Évangiles

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Cet article traite principalement des évangiles en tant que livres. Pour la diffusion de l'évangile en tant que « bonne nouvelle » du christianisme, voir Évangélisation.
Les Quatre Évangélistes, retable de la chapelle du château de Blutenburg, Munich

Un évangile (du latin evangelium, lui-même emprunté au grec ancien εὐαγγέλιον / euaggélion, « bonne nouvelle ») est un écrit en langue grecque qui relate la vie et l'enseignement de Jésus de Nazareth, appelé par les chrétiens Jésus-Christ. De nombreux évangiles ont circulé pendant les premiers siècles du christianisme.

Quatre sont reconnus comme canoniques par les Églises chrétiennes : les évangiles dits selon Matthieu, Marc, Luc et Jean. Ils forment la partie la plus longue du Nouveau Testament.

Les autres évangiles, non reconnus, sont dits apocryphes.

Étymologie et définitions[modifier | modifier le code]

Le mot « évangile », du grec ancien εὐαγγέλιον (euaggélion), signifie « bonne nouvelle ». Cette « bonne nouvelle », pour l'ensemble du christianisme, est l’annonce du salut éternel de quiconque se repent de ses péchés et place sa foi en Jésus-Christ[1]. Elle implique que la rédemption par le Christ a eu lieu une fois pour toutes, de même que la Révélation est complète et n'offre pas matière à des ajouts ultérieurs.

La diffusion de ce message chrétien à travers le monde, souvent appelée « annonce de la bonne nouvelle », porte le nom d'évangélisation.

C'est à partir du IIe siècle que le mot désigne également un récit de la vie de Jésus de Nazareth. Dans ce second sens, un « évangile » constitue un genre littéraire propre qui traite de cette même « bonne nouvelle »[1]. Il est mis par écrit, par les Quatre Évangélistes, pour les générations futures. Ce sont les quatre évangiles canoniques : selon Matthieu, Marc, Luc et Jean. Dans un sens plus général, « l'Évangile », sans autre précision, désigne l'ensemble de ces quatre évangiles[1].

Enfin, il existe d'autres textes plus tardifs et non reconnus par le christianisme : les évangiles dits « apocryphes »[1]. Certains d'entre eux, en particulier ceux de Jacques et de Thomas, retiennent l'attention des chercheurs en raison des indications historiques qu'ils apportent sur la formation du christianisme.

Les évangiles canoniques[modifier | modifier le code]

Les évangiles canoniques sont les quatre évangiles reconnus par les Églises chrétiennes catholique, protestantes et orthodoxes.

Attribution traditionnelle[modifier | modifier le code]

Les évangiles canoniques sont attribués par la tradition chrétienne à des disciples de Jésus (pour l'Évangile selon Matthieu et l'Évangile selon Jean), ou à des proches de ses disciples (pour l'évangile selon Marc et l'évangile selon Luc).

Le plus ancien témoin littéraire de l'attribution traditionnelle des Évangiles à ces auteurs est daté de la seconde moitié du IIe siècle[2], comme en attestent les écrits d'Irénée de Lyon.

Attribution historique, datation et composition[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Datation de la Bible.

Les premières attestations d'une vie de Jésus rédigée en langue hébraïque et attribuées à Marc et Matthieu se trouvent chez Eusèbe de Césarée[3] qui l'attribue à Papias d'Hiérapolis, évêque du IIe siècle[4]. Ces attributions ne sont pas reconnues par les historiens. Les évangiles ont été écrits en plusieurs phases, par la deuxième ou troisième génération de disciples, dans une fourchette qui oscille entre 65 et 95, d'après les différentes options historiographiques. Michel Quesnel parle de 65 et 95[5], comme la majorité des historiens et des exégètes, et Raymond Edward Brown[6] donne la fourchette 70-années 90, à plus ou moins 10 ans près. Les textes sont le fruit d'un long processus de recueil des paroles de Jésus de Nazareth. Ces paroles, parfois adaptées voire complétées, sont reprises dans les diverses situations de la vie des premières communautés chrétiennes et ensuite agencées à la manière d'une Vie (une Vita) à l'antique, qui ne relève cependant aucunement de la biographie[7]. Ils ne seront par ailleurs appelés évangiles que vers 150[8]. Les historiens et exégètes continuent d'employer l'expression « Évangile de » plutôt que « Évangile attribué à » même si cela masque l'histoire complexe de sa rédaction et de ses différents scripteurs, car l'expression traditionnelle renvoie à l'image globale de l'énonciateur de l'Évangile lu en synchronie[9].

Si les spécialistes insistent sur les difficultés d'une datation plus précise de ces écrits, l'ordre chronologique de leur apparition est admis par la plupart d'entre eux. Les évangiles ne sont pas les textes les plus anciens du Nouveau Testament : leur rédaction est précédée par d'autres, comme une partie des épîtres de Paul (50 - 57) ou par l'épître de Jacques (vers 60). Le premier évangile est celui de Marc, écrit vers 70 à l'exception de la finale Marc 16, largement ultérieure. Vers 80-90, en tout cas après l'an 70, suit l'évangile selon Matthieu. L'évangile selon Luc, rédigé séparément de celui de Matthieu mais à peu près contemporain, est daté de 80-85 et son auteur est sans doute le même que celui des Actes des apôtres, écrits vers la même époque et dans un même style littéraire. Pour finir, celui selon Jean se situe entre 90 et 100[10], voire 110[11].

Les évangiles selon Matthieu, Marc et Luc, qui racontent l'histoire de Jésus d'un point de vue relativement semblable, sont dits « synoptiques ». L'Évangile selon Jean relève d'une autre christologie, appelée « johannique ».

Les synoptiques et le quatrième évangile[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Problème synoptique.

Les trois premiers évangiles (par ordre chronologique, Marc, Matthieu et Luc) sont qualifiés de « synoptiques » car ils présentent plus ou moins les mêmes épisodes, par opposition au quatrième, celui de Jean, plus tardif, qui fait état d'une vision différente du message chrétien, plus mystique.

Une autre différence est que les synoptiques comptent une cinquantaine de paraboles au total, alors que l'Évangile selon Jean n'en contient aucune.

Selon la théorie des deux sources, admise par la quasi-totalité des chercheurs, les parties communes à Matthieu et à Luc dépendent à la fois de l'évangile selon Marc et d'un document perdu appelé la source Q[12].

Transmission et établissement des textes canoniques[modifier | modifier le code]

Transmission[modifier | modifier le code]

Les récits évangéliques sont marqués, comme la plupart des textes de la Bible, par de nombreuses structures orales. Les travaux du jésuite Marcel Jousse ont montré l'importance de cette oralité dans les quatre évangiles. Cette approche permet de redonner vie aux Évangiles par une approche anthropologique du texte. Plus proche de nous, Pierre Perrier a tenté de retrouver les collections orales primitives mises en ordre par les apôtres avant la mise par écrit des Évangiles.

Manuscrits[modifier | modifier le code]

Le Papyrus P52, qui contient deux passages du chapitre 18 de l'Évangile selon Jean.

Le plus ancien fragment reconnu d'un évangile est le Papyrus P52, daté d'environ 125 et qui est un très court extrait de l'évangile selon Jean.

Les principaux codex contenant des versions à peu près complètes des évangiles, écrits en langue grecque, sont le codex Vaticanus et le codex Sinaiticus qui datent du milieu du IVe siècle.

Problème du canon[modifier | modifier le code]

La thèse du XIXe siècle selon laquelle Papias d'Hiérapolis serait le témoin au début du IIe siècle d'un recueil (quasi) canonique des quatre évangiles n'est plus retenue par la critique actuelle[13].

À la fin du IIe siècle, les témoignages concordants de Clément d'Alexandrie, Tertullien et d'Irénée de Lyon (voir par exemple le Contre les hérésies, daté de 180 environ) suggèrent que les quatre évangiles sont réputés canoniques pour l'Église de Rome[14]. À peu près à la même époque, aurait été établi à Rome le premier canon, plus tard connu sous le nom de canon de Muratori qui correspond au refus d'inclure les autres évangiles apocryphes qui commencent à circuler au IIe siècle[15].

Le concile de Laodicée, vers 363, est un des premiers conciles qui confirment la limitation du nombre des Évangiles canoniques à quatre. Enfin en 495, le Décret de Gélase fixe le contenu des Évangiles du Nouveau Testament et liste les évangiles apocryphes qui sont interdits à la lecture[16].

Concordance[modifier | modifier le code]

À partir de la fin du IIe siècle, se pose la question de la concordance des quatre évangiles canoniques et de la synthèse qu'ils peuvent offrir sur la vie et l'enseignement de Jésus. Un nouveau genre littéraire apparaît alors, celui de l'« harmonie des Évangiles » : il s'agit d'ouvrages de compilation qui reprennent par ordre chronologique les éléments de la vie de Jésus contenus dans chacun des quatre textes.

Parmi les plus anciennes « harmonies évangéliques » figurent le Diatessaron, les canons eusébiens et le De consensu evangelistarum d'Augustin d'Hippone. La tradition s'est perpétuée au long des siècles chez les catholiques comme chez les protestants, avec des auteurs tels que Gerson et Calvin ou au XXe siècle Xavier Léon-Dufour[17] et Kurt Aland.

Les évangiles apocryphes[modifier | modifier le code]

Les récits de la vie de Jésus qui n'ont pas été retenus comme faisant partie du canon officiel ont été désignés sous le terme d'« évangiles apocryphes » (étymologiquement : « évangiles cachés »). Ils ont été longtemps délaissés, mais l'exégèse moderne s'y intéresse à nouveau.

Les artistes, au cours des âges, en ont souvent retenu des légendes pieuses qui ont joué un assez grand rôle. Des collections de maximes, comme l'Évangile de Thomas, revêtent un intérêt historique. De même, l'Évangile de Pierre, dont un fragment a été retrouvé en Égypte en 1884, est le seul à contenir une description de la résurrection de Jésus. Elles semblent défendre des doctrines gnostiques. Certains de ces évangiles sont proches de légendes populaires tendant à combler les vides du récit des quatre évangiles réputés plus anciens. Parmi les traditions bien présentes dans l'Église catholique mais n'apparaissant pas dans les évangiles officiels, on trouve le nom des parents de Marie, mère de Jésus (qui se prénommeraient Anne et Joachim), ou la présence du bœuf et de l'âne dans la crèche où est né Jésus.

Exégèse des évangiles canoniques[modifier | modifier le code]

Pour définir le sens des évangiles, les chercheurs et les théologiens ont recours à l'exégèse. Cette discipline existe dès le XVIe siècle dans la tradition protestante, suivie à partir du XVIIe siècle par quelques auteurs catholiques qui se heurtent à l'opposition de l'Église. L'exégèse historico-critique, en particulier, est condamnée jusqu'au XXe siècle.

Pendant le concile Vatican II, la Commission biblique pontificale publie une Instruction sur la vérité historique des évangiles (21 avril 1964) qui est favorablement accueillie comme guide de travail par les exégètes, puis l'Église catholique accepte officiellement, dans sa constitution Dei Verbum de 1965, l'utilisation de la méthode historico-critique. L'encyclique Fides et ratio (numéro 94) précise quelques années plus tard :

« En ce qui concerne les textes bibliques, et les évangiles en particulier, leur vérité ne se réduit assurément pas au récit d'événements purement historiques ou à la révélation de faits neutres, comme le voudrait le positivisme historiciste. Au contraire, ces textes exposent des événements dont la vérité se situe au-delà du simple fait historique : elle se trouve dans leur signification dans et pour l'histoire du salut. Cette vérité reçoit sa pleine explicitation dans la lecture que l'Église poursuit au long des siècles, en gardant immuable le sens originel. Il est donc urgent que l'on s'interroge également du point de vue philosophique sur le rapport qui existe entre le fait et sa signification, rapport qui constitue le sens spécifique de l'histoire. »

Cette instruction reçoit une confirmation des exégètes actuels, qui voient dans les évangiles des œuvres théologiques dont les auteurs ont plus une visée doctrinale qu'un souci historique[18],[19].

Sources primaires[modifier | modifier le code]

Clément de Rome[modifier | modifier le code]

La tradition[n 1] attribue depuis le IIe siècle à Clément de Rome une lettre anonyme — connue sous le nom de Épître de Clément aux Corinthiens — adressée depuis Rome à la communauté chrétienne de Corinthe, aux alentours de 95[n 2] . L'auteur du texte ne semble pas connaître d'évangile mais fait grand usage de l'Ancien Testament. Ses citations sont de forme libres, basées sur la Septante.
  1. Il accorde le statut d'Écriture à des textes aujourd'hui perdus, à des midrachim pecharim (interprétations reçues et actualisantes) ;
  2. Comme écriture proprement chrétienne, il fait explicitement référence (47,1-4) à la première épître de Paul aux Corinthiens (1 Co 3,1-4), il reprend le thème de l'Église, corps de Christ (37,5; 38) ; il partage beaucoup d'images avec l’Épître aux Hébreux (17-19; 36) ; l'envoi en mission (42) évoque Matthieu (Mt 28,10-20), Marc (Mc 16,15) et Jean (Jn 20,21) ;
  3. S'il parle de la résurrection du Christ (24,1; 42,3), il ne fait aucune allusion ni référence aux faits de la vie de Jésus ;
  4. Il cite des propos de Jésus (13:2) que le Nouveau Testament ne reprend pas sous cette forme[20] ;
  5. En 67,2 il professe la foi trinitaire.

Ignace d'Antioche[modifier | modifier le code]

Vers la fin du règne de Trajan (117), Ignace d'Antioche dans ses Lettres, « cite nettement les écrits du Nouveau Testament tels qu'ils sont largement diffusés dès le début du IIe siècle et formeront bientôt la partie néo-testamentaire du canon ; il les cite plus que l'Ancien Testament et se réfère autant à Jean qu'aux Synoptiques et à Paul »[21]. Il y a toutefois débat à ce sujet, plusieurs exégètes et philologues estiment au contraire que les citations d'Ignace correspondent aux recueils de logia (entre autres la Source Q) qui semblent avoir précédé ou être contemporains de la période de rédaction des évangiles canoniques (70-115).

Justin[modifier | modifier le code]

Justin, auteur assez prolifique de la seconde moitié du IIe siècle, dont une petite partie de l'œuvre a été conservée:

  1. Dans sa première Apologie, le Nouveau Testament est omniprésent.
  2. Il parle de la vie de Jésus ; il parle aussi des « mémoires des apôtres », lus pendant l'assemblée eucharistique.
  3. Quand Justin parle d'Écriture, c'est l'Ancien Testament qu'il désigne
  4. Dans son Dialogue avec Tryphon, quand Justin cite les Évangiles, ses citations ne concordent pas avec les textes canoniques connus de nos jours. Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, dans leur ouvrage le Diatessaron de Tatien à Justin montrent que ces citations proviennent d'une harmonie évangélique d'une forme antérieure à celle de Tatien.

Irénée de Lyon et les « Quatre Évangiles »[modifier | modifier le code]

Irénée, évêque de Lyon (°ca130-+202) était une figure importante dans la défense des quatre principaux évangiles de Matthieu, de Marc, de Luc, de Jean dans le Nouveau Testament en 170. Il déclare dans Contre les hérésies :

« Par ailleurs, il ne peut y avoir ni un plus grand ni un plus petit nombre d'Évangiles (que quatre). En effet, puisqu'il existe quatre régions du monde dans lequel nous sommes et quatre vents principaux, et puisque, d'autre part, l'Église est répandue sur toute la terre et qu'elle a pour colonne et pour soutien l'Évangile et l'Esprit de vie, il est naturel qu'elle ait quatre colonnes qui soufflent de toutes parts l'incorruptibilité et rendent la vie aux hommes. D'où il appert que le Verbe, Artisan de l'univers, qui siège sur les Chérubins et maintient toutes choses, lorsqu'il s'est manifesté aux hommes, nous a donné un Évangile à quadruple forme, encore que maintenu par un unique Esprit ».
— Contre les hérésies 3.11.8

Ainsi Irénée est le premier écrivain chrétien connu à avoir listé les quatre évangiles canoniques comme inspirés divinement. Il le fit probablement en réaction à la version de l'évangile de Luc éditée par Marcion, car celui-ci affirmait que l'évangile de Luc était le seul et véritable évangile[22],[23]. Irénée était aussi le premier à affirmer que l'évangile de Jean était écrit par Jean l'apôtre[24], et que l'évangile de Luc était écrit par Luc, le compagnon de Paul[25].

Contenu - Vie de Jésus[modifier | modifier le code]

Les évangiles de Mathieu, Marc, Luc et Jean constituent les sources documentaires principales concernant la vie et l'enseignement de Jésus, qu'ils abordent chacun selon une perspective particulière tout en suivant le même schéma général et en transmettant la même philosophie.

Enfance et vie cachée[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Vie cachée de Jésus.

Deux des évangiles canoniques évoquent l'enfance de Jésus et en particulier la Nativité et la fuite en Egypte. Il s'agit des évangiles selon Matthieu et Luc, rédigés dans les années 80, soit une cinquantaine d'années après la crucifixion de Jésus (vers 30). L'évangile le plus ancien, celui de Marc (écrit vers 68-75), n'y fait aucune allusion.

Ces récits d'enfance sont des éléments obligatoires dans la « biographie » d'un grand homme de l'Antiquité et « doivent donner la clé de l'homme et de l'action à venir[26] ». Il s'agit de récits hautement symboliques, comme celui de l'étoile qui guide les rois mages : celle-ci est un signe de prédestination royale dans le monde antique, et un symbole messianique pour les juifs[27]. Ils ont été prolongés par les écrits plus tardifs des apocryphes et forment un des éléments de la mythologie chrétienne.

Hormis l'épisode lucanien de la visite au Temple de Jérusalem à l'âge de douze ans, la jeunesse de Jésus jusqu'au début de son ministère vers l'âge de trente ans[28] n'est pas mentionnée dans les évangiles.

Vie publique[modifier | modifier le code]

La vie publique de Jésus débute avec son Baptême dans le Jourdain par Jean-Baptiste (Mt 3. 13, Mc 1. 9, Lc 3, 21-22). Cependant, Jean ne parle pas de baptême et mentionne une venue de l'Esprit (Jn 1. 25-36), afin de le différencier des baptêmes « classiques » qu'il administrait aux Juifs.

En Galilée, Jésus constitue un groupe de douze disciples, les apôtres, le premier d'entre eux étant Simon-Pierre (Mc 3. 13, Lc 6. 13, Mt 16. 17-19), à qui Jésus annonce (Mt 16. 18) qu'il le nomme Pierre et qu'il bâtira son église sur cette pierre (il peut s'agir là d'un jeu de mots : Petra, mot latin traduit par « pierre », signifiant également « foi »).

Par la suite, Jésus se rend à Jérusalem pour prêcher la compassion (Lc 6. 36), l'amour du prochain dans le sens de la fraternité universelle (parabole du bon Samaritain (Lc 10. 29, Lc 10. 37) : « Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis » (Mt 5. 44). Il aurait demandé la pureté morale, entendue comme suit : « Quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur » Mt 5. 27-28 (il convient toutefois de préciser que, par le terme « adultère », Jésus s'adresse ici aux hommes mariés : il ne condamne pas le désir charnel et l'acte sexuel en tant que tel), appelé à partager le Royaume de Dieu : « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; prenez possession du Royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde » (Mt 25. 34) et priez pour l'unité de ses disciples : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu'eux aussi soient un en nous » (Jn 17. 21). Il aurait accueilli avec bienveillance les femmes et les enfants, les exclus, les réprouvés de son temps. Il aurait sauvé la vie d'une femme accusée d'adultère, sans la condamner, mais en lui demandant de ne plus commettre de péchés (Jn 8. 1-11). Par cet acte, en contradiction avec les lois religieuses juives alors en vigueur (voir Lapidation), Jésus situerait la vie humaine et sa préservation au-dessus des lois et des religions. Avec le Sermon sur la montagne, il exalte ceux qui ont un esprit de pauvre, ceux qui souffrent, ceux qui ont le cœur pur, qui font œuvre de paix en leur promettant une place dans le Royaume de Dieu après leur mort (Mt 5. 3-11).

Toujours selon les Évangiles, Jésus aurait guéri des malades (Mt 8. 1-17), des infirmes (Mc 7. 21 ; Mt 9. 1-8), redonné la vie à plusieurs personnes, notamment son ami Lazare Jn 11. 1-44 (ses guérisons et ses résurrections peuvent résulter d'une symbolique : la racine latine du mot « ressusciter », ressuscitare, signifiant « réveiller »), accompli des exorcismes Mc 1. 21-28 (la méthode utilisée par Jésus, visant à forcer le(s) démon(s) à révéler son (leur) nom, est toujours en usage par les prêtres exorcistes), et porté secours (la Tempête apaisée Mt 8. 23-27). Ces miracles sont le plus souvent présentés comme un effet de la foi de leurs bénéficiaires « déclenchée » par Jésus, et non d'un pouvoir quelconque : « Tout est possible à celui qui croit » (Mc 9. 23) ; ils justifient l'affirmation d'une réalité déjà présente du Royaume de Dieu (Mt 12. 28). D'autres fois, Jésus aurait de lui-même donné en abondance (la Multiplication des pains en Mc 6. 35-44, à rapprocher de Jn 6. 30-36).

Dieu serait pour lui un père aimant et prêt à pardonner : « Si donc, méchants comme vous l'êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent » (Mt 7. 11). Il aurait enseigné la prière : « Quand vous priez, dites : Père ! Que ton nom soit sanctifié ; que ton règne vienne. Donne-nous chaque jour notre pain quotidien ; pardonne-nous nos péchés, car nous aussi nous pardonnons à quiconque nous offense ; et ne nous induis pas en tentation » (Lc 11. 2).

Sa prédication, qui aurait duré deux à trois ans, s'opposerait à l'ordre établi de l'époque, bien que dénuée de visées politiques (« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mc 12. 17). À Jérusalem, il aurait chassé les marchands du Temple (Jn 2. 13-22) et fustigé le formalisme religieux et l'« hypocrisie morale » des sadducéens et des pharisiens (Mt 23). Comme il l'aurait dit de lui-même : « Je suis venu jeter un feu sur la terre », afin de marquer son opposition à l'immobilisme des choses et faire évoluer les mentalités (Lc 12. 49).

Accompagné de 3 apôtres (Pierre, Jacques et Jean) il se serait isolé sur une montagne et aurait vécu un changement temporaire de son apparence avec la Transfiguration avec l'apparition de Moïse et d'Élie, (Mt 17. 1-9) : « Son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière », « Une nuée lumineuse les couvrit. Et voici, une voix fit entendre de la nuée ces paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection : écoutez-le ! ».(Mt 17. 1-8, Lc 9. 28-36, Mc 9. 2-8).

Passion et résurrection[modifier | modifier le code]

  • L'entrée triomphale à Jérusalem : Jésus monté sur un âne entre à Jérusalem sous les acclamations d'une foule (Mt 21, 1-11 ; Mc 11, 1-11 ; Lc 19, 28-44 ; Jn 12, 12-50)
  • La Cène, dernier repas avec ses disciples au cours duquel il aurait institué l'eucharistie : « Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le donna aux disciples, en disant : Prenez, mangez, ceci est mon corps. Il prit ensuite une coupe ; et, après avoir rendu grâces, il la leur donna, en disant : Buvez-en tous car ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui est répandu pour plusieurs, pour la rémission des péchés » (Mt 26. 26-29).
  • Après la trahison de Judas en Mt 26. 14-16 et Mt 26. 24-25, l'arrestation au mont des Oliviers (Mt 26. 47), et la comparution devant le sanhédrin qui l'aurait accusé de blasphème : le souverain sacrificateur l'aurait interrogé de nouveau, et lui aurait dit : « "Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ?" Jésus répondit : "Je le suis. Et vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel". Alors le souverain sacrificateur aurait déchiré ses vêtements, et aurait dit : "Qu'avons-nous encore besoin de témoins ?" » (Mc 14. 63-). Puis la condamnation à mort par le préfet romain Ponce Pilate se serait décidée sous la pression de la foule : « Pilate, voyant qu'il ne gagnait rien, mais que le tumulte augmentait, prit de l'eau, se lava les mains en présence de la foule, et dit : Je suis innocent du sang de ce juste » (Mt 27. 1-26).
  • La Passion, c'est-à-dire les souffrances de Jésus et la mort sur la croix au mont Golgotha, à l'extérieur de Jérusalem : « Les soldats du gouverneur conduisirent Jésus dans le prétoire, et ils assemblèrent autour de lui toute la cohorte. Ils lui ôtèrent ses vêtements, et le couvrirent d'un manteau écarlate. Ils tressèrent une couronne d'épines, qu'ils posèrent sur sa tête, et ils lui mirent un roseau dans la main droite ; puis, s'agenouillant devant lui, ils le raillaient, en disant : Salut, roi des Juifs ! Et ils crachaient contre lui, prenaient le roseau, et frappaient sur sa tête. Après s'être ainsi moqués de lui, ils lui ôtèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l'emmenèrent pour le crucifier. » (Mt 27. 27-50).
  • La Résurrection aurait été constatée au matin de Pâques par Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques et Salomé : « Elles entrèrent dans le sépulcre, virent un jeune homme assis à droite vêtu d'une robe blanche, et elles furent épouvantées. Il leur dit : Ne vous épouvantez pas ; vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié ; il est ressuscité, il n'est point ici ; voici le lieu où on l'avait mis » (Mc 16-5.6, Mt 28. 1-10).
  • Plusieurs apparitions aux disciples, puis l'Ascension : « Le Seigneur, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel, et il s'assit à la droite de Dieu. Et ils s'en allèrent prêcher partout. Le Seigneur travaillait avec eux, et confirmait la parole par les miracles qui l'accompagnaient » (Mc 16. 19).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Par exemple, Irénée de Lyon dans Contre les hérésies, III, 3.
  2. C'est la date généralement retenue même si les dates peuvent osciller selon les chercheurs entre 80 et 140

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d « Évangile », CNRTL.
  2. Daniel Marguerat, Introduction au Nouveau Testament : son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, , p. 13
  3. Eusèbe de Césarée, Hist. eccl. III, 39, 16
  4. (en) Geza Vermes, The changing faces of Jesus, Penguin UK, , p. 77.
  5. Les sources littéraires de la vie de Jésus, in Aux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, p. 191.
  6. 101 questions sur la Bible et leurs réponses, Lexio/Cerf, 1993 (ISBN 978-2-204-11305-2), p. 87.
  7. Jacques Schlosser, A la recherche du Jésus historique : un innovateur ou un rénovateur ?, in Les Premiers Temps de l'Église, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2004, p. 133
  8. Pierre Geoltrain, Les origines du christianisme : comment en écrire l'histoire, in Aux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, p. XVII.
  9. (en) Geza Vermes, The changing faces of Jesus, Penguin UK, , p. 78.
  10. Ces dates sont reprises de l'ouvrage collectif dirigé par Daniel Marguerat, Introduction au Nouveau Testament, éd. Labor et Fides, 2004 (3e éd.
  11. Raymond E. Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ?, éd. Bayard, 2000.
  12. Michel Quesnel, in Les Sources littéraires de la vie de jésus, op. cit.
  13. Frédéric Amsler, Le canon du Nouveau Testament: regards nouveaux sur l'histoire de sa formation, Labor et Fides, , p. 35-85.
  14. André Benoît, Saint Irénée : introduction à l'étude de sa théologie, Presses universitaires de France, , p. 112.
  15. (en) Harry Gamble, « The Formation of the New Testament Canon and Its Significance for the History of Biblical Interpretation », dans Alan J. Hauser et Duane F. Watson (éds.), A History of Biblical Interpretation, vol. I : The Ancient Period, Wm. Β. Eerdmans Publishing,‎ (ISBN 0-8028-4273-9), p. 410
  16. (en) Carl R. Holladay, A Critical Introduction to the New Testament: Interpreting the Message and Meaning of Jesus Christ, Abingdon Press, , p. 28.
  17. « Concordance des Évangiles synoptiques », recension dans la Revue de l'histoire des religions (1958) sur persee.fr.
  18. (en) Timothy Wiarda, Interpreting Gospel Narratives: Scenes, People, and Theology, B&H Academic, , p. 75–78
  19. (en) Brennan R. Hill, Jesus, the Christ: Contemporary Perspectives, Twenty-Third Publications, , p. 89
  20. Cf. Mt 6,14-15; 7,1-2,12; Lc 6,31, 36-38
  21. Les Pères Apostoliques, Cerf, 2008, p. 152.
  22. Glenn Davis, The Development of the Canon of the New Testament: Irenaeus of Lyons
  23. Raymond Edward Brown An Introduction to the New Testament, p. 14. Anchor Bible; 1st edition (13 octobre 1997). (ISBN 978-0-385-24767-2).
  24. ibid, p. 368
  25. ibid, p. 267
  26. Marie-Françoise Baslez, Bible et histoire, p. 193-195
  27. Marie-Françoise Baslez, Bible et histoire, p. 189
  28. Lc 3, 23 ; Irénée de Lyon II, III, 1

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

Sur les Évangiles canoniques[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]