Gargantua

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Gargantua
Image illustrative de l’article Gargantua
Les pèlerins mangés en salade - Illustration de Gustave Doré, 1873.

Auteur François Rabelais
Pays France
Genre Roman
Date de parution 1534
Chronologie

La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par M. Alcofribas abstracteur de quintessence. Livre plein de Pantagruélisme, ou plus simplement Gargantua, est le deuxième roman de François Rabelais écrit en 1534. D’une structure comparable à celle de Pantagruel (1532), mais d’une écriture plus complexe, il conte les années d’apprentissage et les exploits guerriers du géant Gargantua. Plaidoyer pour une culture humaniste contre les lourdeurs d’un enseignement sorbonnard figé, Gargantua est aussi un roman plein de verve, d’une grande richesse lexicale, et d’une écriture souvent crue.

Rabelais a publié Gargantua sous le même pseudonyme que Pantagruel : Alcofribas Nasier (anagramme de François Rabelais) Abstracteur de Quintessence.

Origine du géant[modifier | modifier le code]

Folklore et mythologie celtique[modifier | modifier le code]

Article connexe : Gargantua (géant).

Avant le XIXe siècle, les lettrés crurent longtemps que Gargantua était une invention de Rabelais, jusqu'à ce que la parution d'études au XIXe siècle affirmât progressivement l'origine populaire du géant. Thomas de Saint-Mars initia ce domaines de recherches en montrant des traces du géant dans les traditions locales et la toponymie, comme le mont Gargan au nord de Nantes. En 1883, Paul Sébillot compile ces indices dans Gargantua et les traditions populaires. Henri Gaidoz, en 1863, rattache Gargantua a Gargan, un dieu celte du soleil hypothétique. Henri Dontenville a poursuivi ce travail à partir de la fin des années 1940, en localisant les traces de Gargantua et les replaçant dans un contexte mythologique médiéval[1].

Chroniques gargantuines[modifier | modifier le code]

De 1535 à 1540, paraissent un ensemble de chroniques qui mettent en scène le personnage de Gargantua. Dans Pantagruel, le premier roman de Rabelais, le narrateur mentionne les Grandes et inestimables chroniques du grant et enorme geant Gargantua, affirmant à leur propos : « il en a esté plus vendu par les imprimeurs en deux moys qu'il ne sera acheté de Bibles en neuf ans »[2]. Rabelais, qui a sans doute participé à l'édition de 1532 de ces Chroniques, s'inscrit dans son sillage en reprenant la figure du géant et s'en inspire pour parodier à son tour le roman de chevalerie et le récit historique[3].

Résumé[modifier | modifier le code]

Prologue de Gargantua[modifier | modifier le code]

Le roman s'ouvre par un appel au lecteur qui l'invite à la bienveillance et annonce le caractère comique de l'œuvre. Cette exhortation s'explique notamment par l'hostilité des autorités ecclésiastiques, en partie à l'égard de Rabelais après la publication de Pantagruel, et plus largement envers les évangéliques dans leur ensemble[4]. Le prologue a donné lieu à de nombreux commentaires contradictoires. D'une manière en apparence paradoxale, le narrateur Alcofribas incite dans un premier temps à ne pas se fier à la dimension comique du propos, d'interpréter à plus haut sens, avant de mettre en garde contre les lectures allégoriques[MH 1]. Le prologue peut ainsi être lu comme une invitation à une lecture plurielle, ambivalente et ouverte de l'œuvre[5] ,[6] ou une illustration du procédé réthorique de la captatio benevolentiae, invitant sans ambiguïté le lecteur à rechercher un sens univoque derrière la folâtrerie et l'obscurité du texte[7].

Une jeunesse rigolarde et humaniste[modifier | modifier le code]

Généalogie et naissance[modifier | modifier le code]

Illustration de Gargantua par Gustave Doré.

Le narrateur évoque tout d'abord la généalogie de Gargantua, découverte par le paysan Jean Audeau sur un manuscrit en écorce d'ormeau. Dans le second chapitre, les franfreluches antidotées se présentent comme un texte fragmentaire et obscur ajouté à la fin de ce vestige fictif et que le narrateur déclare fournit par « reverence de l'antiquaille »[MH 2]. Ce chapitre résiste encore à l'interprétation, malgré ses références manifestes à l'actualité politique de l'époque[MH 3].

Gargantua naît, après onze mois de grossesse, de l'union de Grangousier et de Gargamelle, fille du roi des Parpaillons, pendant un fastueux banquet lors duqel les bambocheurs tiennent des propos incohérents. Pendant les festivités, Gargamelle met au monde Gargantua de manière bien étrange : il sort de l’oreille gauche de sa mère et réclame aussitôt à boire. Cette fiction obstétrique, qui mêle vocabulaire médical technique (« cotylédons de la matrice »[MH 4]) et expressions triviales, joue en partie avec Hippocrate et Galien, les écoulements abondants de l’accouchement annonçant par exemple un risque de fausse couche[8]. Elle évoque également une légende populaire selon laquelle Jésus-Christ serait sorti de l'oreille de sa mère en entendant les paroles de l'ange Gabriel[MH 5].

Son père, en découvrant son fils qui réclame à boire, s’écrie : « Que grand tu as », sous-entendant la taille du gosier. L'enfant est ainsi baptisé Gargantua. Pour l’allaiter, il faut le lait de dix-sept mille neuf cent treize vaches.

La description des vêtements du géant tourne en dérision le motif épique de l’équipement du héros, par son caractère excessif et parfois outrancier. Elle s'attarde sur le détail absurde d'une braguette, à l’époque une poche attachée en haut des chausses[MH 6]. Qualifiée de corne d'abondance et sertie d'émeraudes, symbole de Vénus d'après Valeriano Bolzano, elle célèbre le pouvoir reproducteur, de même que la plume du chapeau renvoie à la charité chrétienne. Derrière la profusion et les matériaux nécessaires à l'accoutrement du géant, l'ornement représente un ensemble d'idéaux humanistes et religieux[9]. Gargantua est habillé de blanc et de bleu, les deux couleurs du blason de son père. Le narrateur polémique à propos de la symbolique des couleurs depuis les temps antiques. Il affirme que le blanc symbolise la joie, et le bleu les réalités célestes.

Enfance et éducation[modifier | modifier le code]

Une réhabilitation du corps ?[modifier | modifier le code]

De trois à cinq ans, les parents de Gargantua ne lui imposent pas de limites : il boit, mange, dort, court après les papillons et se roule dans les ordures selon son bon plaisir. Gargantua se voit offrir un cheval de bois pour qu’il devienne un bon cavalier. Alors que le seigneur de Painesac lui demande où se trouve l'étable, il l'emmène dans sa chambre où il lui montre les montures qu'il a fabriqué, multipliant les jeux de mots. Il révèle également sa vivacité d'esprit à son père, de retour de bataille, en lui expliquant de manière poétique comment il a découvert le meilleur torchecul possible après avoir testé de nombreux accessoires, végétaux et animaux, composant des épigrammes et un rondeau scatologique. Il conclut ce « propos torcheculatif » que c'est un « oyzon bien dumeté, pourveu qu'on luy tienne la teste entre les jambes »[MH 7].

Le comportement sauvage de Gargantua, qui donne libre cours à ses instincts, illustre en partie les idées d'Erasme, qui incite à ne pas négliger l’instruction du petit enfant. Néanmoins, il témoigne également de l’émerveillement amusé de Rabelais devant le corps humain[10].

Devant l’intelligence de son fils dévoyée par le manque d'éducation, Grandgousier décide de lui faire apprendre les lettres latines par un sophiste réputé[a], Thubal Holoferne. Ce dernier lui apprend à réciter par cœur, à l’endroit et à l’envers, le savoir scolastique. Le formalisme et l'insignifiance de la grammaire modiste sont ainsi tournés en dérision[MH 8]. Le précepteur, emporté par la vérole, est brièvement remplacé par un maître aussi incompétent, Janotus bridé. Le roi s'apercevant de la bêtise croissante de Gargantua, décide lui donner un nouveau professeur.

Sophistes et sorbonicoles[modifier | modifier le code]

Remarquant l'absence de changement, Grandgousier se plaint à l’un de ses amis qui lui recommande Ponocrates, un précepteur humaniste. Pour preuve de son talent, il lui amène un des disciples qui lui parle avec une telle aisance que Grandgousier souhaite le même pédagogue pour son fils. Ponocrates devient alors le maître de Gargantua. Grandgousier reçoit en cadeau du roi de Numidie une énorme jument, richement harnachée. Grâce à cette offrande, Gargantua peut partir pour Paris, et y suivre les leçons du célèbre précepteur, Ponocrates. Sur la route, la jument chasse les taons et les mouches de sa queue avec une telle force qu’elle rase toute la forêt de Beauce. Gargantua arrive enfin à Paris.

Gargantua visite la cité de Paris et fait l’objet de la curiosité des Parisiens. Pensant qu’ils attendent un cadeau de bienvenue, Gargantua leur urine dessus, en gage de bonne volonté, et noie la plupart des habitants. Puis, il emporte les cloches de Notre-Dame pour les accrocher au cou de sa jument. Le doyen de la Sorbonne, Janotus de Braquemardo, est envoyé par la Sorbonne pour tenter de le convaincre de rendre les cloches à la ville. Ce maître de la Sorbonne déclame sa harangue, qui est une caricature visant à se moquer de la Sorbonne et de leur manque de connaissance en l'art oratoire, à Gargantua, qui avant le discours fait rendre les cloches (sans le dire à Janotus). À la fin de cette harangue surtout constituée de quinte de toux et de fautes de latin, Gargantua et ses compagnons se moquent de lui. Janotus demande à être récompensé pour avoir récupéré les cloches, mais on le lui refuse, alors il intente des procès à tous ses confrères de la Sorbonne.

Un enseignement humaniste[modifier | modifier le code]

La méthode de travail de Ponocrates consiste d’abord à observer Gargantua sans intervenir. Après s'être aperçu que les méthodes des théologiens de la Sorbonne lui étaient néfastes, Ponocrates lui impose un nouvel emploi du temps et un nouveau mode de travail. Afin de lui faire oublier ses anciennes leçons, il lui fait boire une potion qui nettoie le cerveau de Gargantua. Gargantua suit alors une éducation humaniste, encyclopédique et morale, où l’exercice physique et l’hygiène corporelle sont aussi très importants. L'écuyer Gymnaste lui apprend le métier des armes ; Ponocrates et Eudémon développent son gout à l'effort, sa justice et son esprit critique. Quand le temps n’est pas propice aux exercices, il apprend l’art, la métallurgie, l’artisanat, la rhétorique, l’escrime, l’herboristerie… Une fois par an, Ponocrates décide de choisir un jour clair et ensoleillé pour partir dans un village voisin pour s'amuser avec son disciple, Gargantua. C'est une allusion au jour du carnaval présent au Moyen Âge, qui consistait à inverser les rôles entre les seigneurs et le peuple. Cette journée était très importante pour faire respecter l'ordre, et c'est ce qui se passe dans le roman de Rabelais car cette journée, quoique riche en enseignements, est libre et ludique, et convainquit Gargantua de travailler toute l'année.

Il fait de son éducation une éducation humaniste, qui consiste donc à apprendre de façon ludique, et c'est ainsi que Ponocrates fait de Gargantua un érudit.

La guerre picrocholine[modifier | modifier le code]

Illustration du Quart Livre par Gustave Doré.

Pendant la saison des vendanges, les bergers de Grandgousier gardent les vignes. Des vendeurs de fouaces passent à proximité. Les bergers leur demandent bien poliment de leur vendre de leur fouace, mais les fouaciers refusent et insultent même les bergers. L’un d’eux, nommé Frogier, se vexe de ces insultes et leur fait entendre qu’ils n’avaient pas à agir de cette façon, et que les bergers leur auraient donné, en plus de l’argent, des raisins. À ces mots, Marquet, un fouacier, lui dit de venir prendre de sa fouace, mais il fouette violemment Frogier. Celui-ci crie au meurtre et lance en même temps un épieu qui atteint Marquet à la tempe et l’assomme, manquant de le tuer. Les bergers et les métayers viennent à la rescousse et chassent les fouaciers. Les bergers se servent alors en fouaces et payent les fouaciers avant de banqueter. Ces derniers se rendent aussitôt chez leur roi, Picrochole, qui réplique immédiatement en mobilisant troupes et matériels.

L’armée se met en route, pille et saccage la campagne de Grandgousier. En ce qui concerne l'abbaye de Seuillé, les moines s’enferment dans l’église et prient tandis que leurs ennemis volent les vendanges. Alors frère Jean, moine courageux, s’enhardit et massacre avec une violence extrême les pillards. Dans les autres parties du royaume de Grandgousier, malgré la peste, les soldats pillent tout. Picrochole, roi de Lerné, quitte alors le domaine de l’abbaye pendant la nuit, et prend sans combattre le château de La Roche-Clermault où il se barricade solidement. Grandgousier apprend la conduite de frère Jean et de Picrochole, mais il veut à tout prix préserver la paix. Il décide de rappeler Gargantua et d’envoyer un messager à Picrochole. Grandgousier écrit à Gargantua une lettre dans laquelle il déclare avoir tout accordé à Picrochole pour sauver la paix. Il affirme aussi sa volonté de défendre ses terres de la folie guerrière de Picrochole et demande à Gargantua de venir lui prêter assistance. Grandgousier envoie un messager à Picrochole, Ulrich Gallet, pour lui intimer ses conditions. Ce dernier se rend alors au château de Picrochole. Ulrich rapporte à Picrochole la surprise, la colère de Grandgousier qui lui demande les raisons de cette amitié trahie et de la guerre. Il lui intime aussi de retourner sur ses terres et de le dédommager. Picrochole refuse.

Au retour d’Ulrich, Grandgousier, pour éviter une nouvelle fois la guerre, fait envoyer à Picrochole beaucoup d'argent afin de rembourser les fouaces, cause des hostilités. Picrochole y voit un aveu de faiblesse et saisit tout ce que lui a envoyé Grandgousier, sans mettre fin aux hostilités. Pendant ce temps, les aides de camp de Picrochole dressent le plan de bataille. Ils rêvent qu’après avoir soumis facilement Grandgousier, ils conquerront l’ensemble du monde. Gargantua quitte Paris et se rend chez son père. Partis en reconnaissance, Gymnaste et son compagnon tombent sur des pillards. Ces derniers veulent les détrousser, mais Gymnaste prétend être un diable. Leur chef, Tripet, hésite à voler le cheval de Gymnaste. Comme il s’appelle le « bon diable », pour les effrayer encore plus, Gymnaste fait des pirouettes et des cabrioles sur son cheval. Les soldats prennent peur et s’enfuient. Pour finir, Gymnaste charge et tue Tripet. Cet incident apporte à Gargantua de nombreuses informations sur le manque de préparation militaire des ennemis. Sa jument fait déborder la rivière en urinant et les ennemis en aval sont noyés. Puis, il rase à coups d'arbre le château de Gué de Vède. Enfin, avec ses compagnons il passe le gué. Ils arrivent chez Grandgousier, qui les attendait avec impatience. En se peignant Gargantua fait tomber de ses cheveux des boulets de canon. Il ne s’était même pas aperçu que, pendant l’attaque du château de Vède, les défenseurs lui avaient tiré dessus.

Grandgousier décide d’organiser un immense festin pour le retour de son fils. Gargantua a envie de salade ; il cueille les laitues réputées les plus grandes dans un jardin et emporte inopinément six pèlerins qui s’y étaient abrités pour la nuit. Il avale sa salade et les pèlerins. Ceux-ci ne doivent leur survie qu’au fait que s’accrochant aux dents du géant et que malencontreusement en tâtant autour d’eux avec leur bâtons, ils touchent un point sensible. Gargantua, muni d’un cure-dent, les retire de sa bouche les uns après les autres. Pendant le souper, Grandgousier explique à Gargantua les raisons des hostilités contre Picrochole. Il lui raconte le courage de frère Jean. Gargantua ordonne de le faire venir. Ces derniers s’apprécient aussitôt et ils se mettent à boire. Ivres, ils divaguent en propos incohérents. Au cours du repas, Eudémon, s’étonne que les moines soient rejetés du monde. Gargantua lui expose qu’ils ne travaillent pas de leurs mains, qu’ils dérangent les mortels, et qu’ils vivent des péchés des hommes. Gymnaste s’interroge sur le fait que les clercs aient de si longs nez. Frère Jean lui raconte que sa nourrice avait les seins mous et que son nez s’y s’enfonçait comme dans du beurre et qu’il grandissait comme la pâte avec du levain. Après le repas, Gargantua et ses compagnons décident d’attaquer à minuit les troupes de Picrochole. Gargantua n’arrive pas à s’endormir. Alors frère Jean lui conseille de prier Dieu et au premier psaume, ils s’endorment tous les deux. À minuit, le moine, habitué au rythme des matines, s’éveille en sursaut et réveille tous ses compagnons d’armes. Puis il décrète que chaque matin, il se purgera avec du vin. Tous se préparent alors, à passer à l’attaque. Le moine encourage ses compagnons d’armes mais surestime ses capacités guerrières. Vitupérant contre l’ennemi, il passe sous un noyer et y reste accroché. Eudémon grimpe dans l’arbre et décroche le moine. Frère Jean abandonne son équipement guerrier et ne garde que son bâton.

Après avoir eu connaissance de la déroute de Tripet, et croyant que Gargantua est réellement accompagné de démons, Picrochole envoie une avant-garde qu’il a fait asperger d’eau bénite. Gargantua et l’avant-garde se rencontrent. Les soldats ennemis, terrorisés par frère Jean qui crie « par tous les diables, » s’enfuient sauf leur chef, Tyravant, qui charge tête baissée. Frère Jean l’assomme puis, seul, poursuit l’armée en déroute. Gargantua décide de ne pas charger. Mais finalement, frère Jean est fait prisonnier et l’avant-garde contre attaque. Gargantua reprend le dessus de la bataille. Entretemps, le moine tue ses deux gardiens et fond sur les arrières de l’armée ennemie en pleine confusion. Il fait prisonnier Toucquedillon, l’aide de camp de Picrochole. Gargantua est très malheureux pour son ami qu’il pense toujours prisonnier. Soudain, ce dernier apparaît avec Toucquedillon et cinq pèlerins que Picrochole gardait en otages. Ils festoient. Gargantua questionne les pèlerins et leur offre des chevaux pour rentrer chez eux. Toucquedillon est présenté à Grandgousier. Par bonté d’âme, il le libère afin qu’il puisse raisonner son chef. Les pays amis de Grandgousier lui proposent leur aide, mais il la refuse car ses forces sont suffisantes. Il mobilise ses légions. Toucquedillon propose à Picrochole de se réconcilier avec Grandgousier. Hastiveau déclare que Toucquedillon est un traître mais ce dernier le tue. Et à son tour Toucquedillon est tué par Picrochole. Gargantua et ses hommes attaquent le château de Picrochole. Les défenseurs hésitent sur la conduite à tenir. Gargantua passe à l’assaut et frère Jean tue quelques soldats de Picrochole.

Voyant sa défaite inéluctable, Picrochole décide de fuir. Sur la route, son cheval trébuche et par colère il le tue. Il tente alors de voler un âne à des meuniers qui réagissent violemment et finalement le volent. Et depuis, personne ne sait ce qu’il est devenu. Gargantua recense les rescapés. Par bienveillance Gargantua libère les soldats faits prisonniers et il leur verse trois mois de solde afin qu’ils puissent rentrer chez eux et indemnise les paysans victimes de la guerre. Il organise un festin grandiose où il offre à ses seigneurs terres et privilèges : à Gymnaste, le Couldray, à Eudemon, Montpensier, à Tolmere, le Rivau, à Ithybole, Montsoreau, et à Acamas, Candes.

L'abbaye de Thélème[modifier | modifier le code]

Les derniers chapitres de Gargantua proposent la description d'une abbaye utopique, l'abbaye de Thélème, récompense de Gargantua à son ami Frère Jean des Entommeures qui, plus tôt, avait protégé son abbaye face à des miliers de soldats de Picrochole. Cette abbaye, dont l'ordre est « au rebours de tous les autres », serait le refuge des évangéliques persécutés, et accueillerait hommes et femmes vertueux selon la « volonté divine », le terme grec Thélèma signifiant « libre-arbitre ».

Adaptations[modifier | modifier le code]

En statue[modifier | modifier le code]

Gargantua était imagé dans une grande statue située dans l'ancien parc d'attractions Mirapolis près de Paris[11]. La statue creuse était la plus grande d'Europe[12] et la deuxième plus grande du monde derrière la statue de la liberté.

En disques audio[modifier | modifier le code]

Les Mirifiques Aventures de Grandgousier, Gargantua et Pantagruel, une adaptation de l'ensemble des romans de Rabelais (Gargantua, Pantagruel, Le Tiers Livre, Le Quart Livre et Le Cinquième Livre) est éditée en disques et cassettes audio par le label Disques Adès dans la collection Le Petit Ménestrel en 1968, avec les voix de Jacques Fabbri, Claude Piéplu et Michel Galabru et des illustrations de Maurice Tapiero.

En bande dessinée[modifier | modifier le code]

En France, une adaptation en bande dessinée du roman, reprenant le texte de Rabelais sur des dessins de Dino Battaglia, est édité chez Mosquito en 2001. En 2001 et 2002, le scénariste Jean-Yves Mitton et le dessinateur Michel Rodrigue publient aux éditions Hors Collection la série Rabelais, qui relate en deux tomes les aventures fictives du jeune François Rabelais, partant du principe qu'il se serait fondé sur les événements de sa vie réelle pour écrire ensuite ses livres : il côtoie Grangousier, Gargantua, etc. mais aussi divers personnages historiques, comme Léonard de Vinci ou Nostradamus.

En dessin animé[modifier | modifier le code]

Sous la houlette de Bernard Deyries, une série animée de 26 épisodes a été produite en 1993 et diffusée sur France 3, dans l'émission Les Minikeums[13].

En peinture[modifier | modifier le code]

Gargantua a inspiré une suite de tableaux au peintre expressionniste François Heaulmé (1927-2005).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions[modifier | modifier le code]

Chroniques gargantuines du XVIe siècle[modifier | modifier le code]

  • Les grandes et inestimables Cronicques du grant et énorme géant Gargantua, Lyon, 1532 - Rééd. Editions des Quatre Chemins, 1925.
  • Le vroy Gargantua, 1533. Réédition : Nizet, 1949.
  • Les Croniques admirables du puissant roy Gargantua, 1534. Réédition : Éditions Gay, 1956.

Gargantua[modifier | modifier le code]

Éditions anciennes[modifier | modifier le code]

Une dizaine d'éditions de Gargantua sont parues du temps de l'écrivain[14].

  • Gargantua, François Juste, 1534-1535, Lire en ligne
  • La vie treshorrificque du grand Gargantua, François Juste, 1542
  • La Plaisante, et joyeuse histoyre du grand Geant Gargantua, Etienne Dolet, 1542
Éditions modernes[modifier | modifier le code]
  • François Rabelais (édition établie, présentée et annotée par Mireille Huchon ; avec la collaboration de François Moreau), Œuvres complètes, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade » (no 15), , 1801 p., 18 cm (ISBN 978-2-07-011340-8, notice BnF no FRBNF35732557)
  • François Rabelais (édition établie, présentée et annotée par Mireille Huchon), Gargantua, Paris, Gallimard, coll. « Folio » (no 4535), , 673 p. (ISBN 978-2-07-0317363)

Travaux critiques[modifier | modifier le code]

Origine et nature du géant Gargantua[modifier | modifier le code]

  • Guy-Édouard Pillard, Le Vrai Gargantua : mythologie d'un géant, Paris, Imago, , 200 p. (ISBN 2-902702-38-8, présentation en ligne)
  • Bruno Braunrot, « Hommes et géants : la conception du compagnonnage dans le Gargantua-Pantagruel », dans Michel Simonin (dir.), Rabelais pour le XXIe siècle : actes du Colloque du Centre d’Etudes supérieures de la Renaissance, Chinon-Tours, 1994, Genève, Droz, coll. « Études rabelaisiennes » (no XXXIII), , p. 1991-1999
  • Walter Stephens (trad. Florian Preisig), Les Géants de Rabelais : folklore, histoire ancienne, nationalisme [« Giants in Those Days : Folklore, Ancien History, and Nationalism »], Paris, Honoré Champion, coll. « Études et essais sur la Renaissance / La Renaissance française » (no LXIX), (1re éd. 1989), 590 p. (ISBN 2-7453-1399-1)

Genre, style et narration[modifier | modifier le code]

  • François Rigolot, Les Langages de Rabelais, Genève, Droz, coll. « Titre courant », , 195 p. (ISBN 2-600-00506-4)
  • Mireille Huchon, « Rabelais et les genres d’escrire », dans Raymond C. La Charité (dir.), Rabelais’s Incomparable Book : essays on his art, Lexington, French Forum, , p. 226-247
  • Philippe de Lajarte, « De l’enfance du héros à l’utopie thélémite : ruptures du discours et logique du récit dans le Gargantua », Seizième Siècle, no 8,‎ , p. 275-286 (lire en ligne, consulté le 26 janvier 2019)

Humanisme, éducation[modifier | modifier le code]

  • Martine Sauret, Gargantua et les délits du corps, New York, Peter Lang, coll. « Studies in the humanities » (no 33), , 145 p.
  • Marc Durand, « De la scolastique à l'humanisme. Généalogie d'une révolution idéologique : l'éducation corporelle de Gargantua », Staps, n° 65, 3/2004, p. 43-59, lire en ligne
  • Bakutyte Ingrida, J. Smith Paul, « La naissance de Gargantua, le choix d'Hercule et les inondations du Nil », Revue d'histoire littéraire de la France, vol. 113, 1/2013, p. 3-14, lire en ligne
  • Christine Seutin, « Démesure, folie et sagesse dans le Gargantua de Rabelais », dans Denise Alexandre (dir.), Héroïsme et démesure dans la littérature de la Renaissance : les avatars de l’épopée, Saint-Etienne, Publications de l’université de Saint-Etienne, (présentation en ligne), p. 113-134.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans la première version du roman, Rabelais utilise le terme de théologien, remplacé par celui de sophiste en 1542. Le premier terme s'attaquait directement à la Sorbonne, le second désigne au XVIe siècle le professeur de dialectique (Note 1 de Mireille Huchon, p. 148).

Références[modifier | modifier le code]

Gargantua, édition de Mireille Huchon, Gallimard, 2007[modifier | modifier le code]

Autres sources[modifier | modifier le code]

  1. Pillard 1987, p. 13-17
  2. François Rabelais,(éd. par Pierre Michel), Pantagruel, Gallimard, 1964, p.39
  3. Diane Desrosiers-Bonin,, « Les Chroniques gargantuines et la parodie du chevaleresque », Études françaises, vol. 32, no 1,‎ , p. 85-95 (DOI 10.7202/036013ar, lire en ligne)
  4. Michel Jeanneret, « « Amis lecteurs » : Rabelais, interprétation et éthique », Poétique, vol. 164, n°4, 2010, pp. 419-431, Lire en ligne
  5. André Gendre, « Le prologue de Pantagruel, le prologue De Gargantua : examen comparatif », Revue d'histoire littéraire de la France, vol. 74, no 1,‎ , p. 3-19 (lire en ligne, consulté le 15 mars 2019)
  6. Terence Cave, Michel Jeanneret et François Rigolot, « Sur la prétendue transparence de Rabelais », Revue d'histoire littéraire de la France, vol. 86, no 4,‎ , p. 709-716 (lire en ligne, consulté le 15 mars 2019)
  7. Gérard Defaux, « D'un problème l'autre : herméneutique de l’altior sensus et captatio lectoris dans le prologue de Gargantua », Revue d'histoire littéraire de la France, vol. 86, no 2,‎ , p. 195-216 (lire en ligne, consulté le 15 mars 2019)
  8. Romain Menini, « L’accouchement de Gargamelle (Gargantua, VI) : Hippocrate et Galien cul par-dessus tête », Op. Cit. Revue des littératures et des arts, no 17 « Agrégation Lettres 2018 »,‎ , p. 7-11 (lire en ligne, consulté le 12 mars 2019)
  9. Florence Weinberg, « « Comment on vestit Gargantua » : déguisement comique d'idéaux pauliniens et platoniciens », dans Rabelais et les leçons du rire : paraboles évangéliques et néoplatoniciennes, Orléans, Paradigme, (ISBN 2-86878-193-4), p. 27-41
  10. Florence Weinberg, « Rabelais et Érasme : leurs idées sur la pédagogie et sur la guerre », dans Rabelais et les leçons du rire : paraboles évangéliques et néoplatoniciennes, Orléans, Paradigme, (ISBN 2-86878-193-4), p. 43-62
  11. « Le parc Mirapolis se convertit en village écologique - Les Echos », sur www.lesechos.fr (consulté le 3 juin 2018)
  12. « Gargantua : Les Attractions - Mirapolis.fr », sur www.mirapolis.fr (consulté le 3 juin 2018)
  13. « Gargantua - L'Encyclopédie des dessins animés », sur Toutelatele.com (consulté le 2 novembre 2012)
  14. Nicolas Le Cadet, « Éditions Lyonnaises de Romans du XVIe siècle (1501-1600) », sur Renaissance, Humanisme, Réforme, (consulté le 26 janvier 2019)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]