Suriname

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Carte du Suriname.
Image satellite du Suriname.

Le Suriname (parfois également orthographié Surinam), en forme longue la République du Suriname (en néerlandais : Suriname et Republiek Suriname), est un pays d'Amérique du Sud. Il est situé dans le nord-est du continent, sur le littoral de l'océan Atlantique, au cœur du plateau des Guyanes. Ses voisins sont le Guyana à l'ouest, le Brésil au sud et la Guyane française à l'est, et sa capitale est Paramaribo. Le pays doit son nom à son principal cours d'eau, le fleuve Suriname. Avec une population d'environ 520 000 habitants, le Suriname est le pays le moins densément peuplé d'Amérique (190è rang mondial).

La région est colonisée par les Provinces-Unies au XVIIe siècle et prend le nom de Guyane néerlandaise. Elle fournit sucre, café, chocolat et coton à la métropole grâce au travail des esclaves jusqu'à l'abolition de l'esclavage, en 1863. Le Suriname devient une région autonome du Royaume des Pays-Bas en 1954 avant d'accéder à l'indépendance en 1975. Un coup d'État militaire en 1980 signe le début d'une décennie de dictature marquée par l'exécution d'opposants politiques (massacres de décembre) et l'éclatement d'une guerre civile. Le processus démocratique est rétabli au début des années 1990. Le responsable du coup d'État de 1980, Desi Bouterse, est cependant élu président de la République en 2010.

Graphies[modifier | modifier le code]

La graphie Surinam[2], employée depuis Candide de Voltaire[3], est toujours celle utilisée dans de nombreux guides touristiques[4], [5] ou certains organes de presse[6], [7].

Aujourd'hui, l'orthographe Suriname est utilisée par l'Organisation des Nations unies[8], la Commission de toponymie de l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN)[2], l'Union européenne[9] et l'Organisation internationale de normalisation[10].

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire du Suriname.

Le Suriname est l'une des nombreuses colonies de la Côte Sauvage, entre le delta de l'Orénoque et celui de l'Amazone, occupée aujourd'hui par une partie du Venezuela et du Brésil, la Guyane française, le Suriname, et le Guyana.

Des groupes tribaux amérindiens s’installent à partir de 1100 av. J.-C., sur le plateau des Guyanes : des paléo-indiens, les Arawaks au 1er siècle, puis vers l’an 900 les Karibs et enfin Tupis. Ces quatre groupes étaient encore présents lors de l’arrivée des Européens.

L'époque coloniale[modifier | modifier le code]

Les premiers contacts entre Européens et Amérindiens se font en 1500, lors d’expéditions espagnoles sur les côtes (Pinzón). Des expéditions britanniques sont menées bien plus tard (1595-1616) par Walter Raleigh. À partir de 1616, les premières colonies permanentes néerlandaises s’installent sur les estuaires de l’Essequibo, de la Berbice puis de la Demerara (en actuel Guyana). En 1630 s’implantent des Britanniques à l’embouchure du fleuve Suriname, ce qui mènera en 1651 à la création de la prospère et éphémère colonie britannique, par Anthony Rowse et Lord Francis Willoughby de Parham, gouverneur de la Barbade. Des colons britanniques et des esclaves noirs arrivent alors de la Barbade.

Cette colonie est conquise en 1667 par les Néerlandais, qui cèdent aux Anglais la Nouvelle-Néerlande en retour. Jusqu’à la fin du XVIIIè siècle, les Néerlandais deviennent maîtres du littoral des Guyanes, du Maroni à l’Essequibo (soit le Suriname et le Guyana). Les quatre colonies permanentes sont administrées par la Compagnie des Indes occidentales, dont la ville d’Amsterdam devient propriétaire en 1770.

En 1783, après un siècle de révoltes et de fuites d’esclaves (marronnage), du fait des dures conditions de ces derniers, les Néerlandais signent un traité avec le chef des révoltés Aluku Nengé, surnommé Boni, reconnaissant une véritable autonomie aux Noirs réfugiés dans les zones forestières.

Les colonies sont reprises par les Britanniques de 1796 à 1799, menant aux traités par lesquels les trois colonies de l’Essequibo, Berbice et Demara (soit le Guyana) restent à la Grande-Bretagne, et celle du Suriname aux Pays-Bas. Ainsi, en 1816, les colonies passent sous l’administration des Pays-Bas, faisant ainsi perdre tous leurs privilèges à la Compagnie des Indes occidentales et à la ville d’Amsterdam. Un gouverneur est alors nominé par La Haye.

L’esclavage est aboli tardivement, en 1863 (1794 puis 1848 dans les colonies françaises). Les colons font alors venir des travailleurs hindoustanis (accord avec Londres), javanais, et chinois.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, de 1940 à 1945, le Suriname est mis sous tutelle des Américains et de la Grande-Bretagne, car les Pays-Bas sont occupés par l’Allemagne. La colonie coopère alors avec les alliés, et l’administration coloniale néerlandaise. A la suite de la libération des Pays-Bas en 1945, des mouvements populaires émanent, pour demander l’indépendance. Enfin, en 1954, la colonie du Suriname reçoit de la couronne néerlandaise un statut d’autonomie interne (sous forme d’assemblée législative élue au suffrage universel).

Depuis l'indépendance[modifier | modifier le code]

L’acte d’indépendance est adopté le 25 novembre 1975 par le parlement surinamais. Le gouvernement est alors celui de Henck Aaron, qui remporte en 1973 l’élection générale pour acquérir l’autonomie gouvernementale. Survint alors un exode des Hindoustanis, surtout vers les Pays-Bas.

Le 25 février 1980, à la suite d'un coup d’État du sergent Desiré Bouterse, une dictature militaire est mise en place. Une répression violente se met alors en place, se manifestant notamment le 8 décembre 1982, lors de l’assassinat de 15 opposants au régime militaire. Les Pays-Bas cessent alors le versement de l’aide au développement. L’économie s’effondre, et l’émigration vers les Pays-Bas s’accélère (400 000 personnes entre 1980 et 2010).

Une révolte des bushinengés en 1986, conduite par Ronnie Brunswijk, un des gardes du corps de Bouterse, cause le début d’une guerre civile. Les forces gouvernementales répliquent, notamment lors du massacre d’une trentaine de civils dans le village bushinenge de Moiwana, proche de la frontière avec le Guyane française. La communauté internationale fait pression pour instaurer un régime démocratique. Le gouvernement de Desiré Bouterse signe la paix avec les bushinengués le 21 juillet 1989 lors de l’accord de paix de Kourou.

Dési Bouterse reprend le pouvoir le 24 décembre 1990, mais il perdra en 1991 devant Ronald Venetiaan qui est élu président de la République. La démocratie est rétablie, et l’aide néerlandaise reprise. Les prochaines élections présidentielles, en 1996, élisent Jules Wijdenbosch comme président de la République. Ronald Venetiaan remportera les élections présidentielles de Mai 2000, ainsi que celles de 2005 (dans une coalition de 8 partis, comprenant 29 députés sur 51).

Le 1er décembre 2007, le procès des auteurs présumés des “massacres de décembre 1982” (24 suspects, dont Dési Bouterse, qui refuse de se présenter devant le tribunal).

Enfin, le 25 mai 2010, les élections législatives placent la coalition de Dési Bouterse en tête, mais sans majorité absolue. Celui-ci est néanmoins élu président de la République en juillet. Il fut réélu à la suite des élections législatives du 25 mai 2015, où Dési Bouterse obtient une majorité absolue mais ne permettant pas sa réélection en tant que président de la République. Il est réélu pour un deuxième mandat de président de la République le 14 juillet, en passant des alliances.

Politique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Politique au Suriname.

Le Suriname est une démocratie établie par la Constitution de 1987. Le corps législatif est l'Assemblée nationale, composée de 51 membres élus tous les cinq ans.

L'Assemblée nationale élit le président de la République, chef de l'exécutif, par une majorité des deux tiers. Si aucun candidat n'atteint une telle majorité, le président est élu par l'Assemblée du peuple, une institution de 340 personnes composée de l'Assemblée nationale et de représentants régionaux.

Le Suriname est membre de la Caricom, le marché commun caribéen.

Le Suriname est membre « invité spécial » de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA) depuis 2012.

Les ordres et décorations du Surinam[modifier | modifier le code]

  • Ordre de l'Étoile jaune
  • Ordre de la Palme

Districts[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Districts du Suriname.

Le Suriname est divisé en dix districts :

Géographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Géographie du Suriname.

Frontières terrestres[modifier | modifier le code]

Environnement[modifier | modifier le code]

Le Suriname est avec la Guyane (qui le jouxte sur une frontière de 520 km) et une partie du Brésil une des régions du monde les plus riches en biodiversité, mais celle-ci est en rapide recul, au moins en termes de surface disponible.
La forêt tropicale et les milieux naturels sont de plus en plus écologiquement fragmentés et remplacés par des plantations (riz, arbres), des villes et des infrastructures. La naturalité des milieux diminue fortement autour des villes et le long des routes et pistes. L'orpaillage illégal y est en plein développement (maintenant très visible sur les dernières images satellitaires de Google earth par exemple). Les gigantesques mines de bauxite fournissent 80 % des recettes d’exportation, mais non sans un impact majeur sur la forêt. Dans les grandes cultures de riz et de banane, on utilise beaucoup de pesticides (insecticides en particulier) qui sont d'autant plus rapidement évaporés et lessivés vers les eaux superficielles que le climat est chaud et humide. Selon l'ONU, bien que la situation économique semble s'améliorer depuis les années 2000, 50 à 60 % de la population manque des ressources nécessaires à la satisfaction des besoins essentiels, ce qui encourage l'économie informelle et l'orpaillage illégal dans le pays, voire dans les pays voisins, l'exploitation illégale ou inadaptée de la forêt et du gibier. Le gouvernement du Suriname a établi un plan pluriannuel de développement jusqu’en 2010 pour tenter de vaincre la pauvreté. Le Suriname est inscrit par la France en Zone de Solidarité Prioritaire depuis 1999, ce qui a notamment permis une coopération avec la région Guyane et la métropole via un Programme opérationnel de coopération transfrontalière 2007-2013 « Amazonie »[11].

Démographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Démographie du Suriname.
Évolution de la démographie entre 1961 et 2003 (chiffre de la FAO, 2005). Population en milliers d'habitants.

La population du Suriname est d'origine géographique variée. À la fin des années 1880, une aquarelle d'Arnold Borret représente 19 types[12].

Aujourd'hui, la population surinamienne est constituée de plusieurs minorités. La plus grande, environ 27 % de la population, est celle des Hindoustanis (tant hindous que musulmans ou chrétiens), descendants d'immigrés venus d'Inde au XIXe siècle.

Les Marrons (descendants d'esclaves africains évadés) représentent environ 21 %, alors que les Créoles, d'ascendance mélangée européenne blanche et africaine noire, et les Javanais (« importés » des anciennes Indes néerlandaises) représentent respectivement 16 % et 14, presque le même pourcentage de métis (13 %).

Le reste est composé d'Amérindiens (4 %), de Chinois (2 %) et de Blancs (1 %), parmi lesquels les Boeroes (même origine que les Boers en Afrique du Sud), descendants des colons ruraux néerlandais du XIXe siècle et les « Bakras », arrivants plus récents, avec des Syro-libanais. Enfin, bon nombre de travailleurs immigrés brésiliens sont arrivés récemment au Suriname.

Il reste par ailleurs quelques familles juives sépharades, descendantes de réfugiés expulsés d'Espagne en 1492 et du Portugal en 1495, venus au XVIIe siècle via les Pays-Bas, l'Italie (Granas) ou le Brésil. Elles ont bénéficié, sous la colonisation britannique, puis néerlandaise, d'une certaine autonomie, dans une localité appelée Jodensavanne, qu'elles avaient mise sur pied en 1652 sur la Savannah, près de la crique de Cassipora[13],[14].

En raison du grand nombre de groupes ethniques dans le pays, il n'y a pas de religion principale. La plupart des Hindustanis sont hindous, mais il y a également des musulmans et des chrétiens parmi eux. La plupart des Créoles et des Marrons sont chrétiens.

Économie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Économie du Suriname.

Sport[modifier | modifier le code]

De nombreux sportifs, et plus particulièrement des footballeurs, sont nés au Suriname, ou sont d'origine surinamaise, comme Ruud Gullit, Frank Rijkaard, Patrick Kluivert, Clarence Seedorf, Edgar Davids, Jimmy Floyd Hasselbaink ou encore Aron Winter ainsi que les kickboxers Ernesto Hoost, Remy Bonjasky, Tyrone Spong et Melvin Manhoef. Le seul médaillé olympique du Suriname est Anthony Nesty, vainqueur du 100 m papillon aux Jeux olympiques de Séoul en 1988.

Culture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Culture du Suriname.

Langues[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Langues au Suriname.

Les locuteurs des langues de ce pays se partagent une quinzaine de langues, dont les plus importantes sont : le néerlandais (300 000 locuteurs) ; le créole surinamien à base d'anglais (120 000 locuteurs), appelé aussi sranan tongo ; l'hindi appelé « sarnami hindustani » (150 000 locuteurs) ; le javanais appelé « surinamien javanais » (60 000) ; le créole guyanais (500) ; le ndjuka (ou aucan) (25 000) ; le créole saramaca (23 000) ; le chinois hakka (6 000), etc. Précisons que plus de 120 000 locuteurs parlent le créole surinamien, ou sranan tongo, comme langue seconde ; et 100 000 locuteurs, le néerlandais. À noter aussi la présence de 10 000 locuteurs du créole haïtien. L'anglais est à peu près parlé partout, favorisé en cela par la diffusion de deux langues créoles à base d'anglais : le sranan tongo, et le saramaca. Bien que n'ayant pas de statut officiel, l'anglais est couramment utilisé par les institutions, et l'administration, et les médias, dont la télévision. Le français n'est pas utilisé. Par contre le portugais et l'espagnol sont deux langues très présentes (surtout parlées en seconde langue), mais on en ignore le nombre exact de locuteurs.

Les 40 000 Brésiliens (environ 8 % de la population) parlent le portugais, mais très peu parlent le néerlandais. Le papiamento, créole à base de portugais, et parlé surtout aux Antilles Néerlandaises, est aussi présent au Suriname, mais avec un nombre de locuteurs plus restreint.

Codes[modifier | modifier le code]

Le Suriname a pour codes :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Boré, Balades au Suriname, Le guide de Paramaribo et de l'écotourisme au Suriname. Édition Curieux de nature. 264 p. 2009. (ISBN 978-2-9511548-5-8) (seul guide touristique en français) www.randoguyane.com
  • V.S. Naipaul, The Middle Passage; impressions of five societies: British, French and Dutch, in the West Indies and South America. Londres, Deutsch, 1962.
  • R.A.J. van Lier, Frontier Society: a social analysis of the history of Surinam. Traduit [du néerlandais] par M.J.L. van Yperen. La Haye, Martinus Nijhoff, 1971.
  • Henk E. Chin et Hans Buddingh, Suriname: Politics, Economics & Society. Londres [etc.]: Pinter, 1987.
  • Richard Price et Sally Price; with musical transcriptions by Kenneth M. Bilby, Two Evenings in Saramaka: Afro-American Tale-telling in the Surinam Rain Forest. Chicago, Ill., [etc.] : University of Chicago Press, 1991.
  • Michel Szulc-Krzyzanowski (photographie), Michiel van Kempen (texte), Deep Rooted Words: Ten storytellers and writers from Suriname (South America). English translation by Sam Garrett. Amsterdam: Voetnoot, 1992.
  • Mark Plotkin, Tales of a Shaman's Apprentice: an ethnobotanist searches for new medicines in the Amazon rain forest. New York: Viking Penguin, 1993.
  • Edward M. Dew, The Trouble in Suriname, 1975-1993. Westport, C.T.: Praeger, 1994.
  • Richard Price, Les Premiers Temps : la conception de l’histoire des Marrons saramaka. Paris : Seuil, 1994.
  • Roy Tjin et Els Schellekens, The Guide to Suriname. Amsterdam, Brasa Publishers, 1999.
  • Rosemarijn Hoefte and Peter Meel (eds.), Twentieth-Century Suriname: continuities and discontinuities in a new world society. Kingston: Ian Randle/Leyde, KITLV Press, 2001.
  • Richard Price, First Time: The Historical Vision of an Afro-American People. 2e éd. Chicago, University of Chicago Press, 2002.
  • Laura Samsom Rous et Hans Samsom, Tree of Forgetfulness / Boom der Vergetelheid / L'arbre de l'oubli / A bon fu frigiti. Amsterdam, KIT Publishers, 2003.
  • Michiel van Kempen, Een Geschiedenis van de Surinaamse Literatuur. Paramaribo: Okopipi, 2002, (4 vols.) (Histoire de la littérature 1598-1975, résumé en français.) (L'édition néerlandaise, parue en 2 vols., contient aussi un chapitre sur les années 1975-2000: Breda: De Geus, 2003.)
  • Oscar van den Boogaard, Les Bananes lumineuses, 19 p., 2004, (ISBN 2-913607-24-1). (Nouvelle éditée dans le cadre de Lille 2004 dans le cadre de la capitale européenne de la culture.)

Liens externes[modifier | modifier le code]