Roman psychologique

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Fiodor Dostoïevski, avec Crime et Châtiment et Les Frères Karamazov, approfondit la conscience des personnages dans ce qui s'est appelé par la suite « roman psychologique » — le grand apport russe au réalisme.

Le roman psychologique (ou roman d'analyse psychologique, également connu comme « réalisme psychologique »), est une œuvre de fiction en prose qui met l'accent sur la caractérisation intérieure de ses personnages, ses motivations, circonstances et actions internes qui naissent ou se développent à partir des actions externes. Le roman psychologique « met en second plan la narration pour favoriser la description des états d'âme, les passions et les conflits psychologiques[1] » des personnages.

Techniques[modifier | modifier le code]

Le roman psychologique ne fait pas que relater des événements : il explique la cause et la finalité de ces actions. Dans ce genre de littérature, le personnage et sa caractérisation sont plus développés et approfondis que dans un autre genre : l'auteur s'attache à l'analyse psychologique de ses personnages[2]. Le roman psychologique peut ainsi s'appeler le roman de l'« homme intérieur ».

Dans de nombreux cas, l'écrivain utilise les techniques de courant de conscience ou de monologues intérieurs pour mieux illustrer le travail interne de l'esprit humain, ainsi que l'inclusion de flashbacks. Une autre ressource utilisée pour rechercher à l'intérieur des personnages, est l'utilisation de textes émanant directement du personnage, comme des journaux intimes ou des correspondances[3].

Paméla ou la Vertu récompensée de Samuel Richardson (1740) peut être considérée comme précurseur de la nouvelle psychologique réaliste.

Historique[modifier | modifier le code]

Le Dit du Genji, écrit au Japon au XIe siècle, est considéré comme le premier roman psychologique[2],[4].

Dans la littérature occidentale, les origines du roman psychologiques peuvent remonter à Fiammetta, écrit en 1344 par Giovanni Boccaccio ; c'est-à-dire avant que l'on invente le terme « psychologie ». Un autre exemple est Don Quichotte de Miguel de Cervantes (1605).

La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette (XVIIe siècle) est considéré comme le premier roman précurseur du roman psychologique[2]. Plus tard, le roman psychologique par excellence en français est Le Rouge et le Noir de Stendhal.

Le premier essor du roman psychologique en tant que genre littéraire s'établit avec le roman sentimental, duquel Paméla ou la Vertu récompensée de Samuel Richardson (1740) est un premier exemple. Sa force réside précisément dans la connaissance du cœur humain, dessinant les contours du sentiment, de ses changements ; le motif dominant de l'œuvre est cette analyse minutieuse des sentiments du protagoniste, captant clairement les émotions[5].

Les grands romans psychologiques sont ceux de Fiodor Dostoïevski. Dans son œuvre la plus célèbre, Crime et Châtiment, le roman psychologique atteint son apogée, voyant se débattre l'individu entre l'acceptation d'un tourment ou la justification de son acte[3].

Le roman psychologique moderne, selon l’Encyclopedia of the Novel, prend ses origines dans les œuvres du prix Nobel norvégien Knut Hamsun, en particulier La Faim (1890), Mystères (1892), Pan (1894) et Victoria (1898)[6].

Aux États-Unis, Henry James, Arthur Miller et Edith Wharton sont considérés comme les plus importants contributeurs de la pratique du réalisme psychologique[7].

Romans psychologiques notables[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Traduction de la définition espagnole : « pospone la narración a la descripción de los estados de ánimo, pasiones y conflictos psicológicos », tirée d’(es) El pequeño Espasa, Espasa-Calpe, Madrid, 1988.
  2. a, b et c « Définition et liste de romans psychologiques », sur babelio.com (consulté le 2 décembre 2015).
  3. a et b (es) « La novela », sur monografias.com (consulté le 2 décembre 2015).
  4. Jorge Luis Borges, dans The Total Library: « [The Tale of Genji, as translated by Arthur Waley,] is written with an almost miraculous naturalness, and what interests us is not the exoticism — the horrible word — but rather the human passions of the novel. Such interest is just: Murasaki's work is what one would quite precisely call a psychological novel. [...] I dare to recommend this book to those who read me. The English translation that has inspired this brief insufficient note is called The Tale of Genji. »
  5. (es) Breve historia de la literatura inglesa, Ifor Evans, , 368 p., p. 209.
  6. « The most significant novelist of the Scandinavian countries is Knut Hamsun, who almost singlehandedly created the modern psychological novel through the publication of four works that probe the human subconscious, Sult (1890, Hunger), Mysterier (1892, Mysteries), Pan (1894), and Victoria (1898) » dans Peter Melville Logan, Olakunle George, Susan Hegeman et Efraín Kristal, The Encyclopedia of the Novel : Northern Europe, vol. A–Li, Blackwell Publishing, (ISBN 978-1-4051-6184-8, lire en ligne), p. 583.
  7. « major contributor[s] to the practice of psychological realism » dans (en) N. Baym et et al., The Norton Anthology of American Literature : Shorter Seventh Edition, New York, W.W. Norton Co., , p. 1697.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel Gunn (trad. Jean-Michel Rabaté), Analyse et fiction : aux frontières de la littérature et de la psychanalyse, Paris, Denoël, , 297 p. (ISBN 2-207-23770-2, notice BnF no FRBNF35144136)
  • Jean-Marie Guyau, « Le roman psychologique et sociologique », dans L'art au point de vue sociologique, Paris, Félix Alcan éditeur, (lire en ligne)
  • Rémy Ponton, « Naissance du roman psychologique : Capital culturel, capital social et stratégie littéraire à la fin du XIXe siècle », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 1, no 4,‎ , p. 66-81 (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]