 1,‎ , p. 86-88 ; 92 (JSTOR 811152).
  • (en) William A. Hamlen, Jr., « The Economics of Animal Farm », Southern Economic Journal, vol. 66, no 4,‎ , p. 942-956 (JSTOR 1061537).
  • (en) Virginia Harger-Grinling et Chantal Jordaan, « Fifty Years On : Animal Farm Gets Under the Skin », Journal of the Fantastic in the Arts, vol. 14, no 2,‎ , p. 246-254 (JSTOR 43308627).
  • (en) Paul Kirschner, « The Dual Purpose of Animal Farm », The Review of English Studies, série New Series, vol. 55, no 222,‎ , p. 759-786 (JSTOR 3661599).
  • (en) John V. Knapp, « Creative Reasoning in the Interactive Classroom : Experiential Exercises for Teaching George Orwell's Animal Farm », College Literature, vol. 23, no 2,‎ , p. 143-156 (JSTOR 25112254).
  • (en) V. C. Letemendia, « Revolution on Animal Farm : Orwell's Neglected Commentary », Journal of Modern Literature, vol. 18, no 1,‎ , p. 127-137 (JSTOR 3831551).
  • (en) Jeffrey Meyers, « The Wind in the Willows : A New Source for Animal Farm », Salmagundi, nos 162/163,‎ printemps-été 2009, p. 200-208 (JSTOR 40550069).
  • (en) Donald E. Morse, « « A Blatancy of Untruth » : George Orwell's Uses of the Fantastic in Animal Farm », Hungarian Journal of English and American Studies, vol. 1, no 2,‎ , p. 85-92 (JSTOR 41273899).
  • (en) Robert Pearce, « Orwell, Tolstoy, and Animal Farm », The Review of English Studies, vol. 49, no 193,‎ , p. 64-69 (JSTOR 518004).
  • (en) Philip Pomper, « Revolutionary Machismo and Animal Farm », Russian History, vol. 21, no 4,‎ , p. 438-460 (JSTOR 24658491).

Articles connexes[modifier | modifier le code]