Toponymie

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les toponymes situés en France, voir Toponymie française.
Exemples de toponymes.

La toponymie (du grec tópos, τόπος, lieu et ónoma, ὄνομα, nom) est une discipline linguistique, branche de l'onomastique, qui étudie les toponymes, c'est-à-dire les noms propres désignant un lieu. Elle se propose de rechercher leur ancienneté, leur signification, leur étymologie (leur origine), leur évolution, leurs rapports avec la langue parlée actuellement ou avec des langues disparues. Avec l'anthroponymie (étude des noms de personnes), elle est l'une des deux branches principales de l'onomastique (étude des noms propres), elle-même branche de la linguistique.

En outre, la toponymie s'intéresse aussi aux contextes et motivations de la détermination des noms de lieux et à leur impact sur les sociétés. A ce titre, elle emprunte donc également de façon importante à l'histoire et à la géographie, mais aussi à la sociologie, à l'anthropologie, à l'archéologie et à la géopolitique, et mobilise les outils et les approches de l'ensemble des sciences sociales.

Le terme de toponymie renvoie également à l'ensemble du matériau que composent les toponymes, également désignés comme « noms de lieux » ou « noms géographiques ». Un même vocable désigne donc à la fois l'objet et ses acteurs et la discipline qui les étudient, « l'état et la science des noms des lieux » selon les mots du géographe Roger Brunet[1], comme c'est le cas de la topographie[Notes 1]. Le présent article traite des deux acceptions.

Marqueurs tangibles et symboliques des sociétés humaines, les toponymes sont l'objet d'importants débats de société, et sont traversés par plusieurs dynamiques d'appropriation (patrimonialisation, instrumentalisation politique).

La toponymie comme discipline[modifier | modifier le code]

Champ d'application et spécialisations[modifier | modifier le code]

La discipline toponymique a pour objet « l'étude de la formation et de l'évolution des noms de lieux »[2] ; elle s'attache à étudier les noms dans leur forme, leur origine et leur sens, et emprunte ainsi à la linguistique. Suivant cette perspective étymologique, deux approches générales sont combinées : une étude descriptive (relevé et analyse des noms dans un espace-temps donné) ou une étude évolutive (lecture de l'évolution des noms, des langues et des significations dans le temps). Outre l'étude des noms de lieux habités (villes, bourgs, villages, hameaux) ou non habités (tels certains lieux-dits), la toponymie étudie également les noms liés au relief (oronymes), aux cours d'eau (hydronymes), aux voies de communication (odonymes ou hodonymes), aux occupations végétales du sol (phythotoponymes), aux noms de lieu ou de région issus d’une caractéristique géographique physique ou une particularité environnementale (choronymes) ainsi qu'à des domaines plus restreints (microtoponymes), comme des noms de villas, d'hôtels[3], d’équipements sportifs ou de stations de transport.

Au-delà de l'approche étymologique, des études contemporaines en toponymie s'attachent aussi à analyser les tenants et aboutissants de la toponymie, les circonstances de l'attribution des noms (acteurs impliqués, représentations mobilisées, intentions sous-tendues), en ce qu'ils peuvent éclairer la compréhension des dynamiques sociales, culturelles et politiques[1].

Épistémologie de la toponymie[modifier | modifier le code]

Les premières recherches en toponymie à l'époque moderne ont commencé presque simultanément en France et en Grande-Bretagne, durant la seconde moitié du XIXe siècle. Le terme même de toponymie apparaît au milieu du XIXe siècle (toponymique est attesté en 1853 dans un ouvrage qu'Alexandre-Édouard Baudrimont consacre à l'histoire des Basques, toponymie en 1869 dans un écrit de Jean-François Bladé consacré au même sujet)[4].

À cette époque, on privilégie l'établissement de dictionnaires topographiques (gazeteers en anglais). Ces dictionnaires ont permis aux linguistes d'accéder plus facilement aux formes anciennes des noms de lieux, c'est-à-dire aux formes attestées au cours des siècles dans les chartes, cartulaires, pouillés et dont la recherche dans les bibliothèques exigeait de longues heures.

La toponymie a ensuite largement concentré ses recherches sur l'étymologie des noms de lieux ; dans ce cadre, on a pu établir une évolution assez linéaire dans la toponymie ouest-européenne. En effet, il existe un substrat indo-européen ou pré-celtique dans les toponymes européens ; on y rattache généralement toutes les étymologies toponymiques inexpliquées[5].

En France, un projet fut lancée dès 1860 sous l'égide du Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS) dictionnaires topographiques des départements. Une partie de ces dictionnaires sont en accès libre en ligne[6].

Le premier pays où fut publiée une synthèse sur la toponymie est l'Allemagne (Ernst Förstemann et Hermann Jellinghaus (de)). Dans la tradition française, Auguste Longnon (1844-1911) est considéré comme le fondateur en France d'une toponymie véritablement méthodique et systématique[7], avec son ouvrage Noms de lieux de la France, paru en 1920. Par la suite, d'autres chercheurs ont développé les travaux de Longnon, notamment Albert Dauzat (1877-1955), Marcel Baudot (1902-1992), Charles Rostaing (1904-1999), et Ernest Nègre (1907-2000) avec la Toponymie générale de la France en trois volumes. Les spécialistes qui continuent aujourd'hui d'approfondir les recherches toponymiques sont Marie-Thérèse Morlet, Marianne Mulon, Paul Fabre, Stéphane Gendron, Michel Morvan, Sébastien Nadiras, etc.

Dans le monde anglo-saxon, on citera les Britanniques Richard Coates (en), Margaret Gelling (en), Oliver Padel (en), Albert Hugh Smith (en), Isaac Taylor, William J. Watson (en), et les Américains George R. Stewart et Mark Monmonier (en).

Dans les années 1990 émerge un nouveau courant scientifique qui cherche à dépasser la simple ambition de reconstitution du rapport des sociétés à l'espace géographique par la toponymie, en étudiant la dimension géopolitique de celle-ci. Dans les années 2000 et 2010, les chercheurs s'évertuent à proposer un cadrage théorique à ces nouveaux champs de réflexion. Plusieurs approches critiques sont développées, mobilisant les corpus philosophiques de différents penseurs, appliqués à la toponymie et sa pratique contemporaine (tels les concepts du dispositif de Michel Foucault, décliné en « dispositif spatial » par Michel Lussault, ou de l'hégémonie culturelle d'Antonio Gramsci)[8]. Parmi ces chercheurs figurent Maoz Azaryahu, Reuben Rose-Redwood, Myriam Houssay-Holzschuch, Frédéric Giraut, Jani Vuolteenaho, Lawrence Berg. Leurs recherches s'inscrivent dans une perspective résolument postmoderniste. Les terrains africains et américains font l'objet de nombreux travaux[9],[10].

La toponymie comme pratique et comme matériau[modifier | modifier le code]

Morphologie[modifier | modifier le code]

Sur le plan syntaxique, et dans un contexte linguistique indo-européen, il peut comprendre un terme générique (qui définit l'entité géographique désignée) et un terme spécifique (qui précise et isole l'élément géographique)[2]. Le toponyme peut n'être composé que d'un mot, ou composé.

Fonction du toponyme[modifier | modifier le code]

Le toponyme combine deux fonctions :

  • une fonction pratique : localiser les lieux, faciliter le repérage et l'orientation des individus ;
  • une fonction symbolique : consigner et fixer dans une mémoire collective les faits, valeurs, événements et acteurs retenus par les sociétés[1]. Cette fonction peut être délibérée ou non.

« Lorsque l'on veut nommer un lieu public, on se demande d'abord à quelle sorte de désignation on veut procéder. En d'autres termes, on s'interroge sur l'intention de cette attribution[11]. »

  • honorifique
  • commémorative
  • historique
  • géographique
  • thématique

Les toponymes peuvent aussi constituer une ressource territoriale importante (support de patrimonialisation, de stimulation démocratique et militante, de création artistique).

Histoire[modifier | modifier le code]

Les armes du Mexique qui font écho au nom de la ville de Tenochtitlan.

Il est impossible de savoir précisément à partir de quelle date les humains ont attribué des noms aux lieux qui les entouraient. Néanmoins, il semble que ce soient les rivières et les montagnes qui aient été nommées en premier[5]. Selon le géographe Paul Claval, ce sont la sédentarisation et la structuration des populations qui ont créé le besoin de déterminer des noms pour les lieux, qui désormais étaient durablement habités et territorialisés[12].

Il est avéré que la plupart des toponymes de l'époque[Quand ?] répondaient aux caractéristiques géographiques ou naturelles de l'endroit, comme dans le cas de Tenochtitlan (la légende de la fondation de la ville mêle le toponyme et le sacré, comme on peut encore l'observer sur les armes du Mexique) ou encore d'Ostie, latin Ostia « embouchure d'un fleuve ». On trouve également des référencés au sacré, comme dans le cas de Babylone (de l'akkadien babil, Porte de Dieu), parfois elles-mêmes en lien avec la géographie du lieu, comme dans le cas de Cuzco (du quechua qusqu wanka, le rocher du hibou).

Avec la conquête de Crénidès et sa subséquente retoponymisation en Philippes par Philippe II de Macédoine en 365 av. J-C naît le concept d'onomastique princière, qui veut que l'on donne à un lieu le nom d'une personne[13] ; parmi les nombreux exemples de cette pratique, on peut citer Césarée (l'actuelle Kayseri), Alexandrie, la République de Colombie ou encore, l'Île-du-Prince-Édouard ou Nelson Mandela Bay).

Le col de Port dont le nom signifie en réalité « col de Col »[14].

Lorsque le toponyme honore Dieu, un saint, une relique ou un ordre de l'église chrétienne, on parle d'hagiotoponymie. Les exemples incluent un nom honorant un saint ou une sainte (San Francisco, São Paulo, Saint-Pétersbourg, Saintes-Maries-de-la-mer...), mais peuvent également évoquer Dieu (La Trinité-sur-Mer), une église ou un monastère (Westminster, Monastir, Münster).

L'Empire romain, de par son expansion et la rigueur de ses armées, a permis de cartographier et de recenser les toponymes d'une grande partie de l'Europe et du Bassin méditerranéen. Pour d'autres régions du monde, il est parfois plus difficile d'établir une carte historique des toponymes employés à différentes époques.

Lles grandes découvertes entraînent une prédominance de la toponymisation européenne dans le monde qui a pu s’établir notamment grâce à l'hagiotoponymie pratiquée par les puissances colonisatrices européennes[réf. souhaitée].

En France, la toponymie urbaine a pendant longtemps été un accord tacite entre les habitants du lieu (toponyme d’usage) avant que le pouvoir politique, généralement communal, s'arroge le droit de baptiser les villes (toponyme de décision) au XVIIe siècle[15]. À partir des années 2010, certains toponymes sont créés ou imposés par Google via son service de cartographie Google Maps[16].

Aujourd'hui, les recherches en toponymie ont permis de montrer que quelques toponymes sont pléonastiques, comme le lac Léman[17], le Golfe du Morbihan (« golfe de la petite mer »), le col de Port[14].

Acteurs et enjeux de la toponymie[modifier | modifier le code]

Identité des acteurs[modifier | modifier le code]

Dans leur proposition de théorisation de la nomination politique des lieux à l'échelle mondiale, les chercheurs français Frédéric Giraut et Myriam Houssay-Holzschuch définissent trois types d'acteurs engagés : les États et l'ensemble des formes de gouvernements locaux, le secteur privé et la société civile[18],[19].

La toponymie a une dimension éminemment politique[20], au sens où son institution est le fait d'acteurs politiques et de leurs intentions, qu'il s'agisse de dirigeants politiques et économiques, de citoyens engagés, de collectifs publics ou privés. En outre, le nom du lieu est de lui-même un enjeu en ce que son choix met en présence des acteurs, des projets, des conceptions et des représentations différents potentiellement conflictuelles[21]. La toponymie peut devenir un champ de bataille idéologique. Son instrumentalisation politique s'effectue à toutes échelles, que ce soit pour marquer de façon symbolique et mémorielle un territoire, le banaliser et le déshistoriciser, ou justifier une création spatiale[21].

Contextes et techniques de la dénomination[modifier | modifier le code]

Si les dénominations spontanées, héritées de l'occupation sociale de l'espace sur des temps longs, paraissent majoritaires, il existe aussi un grand nombre de dénominations « imposées » ou répondant du moins à une intention stratégique[7]. Plusieurs contextes de dénomination peuvent ainsi être identifiés[18] :

À ces contextes peuvent être associés différentes techniques et différents objectifs politiques[18] :

  • épuration des anciennes références toponymiques ;
  • instauration de nouvelles références toponymiques ;
  • restauration de références disparues ;
  • officialisation de dénominations visant à promouvoir le territoire.
Conquêtes territoriales[modifier | modifier le code]

Nombreux sont les exemples de toponymes traduisant la conquête d'un espace par un groupe. Les grandes explorations et les mouvements de colonisation (eux-encore créateurs de toponymie princière) ont été grands pourvoyeurs de toponymes aujourd'hui acceptés et consacrés. Pour les premiers, on peut évoquer par exemple la terre de Baffin, nommée en l'honneur du navigateur anglais William Baffin, ou la mer de Barents du nom du navigateur néerlandais Willem Barentsz. Pour les seconds, les exemples du lac Victoria, de Johannesburg, de la Nouvelle-Guinée ou de la Nouvelle-Zélande sont parlants. Ces noms peuvent être sujets à des tensions identitaires et ethniques en ce qu'ils évoquent bien souvent la domination occidentale, et la violence que les conquêtes ont pu susciter. Certains toponymes sont forgés explicitement en réponse à cette domination, comme « Kanaky » utilisé par les indépendantistes à la place de « Nouvelle-Calédonie »[22].

À une toute autre échelle, la construction de nouvelles localités, l'aménagement de nouveaux quartiers relève aussi de ce processus de conquête territoriale : la fabrication de nouvelles voies génère l'opportunité de nouveaux odonymes. Au-delà de la fonction primaire d'aide au repérage, la nouvelle toponymie peut être investie des intentions symboliques du pouvoir politique.

Changements de régime institutionnel ou idéologique[modifier | modifier le code]
Plaque de rue rendant hommage à une ancienne figure politique locale à Saint-Mandé, près de Paris.

Les « épurateurs toponymiques » cherchent à supprimer du champ de la mémoire et du paysage tout ce qui pourrait aller à l'encontre de la définition qu'ils donnent aujourd'hui de leur espace symbolique[23]. La suppression des odonymes évoquant des personnalités controversées telles Philippe Pétain, Joseph Staline, Alexis Carrel est un phénomène contemporain en France et au Canada. De même, en Espagne, les habitants de Castrillo Matajudíos ont choisi par référendum de changer le nom en Castrillo Mota de Judíos car le nom initial se traduisait littéralement par « tuez les Juifs »[24].

L'alternance des régimes politiques et des dominations influe bien souvent sur les toponymes, qu'un gouvernement peut refonder à son image. Au cours de l'Antiquité, certains exemples apparaissent déjà avant Jésus-Christ, notamment le cas de Rakhotis, renommée Alexandrie par Alexandre le Grand dans une volonté d'afficher sa puissance. De nombreuses autres villes fondées par le roi de Macédoine ont pris son nom, telles Alexandria Eskhatè, aujourd'hui Khodjent, au Tadjikistan. L'exemple d'Istanbul, précédemment Constantinople après Byzance, est célèbre. Les exemples de toponymie princière sont légion à travers l'histoire, et reflètent souvent les réalités historiques de leur époque ; ainsi, la ville de Saint-Pétersbourg, qui s'est appelée Petrograd de 1914 à 1924 avec la poussée du nationalisme slave[25], puis Leningrad à la mort de Lénine, pour retrouver son nom originel en 1991, après la chute du Parti communiste de l'Union soviétique et la disparition de l'URSS. De nombreux autres exemples peuvent être évoqués : parmi eux, au Canada, l'île du Prince-Édouard, autrefois appelée Île Saint-Jean, nommée en l'honneur du prince Édouard-Auguste de Kent, fils de George III du Royaume-Uni ou la Terre de la Reine-Maud, revendication norvégienne en Antarctique. Les contextes révolutionnaires et post-révolutionnaires sont riches d'opérations massives de changement des toponymes, quand ceux-ci sont clairement associés à un régime et des valeurs perçus comme obsolètes ou offensants. Une fois devenue indépendante, l'Inde a entamé un vaste processus de rectification de toponymes considérés comme relevant de l'héritage colonialiste britannique. La France révolutionnaire a associé à ses nouveaux départements des noms évacuant les références aux provinces d'Ancien Régime.

Le post-colonialisme est un important moteur de production toponymique. En Afrique du Sud, on a cherché à effacer les stigmates de l'apartheid[20] en supprimant des noms trop évocateurs de cet ancien régime. On peut citer en exemple la toponymisation « parallèle » de Port Elizabeth en Nelson Mandela Bay[20]. De la même manière, nombre d'anciennes colonies ont changé de nom une fois leur indépendance acquise (la Haute-Volta devenant Burkina Faso ou la Rhodésie devenant Zimbabwe). Si certaines modifications sont bien accueillies par la population en général, certains renommages suscitent l'opposition de la population, notamment dans le cadre de la polémique sur la retoponymisation de Tshwane en Pretoria[20], ou de Bombay en Mumbai.

Autre exemple, celui de la transparence de la tradition électorale et politique de certaines municipalités dans la dénomination des lieux urbains (en témoignent par exemple les rues glorifiant des personnalités révolutionnaires et soviétiques dans les villes à municipalité communiste[26]. On peut estimer que cette toponymie vient doubler l'impact politique de l'inertie de l'architecture quand celle-ci a une connotation suffisamment politique.[pas clair]

Les toponymes jugés offensants sont également en voie de disparition[27]. En micro-toponymie, on en arrive à rebaptiser des lieux évocateurs de douleur ou de honte nationale.

Régionalismes et nationalismes[modifier | modifier le code]
Toponymes corses sous leur forme italienne, victimes du nationalisme corse.

La mondialisation et les mouvements de protections des langues minoritaires entraînent une généralisation des indications toponymiques plurilingues, notamment dans les aéroports et sur les grandes voies de communication. Cependant, une autre orientation légèrement différente a été définie “par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (7.10.1981) : « L’Assemblée, considérant qu’il est très important d’assurer le respect et le développement équilibré de toutes les cultures européennes, et tout simplement les identités linguistiques, (…) recommande (…) au niveau scientifique, l’adoption progressive (…) des formes correctes de la toponymie, à partir des langages originels de chaque territoire, si petit soit-il (…) ». Des vœux en ce sens avaient été votés par les trois conseils généraux de basse Bretagne dans les années 1970.”[28].

Dans l'Espagne post-franquiste, de nombreuses villes ont retrouvé leur nom catalan, galicien ou basque qui avait été castillanisé durant la dictature[22].

Les entreprises de francisation des noms de lieux, ou, à l'inverse, de signalisation bilingue, peuvent aussi être vécues comme des tentatives de manipulations à visée politique voire communautariste.

Rapport public-privé[modifier | modifier le code]

La toponymie questionne aussi le rapport entre les acteurs publics et privés dans l'espace. La pénétration des intérêts privés dans l'espace public se matérialise à travers les contrats de naming qui voient des enceintes sportives porter le nom de sociétés privées dans le cadre de parrainages financiers. Ces contrats peuvent concerner d'autres types de lieux, comme des lignes de transport en commun (la ligne 2 du métro de Madrid qui porte le nom de l'entreprise Vodafone entre 2013 et 2016).

Marketing territorial[modifier | modifier le code]

Dans une démarche de marketing territorial, certains territoires veulent rendre le toponyme lisible et attractif, par exemple les Côtes-du-Nord débaptisées en raison de la perception négative de leur dénomination et rebaptisées Côtes-d'Armor en 1990[29] ; ou encore Châlons-en-Champagne, anciennement Châlons-sur-Marne. L'enjeu économique et politique du secteur touristique motive également la toponymie poétique et esthétique fondée sur des référents historiques plus ou moins certifiés (les cas du Pays cathare[21] ou les dénominations de certains parcs naturels régionaux français[30] sont de bons exemples).

Combinaison des intentions et des techniques[modifier | modifier le code]

Les techniques de la dénomination peuvent être combinées[18]. En France, l'exemple de la tentative par Georges Frêche, président du conseil régional du Languedoc-Roussillon de renommer la région Septimanie, expérience ayant suscité une polémique et s'étant soldée par un échec, mobilise à la fois, dans un contexte d'affirmation du pouvoir régional à l'égard de l'État, l'ambition de la promotion du territoire régional et de suppression d'une référence imposée par les autorités centrales, par le recours à la restauration d'un toponymie évacué d'origine médiévale.

Par ailleurs, le choix des noms des capitales d'États aux États-Unis relève simultanément d'aspirations idéologiques locales et nationales, renvoyant à des références autochtones (Cheyenne, Oklahoma City) comme européennes (Harrisburg, Boston, Bismarck, Montpelier)[31].

La toponymie comme patrimoine[modifier | modifier le code]

Comme des monuments, des œuvres d'art ou une langue, les noms de lieux, témoins et héritages d'une histoire, appartiennent à la mémoire collective et constituent des éléments patrimoniaux. Par conséquent, ils peuvent faire l'objet de débats quant à la valorisation et leur préservation.

Normalisation mondiale[modifier | modifier le code]

La normalisation toponymique apparaît essentielle[32],[33], en ce qu'elle procure des avantages techniques (la production de cartes, le fonctionnement des assistants de navigation GPS…), économiques (le fonctionnement des services, l'adressage des livraisons…), sociaux et culturels (la communication entre les individus, la construction des identités)[7].

Le Groupe d'experts des Nations unies pour les noms géographiques (GENUNG)[modifier | modifier le code]

Avec la croissance exponentielle des rapports internationaux dès la moitié du XXe siècle et devant l'importance grandissante de la toponymie à l'échelle mondiale, l'ONU met en place le Groupe d'experts des Nations unies pour les noms géographiques (GENUNG) en 1959. Ce groupe a établi comme première mission la nécessité, pour chaque État, de se doter d'une autorité toponymique nationale. Il est composé de plusieurs groupes de travail thématiques.

Toponymie nationale des pays francophones[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Toponymie française.

Milieux naturels et anthropisés[modifier | modifier le code]

Les plans ou la tradition orale ont conservé de très nombreux noms de lieux, lieux-dits, permettant autrefois le repérage des mares, buttes, fossés, talus, étangs, combes, pics, creuses, dolines, grottes, etc. Des anthroponymes leur sont souvent associés (la Mare-Martin..), des appellatifs toponymiques décrivant la nature du sol (les Terres Rouges, les Sablons, le Fond Cailloux...), du paysage (le Roc du, le Gouffre de..) de la flore (les Bruyères...).

Le toponyme peut évoquer des évènements ou usages anciens (le chemin des pendus, le chêne des justices...).

Des zoonymes sont également fréquents (la Mare aux Oies, la Fosse au Loup, la Mare à Goriot[Notes 2]etc.).

Entités politiques et administratives[modifier | modifier le code]

Le nom des communes et lieux-dits, comme les noms propres ont beaucoup évolué pour se stabiliser avec les règles de l'orthographe et l'établissement des cartes officielles. Les mêmes règles que pour les noms de rues (voir Noms de voies et d’organismes) s'appliquent aux unités administratives et politiques françaises ou dont le nom a été, partiellement ou totalement, francisé. La règle s’applique également à nombre de noms du domaine de la géographie physique. Les traits d’union entraînent l’apparition d’une majuscule dans tous les noms et adjectifs unis dans l’expression : trait d’union et majuscule sont donc les outils d’élaboration des noms composés des unités administratives et politiques, comme on peut le voir dans les noms de Loire-Atlantique, Scey-sur-Saône-et-Saint-Albin, Basse-Normandie, Côtes-d'Armor, Rhénanie-du-Nord-Westphalie, ou encore Virginie-Occidentale.

La partie du nom qui sera « unionisée » est ce qu’on appelle le spécifique (le nom « propre »), par opposition au générique (nom « commun »). Ainsi, dans « département du Pas-de-Calais », « département » est générique, « Pas-de-Calais » est spécifique. Dans « pas de Calais », « pas » est un générique (synonyme de détroit), « Calais » est spécifique. De même, on fera la différence entre la province de l’Île-du-Prince-Édouard et l’île du Prince-Édouard qui donne son nom à la province, entre le massif du Mont-Blanc et le mont Blanc ou entre la République du Cap-Vert et le cap Vert.

Toutefois, cette logique n'a pas été systématiquement respectée ; il serait correct que soit faite la différence entre l’Afrique du Sud comme synonyme d’« Afrique australe » et l’Afrique-du-Sud, comme État, tout comme « Timor oriental » et « Timor-Oriental », « îles Salomon » et « Îles-Salomon». De même, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Mecklembourg-Poméranie-Occidentale ou Frioul-Vénétie-Julienne ne sont pas toujours les formes les plus courantes. L’usage n’a pas non plus retenu cette règle qui aurait permis de différencier le pays basque, région humaine et historique, et le Pays basque, l’unité administrative qu’est la Communauté autonome basque.

Graphie des toponymes français[modifier | modifier le code]

La graphie des toponymes officiels français (ceux des entités administratives : régions, départements, arrondissements, cantons, communes) est fixée par l’édition la plus récente du Code officiel géographique publié par l’Insee[34]. Pour le français de France, les principales règles typographiques sont les suivantes :

  • tous les substantifs, adjectifs et verbes prennent une majuscule ;
  • les articles, prépositions, conjonctions et adverbes prennent une majuscule en début de nom et une minuscule à l’intérieur du nom, à l’exception de Hors, qui prend toujours une majuscule, et des prépositions situées en fin de toponyme, qui prennent également une majuscule ;
  • les toponymes officiels composés de localités administrativement organisées comportent un trait d’union entre tous les termes, sauf après l’article initial ou lorsqu’il y a une apostrophe[35]. Exemples pour L'Île-Rousse, La Roche-sur-Yon, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, et Villeneuve-d'Ascq.

Exceptions : Pays de la Loire, Territoire de Belfort et l’espace est conservée sans trait d'union dans Côte d'Azur (car c'est un surnom géographique) même quand il entre dans la composition du nom de région Provence-Alpes-Côte d'Azur. On ne met pas non plus de trait d'union dans la partie non officielle d'un toponyme (Clermont de l'Oise).

La règle est obligatoire pour les communes sur tous les panneaux officiels (encadrés de rouge) à l’entrée des agglomérations, pour les départements et les régions (sauf les exceptions ci-dessus), mais n’est pas toujours appliquée de façon cohérente sur les autres panneaux (lieux-dits, bâtiments administratifs). Cette règle ne s'applique pas aux noms géographiques tels les noms de rivières (la Sèvre Niortaise), d’îles (l’île d’Yeu est une île française située administrativement sur la commune de L’Île-d’Yeu) et de montagnes (le mont Sainte-Odile, le mont Blanc mais le massif du Mont-Blanc). En outre les antonomases (noms propres utilisés comme noms communs ou inversement) constituant des appellations d’origine s’écrivent avec une minuscule, comme dans le cas d'un verre de bordeaux d'une coupe de champagne, d'un havane ou d'un sèvres.

La majuscule est toutefois maintenue si le lieu est cité en tant que tel, par exemple dans le cas des vins de Bordeaux, du vignoble de Saint-Émilion ou de la porcelaine de Limoges ; certaines appellations appliquent donc simultanément ces deux règles, comme le camembert de Normandie ou le brie de Meaux.

Nota : le Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale précise dans son chapitre consacré aux toponymes, tel que repris par les règles de typographie de l'encyclopédie wikipédia :

  • Cas no 8 : « L'article précédant le nom d'une commune prend la majuscule (sauf s'il y a contraction) : Le Havre, La Rochelle, la ville du Mans. »
    Exemples : La Croix-Valmer, La Haye, Les Lilas, La Mecque.
  • Cas no 9 : « L'article précédant un lieu-dit, un quartier d'agglomération et tout terme géographique autre qu'un nom de commune (pays, îles, montagnes, fleuves, etc.) conserve la minuscule : les Batignolles, la Martinique. »
    Exemples : la Guadeloupe, la Réunion, la Villette (bien que ce cas soit litigieux et qu'on puisse trouver légitimement La Villette, ce nom étant bien à l'origine celui d'une commune, régi par le cas no 8).
  • Cas no 10 : « Les surnoms géographiques, expressions traditionnelles suffisant à identifier certaines régions ou villes, se composent généralement avec une capitale aux substantifs et aux adjectifs qui précèdent le premier substantif : la Côte d'Azur, le Nouveau Monde. »
    Exemples : la Côte d'Argent, la Côte d'Émeraude, la Côte d'Opale, la Terre de Feu.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Le prix Albert-Dauzat récompense des travaux en toponymie.

Ressources[modifier | modifier le code]

Belgique[modifier | modifier le code]

Article connexe : Toponymie belge.

L’usage belge est de ne pas lier prénom et nom par un trait d’union, par exemple place Eugène Flagey et non place Eugène-Flagey[36]. L’exception concerne les saints. En ce qui concerne les noms de lieux ou de fêtes (et uniquement dans ces cas-là) on met toujours une majuscule et un trait d’union dans les noms d’églises, de monastères, de temples, de cathédrales, de basiliques, etc., comme dans le cas de la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule, ou de la cathédrale Saint-Paul ainsi que lorsque Saint figure dans le nom d’une ville, d’un lieu, d’un édifice, d’une rue, par exemple les cliniques universitaires Saint-Luc.

Ressources[modifier | modifier le code]

Canada[modifier | modifier le code]

Article connexe : Toponymie québécoise.

Au Canada, la règle du gouvernement fédéral veut que les toponymes (dont les noms de ville) ne se traduisent pas (ni du français, ni de l’anglais), exception faite pour quelques toponymes d’intérêt pancanadien, tels que le fleuve Saint-Laurent (appelé « Saint Lawrence » en anglais), ou la rivière des Outaouais, également connue sous son nom anglais d’Ottawa River[37]. On pourrait aussi faire exception pour certains noms de grandes villes qui ont une forme française courante : Saint-Jean (Nouveau-Brunswick) et Saint-Jean (Terre-Neuve-et-Labrador) en étant les exemples principaux. Les spécifiques des toponymes français au Canada sont toujours reliés par des traits d’union : on écrira ainsi Sainte-Anne-de-Bellevue, chemin de la Côte-des-Neiges ou lieu historique national du Commerce-de-la-Fourrure-à-Lachine. Ainsi, on parlera de l’île du Prince-Édouard (qui est une île qui s’appelle Prince-Édouard), mais l’Île-du-Prince-Édouard (qui est une province qui s’appelle Île-du-Prince-Édouard). Les particules nobiliaires ne prennent pas de trait d’union, mais on met une majuscule : rue Jean-De La Fontaine, ruelle Nick-Auf Der Maur, rue De La Gauchetière ou rue De Castelnau.

Les toponymes spécifiques de langue anglaise ne contiennent pas de traits d’union, même lorsqu’ils sont incorporés dans un toponyme français : Kirkland Lake ; Ayer’s Cliff ; l’avenue McGill College ; la rue City Councillors ou la côte du Beaver Hall (ces quatre derniers se trouvent au Québec) ; en revanche, on écrira : la rue Terry-Fox, le chemin Queen-Mary, l’église Saint-James, car ce sont des noms personnels.

Suisse[modifier | modifier le code]

Article connexe : Toponymie de la Suisse romande.

Luxembourg[modifier | modifier le code]

Au Luxembourg, l'usage veut, comme en Belgique, que l'on ne lie pas prénom et nom par un trait d’union dans les noms de rues, de boulevards, etc. On écrira par exemple « rue Victor Hugo » et non « rue Victor-Hugo » à Vianden. Les saints, par contre, ont un trait d'union à leur nom[38]: « allée Saint-Christophe » à Mondorf. Les établissements publics prennent une minuscule à la désignation mais des majuscules et traits d’union au nom propre, par exemple lycée Michel-Rodange ; à l’exception de l'Université du Luxembourg, institution unique.

Ressources[modifier | modifier le code]

Pays d'Afrique[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. A contrario, d'autres disciplines connexes disposent d'un vocable qui diffère de celui qui désigne l'objet de l'étude, comme l'anthroponymie qui s'intéresse aux noms de famille.
  2. Dans le nord de la France, le goriot est un porcelet (petit goret).

Références[modifier | modifier le code]

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  3. Naftali Kadmon, Glossary of Toponymic Terminology, version 4.1, New York, United Nations Group Of Experts On Geographical Names, 2000
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  9. Cédric Audebert, « Acteurs et enjeux de la néotoponymie des territoires ethniques des grandes métropoles aux Etats-Unis : l’exemple de Miami », L'Espace politique, vol. 2008-2,‎ (lire en ligne, consulté le 15 octobre 2019).
  10. Frédéric Giraut, Mahaman Tidjani Alou, Eeva Sippola, Lawali Dambo, Henri Kokou Motcho, « Nommer les lieux en Afrique : enjeux sociaux, politiques et culturels. Pour un observatoire des néotoponymies urbaine, géopolitique et numérique », sur Université de Genève, (consulté le 15 octobre 2019).
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  13. Toponymie antique et onomastique princière
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  37. non trouvé le 3 mars 2016., sur le site nrcan.gc.ca.
  38. « Guide de rédaction édition 2012 »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]