George Gissing

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George Gissing
Description de l'image George Gissing.jpg.
Nom de naissance George Gissing
Naissance
Wakefield, Yorkshire, Angleterre
Décès
Ispoure, Saint-Jean-Pied-de-Port, France, Caveau au cimetière de Saint-Jean de Luz
Activité principale
Écrivain
Auteur
Langue d’écriture Anglais
Genres
Signature de George Gissing

George Gissing [ˈɡɪsɪŋ] est un écrivain anglais né le et mort le , auteur de vingt-trois romans publiés de 1880 à 1903, d'une centaine de nouvelles, de récits de voyage et d'ouvrages critiques. Considéré comme naturaliste dans sa jeunesse, il a fait évoluer son art vers un réalisme qui le situe parmi les meilleurs auteurs de ce genre dans la dernière phase de l'Époque victorienne.

Sa vie malheureuse et souffrante, ses deux mariages désastreux, son manque de succès en ont fait une figure tragique de la seconde moitié du XIXe siècle. Il est surtout connu pour son roman New Grub Street (La Nouvelle Bohême) (1891) et l'une de ses dernières publications, carnets fictifs semi-autobiographiques, Les Carnets privés de Henry Ryecroft (The Private Papers of Henry Ryecroft) (1903), que baigne une poésie automnale de discrète nostalgie.

Il passe pour un écrivain sérieux qui doit être lu avec sérieux, surtout pour le tableau qu'il présente des problèmes sociaux de son temps. Sincère, croyant au pouvoir de l'éducation, fervent pacifiste, soucieux d'autrui, sa confiance en l'homme en fait un humaniste en un âge de plus en plus matérialiste.

Totalement inconnu en France— son œuvre y restant en grande partie inédite —, George Gissing a eu les honneurs du CAPES et de l'Agrégation d'anglais en 1961 et 1979 avec La Nouvelle Bohême (New Grub Street).

Sommaire

Biographie[modifier | modifier le code]

« C'est une histoire à la fois mémorable et pénible à lire, écrit Coustillas, tant la douleur, la souffrance, la solitude et le chaos mental dominent chacune de ses phases[1] ».

Enfance et adolescence[modifier | modifier le code]

George Gissing est né à Wakefield, dans le West Riding du Yorkshire,

Envers sa ville, Gissing a éprouvé des sentiments mixtes, à la fois d'affection et de dégoût.

Wakefield[modifier | modifier le code]

grande maison en briques, le long d'un passage
Maison de Thomas Gissing, Thompson's Yard, Westgate, Wakefield.

Son enfance s'est passée sous l'autorité d'un père, Thomas Gissing, affectueux et sage, à la tête d'une famille de cinq enfants, trois garçons et deux filles : William, mort à vingt ans ; Algernon, qui, comme George, se voua à l'écriture ; Margaret et Ellen[2]. La maison familiale des Gissing est située dans Thompson's Yard, Westgate, Wakefield et est gérée par le Gissing Trust[3].

Le père de Gissing, pharmacien de profession, est localement connu comme politicien libéral, auteur de livrets sur la botanique et contributeur au journal local, le Free Press, comme poète aussi— notamment inspiré par les grands romantiques anglais —. Sa mère avoir exercé sur lui une influence plutôt négative, revêche, stricte, rigoureuse, sans doute, écrit Coustillas, comme effrayée par la précocité de son fils. Quant à la ville, elle lui a surtout laissé le souvenir des volutes de fumées noires crachées par les cheminées d'usine, de son eau polluée, de sa population jugée étroite d'esprit et terre-à-terre[4].

D'abord scolarisé à Back Lane School à Wakefield, le jeune Gissing, encouragé par son père et profitant de la copieuse bibliothèque familiale, lit d'adord Le Magasin d'antiquités (The Old Curiosity Shop) de Dickens, puis s'intéresse très vite aux livres et aux arts de l'Antiquité à la période moderne[5], accessoirement à la géographie, la botanique et la géologie. Il éprouve une vive admiration pour Johnson, dont il apprécie le franc-parler, pour Hogarth, le dénonciateur des vices sociaux du XVIIIe siècle, pour Gibbon qui le fascine par son monument Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain (The History of the Decline and Fall of the Roman Empire) et aussi par son hostilité au Christianisme. Il a lu Dickens en famille au gré des parutions en feuilleton et Thackeray, admirés l'un et l'autre pour leur verve et leur humour. De tempérament solitaire, il ne partage guère les jeux des enfants de son âge, leur préférant l'étude et les longues promenades dans la campagne avoisinante. À douze ans, il est déjà passionné d'écriture, composant de longs poèmes et des pièces de théâtre[6].

Pensionnat[modifier | modifier le code]

Photo noir et blanc, voie ferrée, train à vapeur, maisons sur les berges
Alderley Edge en 1951.

En 1870, survient le premier des nombreux désastres qui vont jalonner sa vie. Thomas Gissing, son père, meurt après une brève maladie à quarante-et-un an. Sa mère se retrouve soudain dans une situation très difficile : les deux filles restent à la maison, mais les trois frères, grâce à l'aide de quelques amis, entrent dans un pensionnat quaker d'Alderley Edge dans le Cheshire, institution nommée Lindow Grove[7] et dirigée par James Wood, talentueux, enthousiaste, travailleur, mais aussi quelque peu charlatan, type d'homme que Gissing ne cessera de parodier dans tous ses romans[2]. Comme dans son école de Wakefield, le jeune garçon, malgré sa timidité naturelle qui l'isole beaucoup, obtient d'excellents résultats. Conscient de ses devoirs en tant de père de substitution, il se voue à l'étude et aspire à devenir un jour— ce que son père souhaitait ardemment qu'il fût — une « personne de distinction ». En 1872, il est classé premier à l'examen d'Oxford (Oxford Local Examinations) et obtient une bourse universitaire (grant) de trois ans pour Owens College, la future Université Victoria de Manchester[N 1][8][6].

Owens College[modifier | modifier le code]

À Owens College, où il étudie de 1872 à 1876, Gissing devient vite l'un des meilleurs étudiants en sciences humaines, gagnant de nombreux prix, en particulier de poésie anglaise (poème sur la ville de Ravenne)[2] et d'études shakespeariennes[9]. Le plus bel avenir lui est prédit ; en principe après sa licence (bachelor of Arts, B.A.), il devrait aller à Cambridge, Oxford ou Londres pour une maîtrise (ou « master ») (Master of Arts, M.A.)[N 2][10], mais ce que Coustillas appelle « sa quête d'absolu, son idéalisme, sa piètre connaissance des dures réalités de l'existence » l'amène à se conduire de façon inconsidérée[CCom 1],[11].

À dix-huit ans, au cours de l'hiver 1875-1876, Gissing a rencontré une jeune fille de dix-sept ans, Marianne Helen Harrison (Nell)[12], qui se livre à la prostitution, encore que, selon certains critiques, aucune preuve avérée n'existe pour le confirmer[13]. Quoi qu'il en soit, orpheline, habitant un taudis, il compatit à sa détresse et, séduit par sa beauté, s'éprend d'elle et s'acharne à la ramener à la respectabilité[14]. Il lui donne de l'argent, lui achète une machine à coudre, mais elle préfère l'atmosphère des pubs à la vie routinière d'une couturière. Lui, blâme la société pour la « déchéance » de son amie, se persuadant même que cette société lui doit réparation[14].

Son exaltation se trouve portée à son comble alors que ses fonds sont épuisés et, pour continuer à aider la jeune femme, il commence à commettre de petits larcins dans les vestiaires de l'université où il est pris la main dans le sac le [14] : les autorités ont engagé les services d'un détective et se trouvent fort embarrassées lorsqu'il s'avère que le coupable est leur meilleur étudiant[2]. Une souscription est lancée pour lui offrir un nouveau départ à sa sortie de prison (Belle Vue Gaeol)[15] où il passe un mois, et Gissing est exclu de l'établissement[16]. Sa mère et quelques amis de Manchester, considérant qu'il a perdu toute chance de faire sa vie en Angleterre, le dépêchent en Amérique ; Nell, pour sa part, est envoyée à Londres où elle reçoit quelques bribes d'éducation[14].

Début de carrière et premier mariage[modifier | modifier le code]

homme assis, cheveux blancs, habit noir
William Lloyd Garrison, - gravure d'un journal de 1879.

À l'aube de sa vie adulte, tandis que s'ouvrent à lui les plus brillantes études universitaires et une carrière littéraire triomphante, Gissing est empêtré dans une situation personnelle inextricable, sujet à la pauvreté, confiné à l'exil et marqué des stigmates de l'infamie[2].

Le séjour en Amérique[modifier | modifier le code]

Gissing ne reste qu'une année en Amérique où il vit dans la précarité. Bien qu'il tente de s'insérer dans le monde du travail, par exemple se liant d'amitié au cours de l'automne et de l'hiver de 1876 avec un médecin et le fils de Lloyd Garrison, poète et éditeur abolitionniste, ce qui lui ouvre la porte de certaines maisons d’édition, il ne parvient qu'à publier un seul article sur une exposition de peinture dans un journal de Boston ; au début de 1877, il enseigne les langues et les classiques dans un lycée (High School) de Waltham près de Boston[17].

Cependant, Nell lui adresse des lettres l'implorant de revenir, ce qui lui est impossible faute d'argent. D'autre part, une amourette avec l'une de ses élèves, Martha Barnes, le retient non sans un sentiment de culpabilité. Soudain, profitant d’un billet d'émigré (migrant ticket) bon marché, il part en hâte vers Chicago, laissant même ses effets personnels à Waltham[14].

Le reste est narré dans le chapitre XXVIII de La Nouvelle Bohême (New Grub Street) où les aventures de Whelpdale sont presque la copie conforme de ceux de Gissing, alors âgé de dix-neuf ans[2], qui, ayant convaincu le rédacteur-en-chef du Chicago Tribune d'accepter des « histoires » de son cru, en rédige quatorze pour ce journal et divers autres[18]. Cependant, son inspiration s'assèche au cours de l'été 1877 et il se voit contraint de gagner sa vie comme photographe itinérant ou représentant pour le compte d'un fournisseur de rencontre[19]. En définitive, un prêt lui permet de retourner en Angleterre en septembre de cette même année[14].

Ce retour a suscité quelques polémiques dans le milieu de la critique. En effet, deux biographes de Gissing, Austin Harrison et Frank Arthur Swinnerton, se fondant sur des assertions d'Edward Bertz, prétendent qu'il se serait d'abord rendu à Iéna en Allemagne pour y étudier Arthur Schopenhauer et Auguste Comte, ce qui lui aurait, entre autres, fourni la matière de la visite d'un personnage de Workers in the Dawn en Allemagne ; cependant, un plan de voyage découvert dans un carnet personnel prouve qu'il s'est directement rendu en Angleterre[20],[2].

L'incompréhensible mariage[modifier | modifier le code]

Aussitôt rendu à Londres, il prend la décision de se consacrer entièrement à l'écriture. Cependant, Nell le rejoint et le jeune couple ne survit dans la plus grande pauvreté que grâce à de maigres leçons auxquelles il doit une fois encore se résigner. Cette misère matérielle et psychologique fait la substance des premières sections des Carnets d'Henry Ryecroft (The Private Papers of Henry Ryecroft) (1903) et se retrouve aussi dans la vie de Harold Biffen, pauvre précepteur de La Nouvelle Bohême[2] : sept années passées dans des mansardes ou des sous-sols, à survivre de nourritures aussi riches que bon marché, lentilles, pain et saindoux (drippings) ; à cela s'ajoutent les crises nerveuses de Nell, survenant à tout moment, à la maison comme dans la rue ou une boutique, son addiction à l'alcool. Au bout de deux années de vie commune sans espoir et contre toute logique, le couple s'unit par le mariage le [2], décision que Coustillas décrit comme masochiste[14], car Gissing sait que jamais il ne pourra ramener Nell à la raison[2].

Dessins humoristiques avec bulles de dialogue disposés en chéquier
Punch, 1885, dessin humoristique raillant la langue convenue attribuée aux romans « à trois étages ».

Pour autant, il écrit beaucoup, un roman, des nouvelles, mais aucun titre ne trouve grâce auprès des éditeurs ; sa ténacité n'en paraît pas pour autant affectée, obstination que Coustillas juge « à la mesure de son désespoir »[CCom 2],[21]. C'est aussi l'époque où le radicalisme politique— démarche, prônant de vastes réformes de l'organisation sociale du pays, que partagent tous les Gissing —, l'entraîne dans des meetings publics ou des réunions tenues dans des clubs ouvriers[22],[23].

1898, Gissing perçoit en son jour anniversaire la somme de 800 £, fruit d'un placement fait par son père. Une grande partie de cet argent est investie dans la publication à compte d'auteur en 1880 de Workers in the Dawn (Les Travailleurs de l'aube)[24], ce qui lui laisse 16 shillings[25]. Roman en trois volumes (three-decker ou triple-decker)[26],[N 3], l'ouvrage a pour thème principal les ravages de la prostitution et est considéré comme le premier d'une série d'œuvres autobiographiques. Gissing n'en tire qu'un maigre profit, mais le livre attire l'intérêt et même l'amitié de certains penseurs positivistes de renom, par exemple Eduard Bertz, socialiste allemand dans le sillage d'Auguste Comte, rencontré en 1879[2].

coupole vitrée, rangée de sièges et de bureaux, étagères de livres
Panorama à 180° montrant l'intérieur de la salle de lecture du British Museum.

D'autre part, Gissing passe de longues heures à fréquenter les classiques dans la salle de lecture du British Museum, fait du bachotage pour les étudiants préparant leurs examens[27]. Comme son mentor littéraire Charles Dickens, il déambule de long des rues de Londres pour observer la vie des gens du peuple, en particulier celles des plus pauvres. Il s'absorbe dans la biographie de Forster sur Dickens (Life of Dickens)[28]qui, d'après Swinnerton, le fascine[29], autant de détails que rapporte également Morley Roberts, son ancien condisciple à Owens College, dans son ouvrage romancé sur sa vie, The Private Life of Henry Maitland (« Vie privée de Henry Maitland ») [1][30],, en 1912[31].

Milieu de carrière et deuxième mariage[modifier | modifier le code]

Le Grand Tour en Europe[modifier | modifier le code]

Gissing est apparemment libre de toutes contraintes et il se jette à corps perdu dans un Grand Tour à travers la France et l'Italie où il séjourne cinq mois. Ivre d'enthousiasme, il va de Naples à Rome, puis de Florence à Venise. Tout le séduit, paysages, musées, personnalités, gens humbles[32]. Il s'arrête particulièrement aux lieux chargés d'histoire romaine, Pompéi, Herculanum, Paestum. Il gravit les pentes du Vésuve et après la traversée de la Toscane explore la « Sérénissime » en gondole[33].

C'est métamorphosé que Gissing revient en Angleterre et le roman The Emanticipated (L'Émancipée) (1890) compte l'histoire d'une jeune femme puritaine jetant son carcan doctrinal aux orties sous l'influence du ciel et de l'art italiens[34]. Les 150 £ qu'il reçoit grâce aux ventes l'incitent à reprendre le large, cette fois pour la Grèce où, tel son personnage Reardon dans La Nouvelle Bohème, il contemple le coucher de soleil sur l'Acropole, puis s'en revient par l'Italie. Gissing a gagné en notoriété et compte désormais parmi les meilleurs romanciers victoriens, mais ses livres se vendent toujours mal, victimes de leur sérieux auprès d'un public avide de suspense, de traits d'esprit, de dialogues étincelants et surtout d'événements cocasses et drôles[33].

Retour de la solitude[modifier | modifier le code]

Gentilhomme avec les grisettes.

Gissing souffre de sa solitude : ses amis de cœur, l'ex-socialiste Eduard Berz[35], est reparti en 1884 dans son pays, l'Allemagne, et Morley Roberts voyage souvent d'un bout du monde à l'autre. Se remarier serait une solution, mais son honneur ayant été souillé par son emprisonnement à Manchester, jamais, pense-t-il, ne pourra-t-il se lier avec une femme de culture, encore moins, à cause de sa pauvreté, de la classe moyenne. Ce problème est traité en filigrane dans La Nouvelle Bohème, où comme dans sa propre vie, l'accumulation des difficultés personnelles et l'insigne solitude finissent par tarir l'inspiration[33].

De propos délibéré, Gissing se cherche une fiancée parmi le monde ouvrier et son choix, au gré de ses pas dans une rue, se porte sur Edith Alice Underwood, fille de maçon, douce et obéissante, lui semble-t-il, en somme, une parfaite grisette[N 4]. Ce n'est pas sans une lucidité que Coustillas appelle à nouveau masochiste, que Gissing analyse la situation : il connaît sa « faiblesse » (I am weak in these matters), écrit-il à Eduard Berz[32], aurait préféré ne pas sanctionner cette union par le mariage, mais les parents Underwood ne l'entendent pas de cette oreille alors même que leur fille repousse l'échéance ; Gissing, las de ses tergiversations, envoie un ultimatum et la cérémonie a lieu en février 1891[32]. Bientôt, l'inspiration revient et le manuscrit de La Nouvelle Bohème, repris en octobre, est publié en avril 1891[33].

Edith en ses œuvres[modifier | modifier le code]

Portrait de George Gissing en 1901.

Le couple quitte Londres pour s'installer à Exeter où il demeure deux ans et demi : c'est dans le Devon que Gissing compose deux de ses meilleurs romans, Né en exil (Born in Exile) (1892) et Femmes en trop (The Odd Women) (1893). Le premier se présente comme une sorte d'autobiographie spirituelle transposant l'affaire de Manchester, mais son thème principal concerne le conflit entre science et religion ; le deuxième s'attache à la condition de la femme vue de différents angles, économique, intellectuel, moral et sentimental. Peu après le déménagement dans le sud, Edith révèle son vrai tempérament : la jeune grisette apparemment soumise s'avère être une mégère querelleuse, sujette à des crises de rage, s'en prenant à sa bonne, lançant des assiettes au visage de son mari. Gissing aurait volontiers quitté sa nouvelle femme, mais un fils, Walter Leonard (1892-1916), étant né en 1892, ses devoirs de père le retiennent au foyer[36].

Certains critiques n'exonèrent pas complètement Gissing des accès de rage qui secouent son épouse : se soustrayant à la vie de ses pairs, il se complaît dans une solitude sociale qu'il impose à la jeune femme. Il est vraisemblable qu'incapable intellectuellement de comprendre la portée de l'ambition et de l'œuvre littéraire de son mari, Edith se rebelle et que Gissing lui tient tête avec une intransigeance qui la pousse à l'exaspération et déclenche en elle les crises de nerfs « incontrôlables », comme il les décrit lui-même à Eduard Bertz. Il ajoute que son devoir exige qu'il protège leur enfant et, de fait, Walter est subrepticement confié en avril aux sœurs de Gissing à Wakefield[2].

La rupture de la solitude à Londres[modifier | modifier le code]

Un an après la naissance de Walter, les Gissing reviennent vers la capitale et s'installent à Brixton. Le romancier solitaire commence alors à se montrer, rencontre nombre de personnalités appartenant au monde littéraire, auteurs, éditeurs, amateurs éclairés telle Clara Collet (1860-1948), l'une des premières femmes à avoir obtenu un M.A., qui joue un rôle important dans la dernière décennie de sa vie, s'employant à pacifier Edith et surtout s'offrant comme tutrice de ses deux enfants après sa mort, leur mère n'ayant ni l'autorité morale ni les moyens financiers de s'en occuper[2]. Gissing s'adapte, écrit des nouvelles, moins contraignantes que les romans et plus facilement vendues, dont certaines sont publiées en 1898 dans un recueil intitulé Human Odds and Ends: Stories and Sketches (Bric à brac humain : histoires et tableaux)[37], et d'autres paraissent à titre posthume[2]. D'ailleurs, le goût du public a changé, se détournant des romans en trois volumes et privilégiant des œuvres moins étirées et plus percutantes. Ainsi, en 1894, paraît In the Year of Jubilee (L'Année du Jubilé), satire féroce des mœurs de la classe moyenne issue des faubourgs, sans réelle éducation et prompte à la vulgarité. En ce milieu de décennie, Gissing est reconnu comme membre de l'élite littéraire et se voit souvent cité en compagnie de Meredith, depuis longtemps célèbre avec The Ordeal of Richard Feverel (L'Épreuve de Richard Feverel), considéré quasi unanimement comme le premier roman moderne de la littérature anglaise[38], et The Egoist (L'Égoïste), à l'intrigue serrée et dense[39], et de Hardy, au panthéon des lettres avec Tess d'Urberville (Tess of the d'Uberville), à tour de rôle déesse de la Terre et victime vouée au sacrifice[40], et Jude l'Obscur (Jude the Obscure), critique acerbe du mariage et des croyances religieuses, en partie fondée sur la vie de l'auteur[41],[36].

En 1895, trois courts romans sont publiés : Eve's Ransom (La Rançon d'Ève), obliquement féministe, écrit en vingt-cing jours et achevé le , mais dont la parution se voit retardée par en raison de la qualité des illustrations ; d'abord sorti en treize feuilletons dans le London Illustrated News[42], puis publié en un volume par Lawrence and Bullen le [43] ; Sleeping Fires (Feux qui couvent), histoire d'une amourette en partie située en Grèce et The Paying Guest (L'Hôte payant) écrit au cours de la première semaine de juillet[44], satire sans concession de certains mœurs de la classe moyenne[2].

Budleigh Salterton, falaises de terre rouge.

Son mariage va de réconciliation en réconciliation, mais de mal en pis : après un répit, un second fils, Alfred Charles (1896-1975), est né en 1896, mais bientôt reprennent les querelles. Gissing songe de plus en plus à quitter son épouse, ce qui ne l'empêche pas d'écrire l'une de ses œuvres majeures, The Whirlpool (Le Tourbillon)[45], publié en 1897. En septembre, la décision est prise : Gissing, menacé par la tuberculose, se sépare d'Edith, qui garde son second fils. Désormais, il s'efforce d'éviter sa femme, car il craint qu'elle ne recherche une réconciliation[2], et dès qu'il le peut, il s'en va passer l'hiver en Italie où il écrit son étude sur Charles Dickens[46] qui, d'emblée, le place parmi les plus éminents spécialistes de cet auteur. Son expérience calabraise fait également l'objet d'un livre de voyage remarqué, By the Ionian Sea, Notes of a Ramble in Southern Italy (Sur les rives de la mer Ionienne : notes de voyage en Italie du Sud), paru en 1901[47].

En 1897, Gissing, qu'a rejoint sa sœur, rencontre H. G. Wells et son épouse qui passent le printemps en leur compagnie à Budleigh Salterton. Wells écrit de lui qu'il « n'est plus le jeune homme infatigable, impossible et glorieux de l'appartement de Londres, mais un malade marqué par les épreuves et à l'affut de maladies imaginaires qui, selon lui, expliquent son malaise »[48],[CCom 3]

Troisième mariage et dernières années[modifier | modifier le code]

Plaque en marbre blanc: "George Gissing, 1857-1903, Écrivain anglais, demeura ici en 1900
Plaque commémorative au n°13 rue de Siam (Paris).

À son retour d'Italie, Gissing reçoit l'offre d'une traduction en français de New Grub Street, émanant d'une jeune Française de vingt-neuf ans, Marie Gabrielle Édith Fleury (1868–1954), belle, intelligente et cultivée, grande admiratrice de son œuvre et sincèrement peinée de ses malheurs. D'après Coustillas, le coup de foudre est réciproque[36].

La vie avec Gabrielle[modifier | modifier le code]

Comme le divorce d'avec Edith échoue, Gissing et Gabrielle, tels George Eliot et George Henry Lewes vivant ouvertement en concubinage (common law marriage), s'unissent par un simulacre de cérémonie et s'installent en France à partir de 1899, d'abord à Paris, puis, après un retour de six semaines dans un sanatorium de Nayland Suffolk, à Arcachon, Saint-Jean-de-Luz et Saint-Jean-Pied-de-Port ou aux alentours, Ciboure et Ispoure[N 5] Les années qui suivent sont relativement heureuses : le couple vit en harmonie, les revenus de Gissing assurent désormais une vie confortable, Edith cesse d'importuner (en 1902, la nouvelle est parvenue qu'elle a été placée dans un asile d'aliénés), mais Gissing éprouve la nostalgie de son pays natal[49].

Les écrits de Gissing se font plus sereins : en 1898, paraît The Town Traveller (Le Voyageur de la ville), comédie sociale dans l'esprit de Dickens[50] ; suit en 1899 The Crown of Life (Couronne de Vie), inspiré par Gabrielle Fleury, qui témoigne d'une humanité rare et condamne l'impérialisme et la guerre ; Our Friend the Charlatan (Notre ami le charlatan) publié en 1901, roman politique relatant l'ascension et la chute d'un imposteur candidat à la députation, dernier roman de Gissing à être publié de son vivant[50]. D'autre part, H. G. Wells rapporte que Gissing lui paraît de plus en plus émacié et que Gabrielle, semble-t-il, lui offre des repas bien trop frugaux pour son état : aussi, s'emploie-t-il chaque fois qu'il en a l'occasion à lui présenter de substantiels steaks[51].

Son œuvre la plus populaire est Les Carnets secrets de Henry Ryecroft (The Private Papers of Henry Ryecroft) qui voit le jour quelques mois avant sa disparition. À bien des égards, il s'agit de confessions, mais le personnage central, censé vivre en béatitude au milieu de ses livres dans la campagne du Devon, est pure fiction[50]. En décembre 1903, alors que Gissing écrit les derniers chapitres de Veranilda, roman historique situé dans l'Italie du VIe siècle, il prend froid au cours d'une promenade avec sa compagne. S'ensuit une pneumonie dont il se remet assez bien, mais il est bientôt foudroyé par une myocardite à Saint-Jean-Pied-de-Port, le à l'âge de quarante-six ans. Deux romans posthumes, Veranilda (voir ci-dessus) et Will Warburton, paraissent respectivement en 1904 et 1905. Gissing est inhumé en haut du cimetière de Saint-Jean de Luz[N 6], là même où il a admiré l'étendue du Golfe de Gascogne à son arrivée sur la côte basque[52],[49].

L'importance de Clara Collet[modifier | modifier le code]

Le , Gissing écrivait dans son journal intime : « Un soir, alors que je rentrais à la maison, je fus saisis d'une insupportable angoisse à la pensée que jamais, je n'aurais à mes côtés une compagne intellectuelle. Condamné à vivre au milieu d'êtres inférieurs et d'une stupidité crasse. Jamais un mot échangé sinon sur la banalité de la vie quotidienne. Jamais un mot pour moi, de personne, exprimant quelque compréhension, sympathie ou encouragement »[53],[C 1]

Clara Collet, sensible au génie de Gissing et atterrée de ses malheurs, entretient une correspondance régulière avec lui, mais ce n'est que le qu'il consent à la rencontrer. Elle habite à Richmond et le convie à une promenade en barque sur la Tamise : ainsi naît une amitié de dix années qui ne prend fin qu'à la mort de l'auteur. La bonté de Clara s'exprime chaque jour, tant par l'aide matérielle et morale qu'elle prodigue que par le soutien intellectuel faisant si cruellement défaut au romancier. La liste de ses bienfaits est longue, assistance alimentaire, pacification d'Edith, logement lorsque la maison des Gissing est ravagée par une explosion de gaz, engagement de tutelle pour les enfants en cas de mort prématurée, etc.[54]

Sans doute éprouve-t-elle une réelle tendresse pour Gissing, mais la réciproque n'est pas vraie. Lorsqu'il quitte Edith dont les violences deviennent insupportables, elle entretient l'espoir que leur relation va évoluer ; quelques tentatives sont faites à son retour de Grèce et d'Italie, mais le romancier ne donne pas suite. Bientôt, il rencontre Gabrielle Fleury, et Clara, par désespoir ou pour effacer quelques traces désormais jugées inconvenantes, arrache les pages de son journal compromises et détruit ses lettres[54]. Pour autant, le réalisme l'emporte et Clara Collet, toujours très rationnelle, non seulement accepte la nouvelle vie de Gissing avec bonne grâce et même se lie d'amitié avec Gabrielle avec qui elle entretient une correspondance régulière jusqu'en 1935. D'après elle et aussi H. G. Wells, Gissing n'est pas toujours aussi heureux qu'il le souhaiterait en France : il se plaint du régime très frugal imposé par Mme Fleury, la mère de Gabrielle, et exprime sa nostalgie de l'Angleterre[54]. Après son décès, Clara Collet reste fidèle à ses engagements : elle assure le bien-être des deux enfants jusqu'à leur maturité, fait office d'exécutrice testamentaire, veille à protéger Gabrielle de tout scandale relatif à sa liaison illicite, s'oppose amèrement à H.G. Wells sur l'avant-propos qu'il écrit pour Veranilda publié à titre posthume[54].

Tout au long de leur amitié, elle a sûrement contribué à préserver son équilibre mental ; elle a apporté son bon sens, sa bonne volonté, son affection alors que les crises étaient paroxysmiques ; elle a su pacifier, réconforter et sans elle, il est vraisemblable de Gissing n'aurait pas survécu aux terreurs de son second mariage et partant, qu'une bonne partie de son œuvre n'aurait pu être écrite[54].

Réputation et place de Gissing[modifier | modifier le code]

Pierre Coustillas range Gissing parmi les trois plus grands romanciers des deux dernières décennies de l'Époque victorienne, en compagnie de Thomas Hardy (1840-1928) et de George Meredith (1828-1909). Il ajoute que la postérité ayant brouillé les cartes, d'autres célébrités littéraires se sont vues promues à son détriment : ainsi de Rudyard Kipling (1865), plus poète et nouvelliste que romancier, de G. B. Shaw (1856-1950), auteur de cinq romans voués à l'échec avant de se faire un nom comme dramaturge et l'avoir donné à une école posthume, le Shavianisme (Shavianism)[55], de H. G. Wells (1866-1946) dont le premier roman date de 1895 et chez qui le prophète bientôt ensevelit le romancier[56].

Une personnalité hors de son époque[modifier | modifier le code]

Coustillas résume en une formule le trait qui, selon lui, différencie le plus Gissing de ses contemporains : « l'engagement culturel » (cultural commitment)[57] ; jusqu'à ce que la maladie le brise en la fin du siècle, il a passionnément cru dans le pouvoir de l'éducation ; au milieu des Carnets privés d'Henry Rhyecroft (1903), il cite Johnson affirmant qu'« il y a autant de différence entre un homme cultivé et un homme inculte qu'entre les vivants et les morts »[CCom 4],[58],[57]. Autre facette de sa personnalité à l'encontre de son époque, il a pour credo un profond pacifisme qui le conduit non seulement à prédire d'imminents conflits nourris pas le nationalisme ambiant, mais aussi à se méfier de la science qu'il juge à la solde du militarisme. En fait, écrit Coustillas, il fut « un authentique humaniste » (a genuine humanist) perdu « en plein matérialisme »[CCom 5],[56].

Une réputation chahutée[modifier | modifier le code]

Coustillas est sans doute partial, tant sa vie personnelle et universitaire ont été marquées par l'idolâtrie qu'il portait à son auteur de prédilection. Christine Huguet, qui fut son étudiante, salue dans son compte rendu des deux dernières parties de la biographie qu'il a consacrée à Gissing, « [s]es virulentes envolées, les vibrants élans d’enthousiasme que l’on trouve ici et là n’auraient sans doute pas déplu à Gissing, quoique le biographe ait souvent le verbe plus vif que ne l’avait le sujet de son étude »[59]. Les raisons qu'il donne de ce qu'il appelle « la grande et bonne place » (« the great, good place ») de Gissing tiennent d'abord à son sérieux et à sa totale dévotion à la littérature, à sa personnalité aussi, en aucune façon semblable aux Thackeray, Trollope, Mrs Gaskell ou George Eliot, ce qui se reflète dans « son œuvre qui est un témoignage original de la société anglaise de son temps »[60],[CCom 6]

Demeure le fait, cependant, qu'il a connu, plus que n'importe quel autre romancier contemporain[61], la louange comme la critique. Coustillas pense que ses détracteurs ont pêché par ignorance à la fois de sa personnalité et de son œuvre ; de plus, il a été son pire ennemi, ses nombreuses décisions prises en dépit du bon sens l'ayant poussé au pessimisme— alors que le lecteur préfère la gaieté à la tristesse — et à un réalisme proche du naturalisme— ce qui choque l'opinion — ; enfin, il s'est vu sans cesse jaugé à l'aune de l'illustre prédécesseur qu'il admirait, Charles Dickens, et par comparaison, sa peinture sociale a paru dépourvue d'humour, encore, ajoute Coustillas, que nombre de ses écrits mineurs n'en manquent point[61]. Comme d'écrit John D. Gordon, « son manque de popularité est dû à la sécheresse de sa philosophie, qu'il n'a su agrémenter ni de compensations dans le présent ni d'espoir pour le futur, et aussi parce que le don d'alléger la souffrance par le rire lui faisait défaut »[CCom 7][62].

Les aléas de la critique[modifier | modifier le code]

Les premiers romans demeurent incompris et il faut attendre les années 1890 pour que Gissing soit apprécié à sa juste valeur, aussi bien en Grande-Bretagne qu'à l'étranger. Ses nouvelles, plus que ses romans, finissent par attirer l'attention du public, il est vrai sollicité par de nouvelles amitiés, telles celles du journaliste Henry Norman, l'écrivain J. M. Barrie et le poète-critique-essayiste Edmund Gosse, l'auteur de Père et Fils, étude de deux tempéraments. À la fin du siècle, il est classé parmi les meilleurs romanciers anglais[2].

William Robertson Nicoll le décrit comme « l'un des plus originaux, audacieux et consciencieux artisans de la fiction »[CCom 8],[63]. Chesterton, lui, s'attache à son rôle d'analyste, l'appelant « le plus lucide des critiques de Charles Dickens, un homme de génie »[CCom 9],[64].

Quant à George Orwell, qui l'admire beaucoup, il déclare en 1943 dans un article du Tribune qu'il est « peut-être le meilleur romancier que l'Angleterre ait jamais engendré »[CCom 10], et parmi les trois romans qu'il compte pour des chefs-d'œuvre figurent Femmes en trop (Odd Women), Demos et La Vie de Bohême (New Grub Street), dont le thème central se résume par « pas assez d'argent » (not enough money), sans oublier l'étude sur Dickens qui emporte son suffrage[65].

Une certaine image de la vie littéraire[modifier | modifier le code]

Observateur attentif du monde dans lequel il vit, Gissing a une image vivace de ses compatriotes, qu'ils soient citadins ou campagnards, appartiennent au petit peuple ou à l'aristocratie. Coustillas écrit que cette attitude, émanant sans doute de la situation socialement peu affirmée de sa famille, cantonnée à la frange de la classe moyenne, lui a donné depuis son plus jeune âge l'habitude de contempler les gens et son environnement « comme d'un camp retranché » (as from an entrenched camp)[66]. L'exilé né qu'il est (The Born Exile, titre d'un de ses romans) contemple le spectacle social sans vraiment s'y aventurer, sinon par de fugitives excursions ou lors ses deux assez brefs séjours à Brixton et Epsom : alors, ses carnets de notes, ses brouillons, ses livres de raison (commonplace books), disent bien, par l'abondance et la variété des observations amassées, qu'il récolte alors pour alimenter la substance de ses romans[67].

À cela s'ajoutent ses voyages en France, en Italie, en Grèce, et les liens entretenus, grâce à son ami Bertz, avec l'Allemagne, qui l'ont peu à peu éveillé aux mœurs de la vie littéraire de l'Europe de l'Ouest et, par comparaison, aux traditionnelles incongruités de son pays où éditeurs, auteurs et lecteurs entretiennent une relation qu'il juge délétère[68]. Il n'est, d'ailleurs, qu'à se pencher sur le titre anglais du roman considéré comme son meilleur, New Grub Street (La Nouvelle Bohème) qui relève de deux notions différentes, celle de la « nouvelle bohème » (Grub Street), présente dès le XVIIe siècle, comme le signale Andrew Marvell en 1672, et celle de la « nouveauté » (New)[66].

Splendeurs et misères de New / Grub Street[modifier | modifier le code]

Le Shorter English Dictionary explique que Grub Street était une rue située à Moorfields près de Moorgate à Londres, plus tard renommée en Milton Street— sans lien avec le poète —, fréquentée par « la tribu des écrivaillons »[CCom 11],[69] ; Samuel Johnson ajoute qu'ils vivaient chichement « de quelques histoires, dictionnaires ou poèmes éphémères »[CCom 12],[70].

Peu à peu, Grub Street se transforme en lorsqu'il rappelle légende, née sans doute de l'exaltation romantique embellissant certains lieux de souffrance, et l'optimisme triomphal de l'Époque victorienne ne fait que solidifier cette image[66]. Si, en effet, John Dryden est le premier poète— et il est une exception — à avoir vécu de sa plume au XVIIe siècle, grande est la cohorte des miséreux de la littérature ne devant leur salut qu'au secours d'un puissant, Samuel Johnson lui-même, redevable non sans amertume à la charité tardive, plus de quinze années, de Lord Chesterfield[71]. Comme Johnson, Gissing sait la différence entre la réalité des mansardes et le mythe de l'écrivain se glorifiant de sa pauvreté et puisant son bonheur au bon vouloir de la fortune ; et dans Les Carnets privés d'Henry Ryecroft, il cite souvent son illustre ancêtre, par exemple lorsqu'il rappelle sa solennelle mise en garde  : « Monsieur, tous les arguments tendant à représenter la pauvreté comme échappant au Mal, ne font que révéler qu'elle en est l'une des pires manifestations. Jamais ne rencontrerez-vous quiconque éprouvant le besoin de vous convaincre que ceux qui vivent dans l'opulence ne sont pas malheureux »[C 2],[72]. Johnson et Gissing, à deux siècles de distance, chacun dénonce le prétendu mythe de la « bohème littéraire » et en expose les sordides réalités[71].

Une tradition faisant florès aux siècles précédents[modifier | modifier le code]

La Mort de Chatterton par Henry Wallis (1856), huile sur panneau d’acajou de 17,3 × 25,25 cm (Birmingham Museum and Art Gallery).

Tout au long du XVIIIe siècle, la tradition de la bohème de New Grub Street ne cesse de s'amplifier : Addison dans le Spectator publie des essais sur sa splendeur et surtout sa misère ; Fielding met en scène The Grub Street Opera en 1731, sa dernière pièce avant que la loi sur le théâtre (Licensing Act) de 1737 ne l'oblige à passer à la fiction ; Chatterton se suicide à dix-huit ans, et Gissing en rappelle le souvenir dans Workers in the Dawn (Les Travailleurs de l'aube), quand le héros, Arthur Golding, se jette du haut des Chutes du Niagara (p. 174)— les romantiques, eux, en faisant une figure emblématique, « le splendide jeune homme » (the marvellous boy), un prophète, voire un idéal — ; et au XIXe siècle, Disraeli revient sur ce modèle Conterini Fleming, A Psychological Autobiography (Conterini Fleming, autobiographie psychologique) (1832), imitation des Années d'apprentissage de Wilhelm Meister de Goethe (1796), de même que Bulwer-Lytton le glorifie en héros dans Ernest Maltravers— au nom prémonitoire — (1837), homme de génie défiant la pauvreté et le besoin auxquels les génies se voient si souvent condamnés[73].

La « bohème » parisienne[modifier | modifier le code]

Affiche originale (1896) par Adolfo Hohenstein.

Morley Roberts indique dans sa biographie romancée The Private Life of Henry Maitland (1912) que Gissing appréciait Scènes de la vie de bohème de Henry Murger publiée en 1851. En ses jours de misère absolue entre son retour d'Amérique et la publication de Demos (1886), il se consolait de la description de Murger comme de celle de certains ses prédécesseurs, Balzac par exemple, une vie apparemment frivole, mais potentiellement dramatique à laquelle étaient voués ses homologues français : au vrai, de Villon à Molière, puis au XIXe siècle, la notion de « bohème » n'avait fait que gagner du terrain : en 1849, un anonyme en décrivait allégoriquement la province comme « un département de la Seine[N 7] bordé au nord par le froid, à l'ouest par la faim, au sud par l'amour et à l'est par l'espoir »[73].

Robert Baldick note que Scènes de la vie de bohème est apparu alors que le Romantisme est sur le déclin et que le mouvement réaliste emprunte des courants ascendants : en conséquence, l'œuvre relève de facto de deux forces antagonistes, sentiment et pathos de l'une, exactitude du rendu des faits dans l'autre[74]. Coustillas montre que le livre reste ambigu, réalité et mythe s'y côtoyant : selon l'expression même de Murger, la bohème est {{citation|la préface de l'Académie, de l'Hôtel-Dieu ou de la Morgue[75],[N 8], et au fur et à mesure que passent les années, l'aspect mythique semble prévaloir : le public retient le côté rose de l'affaire, la gloire factice recouvrant de ses paillettes imaginaires le sordide quotidien. En cela, Gissing ne se compromet pas : sous des allures à jamais insouciantes et joyeuses, les personnages d'écrivains « bohème » qu'il campe, tel Whelpdale dans New Grub Street, cachent mal leur superficialité et leur carence d'engagement artistique. De fait, lors de sa première visite à Paris en 1886, sa description de le bohème à la française ne ressemble ni à un mât de cocagne ni à un paradis sur terre[73].

Fichier audio
"O Mimì, tu più non torni"
Enrico Caruso and Antonio Scotti (1907 recording)
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En réalité, l'opéra La Bohème de Puccini, d'après le roman d'Henry Murger, créé le au Teatro Regio de Turin sous la direction d'Arturo Toscanini, synthétise les problématiques développées par Gissing. En effet, le premier tableau présente quatre artistes de la bohème partageant une mansarde insalubre à Paris en 1830 et 1831, tous aussi dénués d'argent que bouillant de verve et de talent ; après diverses escapades cocasses, amours clandestines, réconciliations imprévues, féroces disputes, le quatrième tableau revient au point de départ dans la misérable mansarde qui, cette fois, héberge la mort, celle de la seule héroïne de l'histoire, la jeune Mimi, brisée par la faim et le dénuement[76].

L'intimité de Gissing avec son sujet[modifier | modifier le code]

Une grande partie de l'œuvre de Gissing concerne les différents facteurs ayant contribué à remodeler et à accélérer l'évolution de la vie intellectuelle en Angleterre dans les années 1880. Plus que nombre de ses contemporains, il a été imprégné par un profond pessimisme, né paradoxalement des nobles idéaux qui l'animaient, conférant à ses écrits un sentiment d'appréhension que mitige bien peu d'espoir : la lutte est rude et lui paraît stérile tant le monde littéraire change à l'encontre de ses souhaits[77].

L'expansion de l'édition et la quête du frivole[modifier | modifier le code]

Meeting contre les « taxes sur le savoir » (Taxes on Knowledge), 1851.

De fait, c'est une véritable révolution qui s'empare du monde des lettres : l'abandon des droits fiscaux sur le papier (Repeal of the Paper Duty) en 1861[78] et la reproduction mécanique des imprimés réduit le coup de production des livres ; l'extension du réseau ferroviaire apporte le matériau culturel jusqu'au fond des provinces du royaume ; la loi Forster (Forster Act), portée par le député libéral William Forster et promulguée le , permet la création d'un premier ensemble d'écoles primaires publiques en Angleterre et au Pays de Galles[N 9], et, de ce fait, améliorent sensiblement le niveau d'alphabétisation de la nation[77].

Le journalisme moderne est donc né à l'époque où Gissing écrit La Nouvelle Bohème (New Grub Street) : la presse fleurit, mais, à l'exception de rares périodiques, rapidement sombre vers le médiocre : énormes tirages, quête du sensationnel ou primauté donnée au frivole. Pour lui, il y a là un déplorable paradoxe, le peuple, désormais mieux éduqué, est servi par une presse qui l'abêtit plus qu'elle ne l'élève. Par contagion, le roman se trouve contaminé, soumis aux contingences des puissances financières n'encourageant en rien sa qualité : Gissing, quant à lui, comme l'exprime Reardon dans La Nouvelle Bohème, ne sait ni ne veux ternir son niveau pour s'aligner sur le goût du jour[77]. De plus, l'avènement des agents littéraires dans les années 1890 lui est d'abord insupportable et il se moque de cette nouvelle profession à travers son personnage Whelpdale (La Nouvelle Bohème) ; pourtant, ces intermédiaires entre les auteurs et les éditeurs, s'avèrent vite indispensables et lui-même a recours à leurs services pour négocier les contrats de publication en feuilleton, diffuser les œuvres en Amérique et dans les colonies. Ainsi, A. P. Watt[N 10] l'assiste lors de la production de Né en exil (Born in Exile), puis il se tourne successivement vers William Morris Colles[79] et James B. Pinker[80] qui le soulagent des tâches administratives et commerciales du métier d'écrivain[77].

La dictature des bibliothèques ambulantes[modifier | modifier le code]

Autre contrainte, la dictature des bibliothèques ambulantes (circulating libraries) née des exigences du roman en trois volumes (Three-Decker Novel) et organisées en un réseau couvrant l'ensemble du pays[81]. Leur suprématie— particulièrement Mudie's et Smith's — affecte toute la chaîne de la fiction, les auteurs dont les premières éditions se voient systématiquement confisquées, les éditeurs impuissants à s'opposer à leurs exigences commerciales, et enfin le public condamné à payer la somme exorbitante de 31s6d par roman s'il n'en passe pas elles, et insidieusement soumis par leurs choix, ou plus communément façonné par leur goût[82].

portrait en noir et blanc, buste de face, dame d'environ trente ans avec voile de mousseline sur la tête et collerette en dentelle
Ellen Wood (Mrs Henry Wood) par Reginald Easton.

Gissing dénonce leur influence sur la qualité du roman, tant comme œuvre d'art que comme vecteur d'une vision de la vie. Si dans des chefs-dœuvre comme David Copperfield ou Les Grandes Espérances, le processus de caractérisation est lent, l'action méandre à loisir entre deux crises, les intrigues secondaires fleurissent, les histoires enchâssées sont autant d'escapades solitaires, c'est que Dickens est doué d'un souffle hors du commun qui le porte, lorsqu'il en a besoin, vers d'étincelants dialogues, une machinerie descriptive digne d'un opéra baroque, une imagination visionnaire, un humour cocasse et ravageur. Même si Gissing remarque que les critiques tendent— à juste raison, pense-t-il — à dénoncer sur le seul plan fonctionnel la relative inutilité des deuxièmes volumes, il sent bien que lui, pour fournir son quota de pages, est à la peine alors même qu'il se refuse aux subterfuges pitoyables dont abusent des auteurs moins scrupuleux : ainsi, Ellen Wood[83], qui se fait fort de ne jamais choisir un mot court alors qu'un long est disponible et bourre son semblant de style avec des conflagration! au lieu de fire! (« au feu ! »), cognizant of au lieu de know (« savoir ») ou communicating the tidings pour tell the news (« raconter les nouvelles »), voire effect some purchases au lieu de do the shopping (« faire les courses »), etc.[84]

foule de femmes se pressant dans leur robes noires ou blanches, corsages blancs, châles et petits chapeaux
Les dames se pressent chez Mudie's lors de l'arrivée d'un ouvrage (artiste inconnu).

D'autre part, une bonne part de l'action dépend des personnages féminins, jeunes filles (young persons) de la classe moyenne et leur Mamma, catégories strictement protégées de toute atteinte à la pudeur, à la moralité et si possible des duretés de la vie. Gissing s'insurge contre ces diktats hypocrites et s'emploie à briser des tabous, particulièrement dans ses premiers romans Workers in the Dawn (Les Travailleurs de l'aube), The Unclassed (Les Déclassés), sans compter Mrs Grundy's Enemies (Les Ennemis de Mrs Grundy) que l'éditeur Bentley prend sur lui de détruire avant que les épreuves ne soient corrigées. Toute référence sexuelle se trouvant naturellement exclue, il est commercialement dans l'intérêt des bibliothèques ambulantes de veiller à la pudibonderie ambiante. Ainsi, Mudies ne retient que des ouvrages dits select (« corrects »), dûment répertoriés dans son Catalogue of New and Standard Works (« Catalogue des nouveautés et des classiques »)[85], et ses confrères s'empressent de lui emprunter le pas[86].

Gissing n'est pas le seul à s'inscrire en faux contre cet assaut de bienséance : ainsi George Moore, auquel Mudie's a refusé A Modern Lover[87] et qui reçoit pour seule réponse : « Votre livre a été jugé immoral. Deux dames de province m'ont écrit pour me signaler que la jeune fille posait comme Vénus pour le peintre. Il s'en est évidemment suivi que j'ai interdit la diffusion de votre ouvrage, à moins qu'un client n'exprimât expressément le désir de lire un roman de Mr Moore »[88],[CCom 13],[88],[89].

Quoi qu'il en soit, l'obstination de Gissing ampute ses revenus : tel son héros Reardon (La Nouvelle Bohème), n'ayant jamais consenti à compromettre sa plume pour plaire au plus grand nombre, le roman reste pour lui une œuvre d'art, non un produit commercial ; l'écrivain, pense-t-il, n'écoute que sa conscience et fuit la facilité ; sa mission est d'éduquer, non de flatter[90]. Cela dit, une fois le premier ouvrage passé qui reste statutairement à sa charge, les suivants peuvent lui assurer une certaine stabilité, le système lui offrant le choix entre un forfait ou des royalties. En général, l'auteur à ses débuts préfère la première solution, l'argent faisant toujours défaut : ainsi, Gissing a reçu 30 £ de Chapman & Hall pour The Unclassed et 150 £ pour New Grub Street, mais plus tard, rétribué au prorata des ventes, lui reviendra 20% pour les 2 500 premiers exemplaires des Carnets privés de Henry Ryecroft et 25% au-delà[90].

Une ultime réflexion[modifier | modifier le code]

Dans ce dernier livre, Gissing est revenu sur cette obstination de toute une vie et il s'est livré à une méditation sur ce qu'il appelle l'intellect et le cœur[91] :

« Foolishly arrogant as I was, I used to judge the worth of a person by his intellectual power and attainment. I could see no good where there was no logic, no charm where there was no learning. Now I think that one has to distinguish between two forms of intelligence, that of the brain, and that of the heart, and I have come to regard the second as by far the more important. I guard myself against saying that intelligence does not matter; the fool is ever as noxious as he is wearisome. But assuredly the best people I have known were saved from folly not by the intellect but by the heart. They come before me, and I see them greatly ignorant, strongly prejudiced, capable of the absurdest mis-reasoning; yet their faces shine with the supreme virtues, kindness, sweetness, modesty, generosity. Possessing these qualities, they at the same time understand how to use them; they have the intelligence of the heart. »

« [Traduction libre] En ma jeune et sotte arrogance, je jugeais la valeur d'une personne sur ses qualités et réussites intellectuelles. Là où la logique faisait défaut, je ne voyais rien de bien, lorsque le savoir n'était pas au rendez-vous, je ne trouvais aucun charme. Aujourd'hui, je pense qu'il convient de distinguer deux formes d'intelligence, celle de l'esprit et celle du cœur, et je considère désormais que la seconde est de loin la plus importante. Je me garderais de prétendre que l'intelligence n'y est pour rien : le sot reste tout aussi nocif qu'il est lassant. Pour autant, je sais pertinemment que les meilleures personnes que j'ai rencontrées ont été sauvées non par l'intellect mais par le cœur. Ils se présentent à moi et je les vois on ne saurait plus ignorants, partiaux, absurdement déraisonnables ; pourtant, leur visage s'irradie des plus suprêmes vertus, la bonté, la gentillesse, la pudeur, la générosité. Nantis de ces qualités, ils savent comment s'en servir, car ils sont doués de l'intelligence du cœur. »

Les personnages de Gissing et leur caractérisation[modifier | modifier le code]

L'œuvre de Gissing, située à la frange de l'école victorienne, ne comprend pas pléthore de personnages comme celle de ses illustres prédécesseurs, tels Thackeray, Dickens ou encore George Eliot.

(à suivre)

Œuvres[modifier | modifier le code]

Liste des œuvres commentée[modifier | modifier le code]

Les chutes du Niagara où se suicide Arthur Golding : américaines à gauche, canadiennes à droite.

Workers in the Dawn (1880)[modifier | modifier le code]

Travailleurs de l'aube est un roman semi-autobiographique[92], relatant les affres d'Arthur Golding, peintre de talent issu d'un milieu très pauvre, marié à une jeune prostituée, Carrie Mitchell, et qui finit par se suicider du haut des Chutes du Niagara. Outre son aspect psychologique, le livre a pour vocation de dénoncer certains abus d'origine socio-religieuse et aussi la négligence jugée criminelle des gouvernants. Dans une lettre adressée à son frère Algernon, Gissing se décrit comme un auteur engagé, « porte-parole du parti radical »[N 11], concluant que ce n'est pas un livre « pour femmes et enfants, mais pour des hommes en lutte et qui pensent »[N 12],[93]. D'abord intitulé Far Far Away (« Loin, très loin ») par référence à une chanson apparaissant de façon récurrente[93], le titre définitif a été choisi avant la publication : dans sa lettre à son frère, Gissing explique à ce sujet que les « personnages principaux sont des jeunes gens animés d'un réel désir de progrès, en quelque sorte comme à l'aube d'une nouvelle civilisation »[N 13],[94].

The Unclassed (1884)[modifier | modifier le code]

Écrit en 1883[95], il est révisé sur la demande de l'éditeur en février 1884, puis à nouveau peu avant la publication[96]. Il rapporte l'histoire d'Osmond Waymark, un jeune homme brillant, mais qui ne survit qu'en donnant des leçons ; il répond à une annonce publié dans un magazine et fait ainsi la connaissance de Julian Casti, à moitié Italien, qui se sent indûment rejeté par la société. Les deux apprécient leur camaraderie qui évolue peu à peu vers une franche amitié.

Isabel Clarendon (1885)[modifier | modifier le code]

Roman en demi-teinte, Isabel Clarendon tend vers le réalisme, encore qu'en conformité avec ce que Gissing apelle « le mode de présentation dramatique » (the dramatic mode of presentment), il suggère plus qu'il n'assène, offre des épisodes plutôt que des vies[97] : à son frère Algernon, l'auteur écrit : « Je pense qu'il vaut mieux raconter une histoire comme on le fait dans la vraie vie, — procéder par allusions, supputer, dire en détail ce qui peut l'être, rien de plus […] »[C 3],[98].

Thyrza (1887)[modifier | modifier le code]

Censé « contenir l'esprit même de la vie ouvrière »[C 4], il raconte l'histoire de Walter Egremont, idéaliste issu d'Oxford, qui fait des conférences littéraires aux ouvriers, dont certains travaillent à la manufacture de son père, Lambeth factory. Thyrza Trent, jeune modiste, s'éprend de lui et quitte l'intelligent Gilbert Grail à qui Egremont a confié la charge de sa bibliothèque. Thyrza aspire à la pureté et à son développement personnel, mais demeure empêtrée dans le piège de sa naissance et des circonstances de sa destinée. À elle seule, elle représente les obsessions ayant sans cesse hanté Gissing, le sexe, l'argent, la « névrose de classe », comme l'appelle Vincent de Gaulejac[99], et à travers son personnage, il expose les vices d'une société rebelle à toute transversalité. Selon Gissing, « Thyrza représente en soi l'un des plus beaux rêves que j'ai jamais eu et n'aurai jamais ; j'ai de l'estime pour ce livre, plus que pour tout autre chose que j'ai écrite »[C 5]. Les contemporains applaudirent « à la profonde compréhension de l'auteur des pauvres de Londres [et à] sa courageuse présentation de la vérité »[C 6]. Le roman sue la pauvreté des bas quartiers de Londres, « l'insigne médiocrité et l'indécrottable crasse » (meanness and inveterate grime) de Caledonian Road et de Lambeth « imprégné de la puanteur d'huiles recuites » (redolent with oleaginous matter)[100].

A Life's Morning (1888)[modifier | modifier le code]

Clerkenwell Green, l'église St. James et The Crown Tavern.

The Nether World (1889)[modifier | modifier le code]

Le Monde d'en-bas[101] est considéré comme l'un des meilleurs romans de la jeunesse de Gissing. Il concerne plusieurs familles vivant dans la pauvreté des taudis de Clerkenwell à Londres. Leurs difficultés sont décrites avec un réalisme poussé jusqu'au naturalisme : partout et toujours règnent le manque chronique d'argent et d'emploi, des conditions de vie abjectes, l'absence totale d'espoir. Nulle juxtaposition sociale n'est proposée, puisque le monde extérieur demeure absent, comme exclu de l'espace diégétique. D'après Andrew Whitehead, le Londres de The Nether World est d'une tristesse suffocante, rien ne venant atténuer le désespoir ambiant, aucun humour picaresque à la Dickens, par exemple. Le roman n'en est pas pour autant un plaidoyer pour exiger des réformes sociales, tous les remèdes possibles, le radicalisme politique, la philanthropie, la destruction des taudis, la résilience ayant démontré leur inefficacité. Parmi les personnages se trouvent de braves gens, pétris de noblesse d'âme, et certains d'aspirations esthétiques, mais la brutalité de leur pauvreté et de l'exploitation qu'ils subissent ronge leur vitalité et émousse leurs sens[102].

La baie de Naples vue depuis la péninsule de Sorrente.

The Emancipated[modifier | modifier le code]

Les Émancipés (1890)[103] relate l'histoire de la jeune veuve Miriam Baske qui quitte le rude Lancashire aux églises de pierres grises et aux cœurs de silex pour s'échapper vers le glorieux soleil et les splendeurs artistiques de l'Italie. Là, elle rencontre bientôt une foule de ses compatriotes en train de faire leur Grand Tour et, à sa grande surprise, ces Anglais ne se comportent pas sur le sol étranger comme ils le feraient chez eux : dans la baie de Naples, la passion semble avoir pris le pas sur la raison, et Miriam se demande si leurs sentiments changeront lorsqu'ils seront de retour sur leur terre natale. Assez proche de Middlemarch de George Eliot, le roman est autant une étude des mœurs de l'Époque victorienne, corsetée de préjugés et de conventions, que de l'évolution d'une femme s'ouvrant à la compréhension de l'âme humaine, laissant ainsi passer, au sein d'une période rigide et sombre, un rayon d'espoir et de liberté.

New Grub Street[modifier | modifier le code]

Grub Street (ensuite Milton Street) au XIXe siècle, représentée dans le Chambers Book of Days.

La Nouvelle Bohème (1891) concerne le monde littéraire que Gissing a connu ; le titre se réfère à une rue de Londres réputée au XVIIIe siècle pour avoir hébergé des auteurs à la peine et commis à une littérature de bas étage. Du temps de Gissing, si la rue a disparu, les plumitifs restent pléthore. Deux personnages dominent l'intrigue par leur contraste, Edwin Reardon, intellectuel timide et romancier de talent, mais peu apprécié des lecteurs, et Jasper Milvain, jeune journaliste dur à la tâche et non sans générosité, quoique cynique et à la limite de l'honnêteté dans ses écrits et ses ambitions. Le premier, habitué à se vouer à la grande littérature et refusant de flatter le mauvais goût ambiant, est conduit par l'imminence d'une déconfiture financière à s'essayer à un roman populaire : l'échec est total, son talent inné le condamnant à la qualité. Du coup, son épouse Amy, née Yule, le quitte, lassée par l'exigence de ses principes et ne supportant plus la pauvreté qu'ils engendrent[104].

L'intrigue fait intervenir les deux oncles d'Amy, John Yule, handicapé et riche, et Alfred Yule, prétendu critique qui emploie Miriam comme assistante. Après la mort de leur mère, les sœurs Milvain déménagent pour Londres et se lient d'amitié avec Miriam. Jasper Milvain est amené à la rencontrer et s'éprend aussitôt d'elle : cependant, tout en reconnaissant sa valeur intellectuelle et la force de son caractère, il n'arriva pas à franchir le pas, une épouse fortunée lui semblant indispensable à la promotion de sa carrière. Ainsi, sa résolution fluctue au gré d'un héritage promis à sa bien-aimée, d'abord fixé à 5 000, puis réduit à 1 500, et en fin de compte, les circonstances lui offrent une meilleure candidate en la personne d'Amy Reardon. Cette dernière, laissée libre après une brève réconciliation, par le décès de son mari qu'ont miné la pauvreté et sa mauvaise santé, possède l'avantage d'une dotation de 10 000 livres, à quoi s'ajoutent une beauté et une grâce naturelles augurant bien de la carrière d'un écrivain. Milvain, est-il entendu, s'unit donc avec la femme qu'il aime, mais le narrateur ne corrobore pas cette assertion, et le dénouement laisse planer le doute sur ses pensées secrètes, peut-être rongées par le remords de s'être mal conduit et le regret d'un amour sacrifié[104].

Born In Exile (1892)[modifier | modifier le code]

Né en exil, critique mordante des conséquences sociales de l'agnosticisme[105], a pour héros le jeune Godwin Peak, brillant élève d'un collège de province (le duplicata du Owen's College de Gissing). Les bouffonneries de son oncle Andrew, cockney désireux d'ouvrir une gargote à la porte du collège, le conduisent à démissionner. Il se rend à Londres où il trouve un emploi à l'École des mines (Royal School of Mines). Dix années plus tard, c'est un scientifique renommé, mais que rebutent jusqu'à la nausée les mœurs des classes inférieures et qui n'a de cesse de se frayer un chemin vers le beau monde[105].

En vacances à Exeter, il rencontre la famille Warricombe, de petite noblesse rurale (gentry), et s'éprend de leur fille Sidwell, un amour d'enfance, belle, d'une parfaite éducation et extrêmement dévote. Pour gagner ses faveurs, il se forge de toutes pièces une passion pour les ordres. En réalité, auteur d'un article satirique notoirement anti-religieux, The New Sophistry, il est démasqué par le fils des Warricombe, Buckland, son ancien condisciple au collège, qui se souvient de l'avoir entendu proclamer son athéisme. Cependant, Sidwell s’est éprise de lui, et un héritage survenu à point lui permet de demander sa main. Au dernier moment, cependant, elle ne se résoudra pas à se séparer des avantages et des valeurs de sa classe sociale, et Godwin part en Autriche où, succombant à une fièvre maligne, il meurt à Vienne en prononçant ces mots : « malade de nouveau et de nouveau seul » (ill again, and alone)[105]. Émile Henriot a vu en Godwin Peak un personnage Stendhalien et en a fait un « Julien Sorel anglais »[106].

The Odd Women (1893)[modifier | modifier le code]

Femmes en trop[107] doit d'abord son titre au fait qu'il existe en Grande-Bretagne à la fin du XIXe siècle un excédant de 1 000 000 de femmes par rapport à la population masculine. D'autre part, ces laissées pour compte se trouvent de facto différenciées de la normalité reconnue et cataloguées comme « étranges », ce qui est la deuxième acceptipn de l'adjectif odd. Le roman comprend nombre de femmes relevant de cette catégorie, ce qui permet à Gissing de mettre en scène des problèmes souvent occultés, mais latents dans les relations de genre et de classe surgissant dans la culture de l'époque victorienne finissante. Que faire en effet de ces femmes superflues, devenues inutiles ? Elles-mêmes se forgent une voie originale, ce sont les « femmes nouvelles », forcément indépendantes, se dotant d'une destinée sociale et personnelle dans un mode qui ne les attendait pas et qu'elles dérangent[108].

Le roman s’ouvre en 1872 avec la famille du Dr Madden, veuf ayant la charge de six filles de cinq à dix-neuf ans. Sans fortune, ce père s’est efforcé de donner à ses enfants une éducation sommaire, mais qu’il considère de qualité, « le meilleur des placements »[C 7]. Les années passent et l’intrigue fait un bond jusqu’à 1887, alors que les deux aînées des demoiselles Madden, Alice et Virginia, ont sombré dans la misère sociale, confinées qu’elles sont par leur éducation marginale dans des postes ancillaires épuisants et souvent non rémunérés. Tous les espoirs reposent désormais sur Monica, la benjamine, jeune femme d’une grande beauté asservie dans une boutique où, mal nourrie et surmenée, elle travaille six jours par semaine et dix-huit heures par jour.

Entre alors en scène une militante féministe, Rhoda Nunn, ancienne connaissance des sœurs Madden, aujourd’hui étudiante formant de futures employées de bureau dans l’école de Miss Barfoot, philanthrope de renom[109]

  • In the Year of Jubilee (1894)
  • Eve's Ransom (1895)
  • The Paying Guest (1895)
  • Sleeping Fires (1895)
  • The Whirlpool (1897)
  • The Town Traveller (1898)
  • Charles Dickens: A Critical Study (1898)
  • The Crown Of Life (1899)
  • By the Ionian Sea, Notes on a Ramble in the South of Italy (1901)
  • Our Friend the Charlatan (1901)
  • The Private Papers of Henry Ryecroft (1903)
  • Will Warburton (1905)
  • Veranilda (1903, inachevé)
  • Stories and Sketches, posthume, 1938, préface de Alfred C. Gissing.

Traductions disponibles[modifier | modifier le code]

  • George Gissing (trad. Hephell), Demos, histoire du socialisme anglais [« Demos, A History of English Socialism »], Paris, Hachette, .
  • George Gissing (trad. G. Art), La Rançon d'Ève [« Eve's Ransom »], Paris, Calmann-Lévy, .
  • George Gissing (trad. Gabrielle Fleury), La Rue des Meurt-de-faim [« New Grub Street »], Paris, Éditions de la Revue blanche, .
  • George Gissing (trad. Ève Paul-Margueritte), Thyrza, coll. « Stella », .
  • George Gissing (trad. Marie Canavaggia), Né en exil [« Born in Exile »], Éditions du siècle, .
  • George Gissing (trad. Pierre Coustillas, éditeur scientifique), Les Carnets de Henry Ryecroft [« The Private Papers of Henry Ryecroft »], Paris, Aubier-Montaigne (Clamecy, impr. Laballery et Cie), coll. « Collection bilingue des classiques étrangers. - Texte anglais avec traduction française en regard », , 544 p., 18,5 x 3,5 x 12 cm (ISBN 2700712269)
  • George Gissing (trad. Pierre Coustillas, éditeur scientifique, et Suzanne Calbris), La Nouvelle Bohème [« New Grub Street »], Lille, Presses universitaires de Lille, coll. « Série : Traduit de l'anglais », , 455 p., 24cm (ISBN 2-85939-094-4)
  • George Gissing (trad. Pierre Coustillas, éditeur scientifique, et Suzanne Calbris), Femmes en trop [« The Odd Women »], Lille, Presses universitaires de Lille, coll. « Série : Traduit de l'anglais », , 365 p., 24cm (ISBN 2-85939-194-0)
  • George Gissing (trad. Pierre Coustillas, éditeur scientifique, et Hélène Coustillas), Sur les rives de la mer Ionienne : notes de voyage en Italie du Sud [« By the Ionian Sea, Notes of a Ramble in Southern Italy »], Villeneuve-d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Littératures étrangères. Études anglaises », , 201 p., 24 cm (ISBN 2-85939-529-6)
  • George Gissing (trad. Pierre Coustillas), La Chance de sa vie et autres nouvelles, Dijon, Universitaires de Dijon, éds., , 181 p., 21 x 14 (ISBN 2364410975)
  • (en) Pierre Coustillas, Oxford Dictionary of National Biography, Oxford, Oxford University Press, (lire en ligne)

Influence[modifier | modifier le code]

Peter Ackroyd en 2007, par Antony Medley.
  • John Keahey reprend l’itinéraire de Gissing dans son livre Pays de douceur et de gloire : Sur les pas de George Gissing dans À la mer Ionienne (A Sweet and Glorious Land: Revisiting the Ionian Sea)[110].
  • Le roman de Gissing Femmes en trop (Odd Women) se trouve mentionné par George Orwell dans son livre Et vive l'Aspidistra ! (Keep the Aspidistra Flying) (1936)[111].
  • George Gissing est l'un des personnages du roman Le golem de londres (Dan Leno and the Limehouse Golem) de Peter Ackroyd[112].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Points de repères[modifier | modifier le code]

Bibliographies[modifier | modifier le code]

Quelques ouvrages généraux restent des instruments bibliographiques importants : ainsi * (en) Joane Shattock, éditeur scientifique, The New Cambridge Bibliography of English Literature (1800-1900), vol. 4, Cambridge, Cambridge University Press, 1536 p., 270 x 97 x 214 mm (ISBN 9780521391009), bien qu'il n'aille pas au-delà de 1965-1966. Demeure bien informé, par son article sur Gissing dû à * (en) Jacob Korg (Lionel Stevenson), « George Gissing », Victorian Fiction : a Guide to Research, Cambridge, Mass., Harvard University Press,‎ , 23 cm, que complète un supplément substantiel * (en) Bibliography of Writing about Him, De Kalb, Illinois, Northern Illinois University Press, , 156 p., renvoyant à de nombreux comptes rendus et articles depuis les journaux victoriens jusqu'à 1970[113]. Deux articles bibliographiques, tous deux très documentés, font l'inventaire des études de la fin des années 1970 sur Gissing : * (en) Jacob Korg, éditeur scientifique, « George Gissing: A Survey of Research and Criticism », British Studies Monitor,‎ , p. 5-33 et * (en) John Halperin, éditeur scientifique, « The Gissing Revival, 1961-1974 », Studies in the Novel,‎ , p. 103-120[113].

Biographies[modifier | modifier le code]

Des diverses biographies de Gissing, outre la monumentale étude de Pierre Coustillas en trois parties, * (en) Pierre Coustillas, The Heroic Life of George Gissing, Part I: 1857–1888, Londres, Pickering & Chatto Publishers, , x + 366 p. (ISBN 978 1 84893 171 8) Document utilisé pour la rédaction de l’article, * (en) Pierre Coustillas, The Heroic Life of George Gissing, Part II : 1888-1897, Londres, Pickering & Chatto Publishers, , 373 p. (ISBN 9781848931732) Document utilisé pour la rédaction de l’article, * (en) Pierre Coustillas, The Heroic Life of George Gissing, Part III : 1897-1903, Pickering & Chatto Publishers, , 363 p. (ISBN 9781848931756, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article, la plus fiable reste celle de Jakob Korg, publiée conjointement à Seattle et à Londres en 1965, puis reprise en 1975. Elle se démarque par exemple de Morley Roberts, The Private Life of Henry Maitland : A Record dictated by J. H., , 319 p. (ISBN 0144921367) Document utilisé pour la rédaction de l’article qui n'est vraiment lisible que dans l'édition annotée par Morland Bishop chez Richards Press de 1958. De même, l'ouvrage * (en) Mabel Collins Donnelly, George Gissing, Grave Comedian, Cambridge, Harvard University Press, comporte des erreurs, surtout sur les dernières années du romancier qui ont depuis bénéficiées de substantielles recherches[113].

Correspondance[modifier | modifier le code]

La correspondances de Gissing est dispersée dans plusieurs volumes, lettres à sa famille * (en) George Gissing (Algernon Gissing et Ellen Gissing), Letters of George Gissing to Members of his Family, Londres, Constable & Company Ltd., , avec des déclarations d'intentions littéraires dans les années précédant 1891, à H. G. Wells * (en) Royal A. Gettmann, éditeur scientifique, George Gissing and H. G. Wells, Their Friendship and Correspondance, New Brunswick, New Jersey, Rutgers University Press, , à Eduard Bertz * (en) Arthur C. Young, éditeur scientifique, The Letters of George Gissing to Edward Bertz, New Brunswick, NJ, Rutgers University Press, , xl + 337 p., 8vo, cloth, à Gabrielle Fleury * (en) George Gissing, Letters of George Gissing to Gabrielle Fleury, New York, New York Public Library, , Textbook Binding (ISBN 0871041065), à Henry Hick (1973), à Edward Clodd (1973). La correspondance avec Wells contient plusieurs articles de ce dernier qui restent de facture très personnelle, accusant, par exemple, The Whirlpool d'utiliser un langage impérialiste, ce que Coustillas dément formellement, en particulier dans * (en) George Gissing, Jacob Korg et Berg Collection, George Gissing's commonplace book : a manuscript in the Berg Collection of the New York Public Library [« Livre de raison de George Gissing »], New York, New York Public Library, (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article, source principale des Carnet privés d'Henry Ryecroft, recèle maints renseignements sur les préoccupations de l'auteur qui engrange à chacune de ses brèves sorties et au cours de ses voyages en Europe, ses idées sur la science, la démocratie, le stoïcisme, la mort, la conscription, la presse, etc.[113],[114].

L'étude de Jacob et Cynthia Korg, Londres (Bloomsbury), Enitharnon Press, 1978, concentre surtout des textes de Gissing sur l'art du roman, par exemple « Pourquoi je n'écris pas de pièces » (Why I don't Write Plays) ou « Place du réalisme dans la fiction » (The Place of Realism in Fiction), etc. Dans la même veine, un texte philosophique d'importance, « L'Espérance du pessimisme » (The Hope of Pessimism) peut être trouvé dans * (en) Pierre Coustillas, éditeur scientifique, George Gissing, Essays and Fiction, Baltimore, John Hopkins University Press, (ISBN 0801811155) Document utilisé pour la rédaction de l’article ; écrit à l'automne de 1882, l'essai révèle que Gissing tourne le dos au positivisme dans les année 1878-1888 pour embrasser le « pessimisme consolateur » de Arthur Schopenhauer, ce qui a pour effet d'accentuer son apitoiement sur lui-même, tels ses personnages Reardon et Biffen dans La Nouvelle Bohême, et Peak dans Born in Exile[113].

Études critiques sur George Gissing et ses œuvres[modifier | modifier le code]

Pierre Coustillas récuse * (en) Frank Swinnerton, George Gissing A Critical Study, Londres, Martin Secker, (lire en ligne) qu'il considère comme relevant « de la calomnie plus que de la critique littéraire » Document utilisé pour la rédaction de l’article[113]. Cependant, les livres qui ont suivi, surtout * (en) May Yates, George Gissing, an Appreciation, Kessinger Publishing, , 122 p. (ISBN 1164215477), * (en) Ruth Capers Mckay, George Gissing and his Critic Frank Swinnerton, Internet Archive, Norwood Editions, Open Library, , 111 p. (ISBN 0883054493) et * (en) Samuel Vogt Gapp, George Gissing, Classicist, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, , 210 p., numérisé en juillet 2007, ont offert d'intelligentes réhabilitations[113].

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Sont également signalés * (en) Oswald H. Davis (Pierre Coustillas, introduction), George Gissing: A Study in Literary Leanings, Johnson, , 109 p., peut-être péchant par excès d'enthousiasme, * (en) Gillian Tindall, The Born Exile: George Gissing, Isleworth, Middlesex, Maurice Temple Smith Ltd, , 296 p., 21.8 x 14.5 x 2.5 cm (ISBN 085117051X) et * (en) Adrian Poole (Pierre Coustillas, introduction), Gissing in Context, Lanham, Maryland, Rowman and Littlefield, , 231 p. (ISBN 0874717442) Document utilisé pour la rédaction de l’article, qui reconnaissent à Gissing la place que les Victoriens lui ont assignée d'emblée. La somme des critiques victoriennes se trouve ramassées dans l'anthologie * (en) George Gissing (Pierre Coustillas, éditeur scientifique), George Gissing: The Critical Heritage, London ; Boston, Routledge and Kegan Paul, coll. « The Critical heritage series », , xvii, 563 p., 23 cm (ISBN 0710073674) Document utilisé pour la rédaction de l’article : l'ouvrage comprend 191 comptes rendus ou articles allant de 1880 à 1912 ; parmi leurs auteurs figurent George Saintsbury , Harold Frederic, H. G. Wells, Henry James, Arnold Bennett, William Leonard Courtney, Edward Garnett, Paul Elmer More et Virginia Woolf[113].

Dans la même veine se situe * Pierre Coustillas, éditeur scientifique, Collected Articles on George Gissing, Londres, F. Class, , regroupant dans une première partie des études générales telles que George Gissing, Humanist de Stanley Alden, George Gissing as a Portrayer of Society de John Middleton Murry et George Orwell et Division of Purpose in George Gissing de Jacob Korg qui met en lumière le conflit ayant existé chez le romancier entre le réformateur social et l'artiste ; la deuxième partie relève trois influences capitales, l'antiquité gréco-latine, le roman russe et le philosophe Schopenhauer ; la troisième rassemble des textes de Irving Howe et V. S. Pritchett sur La Vie de Bohême, Né en exil, Le Tourbillon et les Carnets privés de Henry Ryecroft[113].

Études critiques sur les angles d'étude de George Gissing[modifier | modifier le code]

Trois rubriques principales sont à considérer : la vie littéraire, l'arrière-plan social et politique, tant urbain que rural, la condition féminine et les « femmes nouvelles »[113].

1) Sur la vie littéraire, une première approche peut être trouvée dans * (en) J. W. Saunders, The Profession of English Letters, Abingdon, Oxon., Routledge, coll. « Studies in Social History », , 274 p., 15.6 x 1.6 x 23.4 cm (ISBN 0415850185) et * (en) John Gross, The Rise and Fall of the Man of Letters : English Literary Life since 1800, New York, Ivan R. Dee, , 368 p., 5.8 x 1 x 8.2 inches (ISBN 1566630002) Document utilisé pour la rédaction de l’article. Le problème du roman en trois volumes, véritable personnage dans certaines œuvres de Gissing, en particulier dans La Vie de Bohême (New Grub Street), est étudié dans * (en) Guinevere L. Griest, Mudie's Circulating Library and the Victorian Novel, David and Charles, , 288 p., 21.6 x 14.2 x 2.4 cm (ISBN 0715353098) et dans * Pierre Coustillas, Jean-PIerre Petit et Jean Raimond, Le Roman anglais au XIXe siècle, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Le Monde anglophone », (ISBN 2130353363) Document utilisé pour la rédaction de l’article. Les canons de la critique littéraire à l'époque de Gissing sont rappelés dans * (en) Kenneth Graham, English Criticism of the Novel : 1865-1900, Oxford, Clarendon Press, , 148 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article. De plus, le livre présentant le mieux la culture de masse restant à l'arrière-plan de l'œuvre de Gissing, reste * (en) Richard Attick, The English Common Reader, 1800-1900, [113].

2) La toile de fond sociale et politique s'est vue analysée avec pertinence par * (en) Raymond Williams, Culture et Society, Londres, Chatto and Windus, (ISBN 0-7012-0792-2), * (en) Raymond William, The Country and the City, Spokesman Books, , 336 p. (ISBN 0851247997), * (en) Raymond William, The Long Revolution, Cardigan, Parthian Books, réédition, , 360 p., 12.7 x 2.8 x 20.3 cm (ISBN 1908069716). Un complément centré sur la civilisation urbaine peut être trouvé dans * (en) Asa Briggs, Victorian Cities, Berkeley, Los Angeles, University of California Press, , 411 p. (ISBN 0520079221). Enfin, la question se trouve dans l'ensemble condensée dans * (en) Malcom Bradbury, The Social Context of Modern English Literature, New York, Schocken Books; First Edition, First Printing edition, , 8.6 x 5.5 x 0.7 inches (ISBN 0805234063) Document utilisé pour la rédaction de l’article. Enfin, un article en français permet de faire le point de la culture prolétarienne florissante dans les clubs ouvriers * François Bédarida, « Le mouvement ouvrier britannique : esquisse historique », Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, Paris, Maitron : éditions de l'Atelier,‎ (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article,,[21][113].

3) La condition féminine et les « femmes nouvelles », soit Amy Reardon et Marian Yule (La Vie de Bohême), pouvant être abordées de multiples façons, divers points de vue sont présentés dans * (en) Duncan Crow, The Victorian Woman, New York, Stein and Day Pub, , 351 p. (ISBN 0812814479), * (en) Jenni Calder, Women and Marriage in Victorian Fiction, Oxford, Oxford University Press, , 223 p., 20.6 x 14 x 2.8 cm (ISBN 0195198565) Document utilisé pour la rédaction de l’article, * (en) John Middleton Murray, Katherine Mansfield and other Literary Studies, London, Constable, , 162 p., p. 3-68 et * (en) LLoyd Fernando, New Women in the Late Victorian Novel, University Park, Pennsylvanie, The Pennsylvania State University Press, , 206 p., 6" × 9" Document utilisé pour la rédaction de l’article[113].

Autres (non classés)[modifier | modifier le code]
  • Madeleine Cazamian, Le Roman et les Idées en Angleterre, vol. 1, L'Influence de la science, University of Michigan, Istra, , p. 302-371 Document utilisé pour la rédaction de l’article.
  • (en) Edward Clodd, Memories, Londres, Watts & Co., , « 15 ».
  • (en) Jacob Korg, « George Gissing's Outcast Intellectuals », American Scholar, vol. XIX,‎ , p. 194-202 Document utilisé pour la rédaction de l’article.
  • (en) Joseph J. Wolff, « Gissing's revision of "The Unclassed" », Nineteenth-Century Fiction, vol. 8, no 1,‎ (JSTOR 3044275).
  • (en) Jakob Korg, « Division of Purpose in George Gissing » [« Absence d'unicité de but chez George Gissing »], Modern Language Association, New York, PMLA, vol. 70, no 3,‎ , p. 323-326.
  • (en) Collectif (Pierre Coustillas, éditeur scientifique), Gissing Journal, Wakefield, Gissing Trust, revue trimestrielle.
  • (en) C. J. Francis, « Gissing's Characterisation: Heredity and Environment », Gissing's Newsletter, Lille, Presses Universitaires de Lille III,‎ .
  • (en) P.J. Keating, « George Gissing: New Grub Street », Studies in English literature, Londres, E. Arnold, no 33,‎ (ISSN 0585-668X) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Jacob Korg, George Gissing: A Critical Biography, Taylor & Francis, . Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Fredric Jameson, « Authentic Ressentiment: The Experimental Novels of Gissing », Nineteenth-Century Fiction,‎ , p. 127-149 Document utilisé pour la rédaction de l’article.
  • (en) Jacob Korg (Richard A. Levine), « George Gissing, Humanist in Exile », The Victorian Experience : The Novelists, Athens, Ohio, Ohio University Press,‎ , p. 239-273 Document utilisé pour la rédaction de l’article.
  • George Gissing, La Nouvelle Bohême, Lille, Presses Universitaires de Lille, , 456 p. (ISBN 2-85939-094-4) Document utilisé pour la rédaction de l’article.
  • (en) Pierre Coustilllas, New Grub Street : cours d'Agrégation, Vanves, CNED : Centre National d'Éducation à Distance, , 178 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (fr) Pierre Coustilllas, George Gissing, Nouvelles choisies, Lille, Presses universitaires de Lille, (ISBN 2-85939-254-8)
  • (en) Collectif, The Gissing Newsletter, Lille, Université de Lille, 1990-2000 (lire en ligne)
  • (en) Pierre Coustillas, George Gissing: The Critical Heritage, Psychology Press, , 49 sq. p. (ISBN 978-0-415-13468-2, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article.
  • (en) Pierre Coustillas, Oxford Dictionary of National Biography, Oxford, Oxford University Press, , « Gissing, George Robert (1857–1903) » Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Richard Pearson, Critical Survey, vol. XVI, , chap. 1 (« George Gissing and the Ethnographer's 'I' ») [« George Gissing et le Moi de l'ethnographe »], p. 35–51.
  • (en) Deborah McDonald, Clara Collet 1860–1948: An Educated Working Woman, Londres, Woburn Press, Document utilisé pour la rédaction de l’article.
  • (en) John D. Gordon, George Gissing, 1857-1903 : An Exhibition from the Berg Collection, New York, The New York Public Library, .
  • (en) Barbara Rawlinson, A Man of Many Parts: Gissing's Short Stories, Essays and Other Works, Rodopi, (ISBN 978-90-420-2085-6).
  • (en) Graham Law, « A Vile Way of Publishing: Gissing and Serials », Victorian Review, vol. 33, no 1,‎ , p. 82–83 (JSTOR 27793626).
  • (en) Paul Delany, George Gissing: A Life, Londres, Weidenfeld & Nicolson, , 472 p. (ISBN 0297852124).Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) John Goode, New Grub Street; Chronology of George Gissing, Oxford, Oxford World's Classics, , 576 p. (ISBN 0199538298) Document utilisé pour la rédaction de l’article.
  • (en) David Grylls, The Paradox of Gissing, Londres, Routledge Library Editions, coll. « The Nineteenth-Century Novel », , 242 p. (ISBN 1317232801)
  • (en) George Gissing, The Private Papers of Henry Ryecroft, Auckland, The Floating Press, , 250 p. (ISBN 1776599616) Document utilisé pour la rédaction de l’article.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Citations originales de l'auteur[modifier | modifier le code]

  1. « On my way home at night an anguish of suffering in the thought that I can never hope to have an intellectual companion at home. Condemned for ever to associate with inferiors - and so crassly unintelligent. Never a word exchanged on anything but the paltry everyday life of the household. Never a word to me, from anyone, of understanding, sympathy or of encouragement. ».
  2. « Sir, all the arguments which are brought to represent poverty as no evil, show it to be evidently a great evil. You never find people labouring to convince you that you may live very happily upon a plentiful fortume. »
  3. « The old novelist is omniscient; I think it is better to tell a story precisely as one does in real life, — hinting, surmising, telling in detail what can so be told, and no more […] ».
  4. « contain the very spirit of London working-class life ».
  5. « Thyrza herself is one of the most beautiful dreams I ever had or shall have. I value the book really more than anything I have yet done. ».
  6. « profound […] knowledge of the London poor [and his] courageous presentation of truth. ».
  7. « the best way to save money ».

Citations originales des commentateurs[modifier | modifier le code]

  1. « his quest for the absolute, his idealism, his poor knowledge of the harshest realities of existence ».
  2. « commensurate with his despair. »
  3. « no longer the glorious, indefatigable, impracticable youth of the London flat, but a damaged and ailing man, full of ill-advised precautions against the imaginary illnesses that were his interpretations of a general malaise. ».
  4. « there is as much difference between a lettered man and an unlettered man as between the living and the dead. »
  5. « in a materialist age, he was a genuine humanist »
  6. « his work as a whole constitutes an original testimony on English society in his time. ».
  7. « he has not been popular because he did not brighten his philosophy with present compensations and future hopes, and because he did not have the gift of alleviating pain with laughter. »
  8. « one of the most original, daring and conscientious workers in fiction. »
  9. « [the] soundest of the Dickens critics, a man of genius ».
  10. « perhaps the best novelist England has produced ».
  11. « the tribe of literary hacks ».
  12. « much inhabited by writers of small histories, dictionaries and temporary poems. ».
  13. « Your book was considered immoral. Two ladies from the country wrote to me objecting to that scene where the girl sat to the artist as a model for Venus. After that I naturally refused to circulate your book, unIess any customer said he wanted particularly to read Mr. Moore's novel. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Owens College a été fondé en 1851 par John Owens, riche dissident. L'établissement est ensuite devenu l'Université Victoria de Manchester, avant d'être fusionné en 2004 avec l'Institut de sciences et technologies au sein de l'Université de Manchester.
  2. Le baccalauréat dans le système universitaire anglo-saxon (en anglais baccalaureate ou bachelor’s degree, bachelor ou encore simplement degree) est un grade sanctionnant les trois ou quatre premières années universitaires, clôturant le premier cycle des études supérieures (cycle undergraduate en anglais, cycle prégraduat)
  3. Le roman dit « à trois étages » (three-decker) a été la perte d'écrivains comme Gissing manquant de souffle pour tenir le lecteur en haleine pendant trois volumes.
  4. Une « grisette » était, dans le vocabulaire du XIXe siècle une jeune ouvrière de la mode (passementière, drapière, boutonnière, etc.) coquette et galante, terme souvent employé avec une connotation de prostitution occasionnelle.
  5. Le climat du sud-ouest de la France est à l'époque réputé pour les affections pulmonaires.
  6. (en) « Tombe de George Gissing », sur Find a Grave.
  7. Il s'agit du Quartier-Latin.
  8. Gissing visita la morgue à Paris pendant son premier séjour en 1886
  9. Ces écoles ont été d'abord appelées Board Schools parce qu'elles dépendaient du School Board (« Administration scolaire »). C'est ainsi que Gissing les nomme dans ses ouvrages. Ensuite, elles devinrent des State Schools (« École d'État »)
  10. La maison A. P. Watt existe toujours.
  11. « a mouthpiece of the Radical party ».
  12. « It is not a book for women and children, but for thinking and struggling men ».
  13. « [the] principal characters are earnest young people striving for improvement in, as it were, the dawn of a new phase of our civilization ».

Références[modifier | modifier le code]

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