Développement personnel

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Le développement personnel représente un ensemble hétéroclite de courants de pensées et de méthodes[1] ayant pour objectif l'amélioration de la connaissance de soi[2], la valorisation des talents et potentiels[3], l'amélioration de la qualité de vie, la réalisation de ses aspirations et de ses rêves[4]. Le développement personnel n'est toutefois pas une psychothérapie[1] et possède des influences multiples. En effet, la psychologie et la philosophie, et souvent la diététique et la pratique du sport, sont généralement la base pour les acteurs du développement personnel moderne et d'autres y rattachent également des notions religieuses ou qui relèvent de l'ésotérisme[5].

La notion de développement personnel recouvre plusieurs domaines, selon qu'elle est utilisée par des psychanalystes, des promoteurs de techniques New Age, certains courants du coaching, des éducateurs et spécialistes du travail. Ainsi, pour la revue Sciences humaines, « les techniques de développement personnel visent à la transformation de soi : soit pour se défaire de certains aspects pathologiques (phobie, anxiété, déprime, timidité), soit pour améliorer ses performances (mieux communiquer, gérer son temps, s'affirmer) »[6].

Le « développement personnel » n'a pas de définition institutionnelle et cette formule peut être utilisée pour légitimer des méthodes très variées. Parmi ces diverses techniques et approches, certaines relèvent du « charlatanisme qui exploite la misère émotionnelle humaine »[7], mais d'autres constituent des pseudo-sciences et relèvent de l'escroquerie ou de la manipulation mentale, voire de la dérive sectaire[8],[9].

Origines historiques[modifier | modifier le code]

Carl Gustav Jung (1921)[modifier | modifier le code]

Les travaux d'Alfred Adler (1870-1937) et de Carl Gustav Jung (1875-1961) ont été associés au développement personnel, qui n'existait cependant pas encore à leur époque[réf. nécessaire].

La plupart des concepts du psychiatre suisse Carl Gustav Jung ont été récupérés par les théories modernes du développement personnel, tels la synchronicité, les archétypes, l'inconscient collectif, sa vision du rêve[10] et surtout le concept central dans sa théorie, d'« individuation »[réf. nécessaire]. L'individuation traduit le processus par lequel un individu devient une totalité, suivant l'archétype du Soi. Pour Carl Gustav Jung, l’individuation est un processus de différenciation psychologique, destiné à harmoniser les rapports du conscient avec l'inconscient et ayant pour but le développement de la personnalité de l’individu[11]. Les apports de Jung ont nourri en premier lieu les psychothérapies d’inspiration psychanalytique (P.I.P) puis les théories managériales (surtout ses types psychologiques, avec le MBTI) conduisant au développement personnel. Selon le sociologue Luc Mazenc « l’impact de la pensée de Jung sur la dynamique d’émergence du New Age est fondamental »[12].

Alfred Adler (1930)[modifier | modifier le code]

Alfred Adler refusa de limiter la psychologie à son rôle thérapeutique en insistant sur l’idée que les aspirations humaines sont tournées vers l’avenir et pas seulement le fruit de moteurs inconscients ou d’expériences infantiles. Fondateur de la psychologie individuelle, il est aussi à l’origine du concept de « style de vie », qu’il définit comme une approche personnelle de la vie, où chacun se forge une image de soi et a sa manière de faire face aux problèmes[13].

Méthode Coué (1926)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Méthode Coué.

Émile Coué (1857-1926), pharmacien et psychothérapeute à Nancy, a écrit en 1926 Maîtrise de soi-même par l'autosuggestion consciente. Il engage à répéter 20 fois de suite et trois fois par jour cette formule : « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux. » Il a résumé en quelques principes sa technique, appelée par la suite « méthode Coué », qui consiste à atteindre à un équilibre de l'organisme et du psychisme grâce à l'autosuggestion :

  1. Quand la volonté et l'imagination sont en lutte c'est toujours l'imagination qui l'emporte sans aucune exception (loi de l'effort inverse)
  2. Dans le conflit entre la volonté et l'imagination, la force de l'imagination est en raison directe du carré de la volonté
  3. Quand la volonté et l'imagination sont d'accord, l'une ne s'ajoute pas à l'autre, mais l'une se multiplie par l'autre
  4. L'imagination peut être conduite par l’autosuggestion consciente[14].

Psychologie humaniste (1943)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Psychologie humaniste.

La psychologie humaniste est représentée par Abraham Maslow et Carl Rogers[15]. Abraham Maslow, dès 1943, s'est intéressé aux besoins de l'homme, dont le plus élevé, selon sa théorie, est le désir de réalisation de soi (en anglais, self-actualisation).

« Ce qu'un homme peut être, il doit l'être. On peut appeler ce besoin auto-actualisation. What a man can be, he must be. This need we may call self-actualization », dit Maslow[16].

Principaux courants théoriques[modifier | modifier le code]

Pensée positive (1952)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pensée positive.

Norman Vincent Peale a écrit le livre The power of Positive Thinking[17], décrivant comment transformer ses émotions négatives en attitudes positives. Dans le même registre, Dale Carnegie a écrit en 1949 Triomphez de vos soucis : vivez que diable !.

Analyse transactionnelle (AT) (vers 1960)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Analyse transactionnelle.

Créateur de l'analyse transactionnelle, Eric Berne distingue trois « états du moi » : le parent (la conscience morale), l'enfant (l'affectivité), et l'adulte (l'attitude neutre et rationnelle). Ces postures s'expriment dans les interactions (transactions) entretenues avec autrui.

Programmation neurolinguistique (PNL) (1973)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Programmation neuro-linguistique.

La programmation neurolinguistique est une démarche pragmatique en psychologie appliquée[18] élaborée au milieu des années 1970 par les Américains Richard Bandler et John Grinder[réf. nécessaire]. Elle cherche à modéliser les « savoir-faire » (compétences) et les « savoir-être » (attitudes, convictions, valeurs, estime de soi) de gens de talents dans leur domaine pour les retransmettre à ceux qui en ont besoin[19],[20]. Les interventions des PNListes ne sont pas toutes au même niveau. Certaines proposent l'acquisition de compétences personnelles[21] (par exemple : gestion de conflit, synchronisation…) ou relationnelles[22] (par exemple : stratégie de mémorisation, stratégie de réunion, prise de parole en public…) d'autres de « lever » les barrières dues à des croyances limitantes[23] (par exemple : « je n'y arriverai pas », « c'est pas pour moi », « il n'y a pas d'espoir »…) et ayant un impact sur l'estime de soi.

La PNL vise à l'amélioration de l'autonomie, du respect mutuel, du dépassement de soi, de la tolérance, de la liberté de pensée, de la qualité relationnelle avec les proches[24].

Elle est considérée par de nombreux universitaires comme une pseudo-science[réf. nécessaire].

Psycho-sociologie des stades de vie (1978)[modifier | modifier le code]

Le concept des stades de vie a été développé dans les années 1970 par le chercheur Daniel Levinson (en) (1920-1994) dans une perspective psycho-sociologique. Bien que les sociologues aient dû réviser les stades décrits par Levinson[25], sa contribution principale pour la recherche en développement personnel est l’influence des aspirations dans le parcours du jeune adulte, ce qu’il appela le « Rêve »[26] :

« Quelle que soit la nature de son Rêve, le jeune homme a la tâche de le développer en lui donnant plus de clarté et en trouvant des moyens pour le vivre. Il y a une grande différence dans son développement entre une structure de vie imprégnée et conforme à ce Rêve ou bien en contradiction avec lui. Si le Rêve reste déconnecté de sa vie, il peut simplement disparaître et avec lui la sensation de vivre et d’avoir un but. »

Psychologie positive (1998)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Psychologie positive.

En 1998, Martin Seligman, élu Président de l’Association Américaine de Psychologie, propose la création d'une nouvelle discipline de la psychologie, la psychologie positive[27] :

« Nous avons découvert qu’il existe un ensemble de forces humaines qui constituent les meilleures défenses contre la maladie mentale : le courage, l’optimisme, les compétences relationnelles, l’éthique du travail, l’espoir, l’honnêteté et la persévérance. Pour prévenir les maladies mentales nous allons créer une science de ces forces humaines dont la mission sera de promouvoir ces vertus auprès de la jeunesse. »

Dénoncée comme pseudo-science par de nombreux chercheurs[28], la psychologie positive est devenue une véritable « industrie du bonheur » qui brasse des milliards de dollars à coup de formations, coachings, stages, et surtout de best-sellers remplis de bons sentiments et d'individualisme[29].

Applications[modifier | modifier le code]

En management[modifier | modifier le code]

Le premier à avoir introduit le développement personnel dans la sphère professionnelle est Abraham Maslow (1908-1970). Il a proposé une hiérarchie des besoins représentée sous forme de pyramide, avec, au sommet, l’accomplissement de soi, défini comme le désir de devenir de plus en plus ce qu’on est et de devenir totalement ce qu’on est en mesure de devenir[30] .

Maslow était persuadé que seulement une infime proportion des hommes atteignait ce seuil d’auto-accomplissement – il estima le chiffre à 1 %[31] . Sa vision d’une hiérarchie des besoins a eu pour fâcheuse conséquence que le stade « supérieur » du développement personnel a été considéré comme réservé à ceux qui étaient en haut de la pyramide de l’organisation, tandis que les besoins de la masse d'employés semblaient ne pas dépasser le stade de la sécurité d'emploi et des bonnes conditions de travail.

Puis, alors que les organisations et les marchés du travail se globalisaient, la responsabilité de développement des personnes glisse progressivement de l’entreprise vers l’individu. Ainsi, en 1999, le penseur manager Peter Drucker constate dans le Harvard Business Review[32] :

« Nous vivons un âge d’opportunités sans précédent : si vous avez l’ambition et l’intelligence, vous pouvez monter au sommet du métier que vous avez choisi quel que soit votre point de départ. Mais avec cette opportunité vient la responsabilité. Les entreprises, aujourd’hui, ne gèrent plus les carrières de leurs employés ; les travailleurs du savoir doivent effectivement devenir leur propre Pdg. C’est à vous de vous tailler une place, de savoir quand il est temps de changer de trajectoire, et de rester engagé et productif pendant une vie de travail qui dure une cinquantaine d’années. »

Les professeurs en management, Sumantra Ghoshal, de la London Business School, et Christopher Barlett, de la Harvard Business School, écrivent de leur côté, en 1997, que les entreprises doivent manager leurs employés individuellement et ainsi établir un nouveau contrat de travail[33].

  • D'un côté, l’entreprise doit admettre que le développement personnel crée de la valeur : « la performance du marché ne découle pas de la sagesse omnipotente des dirigeants mais de l’initiative, de la créativité et des compétences de tous les employés. »
  • D’autre part, les employés doivent reconnaître que leur travail inclut à part entière cette notion de développement personnel et ainsi « embrasse la force vive de l’apprentissage continu et du développement personnel. »

Coaching ou mentorat (vers 1970)[modifier | modifier le code]

« Dans le domaine sportif, le coach, c'est l'entraîneur : celui qui accompagne un athlète (ou une équipe) ; il enseigne, conseille, motive, encourage, stimule. Issu du monde sportif, le coaching a fait son entrée dans le domaine de l'entreprise, pour, d'abord, assister les dirigeants, puis, récemment, s'étendre aux personnels d'encadrement. Le coaching tend à se généraliser à de nombreux secteurs de la vie privée : de l'éducation au conseil alimentaire. » (Sciences humaines, no 23, 2011).

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Méthodes « New Age » et dérives mystiques[modifier | modifier le code]

Sur le plan thérapeutique ou spirituel, des méthodes classées sous l'étiquette « New Age » ont inspiré de nombreuses ramification du mouvement du développement personnel[34]. L'inspiration remonte aux années 1920 auprès de la théosophie (Helena Petrovna Blavatsky), puis à la récupération de cet héritage par des théoriciens en marge du mouvement hippie dans les années 1960-70, mais c’est surtout dans les années 1980 que l'auteur américaine Marilyn Ferguson les théorise dans La conspiration du Verseau ou Les enfants du Verseau, mêlant mystique chrétienne, astrologie, croyances populaires et mystique orientaliste[34]. Ainsi, à l'Institut Esalen (Californie) de nouvelles techniques « New Age » sont expérimentées : le Cri primal d'Arthur Janov, le Rebirth, le Rolfing d'Ida Rolf, et l'Analyse bioénergétique d'Alexander Lowen, la Gestalt-Thérapie de Fritz Perls[35]. De nombreuses méthodes à vocation mystique ou thérapeutique ont proliféré à partir de cette base, certaines ayant dérivé vers le sectarisme[8].

Pour développer sa personnalité, les différentes incarnations du mouvement New Age ont livré au public, discrètement à travers des groupuscules puis à travers un marché rémunérateur du développement personnel grand public, une panoplie de techniques multiples parfois attribuées à l'« Orient » ou à diverses culture occidentales pré-modernes, traitant du corps et/ou de l'esprit comme médiateur de la maîtrise de soi. De cette nébuleuse sont sorties différentes méthodes qui se partagent un marché lucratif, le plus souvent en dehors de tout cadre régulateur et sans la moindre preuve d'efficacité[8]

Économie[modifier | modifier le code]

Le développement personnel est une activité économique qui se déploie selon deux axes : le service aux particuliers et le service aux institutions.

  • Le service aux particuliers recouvre la production de livres spécialisés, les séminaires de motivation, les programmes de formation en ligne, les ateliers, l’assistance individuelle, le coaching et des techniques comme le yoga, les arts martiaux, la méditation ou encore les programmes de fitness. Sans pouvoir mesurer ce marché complexe, il semble être en croissance[36].
  • Le marché du service aux institutions est ouvert à des dizaines de millions d’étudiants dans l’éducation supérieure et des centaines de millions d’employés dans les entreprises, sous la forme de tests psychologiques, de formations, de programmes de développement des salariés, de bilans de carrière et de compétences, d’auto-évaluations, de feedbacks, de coaching, de parrainage, de « mentoring ».

Quelques entreprises de conseil se sont spécialisées dans le développement personnel[37], mais les entreprises généralistes des ressources humaines, de recrutement et de stratégie organisationnelle sont récemment entrées dans ce marché florissant, sans oublier un grand nombre d’organismes plus modestes et de professionnels indépendants qui fournissent du conseil, de la formation et du coaching[38].

Le business des best-sellers de développement personnel est également en plein essor, et plusieurs auteurs et maisons d'édition en ont fait une véritable industrie extrêmement lucrative, en dehors de tout cadre de validation scientifique[39]. Outre les désormais célèbres Mathieu Ricard, Pierre Rabhi et Christophe André, la journaliste Anne-Sophie Mercier, du Canard Enchaîné, a dénoncé dans une tribune la course à l'édition et à la vacuité intellectuelle à laquelle se livrent des auteurs tels que Raphaëlle Giordano, Frédéric Saldmann ou encore Fabrice Midal, pour qui le développement personnel présente l'avantage d'être un thème qui ne nécessite aucune recherche approfondie et permet de vendre des millions de livres sur la base de recommandations qui sont soit des banalités, soit des inventions farfelues dénuées de fondement empirique mais souvent nimbées d'orientalisme[40].

Critiques et controverses[modifier | modifier le code]

Manque de bases scientifiques[modifier | modifier le code]

En 2005, Steve Salerno fit un portrait du mouvement de développement personnel américain qui le montre non seulement comme sans efficacité pour atteindre ses buts, mais aussi dangereux socialement. Salerno dit que 80 % des clients du développement personnel sont des clients répétés qui continuent à y revenir, que le programme les ait aidés ou pas. D'autres, de manière similaire, soulignent qu'avec les livres consacrés au développement personnel, l'« offre fait augmenter la demande ». Plus les gens les lisent, plus ils pensent qu'ils en ont besoin, plus comme une addiction que comme une alliance[41].

Les auteurs de livres de développement personnel ont été décrits comme travaillant dans le domaine idéologique, imaginaire, le narratif, bien qu'un vernis de science recouvre parfois leur travail ; on y trouve aussi régulièrement une armature moralisatrice, normative et culpabilisante[29].

Les sociologues Edgar Cabanas et Eva Illouz, auteurs de Happycratie : Comment l'industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies[28] mettent ainsi en garde contre cette soi-disant « science du bonheur » décrite par tant de best-sellers et d'applications web, et qui n'est qu'une pseudo-science forgée par le marketing. Or, cette obsession d'un bonheur quantifiable et proclamé par des auteurs douteux mène bien souvent à des comportements anti-sociaux, au narcissisme et à de nouvelles frustrations[29].

Dans Smile or Die (2009), l’auteure américaine Barbara Ehrenreich mettait en garde contre l’intériorisation à outrance des problèmes de vie que proposent la psychologie positive et le développement personnel : « Si la psychologie positive dit vrai, à quoi bon plaider en faveur de meilleurs métiers, de meilleures écoles, de quartiers sûrs ou d’une couverture santé universelle ? »[29].

Dérives sectaires[modifier | modifier le code]

Des universitaires[42], des médias et des pouvoirs publics jugent que certaines des méthodes utilisées sous le couvert de développement personnel peuvent être nébuleuses ou même dangereuses, s'inspirant des spiritualités, psychologies « New Age » et pseudo-sciences sans base scientifique. Ses promesses de bonheur seraient susceptibles d'abuser la vulnérabilité de certaines personnes[39] pour présenter un danger pour la santé et certains groupes sectaires comme la scientologie ont été accusés de se servir des formations au développement personnel pour recruter de nouveaux adeptes[8]. Le développement personnel s'est ainsi vu cantonné à la vente par correspondance pendant plusieurs décennies, par exemple avec les Éditions Godefroy, Marabout, ou les Éditions Reuille en Suisse, mais depuis les années 2000 l'essor spectaculaire des rayons sur ce thème dans les librairies grand public en fait un acteur économique puissant, avec de nombreux best-sellers dont la recette principale est souvent accusée de reposer principalement sur la flatterie narcissique du lectorat[39], voire la manipulation grossière de sa naïveté[8].

Le médecin et criminologue Jean-Marie Abgrall est l'auteur de plusieurs enquêtes sur le sujet (comme La mécanique des sectes en 1996 ou Les Charlatans de la santé en 1998). Il décrit ainsi le phénomène :

« Profitant de l’attirance grandissante du public pour les thérapies alternatives et les médecines douces, les groupes les plus divers investissent, depuis plusieurs décennies mais plus encore aujourd’hui dans des proportions inquiétantes, le domaine de la santé et du bien-être par une multitude d’offres de soins et d’accompagnement au développement personnel, assorties de promesses de guérison et de vie harmonieuse ici-bas et même au-delà.
Ce succès génère des risques divers, depuis l’escroquerie pure et simple jusqu’à la dérive « thérapeutique », voire sectaire au sens des critères retenus par les pouvoirs publics[43]. »

Selon la fiche de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) intitulée « Comment reconnaître un charlatan ou un pseudo thérapeute sectaire ? », parmi les principaux traits récurrents qui définissent un charlatan, la mission note les promesses miraculeuses, la mise en valeur de bienfaits impossibles à évaluer ou mesurer (en termes de karma, d'aura, d'énergétique, etc.), la promesse d'une prise en charge globale (prétention holiste) agissant autant sur le corps que l'esprit voire l'âme, et l'utilisation d'un vocabulaire technique opaque (« ondes cosmiques, cycles lunaires, dimension vibratoire, purification, énergies, cosmos, conscience... »)[44].

Absence de régulation[modifier | modifier le code]

Le développement personnel n'a pas de définition institutionnelle, et un grand nombre de pratiques sans lien entre elles peuvent être proposées par des individus sous cette bannière. En conséquence, cette nébuleuse est régulièrement pointée du doigt par la commission de l'Assemblée Nationale sur les dérives sectaires (MIVILUDES)[8].

Le développement personnel n'est encadré par aucune autorité en France ou à l'échelle européenne, et tout un chacun peut prendre le titre de conseiller en développement personnel (« accessible sans diplôme particulier » selon la fiche Rome K1103 de Pôle Emploi[45]). Des instituts privés proposent des formations dont le diplôme n'a aucune valeur institutionnelle[réf. nécessaire].

Pour luter contre les abus et détournements, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) a mis gratuitement à disposition un Guide santé et dérives sectaires[44], qui précise notamment que

« Certains praticiens intervenant dans le champ de la psychologie, du bien-être, de la relation d’aide, de la « réénergisation » et de nombreuses autres méthodes non éprouvées usent, afin de contourner [la] réglementation, de titres tels que : psy praticien, thérapeute, praticien en..., psycho praticien certifé... naturopathe. Il convient donc d’être vigilant quant à ces nouvelles appellations. »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Edgar Cabanas et Eva Illouz, Happycratie : Comment l'industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier Parallèle, , 260 p. (ISBN 9791094841761).
  • Laurent Bertrel, Le petit dictionnaire des thérapies : Les méthodes essentielles pour une vie épanouie, Asnières, Le Temps Présent, (ISBN 978-2-35185-096-1) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Bob Aubrey, L'entreprise de soi, Flammarion, 2000 (ISBN 978-2-0821-2543-7)
  • Christophe André, « Développement personnel. À la recherche du bonheur », Sciences Humaines, numéro spécial no 7, septembre-octobre 2008, p. 72-73
  • Lionel Bellenger et Philippe Pigallet (dir.), Dictionnaire de la formation et du développement personnel, ESF, 1996, 335 p. (ISBN 978-2-7101-1193-1)
  • Valérie Brunel, Les managers de l'âme. Le développement personnel en entreprise, nouvelle pratique de pouvoir ?, La Découverte, 2004, 192 p. (ISBN 978-2-7071-4386-0)
  • Jean-Christophe Durieux et Hannah Besser, Développement personnel et professionnel : pour s'épanouir au jour le jour, 2006, 223 p. (ISBN 978-2-7101-1759-9)
  • Robert Ebguy, Je hais le développement personnel, Eyrolles, 2008, 209 p. (ISBN 978-2-2125-4217-2)
  • Michel Lacroix, Le développement personnel (préface de Christophe André), Flammarion, 2004, 158 p. (ISBN 978-2-0821-0294-0)
  • Edmond Marc, Guide pratique des psychothérapies : approche, techniques, fondateurs, lieux, Paris, 2000 (1re éd. 1981) ; nouvelle édition 2008 (ISBN 978-2-7256-2714-4).
  • Pierre Philippot, « Les voies du changement personnel », Sciences Humaines, Hors-série no 40, mars-avril-mai 2003
  • Romilla Ready, Kate Burton, Rob Wilson et Rhena Branch, Le Développement personnel pour les Nuls, First, 2008, 649 p. (ISBN 978-2-7540-0865-5)
  • Christian Godefroy, La Dynamique Mentale ou comment développer vos facultés paranormales, Robert Laffont 1976
  • Nicolas Marquis, Alain Ehrenberg, Du bien-être au marché du malaise - La société du développement personnel, Presses universitaires de France, 2014, 212 p. (ISBN 978-2-13-062826-2)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Bertrel 2011, p. 131.
  2. Romilla Ready, Kate Burton, Rob Wilson et Rhena Branch, Le Développement personnel pour les Nuls, First, 2008, 649 p. (ISBN 978-2-7540-0865-5).
  3. Michel Lacroix, Le développement personnel, préface de Christophe André, Flammarion, 2004, 158 p. (ISBN 978-2-0821-0294-0).
  4. Bob Aubrey, L'entreprise de soi, Flammarion, 2000 (ISBN 978-2-0821-2543-7).
  5. C'est le cas de l'importante vague New Age ou de la loi de l'attraction dérivant du mouvement de la pensée positive.
  6. Apprendre à vivre. Des philosophies antiques au développement personnel, Les Grands dossiers des Sciences Humaines, n° 23, juin-juillet-août 2011, p. 76.
  7. « Le développement personnel au banc d'essai », sur France Inter, .
  8. a b c d e et f « Les dérives sectaires dans le domaine de la santé », sur derives-sectes.gouv.fr.
  9. Philippe Bardonnaud, Vanessa Descouraux, « Pour vivre heureux, vivons coachés », sur « Interception », sur France Inter, .
  10. La méthode d'analyse des jeux de mots oniriques, dite « langue des oiseaux », notamment a fait l'objet de cours et de séminaires de développement personnel.
  11. Voir notamment C. G. Jung, Types psychologiques (1921), Éditions Georg, 1977.
  12. Propos de Luc Mazenc qui a soutenu une thèse de sociologie à l’université Pierre Mendès-France de Grenoble II en 2001 : Les nouveaux mouvements religieux (NMR) et les nouveaux mouvements sociaux (NMS) dans le procès de mondialisation. Pour une phénoménologie sociologique des mutations de la modernité. Propos reproduits dans sa lettre du 2 janvier 2005 au Courrier des Lecteurs du Nouvel Observateur à la suite de la publication du dossier : « Psy ou Médicaments, comment choisir ? » du n° 2093.
  13. Alfred Adler, L'enfant difficile. Technique de la psychologie individuelle comparée (1930), trad., Payot, 1962 ; Le sens de la vie. Étude de psychologie individuelle (1933), . Heinz Ansbacher and Rowena R. Ansbacher : Individual Psychology of Alfred Adler, Basic Books, 1956. Voir en particulier le chapitre 3 : « Finalism and Fiction », et le chapitre 7 : « The Style of Life ».
  14. Chris Marshall, Hacker son cerveau. (lire en ligne)
  15. Carl Rogers, Le développement de la personne (On becoming a Person: A Therapist's View of Psychotherapy, 1961), Dunod, 1966, 284 p.
  16. Abraham Maslow, "A theory of human motivation", Psychological Review, 50 (1943), p. 370-396.
  17. Norman Vincent Peale, La puissance de la pensée positive, trad., Marabout, 2008, 246 p.
  18. Bavister, Amanda Vickers, La PNL Mode d'emploi, Leduc.S Éditions, coll. « SELF-HELP », 2008, 316 p.
  19. Alain Thiry, La pédagogie PNL, éd. De Boeck université, Bruxelles, 2014, p. 13.
  20. Jean-François Dortier (dir.), Le dictionnaire des sciences humaines, Auxerre, 2008, p. 561.
  21. Alain Thiry, Les 3 types de coaching, éd. De Boeck université, Bruxelles, 2008, p. 37.
  22. Alain Thiry, Les 3 types de coaching, Bruxelles, 2008, p. 30.
  23. Alain Thiry, Les 3 types de coaching, éd. De Boeck université, Bruxelles, 2008, p. 49.
  24. Alain Thiry, ça y est, j'ai compris !, éd. De Boeck université, Bruxelles, 2012, p. 16.
  25. Gail Sheehy, New Passages, Random House, 1995. Gail Sheehy a écrit auparavant un best-seller, Passages, popularisant les stades de vies de Levinson; son second ouvrage montre comment la société et les stades de vie ont profondément changé.
  26. Daniel Levinson, Seasons of a Man’s Life, Ballantine Press, 1978, page 91-92.
  27. Martin Seligman, Building Human Strength: Psychology’s Forgotten Mission, Volume 29, Numéro 1 - janvier 1998.
  28. a et b Edgar Cabanas et Eva Illouz, Happycratie : Comment l'industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier Parallèle, , 260 p. (ISBN 9791094841761).
  29. a b c et d Annabelle Laurent, « « Happycratie » : faut-il en finir avec le développement personnel ? », sur usbeketrica.com, .
  30. A Theory of Human Motivation, d’Abraham Maslow, a été originellement publié en 1943 dans la Psychological Review, n° 50, page 838. En français, voir : Jacques Lecomte, Les théories de la motivation, Sciences humaines, Hors-série N° 19 - décembre 1997/janvier 1998.
  31. Maslow, A. H. (2004). L'accomplissement de soi : De la motivation à la plénitude, Abraham Maslow (Auteur), Emily Borgeaud (Traduction), Éditions d’Organisation, 2004.
  32. Peter F. Drucker, Managing Oneself, Best of HBR, 1999. Les meilleurs textes de cet auteur en français : Devenez manager !, traduction Jacques Fontaine, Village Mondial, 2006.
  33. Sumantra Ghoshal, Christopher A. Bartlett, The Individualized Corporation: A Fundamentally New Approach to Management, HarperCollins, 1997, page 286
  34. a et b MIVILUDES, « Rapport au Premier Ministre 2013-2014 », sur derives-sectes.gouv.fr, .
  35. Edmond Marc, Guide pratique des psychothérapies : approche, techniques, fondateurs, lieux, Paris, 2000 (1re éd. 1981) ; nouvelle édition 2008 (ISBN 978-2-7256-2714-4)
  36. Esprit mai 2004, Pierre-Henri Castel prétend que les livres traitant du développement personnel comptent pour 10 % du marché, sans démontrer des recherches ou des références pour justifier comment il arrive à ce chiffre.
  37. Des cabinets internationaux de conseil spécialisés dans le développement personnel pour les entreprises son PDI, DDI, Metizo et Franklin Covey.
  38. Le développement personnel en entreprise fait désormais partie du conseil en ressources humaines avec les cabinets comme Hewitt, Mercer, Towers Watson et Hay qui offrent du conseil en développement des talents ou se trouve prodigué à travers la formation qui vise à améliorer les compétences comportementales des collaborateurs. Les cabinets de stratégie d’entreprise comme McKinsey et Boston Consulting Group font des études au niveau de la direction. Les entreprises de travail temporaire comme Adecco et Manpower proposent des études sur la motivation des employés et le développement des carrières. Les cabinets de recrutement de cadres supérieurs tels que Korn Ferry proposent du coaching pour les managers
  39. a b et c « Il est 5 heures, dernière chance pour être enfin la personne que nous rêvons tous d’être », sur LeMonde.fr, .
  40. Anne-Sophie Mercier, « Allez mieux, je le veux ! », Le Canard Enchaîné,‎ .
  41. Sham: How the Self-Help Movement Made America Helpless, Steve Salerno (2005).
  42. Robert Ebguy, Je hais le développement personnel, Eyrolles, 2008, 209 p. (ISBN 978-2-2125-4217-2)
  43. Jean-Marie Abgrall, « Sectes et pseudo-médecines - 1ère partie », sur pseudo-medecines.org.
  44. a et b Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, « Guide santé et dérives sectaires », sur derives-sectes.gouv.fr.
  45. « Fiche Rome K1103 - Développement personnel et bien-être de la personne », sur www.chambre-syndicale-sophrologie.fr.