Chef-d'œuvre

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Le David, statue réalisée par l'Italien Michel-Ange au début du XVIe siècle, est un chef-d'œuvre de la sculpture de la Renaissance.

Un chef-d'œuvre est une œuvre accomplie en son genre. Ce terme est habituellement utilisé dans le domaine des arts pour souligner la perfection de l'œuvre, issue de la maîtrise de l'artisan ou de l'artiste et souvent couplée à une imagination remarquable. Par extension, on utilise ce terme pour signifier qu'il s'agit de l'œuvre la plus importante ou la plus aboutie d'un auteur, ou encore qu'elle est la meilleure représentation d'un mouvement artistique.

Si pour Hegel, les chefs-d'œuvre sont goûtés « de toutes les nations et de toutes les époques », la capacité d'évaluation qui permet de reconnaître qu'une œuvre est telle est fortement dépendante de la culture. Par exemple, certains films du cinéma muet sont considérés comme des chefs-d'œuvre par les experts mais ne le sont pas nécessairement par le grand public.

Chef d'œuvre et coteries[modifier | modifier le code]

Dans son sens d'origine, le chef d'œuvre est la pièce qui marque l'achèvement de la formation de l'artisan, qui va passer, par cette production, du statut de compagnon à celui de maître, quelques années après son passage de la position d'apprenti à celle de compagnon. À l'époque classique, l'artiste se différencie progressivement de l'artisan, en ce qu'il ne produit, en principe, que des pièces uniques.

« Le chef-d'œuvre était anciennement la preuve de l'excellence que devait présenter l'artisan pour être promu à la maîtrise dans sa corporation. Le terme a pris une nouvelle signification depuis la fin du XVIIIe siècle, période marquée par la formation d'un nombre croissant de musées, dont celle du musée du Louvre en 1793. L'élection de certaines œuvres jugées, selon des critères propres à chaque société, au-dessus des autres reflète l'évolution du goût. Mais la permanence dans l'estime et la fascination qu'exercent certains chefs-d'œuvre peuvent donner à penser que ceux-ci se situent au-delà des fluctuations du goût, à un niveau complexe de rapports entre le spectateur et l'œuvre, de façon, semble-t-il, objective. »

— Qu'est-ce qu'un chef-d'œuvre ? 1998[1].

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Le terme chef d'œuvre devient un éloge, exprimant l'acclamation générale du public. À ce titre, il est sujet à tous les phénomènes de cour et à tous les excès des publicistes ; ce qui ne tarde pas à susciter critiques et interrogations. La réputation d'une œuvre, en effet, se construit, et se détruit, par l'action résolue des coteries artistiques, souvent mêlées d'amitiés politiques.

Au XIXe siècle, en France, dans les remous de la Révolution et de la Restauration, la question prend un tour nettement polémique : « On vend à d'Arlincourt un encens idolâtre, Tandis qu'en un grenier, d'un nouveau Malfilâtre Le chef-d'œuvre inconnu languit dans l'abandon, Pour avoir marchandé l'honneur du feuilleton[2] ».

En 1831, Balzac va approfondir la question dans une des Études philosophiques de la Comédie humaine, Le chef d'œuvre inconnu. Ce qui fait la qualité d'un ouvrage pour l'artiste, pour ses collègues, pour le public, n'est sans doute pas de même nature, et ce que l'un considère comme son travail le plus abouti — son chef d'œuvre — n'est pas souvent ce qui plaît le plus au public.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Ouvrage collectif Hans Belting, Arthur Danto, Jean Galard, Martina Hansmann, Neil MacGregor, Matthias Waschek, [url google Qu'est-ce qu'un chef-d'œuvre? Art et artistes] : XVIIe ‑ XXIe siècle : 1650-2000, Paris, Gallimard,‎ . (notice BnF no FRBNF37122813z). Publ. à la suite d'un cycle de conférences tenu au musée du Louvre du 16 mars au 6 avril 1998.
  2. Alexis Lagarde, Les Coteries, satire, Paris,‎ (lire en ligne), p. 17.