Décroissance (économie)

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Manifestation pour la décroissance dans les rues de Leipzig (Allemagne) en septembre 2014.
L'image de l'escargot revient fréquemment chez les décroissants pour symboliser la nécessité de mettre un terme au culte de la compétitivité, entretenu par les partisans de la croissance économique.
« Si une machine vous est utile, gardez la. Si elle vous est indispensable, jetez la ! »
Gandhi (ici dans les années 1920).

Le mot « décroissance » est un néologisme né en 1972[1] et développé en 1979[2], renvoyant à un concept à la fois politique, économique et social, selon lequel la croissance économique constitue davantage une source de nuisances que de bienfaits pour l'humanité.

Selon les acteurs du mouvement de la décroissance, en effet, les dysfonctionnements de l'économie (chômage de masse, précarité...), l'aliénation au travail (stress, harcèlement moral, multiplication des accidents...) et la pollution sont les trois principales résultantes du processus d'industrialisation. Cette dernière, en particulier, est à l'origine de la détérioration des écosystèmes et de la disparition de milliers d'espèces animales, elle a provoqué un changement d'époque géologique, l'anthropocène, et menace l'espèce humaine elle-même[3], raison pour laquelle il importe urgemment de cesser de faire de la croissance un objectif.

Ne se référant à aucun courant doctrinal mais partant d'un axiome de base (« On ne peut plus croître dans un monde fini »[4]), les « décroissants » (ou « objecteurs de croissance ») se prononcent pour une éthique de la simplicité volontaire. Concrètement, ils invitent à réviser les indicateurs économiques de richesse, en premier lieu le PIB, et à repenser la place du travail dans la vie (pour éviter qu'il ne soit aliénant) et celle de l'économie (de sorte à réduire les dépenses énergétiques, donc l'empreinte écologique). Leur critique s'inscrit dans la continuité de celle du productivisme, amorcée durant les années 1930 et qui dépasse celle du capitalisme et celle de la société de consommation, menée pendant les années 1960.

Le concept de décroissance peut être approché depuis de multiples entrées : écologie, démocratie, éthique[5]. On peut toutefois globalement distinguer deux orientations :

Ces deux approches ne sont pas totalement incompatibles et se concilient même dans la formule de l'économiste Serge Latouche « décoloniser l'imaginaire »[7]. Mais de fait, c'est la seconde qui oriente actuellement la majorité des débats : depuis 2001, l'adjectif « soutenable » est souvent accolé au mot « décroissance » afin de mieux le faire apparaître comme l'alternative au concept du développement durable, plébiscité par l'ensemble de la classe politique et les industriels (qui voient dans la crise écologique toutes sortes d'opportunités en termes de marché) mais que les décroissants qualifient de « faux ami »[8] voire d'imposture, les moins polémistes d'entre eux arguant simplement qu'il est trop tard pour le mettre en œuvre[9].

Introduction[modifier | modifier le code]

À l'origine, la machine et la division du travail[modifier | modifier le code]

Apparu dans les années 1970 aux États-Unis et en Europe, le mouvement de la décroissance s'oppose directement à celui de la croissance, né – lui – à la fin du XVIIIe siècle et fondé sur le machinisme et l'idéologie libérale. Mais alors que l'idée de croissance fait largement consensus dans le paysage politico-médiatique, les décroissants y occupent une place marginale. C'est pourquoi il n'est possible de saisir ce qui fait leur singularité que depuis une description rapide de ce à quoi ils s'opposent. C'est l'objet de cette introduction.

La machine à vapeur conçue par Watt et Boulton. Dessin de 1784

En 1769, un ingénieur anglais, James Watt, dépose le brevet d'une invention qui, avec le concours de l'industriel Boulton, va révolutionner l'histoire : la machine à vapeur. La Grande-Bretagne puis le reste de l'Europe vont ainsi bientôt passer d'une société aristocratique et une économie à dominante agricole et artisanale à une société bourgeoise, marquée par une forte urbanisation et une économie industrielle.

L'invention de Watt s'inscrivant dans la lignée d'autres machines (notamment celle de Newcomen), les cadres de cette économie ont été tracés trois ans plus tôt, en 1766, par un compatriote de Watt, le philosophe et économiste Adam Smith[10]. Deux de ses fondements sont la valeur travail et la division du travail[11].

Étroitement corrélées, la place des machines dans le monde du travail et la pertinence des théories de Smith sont aujourd'hui vivement contestées dans les milieux de la décroissance.

Du travail divisé à l'homme divisé

La société industrielle est l'œuvre de la classe bourgeoise, qui, depuis la fin du XVIIIe siècle, contrôle les milieux économique, politique et médiatique.
Monsieur Bertin (Ingres, 1832)

Dix dates peuvent être retenues comme symboliques de ce qui structurera plus tard le mouvement de la décroissance, car elles fondent les notions autour desquelles il se positionnera : le temps, la qualité et l'organisation du travail ; la propriété des moyens de production ; le rapport à l'État ; la protection de l'environnement et la relation entre le choix des outils et celui des modes de vie.

  • 1829 : l'écrivain britannique Thomas Carlyle campe le paysage de l'époque : « Si nous devions caractériser notre temps, il faudrait l'appeler l'âge des machines. »[14].
  • 1836 : aux États-Unis, le poète Ralph Waldo Emerson publie son essai Nature[16], devenant ainsi le chef de file d'un mouvement philosophique, le transcendantalisme : l'exaltation de la nature ne mène nullement au rejet des machines. Au contraire, Emerson voit en elles une imitation et une extension de la nature, le moyen de recréer l'Éden sur Terre.
En 1844, Karl Marx (ici en 1861) analyse l'aliénation au travail.
  • 1844 : à Paris, Karl Marx rédige un texte qui ne sera publié qu'un siècle plus tard (connu sous le nom de Manuscrits de 1844)[18] dans lequel il décrit un ouvrier dépossédé de son moyen de production, utilisé comme une machine parmi les machines, vidé de sa substance humaine. La division du travail accroît certes la productivité du système mais elle a un prix : l'aliénation du travailleur.
  • 1848 : à Bruxelles, dans le Manifeste du Parti communiste[19], Marx et Engels écrivent : « Élevée sur les ruines de la société féodale, la société bourgeoise n'a pas aboli les antagonismes de classes. Elle n'a fait que substituer de nouvelles classes, de nouvelles conditions d'oppression, de nouvelles formes de lutte à celles d'autrefois. »
Le XIXe siècle est celui de la célébration de la machine.
Avant l'achèvement, tableau de Paul Meyerheim, 1878

Tout au long du siècle, partout sur le continent européen et massivement, des femmes et des hommes quittent les campagnes pour la ville. Les décroissants analysent le phénomène de l'urbanisation comme la résultante de l'intégration dans les consciences des préceptes du productivisme ; plus particulièrement une survalorisation de la science, de la technique et du travail lui-même. Et ils s'assignent la tâche d'œuvrer à leur décryptage[7].

Critique et rejet de l'industrialisation[modifier | modifier le code]

Le mouvement de la décroissance peut se définir comme l'expression d'une contestation du productivisme et de l'industrialisation et de ce qui les porte : la valeur accordée au travail et la place croissante des machines et des techniques, tant dans l'univers de la vie quotidienne que dans le cadre du travail.

Au sein de ce mouvement, on peut distinguer deux pôles :

Une faible lisibilité

Face aux bouleversements écologiques, les partisans de la décroissance s'opposent frontalement à ceux, beaucoup plus nombreux, du développement durable. Ce qui les différencie fondamentalement, c'est que les premiers entendent établir la critique d'un processus amorcé au XVIIIe siècle et de nature multiforme (incluant non seulement la crise environnementale mais aussi une réflexion sur la condition humaine) tandis que les seconds, se focalisent sur cette crise et y recherchent des solutions sans vouloir modifier le paradigme qui en est à la source. D'où la difficulté des premiers à s'inscrire dans le débat politique tandis que les seconds bénéficient d'un écho médiatique constant, notamment lors de la tenue de grands événements internationaux tels que la COP21.

Les décroissants estiment par conséquent que l'avenir de l'humanité passe par la capacité des individus à se détacher du bruit médiatique (afin de « décoloniser leur imaginaire »[20]) et à considérer les problèmes comme interdépendants, en les recontextualisant dans le temps long[21].

Histoire du mouvement[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Bris de machine en Angleterre (1812)

En toute logique, les premiers inspirateurs de la décroissance apparaissent dans la première nation industrialisée, la Grande-Bretagne.

  • 1811 : un conflit social s'exprime dans le Leicestershire et le Derbyshire opposant des artisans (tondeurs et tricoteurs sur métiers à bras) à leurs employeurs, des manufacturiers qui favorisent l'emploi de machines dans le travail de la laine et du coton. On donnera plus tard à ce mouvement le nom de luddisme.
  • 1816 : l'économiste suisse Sismondi amorce une critique du machinisme, mettant en avant la dangerosité du travail dans les usines[22].
  • 1821 : Ricardo lui-même, dans la troisième édition de ses Principes de l'économie politique, s'inquiète de « l'influence que les machines exercent sur les différentes classes de la société »[23].
  • 1840 : aux États-Unis, Alexis de Tocqueville prédit les conséquences de la division du travail : « Tandis que l'ouvrier ramène de plus en plus son intelligence à l'étude d'un seul détail, le maître promène chaque jour ses regards sur un plus vaste ensemble, et son esprit s'étend en proportion que celui de l'autre se resserre. Bientôt il ne faudra plus au second que la force physique sans l'intelligence; le premier a besoin de la science, et presque du génie pour réussir. L'un ressemble de plus en plus à l'administrateur d'un vaste empire, et l'autre à une brute. »[24]
  • 1860 : à Londres, l'écrivain John Ruskin publie une série de quatre articles réunis sous le titre Unto This Last dans lesquels il rejette les principes utilitaristes et marchands de l'économie. Il propose aux ouvriers de mettre en place des communautés fondées sur la coopération et le refus de la mécanisation et recommande que les machines qui suppriment l'exercice physique soient interdites, les seuls moteurs autorisés étant ceux utilisant les forces naturelles (vent et eau)[27].
  • 1880 : en France, Paul Lafargue, gendre de Marx, critique la valeur travail dans son livre Le Droit à la paresse, qui passe inaperçu: « Pour qu’il parvienne à la conscience de sa force, il faut que le prolétariat foule aux pieds les préjugés de la morale chrétienne, économique, libre penseuse ; il faut qu’il retourne à ses instincts naturels, qu’il proclame les Droits de la Paresse, mille et mille fois plus sacrés que les phtisiques Droits de l’Homme concoctés par les avocats métaphysiques de la révolution bourgeoise ; qu’il se contraigne à ne travailler que trois heures par jour, à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit. »[28]

À la même époque, aux États-Unis, l'ingénieur Frederick Taylor mène des recherches qui vont connaître un succès retentissant dans le monde entier, visant à optimiser l'organisation de la production et qui le conduiront à promouvoir l'organisation scientifique du travail, une méthode reposant sur une une répartition rigoureuse des tâches. La technique du management est née, qui confère au productivisme ses lettres de noblesse.

  • 1887-1894 : à Londres, William Morris signe trois conférences où il s'indigne des effets de l'industrialisation : individus aliénés au travail, défiguration des paysages, pollution, propagande par la publicité[29]. Il développe l'idée que la division du travail - et, plus largement, le mouvement de l'industrialisation - témoignent d'un changement de civilisation[30]. Il écrit notamment : « le grand système commercial (s'active), pierre angulaire de cette société, que les gens cultivés croient être à leur service mais qui en réalité les domine et détruit les rapports sociaux. »[31]

1900-1930[modifier | modifier le code]

Ouvriers sur une chaîne de montage. Usine Ford, Highland Park, 1913

Appliquant les préceptes de Taylor, l'industriel Henry Ford les perfectionne : au début des années 1910, le fordisme allie le mode de production en série et une politique de salaires élevés, ouvrant l'ère de la consommation de masse. La Ford T est produite à quinze millions d’exemplaires. Le fordisme révolutionne l’industrie américaine et sert de modèle au monde entier, y compris dans le domaine de l'armement puisque le « progrès technique » occasionne rien moins que 9 millions de morts et 6,5 millions de blessés durant la Grande Guerre.

  • 1909 : l'essayiste français Léon Bloy écrit à propos de l'automobile : « On sait l'abus atroce de cette hideuse et homicide machine, destructive des intelligences autant que des corps, qui fait nos délicieuses routes de France aussi dangereuses que les quais de l'enfer et qu'on ne pourra jamais suffisamment exécrer[32] » [33].
  • 1915 : le biologiste écossais Patrick Geddes dénonce le gaspillage des ressources naturelles par l'industrie et exprime l'idée de laisser une part essentielle du processus économique aux mains de ceux qui l’utilisent : les consommateurs et les citoyens[34]. Il met en particulier en évidence la nécessité de préserver autour des villes des ceintures vertes[35], à la fois maraîchères et d’agrément, notion qui influencera plus tard le mouvement des cités-jardins, préconisant entre autres de limiter la taille des villes afin de maintenir des échanges vivants entre la cité, les terres agricoles et les espaces naturels alentour.
Mécanicien travaillant sur une machine à vapeur. Lewis Hine, 1920.

Après la Première Guerre mondiale, les États-Unis deviennent les principaux créanciers du monde : la majeure partie des réserves d'or y étant amassées, le pays se développe à un rythme inégalé : entre 1921 et 1929, la production industrielle augmente de 50 %. Durant toute cette décennie, le photographe Lewis Hine se consacre à la pénibilité du travail dans les usines et au travail des enfants.

  • 1921 : alors que se répandent les chaînes de montage dans les usines, Romain Rolland et l'ingénieur Frans Masereel projettent d'éditer un livre et faire un film intitulés La révolte des machines ou La pensée déchaînée. Le livre sort en tirage limité[36], étant plus largement distribué en 1947[37] mais le film reste à l'état de projet[38].
  • 1924 : La jeune Inde, édition française du livre Young India, du Mahatma Gandhi, paru deux ans plus tôt en Inde et où l'auteur prend clairement parti contre l'industrialisation du pays et pour un mode de vie simple. Cette édition est précédée d'une introduction de Romain Rolland.

Le développement de l'industrie nécessitant d'importantes mises de capitaux, il provoque, depuis le XIXe siècle, celui d'une économie parallèle : le marché boursier. Or plus rapide est le premier, plus difficilement maîtrisable est le second. En particulier aux États-Unis, où un krach boursier éclate en 1929, dont les répercussions (chômage de masse, pauvreté...) seront considérables durant les années suivantes, jusqu'en Europe.

Années 1930[modifier | modifier le code]

Arbeit macht frei ("le travail rend libre", l'une des devises de l'Allemagne nazie.

La décennie est marquée par les régimes totalitaires (principalement le fascisme en Italie, le communisme en Union soviétique, le nazisme en Allemagne et le nationalisme japonais). Tous érigent le travail en valeur absolue en même temps qu'ils en font un moyen de domination, voire d'extermination : ainsi se multiplient les camps de travail en Sibérie (goulag), en Allemagne, dans le Manchukuo, à Java..., qui, selon certains, ne sont que des caricatures de ce qui se joue dans les états démocratiques avec le développement du prolétariat[39]. Du reste, dans ces états, de nombreux intellectuels s'interrogent sur le sens du travail et celui de la technique, exprimant à chaque fois de vives inquiétudes. Quelques exemples :

  • 1930 : Dans Scènes de la vie future, l'écrivain Georges Duhamel relate son voyage aux États-Unis en 1929. Tout en reconnaissant le dynamisme des Américains, il se dit médusé par leur société, dénuée selon lui de tout attrait, où seuls sont valorisés l'argent, le gain de temps, la production de masse, la publicité et les règles puritaines et où l'homme s'efface derrière la machine au prix de son asservissement.
  • 1931 : En Allemagne, avant même l'éclosion du nazisme, le philosophe Oswald Spengler écrit : « La mécanisation du monde est entrée dans une phase d'hyper tension périlleuse à l'extrême. La face même de la terre, avec ses plantes, ses animaux et ses hommes n'est plus la même. [...] Un monde artificiel pénètre un monde naturel et l'empoisonne. La civilisation est elle-même devenue une machine, faisant ou essayant de tout faire mécaniquement. »[40].
  • 1932 : En Grande-Bretagne, dans Éloge de l'oisiveté, le mathématicien et philosophe Bertrand Russell estime que l'homme moderne se livre à un culte du travail qui l'amène à s'épuiser jusqu'à perdre le sens de son existence : « Quand je suggère qu'il faudrait réduire à quatre le nombre d'heures de travail, je ne veux pas laisser entendre qu'il faille dissiper en pure frivolité tout le temps qui reste (mais) qu'en travaillant quatre heures par jour, un homme devrait avoir droit aux choses qui sont essentielles pour vivre dans un minimum de confort, et qu'il devrait pouvoir disposer du reste de son temps comme bon lui semble »[41].
  • 1934 : En France, Simone Weil s'interroge également sur le sens du travail à l'ère industrielle : « Le travail ne s’accomplit plus avec la conscience orgueilleuse qu’on est utile, mais avec le sentiment humiliant et angoissant de posséder un privilège octroyé par une passagère faveur du sort, un privilège dont on exclut plusieurs êtres humains du fait même qu’on en jouit, bref une place. »[42]
    - Aux États-Unis, dans Technique et civilisation, l'historien Lewis Mumford s'interroge : « En avançant trop vite et trop imprudemment dans le domaine des perfectionnements mécaniques, nous n’avons pas réussi à assimiler la machine et à l’adapter aux capacités et aux besoins humains. »[43].
  • 1935 : En France, Jacques Ellul et Bernard Charbonneau, dans un texte rédigé en commun, avancent l'idée que le capitalisme, le fascisme et le communisme partagent un même objectif : produire toujours plus[44],[45],[46]. Combattre le productivisme exige un nouveau type de révolution : « Toute révolution doit être immédiate, c’est-à-dire qu’elle doit commencer à l'intérieur de chaque individu par une transformation de sa façon de juger [...] et d’agir. C'est pourquoi la révolution ne peut plus être un mouvement de masse et un grand remue-ménage […] ; il est impossible de se dire révolutionnaire sans être révolutionnaire, c'est-à-dire sans changer de vie »[47].
  • 1936 : Aux États-Unis, la critique de la société industrielle s'affiche dans un film de fiction : Les Temps modernes de Charlie Chaplin. De façon symbolique, l'artiste décrit l'être humain broyé dans les rouages de la mécanisation.

En 1939, quand débute la Deuxième Guerre mondiale et que - partout dans le monde - l'activité industrielle se concentre à nouveau sur l'armement, les critiques à son égard se taisent.

Années 1940[modifier | modifier le code]

« More More More » (« Plus, plus, plus »)
Affiche américaine
Carte de l'Europe montrant les pays ayant bénéficié du plan Marshall.

Au service de la guerre jusqu'en 1945, la production industrielle l'est ensuite au service de la reconstruction : décidé en 1947 et mis en œuvre l'année suivante, le plan Marshall est un programme de prêts accordés par les États-Unis aux états européens (Allemagne comprise) pour les aider à reconstruire les villes et les installations détruites.

Le productivisme ne s'exprime pas seulement à travers la multiplication des usines mais aussi, indirectement, par le fait que l'État assure sa légitimation et sa gestion, comme en témoigne l'explosion du nombre de fonctionnaires. Ainsi se renforce le mythe de l'État-providence, né au cours du XIXe siècle : alors que le rôle de l'État se limitait jusqu'alors aux fonctions régaliennes, les nations industrialisées le dotent de compétences, d'ordre économique et social.

Affiche publicitaire pour une boisson laxative.

Aux États-Unis, la publicité se différencie définitivement de la "réclame" : elle se présente comme une discipline rigoureuse, empruntant à la sociologie et à la psychologie autant qu'à l'économie. Axée sur des études de marché menées dans le cadre d'une réflexion marketing, elle s'étudie au sein d'écoles spécifiques et conduit à des carrières professionnelles bien rémunérées, menées au sein d'agences spécialisées. Le développement croissant des médias (presse écrite, radio puis, à la fin de la décennie, télévision), inscrivent la publicité dans ce que l'on appelle la communication de masse. Les messages publicitaires se répandent sur la base des stéréotypes, généralement sexistes : l'homme produit dans l'usine, la femme consomme au foyer[48]. La publicité et le cinéma hollywoodien accompagnent le Plan Marshall dans la diffusion en Europe des idéaux américains, axés sur la production et la consommation de masse.

Tous ces faits ne favorisent pas le débat critique sur le productivisme : plus rares que durant la décennie précédente sont les voix qui dénoncent la prégnance de l'homo œconomicus et tentent de démontrer la responsabilité de l'État dans ce processus, tant dans le camp du capitalisme que celui du communisme.

  • 1945 : Les Principes et préceptes du retour à l'évidence de Lanza del Vasto[49] jettent les bases du principe de simplicité volontaire, au contact de la pensée de Gandhi, que l'auteur a fréquenté sept ans plus tôt. Le productivisme est assimilé à une conception du monde étroitement matérialiste : « Il n'a que faire d'une voiture, il se moque des voitures roulantes, celui qui retourne à l'évidence. Il va seul à pied, celui qui va vers ce-qui-va-de-soi". »
  • 1947 : dans un essai intitulé La France contre les robots, l'écrivain français Georges Bernanos rompt la torpeur créée par le « progrès technique » et émet une critique de la société industrielle assez radicale. D'une part il conteste l'idée selon laquelle la libre entreprise conduirait automatiquement au bonheur de l'humanité, car, selon lui, :« il y aura toujours plus à gagner à satisfaire les vices de l'homme que ses besoins ». D'autre part, il affirme qu'« un jour, on plongera dans la ruine du jour au lendemain des familles entières parce qu'à des milliers de kilomètres pourra être produite la même chose pour deux centimes de moins à la tonne », prédisant ainsi ce que seront les délocalisations quarante ans plus tard. De même, il annonce certains effets de la future « révolution numérique » lorsqu'il écrit : « un monde dominé par la Force est un monde abominable, mais le monde dominé par le Nombre est ignoble. La force fait tôt ou tard surgir des révoltés, elle engendre l'esprit de révolte, elle fait des héros et des martyrs. La tyrannie abjecte du nombre est une infection lente qui n'a jamais provoqué de fièvre. Le nombre crée une société à son image, une société d'êtres non pas égaux, mais pareils, seulement reconnaissables à leurs empreintes digitales. »
  • La même année, dans un ouvrage collectif, Jacques Ellul écrit : « L'homme n'est plus en face de l'économie une créature indépendante: il est englobé dans l'économie. Il appartient à l'économie, corps et âme. »[50]

À la fin de la décennie, le nombre de récepteurs de télévision s'accroît sensiblement aux États-Unis : 30 000 en 1947, 157 000 en 1948, 876 000 en 1949[52], introduisant les messages publicitaires dans les foyers.

Années 1950[modifier | modifier le code]

La décennie marque le début d'une période de forte croissance, appelée période des Trente glorieuses. L'économiste français Jean Fourastié estime que « la notion de productivité est à peu près la seule notion admise à la fois par les théories économiques marxistes et libérales »[53].

Aux États-Unis, en 1950, le mathématicien Norbert Wiener affirme que la technologie va bouleverser le monde du travail : « de même qu'une révolution est en cours, permettant aux machines de remplacer les muscles de l'homme, une autre est en train de poindre qui leur permettra de se substituer à son cerveau ». Il annonce ainsi qu'à plus ou moins long terme, de nombreux travailleurs seront remplacés par des robots[54]. De fait, dès 1954, l'ingénieur George Devol dépose le brevet du premier robot industriel. Les robots s'implantent non seulement dans les usines mais dans les foyers, même s'ils sont moins automatisés. En promouvant les robots ménagers, la publicité valorise tout un mode de vie axé sur la consommation : « Moulinex libère la femme » lit-on par exemple dans les rues, en 1953[55].

  • 1950 : Ne trouvant pas d'éditeur, Bernard Charbonneau publie son pamphlet L'État à compte d'auteur (qui sera finalement édité en 1987). Il y développe la thèse que le développement technique a pour corollaire l'instauration d'une structure hiérarchisée à l'excès, l'État : « L'État, c'est la Machine, ou plutôt l'État et la Machine ne sont que deux aspects d'un même devenir. Dans leur tâche unificatrice, l'Industrie et l'État convergent vers un même but. Aujourd'hui, ils sont sur le point de se confondre. [...] L'État est notre faiblesse, non notre gloire, voilà la seule vérité politique. Il est impossible de le supprimer, mais il est non moins nécessaire de le réduire au minimum. »
Installation de la cuve du réacteur EBR-1 (1951)

En 1951, aux États-Unis, EBR-I est la toute première centrale nucléaire du monde. Sa construction n'a été précédé par aucun débat démocratique et sa mise en service ne suscite aucune réaction de la part de la population.

  • 1953 : Sur un mur de Paris, Guy Debord, 22 ans, inscrit à la craie un graffiti qui deviendra plus tard un slogan symbole des décroissants : Ne travaillez jamais. L'année suivante, dans la revue Potlatch, qu'il a créée au sein de l'Internationale lettriste, il écrit pourtant : « nous travaillons [sic] à l’établissement conscient et collectif d’une nouvelle civilisation. »
  • 1954 : La Technique ou l'Enjeu du siècle de Jacques Ellul. Thèse : la technique se développe de façon autonome, ce qui réduit d'autant la marge de manœuvre des humains.]
  • 1956 : L'obsolescence de l'homme de Günther Anders. L'auteur défend la thèse que l'humanité ne ressort pas grandie du progrès technique. Selon lui, les mass media, tendent à diffuser une idéologie axée sur la puissance. Le quatrième chapitre analyse les répercussions politiques de la bombe atomique : celle-ci rend aussi obsolète la notion de frontière : chaque explosion a des conséquences à échelle planétaire. Réédité sept fois en Allemagne, l'ouvrage sera traduit en français en 2001.

Les médias exposent de la technologie une image très favorable. Durant l'automne 1957, par exemple, le lancement du premier satellite artificiel fait la une des journaux et entre dans les livres d'histoire quand, en comparaison, la catastrophe nucléaire de Kychtym ou l'incendie de Windscale sont peu relatés.

  • 1958 : Qu'est ce que la technique ? de Martin Heidegger : Thèse : la caractéristique fondamentale de la civilisation moderne est la technique. Elle est ainsi non pas parce qu'on y trouve des machines ; au contraire, on y trouve des machines parce que la civilisation est technique[56].
  • 1959 : "Les trois tentations de la machine" in Les quatre fléaux de Lanza del Vasto. L'auteur diabolise la technique au sens propre du terme, la comparant au diable dans l'épisode des Trois tentations du désert raconté dans l'évangile : « Je vais te faire gagner du temps, dit la machine, quand elle parle en agneau, et dès que l'homme se rend à la séduisante invite, tout le temps de sa vie est dévoré par la hâte... Je vais t'épargner de la peine, lui promet-elle, et c'est assez pour qu'il s'engage dans l'inextricable traquenard des colossales industries... Je vais te donner le bien-être. Et aussitôt, voilà l'air empesté, la vue bouchée, la pétarade et la bousculade, l'encombrement et le souci, les tonnes de camelote et les vivres en boîte, le gratte-ciel et la cuisine-usine. »[57]

Années 1960[modifier | modifier le code]

La décennie est marquée par le développement de la robotique industrielle dans les secteurs automobile et aéronautique[58], en vue d'y accroître les gains de productivité, tandis que la conquête de l'espace symbolise la course au progrès technique disputée entre les deux protagonistes de l'affrontement idéologique est-ouest : les mots "concurrence" et "compétitivité" entrent dans le langage usuel[59].

De nombreux pays d'Afrique et d'Asie acquièrent leur indépendance, de sorte que les états du tiers monde disposent désormais de la majorité à l'Assemblée générale des Nations unies. Certains de leurs dirigeants s'efforcent d'amorcer le développement économique mais les nations industrialisées conservent leur mainmise, notamment en entretenant la corruption. Le tiers monde est surtout la victime de l'affrontement est-ouest, les deux blocs tentant en effet d'y imposer leur leadership pour exploiter à bas prix ses matières premières[60]. Et alors que le Mur de Berlin officialise pour trois décennies (1961-1989) la division de l'Europe entre le communisme et le capitalisme, en Europe de l'Ouest et aux États-Unis les premiers satellites de télécommunications vont peu à peu renforcer la puissance de la sphère médiatique.

  • 1965 : L'Illusion politique, d'Ellul. La politique est une chose illusoire, une simple affaire d'exposition médiatique : ce sont les techniciens qui opèrent les choix décisifs mais cela ne se voit pas au prime abord car, pour masquer leur faible pouvoir de décision, les politiques font de la figuration[63].
Radovan Richta
  • 1966 : La civilisation au carrefour du Tchèque Radovan Richta[64]. Aucune révolution n'est désormais concevable que si elle intègre les évolutions de la technique et lui assigne d'autres buts que la production.
    - Sept études sur l'homme et la technique de Georges Friedmann. La technique tend à devenir un milieu environnant, en lieu et place du milieu naturel, sans que les humains ne s'en émeuvent, notamment dans le domaine du travail[65].
  • 1967 : Le mythe de la machine de Lewis Mumford (publication du premier tome aux États-Unis, intitulé Technique et développement humain).
    - La société du spectacle, de Guy Debord : Les humains sont sous l'emprise de la marchandise mais ils n'en sont pas conscients. Du coup, les débats de société sont superficiels, ils glissent sur les événements sans en saisir l'essence, entretenant l'image d'un « spectacle » généralisé[66].
Logo du Club de Rome
  • 1969 : Le Jardin de Babylone de Bernard Charbonneau. Après avoir ravagé la nature, la société industrielle finit de l’anéantir en la « protégeant », en l’organisant à l'excès[67],[68].

Émergence[modifier | modifier le code]

Années 1970[modifier | modifier le code]

Avec la généralisation du concept de « société de consommation », et dans le contexte de la crise pétrolière, un courant contestataire émerge, qui rompt catégoriquement avec la thématique de la réappropriation des moyens de production, que soutiennent les marxistes. Son objectif affiché est la contestation des politiques de croissance et des arguments qui les sous-tendent (plein emploi, compétitivité économique...).

  • 1970 : La Société de consommation de Jean Baudrillard : les relations sociales sont désormais structurées par la consommation. Celle-ci ne se résume plus au moyen de satisfaire des besoins, elle constitue pour les individus un moyen de se différencier des autres ou au contraire de se conformer aux tendances dominantes.
    - Première manifestation environnementale d'envergure sur le territoire américain (22 avril).
    - Création de la revue Survivre et vivre à l'initiative de scientifiques critiques, dont Alexandre Grothendieck qui affirme « les scientifiques sacrifient tout aux prétendues nécessités de l'expansion et du progrès ».
Début du mouvement antinucléaire en 1971.
Couverture d'un numéro de La Baleine, des Amis de la Terre en 2011.
  • 1972 : Du 5 au 16 juin se déroule à Stockholm la toute première Conférence des Nations unies sur l'environnement. Y sont discutées notamment la question de l'interaction écologie-économie et celle des relations entre pays du Nord et pays du Sud, les premiers étant riches et industrialisés, les seconds gangrénés par la misère. Cet événement marque, au sein de l'écologie politique, une rupture radicale et définitive entre deux camps : d'un côté ceux qui, s'inscrivant dans l'esprit de la conférence de Stockholm, continuent de se référer au paradigme de la croissance économique et qui, peu à peu, vont se retrouver autour de la notion de développement durable; en face d'eux, les décroissants, lecteurs de Georgescu-Roegen et du rapport Meadows ou bien Ellul, Charbonneau et Illich, et qui souscrivent à l'axiome « Une croissance infinie n'est pas possible dans un monde fini ».
    - Pierre Fournier ouvre une tribune dans Charlie Hebdo puis, jusqu'en 1980, anime le journal La Gueule ouverte (créé par Pierre Fournier). Ellul et Charbonneau, entre autres, y écriront des articles.
    - À Bâle (Suisse), de jeunes Allemands, Suisses et Autrichiens décident d'expérimenter de nouvelles façons de vivre et de faire de la politique dans une région rurale dépeuplée en y fondant une communauté : « nous abandonnons la société industrielle à elle-même, cette société qui sans rémission court à la catastrophe. Nous allons prendre refuge dans des bases de survie, dans ces territoires exsangues que le capitalisme triomphant a cyniquement condamnés à mourir » . L'année suivante, le groupe émigre en France (Forcalquier) et fonde la communauté de Longo Maï.
    Prométhée réenchaîné de Bernard Charbonneau
    - Dans La véritable scission dans l'Internationale, Guy Debord et Gianfranco Sanguinetti écrivent : « la pollution et le prolétariat sont aujourd'hui les deux côtés concrets de la critique de l'économie politique ».
1973 : Appel à mobilisation pour le Larzac.
  • 1973 : Tristes campagnes de Bernard Charbonneau : « Tout ce qu’entreprend notre société : les carrières, les lotissements et les zones industrielles, les défrichements et la monoculture, aboutit au même type d’environnement. (...). La destruction du paysage se précipite au fur et à mesure que se restreint ce qui reste à détruire. »[69]
    - Small is Beautiful d'Ernst Friedrich Schumacher [70] (traduit en français six ans plus tard[71]) : l'amélioration des conditions de vie ne passe pas par une technologie sophistiquée nécessitant des importations coûteuses, mais par une "technologie à visage humain" basée sur des techniques locales traditionnelles permettant de générer un revenu pour un maximum de gens et ainsi de stimuler l'économie "par le bas".
  • 1974 : Énergie et équité d'Ivan Illich. Comme Leon Bloy au début du siècle ou Charbonneau dans les années 1960[72], l'auteur s'attache à démontrer le caractère contreproductif de l'automobile. Calculant qu’un Américain consacre en moyenne 1 600 heures par an pour acquérir puis entretenir un véhicule, il en conclut que, sur l'année, la vitesse moyenne d'un conducteur effectuant 10 000 kilomètres/an n'est que de 6 km/h[73].
  • 1977 : Travailler deux heures par jour du collectif Adret[75]
    - Débuts du mouvement mouvement antipublicitaire en Californie, avec le Billboard Liberation Front.
    - La manifestation contre le projet de centrale nucléaire Superphénix à Creys-Malville se solde par la mort d'un militant.
  • 1979 : Le Principe responsabilité de Hans Jonas L'emprise technico-scientifique est telle que l'éthique doit se distancier de l'actualité et se projeter dans le temps long.
    À la suite d'un référendum, la Suède met fin à son programme nucléaire (elle sera suivie par l'Italie en 1986, les Pays-Bas en 1994, la Belgique en 1999 et l'Allemagne en 2000.

Références[modifier | modifier le code]

Le mouvement de la décroissance est marqué par l'émergence d'une poignée d'intellectuels qui, après les initiateurs du XIXe siècle et de la première moitié du du XXe siècle, peuvent être aujourd'hui considérés comme ses promoteurs.

Les auteurs des rapports Meadows

Commandité par le Club de Rome et intitulé Limits to Growth (Halte à la croissance ? dans son édition française) un premier rapport est publié en 1972. Il constitue la première étude conséquente soulignant les dangers générés par la consommation de masse et il aura un fort retentissement puisque, traduit en trente langues, il sera édité en douze millions d'exemplaires[76]. Un second rapport intitulé Sortir de l'ère du gaspillage : demain est publié en 1974 ; un troisième, non traduit en français, existe : Review of Limits to Growth: The 30-Year Update[77].

Connus sous le nom de rapports Meadows, ces documents ne sont pas au sens strict des textes fondateurs de la décroissance car ils défendent la « croissance zéro »[78]. Ils sont cependant considérés comme les premières études présentant explicitement l'aggravation des dérèglements planétaires (pollution, pénuries de matières premières, destruction des écosystèmes, etc.) comme l'inévitable résultante de la croissance économique.

Nicholas Georgescu-Roegen

En 1979, Jacques Grinevald rassemble et traduit plusieurs articles (dont les plus anciens remontent à 1971) de l'économiste et mathématicien Américain d'origine roumaine Nicholas Georgescu-Roegen dans un ouvrage qui fait aujourd'hui référence : Demain la décroissance. Entropie, écologie, économie[79],[80]. De fait, Georgescu-Roegen est considéré comme l'inventeur du concept de décroissance[81] et son principal théoricien[82].

Georgescu-Roegen tente un rapprochement entre l'économie en général et un principe physique. Il estime que le modèle économique néoclassique est fondé sur le paradigme de la mécanique newtonienne[83] et ne prend pas en compte les phénomènes de dégradation de l'énergie et de la matière. Il pense pouvoir fonder quant à lui son modèle économique sur le deuxième principe de la thermodynamique et la notion d'entropie selon lequel, par le biais des différents processus de production, la matière et l'énergie se dégradent de manière irréversible. Est ainsi mis en exergue l'exemple des matières premières utilisées pour la construction des ordinateurs qui sont fragmentées et disséminées à travers toute la planète, rendant pratiquement impossible la reconstitution des minerais d'origine. Quant à l'énergie utilisée pour leur fabrication, elle est dissipée en chaleur[84].

Bernard Charbonneau

Entre 1950 et 1967, Charbonneau a rédigé un livre qui ne paraît qu'en 1973, Le système et le chaos. Critique du développement exponentiel[85]. Il s'y livre à une attaque en règle contre la notion de développement, dénonçant le « caractère désorganisateur (chaotique) du système industriel. » L'ouvrage constitue une référence chez les décroissants[86].
Deux autres livres de Charbonneau paraissent en 1973 :
- Prométhée réenchaîné, écrit dans les années 1960, dans lequel l'auteur développe l'idée que le développement industriel est non seulement une réactivation du mythe grec de Prométhée mais son incarnation à l'échelle planétaire[87] ;
- Tristes campagnes (dont le titre s'inspire du Tristes Tropiques de Lévi-Strauss), dans lequel sont dénoncés les effets destructeurs de l’agriculture intensive[88].

Jacques Ellul

Considérant le productivisme comme un fait de civilisation, Ellul considère non seulement que l'économie conditionne la politique mais qu'elle est elle-même formatée par la « technique », terme qu'il a préalablement défini comme « la préoccupation de l'immense majorité des hommes de notre temps, de rechercher en toutes choses la méthode absolument la plus efficace[89]. ». En 1973, dans son livre Les Nouveaux possédés, il entend toutefois se démarquer de toute tendance technophobe et précise : « ce n'est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique[90] ». En 1977, il estime qu'elle constitue désormais un système : presque toutes les activités humaines inféodées à cette recherche d'efficacité maximale en toutes choses[91].

Ivan Illich

En 1973, Ivan Illich développe plusieurs notions-clefs : « autolimitation des besoins », « insoutenabilité du mode de vie moderne » et « contre-productivité »[92]. Dans son livre La convivialité, en 1973, il distingue deux types d’outils : ceux qui permettent à tout homme de « satisfaire » ses besoins vitaux et ceux qui « créent » des besoins qu’eux seuls peuvent ensuite satisfaire. L’automobile, par exemple, appartient à la deuxième catégorie. Mais pour l’utiliser, il faut de l’essence, des routes, des parkings... et beaucoup d’argent pour les entretenir. Le besoin initial multipliant à l’infini d'autre besoins, sa satisfaction génère toute une masse de nuisances et de servitudes. Ainsi, conçus pour être efficaces, les outils de la deuxième catégorie, au-delà d'un certain seuil (c'est-à-dire fabriqués en quantités industrielles), deviennent contre-productifs. Illich se prononce non pas pour leur suppression mais pour une réduction drastique de leur nombre[93].

Ernst Friedrich Schumacher

En 1973 également, parait l'ouvrage de l'économiste britannique Ernst Friedrich Schumacher, Small is beautiful, qui est une compilation de différents articles[94]. Les thèmes évoqués sont l'échelle humaine (rapport de l'individu à la société), le concept de capital naturel (la nature doit être traitée comme un capital, non comme un revenu), le souci des travailleurs (rejet de l'aliénation), le respect de l'environnement dans les décisions politiques et commerciales, l'économie de la permanence (utilisation soutenable des ressources naturelles), le décentralisme et l'autosuffisance communautaire. L'ouvrage est traduit en plus d'une centaine de langues

En 1976 parait en France la première traduction d'écrits de l'écologiste et ancien marxiste américain Murray Bookchin, Pour une société écologique, qui est une compilation d'articles dans lesquels il définit son concept d'« écologie sociale »[95]. Il s’appuie sur la conviction qu’aucun des problèmes écologiques ne sera résolu sans un changement social radical. Il met dos à dos, et fustige, les écologistes se réclamant de la défense de l'environnement et les industriels pour qui les ressources humaines et naturelles ne sont que des forces productives[96]. De sensibilité anarchiste, Murray Bookchin estime que le rapport destructeur à la nature repose sur une déresponsabilisation, une confiance excessive dans les institutions étatiques : le lien entre les individus et leurs « représentants » est si distendu qu'il finit par devenir abstrait et perdre tout sens véritable. il prône le localisme (gestion des affaires publiques à taille humaine; chacun pouvant prendre part aux décisions collectives) et le municipalisme libertaire, propriété communale des moyens de production.

André Gorz

Propagateur de la pensée d'Illich en France après 1968, Gorz est l'un des principaux théoriciens de l'écologie politique en France. En 1977, dans son livre Écologie et liberté, il établit des liens entre productivisme, totalitarisme et logique de profit. « Nous savons que, depuis cent cinquante ans, les sociétés industrialisantes vivent du pillage accéléré de stocks dont la constitution a demandé des dizaines de millions d'années et que, jusqu'à ces tout derniers temps, les économistes, qu'ils fussent classiques ou marxistes, ont rejeté comme « régressives » ou comme « réactionnaires » les questions concernant l'avenir à très long terme : celui de la planète, celui de la biosphère, celui des civilisations »[97].

Évolution[modifier | modifier le code]

À partir des années 1980, le mouvement de la décroissance s'institutionnalise : des structures labellisées « décroissantes » commencent à éclore (associations, partis politiques...) autour d'une presse et d'une édition spécialisées (journal La Décroissance, revues Entropia, S!lence...), recourant à de multiples actions militantes (manifestations contre la publicité ou le nucléaire...) et dont certaines lui sont spécifiques (occupation de ZAD...). Le mot "décroissant" et le vocabulaire qui lui est relatif (« simplicité volontaire », « grands travaux inutiles », « zone à défendre »...) n'entrent dans le langage usuel qu'à partir du début des années 2000, quand la Chine et l'Inde ont rejoint la famille des pays industrialisés et que les craintes relatives au réchauffement de la planète font l'unanimité des dirigeants.

Années 1980[modifier | modifier le code]

Au plan politique, la décennie est conditionnée par le succès d'audience des politiques néo-libérales (menées aux USA par Ronald Reagan et en Grande-Bretage par Margaret Thatcher) puis par la fin des régimes communistes en Europe de l'Est (chute du mur de Berlin en 1989), donc celle de la Guerre froide.

Les années sont également marquées par une catastrophe nucléaire de grande ampleur : en 1986, le réacteur no 4 de la centrale nucléaire soviétique de Tchernobyl explose à 100 km au nord de Kiev (Ukraine). Vingt ans plus tard l'OMS estimera à 4 000 le nombre de morts causés par la diffusion du nuage radioactif [98]. À la suite de cet événement, seule en Europe l'Italie met un terme à son programme nucléaire civil (en 1987).

  • 1980 : Bernard Charbonneau, Feu vert. Autocritique du mouvement écologique. L'auteur décrit et fustige deux dérives au sein du mouvement écologiste, son institutionnalisation et sa professionnalisation : « L’écologie court désormais les rues. Avec les premiers signes de la crise de l’énergie et du progrès, elle envahit les discours des medias et des ministres, ce qui ne signifie pas forcement qu’ils se traduisent en actes. La prise de conscience solitaire devient un fait social signifié à la télé. Mais par là même le mouvement écologique n’est-il pas réintégré dans la société qu’il prétend transformer ? »[99].
    - Jaime Semprun, La nucléarisation du monde. Dans ce pamphlet, l'auteur fustige les politiques, de tous bords, qu'il accuse de privilégier les intérêts à court terme sur les intérêts vitaux à long terme[100].
  • 1982 : François Partant, La fin du développement. Naissance d'une alternative ?[101],[102]
    - Jacques Ellul, Changer de révolution. À la fin de l'ouvrage, l'auteur propose cinq objectifs : une aide au Tiers Monde gratuite ; le renoncement aux moyens militaires ; l'autogestion ; la réduction du temps de travail ; la prise en compte du fait que la valeur n'est plus produite par le travail mais par la technique[103].
  • 1984 : Premier numéro de l'Encyclopédie Des Nuisances (15 numéros jusqu'en 1992).
1986 : la centrale de Tchernobyl
  • 1987 : Serge Latouche : Faut-il refuser le développement ?. L'auteur avance que toutes les théories économiques sont en déroute, la pensée néo-libérale ne fonctionne qu'en termes de comptabilité nationale, le socialisme est vidé de tout contenu... « La question est donc celle d'une alternative [...] au développementisme imposé au monde par l'Occident »[104].
  • - Les Editions Gérard Lebovici publient un ouvrage anonyme (en réalité Jean-Pierre Baudet) qui, le premier sur un plan chronologique, traite de la catastrophe nucléaire du 25 avril 1986 et cherche à établir de multiples liens entre l'industrie nucléaire, l'économie marchande, l'abstraction scientifique et l'évolution autoritaire de la société dominante: Tchernobyl : anatomie d'un nuage : inventaire provisoire des dégâts physiques et moraux consécutifs à la catastrophe du 26 avril 1986, Paris, éditions Gérard Lebovici, 1987, 157 p. (ISBN 2-85184-178-5)
  • - Cornelius Castoriadis, Les domaines de l'homme (tome 2 de la série "Les Carrefours du labyrinthe", 1978-1998). L'auteur développe la notion d'autonomie : une société est autonome si, sachant qu'elle est à l'origine de sa propre création, elle est capable de s'interroger en permanence sur la validité de ses institutions, de ses lois, de ses normes, et par suite, de les transformer[105]. Serge Latouche dira plus tard sa dette intellectuelle envers Castoriadis, quand il formulera le concept de "décolonisation de l'imaginaire"[7].
  • 1988 : Jacques Ellul, Le bluff technologique.
    Plusieurs passages sont consacrés au gaspillage et aux grands travaux inutiles. À la fin de l'ouvrage, l'auteur laisse aller son pessimisme : « Le système technicien, exalté par la puissance informatique, a échappé définitivement à la volonté directionnelle de l’homme »[106].

Années 1990[modifier | modifier le code]

Au plan politique, la décennie est marquée par le démantèlement de l'Union soviétique et la conversion d'un grand nombre de pays au libéralisme, dont la Chine. La redéfinition de l'équilibre des puissances débouche sur l'émergence de ce que l'on appelle la mondialisation et l'instauration d'un « nouvel ordre économique mondial »[107]. Au nom du pragmatisme, des leaders jusqu'alors classés "à gauche" se convertissent au libéralisme : Bill Clinton aux États-Unis, Tony Blair en Grande-Bretagne, François Mitterrand en France... Au plan sociologique, ces années sont celles de la démocratisation d'Internet et de ses extensions, notamment le smartphone, tandis que font leur apparition les biotechnologies, le clonage, les OGM, le séquençage du génome humain et l'usage du test ADN par la police scientifique. Les politiques font valoir que ces évolutions se concrétisent par de nouveaux marchés, donc de nouveaux emplois (cf le boom des startups.). La critique de la notion de développement se raréfie donc d'autant plus que celle de la technique (appelée couramment "technologie") devient pratiquement inaudible. Elle s'exprime souvent à travers des réactions néo-luddistes, dont certaines sont violentes et désespérées, comme celle du militant américain Ted Kaczynski.

Albert Jacquard (en 2009)
  • 1991 : Albert Jacquard, dans Voici le temps du monde fini analyse comment la pensée techno-scientifique influence de plus en plus les conceptions du monde, notamment les modèles économiques, et émet une thèse : plus la science et la technique démontrent le caractère limité des ressources naturelles et moins, paradoxalement, les responsables politiques et économiques semblent en tenir compte : « avec des moyens techniques et militaires qui sont ceux d'aujourd'hui, l'humanité continue à penser, donc à agir, en suivant des types de raisonnement qui datent du Moyen Age. »[108]
  • 1992 : Devenue une maison d'édition, l'Encyclopédie des Nuisances publie des textes analysant l'évolution de la société industrielle et de sa contestation.
  • 1993 : Moishe Postone : Time, Labor and Social Domination (traduit en français en 2009)[109] développe un "marxisme antiproductiviste"[110] : revisitant les écrits de Marx, l'auteur affirme que la critique du capitalisme est vaine tant que l'on n'a pas saisi que la valorisation du travail en constitue le coeur.
    - Création à Mons (Belgique) du réseau international Via Campesina (« voie paysanne » en espagnol), mouvement international militant pour le droit à la souveraineté alimentaire et le respect des petites et moyennes structures paysannes.
  • 1994 : du 9 avril au 8 mai, une marche depuis Malville jusqu'à l'Hôtel Matignon réunit de nombreux militants venus d'Europe contre le projet Superphénix
  • 1995 : Publication aux États-Unis de deux ouvrages s'inscrivant dans la ligne néo-luddiste :
    - Industrial Society and Its Future, de Theodore Kaczynski, traduit en français trois ans plus tard sous le titre La Société industrielle et son avenir[111]. Jugé coupable de plusieurs actes terroristes depuis 1978, son auteur est emprisonné à vie.
    - Rebels Against the Future: The Luddites and Their War on the Industrial Revolution, de Kirkpatrick Sale, traduit en 2006[112].

En 1995, dans son livre The End of Work (traduit en français deux ans plus tard sous le titre La fin du travail, préfacé par l'ancien Premier Ministre français, Michel Rocard[113]), l'essayiste américain Jeremy Rifkin affirme que, à la suite de ce que l'on appelle communément la révolution numérique, l'humanité entre dans une nouvelle phase de son histoire qui se caractérise par le chômage de masse. Il est selon lui urgent d'accepter le phénomène (au lieu de le subir à travers toutes sortes de violences) en promouvant la réduction du temps de travail (Rifkin avance le chiffre de trente heures par semaine) et le développement de ce qu'il appelle un « troisième secteur » : une économie communautaire et conviviale, débarrassée des logiques marchandes (l'auteur prône « la fin du capitalisme »). Le livre devient très vite un best-seller, son auteur multiplie les conférences à travers le monde et de nombreuses personnalités politiques sollicitent ses conseils. Mais certains sociologues jugent ses positions « extrêmement ambiguës »[114].

Action du collectif Sortir du nucléaire (fondé en 1997)
  • 1996 : Gilbert Rist, Le développement : histoire d'une croyance occidentale : l'auteur analyse la notion de développement depuis Aristote jusqu’à la crise de 2008.
    - Parution aux États-Unis de Beyond Growth: The Economics of Sustainable Development, de l'économiste Herman Daly, qui se positon dans la lignée des travaux de Georgescu-Roegen (ouvrage non traduit).
  • 1997 : Création à Agen du collectif Sortir du nucléaire. La charte stipule : « Nous voulons une décision immédiate de sortie du nucléaire ».
  • 1999 : Robert Kurz, Ernst Lohoff et Norbert Trenkle, du groupe Krisis sont les auteurs de Manifeste contre le travail, un petit livre-manifeste qui reprend le combat entrepris par les situs contre la transformation de l'homme en « ressource humaine »[115].
    Les Français Vincent Cheynet et Bruno Clémentin créent la revue Casseurs de Pub.

Années 2000[modifier | modifier le code]

Le météorologue et chimiste néerlandais Paul Crutzen popularise le terme "anthropocène" pour signifier que l'industrialisation ayant profondément altéré l'écosystème, les humains ont provoqué une nouvelle ère géologique[116]. Et alors que la Chine et l'Inde connaissent une croissance économique sans précédent, atteignant ainsi le statut de pays industrialisés, les leaders politiques du monde entier se préoccupent de la raréfaction des ressources énergétiques et du réchauffement climatique. « Le mot “décroissance” réapparaît (alors) comme terme identifiant et rassembleur à partir de 2002. »[26]. Mais, à la suite du mouvement de dérégulation financière amorcé durant les deux précédentes décennies avec le développement de la titrisation de produits financiers et l'explosion des subprimes, celle-ci s'achève par une crise financière et une crise économique mondiales.

Les "décroissants" reprennent le slogan « Le monde n'est pas une marchandise »[117], né de la mouvance altermondialiste, qui se développe en 2001 à Gênes lors d'un immense "contre-sommet" en réaction au Sommet du G8 et qui s'oppose au statut et à la politique de plusieurs institutions mondiales (OMC, FMI, OCDE, G8, Banque mondiale...). Ils s'en démarquent toutefois, considérant qu'il reste rivé à la question du partage des richesses sans remettre en question les fondements mêmes du développement économique. Mais l'audience de leur mouvement reste très limitée car leur argument selon lequel le développement des technologies est à la fois synonyme d'épuisement des ressources naturelles et d'aliénation[118] ne passe pas : la téléphonie sans fil et le courriel sont majoritairement vécus comme des nécessités.

  • 2002 : Majid Rahnema, Quand la misère chasse la pauvreté[119]. Rahnema est un ancien diplomate iranien, qui a fait partie de l'équipe du Programme des Nations unies pour le développement, en vue de résorber les inégalités à l'échelle mondiale. Distinguant misère et pauvreté, il définit la première comme une malédiction, quelque chose qu'il faut éradiquer, mais la seconde comme une vertu.
    - En février : publication du n°280 de la revue S!lence (créée en 1982) entièrement consacré à la décroissance.
    - Du 28 février au 3 mars : Défaire le développement, refaire le monde, conférence réunissant 800 personnes à l'Unesco. Donne lieu l'année suivante à une publication[120].
    - Création à Lyon de l'Institut d'études économiques pour la décroissance soutenable[121].
  • 2003 : Michel Bernard, Vincent Cheynet et Bruno Clémentin coordonne l'ouvrage collectif Objectif décroissance[122].
    - Serge Latouche, Décoloniser l'imaginaire[123] : « Promettre la richesse en produisant de la pauvreté est absurde. Le modèle occidental de développement est arrivé à un stade critique. Ses effets négatifs sur la plus grande partie de l'humanité et sur l'environnement sont évidents. Il est nécessaire de le freiner, de le ralentir, voire de l'arrêter avant que des luttes, des cataclysmes ou des guerres ne se déclenchent. Partout dans le monde apparaissent les îlots d'une nouvelle pensée créative qui aspire à une vie sociale et économique plus équilibrée et plus juste. Cette critique du développement bouscule nos certitudes et remet en question la pensée et la pratique économiques de l'Occident. »
    - En septembre, à l'hôtel de ville de Lyon, premier colloque international sur la décroissance soutenable : plus de 200 participants venus de France, de Suisse et d'Italie.
    - Attention danger travail, documentaire de Pierre Carles.
  • 2004 : En mars, création du journal La Décroissance, d'abord bimestriel puis (à partir de 2007), mensuel.
    - En France, les Verts formalisent une position favorable à la notion de décroissance qui, depuis, s'étaye à travers la notion de « décroissance sélective et équitable »[124].
    - En juillet, François Schneider entreprend un tour de France d'un an sur un âne pour diffuser les idées de la décroissance.
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Logo du Parti Pour la Décroissance, créé en 2006.
  • 2006 : Serge Latouche, Le Pari de la décroissance[128] : « L'objet de cet ouvrage est de montrer que si un changement radical est une nécessité absolue, le choix volontaire d'une société de décroissance est un pari qui vaut la peine d'être tenté pour éviter un recul brutal et dramatique. »
    - Jean-Pierre Tertrais, Du développement à la décroissance[129]L'ouvrage reprend la notion altermondialste d'alternative : « Alors que beaucoup ne soupçonnent encore ni la nature profonde ni l'ampleur du "développement", cette notion touche déjà à sa fin. C'est en effet sur ses ruines que certains envisagent de construire une autre société. »
    - En avril : création du Parti pour la décroissance (PPLD)[130],[131].
  • 2007 : Alain de Benoist, représentant de la « Nouvelle Droite », publie Demain la décroissance. Penser l'écologie jusqu'au bout. Certains dénoncent une « récupération »[132]. D'autres, tels Bernard Langlois, le soutiennent.
    - En juillet est créé le Mouvement québécois pour une décroissance conviviale (MQDC) [133].
    - Paul Aries créé Le Sarkophage, bimestriel antiproductiviste et anticapitaliste qui fusionne en 2013 avec le trimestriel les Zindigné(e)s pour devenir le mensuel Les Zindigné(e)s, revue des Objecteurs de croissance amoureux du bien vivre.
  • 2008 : Vincent Cheynet, Le choc de la décroissance[134]: « Alors que 20 % des humains s'accaparent plus de 80 % des ressources naturelles de la planète, que les capacités de celle-ci à absorber les pollutions que nous émettons ont largement été dépassées et que les ressources fossiles s'épuisent, avons-nous encore le choix, dans les pays riches, entre croissance et décroissance ? »
    - Le Réseau objection de croissance (ROC) est présent à Genève, puis dans les cantons de Vaud, Neuchâtel, Jura et Fribourg (ainsi qu'en Suisse alémanique à Berne et Bâle)[135].
    - À Notre-Dame-des-Landes, au nord de Nantes, le projet de construire un aéroport est vivement contesté par des centaines de citoyens venus de France et d'Europe et qui s'installent dans les habitations dont les occupants ont été expropriés par l'État. Ils fraternisent avec un certain nombre de cultivateurs qui, eux aussi, rejettent l'idéologie productiviste. L'acronyme ZAD (zone d'aménagement différé) est détourné : la zone devient une zone à défendre.
    - En avril à Paris : Conférence internationale pour la soutenabilité écologique et l'équité sociale[136].
  • 2009 : Paul Ariès, Désobéir et grandir[137]. L'auteur appelle à "la "croissance" de l'imaginaire et des liens sociaux, afin de s'offrir collectivement une vie qui ne soit pas plus opulente, mais plus libre, plus signifiante et, finalement, plus humaine" (note de l'éditeur).
    - Le Parti pour la décroissance participe aux élections européennes et fonde l'Association d'Objecteurs de Croissance (AdOC)[138].
    - En octobre : création en Belgique du Mouvement politique des objecteurs de croissance[139].

Années 2010[modifier | modifier le code]

La décennie est marquée par la catastrophe nucléaire de Fukushima, le 11 mars 2011, dont les effets se font toujours sentir. D'abord dans le pays[140] et sans que celui-ci remette en cause à son programme nucléaire civil[141]; également au delà des frontières nationales puisque 300 tonnes d'eau contaminée se déversent chaque jour dans le Pacifique[142]. Ironisant sur le succès de l'expression « développement durable », certains parlent de « pollution durable »[143]. L'exploitation de l'énergie nucléaire est laissée à l'appréciation de chaque nation et ne fait l'objet d'aucun traité international.

Serge Latouche
  • 2010 : Publication de plusieurs ouvrages sur le thème de la décroissance :
    - Jean Gadrey, Adieu à la croissance.[144] : l'auteur affirme que les discours faisant valoir la croissance comme la solution à tous les maux constituent en fait une idéologie mortifère, « un facteur de crise, une menace pour la planète » ;
    - Serge Latouche, et Didier Harpagès, Le Temps de la décroissance[145] ;
    - Denis Bayon, Fabrice Flipo et François Schneider, La décroissance. Dix questions pour comprendre et en débattre ;
    - Tim Jackson, Prospérité sans croissance ;
    - Paul Ariès, La simplicité volontaire contre le mythe de l'abondance ;
    - Jean Aubin, Croissance infinie, la grande illusion.
  • 2011 : Serge Latouche, Sortir de la société de consommation[146]
    - Création de l'Institut Momentum dont l'objectif est d'« œuvrer à un nouvel imaginaire social »[147] en vue de démystifier l'idéologie productiviste et d'en démontrer le caractère mortifère.
    - Le 30 août se déroule dans le Val de Suze (Italie) le premier forum contre les Grands projets inutiles et imposés.
  • 2012 : En France, le mouvement de la décroissance connait ses premières divisions : le Parti pour la Décroissance se désolidarise du journal La Décroissance : « Contrairement à ce qu’il stipule dans sa propre charte, le mensuel a tendance à user de son nom générique pour amener à croire qu’il fait consensus au sein de l’Objection de Croissance. Certes, (il) a sa liberté d’expression. Mais (...) cette liberté masque une prise de pouvoir, un penchant à s’exprimer au nom des autres. »[148]
    - En septembre, création de Moins !, journal romand d'écologie politique[149].
    - Également en septembre, le manifeste de Technologos[150] exprime une dette intellectuelle envers Mumford, Anders, Ellul, Charbonneau et Illich.
  • 2013 : Agnès Sinaï et autres, Penser la décroissance, Politiques de l'Anthropocène, aux Presses de Sciences Po[151]
    - Les éditions Le passager clandestin publient (jusqu'en 2015) une collection de 14 titres intitulée Les précurseurs de la décroissance[152]. Serge Latouche en est le coordinateur.
  • 2014 : The Greenwasher's Blog, un site web dénonçant l'écoblanchiment et analysant la publicité en faveur du développement durable, analyse une campagne d'EDF, qui détourne une phrase connotée religieusement afin de promouvoir l'innovation technique : « Le progrès, il faut y croire pour le voir »[153].
    - En mai, Europe-Décroissance présente cinq listes aux élections européennes[154] mais ne comptera aucun élu.
    - Technologos consacre deux rencontres sur le thème de la décroissance : « Résister au productivisme sans revenir à la bougie » (en juillet) et « Technique, croissance et décroissance » (en septembre)[155].
  • 2015 : Guy Jacques, Oser la décroissance : un état des lieux du mouvement en France[156].
    - Dans son encyclique Laudato si’, le pape François dénonce le « paradigme technocratique dominant » et prononce entre autres ces mots : « La technologie, liée aux secteurs financiers, qui prétend être l’unique solution aux problèmes, de fait, est ordinairement incapable de voir le mystère des multiples relations qui existent entre les choses, et par conséquent, résout parfois un problème en en créant un autre. [...] L'heure est venue d'accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d'autres parties ».
    - Technologos tient ses ateliers d'été à Notre-Dame-des-Landes[157].

Les différentes approches[modifier | modifier le code]

Écologie[modifier | modifier le code]

Plate-forme pétrolière en Mer du Nord

Le concept de décroissance soulève multiples questionnements. Les plus nombreux sont centrés sur la crise écologique planétaire car c'est au travers de leur impact sur l'environnement que les effets de l'industrialisation sont les plus spectaculaires.

Économie[modifier | modifier le code]

Les modalités du processus industriel étant unanimement considérées comme à l'origine de la crise écologique, l'économie devient le champ de multiples questionnements, dont les conférences internationales, les Sommets de la terre et les Conférences des parties (comme la COP21) sont le théâtre.

Cinq pistes sont essentiellement explorées :

  1. Le sens et la place du travail ;
  2. La pertinence des indicateurs de richesse, notamment le PIB ;
  3. La pertinence de la notion de développement durable, très majoritairement plébiscitée comme réponse à la crise écologique ;
  4. La question des équilibres entre pays riches (industrialisés) et les pays pauvres (« en voie de développement ») ;
  5. La nécessité de fusionner économie et écologie.

Bien que minoritaires sur ces terrains, les décroissants avancent un certain nombre d'arguments.

Le sens et la place du travail
Avec la robotique industrielle, la technique devient créatrice de valeur à la place du travail.
Usine de produits alimentaires en Allemagne

À la fin des années 1960, Jacques Ellul et Guy Debord sont les premiers en France à souligner avec insistance le fait que les militants marxistes n'intègrent absolument pas le contenu des Manuscrits de 1844, dans lesquels Marx étudie pour la première fois l'aliénation au travail.

En 1967, dans La Société du spectacle, Debord indique que ce qui est à combattre, ce n'est pas le travail lui-même, qui est consubstantiel à l'être humain dans la mesure où il engage sa survie, mais la manière dont la société industrielle impose aux individus de travailler. Ce qu'il faut viser, c'est « l'abolition du travail en tant qu'aliénation et activité séparée de la vie. »

La même année, dans Métamorphose di bourgeois, Ellul rappelle que le travail n'a commencé à devenir noble qu'au XVIIIe siècle le siècle bourgeois. Et il argumente que l'idéologie du travail est elle-même fondée sur ce qu'il appelle l'idéologie du bonheur : le travail est ressenti comme une valeur car il est vécu comme la promesse d'une accession infinie au confort matériel.

En 1980, dans la revue Foi et Vie, il publie toute une série d'articles sur la notion de valeur travail[168]. Dans l'un d'eux, intitulé « Les possibilités techniques et le travail », il souligne le fait que l'automatisation et l'informatisation ont complètement dénaturé le travail, au point que ce n'est plus le travail humain qui est créateur de richesse mais la technique. Il souligne que le Tchèque Radovan Richta (un des acteurs du Printemps de Prague en 1968) a déjà lui-même avancé cette thèse mais en vain. Ellul conclut que tout processus révolutionnaire est désormais voué à l'échec s'il n'intègre pas le paramètre de l'idéologie technicienne et si on ne lui assigne pas l'objectif de démystifier celle-ci.

La plupart des militants décroissants rejettent en bloc l'idéologie du travail sans évaluer l'idéologie technicienne et sans pouvoir élaborer ne serait-ce que l'esquisse d'un projet de société. On l'observe en particulier dans le pamphlet L'Abolition du travail de Bob Black (1985), qui se réclame du vieux livre de Paul Laffargue, Le Droit à la paresse (1880), ainsi que dans deux films de Pierre Carles, Attention danger travail, en 2003, et Volem rien foutre al païs, en 2007. Aucun de ces témoignages ne réactualise la question de la valeur travail dans le contexte de ce que l'on appelle la révolution numérique. De même, différents sociologues (dont la Française Dominique Méda) notent qu'au fil du XXe siècle, le travail cesse d'être vécu comme une valeur mais aucun ne met en lien ce phénomène avec la montée en puissance des technologies, si ce n'est l'Américain Jeremy Rifkin, en 1995... pour proclamer que ces technologies vont mettre un terme à l'ère industrielle au profit d'une économie conviviale dite « collaborative »[169].

Un certain nombre de décroissants (membres notamment de l'association Technologos[170] qualifient de « simpliste » les positions de Rifkin, notamment sa théorie sur la troisième révolution industrielle[171] : « La thèse de la Troisième Révolution industrielle et tous ceux qui vantent le capitalisme numérique restent enfermés dans une vision simpliste des technologies et de leurs effets. Ils oublient de penser les rapports de pouvoir, les inégalités sociales, les modes de fonctionnement de ces «macrosystèmes» comme les enjeux de l’autonomie des techniques et des techno-sciences, sans parler de la finitude des ressources et de l’ampleur des ravages écologiques réels de ce capitalisme soi-disant immatériel »[172].

De nouveaux indicateurs de richesse

Selon les partisans de la décroissance, le produit intérieur brut (PIB) se focalise sur le quantitatif et n'intègre pas le qualitatif : il se base exclusivement sur les chiffres des marché sans tenir compte du bien-être des populations ni de l'état des écosystèmes. De surcroît, les décroissants affirment que les données permettant de fixer le PIB sont fausses car elles ne comptabilisent pas l'épuisement du stock des matières premières ni les dépenses occasionnées par la destruction du biotope. Ils privilégient d'autres indicateurs, tels que l'Indice de développement humain, l'empreinte écologique ou l'indice de santé sociale.

Les partisans de la décroissance affirment que la recherche d’une évaluation de l’évolution des richesses, liée aussi bien à des besoins politiques que scientifiques, a conduit les économistes à créer des indicateurs ne prenant en compte que les aspects mesurables des richesses qui sont unifiées à travers leur équivalence monétaire. Les tenants de la décroissance arguent que la mesure du PIB est une mesure abstraite ne prenant pas en compte le bien-être des populations ni la pérennité des écosystèmes.

En effet, de nombreux éléments de la richesse ne sont pas pris en compte dans la mesure du PIB : les ressources naturelles, mais aussi les loisirs non marchands, les activités sociales et politiques qui représentent des déterminants importants de la qualité de vie perçue. Réciproquement, certaines activités sont prises en compte dans la mesure du PIB, qui sont pourtant généralement perçues comme n'allant pas dans le sens de « l'utilité et la jouissance de l'espèce humaine[173] ». L'exemple souvent repris dans la littérature sur la décroissance est l'exemple économique classique, critiqué par Frédéric Bastiat dans son sophisme de la vitre cassée, mis en lumière par John Maynard Keynes[174] et repris par Jean Gadrey et Florence Jany-Catrice[175].

De ces décalages entre le concept de richesse et sa représentation par le PIB, il peut résulter des critiques sur les moyens de mesure de la richesse plutôt qu'à la notion de croissance elle-même. Elles ne forment cependant pas l'intégralité des approches discutées dans le cadre de la décroissance puisque d'autres sont fondées sur la critique, à la fois plus radicale et plus générale, de l« 'invention de l'économie »[176]. Une partie de la mouvance de la décroissance propose de « sortir de l’économie »[177] et remet en cause les catégories de base de l’économie : les « besoins », les « ressources », la « rareté », la « valeur », la « richesse » , etc..

En 1987, le Rapport Brundtland (officiellement intitulé Our Common Future, « Notre avenir à tous » en français), publié par l'ONU, introduit la notion de « développement durable ». À ce concept, les fondateurs de la revue Casseurs de pub opposent celui de « décroissance soutenable » en 2001.
La dénonciation du concept de « développement durable »

Alors que l'écologie est au cœur de leur mobilisation, les décroissants tiennent à se démarquer radicalement du concept de « développement durable », consacré en 1986 dans le Rapport Brundtland et qui constitue selon eux au bas mot un oxymore, au pire une imposture : « affirmer être de gauche ou prôner une quelconque écologie politique sans être antiproductiviste n'est qu'une mystification » écrit l'un d'eux, candidat à la députation[178]. Des esprits plus mesurés font valoir que « l’expression « développement durable » devrait à elle seule susciter notre perplexité, sinon notre scepticisme. Comment interpréter la conversion brutale à ce nouveau mouvement de pensée de l’ensemble de la scène politique mais aussi des milieux d’affaires ? C’est ainsi qu’un groupe d’industriels américains se sont exprimés : « En tant que dirigeants d’entreprises, nous adhérons au concept de « développement durable ». Nous voulons que survivent à la fois la couche d’ozone et l’industrie américaine ». Quant au Medef, il a choisi pour slogan de son Université d’été 2009 : Le développement durable : un accélérateur de croissance pour les entreprises »[179],[180].

Parce que les décroissants s'opposent au modèle productiviste[181], ils rejettent le concept de développement durable qui en constitue la vulgate[182]. Consommer toujours plus sans se confronter au problème des limites des ressources participe d'un déni de réalité dont l'expression « développement durable » est l'expression même. À l'inverse, le succès de cette expression invite à une réflexion sur les notions de « progrès » et de « développement ». Selon les militants de l'association Technologos, ces deux notions sont, dans la pensée dominante, systématiquement indexées aux innovations techniques au motif (invoqué par Ellul dans Les Nouveaux possédés, en 1973) que les humains sacralisent aujourd'hui la technique comme leurs ancêtres sacralisaient autrefois le nature[183].

Les équilibres Nord-Sud

Certains tenants de la décroissance envisagent une croissance pour les zones peu développées et les communautés et individus les plus pauvres, mais considèrent que le processus n'est pas « durable ». Un développement durable impliquerait de toujours différencier le développement qualitatif et humain (le développement du bien-être, scolaire, culturel et de règles de fonctionnement communautaires harmonieuses, etc.) des aspects matériels limités par leur consommation de ressource. La biodiversité doit être préservée. Le développement devient alors nécessairement un « écodéveloppement » plus respectueux de l'environnement et de l'Homme (d'où les idées émergentes de haute qualité environnementale et d'écocertification plus ou moins bien appliquées selon les cas). Pour atteindre ce but :

  • Il faut préserver les populations d'une conjoncture mondiale de fin des ressources vitales. La relocalisation des économies (priorité à la production et à la consommation locales et à la réduction des transports motorisés) en est un des moyens proposés.
  • Il est nécessaire de faire profiter les zones pauvres des meilleures techniques et stratégies en matière d'efficacité énergétique et écologique.
  • Des idées récemment reformulées, mais qui étaient embryonnaires dans l'écodéveloppement d'Ignacy Sachs ou de René Dumont puis de René Passet sont la notion de « remboursement de la dette écologique », voire d'une dette sociale, et une réduction partagée et équitable de l'empreinte écologique, dans une vision de développement solidaire.
  • Exploitation des ressources des pays dits du Sud au profit de ceux dits du Nord, ressources énergétiques et minières, et ressources agricoles (cultures fourragères au détriment des cultures vivrières). Circuit économique parfois considéré comme « néo-colonial » ou « post-colonial ». Selon certaines extrapolations il faudrait entre trois et huit planètes Terre pour que la population mondiale puisse vivre à la manière d'un Européen[184].
  • Répartition inéquitable de l'accès aux ressources et aux richesses produites dans les pays développés, et entre les pays développés et les pays en voie de développement.
  • Déclin d'autres explications de la crise écologique, telles que le marxisme. Le fait que les pays se réclamant du marxisme ne protégeaient pas mieux la planète que les autres pays menait à la conclusion que le marxisme était incapable de proposer une solution à la crise écologique.

Une proposition : la bioéconomie

Article détaillé : bioéconomie.

En 1971, Nicholas Georgescu-Roegen entend rapprocher l'économie et l'écologie et propose une réforme de l'approche économique ayant deux dimensions[185].

Technologie[modifier | modifier le code]

Ateliers d'été de Technologos à Notre-Dame-des-Landes

Certains militants de la décroissance reprennent les thèses de Jacques Ellul, Anders et Illich. Ils ne visent pas la technique ou les machines en elles-mêmes mais le « mythe » du progrès technique et son fondement, la « recherche en toute chose du moyen absolument le plus efficace », quête qu'eux-mêmes considèrent comme l'expression de la volonté de puissance[186]. Le sociologue Alain Gras[187], l'économiste Hélène Tordjman[188] et l'historien François Jarrige[189], membres de l'association Technologos, font partie de cette mouvance).

Jacques Grinevald, puis Alain Gras (qui tient une tribune dans le journal La Décroissance) affirment que les sociétés modernes se sont engagées dans une impasse quand elles ont fondé l'économie sur le moteur thermique[190]. Un second niveau a été atteint selon eux quand elles se sont placées sous la dépendance du pétrole, au début du XXe siècle. En un peu plus d'un siècle, avancent-ils, les humains ont pillé une partie considérable de l'énergie fossile qui s'était accumulée dans les sous-sols au fil des millénaires. Pour autant, ils considèrent les « technologies vertes » comme une nouvelle « fuite en avant technologique » : censées remédier aux problèmes, elles perpétuent la prédation des ressources naturelles. Ainsi les métaux nouvellement utilisés - cobalt, indium, gallium, etc. et les terres rares – lanthanides… - exigent la destruction d'immenses zones. Le pic de pétrole n'est qu'un aspect de la situation, des pics de production seront bientôt franchis avec les composants électroniques, avertit l'ingénieur Philippe Bihouix[191], qui se prononce pour un abandon des high tech au bénéfice de ce qu'il appelle, par goût de la contradiction, les low-tech[192]. Selon lui, il faut mettre un terme au mythe de l’innovation : les produits ne doivent pas être « nouveaux » mais simples, durables, recyclables, fabriqués en quantité nécessaire et suffisante, diffusés dans un périmètre limité (pour éviter les dépenses liées au transport) et surtout répondre à des besoins vitaux et non superflus.

Politique[modifier | modifier le code]

Opposants au barrage de Sivens en octobre 2014

Dans la mouvance anarchiste de Murray Bookchin, un certain nombre de militants optent pour les pratiques de désobéissance civile, invoquant le droit à violer la légalité au nom de la légitimité. Cette tendance se traduit dans les villes par des actions antipub et des occupations de locaux industriels et mène parfois à l'occupation de zones entières, baptisées « zones à défendre » (ZAD) par leurs protagonistes. L'exemple le plus connu en France est celui de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, au nord de Nantes, où se mobilisent depuis 2008 un certain nombre d'opposants au projet de construire un nouvel aéroport, projet qu'ils qualifient d'inutile et imposé.

Totalement en marge de ce courant, voire à contre-courant, d'autres militants cherchent à traduire l'idée de décroissance dans un cadre institutionnel, voire dans une optique partidaire tout en reconnaissant l'extrême difficulté à le faire en l'état des choses. Latouche considérant que cette inscription dans le champ politique ne peut s'opérer qu'au prix d'une « décolonisation de l'imaginaire » , passant elle-même par une démystification radicale de la société de consommation[193]. Parmi ces acteurs figure Yves Cochet (ministre de l'Environnement et de l'Aménagement du territoire en 2001-2002), qui tente en 2004 d'introduire l'idée de décroissance au sein de son parti (les Verts), puis auprès de la nation, en 2007, lorsqu'il est candidat à l'élection présidentielle, enfin auprès de l'Assemblée nationale, en octobre 2008[194]. « On n'a pas à choisir si l'on est pour ou contre la décroissance, elle est inéluctable, elle arrivera qu'on le veuille ou non », résume t-il[195]. Estimant qu'aucune radicalité ne peut émerger d'un parti écologiste, certains militants fondent leur propre parti en 2006, le Parti pour la décroissance, sans toutefois remporter de succès significatif dans l'opinion.

Selon Simon Persico, « le marxisme, la sociale-démocratie ou le libéralisme sont ancrés [...] dans l'éthique expansionniste ». Tout cela concourrait à expliquer les difficultés à adopter des mesures telles que la taxe poids lourds ou la fermeture de la centrale de Fessenheim[196].

Mesures préconisées

Les objecteurs de croissance axent leurs revendications sur une conception du monde dépassant largement les cadres de l'économie et des critères marchands[197] ; en premier lieu une reconsidération radicale de la place du travail.

Cultures maraîchères biologiques de l'AMAP des Jardins de Conflans
à Conflans-Sainte-Honorine.

Les décroissants préconisent un certain nombre de mesures :
- la mise en place de systèmes d'énergie renouvelable ;
- la recommandation de modes de vie plus simple (moyens de locomotion non polluants) ;
- la relocalisation économique, pour réduire les transports de marchandises, donc l'empreinte écologique.
- la mise en place d'un revenu social inconditionnel,

Si ce modèle ne trouve pas encore beaucoup d'applications à grande échelle, on voit cependant apparaitre des initiatives locales qui s'inscrivent dans une démarche décroissante. On peut citer en exemple les associations pour le maintien d'une agriculture paysanne qui sont une alternative à l'industrie agro-alimentaire et qui illustrent ce que Serge Latouche nomme la « sortie de l'économie »[198], c'est-à-dire la transformation du rapport client-fournisseur en un lien relocalisé de coproduction et de cogestion. Ainsi au sein des AMAP la valorisation des produits (fruits et légumes) ne dépend pas de la loi de l'offre et de la demande. La relation entre le producteur et les adhérents est une relation d'entraide et de soutien qui dépasse le cadre économique du simple rapport marchand[199].

Sociologie[modifier | modifier le code]

Le matraquage publicitaire

Les décroissants dénoncent le matraquage publicitaire. Définissant la publicité comme le premier instrument de propagande du productivisme, ils critiquent non seulement les avalanches de prospectus dans les boîtes aux lettres (source d'un gaspillage de papier phénoménal) mais la multiplication des panneaux géants dans les villes, qui défigurent les paysages et imposent une culture marchande, notamment aux jeunes générations, a priori moins critiques que leurs ainées.

La réaction à l'inflation publicitaire s'amorce à la fin des années 1960, à Paris, quand les situationnistes (dont Guy Debord) pratiquent le détournement d'affiche.

Mais c'est en 1977, en Californie, que le mouvement antipublicitaire émerge véritablement, avec le Billboard Liberation Front[200]. Celui-ci essaime en Australie en 1983 ; ensuite en France, avec les Humains associés et leurs campagnes d'affichage de contre-publicité humaniste (en 1987) ; puis au Canada, via le magazine Adbusters, qui promeut toutes sortes de campagnes antipub (en 1989).

À partir de 1999, en France, parait la revue annuelle Casseurs de pub (en fait un dossier annuel joint au journal mensuel La Décroissance). En 2002, dans son livre No Logo, Naomi Klein, s'attaque au diktat des marques mais son propos s'inscrit davantage dans le le cadre d'une critique du capitalisme que d'une analyse des fondements du productivisme[201]. » En 2003, le terme « antipub » devient une appellation médiatisée en France, après des actions spectaculaires menées à l'encontre de l'affichage publicitaire dans le métro parisien durant l'automne.

Alors qu'au-delà des distances et des époques, dans une remarquable convergence, les philosophies antiques et les religions prônaient un idéal de dépouillement et de frugalité, par un renversement de valeurs, c'est maintenant la goinfrerie qui est élevée en une haute vertu[202]. De normale, la simplicité est devenue subversive[203].

Éthique[modifier | modifier le code]

La plupart des décroissants dénonçant dans l'idéologie de la croissance une conception du monde utilitariste marchande, ils lui opposent une approche désintéressée, basée sinon sur l'ascétisme, du moins sur la simplicité volontaire, et rejetant tout ce qui évoque la notion de puissance, principalement l'argent, le pouvoir politique (notamment l'État) et les outils sophistiqués.

Posant la nécessité de l’autonomisation politique vis-à-vis de tout gouvernement et celle de l’autonomisation économique vis-à-vis de toute puissance industrielle ou financière, Gandhi (1869-1948) peut être considéré comme le précurseur de la décroissance moderne[204]. Trois formules résument assez bien sa pensée : « [il s'agit de] Vivre simplement pour que d'autres puissent simplement vivre », « Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l'homme, mais pas assez pour assouvir son avidité », « Si une machine vous est utile, gardez la ; si elle vous est indispensable, jetez la ! ».

Ayant rencontré Gandhi en 1937, le Franco-italien Lanza del Vasto (1901-1981) est lui-même surnommé plus tard le « Gandhi d'Occident ». En 1958, il manifeste contre l'usine nucléaire de Marcoule qui produit du plutonium pour la bombe atomique et, plus tard, il s'engage contre la fabrication des centrales nucléaires. Sa pensée politique s'articule autour de plusieurs axes : le rejet de la propriété, le travail manuel, le rapport à la terre et les liens communautaires[205].

Jacques Ellul (1912-1994) affirme trouver dans sa foi chrétienne la lucidité nécessaire pour percevoir et analyser l'idéologie technicienne. Considérant que le productivisme tire sa force du fait que la majorité des humains, érigeant inconsciemment en valeur suprême la « recherche de l'efficacité maximale en toutes choses », ils en viennent à « sacraliser la technique ». Partant de l'idée que la sacralisation de la technique résulte elle-même du « fétichisme de la marchandise », il estime que les humains ne peuvent s'en désaliéner qu'au prix d'une ascèse, celle-ci étant vécue non comme une privation mais comme un gain : « le plus haut point de rupture envers cette société technicienne, l’attitude vraiment révolutionnaire, serait l’attitude de contemplation au lieu de l’agitation frénétique »[206]. Il en appelle à une « éthique de la non-puissance »[207] : la non-puissance se distingue de l'impuissance du fait qu'elle est volontaire et non subie : « on peut faire mais on décide de ne pas faire » .

Ivan Illich (1926-2002) fonde également sa critique sur des arguments d'ordre spirituel : la convivialité vécue au sein de petits groupes doit primer sur tout ce que dispense la culture de masse, qui n'est qu'illusoire[208].

Diplomate et ancien ministre iranien et par ailleurs ami d'Illich, Majid Rahnema (1924-2015) se présente également comme un héritier de Gandhi. Ses activités dans le Tiers monde l'amènent à établir une distinction entre misère et pauvreté : tandis que la première relève de la fatalité (impossibilité matérielle d'accéder à des moyens de subsistance, la seconde, en revanche, relève d'un choix de vie mûrement réfléchi, basé sur la sobriété[209].

En marge des considérations d'ordre spirituel, Hans Jonas en appelle à la raison. En 1979, dans Le Principe responsabilité, il recommande d'aborder l'actualité en prenant en considération le temps long. Partant de l'idée que la technique, qui était autrefois vécue comme une promesse, s'avère en réalité une menace et que la nature, qui était autrefois crainte et respectée, est aujourd'hui souillée, le philosophe estime que la crise écologique ne peut être résolue que depuis une éthique qui prend la nature comme référence et non l'homme[210].

Les critiques[modifier | modifier le code]

Critiques sur le plan économique[modifier | modifier le code]

Pour la majorité des économistes actuels, que ce soit ceux d'orientation libérale ou keynésienne, la croissance économique permet la création de richesses, d'emploi, l'amélioration du niveau de vie, l'amélioration de l'éducation et des systèmes de santé et l'allongement de l'espérance de vie. Dans ce schéma, la décroissance va générer une récession et son corollaire : hausse du chômage, perte de pouvoir d'achat des ménages et violences sociales.

Autorégulation du marché[modifier | modifier le code]

La plupart des théories macroéconomiques[211] privilégie une économie de marché, où « l'allocation des ressources est guidée par les mécanismes de prix »[212], système d'allocation estimé bien plus efficace que celui géré par une autorité centralisée, car la production s'oriente dans le sens des préférences révélées par le système des prix. La recherche du profit pousse à financer des activités qui assurent la perpétuation de la croissance. Le capitalisme permet ainsi l'arbitrage vers des ressources plus abondantes ou vers d'autres biens, et signale par les prix du marché une ressource qui se raréfie. Toute manne financière procurée par la hausse des prix peut être affectée au financement de la recherche de nouvelles sources d'énergie et d'efficacité pour perpétuer la production et diminuer ses coûts. Ainsi le prix du pétrole, soumis à une demande soutenue et une offre limitée augmente, ce qui rend profitable l'exploitation de gisements qu'on avait auparavant ignoré car trop coûteux à exploiter (par exemple : gisement très profond ou situé dans une zone sans état de droit) ou la recherche relative à de nouvelles sources d'énergie.

Selon Robert Solow et Joseph Eugene Stiglitz, répondant directement au défi posé par la théorie de Nicholas Georgescu-Roegen, le capital et le travail peuvent se substituer aux ressources naturelles que ce soit directement ou indirectement dans la production, assurant la pérennité de la croissance ou tout du moins un développement durable[213].

Anti-malthusianisme[modifier | modifier le code]

Au début du XIXe siècle, l'économiste anglais Thomas Malthus a étudié les liens entre croissance et démographie.

Certains opposants à la décroissance l'assimilent à une forme de néo-malthusianisme économique[214], ou à une résurgence de formes antérieures du malthusianisme sous-tendant que la croissance est conditionnée par l'exploitation des ressources, les thèses « anti-malthusiennes » prônant au contraire que l'exploitation des ressources dépend du développement économique. Ainsi, l'économiste du développement et géographe Sylvie Brunel considère que le succès de la décroissance et du développement durable participe d'une « résurgence du malthusianisme »[215]. Selon elle, le monde n'est pas près de manquer de ressources, « des réserves de production considérables existent, autant en augmentant les rendements [...] qu'en étendant les surfaces cultivées [...]. La planète est parfaitement capable de nourrir une population qui ne doublera plus jamais. Elle est en réalité loin d'avoir atteint sa « capacité de charge » »[216].

Raymond Aron rapporte dans ses Mémoires qu'une partie de la gauche dans les années 1950 accusait les capitalistes de refuser la croissance qui mettrait en danger leur position[217].

Le milliardaire britannique Edward Goldsmith, ardent partisan de la décroissance, crée la revue L'Écologiste en 1969.

Technologie et emplois[modifier | modifier le code]

En 1980, dans son livre La machine et le chômage, l'économiste français Alfred Sauvy expose sa théorie du déversement, selon laquelle le progrès technique ne saurait être obligatoirement une cause du chômage[218]. « [Il] ne nie pas les effets néfastes de la machine sur l'emploi, il les temporalise. À court terme et dans certains cas, le progrès technique peut être destructeur : les ouvriers non-qualifiés sont remplacés par des machines-outils, par exemple. Mais dans un second temps, le progrès technique crée aussi des emplois directs (les créateurs et les fabricants de machines-outils) et surtout indirects. [...] Les gains de productivité que dégage le progrès technique vont permettre soit de diminuer les prix, soit d'augmenter les salaires, soit d'augmenter les profits et par conséquent d'accroître la consommation d'autres produits ou services[219]. » Bien que Sauvy ne remette pas en question les effets de la consommation sur l'environnement, un grand nombre d'économistes abondent dans son sens, notamment en France, Jean Gadrey, sur son blog : Le mythe de la robotisation détruisant des emplois par millions.

Contestation de l'épuisement des ressources[modifier | modifier le code]

Un des présupposés essentiels de la décroissance est que le monde manquera de matières premières et qu'il faut donc en limiter l'usage. Cette façon de poser le problème est fortement critiquée par le « Prix Nobel » d'économie Robert Solow. Selon lui, se demander quelle quantité de tel ou tel produit nous pouvons nous permettre d’utiliser est « une façon étroite et préjudiciable de poser la question »[220]. Ce qui est important, c'est le capital humain, la capacité des hommes à inventer de nouvelles solutions : « Il est très facile de substituer d'autres facteurs aux ressources naturelles, il n'y a donc pas de 'problème' de principe. Le monde peut, en fait, se débrouiller sans ressource naturelle, donc l'épuisement n'est qu'un événement, pas une catastrophe. » Toutefois Solow est partiellement revenu sur ce point de vue en déclarant qu'« il est possible que les États-Unis et l'Europe se rendent compte que ... soit la croissance continue sera trop destructrice pour l'environnement et qu'ils sont trop dépendants de ressources naturelles rares, soit ils feraient mieux d'utiliser l'augmentation de la productivité sous forme de loisirs. »[221]

Bjørn Lomborg reprend cette analyse en soulignant également la difficulté de se mettre d'accord sur l'importance d'une éventuelle réduction. Quelle que soit cette baisse, les ressources finies s'épuiseront dans le schéma intellectuel de la décroissance. Il réaffirme également l'importance du progrès et de l'inventivité de l'esprit humain, accusant les partisans de la décroissance d'irresponsabilité en faisant selon lui l'apologie d'une société primitive. Lomborg écrit ainsi : « Si notre société, qui a épuisé le pétrole et le charbon, a simultanément mis au point un nombre considérable de connaissances, de capital et de moyens techniques afin d’être en mesure d’utiliser d’autres sources d’énergie à moindre frais, c’est un acte plus responsable que de laisser l’énergie fossile sous la terre telle quelle. »[222]

Ressources pétrolières

Par le passé, certaines prévisions sur l'épuisement des ressources énergétiques se sont révélées inexactes. Cécile Philippe de l'Institut économique Molinari rappelle ainsi que, par exemple, dès 1914, le Bureau des mines aux États-Unis estimait que la production future de pétrole était limitée à 5,7 millions de barils, soit peut-être dix ans de consommation. Elle prétend[223] également, entre autres exemples, que le rapport Meadows prévoyait en 1972 pour avant la fin du XXe siècle un épuisement de certaines ressources dont la substitution paraissait impossible[224].

À l'inverse des prévisions sur l'épuisement des ressources énergétiques, Daniel Yergin, spécialiste américain de l'énergie, considère que, grâce aux réserves et aux progrès techniques, « le monde n'est pas près de manquer de pétrole »[225]. Toutefois le géologue Marion King Hubbert, qui a étudié le phénomène du pic pétrolier et a donné son nom au modèle appelé « pic de Hubbert », annonça avec justesse en 1956 que la déplétion pétrolière commencerait en 1970 aux États-Unis[226]. Hormis les pays producteurs de pétrole du Moyen-Orient, pratiquement tous les autres pays producteurs ont dépassé leur pic de production de pétrole conventionnel[227].

Ressources en métaux

Logo universel des matériaux recyclables

Le géochimiste Claude Allègre avance que la problématique d'épuisement des ressources en métaux peut être résolue par le recyclage. Aujourd'hui, 50 % du fer utilisé est recyclé, 90 % du platine et 80 % de l’or[228]. M. Allègre appelle de ses vœux un développement de ces filières pour toutes les ressources terrestres : « À une économie unidirectionnelle à ressources infinies (on produit – on utilise – on jette) doit se substituer une économie cyclique à ressources finies. »[229]. Il est à noter que le recyclage nécessite lui-même de l'énergie (haute température) et des matériaux précieux et polluants (solvants, catalyseurs), ce qui diminue l'efficacité du recyclage.

Cela dit, les matériaux high-tech produits en masse par les sociétés de croissance reposent sur des ressources et des procédés de fabrication qui ne peuvent se contenter des qualités médiocres des productions issues du recyclage. Par ailleurs, une conception « orientée recyclage » d'un produit peut en limiter les performances : elle peut être incompatible avec un certain niveau de miniaturisation et d'intégration des composants[230].

Développement des pays du Sud[modifier | modifier le code]

Une des principales critiques opposées à la décroissance par ses détracteurs est que les classes bourgeoises des pays développés, sous couvert de protéger l'environnement, souhaiteraient en fait empêcher les pays dits « sous-développés » d'emprunter le même chemin économique que les pays occidentaux. L'économiste du développement et géographe Sylvie Brunel estime ainsi que les mouvements de développement durable et de décroissance sont nés dans l'affolement des années 1970 face à la montée de la population du Tiers Monde. Elle ajoute : « la peur du nombre suscite des prévisions catastrophiques »[231]. Elle considère qu'en est sortie une politique qui a stigmatisé les pauvres, accusés de « dilapider les ressources de la planète »[232]. Selon Sylvie Brunel, le développement des pays du Nord permet, entre autres, de tirer celui des pays du Sud. Avec son raisonnement, faire décroître les pays développés aurait donc fatalement des conséquences négatives pour les pays en développement qui perdraient des marchés pour exporter leurs matières premières, leurs produits manufacturés et leurs services.

Selon Serge Latouche[233], il n'est pas question de décroissance pour les pays les plus pauvres, mais seulement d'emprunter le bon chemin de leur développement vers une société de « décroissance choisie ».

Dématérialisation de l'économie[modifier | modifier le code]

De façon exponentielle, l'économie numérique accélère l'exploitation des terres rares, nécessaires aux composants électroniques.
Ci-dessus : répartition de la production mondiale de terres rares de 1950 à 2000.

La théorie de la croissance endogène considère que les facteurs humains, la connaissance et l'innovation technique prennent le relais d'une croissance basée sur des facteurs matériels.

À la marge, un courant de pensée estime que le XXIe siècle sera celui de la noosphère[234], où la principale ressource sera l'information et la culture. Par exemple les partisans de la société de l'information, considèrent que l'humanité est entrée dans une nouvelle ère technologique, et qu'il est désormais possible, grâce à l'informatique et aux télécommunications, de créer de la richesse (i.e. de la croissance) en produisant des services et de l'information. Cette production « immatérielle » est considérée comme non-polluante. Ce qui permet à certains penseurs (notamment Joël de Rosnay ou Bernard Benhamou) d'affirmer qu'il est possible de générer de la croissance sans produire de déchets.

Cela dit, un réseau utilise des supports matériels (satellites, câbles, actifs réseaux et ordinateurs) et le traitement et la diffusion des informations a un coût énergétique (voir informatique et développement durable). Pour les tenants de la décroissance, même s'il existe une richesse « immatérielle » mesurable et représentant une part importante de la croissance économique des pays développés, la composante matérielle (et énergétique) des activités « immatérielles » ne permet pas à leurs yeux d'envisager que ce type de croissance puisse garantir la prospérité des populations.

L'informatique utilise des métaux rares[235] très précieux, des plastiques polluants et des substances chimiques comme des retardateurs de flamme (les PBDE, ou polybromodiphényléther). Les ordinateurs sont très vite dépassés et sont envoyés en masse vers les pays du Sud[236], où ils sont démontés et recyclés par des ferrailleurs improvisés, qui vivent dans un environnement pollué et très dangereux[237].

Critiques du milieu scientifique[modifier | modifier le code]

Théorie de la destruction créatrice[modifier | modifier le code]

Le concept économique de la décroissance est fondé sur l'hypothèse que produire toujours plus implique de consommer de plus en plus d'énergie ou de matières premières, tout en diminuant la main-d'œuvre pour la remplacer par des machines. Cette analyse a toutefois été contestée par l'économiste Joseph Schumpeter en 1911. Dans son ouvrage Théorie de l’évolution économique}, il estime que la technique et le progrès technologique permettent de produire plus avec moins, y compris dans le domaine des services. C'est que l'on appelle destruction créatrice, c'est-à-dire disparition de secteurs d'activité conjointement à la création de nouvelles activités économiques : toute innovation technologique importante entraîne un processus de destruction créatrice.

L'une des critiques qu'on pourrait apporter aux théories économistes classiques est qu'elles sont découplées des contingences matérielles, comme les matériaux, les déchets ou les dommages écologiques. Un secteur d'activité peut disparaître, mais pas les déchets que ce secteur a créé.

Confiance dans la science[modifier | modifier le code]

Tableau indiquant l'évolution de l'intensité énergétique des grandes économies mondiales depuis 1980.

Certains penseurs estiment que les progrès de la science permettront de résoudre les problèmes énergétiques et liés à l'élimination des déchets. Ainsi, le géochimiste Claude Allègre écrit ainsi à propos de la décroissance : « Or, c’est exactement le contraire qui est souhaitable pour développer l’écologie. Il faut en faire le moteur d’une croissance vigoureuse, un élément essentiel du progrès économique et social ! »[238]. Allègre considère que la décroissance conduirait à imposer une réduction de la croissance des pays pauvres[239]. Il remet également en question le caractère anthropique du réchauffement climatique, c'est-à-dire le fait qu'il soit dû aux activités humaines.

Il affirme [réf. nécessaire] que l'évolution de l'intensité énergétique des grandes économies mondiales qui a fortement baissé depuis vingt ans (cf. graphe), « bien que plus lentement » que la croissance du PIB. Par exemple, les activités de R&D dans le domaine de l'énergie nucléaire pourraient fournir des solutions de substitution face à la probable pénurie de pétrole. À plus long terme, les partisans de la fusion nucléaire prédisent que les réacteurs de type ITER seront des sources d'énergie quasiment inépuisables et peu polluantes. L'économiste Tim Jackson distingue pourtant dans son ouvrage Prosperity without Growth les notions de « découplage relatif » (baisse d'énergie nécessaire par produit) et « découplage absolu » (baisse en consommation totale d'énergie par un secteur) et indique que la consommation absolue en énergie continue à augmenter en dépit des améliorations technologiques.

L'intensité énergétique est un des facteurs de l'équation de Kaya, qui tend à démontrer, comme l'explique par exemple Jean-Marc Jancovici[240], que soit la décroissance économique, soit la décroissance de la population sont indispensables pour éviter la catastrophe écologique.

Par ailleurs, la décroissance implique une baisse globale de la consommation énergétique, ce qui ne contredit pas la recherche d'énergies nouvelles, moins polluantes.

Critique de Georgescu-Roegen[modifier | modifier le code]

L'économiste roumain Nicholas Georgescu-Roegen a fondé sa « théorie bioéconomique » sur une interprétation de la seconde loi de la thermodynamique pour s'opposer à une croissance matérielle et énergétique illimitée, invitant à une décroissance économique. Le psychanalyste Jean Zin estime que cette analogie contredit l'analyse scientifique des phénomènes d'émergence et de néguentropie qui affectent les systèmes dynamiques complexes tels que l'organisation sociale humaine[241].

Il est à noter que le phénomène de néguentropie se passe sur une durée de temps qui dépasse largement le siècle, voire le millénaire. Ce phénomène paraît donc négligeable pour l'épuisement des ressources au XXIe siècle.

Critiques du milieu politique[modifier | modifier le code]

Arnaud Montebourg, ministre français de l'Économie, du Redressement productif et du Numérique en 2014.

L'ensemble des partis politiques ont délaissé des questions de fond telle que la valeur-travail. La question de la réduction du temps de travail est traitée dans une perspective comptable[non neutre]. Le Parti socialiste français reste attaché à la doctrine productiviste, au motif que la croissance est créatrice d'emplois. Éludant également la question du remplacement des emplois par la robotique, le parti s'oppose aux arguments des zadistes, notamment à Notre-Dame-des-Landes et à Sivens. La gauche antilibérale réduit le thème de la croissance à la question de son partage sans la remettre elle-même en cause [non neutre]. Au sein des Verts, la question de la décroissance divise les militants, les positions d'Yves Cochet restant à la marge.

On n'y fait pas la différence entre la croissance d'une production et celle qui vise à augmenter les bénéfices des entreprises (construire un hôpital ou un porte-avions génère de la croissance).[non neutre] Ils considèrent que c'est le contrôle de la production qui peut permettre un développement social et écologique, non sa quantité dans l'absolu. Les militants de Lutte ouvrière[242] et du PCF[243], notamment, reprochent aux militants de la décroissance de ne pas s'en prendre directement aux dirigeants du capitalisme et de culpabiliser les travailleurs en remettant en cause la notion même de pouvoir d'achat, qu'ils considèrent comme indépassable. Cette critique est contrecarrée par Serge Latouche, qui affirme que l'« on pourrait paradoxalement présenter la décroissance comme un projet radicalement marxiste. Que le marxisme (et peut-être Marx lui-même) aurait trahi. La croissance n’est, en effet, que le nom ‘vulgaire’ de ce que Marx a analysé comme accumulation illimitée de capital, source de toutes les impasses et injustices du capitalisme. »[244]

Tout en reconnaissant un « effet pédagogique » à la mise en avant du concept de décroissance et la justesse de sa mise en cause du développement durable, Jean Zin voit dans le courant décroissant « un certain volontarisme idéaliste » et « une surévaluation du politique alors que les forces sociales qui seraient nécessaires manquent absolument »[245].

Concepts divers[modifier | modifier le code]

« Effet rebond »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Effet rebond.

L'« effet rebond », couramment utilisé en économie de l'énergie, décrit l'effet d'une amélioration d'efficacité de l'utilisation d'une ressource sur sa demande : si l'efficacité d'utilisation augmente d'1 %, la consommation diminue dans une proportion bien moindre, et peut même augmenter dans certains cas. Certains partisans de la décroissance postulent un « effet rebond » systématique : selon eux, tout progrès technique, toute amélioration de productivité, au lieu de diminuer la consommation de matières premières et d'énergie, conduirait au contraire à produire beaucoup plus, donc à consommer davantage[246]. La théorie économique a étudié ce phénomène dès le XIXe siècle. Les travaux de l'économiste anglais Jevons ont ainsi donné naissance au paradoxe de Jevons. En 1980, cette question a été reprise de manière indépendante par les économistes Khazoom et Brookes dont les travaux sont à la base du postulat de Khazzoom-Brookes. Ce postulat globalise deux types d'effets, des effets microéconomiques — sur le comportement des consommateurs ou des producteurs individuels — et des effets macroéconomiques — sur le fonctionnement général de l'économie. Si les premiers entraînent généralement un effet rebond nettement inférieur à l'économie réalisée, les seconds induisent, selon le postulat, un rebond supérieur à cette économie. Ces constats sont compatibles aussi bien avec la théorie économique qu'avec les observations[247]. Il n'en reste pas moins que le postulat de Khazzoom-Brookes fait l'objet de débats[248].

Par exemple, dans le cas du charbon étudié par Jevons, l'invention par James Watt d'une machine à vapeur plus économe en charbon n'a pas eu pour effet de réduire la consommation de charbon en Angleterre[249]. En effet, cette invention qui permettait de produire autant d'énergie pour une consommation de charbon plus faible, a en fait permis de produire plus d'énergie sans augmenter les coûts. Il en est résulté une augmentation de la consommation de charbon. Ainsi, Jevons montre par cet exemple que les progrès techniques visant à réduire la consommation d'une ressource ne permettent pas forcément d'atteindre cet objectif du fait d'un effet pervers, l'effet rebond.

« Effet débond »[modifier | modifier le code]

Répondant au principe sus-évoqué, François Schneider introduit le concept d'effet débond qui, sur le plan individuel, passerait par une acceptation d'un mode de vie personnel en harmonie avec une simplicité volontaire : autrement dit, les gains de productivité doivent être investis en temps gagné pour des loisirs non « consommateurs » de ressources pour la planète, et non pas réinvestis par « effet rebond » pour accélérer cette consommation.[réf. souhaitée] La réduction du temps de travail est un de ces actes volontaires qui correspondent à l'effet débond.

Les militants de la décroissance proposent par conséquent des solutions qu'ils considèrent comme pratiques et rationnelles pour réduire autant que possible toute forme de gaspillage ou de dépendance énergétique.

Décroissance soutenable[modifier | modifier le code]

Le concept de « décroissance soutenable »[250] fait référence au développement durable. Il en reprend l'objectif, qui est de « répondre aux besoins des générations actuelles, sans pour autant compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins ». Les tenants de la « décroissance soutenable » ajoutent que cet objectif ne peut correspondre qu'à une diminution de l'empreinte écologique collective et individuelle dans les situations où le seuil de durabilité est dépassé. Cela conduit à la nécessité politique d'organiser, voire d'imposer les changements requis. Le terme « soutenable » traduit alors le souhait que les politiques engagées ne provoquent pas d'effondrement catastrophique de la société[251].

Décroissance équitable[modifier | modifier le code]

La décroissance équitable regroupe les objecteurs de croissance qui souhaitent concilier les contraintes environnementales avec le souci de justice sociale par un retour au politique. Ces militants se sont retrouvés en 2006 lors des États Généraux de la décroissance équitable à Lyon. Ils comptent aussi parmi les organisateurs du contre-Grenelle de l'environnement. Ces militants sont souvent adeptes du revenu de base inconditionnel et du revenu maximal autorisé. Paul Ariès est l'un des principaux théoriciens de ce courant avec sa proposition de nouveau paradigme de gratuité de l'usage et de renchérissement du mésusage. Ces thèses sont notamment développées dans les journaux La Décroissance et Le Sarkophage.

Décroissance matérielle[modifier | modifier le code]

Le concept de « croissance économique par la décroissance matérielle »[252] — dans un contexte d'ingénierie de produits matériels — est fondée sur la notion de « décroissance matérielle » définie comme l'emploi :

  • de moins d'énergie et de travail mécanique (mesurés en joules) (c'est-à-dire : « faire mieux avec moins d'énergie »),
  • de moins de chimie et de pollution (mesurées en particules nocives) (c'est-à-dire : « faire mieux avec moins de chimie ») et
  • de moins de matière et de déchets ultimes (mesurés en kilogrammes) (c'est-à-dire : « faire mieux avec moins de matériaux »),

pour aboutir à un produit matériel éco-conçu (c'est-à-dire : écologique et économique) et sur la notion de « croissance économique » résultant notamment :

  • des nombreux consommateurs demandant à acheter un nouveau produit éco-conçu performant (c'est-à-dire : en énergie, en propreté, en déchets) et robuste (c'est-à-dire : durable),
  • de la rareté de l'offre par manque de concurrents capables de mobiliser autant de connaissances innovantes en éco-conception,
  • d'une création de valeur économique résultant d'une forte demande de produits onéreux et préférés des clients.

La décroissance matérielle nécessite alors des progrès technologiques et scientifiques continus pour être réalisée et aboutit à la notion de « frugalité matérielle ».

Ressources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages (par ordre chronologique décroissant)

années 2010

années 2000

années 1990

  • Gilbert Rist, Le développement : histoire d'une croyance occidentale, Presses de Sciences Po, Paris, 1996. 4e éd. revue et augmentée (ISBN 9782724612790)
  • Albert Jacquard, Voici le temps du monde fini, Le Seuil, 1991

années 1980

  • François Partant, La fin du développement. Naissance d'une alternative ?, La Découverte / Maspéro, 1982. Réed. Actes Sud, 1997

années 1970

  • Nicholas Georgescu-Roegen, Demain la décroissance. Entropie, écologie, économie. Traduction, présentation et annotation Jacques Grinevald et Ivo Rens. Lausanne, Pierre-Marcel Favre, 1979. 21 cm, 157 p. [lire en ligne][La décroissance. Entropie, écologie, économie. 2e édition revue et augmentée. Traduit et présenté par Jacques Grinevald et Ivo Rens. Paris, Sang de la Terre, 1995. 21 cm, 220 p. ; 3e édition revue. Paris, Sang de la Terre et Ellébore, 2006. 22,5 cm, 304 p.]
  • Ivan Illich, La convivialité, 1973 Dernière édition, Le Seuil, 2003 (édition originale, Tools for conviviality, New York, 1973)
  • Donella Meadows, Dennis Meadows, Jørgen Randers (en) et William Behrens, The Limits to Growth, 1972. Traduction : Les limites de la croissance (dans un monde fini), L'Échiquier, 2012

Articles

Médias

  • La Décroissance, édité par l'association Casseurs de pub
  • Demain La Décroissance[254]
  • Entropia, revue d'étude théorique et politique de la décroissance.
  • L'Objecteur de croissance, revue trimestrielle du Mouvement québécois pour une décroissance conviviale[255].
  • S!lence a publié dès 1993 un premier dossier intitulé « Le temps de la décroissance », puis s'est spécialisée sur cette question et fait paraître de nouveaux dossiers sur cette thématique environ trois à quatre fois par an depuis février 2002. Le livre Objectif décroissance (2003) rassemble des articles publiés dans S!lence.
  • La Vie est à nous! / Le Sarkophage, journal des gauches antiproductrices et objectrices de croissance[256].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Radio[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]

Citations récentes[modifier | modifier le code]

« Le mot « décroissance » fait très peur. On croit qu'on va chuter, régresser. Mais, de toute façon, les Européens régressent déjà. Notre niveau de vie baisse. À partir de là, soit on le subit totalement et on continue de fantasmer un monde qui ne sera plus le nôtre, soit on le prend de façon positive et on décide de changer de style de vie et de s'orienter vers des choses plus intéressantes. Il faut tout refaire en plus petit, même si c'est très exigeant. »

— Dominique Bourg, philosophe, Université de Lausanne, France TV info, 10 septembre 2015[258]

« Il est pour moi, comme pour beaucoup d'autres, évident qu'affirmer être de gauche ou prôner une quelconque écologie politique sans être antiproductiviste n'est qu'une mystification. »

— Thierry Noël, candidat pour la décroissance aux élections législatives partielles de 3e circonscription de l'Aveyron - La Dépêche du Midi, 3 septembre 2015[178]

« La décroissance c'est le seul moyen qu'on ait trouvé pour contrecarrer un autre slogan mystificateur lancé par une bande de criminels en cols blancs [...] le développement durable. »

— Serge Latouche, économiste, Radio télévision suisse, 5 août 2015[259]

« L'heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde. »

— Pape François, Lettre encyclique Laudato si’, 18 juin 2015[260]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Notions décroissantes

Notions connexes

Sujets de contestation

Divers

Inspirateurs (XIXe siècle-XXe siècle)

Théoriciens (XXe siècle-XXIe siècle)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le mot apparaît sous la plume d'André Gorz (utilisant le pseudonyme de Michel Bousquet) dans un article paru dans le Nouvel Observateur no 397 du 19 juin 1972 : « L'équilibre global, dont la non-croissance - voire la décroissance - de la production matérielle est une condition, cet équilibre est-il compatible avec la survie du système. »
  2. Nicholas Georgescu-Roegen, Demain la décroissance. Entropie, écologie, économie, traduction, présentation et annotation Jacques Grinevald et Ivo Rens, 1979
  3. Une catastrophe écologique - Sortir du travail
  4. Vincent Liegey : « On ne peut plus croître dans un monde fini » - Coralie Schaub, Libération, 21 avril 2013
  5. Giacomo D'Alisa, Federico Demaria et Giorgos Kallis, Décroissance. Vocabulaire pour une nouvelle ère, Le passager clandestin, 2015
  6. Jacques Ellul, A temps et à contretemps. Entretiens avec Madeleine Garrigou-Lagrange, Le Centurion, 1981 (p. 176-177)
  7. a, b et c Serge Latouche, Décoloniser l'imaginaire : La pensée créative contre l'économie de l'absurde, Parangon, 2011
  8. Environnement, 2007
  9. Dennis Meadows, « Il est trop tard pour le développement durable » in Agnès Sinaï (dir.), Penser la décroissance. Politiques de l'anthropocène, Presses de Sciences Po, 2013 (p. 195 sq)
  10. Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Presses universitaires de France, 1995
  11. La division du travail est créatrice de richesses selon Smith
  12. Traduction française en 1847, disponible sur Wikisource
  13. Annotations blog, "Les théories de la croissance économique", 24 février 1989
  14. (en) Thomas Carlyle, Signs of the Times, Edinburgh Review, vol. 49, 1829 ; trad. « Caractère de notre époque», Revue Britannique, novembre 1829
  15. De l’Organisation au Calcul... Le temps de Charles Babbage - Philippe Aigrain, 1980 [PDF]
  16. Ralph Waldo Emerson, Nature, 1836; dernière édition en français : La nature, Allia, 2014
  17. Pierre-Joseph Proudhon, Qu'est-ce que la propriété ?, 1840 ; dernière édition : Le Livre de Poche, 2009
  18. Karl Marx, Manuscrits de 1844, Flammarion, 1999
  19. Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du Parti communiste, Flammarion, 1999
  20. Serge Latouche, Décoloniser l'imaginaire. La pensée créative contre l'économie de l'absurde, 2011
  21. Hans Jonas, Le Principe responsabilité, 1979
  22. Jean-Charles Leonard de Sismondi, Nouveaux principes d'économie politique, 1827
  23. François Jarrige, Technocritiques, Du refus des machines à la contestation des technosciences, La Découverte, p. 105
  24. http://agora.qc.ca/Documents/Division_du_travail--Laristocratie_et_la_division_du_travail_par_Alexis_de_Tocqueville
  25. François Jarrige, ibid. p. 130
  26. a et b Frédéric Dufoing, L'écologie radicale, Infolio, 2012
  27. François Jarrige, ibid. p. 166
  28. Paul Lafargue, [Le Droit à la paresse, 1880. Dernière édition française : Allia, 2011.
  29. Trois textes intemporels de William Morris (1834- 1896) - [PDF]
  30. William Morris, La civilisation et le travail. Textes présentés par Anselm Jappe. Le Passager Clandestin, 2013
  31. William Morris, L'Age de l'ersatz et autres textes contre la civilisation moderne, Encyclopédie des nuisances, 1996. Réed.
  32. Léon Bloy, L'Invendable, 1909. Réed. Robert Laffont, collection Bouquins, 1999, p. 607
  33. La position de Bloy est ultra minoritaire car en 1913, le magazine L'Auto (créé en 1900) tire à 125 000 exemplaires. Source : François Jarrige, ibid. p. 200
  34. Lewis Mumford, « Looking Forward », Proceedings of The American Philosophical Society, n°83, 4, 1940
  35. Mike Davis, Le pire des mondes possibles – De l’explosion urbaine au bidonville global, 2006, traduit par Jacques Mailhos, La Découverte, 2006, 2007
  36. Romain Rolland et Frans Masereel, La révolte des machines ou La pensée déchaînée, Éditions du Sabier, 1921
  37. Dernière édition française : Le temps des cerises, 2015
  38. Projet d'affiche du film La révolte des machines, 1921.
  39. Jacques Ellul, Changer de révolution, l'inéluctable prolétariat, 1982
  40. Ostwald Spengler, L'homme et la technique, 1931
  41. Bertrand Russell, In Praise of Idleness, 1932; Éloge de l'oisiveté, dernière édition française, Allia, 2002
  42. Simone Weil, Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, 1931; dernière édition, Folio, 1998
  43. Lewis Mumford, Technique et civilisation, 1934
  44. Jacques Ellul et Bernard Charbonneau « Directives pour un manifeste personnaliste », 1935, in Nous sommes révolutionnaires malgré nous, Le Seuil 2014.
  45. Jean Zin : « La question de la technique ».
  46. « La décroissance selon Jacques Ellul et Bernard Charbonneau », sur la-cen.org
  47. Le Personnalisme, révolution immédiate, op. cit.
  48. Lapublicite2, La publicité dans les années 50
  49. Lanza del Vasto, Principes et préceptes du retour à l'évidence, Denoël, 1945 ; réédité en 1996 sous le titre Éloge de la vie simple aux éditions du Rocher
  50. Jacques Ellul, "L'économie, maîtresse ou servante de l'homme", in Pour une économie à la taille de l'homme, L. Maire et aloi, Roulet, Genève, 1947
  51. Serge Latouche, Cornelius Castoriadis ou l’autonomie radicale, éditions Le passager clandestin, collection "Les précurseurs de la décroissance", 2014.
  52. Pierre Albert et André-Jean Tudesq, Histoire de la radio-télévision, PUF, 1981, p. 67
  53. Jean Fourastié, La productivité, PUF, collection Que sais-je ? no 557, 1952
  54. Norbert Wiener, The Human Use of Human Beings; traduit en 1952 sous le titre Cybernétique et société
  55. Le blog de femme-dans-la-publicite
  56. Martin Heidegger, Essais et conférences, Gallimard
  57. Lanza del Vasto, Les quatre fléaux. Le diable dans le jeu, tome 1. Réédition : Denoël, 1977
  58. Le premier robot industriel entre en service en 1961 aux États-Unis.
  59. Thibaut De Jaegher, « Compétitivité, petite histoire d'un concept », L'Usine nouvelle, 24 mars 2012
  60. "Le nord conserve sa mainmise sur le tiers-monde" in Les mondes insurgés, altermanuel d'histoire contemporaine, Vuibert, 2014
  61. Herbert Marcuse, L'Homme unidimensionnel, Éditions de Minuit, 1968
  62. Marshall McLuhan, Pour comprendre les média, 1968. Dernière édition, Points, essais, 2015
  63. Jacques Ellul, L'Illusion politique, 1965. Dernière édition : La table ronde, 2004
  64. Radovan Richta, La civilisation au carrefour, Anthropos, 1969, réed. Le Seuil, 1973
  65. Recension : "L'homme et la société", 1967, vol. 3, no 1, pp. 204-206
  66. Guy Debord, La société du spectacle, 1967. Dernière édition : Folio, 1996
  67. Analyse du livre - Biosphere
  68. Bernard Charbonneau, Le Jardin de Babylone, 1969. Dernière édition : L'Encyclopédie des nuisances, 2002
  69. Bernard Charbonneau, Tristes campagnes, Denoêl, 1973; réédition : Le pas de côté, 2013
  70. Ernst Friedrich Schumacher, Small is Beautiful - Economics as if People Mattered, 1973
  71. Small is beautiful. Une société à la mesure de l'homme, Seuil, collection "Points", 1979.
  72. Bernard Charbonneau, L'hommauto, 1967, dernière édition : Denoël, 2003
  73. Ivan Illich contre le système automobile - Carfree, 2007
  74. Plus tard, le journaliste Fabrice Nicolino dénoncera la dérive de l'association vers une organisation professionnels et non plus portée par des militants - Fabrice Nicolino, Qui a tué l’écologie ?, Les Liens qui libèrent, 2011
  75. - Collectif Adret, Travailler deux heures par jour, Seuil, 1977
  76. La décroissance. Dix questions pour comprendre et en débattre, op. cit. p. 8
  77. (en) Review of Limits to Growth: The 30-Year Update, Chelsea Green, 3e édition (1er juin 2004), (ISBN 978-1-9314-9858-6)
  78. Patrick Piro, écrit dans un article intitulé « En finir avec la religion de la croissance », Politis, 11 décembre 2003 : « Le Club [de Rome] se fait le héraut d’une « croissance zéro », afin de mettre un frein à la consommation effrénée de biens, énergie et ressources planétaires qu’engendre l'expansion économique. »
  79. Nicholas Georgescu-Roegen, Demain la décroissance. Entropie, écologie, économie. Traduction, présentation et annotation Jacques Grinevald et Ivo Rens, 1979.
  80. « Décoloniser notre imaginaire de croissance ? Ça urge ! », sur le site de la commission économique et sociale des Verts, 7 avril 2004.
  81. Martin Parker, Valérie Fournier et Patrick Reedy, The Dictionary of Alternatives: Utopianism and Organization, Zed Books, 2007, p. 69.
  82. « C'est sans doute lui qui [...] a fourni une identification forte au mouvement de la décroissance » écrit Beat Bürgenmeier in Économie du développement durable, De Boeck, 2005, p. 21.
  83. Dans ses réflexions épistémologiques sur les rapports entre économie et sciences de la nature, Georgescu-Roegen (cf. La Science économique, première partie) fait ressortir l'importance de cette notion développée à la fin du XIXe siècle, et notamment dans son histoire de La Mécanique, par le philosophe des sciences autrichien Ernst Mach, suivi d'ailleurs sur ce point par Karl Pearson.
  84. Nicholas Georgescu-Roegen, La décroissance. Entropie - Écologie - Économie - 1995 [PDF]
  85. Bernard Charbonneau, Le système et le chaos - Où va notre société ? , 1973. Dernière édition : Le Sang de la Terre / Medial, 2012
  86. Compte rendu d'Alain Gras [PDF]
  87. Bernard Charbonneau, Prométhée Réenchainé, 1973. Dernière réédition, La Table ronde, 2001
  88. Bernard Charbonneau, Tristes campagnes, 1973. Réédition Le pas de côté
  89. Jacques Ellul, La technique ou l'enjeu du siècle, 1952 ; rééd. Economica, coll. classiques des sciences sociales, 2008, p. 18
  90. Jacques Ellul, Les nouveaux possédés, 1973
  91. Jacques Ellul, Le système technicien, 1977
  92. La contreproductivité selon Ivan Illich. Un résumé, par Jean-Pierre Dupuy. - Site personnel libertaire
  93. Ivan Illich, La convivialité, Le Seuil, 1973
  94. Ernst Friedrich Schumacher, Small Is Beautiful. A Study Of Economics As If People Mattered. Dernière édition française : Small is beautiful. Une société à la mesure de l'homme, Le Seuil, 1979
  95. Murray Bookchin, Pour une société écologique, recueil de textes et préface inédite de l'auteur, Paris, Christian Bourgois, 1976
  96. Didier Harpagès, « La pensée essentielle de Murray Bookchin, fondateur de l’écologie sociale », Reporterre, 4 décembre 2014
  97. André Gorz, Écologie et Liberté, Éditions Galilée, 1977, p. 14
  98. Tchernobyl : l’ampleur réelle de l’accident, OMS ; 5 septembre 2005
  99. Bernard Charbonneau, Feu vert. Autocritique du mouvement écologique Parangon, 1980 (p. 122)
  100. Jaime Semprun, La nucléarisation du monde, Editions de l'Assommoir ; réédité en 1986 par Editions Gérard Lebovici, après la catastrophe de Tchernobyl.
  101. Analyse de Jean-Marc Fontaine lors de la réédition de l'ouvrage en 1997, Persée
  102. Critique de l'ouvrage par Serge Latouche, Revue Tiers Monde, 1984
  103. Jacques Ellul, Changer de révolution. L'inéluctable prolétariat, 1982. Réédition, La table ronde, 2015, p. 361-374
  104. René Gallissot, recension de l'ouvrage, L'Homme et la société, 1987, vol. 84, no 2, pp. 124-127
  105. Cornelius Castoriadis, Les carrefours du labyrinthe, tome 2, Le Seuil, p. 479 sq
  106. Jacques Ellul, Le bluff technologique, 1988. Réed. Hachette, collection Pluriel, 2004, p. 203
  107. Discours du président américain George H. W. Bush prononcé au Congrès le , cité par Le Monde diplomatique [lire en ligne]
  108. Albert Jacquard, Voici le temps du monde fini, Le Seuil, 1991
  109. Moishe Postone, Time, Labor and Social Domination: A Reinterpretation of Marx's Critical Theory, New York and Cambridge: Cambridge University Press, 1993; Temps, travail et domination sociale : Une réinterprétation de la théorie critique de Marx, Mille et une nuits, 2009
  110. Fabrice Flipo, "Moishe Postone, un marxisme antiproductiviste", in Radicalité, vingt penseurs vraiment critiques, L'Échappée, 2013, pp. 299-315
  111. Theodore Kaczynski, La Société industrielle et son avenir, Paris, éditions de l'Encyclopédie des Nuisances, 1998
  112. Kirkpatrick Sale, La révolte luddite : Briseurs de machines à l'ère de l'industrialisation, L'Échappée, 2006
  113. [Jeremy Rifkin, La Fin du travail. Comment l'Europe se substitue peu à peu à l'Amérique dans notre imaginaire, La Découverte, 1996
  114. Dominique Méda, recension de l'ouvrage, Revue française de sociologie, 1998, vol. 39, no 3, pp. 612-613
  115. Robert Kurz, Ernst Lohoff et Norbert Trenkle, Manifeste contre le travail, UGE 10/18, 2001
  116. (en) Paul J. Crutzen et Eugene F. Stoermer, « The “Anthropocene” », Global Change, NewsLetter, no 41, pp. 17-18. IGBP, 2000 [PDF]
  117. José Bové et François Dufour, Le Monde n'est pas une marchandise. Des paysans contre la malbouffe, La Découverte, 2000
  118. Cédric Biagini, Guillaume Carnino, Célia Izoard et Pièces et main d’œuvre, La tyrannie technologique. Critique de la société numérique, L'Échappée, 2007
  119. Majid Rahnema, Quand la misère chasse la pauvreté, Actes Sud, 2002
  120. Défaire le développement, refaire le monde, ouvrage collectif, Parangon, 2003.
  121. Institut d'études économiques pour la décroissance soutenable
  122. Michel Bernard, Vincent Cheynet et Bruno Clémentin, dir. Objectif décroissance, Parangon, 2003
  123. Serge Latouche, Décoloniser l'imaginaire : La pensée créative contre l'économie de l'absurde, Parangon, 20003; réédité en 2011
  124. La position des Verts vis-à-vis de la décroissance peut être analysée à partir de la lecture de cette page
  125. Paul Ariès, Décroissance ou barbarie, Villeurbane, édition Golias. Fiche de lecture de Anne Hurand, 2008
  126. Marche pour la décroissance
  127. http://www.decroissance.org/marche/
  128. Serge Latouche, Le Pari de la décroissance, Fayard, 2006
  129. Jean-Pierre Tertrais, Du développement à la décroissance. De la nécessité de sortir de l'impasse suicidaire du capitalisme, Éditions du Monde Libertaire
  130. decroissance.info - Création du Parti pour la décroissance
  131. - Historique du Parti pour la décroissance
  132. Ainsi, Paul Ariès dénonce Alain de Benoist sur la base de son passé politique, ainsi que sur l'anti-égalitarisme professé selon lui dans le livre (cf. « Demain la décroissance d'Alain de Benoist : un livre dangereux ! » La Décroissance, février 2008)
  133. http://www.decroissance.qc.ca
  134. Vincent Cheynet, Le choc de la décroissance, Le Seuil, 2008
  135. « La genèse du Réseau Objection de Croissance en Suisse », Julien Cart, in Moins!, journal romand d'écologie politique, no 12, juillet-août 2014.
  136. Décroissance économique pour la soutenabilité écologique et l'équité sociale, 18-19 avril 2008
  137. Paul Ariès, Désobéir et grandir. Vers une société de décroissance, éditions Ecosociété, 2009
  138. Êtes-vous prêts à voter décroissant ?
  139. Mouvement politique des objecteurs de croissance (mpOC)
  140. Quatre ans après Fukushima, le Japon lutte encore contre ses conséquences, Le Monde, 11 août 2015
  141. Quatre ans après Fukushima, le Japon relance une centrale nucléaire, L'express, 10 août 2015
  142. À Fukushima, 300 tonnes d'eau contaminée se déversent chaque jour dans le Pacifique - Le Monde, 7 août 2013
  143. Pierre Le Hir, "Pollution durable liée aux rejets en mer", le Monde, 5 avril 2011
  144. Jean Gadrey, Adieu à la croissance. Bien vivre dans un monde solidaire, Les Petits matins, 2011
  145. Serge Latouche, et Didier Harpagès, Le Temps de la décroissance, Le bord de l'eau, 2012; recension par Lou-Andréa Chéradame, revues.org
  146. Serge Latouche, Sortir de la société de consommation, Les liens qui libèrent, 2011
  147. Qui sommes-nous ? - Institut Momentum
  148. "La saloperie que nous n’achèterons pas", PPLD, 2012
  149. Naissance de Moins !, journal romand d’écologie politique
  150. Manifeste : Maîtrisons-nous nos techniques ou en sommes-nous les esclaves ? - Technologos [PDF]
  151. Recension du livre par Marie Duru-Bellat
  152. Les précurseurs de la décroissance - Le passager clandestin
  153. Campagne Pulse EDF
  154. PPLD
  155. http://www.technologos.fr/textes/annee_2014.php Technologos, 2014
  156. Guy Jacques, Oser la décroissance, L'harmattan, 2015
  157. Technologos, 2015
  158. (en) International Energy Agency : WORLD ENERGY OUTLOOK 2009 FACTSHEET « Crude oil output reaches an undulating plateau of around 68-69 mb/d by 2020, but never regains its all time peak of 70 mb/d reached in 2006, ... »
  159. Selon un rapport du Ministère français de l'industrie & de la Direction générale de l'énergie et des matières premières, intitulé « L'industrie pétrolière en 2004 », la production pétrolière aura atteint son pic de production et entrera en déclin à partir de 2013. Information relayée par la BBC : (en) Peak oil' enters mainstream debate - BBC News, 10 juin 2005
  160. Besoins en énergie et ressources en uranium - Discours de Dominique Maillard, directeur général de l'énergie et des matières premières (DGEMP), convention de la SFEN, 13 et 14 juin 2006.
  161. « Uranium : l'abondance au rendez-vous » sur cea.fr.
  162. « Panorama minier 2000 : le charbon », Armand Coumoul, Claude Heinry.
  163. Certains métaux se font rare et les prix grimpent - Cyril Fussy, The Inquirer, 24 octobre 2007
  164. Veille OMNT, Les matériaux critiques dans les nouvelles technologies : enjeux et perspectives, Eric Drezet, EcoInfo, CNRS, septembre 2011 [PDF]
  165. (en) Lindsay Newland Bowker et David M. Chambers, « The risk, public liability, & economics of tailings storage facility failures »,‎ , p. 5
  166. Éric Drezet, « Épuisement des ressources naturelles », EcoInfo (CNRS),‎
  167. Voir par exemple Dominique Belpomme, Ces maladies créées par l'homme : Comment la dégradation de l'environnement met en péril notre santé, Albin Michel, 2004
  168. Ces articles, ainsi que d'autres sur le même thème, ont été compilés et édités en 2013 aux éditions de la Table ronde sous le titre Pour qui, pour quoi travaillons-nous ?
  169. Jeremy Rifkin, La Fin du travail, La Découverte, 1996
  170. Technologos.fr
  171. Jeremy Rifkin, La troisième révolution industrielle, Les liens qui libèrent, 2012
  172. « La Troisième Révolution » de Rifkin n’aura pas lieu - François Jarrige & al, Libération, 21 octobre 2014
  173. Thomas Robert Malthus, Principes d'économie politique, 1820.
  174. Keynes déclarait ainsi ironiquement : « The government should pay people to dig holes in the ground and then fill them up. [...] The point is it doesn't matter what they do as long as the government is creating jobs ».
  175. Ils écrivent de manière imagée que « si un pays rétribuait 10 % des gens pour détruire des biens, faire des trous dans les routes, endommager les véhicules, etc., et 10 % pour réparer, boucher les trous, etc., il aurait le même PIB qu'un pays où ces 20 % d'emplois (dont les effets sur le bien-être s'annulent) seraient consacrés à améliorer l'espérance de vie en bonne santé, les niveaux d'éducation et la participation aux activités culturelles et de loisir. Jean Gadrey et Florence Jany-Catrice, Les nouveaux indicateurs de richesse, La Découverte, 2005, p. 21.
  176. Serge Latouche, L'invention de l'économie, Albin Michel, 2005 (ISBN 978-2-2261-5886-4)
  177. Sortir de l'économie - Serge Latouche, Politis, 9 janvier 2003 (voir archive)
  178. a et b Thierry Noël : une âme de berger - La Dépêche du Midi, 3 septembre 2015
  179. Le développement durable : un atout concurrentiel pour les entreprises françaises - Medef, 2010 [PDF]
  180. Développement durable ou décroissance ? Repenser l’économie à partir du souci du bien être des générations futures, Frédéric Rognon, bulletin de l'observatoire des politiques économiques en Europe, hiver 2009
  181. Reynald Evangelista, agronome et responsable développement durable au sein du groupe Dagris, écrit dans les Cahiers d'études et de recherches francophones / Agricultures, volume 15, Numéro 1, 123-7, janvier-février 2006 : « Les politiques productivistes, qui ont vu le jour avec l’ère industrielle à la fin du XIXe siècle, ont connu leur pleine expansion, dans le monde occidental, à l’issue de la seconde guerre mondiale. »
  182. Yves-Marie Abraham, Louis Marion et Hervé Philippe, Décroissance versus développement durable: Débats pour la suite du monde, Format Kindle, 2012
  183. Jacques Ellul - Technologos
  184. (en) Global Footprint Network (site de référence concernant l'empreinte écologique)[réf. insuffisante]
  185. Nicholas Georgescu-Roegen The Entropy law and the Economic Process, 1971
  186. D. Janicaud, La puissance du rationnel, Gallimard, 1985 ; Bertrand de Jouvenel, La civilisation de puissance, Fayard, 1976 et Alain Gras, Fragilité de la puissance, Fayard, 2003
  187. Alain Gras, Fragilité de la puissance, se libérer de l'emprise technologique, Fayard, 2003
  188. La crise contemporaine, une crise de la modernité technique - Hélène Tordjman, Revue de la Régulation, automne 2011
  189. François Jarrige, Technoctritiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences, La Découverte, 2014
  190. Jacques Grinevald, L'effet de serre et la civilisation thermo-industrielle 1896-1996, Revue Européenne des Sciences Sociales, n.51, 1980, p. 59-75. ; Alain Gras, Le choix du feu. Aux origines de la crise climatique, Fayard, 2007
  191. Philippe Bihouix et Benoit de Guillebon, Quel futur pour les métaux ?, EDP Sciences, 2010
  192. Philippe Bihouix, L'âge des low-tech. Vers une civilisation techniquement soutenable, Le Seuil, 2014
  193. Serge Latouche, Survivre au développement. De la décolonisation de l'imaginaire économique à la construction d'une société alternative, Mille et une nuits, 2004
  194. Yves Cochet à l’Assemblée Nationale sur la crise, Agora Vox, 24 octobre 2008
  195. Pic de pétrole et décroissance (5/6) - Conférence du 22 mai 2008, à Paris, Dailymotion [vidéo]
  196. Revue Sciences humaines. Hors-série n° 21. Mai-juin 2016. Article « L'écologie politique doit-elle prendre parti ? » de Simon Persico. Page 44.
  197. Serge Latouche, dans Politis le 9 janvier 2003, dans un article intitulé « Sortir de l’économie ».
  198. « Sortir de l'économie ça veut dire quoi ? »
  199. Qu'est-ce qu'une AMAP ?
  200. Front de libération du panneau-réclame site du Billboard Liberation Front
  201. No Logo, Actes sud, coll. « Babel », 2002, p. 428.
  202. La décroissance "vivre la simplicité volontaire" pp. 250-251. isbn 978-29158308-9-7
  203. La décroissance "vivre la simplicité volontaire" p. 259 isbn 978-29158308-9-7
  204. Guillaume Gamblin, La force de l’autonomie. Gandhi précurseur de la décroissance ?, Éditions du Man, 2011
  205. Frédéric Rognon, Lanza del Vasto ou l’expérimentation communautaire, Le passager clandestin, collection Les précurseurs de la décroissance, 2013
  206. Jacques Ellul, Autopsie de la révolution, 1969
  207. Jacques Ellul, Théologie et Technique. Pour une éthique de la non-puissance, Labor et Fides, 2014
  208. Ivan Illich, La convivialiité, Le Seuil, 1973
  209. Majid Rahnema, Quand la misère chasse la pauvreté, Fayard/Actes Sud, 2003
  210. Analyse du livre par Catherine Heyvaerts, 19 septembre 2001
  211. Denis Clerc, « De l'état stationnaire à la décroissance », in L'Économie politique.
  212. lexique d'éconoclaste, l'économie pour les nuls et les autres
  213. (en) William D. Sunderlin, Ideology, Social Theory, and the Environment, Rowman & Littlefield Publishers, 2002, p. 154-155.
  214. malthusianisme économique : « Ce terme désigne l'attitude ou des pratiques reposant sur la réduction volontaire de la production. », Dictionnaire d'Économie et de sciences sociales, Hatier, p. 490 (« Malthusianisme économique »)
  215. Brunel, 2008, p. 133
  216. Brunel, 2008, p. 134 et 136.
  217. Raymond Aron in Mémoires p. 457 : « Jean Pouillon reprenait la thèse favorite de Jean-Paul Sartre (note de bas de page : il l'avait emprunté à Alfred Sauvy sans bien comprendre la pensée de celui-ci.) : le malthusianisme des capitalistes français, leur refus de la croissance parce que celle-ci mettrait en péril leur pouvoir et leurs privilèges. »
  218. Alfred Sauvy, La Machine et le Chômage. Le progrès technique et l'emploi, Dunod, collection « L'oeil économique », 1980
  219. Evelyne Jardin, revue Sciences humaines, 1er septembre 2003
  220. (en) Robert M. Solow, « On the intergenerational allocation of natural resources », Scandinavian Journal of Economics 88:141-9, 1986
  221. cité par Peter A. Victor, Bigger isn’t Better, 2009.
  222. Bjorn Lomborg, L'écologiste sceptique, Cherche-midi, p. 178
  223. Cette soi-disant prévision ne se trouve pas dans le rapport.
  224. Cécile Philippe, C'est trop tard pour la terre, Éditions Jean-Claude Lattès, 2006 (ISBN 2-7096-2919-4), p. 29
  225. « Le monde n'est pas près de manquer de pétrole : Grand angle avec Daniel Yergin, spécialiste américain de l'énergie », Les Échos, 14 novembre 2007.
  226. Jean-Luc Wingert, La Vie après le pétrole, p. 49-51.
  227. BP Statistical Review, 2008.
  228. Claude Allègre, Ma vérité sur la planète, p. 144.
  229. Claude Allègre, op. cit., p. 145.
  230. Les enjeux des nouveaux matériaux métalliques - Christian Hocquard, BRGM, 2005
  231. Sylvie Brunel, A qui profite le développement durable, Larousse, 2008, p. 42.
  232. Sylvie Brunel, op. cit., p. 12.
  233. Serge Latouche, Petit traité de la décroissance sereine, Éditions Mille et une nuits, p. 91 « Le défi de la décroissance pour le Sud » (Serge Latouche répète habituellement cette phrase : « il faudrait être Fou ou économiste pour croire à une croissance infinie sur un monde fini »). Paradoxalement, l'idée de décroissance est née en quelque sorte au Sud, et plus particulièrement en Afrique.
  234. « […] l’avènement de l’homme marque un palier entièrement original, d’une importance égale à ce que fut l’apparition de la vie, et que l’on peut définir comme l’établissement sur la planète, d’une sphère pensante, surimposée à la biosphère, la noosphère. En elle, l’immense effort de cérébralisation qui commença sur la terre juvénile va s’achever, en direction de l’organisation collective ou socialisation… »Pierre Teilhard de Chardin
  235. Tempête sur les terres rares : l'économie verte en danger - Pro-at.com, 10 octobre 2009
  236. Gestion des E-Déchets - Quand les ordinateurs de seconde main polluent l'atmosphère sénégalais, sur le site balancingact-africa.com de juillet 2009 - consulté le 17 octobre 2012
  237. Déchets, les recycleurs et les recyclés - Le Monde diplomatique, février 2006
  238. Claude Allègre, Ma vérité sur la planète, p. 31
  239. Claude Allègre écrit : « Aux objecteurs de croissance. Toute limitation de la croissance se fait au détriment des pauvres ! C'est une vision de riches ! » dans Le Monde le 8 novembre 2006.
  240. « Qu'est-ce que l'équation de Kaya ? », sur manicore.com
  241. Article de Jean Zin dans EcoRev' « Entropie et décroissance », critiquant l'argument entropique de Nicholas Georgescu-Roegen
  242. Dossier de Lutte Ouvrière contenant des textes sur la décroissance
  243. Croissance, décroissance ou nouveau type de développement, compte-rendu de la Commission territoires - écologie - décentralisation du PCF.
  244. Politis, no 1115, jeudi 26 août 2010.
  245. Jean Zin, L'écologie politique à l'ère de l'information, Ere, 2006, p. 68-69.
  246. « les baisses d'impact et de pollution par unité se trouvent systématiquement anéanties par la multiplication du nombre d'unités vendues et consommées. » Serge Latouche, Le pari de la décroissance, Fayard, 2006, p. 49.
  247. (en) Does Energy Efficiency Save Energy: The Implications of accepting the Khazzoom-Brookes Postulate. - Horace Herring, Université de Pise, 3 avril 1998 [PDF] (voir archive)
  248. (en) Chapitre 3 du Second Rapport (Session 2005-2006) du Comité sur la Science et la Technologie de la Chambre des Lords du Royaume-Uni : The Economics of Energy Efficiency
  249. William Stanley Jevons Sur la question du charbon, 1865
  250. Institut d'études économiques et sociales pour la décroissance soutenable
  251. (en) J. Martinez-Alier, U. Pascual,, F. D. Vivien et E. Zaccai, « Sustainable de-growth: Mapping the context, criticisms and future prospects of an emergent paradigm », Ecological Economics, vol. 69, no 9,‎ , p. 1741–1747 (DOI 10.1016/j.ecolecon.2010.04.017)
    Cet article compare des théories de Steady State Economics, comparables à la décroissance soutenable, avec celles de la décroissance française.
  252. P. Serrafero, De l'innovation à la routine en conception éco-performante ou de la confrontation des idées pour le client à la vérité de l'ingénieur, Éco-conception, conception et innovation, Revue Marché et Organisations, Éditions L’Harmattan, pp. 51-64.
  253. Huit volumes ont paru dans cette collection : Cornelius Castoriadis ou l’autonomie radicale par Serge Latouche ; André Gorz : pour une pensée de l’écosocialisme par Françoise Gollain ; Léon Tolstoï contre le fantasme de toute-puissance par Renaud Garcia ; Jean Giono pour une révolution à hauteur d’hommes par Édouard Schaelchli ; Lanza del Vasto ou l’expérimentation communautaire par Frédéric Rognon ; Charles Fourier ou la pensée en contre-marche par Chantal Guillaume ; Jacques Ellul contre le totalitarisme technicien par Serge Latouche ; Épicure ou l'économie du bonheur par Étienne Helmer
  254. Demain La Décroissance
  255. L'Objecteur de croissance
  256. La Vie est à nous!/Le Sarkophage
  257. Vingt ans plus tard, Barillé a fait une nouvelle série de 26 épisodes à destination des enfants, nommée Il était une fois... notre Terre consacré au développement durable
  258. COP21 : Pourquoi tout le monde se fiche de l'écologie - France TV info, 11 septembre 2015
  259. Mais où va-t-on ? - Radio télévision suisse, 5 août 2015
  260. François, le pape de la décroissance ? - La Vie, 26 juin 2015