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Molière

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Molière
Description de cette image, également commentée ci-après

Molière dans le rôle de César dans La Mort de Pompée, peint par Nicolas Mignard (1658). Collection Comédie-Française de Paris.

Nom de naissance Jean-Baptiste Poquelin
Alias
Molière
Naissance Baptisé le
Rue Saint-Honoré, Paris
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Décès (à 51 ans)
Rue de Richelieu, Paris
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture français
Mouvement classicisme
Genres
L'inscription que l'on peut lire aujourd'hui sur une façade au 31 rue du Pont-Neuf sous un buste de Molière est erronée. Molière n'est pas né dans cette maison. Wagner, qui a habité cette maison en 1839, le croyait et en était fier.

Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, baptisé le en l'église Saint-Eustache[n 1] à Paris, et mort dans sa maison de la rue de Richelieu le , est un comédien et dramaturge français. Considéré de son vivant comme le meilleur acteur et auteur comique du royaume, et depuis sa mort comme l'un des génies de la littérature universelle, il fut également l'un des fondateurs et le principal animateur d'une troupe de théâtre, qui, après s'être illustrée à Paris et en province sous la régence d'Anne d'Autriche et dans les douze premières années du règne personnel de Louis XIV, fut à l'origine de l'actuelle Comédie-Française.

Tout en s'attachant à la peinture des mœurs de son temps, et singulièrement de la bourgeoisie, dont il dénonce les travers (prétention nobiliaire, place des femmes, mariage d'intérêt…) pour la plus grande satisfaction d'un public essentiellement «mondain», Molière a créé des personnages individualisés, à la psychologie complexe, qui sont rapidement devenus des archétypes.

Le meilleur de son œuvre, composée d'une trentaine de comédies, accompagnées ou non d'entrées de ballet et de musique, constitue depuis deux siècles l'un des piliers de l'enseignement littéraire en France. Signe de la place emblématique qu'il occupe, le français est couramment désigné comme « la langue de Molière », de même que l'anglais est « la langue de Shakespeare ».

Biographie

La jeunesse de Molière

Ancien plan du quartier de Paris où est né Molière
Molière est né au coin de la rue Sauval (anciennement des Vieilles-Étuves) et de la rue Saint-Honoré (maison détruite en 1802). Toute la famille habite le quartier des Halles (détail du plan de Turgot, 1739).

Famille

Baptisé le en l'église Saint-Eustache, dans le quartier des Halles à Paris, Jean Poquelin (dit Jean-Baptiste après la naissance de son premier frère également prénommé Jean) est né dans la maison no 1 sur le plan ci-contre[n 2], où son père, Jean, marchand tapissier, avait installé son fonds de commerce deux ans plus tôt avant d’épouser sa mère Marie Cressé[1]. Son grand-père paternel et son grand-père maternel, tous deux marchands tapissiers, exercent leur métier dans le voisinage, rue de la Lingerie (2 et 3 sur le plan).

Les Poquelin et les Cressé sont des bourgeois aisés qui vivent dans des demeures confortables et agréablement meublées, comme en témoignent les inventaires après décès. Le grand-père Cressé possède une maison de campagne à Saint-Ouen. Un oncle de Molière, Michel Mazuel, est musicien, collabore à la musique des ballets de cour et est nommé en 1654 compositeur de la musique des Vingt-quatre Violons du Roi. En 1631, le père de Molière rachète à son frère cadet un office de « tapissier ordinaire de la maison du roi[n 3] ».

Jean-Baptiste aura trois frères et deux sœurs, dont deux mourront en bas âge. À dix ans, il perd sa mère. Son père se remarie avec Catherine Fleurette, dont il a trois filles, mais qui meurt en 1636. L'année suivante, Jean Poquelin obtient la survivance de sa charge pour son fils aîné, qui a quinze ans.

Ses études

Sur les études et la formation littéraire, il n’existe aucun document fiable. Les témoignages sont tardifs, contradictoires et entachés de polémiques.

Les auteurs de la notice biographique placée en tête du premier volume des Œuvres complètes parues en 1682 écrivent que Molière aurait été élève des jésuites au collège de Clermont (l'actuel lycée Louis-le-Grand), l'un des meilleurs de Paris, où « sa vivacité d’esprit le distingua de tous les autres ».

Dans sa Vie de M. de Molière, publiée en 1705, le sieur de Grimarest reprend cette donnée à son compte en précisant [2] que le jeune homme avait eu pour condisciples François Bernier et le Claude-Emmanuel Luillier, dit Chapelle, lequel avait pour précepteur occasionnel le philosophe Gassendi, restaurateur de l'épicurisme antique. Celui-ci, ayant remarqué chez le futur Molière des dispositions pour la philosophie, l'aurait admis à ses leçons avec Bernier et Cyrano de Bergerac. En l'état de la documentation, ces affirmations sont invérifiables[n 4], comme le sont plusieurs autres anecdotes rapportées dans cette première biographie que le vieux Boileau fustigea dès sa publication. On peut seulement déduire de la lecture de ses pièces que Molière aurait été imprégné d'épicurisme et se serait plus particulièrement intéressé à la doctrine telle qu'on la trouve développée, sous sa forme la plus radicale, dans le De rerum natura de Lucrèce, dont il a traduit en vers le début du deuxième livre[n 5].

À sa sortie du collège, il serait devenu avocat, s'il faut en croire un contemporain bien renseigné, Le Boulanger de Chalussay, auteur en 1670 d'une comédie violemment satirique intitulée Élomire [= Molière] hypocondre, ou Les Médecins vengés[n 6], que Molière tentera de faire interdire.

« En quarante, ou fort peu de temps auparavant, / Il sortit du collège, âne comme devant ;/ Mais son père ayant su que, moyennant finance, / Dans Orléans un âne obtenait sa licence, / Il l’endoctora moyennant sa pécune, / Et croyant qu’au barreau ce fils ferait fortune, / Il le fit avocat, ainsi qu’il vous l’a dit[n 7]. »

Grimarest est moins affirmatif : « On s’étonnera peut-être que je n’aie point fait M. de Molière avocat. Mais ce fait m’avait absolument été contesté par des personnes que je devais supposer en savoir mieux la vérité que le public. Cependant sa famille m’a positivement assuré du contraire[3]. »

Quoi qu'il en soit, Molière ne s’est jamais paré du titre d'avocat et son nom ne figure ni dans les registres de l'Université d'Orléans ni dans ceux du barreau de Paris[4] : « Au point, écrit Roger Duchêne, qu’on doit se demander, ce qui était impensable pour ses premiers biographes, qui le présentaient comme un nouveau Térence, si on a vraiment mis le fils Poquelin au collège de Clermont. A-t-il fait des études régulières ? A-t-on voulu masquer qu’au départ il n’a reçu qu’une formation de tapissier[5]? »L'hypothèse d'une absence totale d'études est cependant peu vraisemblable : le fait que dans sa comédie-pamphlet, Le Boulanger de Chalussay, bien renseigné par ailleurs, ne conteste pas que Molière ait pris ses licences de droit à Orléans, mais précise qu'il n'y est allé qu'un jour pour les acheter (ce que fit effectivement pour sa part Charles Perrault, qui l'avoue au commencement de ses mémoires), donne à penser que, si Molière a pu laisser croire cela dans son entourage (c'est-à-dire la possibilité d'être inscrit dans une faculté de droit), c'est parce que tout le monde savait qu'il avait au moins terminé ses études secondaires (avec leurs deux années de philosophie) dans un collège parisien. Rappelons que Racine arrêta lui aussi ses études après ses deux années de philosophie.

En 1642, selon Grimarest, Molière aurait exercé la charge de tapissier ordinaire du roi et suivi la cour de Louis XIII à Narbonne[6]. Il avait hérité cette charge de son père alors qu'il n'avait pas tout à fait 16 ans, en décembre 1637, mais aucun document ne prouve qu'il l'exerçait effectivement à cette époque[7].

Des débuts difficiles

Première carrière parisienne : l'Illustre Théâtre

Plaque commémorant l'emplacement du jeu de paume des Métayers à Paris
La nouvelle troupe transforme le jeu de paume des Mestayers en théâtre : une scène dans la largeur de la salle (environ 12 mètres), une galerie dans sa longueur (30 mètres), et des loges au-dessus.

Le 30 juin 1643, par-devant notaire, Jean-Baptiste Poquelin s’associe avec trois membres de la fratrie Béjart et quelques amis, la plupart « fils de famille » comme lui, en tout six hommes et quatre femmes, pour constituer une nouvelle troupe de comédiens, « l’Illustre Théâtre ». C’est la troisième à Paris, après la Troupe royale de l’Hôtel de Bourgogne et « la troupe du roi au Marais », à laquelle Pierre Corneille donne toutes ses pièces depuis 1629.

Le jeune homme a renoncé à la charge de tapissier du roi. Il n'a pas encore vingt-cinq ans, âge de la majorité civile. Selon certains historiens, qui ne citent aucun document à l'appui de cette hypothèse, son père devait trouver l’aventure collective hasardeuse, et accepte néanmoins d’émanciper son fils aîné, lequel reçoit en outre un acompte de 630 livres sur l’héritage maternel.

La nouvelle troupe s’installe au jeu de paume des Métayers sur la rive gauche de la Seine, au faubourg Saint-Germain (actuellement 10-12 rue Mazarine). Pendant les travaux d'aménagement, qui durent d'octobre à décembre 1643, elle fait un séjour de plusieurs semaines à Rouen, où demeurent les frères Pierre et Thomas Corneille, et où l'existence de deux jeux de paume aménagés en théâtre permet d'accueillir régulièrement des troupes de comédiens.

À peine la salle ouverte, la troupe profite de la suspension d'activités des comédiens du Marais, dont le théâtre a été ravagé par un incendie. Son répertoire est constitué majoritairement, semble-t-il, de tragédies et de tragi-comédies. Certains des auteurs les plus en vue de l'époque (Tristan l'Hermite, Nicolas Mary, dit Desfontaines et André Mareschal) lui confient leurs nouvelles pièces. Madeleine Béjart est la vedette de la troupe. Tallemant des Réaux écrira vers 1658, avant le grand succès des Précieuses ridicules : « Je ne l'ai jamais vue jouer, mais on dit que c'est la meilleure actrice de toutes. Elle a joué à Paris, mais ç'a été dans une troisième troupe qui n'y fut que quelque temps. Son chef-d'œuvre, c'était le personnage d'Épicaris à qui Néron venait de faire donner la question », faisant ainsi allusion à La Mort de Sénèque de Tristan l'Hermite, créée par la troupe en 1644. Quand il écrit ces lignes, l'auteur des Historiettes ne sait encore pas grand' chose de Molière : « Un garçon nommé Molière quitta les bancs de la Sorbonne pour la suivre ; il en fut longtemps amoureux, donnait des avis à la troupe, et enfin s'en mit et l'épousa[n 8]. »

En octobre 1644, le théâtre du Marais, entièrement reconstruit et doté d'une magnifique salle équipée de « machines » nouvelles, attire de nouveau le public, et il semble que la salle des Métayers commence alors à se vider. C'est ce qui explique la décision, prise en décembre, de déménager sur la rive droite au jeu de paume de la Croix-Noire (actuel 32, quai des Célestins), plus près des autres théâtres. Molière est seul à signer le désistement du bail, preuve qu'il en est bien devenu le chef[8]. Malheureusement, ce déménagement vient accroître les dettes de la troupe — les investissements initiaux de location et aménagement du local, puis d'aménagement d'un nouveau local, ont été coûteux et les engagements financiers pèsent lourd par rapport aux recettes — et, à partir de 1645, les créanciers entament des poursuites. Au début du mois d'août, Molière est emprisonné pour dettes au Châtelet, mais peut se tirer d’affaire grâce à l'aide de son père. À l’automne, il quitte Paris en direction de Nantes avec les restes de la troupe, qui se fond bientôt dans la troupe du duc d'Épernon, dirigée par Charles Dufresne[n 9].

Nom de scène « Moliere »

C'est dans l'acte d'embauche du danseur Daniel Mallet, en juin 1644, que Jean-Baptiste Poquelin signe simplement « De Moliere » (sans accent)[n 10], prenant pour la première fois son nom de théâtre. « Jamais il n'en a voulu dire la raison, même à ses meilleurs amis », écrira Grimarest, son premier biographe[9].

Quelques biographes du XIXe siècle ont vu dans le choix de ce pseudonyme un hommage au musicien et danseur Louis de Mollier (1615?-1688), qui a publié en 1640 des Chansons pour danser[10].

Les animateurs du site Molière21 et auteurs de la dernière édition des Œuvres complètes de Molière dans la collection de la Pléiade observent, quant à eux, que de nombreux acteurs prenaient alors des noms de scène se référant à des fiefs imaginaires, tous champêtres : le sieur de Bellerose, le sieur de Montdory, le sieur de Floridor, le sieur de Montfleury, et font valoir qu'il existe en France des dizaines de lieux-dits ou villages, appelés tantôt Meulière, tantôt Molière, et désignant, dans le nord de la France des sites sur lesquels se trouvaient des carrières de pierres à meule, dans le sud des terres marécageuses et incultes. Il n'est donc pas impensable que Molière ait suivi l'exemple des Bellerose, Montdory, Floridor, et autres Montfleury, en choisissant à son tour un fief campagnard imaginaire, ce qui expliquerait qu'il ait commencé par signer « De Molière » et soit ensuite régulièrement désigné comme « le sieur de Molière »[n 11].

Mais une autre hypothèse a été avancée depuis le XIXe siècle. Ce toponyme très fréquent était également un patronyme assez courant, sinon répandu, et qui avait été illustré au début du siècle par le poète et romancier François-Hugues de Molière, sieur d'Essertines, mort assassiné en 1624. «Un vrai diable incarné», selon le père François Garasse, ce jeune Bourguignon, ami de Théophile de Viau, de Saint-Amant, de Michel de Marolles et d'Adrien de Monluc, comte de Cramail, avait publié un roman-fleur dans le goût de L'Astrée, dont la dernière réédition venait de paraître, en cette année 1644 où Jean-Baptiste Poquelin adoptait son nom de scène, sous le titre La Polyxène de Molière. «Son nom, souligne François Rey[11], est encore si familier aux lecteurs et spectateurs du début des années 1640, que deux auteurs qui ne l'ont pas connu personnellement, le jeune Saint-Évremond et son parent le comte d'Ételan, se réclament de lui dans leur Comédie des Académistes», où ils font faire son éloge par le poète Tristan L'Hermite. On a observé depuis longtemps que Magdelon, la jeune précieuse que Madeleine Béjart incarnera en 1659 dans Les Précieuses ridicules, a choisi le nom de Polixène pour se faire valoir dans le monde.

La carrière provinciale (1646-1658)

Portrait de Molière par Pierre Mignard
Molière par Pierre Mignard (1658). « Il avait la taille plus grande que petite, le port noble, la jambe belle. Il marchait gravement, avait l'air très sérieux, le nez gros, la bouche grande, les lèvres épaisses, le teint brun, les sourcils noirs et forts, et les divers mouvements qu'il leur donnait lui rendaient la physionomie extrêmement comique. À l'égard de son caractère, il était doux, complaisant, généreux; il aimait fort à haranguer (Marie Du Croisy, comédienne de la troupe)[12] »
Carte de France où sont identifiés les divers lieux où a séjourné la troupe de Molière
Les séjours en province de la troupe de Molière entre 1645 et 1658[13].

Les treize années d’activité de Molière et de ses camarades dans les provinces, entre 1645 et 1658, ont donné lieu à de nombreuses légendes. Une cinquantaine de documents administratifs ou notariés et quelques témoignages contemporains fournissent des informations rares, mais sûres. À la fin de 1645, la troupe quitte Paris. Elle s'unit en Guyenne à la troupe de duc d'Épernon ; puis elle est signalée en 1647 à Toulouse, Albi, Carcassonne ; en 1648, à Nantes ; en 1649, à Toulouse et à Narbonne : en 1650, à Narbonne et à Agen ; en 1651, sans doute à Vienne et à Carcassonne ; en 1652, à Grenoble et à Lyon. En 1653, elle quitte Lyon, pour aller jouer au château de La Grange des Prés, à Pézenas, résidence d'Armand de Bourbon, prince de Conti, l'un des chefs de la Fronde des princes, qui vient de se rallier au pouvoir royal ; puis à Montpellier, d'où en 1654 elle va à Lyon, et où elle revient à la fin de l'année pour les États. De Montpellier, en 1655, elle va à Lyon : c'est là que Molière fait jouer l'Étourdi. Il faisait aussi des farces, dont on a quelques titres : Le Docteur amoureux, les Trois Docteurs rivaux, le Maître d'école, Gros-René écolier, Gorgibus dans le sac, le Fagoteux, la Jalousie de Barbouillé, le Médecin volant. Des deux dernières on a des rédactions plus au moins authentiques. Molière revient de Lyon, par Avignon, à Pézenas pour les États de 1655-1656. En 1656, on le trouve à Narbonne, puis à Bordeaux, d'où il retourne à Béziers pour les États (1656-1657). En 1657, il quitte Béziers pour Lyon, d'où il va à Dijon et à Avignon. Nous le voyons en 1658 à Lyon, à Grenoble, puis pendant l'été à Rouen, d'où, à l'automne, il arrive enfin à Paris[14].

Dans la troupe du duc d'Épernon (1646-1653)

Molière réapparaît le 23 avril 1648 dans un document administratif comme « sieur Morlierre (sic), l’un des comédiens de la troupe du sieur Dufresne », alors qu'il se présente aux autorités de la ville de Nantes pour demander l’autorisation de représenter des comédies[15] : ce document montre bien qu'il n'a pas encore pris la tête de la troupe à laquelle les Béjart et lui se sont agrégés deux ans et demi plus tôt. Au temps où Molière parcourt les provinces, la plupart des comédiens itinérants, qu'on évalue à environ un millier à l'époque, mènent une vie précaire. Dans bien des villes, l’Église pèse en faveur de l’interdiction des représentations théâtrales, malgré la politique de réhabilitation menée à Paris par Richelieu, puis Mazarin. Quelques troupes cependant jouissent d’un statut privilégié, lorsqu’un grand seigneur amateur de fêtes et de spectacles les prend sous sa protection.

C’est le cas de la « troupe du seigneur duc d’Épernon », dirigée par Charles Dufresne, que Molière et les Béjart rejoignent après leur échec parisien. Bénéficiant de protecteurs puissants — le duc d'Épernon, gouverneur de Guyenne, le comte d’Aubijoux, lieutenant général du roi en Languedoc, qui introduit la troupe aux États du Languedoc.

À la tête de la troupe du prince de Conti (1654-1656)

[…] Puis le prince de Conti, frère cadet du grand Condé et marié à une nièce de Mazarin —, les comédiens peuvent donner des représentations en privé chez ces grands seigneurs et en public pendant les fêtes des États du Languedoc (trois fois à Pézenas, quatre à Montpellier, deux à Carcassonne, une à Béziers), avec de substantielles gratifications, ce qui leur permet de vivre confortablement. C’est une troupe polyvalente, capable de monter des spectacles avec des parties parlées, de la musique et de la danse, et aussi (grâce à Molière ?) d’improviser pour se plier aux caprices des grands, d’écrire des textes conformes à leur attente en même temps que des pièces simples pour le public.

Le musicien et poète d’Assoucy, qui passe plusieurs mois avec les comédiens en 1655, décrit une troupe accueillante où l’on fait bonne chère et qui jouit d’une large prospérité[n 12]. Molière a probablement mené joyeuse vie, sans grand souci de conformisme : comédien et trousseur de farces, en 1655 il écrit sa première « grande » comédie en cinq actes et en vers, L’Étourdi ou les contretemps. « Il a déjà dû prendre, écrit Roger Duchêne[16], sinon la direction, du moins une place privilégiée dans la troupe dont il est désormais un des acteurs vedettes, et l’écrivain. » Nouvelle pièce à Béziers à la fin de 1656, Le Dépit amoureux.

Horizon Paris (1657-1658)

En 1656, le climat change. Aubijoux meurt. Le prince de Conti, malade du même mal qui a emporté Aubijoux, se convertit à une vie de chrétien authentique et devient très hostile au théâtre, accusé par les rigoristes « d'empoisonner les âmes » : à la fin de l'année 1656, il fait refuser par les députés des États du Languedoc de prolonger les subventions accordées aux comédiens durant la tenue des États, et il fait savoir à la troupe — qui se faisait appeler depuis deux ans « Troupe de son Altesse le Prince de Conti » — qu'elle doit cesser de « porter son nom ». À la fin de l'année 1657 ou au début de 1658, les comédiens, qui sont considérés désormais comme constituant la meilleure « troupe de campagne » de France[n 13], décident de tenter une nouvelle fois de s'implanter à Paris. Cette décision est explicitée au début de la notice biographique placée en tête de l'édition posthume des Œuvres de Molière de 1682 :

« En 1658, ses amis lui conseillèrent de s’approcher de Paris, en faisant venir sa troupe dans une ville voisine : c’était le moyen de profiter du crédit que son mérite lui avait acquis auprès de plusieurs personnes de considération, qui s’intéressant à sa gloire, lui avaient promis de l’introduire à la cour. Il avait passé le carnaval à Grenoble, d’où il partit après Pâques, et vint s’établir à Rouen. Il y séjourna pendant l’été, et après quelques voyages qu’il fit à Paris secrètement, il eut l’avantage de faire agréer ses services et ceux de ses camarades à Monsieur, frère unique de Sa Majesté, qui lui ayant accordé sa protection, et le titre de sa troupe, le présenta en cette qualité au Roi et à la Reine mère[17]. »

Autrement dit, pour pouvoir prendre pied à Paris, il fallait à Molière et à sa troupe un protecteur très haut placé, ainsi qu'un théâtre. S'installer dans une ville assez proche de Paris afin de pouvoir y faire de nombreux allers et retours pour avancer dans les négociations et rencontrer « les personnes de considération » qui appuyaient ces démarches était donc un choix stratégique. Ce séjour prolongé de six mois au jeu de paume des Bracques, rue du Vieux-Palais, à Rouen, a été l'occasion, sans doute, pour Molière de rencontrer Pierre et Thomas Corneille.

Le choix de se rapprocher de Paris en séjournant à Rouen était d'autant plus logique que Rouen était alors constamment visitée par des troupes de comédiens qui y faisaient des séjours de plusieurs semaines. C'est ainsi que le 19 mai 1658, Thomas Corneille écrit à l'abbé Michel de Pure, auteur d'un célèbre roman intitulé La Précieuse :

« Nous attendons ici les deux beautés que vous croyez pouvoir disputer cet hiver d’éclat avec la sienne [la beauté de Mlle Baron, actrice parisienne]. Au moins ai-je remarqué en Mlle Béjart grande envie de jouer à Paris, et je ne doute point qu’au sortir d’ici, cette troupe n’y aille passer le reste de l’année. Je voudrais qu’elle voulût faire alliance avec le Marais, cela en pourrait changer la destinée. Je ne sais si le temps pourra faire ce miracle[18]. »

Ainsi l'abbé de Pure, et avec lui les gens bien informés qui l'entourent à Paris, sait déjà que Molière et sa troupe ont annoncé leur intention de tenter de prendre pied à Paris durant l'hiver 1658-1659, et il en a informé Thomas Corneille, lequel lui confirme cette information après en avoir parlé avec Madeleine Béjart, arrivée avant le reste de la troupe — « les deux beautés », Catherine de Brie et Marquise Du Parc, étant restées en arrière parce que Marquise venait d'accoucher à Lyon. Madeleine Béjart commence par louer la salle du théâtre du Marais[19], alors fermée, sans doute pour négocier en force avec la troupe du Marais alors en difficulté — ce qui explique pourquoi Thomas Corneille rêvait d'une fusion entre les deux troupes pour assurer la pérennité de celle du Marais. Ce dernier projet, toutefois, échoue, tandis que les négociations entreprises par Molière pour trouver à la troupe une salle et un nouveau protecteur prestigieux réussissent.

Le début de la gloire

Le théâtre du Petit-Bourbon

Estampe représentant le théâtre du Petit-Bourbon en 1614
De 1658 à 1660, la troupe de Molière joue au théâtre du Petit-Bourbon, représenté ici lors des États généraux de 1614. Beaucoup plus vaste (80 mètres sur 8,5) que les jeux de paume, il est situé dans l’Hôtel de Bourbon qui longe le quai de la Seine entre le Louvre et l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, au niveau de l’actuelle Colonnade.

En 1658, Philippe d'Orléans, dit Monsieur, frère unique du roi, a 18 ans. Il faut lui donner un train de vie à la hauteur de son rôle politique (il est le deuxième personnage de l'État)[20]. On lui achète le château de Saint-Cloud. Il doit avoir une troupe de théâtre. Ce sera celle de Molière[n 14]. On offre à la troupe la gratuité du théâtre du Petit-Bourbon, une salle vaste et bien équipée, en alternance avec la troupe italienne de Scaramouche. Les Italiens jouent les « jours ordinaires de comédie », la troupe de Molière les « jours extraordinaires », soit les lundis, mercredis, jeudis et samedis. Durant l'été, les Italiens retournent dans leur pays, d'où ils ne reviendront que près de deux mois plus tard : désormais, Molière et ses compagnons peuvent jouer les jours ordinaires, comme toutes les autres troupes.

Molière va y jouer deux ans. La troupe est composée de Molière, des sœurs Madeleine et Geneviève Béjart, de leurs frères Joseph et Louis, du couple de Brie, du couple Du Parc et de Charles Dufresne, soit dix acteurs. En 1659, Dufresne prend sa retraite, faisant de Molière le véritable directeur de la troupe. Entrent deux acteurs comiques, le célèbre "enfariné" Jodelet et son frère L’Espy, ainsi que Philibert Gassot, dit Du Croisy, et Charles Varlet, dit La Grange, qui en 1664 deviendra l'"orateur" de la troupe. Celui-ci a laissé un registre personnel, conservé à la Comédie-Française, dans lequel il note les pièces jouées, la recette et ce qu’il juge important de la vie de la troupe. Ce document permet de suivre dans le détail le répertoire joué par Molière à partir de 1659[21].

Pendant dix mois, la troupe fait alterner des pièces anciennes — tragédies de Corneille surtout ainsi que de Rotrou et de Tristan l'Hermite, comédies de Scarron — avec les deux premières comédies de Molière, L'Étourdi et Le Dépit amoureux, qui sont des nouveautés pour le public parisien. Selon La Grange, les recettes rapportées par ces deux pièces auraient été excellentes entre novembre et le relâche de Pâques. Mais à la reprise, et malgré l'arrivée de Jodelet, les recettes ne sont plus si brillantes. Le 18 novembre 1659, Molière crée sa première pièce parisienne, Les Précieuses ridicules, dans laquelle il joue Mascarille. Cette petite comédie en un acte et en prose, destinée au départ à être jouée après une tragédie et qui fait la satire du snobisme et des jargons de l’époque, remporte un vif succès et crée un effet de mode : le sujet est copié et repris. Molière fait imprimer sa pièce à la hâte, parce qu’on tente de la lui voler. Il y ajoute une préface plutôt provocante. C’est la première fois qu’il publie, il a désormais le statut d’auteur.

Plusieurs personnages de marque, tels des ministres et même Monsieur le Prince, invitent Molière à venir jouer sa pièce chez eux. De retour de la frontière espagnole, où il est allé épouser l'Infante Marie-Thérèse d'Espagne, Louis XIV voit Les Précieuses le 29 juillet 1660, et deux jours plus tard, la nouvelle pièce de Molière, Sganarelle ou le Cocu imaginaire, petite comédie en vingt-trois scènes et en vers reposant sur une suite de quiproquos. Les recettes de celle-ci n’atteignent pas les sommets de la précédente, toute la Cour étant à Saint-Jean-de-Luz pour le mariage du roi, au moment de la création de la pièce, mais il la jouera 123 fois dans son théâtre, plus souvent qu’aucune de ses autres pièces, tandis que les Précieuses, jouées 55 fois, ne le seront plus représentées par sa troupe après 1661.

Molière a le vent en poupe, grâce à ses propres pièces, car les tragédies qu'il donne, y compris celles de Corneille, n'ont pas grand succès. Thomas Corneille reprochera dès lors, à la troupe de Molière, de mal jouer la tragédie, et ce sera l'attitude constante des ennemis de Molière : il est incapable de jouer correctement la tragédie, il ne réussit que dans des genres inférieurs, auprès de la partie des spectateurs la moins valable. En 1660, ses comédies constituent pour la première fois plus de la moitié des pièces jouées (110 sur 183)[22]. La troupe reçoit maintenant souvent des gratifications de la part du roi[n 15], ce qui compense le fait que la pension de 300 livres promise par Monsieur n'a jamais été versée, ainsi que le La Grange l'écrit au début de son Registre.

Le 6 avril 1660, le frère cadet de Molière, Jean III Poquelin, meurt. La charge de tapissier et valet de chambre du roi revient de nouveau à l'aîné. Il la gardera jusqu'à sa mort. Elle impliquait qu'il se trouve chaque matin au lever du roi, un trimestre par an. Dans son acte d'inhumation, il sera dit « Jean-Baptiste Poquelin de Molière, tapissier, valet de chambre du roi », sans autre qualification : à cette époque, la charge était prestigieuse, alors que le métier de comédien ne l'était pas.

Le 11 octobre 1660, Antoine de Ratabon, surintendant général des bâtiments du roi donne l'ordre d'entamer les travaux de démolition du Petit-Bourbon, pour faire place à la future colonnade du Louvre. La troupe se trouve soudain privée de théâtre, mais Molière n’est pas en disgrâce. Le 21, le roi l’invite pour jouer l’Etourdi et les Précieuses. Le 26, il rejoue les mêmes pièces chez le cardinal Mazarin, malade, en présence du roi, qui lui attribue une nouvelle salle appartenant à la couronne, et donc gratuite elle aussi, celle du Palais-Royal.

Le théâtre du Palais-Royal

Le Palais-Royal vers 1679.
Le théâtre est à droite de l’entrée du palais. Molière s’installe en face dans un appartement au second étage de la troisième maison de la rue Saint-Thomas-du-Louvre. On aperçoit les deux premières maisons de la rue à gauche de la gravure.

Le théâtre, construit par le cardinal Richelieu vingt ans plus tôt, est délabré ; la salle doit être refaite. Philippe d'Orléans convainc son frère de la restaurer et de l'attribuer à la troupe de Molière. Elle rouvre le 20 janvier 1661. Le 4 février, la troupe crée une nouvelle pièce de Molière, la tragi-comédie de Dom Garcie de Navarre, dans laquelle il joue le rôle principal et qui n'aura que sept représentations. Cet échec ramène définitivement l'auteur Molière sur le terrain de la comédie. Dans sa Vie de M. de Molière, Grimarest, qui enseignait lui-même la déclamation, s'étend sur une particularité du jeu de Molière qui pour expliquer son échec dans les genres sérieux : « Dans les commencements qu'il monta sur le théâtre, il reconnut qu'il avait une volubilité de langue dont il n'était pas le maître et qui rendait son jeu désagréable. Et des efforts qu'il se faisait pour se retenir dans la prononciation, il s'en forma un hoquet qui lui demeura jusques à la fin. ». Son débit parlé n'était donc pas fluide[n 16]. Ses expériences dans le genre sérieux lui ont été le plus souvent néfastes.

Fin avril 1661, après le relâche de Pâques, on entame la nouvelle saison avec des reprises. Molière continue de mêler comédies et tragédies. La troupe compte maintenant sept acteurs et cinq actrices : Molière, les trois Béjart, les couples De Brie, Du Parc et Du Croisy, plus L'Espy et La Grange. Molière demande deux parts au lieu d’une dans le partage, jusque-là égalitaire, de la recette. La troupe accepte, mais précise que s’il se marie avec une actrice, le ménage n’aura que deux parts[23].

À gauche, une vue des bâtiments actuels (aile orientale du Palais-Royal) avec, à droite, une plaque commémorative retraçant les événements survenus en ce lieu.

Le 24 juin 1661, une nouvelle comédie en trois actes, L'École des maris (6e pièce de Molière, qui joue Sganarelle) est un succès. Succès qui amène le surintendant Fouquet à commander une pièce pour une fête qu’il organise pour le roi dans son château de Vaux-le-Vicomte. C’est la première fois que Molière crée une pièce pour la cour. Connaissant le goût de Louis XIV pour les ballets, il crée un nouveau genre, la comédie-ballet, intégrant comédie, musique et danse : les entrées de ballet sont placées au début et dans les entractes de la comédie et ont le même sujet. Le 17 août 1661, Les Fâcheux sont un succès. Le roi ayant observé qu’un fâcheux auquel Molière n’avait pas pensé méritait sa place dans la galerie, Molière modifie rapidement le contenu de sa pièce. C’est un tournant décisif pour lui : il a attiré l’attention de Louis XIV.

Le 4 septembre, Les Fâcheux sont donnés au théâtre du Palais-Royal avec « ballets, violons, musique » et en faisant « jouer des machines ». Les recettes montent en flèche. Fin décembre, le roi vient voir la pièce dans son adaptation parisienne. La saison est une des meilleures de la troupe. Les recettes viennent essentiellement des représentations publiques (90 % des bénéfices). Le roi n’a rien donné cette année-là. La troupe peut vivre de son seul public parisien : « Son succès, Molière le doit beaucoup à ceux qui viennent le voir jouer au Palais-Royal, un peu aux personnalités qui l’ont invité, nullement à Louis XIV. C’est sur sa réussite à Paris que s’est greffée l’invitation de Fouquet à Vaux-le-Vicomte et, par contrecoup, un début d’intérêt du roi »[24].

Mariage et paternité

Le , Molière signe son contrat de mariage avec Armande Béjart[n 17]. Il a quarante ans, elle en a une vingtaine. Le contrat est signé par quelques témoins seulement[n 18]. La cérémonie religieuse a lieu un mois plus tard, le 20 février, en l'église Saint-Germain-l’Auxerrois à Paris[n 19], en présence, selon Jal, des camarades de scène de Molière.

Sur le contrat de mariage, Armande est dite fille de Marie Hervé, donc sœur de Madeleine Béjart, mais pour tous les contemporains extérieurs à la famille, elle sera sa fille. Pendant la querelle de L’École des femmes, Montfleury, comédien de la troupe de l'Hôtel de Bourgogne, accuse Molière dans une requête au roi « d’avoir épousé la fille et d’avoir couché avec la mère » raconte Jean Racine[25] qui ajoute : « Mais Montfleury n’est pas écouté à la cour ». Grimarest écrit qu’Armande est une fille que Madeleine avait eue avant de connaître Molière. Mais il vise essentiellement à laver son héros de l’accusation d’inceste lancée par Le Boulanger de Chalussay dans sa comédie satirique. L’acte de baptême d’Armande, qui aurait pu mettre fin aux rumeurs, n’a jamais été retrouvé.

Pourquoi Molière et Madeleine ont-ils choisi une union qui risquait fort de faire scandale, s'interroge Roger Duchêne[26] :

«  Il y fallait une raison très forte, certainement pas l’amour. Sauf dans les comédies et les romans, il ne suffisait jamais, au XVIIe siècle, pour justifier un mariage. Molière n’avait pas besoin du notaire ni de l’Église pour coucher avec Madeleine et sans doute avec d’autres femmes. Il n’en avait pas davantage besoin pour coucher avec Armande (…) Le mariage de Molière est un mariage bourgeois. Un mariage dans lequel ont primé envers et contre tout, fût-ce le scandale, des considérations de famille et d’argent. »

Madeleine aurait fait pression pour qu’il épouse Armande, afin que les biens des Béjart, comme ceux du grand-père Poquelin passent à leurs héritiers. Ce serait un mariage de raison.

Sur les rapports sentimentaux de Molière et d’Armande, on a raconté beaucoup de choses, mais on en ignore tout. Ils auront un fils, Louis, dont le roi acceptera d’être le parrain, apportant ainsi sa caution à Molière, baptisé le 24 février 1664 et mort à huit mois et demi, une fille Esprit-Madeleine, baptisée le 4 août 1665, morte en 1723 sans descendance, et un autre fils, Pierre, baptisé le 1er octobre 1672 et mort le mois suivant.

Le temps des polémiques

En mai 1662, la troupe est invitée à Saint-Germain, où la cour séjourne, et y interprète huit comédies en moins d’une semaine. Au cours de l'été, elle y fait un séjour de sept semaines et joue treize fois devant le roi. C’est la consécration. De mai à septembre, Louis XIV aura assisté à vingt-quatre représentations de Molière, record qui ne sera jamais battu. Les gratifications royales représentent le tiers du bénéfice de la troupe pour la saison 1663-1664.

La querelle de L'École des femmes

Le 26 décembre 1662, la troupe de Monsieur crée une grande comédie en cinq actes et en vers, L'École des femmes (8e pièce de Molière, qui joue Arnolphe), mettant en cause les idées reçues sur la condition de la femme et le statut du mariage chrétien. C'est un succès éclatant, comme Molière n'en a encore jamais connu et qui le consacre grand auteur. Quelques littérateurs en quête de notoriété (Jean Donneau de Visé et son ami Charles Robinet) pointent dans la pièce ce qu'ils feignent de considérer comme des indices d’immoralité (la fameuse scène du "le…" (acte II, scène 5) et d’impiété (la prétendue parodie de sermon dans les recommandations d’Arnolphe à Agnès, et des commandements divins dans les « Maximes du mariage ou les devoirs de la femme mariée, avec son exercice journalier » (acte III, scène 3), accusations qui seront reprises par le prince de Conti dans son Traité de la comédie et des spectacles selon la tradition de l'Église (1666) et par Bossuet dans ses Maximes et réflexions sur la comédie (1694). Des comédies mettant en cause la moralité de Molière et l’attaquant sur sa vie privée sont jouées par la troupe concurrente de l’Hôtel de Bourgogne. La querelle de L’École des femmes va durer plus d’un an et faire quelque bruit dans les salons parisiens.

Molière réplique en juin 1663 au Palais-Royal par La Critique de l'École des femmes et en octobre en créant à Versailles L'Impromptu de Versailles, qui se présente comme « une comédie des comédiens », où se mêlent théâtre et réalité, dans l’improvisation et la parodie. La scène se passe à Versailles. C’est une répétition. Les acteurs de la troupe sont là avec leur propre nom et Molière leur donne ses instructions pour la pièce nouvelle qu’ils doivent jouer devant le roi et précise à l'adresse de ses ennemis les bornes à ne pas dépasser :

« Qu’ils disent tous les maux du monde de mes pièces, j’en suis d’accord. Je leur abandonne de bon cœur mes ouvrages, ma figure, mes gestes, mes paroles, mon ton de voix et ma façon de réciter […] Mais ils doivent me faire la grâce de me laisser le reste [...] Voilà toute la réponse qu’ils auront de moi[27]. »

Bref, qu’on ne l’attaque pas sur sa vie privée.

En juin, le roi accorde des gratifications aux gens de lettres ; Molière fait partie des bénéficiaires. Il écrit et publie son Remerciement au Roi. Sa gratification sera renouvelée tous les ans jusqu’à sa mort.

L’interdiction du Tartuffe

Tartuffe, frontispice de l’édition de 1682 par Pierre Brissart.

Le 29 janvier 1664, dans le salon de la reine-mère Anne d'Autriche au Louvre, Molière présente devant la famille royale une comédie-ballet, Le Mariage forcé, dans laquelle il reprend son personnage de Sganarelle et où Louis XIV danse, costumé en Égyptien.

Du 30 avril au 14 mai, la troupe est à Versailles pour les fêtes des Plaisirs de l'Île enchantée, qui sont en quelque sorte l’inauguration des jardins de Versailles. C’est un véritable « festival Molière ». La troupe (qui n'est encore que la Troupe de Monsieur, frère du Roi) contribue beaucoup aux réjouissances des trois premières journées de fête, qui portent le nom de Plaisirs de l'Île enchantée, et le clou de la deuxième journée (le 8 mai) consiste en « une comédie galante, mêlée de musique et d’entrées de ballet » de Molière avec la collaboration de Lully pour la musique et de Beauchamp pour les ballets, La Princesse d'Élide.

Après le retour à Paris d'une partie de la cour, dans la nuit du 9 mai, Louis XIV décide de poursuivre les réjouissances durant quatre jours supplémentaires jusqu'à son départ pour Fontainebleau, prévu le 14, et demande notamment à Molière d'assurer les divertissements des soirées des 11, 12 et 13 mai. Le premier soir, la troupe donne Les Fâcheux le 11 mai, le lendemain, une pièce nouvelle de Molière (la 13e) intitulée, semble-t-il, Le Tartuffe ou l'Hypocrite, et le 13, Le Mariage forcé le 13[n 20]. C'était la première représentation du Tartuffe (13e pièce de Molière) ; le spectacle.

Cette première version en trois actes du Tartuffe est chaudement applaudie par le roi et ses invités. Le lendemain pourtant, ou le surlendemain, Louis XIV se laisse convaincre par Hardouin de Péréfixe, son ancien précepteur, nommé depuis peu archevêque de Paris, de défendre à Molière de représenter sa pièce en public — ce qui ne l'empêchera pas de la revoir quatre mois plus tard, en privé, avec une partie de la cour, au château de Villers-Cotterêts, résidence de son frère, Philippe d'Orléans.

On comprend donc que cette satire de la dévotion ait scandalisé les milieux dévots, et que Louis XIV, qui venait de confier à son ancien précepteur le soin de mener une guerre totale contre « la secte janséniste », se soit laissé convaincre qu’il devait apparaître comme le défenseur de la religion et de l’Église et donc interdire ce Tartuffe qui les mettait sous un jour comique sinon ridicule. Molière ne se laissa pas démonter : quelques semaines plus tard, il sut retourner à son avantage la violente attaque du curé Pierre Roullé, directeur de conscience et farouche adversaire du jansénisme, qui, dans un opuscule intitulé Le Roy glorieux au monde, ou Louis XIV, le plus glorieux de tous les Roys du monde, l’avait traité « démon vêtu de chair » et menacé du feu : il en appela au roi dans un premier « Placet » (été 1664), où il adoptait une posture de victime face aux hypocrites et aux «faux dévots», et où il prétendait que, loin d’avoir fait la satire de la dévotion, il n’avait fait que remplir sa fonction d’auteur de comédie, invoquant — pour la première fois de sa carrière — le traditionnel but moral de la comédie[n 21]

Louis XIV et Molière, par Jean-Léon Gérôme (1863). Cette "fiction picturale" sans aucun fondement historique veut illustrer la faveur réelle dont le comédien jouissait auprès du roi.

Louis XIV ayant confirmé l'interdiction de représenter la pièce en public, Molière entreprent de la remanier pour la mettre en conformité avec son argumentation défensive. On sait, par une lettre du duc d’Enghien, qu'au début de l'automne 1665 il est en train d’ajouter un quatrième acte aux trois actes joués à Versailles l'année précédente.

À la fin de juillet 1667, il profite d’un passage du roi chez son frère et sa belle-sœur (Henriette d'Angleterre) à Saint-Cloud pour obtenir de lui l’autorisation de représenter une nouvelle version en cinq actes[28]. La pièce s’appelle désormais L’Imposteur et Tartuffe a été renommé Panulphe. Le spectacle est créé le 5 août au Palais-Royal devant une salle comble, mais il est immédiatement interdit sur ordre du président Lamoignon (chargé de la police en l’absence du roi, qui mène campagne en Flandres et fait le siège de Lille), interdiction redoublée par l’archevêque de Paris, qui fait défense, sous peine d’excommunication, de représenter, lire ou entendre la pièce incriminée. Molière tente en vain d'obtenir l'appui du roi (deux comédiens font le voyage jusqu’à Lille pour lui présenter un second Placet).

Il faudra attendre encore un an et demi et la fin de la guerre contre les jansénistes, qui permit à Louis XIV de retrouver les coudées franches en matière de politique religieuse. L’autorisation définitive du Tartuffe — désormais intitulé Le Tartuffe ou l’Imposteur — intervient au moment exact de la conclusion définitive de la Paix de l’Église, aboutissement de longues négociations entre d’un côté les représentants du roi et le nonce du pape et de l’autre les représentants des Messieurs de Port-Royal et des évêques jansénistes. La coïncidence est frappante : l’accord étant conclu en septembre 1668, c’est le 1er janvier 1669 qu’une médaille commémorant la Paix de l’Église fut frappée. Et c’est le 3 février, deux jours avant la première du Tartuffe, que le nonce du pape remit à Louis XIV deux « brefs » dans lesquels Clément IX se déclarait entièrement satisfait de la « soumission » et de « l’obéissance » des quatre évêques jansénistes[29].

Le Tartuffe définitif fut ainsi créé le 5 février 1669. C’est le triomphe de Molière, sa pièce le plus longtemps jouée (72 représentations jusqu’à la fin de l’année), son record de recettes (2 860 livres le premier jour, six recettes de plus de 2 000 livres, 16 de plus de 1 000, une moyenne de 1 337 livres contre 940 pour L’École des femmes). L’affaire du Tartuffe est aussi une affaire d’argent.

Triomphe et mise en cause du Festin de pierre (Dom Juan)

Voir l'article détaillé: Le Festin de Pierre (Dom Juan)

Buste de Molière par Jean-Jacques Caffieri (1785)

Le dimanche gras 15 février 1665, la Troupe de Monsieur crée Le Festin de pierre ou l'Athée foudroyé (14e pièce de Molière), qui constitue la troisième adaptation française de la légende de Don Juan. C'est un véritable triomphe : la recette dépasse même celles de L'École des femmes et les suivantes s'accroisseront encore durant les deux premières semaines du Carême.

Donné quinze fois jusqu'au 20 mars, le spectacle n'est pas repris après le relâche de Pâques. Le texte de Molière, pour lequel le libraire Louis Billaine a obtenu dès le 11 mars un privilège d'impression dont il ne fera pas usage, ne sera rejoué pour la première fois qu'un siècle et demi plus tard, le 17 novembre 1841, et ne sera édité qu'en 1682, neuf ans après la mort de son auteur.

Tandis que la troupe reprend ses représentations et crée sans grand succès La Coquette ou le Favori, une tragi-comédie de Marie-Catherine Desjardins, dans laquelle Molière ne joue pas[30], le libraire Nicolas Pépingué, qui publie presque exclusivement des pièces de théâtre et en particulier celles qui ont été créées à l'Hôtel de Bourgogne, met en vente des Observations sur une comédie de Molière intitulée Le Festin de pierre, un libelle de quarante-neuf pages, dans lequel un mystérieux «sieur de Rochemont», dont on ignore aujourd'hui encore qui il est, s'en prend nommément, avec une extrême violence et une pitié outrancière, à Molière et à ses deux dernières pièces : Le Tartuffe et Le Festin de pierre. Le succès est immédiat et presque aussi important que celui de la comédie qu'il entreprend de dénoncer. Les contrefaçons se multiplient et entraînent même un procès entre libraires.

Deux partisans de Molière prennent sa défense et celle de ses comédies dans deux opuscules publiés de manière anonyme par Gabriel Quinet, l'un des libraires accusés de contrefaçon. Le premier de ces auteurs n'a jamais été identifié, mais le second est assurément Jean Donneau de Visé, principal détracteur de Molière depuis plus de cinq ans[31]. Ils reçoivent le soutien de Charles Robinet, autre détracteur Molière, principal rédacteur de la Gazette dite de Renaudot, et qui depuis le décès de Jean Loret, publie chaque semaine une Lettre en vers à Madame.

Ce qu'on pourrait appeler la "querelle du Festin de pierre" prend fin le 14 juin 1665 dans le cadre d'une grande fête donnée par Louis XIV à Versailles et où la Troupe de Monsieur a été appelée à jouer Le Favori de Mlle Desjardins. Ce jour-là, écrira plus tard La Grange dans son Registre (en se trompant de date et de lieu[32]),

« le Roi dit au sieur de Molière qu’il voulait que la troupe dorénavant lui appartînt, et la demanda à Monsieur. Sa Majesté donna en même temps six mille livres de pension à la troupe, qui prit congé de Monsieur, lui demanda la continuation de sa protection et prit ce titre : La Troupe du Roi au Palais-Royal. »

Désormais les trois troupes françaises de Paris sont directement sous l'autorité royale.

L'apogée de sa carrière

Contrairement à une idée reçue depuis le XXe siècle, on ne voit pas que Molière ait eu à souffrir des polémiques occasionnées par ses trois pièces les plus audacieuses. Comédies-ballets créées à la Cour et comédies unies créées à la Ville alternèrent avec un succès qui ne se démentit pas jusqu'à la mort brutale de Molière en février 1673. Et tous les critiques qui ont cru que Le Misanthrope (créé en juin 1666) manifestait le désarroi de Molière face aux difficultés rencontrées par Le Tartuffe et aux attaques des dévots n'ont pas pris garde au fait que, selon des témoignages convergents, Le Misanthrope a été entrepris dès la fin de 1663 ou au commencement de 1664, c'est-à-dire parallèlement au Tartuffe[33] ; de la même manière Le Misanthrope ne témoigne pas de l'amertume causée par de prétendues infidélités d'Armande, ignorées des contemporains immédiats et dont il ne fut pour la première fois question que dans un violent pamphlet largement postérieur à la mort de Molière[n 22].

Certes, Molière dut patienter cinq ans avant que son Tartuffe reçoive enfin l'autorisation d'être représenté en public et il lui fallut transformer sa pièce pour en gommer le côté trop manifeste de satire de la dévotion et la faire passer comme une dénonciation de l'hypocrisie ; mais le remaniement n'était que superficiel et il ne s'agissait nullement d'une forme d'autocensure. L'Église et les dévots ne furent d'ailleurs pas dupes et continuèrent de juger la pièce dangereuse. Si Molière n'a jamais voulu renoncer à cette pièce, quoique interdite, c'est qu'il se savait soutenu par les personnages les plus puissants de la Cour, à commencer par le Roi lui-même, et qu'il était certain qu'une comédie qui ridiculisait les dévots attirerait la foule dans son théâtre[n 23].

Parallèlement, Molière put donner l'impression de s'orienter vers des sujets en apparence inoffensifs : c'est du moins ainsi que l'interprétèrent les critiques du XXe siècle qui prêtèrent à Molière une conception de « l'engagement » propre à leur siècle[n 24]. En fait, il passa d'une satire à une autre, en apparence plus inoffensive et moins dangereuse : celle de la médecine et des médecins — dont plusieurs chercheurs ont montré les liens avec la satire anti-religieuse[34].

La maladie ou les maladies de Molière ?

Portrait de Molière peint par Charles Antoine Coypel vers 1730.

Du 29 décembre 1665 au 21 janvier 1666, le théâtre ferme. Le gazetier Robinet écrit dans une lettre du 28 février : « Molière qu’on a cru mort se porte bien[35]. » Le 16 avril 1667, le même Robinet écrit : « Le bruit a couru que Molière / Se trouvait à l’extrémité / Et proche d’entrer dans la bière[36]. » Le théâtre reste fermé sept semaines au lieu de trois pour le relâche de Pâques. Ensuite, jusqu'à la mort de Molière, il ne sera plus jamais question de maladie, au point que les contemporains seront frappés par la brutalité de ce décès, à l'instar du correspondant parisien de la Gazette d'Amsterdam, qui s'écriera en février 1673 : « Il est mort, mais si subitement qu’il n’a presque pas eu le loisir d’être malade[37]. »

C'est en fait depuis le XIXe siècle que médecins et biographes ont cherché à interpréter la mort de Molière et ont estimé que, depuis la fin de 1665 ou le début de 1666, il devait être malade des poumons. En l'absence de tout témoignage sur ses maladies — à une époque où la moindre fièvre coûtait des semaines de lit —, on doit s'en tenir à ce qui est dit dans le registre de La Grange et dans la notice biographique de 1682, où il n’apparaît pas comme un malade chronique de la poitrine ou affecté de ce que nous appellerions une tuberculose. C’est un homme solide, sujet à des « fluxions sur la poitrine », que l'on désignerait aujourd’hui comme un gros rhume suivi d'une bronchite ; en ce mois de février 1673, la bronchite dut dégénérer en pneumonie ou en pleurésie[38]. Enfin, on observe que seules les interruptions du début de 1666 et de la fin de l'hiver 1667 sont directement imputables aux maladies de Molière. Pour le reste, toutes les interruptions interprétées depuis le XIXe siècle comme dues à la santé de Molière peuvent avoir toutes sortes de causes : indisposition passagère d’un acteur important (ainsi Armande Béjart qui jouait Psyché et qu'on crut mourante en septembre 1671), graves obligations familiales inopinées (ainsi la mort du second fils de Molière et d'Armande le 11 octobre 1672, qualifiée dans le registre de compte de la troupe par les termes « quelques indispositions »), fêtes religieuses, séjour à la Cour, décision collective de la troupe… Sans oublier les périodes troublées, comme cette fermeture de six semaines qui intervint au lendemain de l'interdiction du second Tartuffe (L'Imposteur), le 5 août 1667. Le théâtre ne rouvrit que le 25 septembre et le gazetier Robinet célébra la reprise quelques jours plus tard en soulignant les raisons du long relâche du Palais-Royal : « J'oubliais une nouveauté / Qui doit charmer notre cité. / Molière, reprenant courage, / Malgré la bourrasque et l’orage, / Sur la scène se fait revoir: / Au nom des Dieux, qu'on l'aille voir. »[39]

La troupe

Le 14 juin 1665[40], le roi veut que la troupe prenne le titre de «Troupe du roi au Palais-Royal» et reçoive une pension de 6 000 livres par an. Pour Molière, c’est une extraordinaire promotion.

La troupe est d’une stabilité exemplaire. À Pâques 1670, elle compte encore trois acteurs du temps de l’Illustre Théâtre : Molière, Madeleine Béjart et sa sœur Geneviève. Sept en faisaient partie lors des débuts à Paris (les mêmes plus Louis Béjart et le couple De Brie). Neuf y jouent depuis le remaniement de 1659 (les mêmes plus La Grange et Du Croisy).

Les nouveaux sont La Thorillière (1662), Armande Béjart (1663) et André Hubert (1664). Un seul départ volontaire dans la concurrente de l’Hôtel de Bourgogne : celui de la Du Parc, maîtresse de Jean Racine, qui va faire d’elle la vedette d’Andromaque. Un seul départ à la retraite : celui de l’Espy, frère de Jodelet. En 1670, Louis Béjart demande à son tour à quitter le métier. Il a 40 ans. Les comédiens s’engagent à lui verser une pension de 1 000 livres aussi longtemps que la troupe subsiste. Le 28 avril, ils recrutent le jeune Baron alors âgé de dix-sept ans : Molière, tenant absolument à l’avoir dans sa troupe, obtient une lettre de cachet du roi pour l’enlever, malgré son contrat, à la troupe de campagne dont il faisait partie[n 25]. Ce dernier a une part et le couple Beauval, comédiens chevronnés, une part et demie. La compagnie compte désormais huit comédiens et cinq comédiennes, pour douze parts et demie.

Madeleine Béjart meurt le 17 février 1672, un an jour pour jour avant Molière. Elle est inhumée sans difficulté. Avant de recevoir les derniers sacrements, elle a signé la renonciation suivante : « Je soussignée promets de renoncer et renonce dès à présent à la profession de comédienne. » Elle jouissait d’une très large aisance. Son testament favorise largement sa sœur (ou sa fille) Armande.

Pour les comédiens de Molière, c’est l’aisance. Pour les cinq dernières saisons (1668-1673), le bénéfice total annuel de la troupe — revenus du théâtre, gratifications pour les représentations privées données à des particuliers, gratifications du roi et pension du roi— s'élève en moyenne à 54 233 livres, contre 39 621 livres les cinq saisons précédentes, à répartir en 12 parts environ[41].

Molière est riche. Roger Duchêne a calculé que, pour la saison 1671-1672, Molière et sa femme ont reçu 8 466 livres à eux deux pour leurs parts de comédiens, plus ce que Molière a eu de la troupe comme auteur et ce que les libraires lui ont versé pour la publication de ses pièces. Il s’y ajoute les rentes des prêts qu’il a consentis et les revenus qu’Armande tire de l’héritage de Madeleine, soit au total plus de 15 000 livres, l’équivalent, ajoute-t-il, du montant de la pension que verse Louis XIV au comte de Grignan pour exercer sa charge de lieutenant général au gouvernement de la Provence[42].

Les dernières saisons théâtrales

Les saisons théâtrales commencent après la clôture de Pâques, qui dure environ trois semaines.

Saison 1665-1666 : Le 15 septembre 1665, Molière donne à Versailles une comédie-ballet, L'Amour médecin, où il raille les médecins. La pièce a été « proposée, faite, apprise et représentée en cinq jours »[43]. Le 4 décembre, la troupe joue avec succès Alexandre le Grand de Jean Racine qui, dix jours plus tard, confie sa pièce à l'Hôtel de Bourgogne, ralliant ouvertement le camp de ceux qui jugent les comédiens de Molière incapables de jouer la tragédie.

Saison 1666-1667 : Le 4 juin 1666, c’est la première du Misanthrope (16e pièce de Molière, qui joue Alceste). La pièce sera jouée 299 fois jusqu’à la fin du règne de Louis XIV. Les liens entre le climat de la pièce et l’humeur de l'auteur sont probables, si l’on tient compte du contexte : Le Tartuffe interdit, Dom Juan étouffé, la campagne de calomnies se développant contre lui. Le 6 août, Molière crée au Palais-Royal une farce pleine de verve, Le Médecin malgré lui. Le 1er décembre 1666, la troupe part à Saint-Germain pour de grandes fêtes données par le roi qui mobilisent tous les gens de théâtre de Paris et dureront jusqu’au 27 février 1667. Elle est employée dans le Ballet des Muses et donne trois comédies (La Pastorale comique, Mélicerte, Le Sicilien). Le poète de la cour Benserade écrit à cette occasion :

Le célèbre Molière est dans un grand éclat
Son mérite est connu de Paris jusqu’à Rome.
Il est avantageux partout d’être honnête homme
Mais il est dangereux avec lui d’être un fat[44].

Mais cette fois, Molière n’a rien écrit qui fasse penser. Ses ennemis aussi peuvent secrètement triompher.

Saison 1667-1668 : Le 13 janvier 1668, la première d’Amphitryon est donnée au Palais-Royal. Le roi et la cour assistent à la 3e représentation aux Tuileries.

Saison 1668-1669 : C’est une saison faste. On a beaucoup joué au théâtre du Palais-Royal : 192 représentations, 47 507 livres de bénéfice pour le théâtre, 60 247 livres de bénéfice total pour onze parts. Sur 22 pièces mises à l’affiche, 12 sont de Molière. Pour la paix d’Aix-la-Chapelle (2 mai 1668), le roi donne à sa cour des fêtes splendides. Plus de deux mille personnes assistent au Grand Divertissement royal, pastorale avec chants et danse. La musique est de Lully, les paroles de Molière. La comédie George Dandin est enchâssée dans la pastorale. L’Avare (22e pièce de Molière, qui joue Harpagon) est joué pour la première fois le 9 septembre au Palais-Royal. Molière y dénonce l’omniprésence de l’argent dans la société de son temps. Il ne la jouera que 47 fois dans son théâtre. Le public boude la pièce, qui deviendra après sa mort, l’un de ses plus grands succès. La pièce est en prose, ce qui a choqué pour une grande comédie en cinq actes. La pièce est sérieuse, car Harpagon n’est pas un personnage directement comique. Cependant, le triomphe du Tartuffe, enfin joué librement le 5 février 1669 va faire oublier L'Avare.

Saison 1669-1670 : La troupe a suivi la cour à Chambord du 17 septembre au 20 octobre 1669. C’est là qu’est joué Monsieur de Pourceaugnac (23e pièce de Molière, qui joue Pourceaugnac), agrémentée de ballets et de musique. Lully a écrit la musique. Molière-Pourceaugnac échappe à l’engrenage médical qui le happe. La pièce est plus dure pour les médecins que Le Malade imaginaire, aussi âpre que L'Amour médecin. Le public parisien voit la pièce à partir du 15 novembre. Le succès est très vif. Pour le carnaval, un ballet est commandé à Molière, Les Amants magnifiques. La musique est de Lully. Il est dansé à Saint-Germain en février 1670.

Saison 1670-1671 : Le roi, qui vient de recevoir l’ambassadeur ottoman à Versailles, veut donner à sa cour une comédie-ballet où des Turcs apparaissent sur la scène. Molière écrit les paroles, Lully la musique. Le Bourgeois gentilhomme (25e pièce de Molière, qui joue M. Jourdain) est représenté sept fois devant la cour en octobre 1670, puis devant le public parisien le 23 novembre. C’est un grand succès. En janvier 1671, dans la grande salle des Tuileries, construite par Le Vau et capable d’accueillir 7 000 spectateurs, mais avec une très mauvaise acoustique, Psyché, tragi-comédie et ballet (la comédie-ballet est en train d’évoluer vers l’opéra) est dansé devant le roi. Le livret est de Molière, qui s'est fait aider par Pierre Corneille pour la versification des deux tiers de la pièce. La musique de Lully.

Saison 1671-1672 : Les Fourberies de Scapin, jouées le 24 mai 1671, sont un échec. La pièce connaitra le succès après la mort de Molière : 197 représentations de 1673 à 1715. En décembre 1671, le roi commande pour l’arrivée de la nouvelle épouse de Monsieur un ballet, La Comtesse d'Escarbagnas joué plusieurs fois devant la cour. Le 11 mars 1672, Les Femmes savantes (29e pièce de Molière, qui joue Chrysale) sont données au Palais-Royal. La pièce, sans ornement musical, poursuit la lutte contre la préciosité. Ce n’est pas un franc succès. Le roi la voit deux fois, la dernière fois le 17 septembre 1672 à Versailles, sans doute la dernière fois que Molière joue à la cour.

Le , Molière s’installe bourgeoisement et somptueusement rue de Richelieu dans une vaste maison à deux étages avec entresol[n 26].

Le conflit avec Lully

Estampe représentant la scène de Versailles
Le Malade imaginaire à Versailles. Par suite du conflit de Molière avec Lully, le roi ne verra la pièce de Molière qu’en 1674 à Versailles, devant la grotte de Thétis. Gravure de Jean Le Pautre

Pendant neuf ans, Molière et Lully, le musicien préféré du roi, ont collaboré avec succès, Lully faisant la musique des comédies de Molière pour les grandes fêtes royales. Comme Molière, il pensait jusqu’alors l’opéra en français impossible. Le succès de Pomone, premier opéra français, le fait changer d’avis. Il décide de créer un opéra à sa manière et d’en avoir le monopole.

Le roi accorde alors à Lully l’exclusivité des spectacles chantés et interdit de faire chanter une pièce entière sans sa permission. La troupe de Molière proteste, une bonne partie de son répertoire étant constituée de comédies-ballets. Le 29 mars 1672, le roi lui accorde la permission d’employer 6 chanteurs et 12 instrumentistes, à peu près l’effectif utilisé par son théâtre. Le 8 juillet 1672, La Comtesse d'Escarbagnas est donnée au Palais-Royal avec une musique nouvelle de Marc-Antoine Charpentier. En septembre, un nouveau privilège accorde à Lully la propriété des pièces dont il fera la musique : le musicien voulait ainsi éviter à l'avenir d'être dépouillé de ses droits, comme c'était le cas chaque fois que Molière reprenait Psyché dans son théâtre.

Le goût du roi va à l’opéra, au détriment de ce que pratique Molière, attaché à l’importance du texte parlé et à la primauté de l’écrivain sur le musicien. Molière sait que, si le roi a accordé à Lully le monopole des spectacles en musique, ce n’est pas pour confier à un autre le soin des prochaines fêtes. Mais le roi aime aussi la comédie. La création au Palais-Royal du Malade imaginaire (30e pièce de Molière, qui joue le rôle-titre), comédie mêlée de musique et de danses (de Charpentier), est la réponse de Molière. Son pari est que le roi va souhaiter voir sa pièce. Le succès du Bourgeois gentilhomme — pièce qui annonce à beaucoup d'égards Le Malade imaginaire — et le triomphe de Psyché au Palais-Royal lui ont aussi confirmé que la troupe peut gagner de l’argent en jouant des pièces avec ballets et parties chantées pour le seul public parisien.

Le 17 février 1673, à la 4e représentation du Malade imaginaire, où il joue le rôle principal, qui est long et commence par un grand monologue, Molière se sent plus fatigué par sa fluxion qu’à l’ordinaire, mais il refuse de supprimer la représentation. Il meurt quelques heures après être sorti de scène. Il ne saura jamais qu'il avait gagné son pari : un an et demi plus tard, sa troupe sera invitée à donner Le Malade imaginaire dans les jardins de Versailles à l'occasion des fêtes pour la conquête de la Franche-Comté.

La mort de Molière

Les circonstances

Fauteuil utilisé par Molière lors de sa dernière représentation et dans lequel le comédien serait mort, exposé à la salle Richelieu de la Comédie-Française. Il est de tradition qu'au jour anniversaire de sa naissance, ce fauteuil descende des cintres au milieu de la troupe au grand complet de la Comédie-Française[45].
La page du registre de La Grange qui relate la mort de Molière. « Ce même jour après la comédie, sur les 10 heures du soir, M.de Molière mourut dans sa maison rue de Richelieu, ayant joué le rôle du Malade imaginaire… »

Il existe quatre récits de la mort de Molière, le 17 février 1673, plus ou moins détaillés et plus ou moins convergents[n 27]:

Le premier récit est fourni par la requête de sa veuve, datée du lendemain de la mort, à l’archevêque de Paris pour obtenir une sépulture chrétienne. En effet, Molière, comédien, n’ayant pas signé, comme Madeleine Béjart, de renonciation à sa profession, est automatiquement excommunié. Sa veuve, Armande, veut montrer qu’il est mort en bon chrétien tout en sachant par ailleurs que l’archevêque va faire enquêter sur la vérité de ses allégations : « Vendredi, 17 du présent mois de février, sur les 9 heures du soir, ledit feu sieur Molière s’étant trouvé mal de la maladie dont il décéda environ une heure après, il voulut témoigner des marques de repentir de ses fautes et mourir en bon chrétien. » Il envoya chercher un prêtre. Deux refusent de venir. « Toutes ces allées et venues tardèrent plus d’une heure et demie. » Un troisième arrive trop tard. « Comme ledit sieur Molière est décédé sans avoir reçu le sacrement de confession dans un temps où il venait de représenter la comédie, M. le curé de Saint-Eustache lui refuse la sépulture. » Le désir de son mari de se confesser est témoigné par deux dames religieuses demeurant dans la maison et un gentilhomme nommé Couton entre les bras de qui il est mort.

Une autre version est donnée par le registre où La Grange a conté le drame quelques jours plus tard : « Vendredi 17, part 39 livres. Ce même jour après la comédie, sur les 10 heures du soir, M. de Molière mourut dans sa maison rue de Richelieu, ayant joué le rôle du Malade imaginaire, fort incommodé d’un rhume et fluxion sur la poitrine qui lui causait une grande toux, de sorte que, dans les grands efforts qu’il fit pour cracher, il se rompit une veine dans le corps et ne vécut pas demi-heure ou trois quarts d’heure depuis ladite veine rompue, et est enterré à la paroisse Saint-Joseph, aide de la paroisse Saint-Eustache. Il y a une tombe élevée d’un pied de terre. »

La notice biographique des Œuvres de Molière, de La Grange et de Vivot publiées en 1682 : Le 17 février, « il fut si fort travaillé de sa fluxion qu’il eut de la peine à jouer son rôle. Il ne l’acheva qu’en souffrant beaucoup, et le public connut aisément qu’il n’était rien moins que ce qu’il avait voulu jouer (…) La comédie étant faite, il se retira promptement chez lui, et à peine eut-il le temps de se mettre au lit que la toux continuelle dont il était tourmenté redoubla de violence. Les efforts qu’il fit furent si grands qu’une veine se rompit dans ses poumons. Aussitôt qu’il se sentit dans cet état, il tourna ses pensées du côté du Ciel ; un moment après, il perdit la parole, et fut suffoqué en demi-heure par l’abondance du sang qu’il perdit par la bouche. »

Le récit de Grimarest dans sa Vie de Molière, éditée en 1705. Grimarest, qui n’aime pas Armande, a fondé son récit sur les confidences de Baron dont il amplifie souvent le rôle : La représentation commence à 4 heures. En prononçant le juro de la cérémonie finale, il est pris d’une convulsion. Les spectateurs s’en aperçoivent. Il cache « par un ris forcé » ce qui lui est arrivé. « Quand la pièce fut finie, il prit sa robe de chambre et fut dans la loge de Baron, et il lui demanda ce que l’on disait de sa pièce. » Il a froid. Baron lui trouve les mains glacées et s’en inquiète. Il le fait ramener chez lui en chaise à porteurs. Une fois Molière dans sa chambre, Baron veut lui faire prendre du bouillon. Il n’en veut point. Il le trouve trop fort. « Donnez-moi plutôt un petit morceau de fromage de Parmesan. » Au bout d’un moment, il est pris d’une forte crise de toux. Baron, voyant le sang qu’il rend s’en effraie. Il demande à Baron de faire venir sa femme. « Il resta assisté de deux sœurs religieuses. » Elles quêtaient pour le Carême et il les hébergeait chez lui. « Elles lui donnèrent à ce dernier moment de sa vie tout le secours édifiant que l’on pouvait attendre de leur charité. » Il rendit l’esprit entre les bras de ces deux bonnes sœurs. « Le sang qui sortait par sa bouche en abondance l’étouffa. Ainsi quand sa femme et Baron remontèrent, ils le trouvèrent mort. » Grimarest a omis la plupart des détails contenus dans la requête d’Armande à l’archevêque de Paris : la recherche d’un prêtre, les allées et venues qui ont duré plus d’une heure et demie, la présence à son chevet de Couton entre les bras duquel il est mort. « Aussitôt que Molière fut mort, Baron fut à Saint-Germain en informer le roi; Sa Majesté en fut touchée et daigna le témoigner. » Grimarest ne dit pas en quels termes.

L’inhumation

Molière n’a pas signé la renonciation à sa profession de comédien. Le rituel du diocèse de Paris subordonne l’administration des sacrements à cette renonciation par écrit ou en abjurant sur son lit de mort. Armande raconte qu'elle a demandé à trois prêtres de la paroisse de Saint-Sulpice de venir lui apporter l'extrême-onction mais les deux premiers refusent et le troisième arrive trop tard. Molière ne peut donc recevoir une sépulture religieuse[46].

Vu la notoriété du mort, l’Église est embarrassée. Le curé de Saint-Eustache ne peut, sans faire scandale, l’enterrer en faisant comme s’il n’avait pas été comédien. Et, de l’autre côté, refuser une sépulture chrétienne à un homme aussi connu du public risquait de choquer. Le seul moyen est de s’adresser à l’archevêque de Paris qui a seul pouvoir d’interpréter son règlement en montrant que le comédien est mort en bon chrétien, qu’il avait l’intention de se confesser, qu’il en a été empêché par des contretemps. L’archevêque François Harlay de Champvallon, après enquête, « eu égard aux preuves » recueillies, permet au curé de Saint-Eustache d’enterrer Molière, à condition que cela soit « sans aucune pompe et avec deux prêtres seulement, et hors des heures du jour et qu'il ne sera fait aucun service pour lui, ni dans la dite paroisse, ni ailleurs »[47].

Molière est enterré de nuit le 21 février dans le cimetière de la chapelle Saint-Joseph[48]. Il n'y a pas de récit contemporain des faits. Selon Grimarest, « il s’amassa ce jour-là une foule incroyable de peuple devant sa porte » et « le convoi se fit tranquillement à la clarté de près de cent flambeaux », suivant le corbillard sur les neuf heures du soir. On procéda du 13 au 21 mars 1673 à un inventaire de ses biens, document conservé au Minutier central des notaires de Paris et consultable sous la forme d'un microfilm coté MC/MI/RS/409[49]. Son tombeau, ainsi que celui de Jean de La Fontaine, inhumé au même endroit, furent transportés au musée des monuments français, lors de la démolition de la chapelle et du cimetière au commencement de la Révolution française.

La fin soudaine, presque sur scène, d'un comédien célèbre et controversé provoqua dans la presse un déferlement d’épitaphes et de poèmes (on en compte une centaine), le plus souvent hostiles, telle l'épitaphe du poète les Isles-le-Bas[50] :

Tombeau de Molière au cimetière du Père-Lachaise

Jean-Baptiste Poclin son baptesme renverse
Et, tout chrestien qu’il est, il devient un payen.
Ce céleste bonheur enfin n’estoit pas sien,
Puisqu’il en fist vivant un infâme commerce.
(…)
O le lugubre sort d'un homme abandonné !
Molière, baptisé, perd l'effet du baptême
Et dans la sépulture il devient un mort-né.

D'autres célèbrent ses louanges, comme l’épitaphe de La Fontaine :

Sous ce tombeau gisent Plaute et Térence,
Et cependant le seul Molière y gît :
Leurs trois talents ne formaient qu’un esprit,
Dont le bel art réjouissait la France.
Ils sont partis, et j’ai peu d'espérance
De les revoir, malgré tous nos efforts ;
Pour un long temps, selon toute apparence,
Térence et Plaute et Molière sont morts.

Le 6 juillet 1792, désireux d’honorer les cendres des grands hommes, les révolutionnaires exhumèrent les restes présumés de Molière et de La Fontaine. L’enthousiasme retombé, ils restèrent de nombreuses années dans les locaux du cimetière, puis furent transférés en l'an VII au musée des monuments français. À la suppression de ce musée en 1816, on transporta les cercueils au cimetière de l’Est, l'actuel Père-Lachaise, où ils reçurent une place définitive le .

Épilogue

Une semaine après la mort de Molière, les comédiens recommencent à jouer, Le Misanthrope d'abord, dont Baron reprend le rôle principal, puis Le Malade imaginaire, La Thorillière jouant le rôle de Molière. Le 21 mars, c'est la clôture de Pâques. Baron, La Thorillière, le couple Beauval quittent la troupe pour rejoindre l'Hôtel de Bourgogne et, un mois plus tard, le roi reprend la salle qu'il prêtait gratuitement à Molière pour la donner à Lully, afin d'y représenter ses spectacles d'opéra.

Armande Béjart, qui a 31 ans, et La Grange, ancien bras droit de Molière, vont sauver l'existence de la troupe de Molière. Ils commencent par recruter le comédien Rosimond, jusqu'alors au Marais, pour reprendre les rôles tenus par Molière, et ils louent rue Guénégaud le théâtre où avait été joué Pomone, le premier opéra français en 1669 ; c'est Armande et son beau-frère qui prêtent à la troupe les sommes nécessaires pour racheter le droit au bail et une partie du coût des décors et des machines, que réclament le marquis de Sourdéac et son associé pour leur céder la salle. Grâce à la dissolution de la troupe du Marais, tous les acteurs doivent rejoindre par décret royal l'ancienne troupe de Molière, dite depuis 1665 Troupe du Roi, et désormais forte de 19 comédiens et comédiennes. Le 9 juillet 1673, « la troupe du roi en son hôtel de la rue Guénégaud » ouvre la nouvelle saison avec Tartuffe puis joue le répertoire de Molière. Armande figure la première dans la liste des comédiennes. La troupe compte dix-sept parts et demie, certains comédiens et comédiennes n'ayant que des demi-parts. En 1677, Armande commande à Thomas Corneille une adaptation en vers, tout à fait purgée de ses audaces, du Festin de pierre de Molière (qui ne s'appellera Dom Juan qu'à partir de 1682). La Comédie-Française ne jouera que cette adaptation jusqu'en 1841.

En 1680, sur décret royal, la Troupe du roi à l'Hôtel Guénégaud doit fusionner avec la Troupe Royale de l'Hôtel de Bourgogne : c'est la naissance de la Comédie-Française. La nouvelle compagnie est assez nombreuse pour se partager entre Paris et Versailles et joue désormais tous les jours de la semaine, et non plus seulement les « jours ordinaires de comédie ».

En 1682, paraissent les Œuvres de Monsieur de Molière en huit tomes. Le 30 novembre 1700, meurt Armande, qui s'était remariée en 1677 avec le comédien Guérin. Ils avaient eu un fils, Nicolas Guérin, qui s'essaya au théâtre, en réécrivant et complétant une comédie que Molière avait laissée inachevée (Mélicerte) sous le titre Myrtil et Mélicerte, une « pastorale héroïque » en trois actes. Il mourut en 1708, à l’âge de trente ans. Il semble avoir reçu de sa mère les papiers de Molière, puisqu'il dit les avoir consultés pour tenter de compléter Mélicerte[n 28]; c'est sans doute la disparition prématurée du jeune homme qui explique leur dispersion et probablement leur destruction. En 1723, la postérité de Molière s'éteint avec la mort de sa fille, Esprit-Madeleine Poquelin.

Les œuvres

L'œuvre de Molière se compose d'une trentaine de comédies, accompagnées ou non d'entrées de ballet et de musique, et d'une tragi-comédie, Dom Garcie de Navarre, qui fut à sa création un échec retentissant et n'a pratiquement plus jamais été jouée.

Contrairement à la plupart des auteurs de comédie de son temps, l'invention dramatique de Molière s'appuie peu sur l'imitation de modèles antiques ou étrangers : après avoir commencé à adapter les Italiens, auxquels il reviendra de loin en loin, il se tournera à deux reprises seulement vers le théâtre de Plaute. Pour le reste, il construit des intrigues originales en combinant divers schémas narratifs puisés ici et là, notamment dans le Décaméron de Boccace, les nouvelles de Straparole ou de Scarron et les fabliaux[n 29]… .

Cette conception originale de la création dramatique (qui n'était pratiquée jusqu'alors que par les comédiens italiens dell'arte) explique que, dès 1663, Jean Chapelain, le plus influent critique du temps (avant Boileau), ait pu caractériser Molière et son œuvre en ces termes : « Il a connu le caractère du comique et l’exécute naturellement. L’invention de ses meilleures pièces est inventée [sic], mais judicieusement. Sa morale est bonne et il n’a qu’à se garder de la scurrilité [bouffonnerie]. »[51] De ce fait, son œuvre, écrite sur près de vingt années, se révèle d'une grande variété, sous-tendue en même temps par une maîtrise efficace du jeu scénique et du texte de théâtre qui révèle l'homme de scène qu'il était avant tout et qui continua de jouer malgré la maladie jusqu'à son dernier jour.

Œuvres théâtrales

Liste des œuvres de Molière
(par ordre chronologique)
Nombre de
représentations
à la mort de Molière
en 1673
Pièces créées
devant le roi
et sa cour
Œuvre Genre Création publiques privées
Le Médecin volant Farce en un acte et en prose
?
14
2
La Jalousie du barbouillé Farce en un acte et en prose
?
7
L'Étourdi ou les Contretemps Comédie en cinq actes et en vers Lyon 1655
63
12
Le Dépit amoureux Comédie en cinq actes et en vers
66
10
Les Précieuses ridicules Comédie en un acte et en prose
55
15
Sganarelle ou le Cocu imaginaire Comédie en un acte et en vers
123
20
Dom Garcie de Navarre ou le Prince jaloux Comédie héroïque en cinq actes et en vers
9
4
L'École des maris Comédie en trois actes et en vers
111
19
Les Fâcheux Comédie-ballet en trois actes et en vers
105
16
oui
L'École des femmes Comédie en cinq actes et en vers
88
17
La Critique de l'École des femmes Comédie en un acte et en prose 1er juin 1663
36
7
L'Impromptu de Versailles Comédie en un acte et en prose
20
9
oui
Le Mariage forcé Comédie-ballet en un acte et en prose
36
6
oui
La Princesse d'Élide Comédie galante en cinq actes, en vers[n 30] et en prose
25
9
oui
Tartuffe ou l'Imposteur Comédie en cinq actes et en vers
82
13
oui
Dom Juan ou le Festin de pierre Comédie en cinq actes et en prose
15
L'Amour médecin Comédie en trois actes et en prose
63
4
oui
Le Misanthrope ou l'Atrabilaire amoureux Comédie en cinq actes et en vers
63
Le Médecin malgré lui Comédie en trois actes et en prose
61
2
Ballet des Muses : Mélicerte Comédie pastorale héroïque en deux actes et en vers
1
oui
Ballet des Muses : Pastorale comique Pastorale comique
1
oui
Ballet des Muses : Le Sicilien ou l'Amour peintre Comédie en un acte et en prose
20
1
oui
Amphitryon Comédie en trois actes et en vers
53
3
George Dandin ou le Mari confondu Comédie en trois actes et en prose
39
4
oui
L'Avare Comédie en cinq actes et en prose
47
3
Monsieur de Pourceaugnac Comédie-ballet en trois actes et en prose
49
5
oui
Les Amants magnifiques Comédie en cinq actes et en prose
6
oui
Le Bourgeois gentilhomme Comédie-ballet en cinq actes et en prose
48
4
oui
Psyché Tragédie-ballet en cinq actes et en vers
82
1
oui
Les Fourberies de Scapin Comédie en trois actes et en prose
18
1
La Comtesse d'Escarbagnas Comédie en un acte et en prose
18
1
oui
Les Femmes savantes Comédie en cinq actes et en vers
24
2
Le Malade imaginaire Comédie mêlée de musique et de danses en trois actes et en prose
4

Source : Registre de La Grange pour le nombre de représentations. Chiffres donnés par Roger Duchêne, Molière, Fayard, 1998, p. 745.

Œuvres poétiques

D'après Jean-Pierre Chauveau[52], « l'œuvre proprement lyrique de Molière (pièces de circonstance, et ce pensum didactique qu'est la Gloire du Val-de-Grâce) est mince et, somme toute, d'intérêt moyen. » Cependant, d'un point de vue poétique, son théâtre présente, toujours aux yeux de Jean-Pierre Chauveau, un grand intérêt.

  • Remerciement au roi (1663)
  • La Gloire du Val-de-Grâce (1669)

Les décors de Molière

L'ouvrage paru aux PUPS en 2015, Les Décors de Molière, 1658-1674[53], tout en se rapprochant progressivement de la période où la troupe revint à Paris (fin 1658), permet de se replacer dans le contexte historique et technique du théâtre du XVIIe siècle en s'efforçant de détailler toutes les possibilités scéniques qui s’étaient mises en place dès le début du siècle. Sont passées en revue les grandes salles parisiennes, tout en mettant l’accent sur leurs spécificités : l’Hôtel de Bourgogne, le théâtre du Marais et la salle du Petit-Bourbon. Mais cette partie s'attarde tout particulièrement sur le théâtre du Palais-Royal ; encore mal connu, ce théâtre a trop rarement fait l’objet de recherches approfondies. Grâce à l’observation de plans et de marchés jusqu’ici peu ou pas exploités, souvent inédits, une architecture scénique précise pu reconstituée à un moment clé de son histoire. L'étude se porte ensuite sur les quelques registres de comptes tenus par la troupe – et conservés à la bibliothèque-musée de la Comédie-française – dans l’optique de trouver des éléments touchant aux décorations et à la scénographie.

La deuxième partie de l'ouvrage s’intéresse aux comédies de Molière créées à la Ville. Pour la plupart d’entre elles, ces pièces bénéficièrent de peu de commentaires ou de documents contemporains touchant à la scénographie, hormis un manuscrit exceptionnel concernant Le Festin de pierre et quelques mémoires présentés par des fournisseurs, notamment pour la création du Malade imaginaire[54]. Ces rares témoignages sont essentiels, mais surtout, l'étude établit un examen à partir du texte lui-même. La plupart du temps, c’est la fonction même du décor induite par l’action qui aide à le visualiser. Il est en effet possible de cadastrer des périmètres où le décor prend toute son importance, tant il est lié à l’action. Les exemples de L’École des maris et de L’École des femmes sont frappants avec le déplacement parfois progressif, parfois brutal, d’un endroit à un autre, d’un décor de maison vers un autre décor. Le regroupement des comédies par thème – carrefours de rues, intérieurs, changements de lieux – aide à mieux discerner une évolution dans tel ou tel type de scénographie et souligne l’importance que pouvait accorder Molière à la fonction dramaturgique d’un décor. Dans la troisième partie de cette étude, les copieuses relations faites par La Fontaine, Félibien ou la Gazette donnent un luxe de détails sur les décorations de la plupart des comédies-mêlées de Molière. En plus d’une fonction inscrite dans l’action, les décors et la scénographie prennent alors une forte valeur ornementale et spectaculaire. En tout état de cause, quelques gravures publiées à grand frais à l’occasion de divertissements royaux restent les uniques représentations visuelles crédibles de certaines mises en scène, comme ces illustrations de George Dandin ou de La Princesse d’Élide.

La Princesse d'Elide (1664) créée dans les jardins de Versailles et dont les décors représentent aussi des jardins. On voit, peint sur la toile de fond, le palais d'Alcine dont l'embrasement, le lendemain, sera le bouquet final des Plaisirs de l'île enchantée

Remise en question de la paternité des œuvres

Article détaillé : Paternité des œuvres de Molière.

La paternité des œuvres de Molière est quelquefois l’objet de contestations depuis qu’en 1919 le poète et romancier Pierre Louÿs, dans un article publié dans la revue littéraire Comœdia et intitulé « Molière est un chef-d'œuvre de Corneille », annonça avoir mis au jour une supercherie littéraire. Selon lui, Molière n'aurait pas écrit lui-même ses pièces et aurait eu Pierre Corneille pour « nègre », ou, plus précisément, Molière aurait été le prête-nom de Corneille, selon une pratique qu'on ne rencontre en fait au XVIIe siècle que pour la littérature pamphlétaire et dans certains recueils de farces érudites du début du siècle.

Cette remise en question, quasiment oubliée après l'éclat de Pierre Louÿs, s'est renouvelée et un peu intensifiée depuis les années 2000, notamment avec la publication dans une revue scientifique anglo-saxonne de deux articles[55],[56], dont le plus récent est le résumé d'une thèse de doctorat russe. Par des méthodes statistiques différentes, ces deux articles constatent la proximité entre le vocabulaire et la syntaxe des deux auteurs et en déduisent que la théorie de Pierre Louÿs est valide. L'un repose sur le calcul de la « distance intertextuelle » du point de vue lexical ; l'autre repose sur l'analyse de données syntaxiques. Dans les deux cas, l'enquête n'a toutefois pas été élargie aux autres auteurs de comédies du XVIIe siècle pour vérifier si la proximité entre le vocabulaire et la syntaxe de Corneille et de Molière ne se retrouverait pas aussi chez leurs confrères. Or, justement, une étude plus récente a montré que, si l'on élargit le corpus à d'autres auteurs, la proximité observée entre certaines comédies de Corneille et de Molière n'a rien d'exceptionnel[57].

L'argumentaire le plus détaillé en faveur de Corneille est celui de Denis Boissier, « Molière, bouffon du Roi et prête-nom de Corneille »[58]. Comme dans le cas de Shakespeare, cette théorie est estimée inconsistante par tous les spécialistes de Corneille[n 31] aussi bien que par ceux de Molière[n 32] et plus largement par l'ensemble des historiens de la littérature et du théâtre français, qui n'y font généralement même pas allusion[n 33].

Un site internet, ouvert en 2011 sous la direction de Georges Forestier, déploie un ensemble d’arguments historiques, philologiques, stylistiques et lexicologiques, ainsi que des témoignages d’époque et des travaux récents qui réfutent la thèse de Louÿs[59] et recense les soi-disant « anomalies dans les vies et les relations de Molière et de Corneille » qui ont pu donner du crédit à cette thèse[60].

Postérité de Molière

Sur la scène

Après plus de trois siècles, les pièces de Molière continuent à être abondamment jouées.

« Depuis 1680, sont entrés au répertoire de la Comédie-Française 1 024 auteurs. Sur ces 1 024 auteurs, le plus joué est Molière, avec 33 400 représentations. L’état du moliérisme de cette maison, si je puis dire, se remarque au fait que le suivant, qui est Racine, n’a pour lui que 9 400 représentations. Cette disproportion extravagante montre que Molière, c’est plus la France que Racine, ou plutôt, c’est plus les Français. Racine, c’est la France, Molière, c’est les Français. » (Charles Dantzig)[61]

Au cinéma

À la télévision

  • En 1994, Robert Wilson réalise La Mort de Molière[63].
  • En 2008, Jan-Hinrik Drevs et Henrike Sandner réalisent un épisode sur Molière, dans la série Les Grands Dramaturges, avec Michel Galabru[64].

Les pièces de Molière ont donné lieu à de nombreuses adaptations au cinéma et à la télévision. Les références sont données dans les pages consacrées à chacune des pièces.

Hommages

De nombreux lieux et établissements scolaires portent son nom. On peut citer :

Notes et références

Notes

  1. Acte de baptême de Molière (original détruit en 1871, transcription par Edmond Révérend du Mesnil (Mesnil 1879, p. 66) : « Du samedy 15e janvier 1622, fut baptisé Jean, fils de Jean Pouquelin, marchant tapissier, et de Marie Cresé, sa femme, demeurant demeurant rue Sainct-Honoré. Le parin Jean-Louis Pouquelin, porteur de grains, la marine Denis Lescacheux, veuve de Sebastien Asselin, vivant maistre tapissier » (Jurgens 1963, p. 212).
  2. L'inscription que l'on peut lire aujourd'hui sur une façade au 31 rue du Pont-Neuf sous un buste de Molière (voir photo) est erronée. Molière n'est pas né dans cette maison. Wagner, qui a habité cette maison en 1839, le croyait et en était fier.
  3. Il y avait huit « tapissiers ordinaires » qui servaient deux par deux un trimestre par an. La fonction est plus honorifique que lucrative (sans anoblir, elle permet de prendre le titre d’écuyer), mais un tapissier du roi doit être un habile homme d’affaires, disposant d’une bonne trésorerie ou d’un solide crédit.
  4. Voir les nuances apportées par Duchêne 1998, p. 37-41.
  5. Pas moins de six témoignages contemporains font état de cette traduction. Voir le texte de ces témoignages sur le site Molière-Corneille.
  6. L'édition originale est de 1670. On en connaît trois réimpressions en 1671 et 1672. Il semble que cette comédie n'ait jamais été jouée, peut-être à cause des poursuites intentées par Molière, dont fait état un « Avis au lecteur » que l'on trouve dans les réimpressions.
  7. Le Boulanger de Chalussay, Élomire hypocondre ou les médecins vengés. Cette comédie, considérée comme « un texte de première importance », est donnée dans les appendices de Couton 1971, t. 2, mais on peut lire l'édition originale Gallica en ligne, ainsi qu'une édition du XIXe siècle sur le même site.
  8. Tallemant, Historiettes, Bibliothèque de la Pléiade, t. II, p. 778. Tallemant des Réaux fait quelques erreurs : Molière ne s'est pas marié avec Madeleine Béjart et exerce déjà dans la troupe un rôle prépondérant. Cet auteur est le seul à prétendre que Molière a fréquenté la Sorbonne.
  9. Jurgens 1963 permet de suivre pas à pas les diverses étapes de la courte vie de l'Illustre Théâtre.
  10. L'accent grave n'était pas encore en usage au XVIIe siècle (sauf sur les mots à, là, où), comme on peut le vérifier dans toutes les publications de l'époque, et en particulier dans le premier Dictionnaire de l'Académie française paru en 1694, trente ans après la mort de Molière (voir par exemple les entrées : amere, amerement, barriere, carriere, épithete, guere, premiere, premièrement, derniere, dernierement, etc.).
  11. Pour une consultation des actes notariés dans lesquels signent les comédiens avec leurs noms de « fief », voir les ouvrages de Sophie-Wilma Deierkauf-Holsboer sur Le Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne (Paris, Nizet, 1968) et sur Le Théâtre du Marais (Paris, Nizet, 1954) et de Alan Howe sur Le Théâtre professionnel à Paris, 1600-1649 (Paris, Archives nationales, 2000). La plus récente mise au point sur ce sujet se trouve à cette adresse.
  12. Charles Coypeau d’Assoucy, Aventures burlesques de Dassoucy, Paris, Delahays, 1858, p. 96-97. En ligne sur Gallica
  13. Ce fait est expliqué en 1663 par Jean Donneau de Visé au tome III de ses Nouvelles nouvelles dans le passage qu'il appelle « abrégé de l'abrégé de la vie de Molière ».
  14. Grâce sans doute à un de ses anciens protecteurs languedociens, Daniel de Cosnac, ancien proche du prince de Conti, devenu évêque de Valence et aumônier de Monsieur.
  15. Si l’on en croit un reçu de 500 livres ainsi libellé : « 500 livres tournois dont Sa Majesté lui a fait don pour lui donner moyen de supporter les frais et dépenses que lui (sic) convient faire en cette ville de Paris où il est venu par son commandement pour le plaisir et récréation de Sadite Majesté, et ce pour les six premiers mois de ladite année ».
  16. Montfleury dans l'Impromptu de l'Hôtel de Bourgogne, ironise sur la prestation de Molière dans le rôle de César de la Mort de Pompée : « Un hoquet éternel sépare ses paroles, / Et lorsqu'on lui dit : Et commandez ici/ Il répond/ Con-nai-sez-vous-Cé-sar-de-lui-par-ler-ain-si? ».
  17. Document consultable sous la forme d'un microfilm coté MC/MI/RS/386 (cote originelle MC/ET/XLII/152) aux Archives nationales (site de Paris) et transcription disponible dans la Salle des Inventaires Virtuelle (SIV) des Archives nationales
  18. Les seules signatures du contrat de mariage sont celles de Marie Hervé, mère d’Armande, de sa sœur Madeleine, de son frère Louis, de Jean Poquelin, père de Molière et de son beau-frère André Boudet.
  19. Extrait du registre paroissial de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois à Paris :« Du lundi vingtiesme [février 1662] Jean Baptiste Poquelin, fils de Jean Poquelin et de feüe Marie Cresé d'une part et Armande Gresinde Béiard, fille de feu Joseph Béiard et de Marie Herué d'autre part, tous deux de cette paroisse, vis-à-vis le Palais Royal, fiancés et mariés tout ensemble, par permission de M. Comtes, doyen de Nostre-Dame et grand vicaire de Monseigneur le Cardinal de Retz, archevesque de Paris, en présence de Jean Poquelin, père du marié et de André Boudet, beau-frère dud. marié et de lade dame Herué, mère de la mariée, et Louis Béiard et Magdeleine Béiard, frère et sœur de lad. mariée et d'autres, avec dispense de deux bans. » Les registres paroissiaux et d'état civil à Paris ont été détruits par les incendies de la Commune de Paris (1871) mais l'acte a été recopié par Auguste Jal dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, 1872, p. 871.
  20. Le détail de ces fêtes figure dans une relation contemporaine, parue sous la forme d'une luxueuse publication quelques mois plus tard, sous le titre Les Plaisirs de l'Isle enchantée. Course de bague faite par le Roi à Versailles, le 6 mai 1664: en ligne sur Gallica.
  21. Sur tout cela, voir le dossier à jour et solidement argumenté de François Rey dans Rey-Lacouture 2007.
  22. En 1676, un certain Guichard, accusé d'avoir voulu assassiner Lully, répandit des pamphlets contre tous les témoins invoqués par le musicien devant les juges, afin de disqualifier leur parole : Armande Béjart fut à cette occasion particulièrement malmenée, qualifiée de fille de son mari et de femme de son père, couchant avec tous les autres hommes sauf avec son père et mari. Dix ans plus tard, une nouvelle calomnieuse intitulée La Fameuse comédienne, ou les intrigues de Molière et celles de sa femme détailla les prétendues infidélités de la comédienne.
  23. Voir la lettre du Ministre des affaires étrangères à la reine Christine de Suède qui demandait à voir une copie du Tartuffe: « Molière ne voudrait pas hasarder de laisser rendre sa pièce publique, pour ne pas se priver de l’avantage qu’il se peut promettre, et qui n’irait pas à moins de 20 000 écus pour toute sa troupe, si jamais il obtenait la permission de la représenter » (cité dans la Notice du Tartuffe dans Forestier-Bourqui, t. 2, p. 1346, n.6).
  24. « Ses ennemis ont eu le dernier mot. Ils l'ont obligé à la forme la plus efficace, et la plus pénible sans doute, de la censure, à l'autocensure. », écrivait Couton 1971, t. 1, p. XXXIV.
  25. On a raconté beaucoup de choses invérifiables sur l’engouement de Molière pour le jeune garçon et sur ses tendances et même ses pratiques homosexuelles. Grimarest, qui a connu Baron et l’a consulté pour écrire sa Vie de Molière, a bâti un petit roman, mais on ne peut lui faire absolument confiance, ni à l’auteur du pamphlet La Fameuse Comédienne pour qui l’amour de Molière pour Baron ne fait aucun doute. Peut-être Molière tenait-il simplement à avoir ce jeune comédien dans sa troupe parce qu’il savait que ce serait un excellent acteur ?
  26. On connaît l’ameublement et la disposition des lieux par l’inventaire après décès dressé à sa mort. Le loyer est de 1 300 livres, au lieu de 550 pour la rue Saint-Thomas-du-Louvre.
  27. Le récit de Grimarest est disponible sur Gallica. Les trois premiers sont reproduits en appendice dans Couton 1971, t. 2
  28. « J’avouerai en tremblant que le troisième Acte est mon ouvrage, et que je l’ai travaillé sans avoir trouvé dans ses papiers ni le moindre fragment, ni la moindre idée. Heureux s’il m’eût laissé quelque projet à exécuter. Tout ce que je pus conjecturer ce fut qu’il avait tiré Mélicerte de l’Histoire de Timarète et de Sésostris, qui est dans Cyrus… », préface de Myrtil et Mélicerte, publiée en 1699.
  29. Voir les différentes Notices des pièces dans la nouvelle édition des Œuvres complètes de Molière Forestier-Bourqui, t. 1.
  30. Acte 1 et début de l'acte 2, l'auteur ayant ensuite renoncé aux vers pour des raisons de délais
  31. Voir la conclusion de André Le Gall dans la plus récente biographie de Corneille (Flammarion, 1997): « Il n'est pas inconcevable que Molière ait confié ses manuscrits à Corneille afin qu'il y jette un œil. […] Cette hypothèse-là, purement hypothétique, mais conforme à la nature des liens qui peuvent se tisser entre un auteur et son metteur en scène, n'ôte en rien à Molière la paternité de ses œuvres » (p. 473); voir aussi en 2011 la protestation émise par la communauté des spécialistes de Corneille
  32. Voir notamment la conclusion de Roger Duchêne : « Devant ce tissu d'inventions, d'approximations et d'erreurs qui ne convainquent que ceux qui aiment le sensationnel et se laissent emporter par l'imagination et l'éloquence d'un auteur de romans, on reste confondu en voyant que l'idée continue de faire son chemin et à trouver des défenseurs au fil du temps. » (Duchêne 1998, p. 162); voir aussi en 2011 le site Molière auteur des œuvres de Molière ouvert par les responsables de la nouvelle édition des Œuvres complètes de Molière dans la Bibliothèque de la Pléiade parue en 2010.
  33. Voir la plus récente histoire du théâtre français : Charles Mazouer, Le Théâtre français de l'âge classique, Paris, Champion, 2 vol. (2006 et 2010). Dans le Théâtre français du XVIIe siècle, collectif sous la direction de Christian Biet (L'Avant-scène théâtre, 2009), Romain Johez mentionne toutefois que « d'aucuns » continuent de souscrire aux « élucubrations de Pierre Louÿs » (p. 397.)

Références

  1. Texte du contrat de mariage entre Jean Poquelin et Marie Cressé, 22 février 1621.
  2. Grimarest 1705, p. 6.
  3. Grimarest 1705, p. 169.
  4. Soyer 1919
  5. Duchêne 1998, p. 41
  6. Grimarest, p. 8
  7. Jurgens 1963, p. 62
  8. Jurgens 1963, p. 255-56
  9. Grimarest 1705, p. 40.
  10. Sur ce personnage, voir Elizabeth Maxfield-Miller, «Louis de Mollier, musicien, et son homonyme Molière», dans Recherches sur la musique français classique, Paris, Picard, 1963, p. 25-38.
  11. François Rey et Jean Lacouture, Molière et le Roi. L'affaire Tartuffe, Paris, Le Seuil, , p. 22
  12. Pierre David Lemazurier, Galerie historique des acteurs du théâtre français, p. 413
  13. Duchêne 1998, p. 106.
  14. Gustave Lanson, « Histoire de la Littérature Française », dans Les Grands Artistes Classiques, Chap. III, p. 513-514.
  15. Jurgens 1963, p. 297
  16. Duchêne 1998, p. 132.
  17. Les Œuvres de Monsieur de Molière, Paris, chez Denys Thierry, Claude Barbin et Pierre Trabouillet, 1682, Préface En ligne sur Gallica
  18. F. Bouquet, "La troupe de Molière et les deux Corneille a Rouen en 1658", Paris, A. Claudin, 1880, p. 18. En ligne sur Gallica
  19. Texte du bail, signé le 12 juillet 1658, dans Jurgens 1963, p. 327-29
  20. Voir François Rey et Jean Lacouture, Molière et le roi: l'affaire Tartuffe, Paris, 2007, p. 25.
  21. Le Registre de La Grange est disponible sur Gallica
  22. Duchêne 1998, p. 246.
  23. La Grange, Registre, Mongrédien 1965 tome 1, p. 143.
  24. Duchêne 1998, p. 295.
  25. Racine, Lettre à l’abbé Le Vasseur, fin 1663, Œuvres complètes, Bibl. de la Pléiade, t.II, p. 459.
  26. Roger Duchêne, Molière, p. 302.
  27. Scène V.
  28. Rey-Lacouture 2007, p. 273-278
  29. Pour plus de détail sur cette coïncidence, voir Rey-Lacouture 2007, p. 352-354.
  30. Depuis la fin de 1662, il ne joue plus dans les pièces sérieuses représentées par la troupe.
  31. Voir François Rey et Jean Lacouture, Molière et le Roi. L'Affaire Tartuffe, Paris, Le Seuil, 2007, p. 215-218.
  32. Cette erreur du comédien a été mise au jour et corrigée par François Rey, dans Molière et le Roi. L'Affaire Tartuffe, p. 208 et suivantes.
  33. Voir la notice de la pièce dans la nouvelle édition, déjà citée, de la Pléiade (2010, vol.1, p. 1434.
  34. McKenna 2005.
  35. Mongrédien 1965 tome 1, p. 256.
  36. Robinet, Lettre en vers à Madame, Mongrédien 1965 tome 1, p. 282.
  37. La Gazette d’Amsterdam, 9 mars 1673, p. 1. De son côté le correspondant des Relations véritables de Bruxelles écrivit 1er mars 1673 : « Il y a six jours que le sieur Molière […] mourut subitement, sortant de la Comédie… ». Ces textes sont cités dans la Notice du Malade imaginaire dans Forestier-Bourqui, t. 2, p. 1544.
  38. D'après Duchêne 1998, p. 659 et la Notice du Malade imaginaire dans Forestier-Bourqui, t. 2, p. 1543-1545.
  39. Robinet, Lettre à Madame (8 octobre 1667), cité dans Mongrédien 1965 tome 1, p. 299.
  40. Pour l'établissement de la date, voir François Rey et Jean Lacouture, Molière et le roi. L'affaire Tartuffe, p. 207-211.
  41. Roger Duchêne, Molière, Fayard, 1998, p. 750. Les moyennes sont calculées à partir du tableau des bénéfices de la troupe par saison. Celle-ci commence après Pâques.
  42. Duchêne 1998, p. 645.
  43. L’Amour médecin, Au lecteur.
  44. Livret du Ballet des Muses.
  45. Jean-Marie Galey, Comédie-française, Ecriture, , p. 53.
  46. Georges Mongrédien, La Vie privée de Molière, Librairie Hachette, , p. 225
  47. Louis-Fernand Flutre, Molière, Librairie Hachette, , p. 51
  48. Dictionnaire des rues de Paris accompagné d'un plan de Paris Par J. de La Tynna page 240 à lire en ligne
  49. Cote originelle MC/ET/XLV/266 ; une transcription partielle de l'acte est disponible dans la Salle des Inventaires
  50. Jean Donneau de Visé, Oraison funèbre de Molière, Librairie des bibliophiles, , p. 66
  51. Jugement extrait de la « Liste de quelques gens de lettres vivant en 1662 » (manuscrit conservé à la BNF, cote Ms. fr. 23045)
  52. Anthologie de la poésie française du Moyen Âge au XVIIe siècle, Gallimard, La Pléiade, notice, page 1533, 2010 (pour la réimpression)
  53. Philippe Cornuaille, Les Décors de Molière - 1658-1674, thèse de doctorat, dir. Georges Forestier, Paris, Presse de l'université Paris-Sorbonne (PUPS), , 344 p. (ISBN 978-2-84050-986-8)
  54. Édouard Thierry, Documents sur Le Malade imaginaire, Estat de la recette et despence faite par ordre de la compagnie, Paris, Berger-Levrault et Cie, 1880.
  55. Dominique et Cyril Labbé, « Inter-Textual Distance and Authorship Attribution. Corneille and Molière », Journal of Quantitative Linguistics, vol. 8, no 3, 2001, p. 213-231.
  56. M. Marusenko, E. Rodionova, « Mathematical Methods for Attributing Literary Works when Solving the "Molière-Corneille" Problem », Journal of Quantitative Linguistics, volume 17, no 1, 2010, p. 30-54.
  57. Charles Bernet, « La distance intertextuelle et le théâtre du Grand Siècle » in Mélanges offerts à Charles Muller pour son centième anniversaire (22 septembre 2009), textes réunis par Christian Delcourt et Marc Hug, Paris, CILF, 2009, pp. 87-97.
  58. Résumé des arguments de Denis Boissier.
  59. Molière, auteur des œuvres de Molière
  60. Comment on invente des anomalies dans les vies et les relations de Molière et de Corneille
  61. France-Culture, Le secret professionnel de Molière et du divertissement des princes, 26 janvier 2014.
  62. IMDB Molière (1909)
  63. IMDB La mort de Molière
  64. IMDB Molière

Voir aussi

Bibliographie

1. Éditions de référence

  • Eugène Despois et Paul Mesnard, Œuvres de Molière, Paris, Hachette, coll. «Les Grands Écrivains de la France», 13 volumes, 1873-1900. Cette édition critique, qui a fait autorité pendant un siècle, contient un très utile Lexique et reproduit les textes des différentes polémiques qu'ont occasionnées les créations de Molière. Elle est la seule, en outre, à être accessible en ligne, sur le site Gallica de la BNF: <http://gallica.bnf.fr/>.
  • Georges Couton, Molière : Œuvres complètes, t. 1, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade » (no 8), , 1414 p.
  • Georges Couton, Molière : Œuvres complètes, t. 2, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade » (no 9), , 1565 p.
  • Georges Forestier et Claude Bourqui, Molière : Œuvres complètes, t. 1, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade » (no 8), , 1728 p. (ISBN 9782070117413, présentation en ligne)
  • Georges Forestier et Claude Bourqui, Molière : Œuvres complètes, t. 2, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade » (no 9), , 1792 p. (ISBN 9782070117420, présentation en ligne)

2. Outils de recherche

  • Madeleine Jurgens et Elisabeth Maxfield-Miller, Cent ans de recherches sur Molière, sur sa famille et sur les comédiens de sa troupe, Paris, Archives Nationales, . Ouvrage indispensable à tout travail sérieux sur Molière. Accessible en ligne : https://www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr/mm/media/download/FRAN_ANX_008004.pdf.
  • Georges Mongrédien, Recueil des textes et des documents du XVIIe siècle relatifs à Molière (2 vol.), Paris, CNRS, .
  • Georges Mongrédien éd., Comédies et pamphlets sur Molière. Les Véritables précieuses, Les Observations sur le Festin de Pierre, La Lettre sur la comédie de l'Imposteur, La Critique de Tartuffe, Élomire hypocondre. Paris, Librairie A.G. Nizet, 1986.
  • Georges Mongrédien et Jean Robert, Les Comédiens français du XVIIe siècle. Dictionnaire biographique, suivi d'un Inventaire des troupes (1590-1710) d'après des documents inédits. Troisième édition revue et augmentée, Paris, CNRS, 1981.
  • Georges Mongrédien, La Vie privée de Molière, Paris, Hachette, coll. «Les Vies Privées», 1950.
  • Charles Varlet de La Grange, Registre de La Grange (1658-1685), Paris, Comédie française, (lire en ligne).
  • A. J. Guibert, Bibliographie des œuvres de Molière publiées au XVIIe siècle, Paris, CNRS, 1961–1973 (2 vol. + suppléments).
  • Claude Bourqui, Les Sources de Molière. Répertoire critique des sources littéraires et dramatiques. Paris, SEDES, 1999.
  • Maurice Descotes, Les Grands rôles du théâtre de Molière. Paris, Presses universitaires de France, 1960.
  • René Bray, Molière homme de théâtre. Paris, Mercure de France, 1954.

3. Biographies

4. Études diverses

  • Jacques Guicharnaud, Molière, une aventure théâtrale. Paris, NRF Gallimard, 1963.
  • Mikhaïl Boulgakov (trad. Michel Pétris), Le Roman de Monsieur de Molière, Gallimard, coll. Folio, 1993, 288 p.
  • John Cairncross, Molière bourgeois et libertin. Paris, Nizet, 1963.
  • John Cairncross, éd., L'Humanité de Molière, Paris, Nizet, 1988.
  • François Rey et Jean Lacouture, Molière et le roi. L'Affaire Tartuffe, Paris, Le Seuil, 2007, 453 p.
  • François Rey, Album Molière, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade » (no 49), , 317 p. (ISBN 978-2-070-12234-9, OCLC 631653100).
  • Gabriel Conesa, Le dialogue moliéresque : étude stylistique et dramaturgique, Paris, Presses universitaires de France, , 487 p. (ISBN 978-2-130-38200-3, OCLC 10314920).
  • Patrick Dandrey, Molière ou l'esthétique du ridicule, Paris, Klincksieck, (ISBN 2252033711).
  • Patrick Dandrey, Le « cas » Argan : Molière et la maladie imaginaire, Klincksieck, , 452 p. (ISBN 2252029021).
  • Georges Forestier, Molière, Paris, Bordas, coll. « En toutes lettres », , 190 p. (ISBN 978-2-040-19302-7, OCLC 23187360).
  • Jean de Guardia, Poétique de Molière : Comédie et répétition, Genève, Droz, coll. « Histoire des idées et critique littéraire » (no 431), , 520 p. (ISBN 9782600011204, OCLC 152504719).
  • Britt-Marie Kylander, Le Vocabulaire de Molière dans les comédies en alexandrins, Göteborg, Acta universitatis Gothoburgensis, coll. « Romanica Gothoburgensia », , 321 p. (ISBN 978-9-173-46286-0, OCLC 35033873).
  • Dominique Lafon, Le Chiffre scénique dans la dramaturgie moliéresque, Paris, Klincksieck, (ISBN 2-760-30251-2).
  • Antony McKenna et Fabienne Vial-Bonacci, Molière dramaturge libertin, Paris, Champion, coll. « Champion classiques / Essais », , 254 p. (ISBN 978-2-745-31315-7)
  • Edmond Révérend du Mesnil, La Famille de Molière et ses représentants actuels, d'après les documents authentiques, Paris, Liseux, (lire en ligne)
  • Augustin Cabanès, Molière, in : Grands névropathes, tome 1, Paris, Albin Michel, 1930 (Texte en ligne)...
  • Jacques Soyer, « Molière a-t-il passé sa licence en droit à l'Université d'Orléans? », Bulletin de la société archéologique et historique de l'Orléanais, t. XVIII,‎ (lire en ligne)
  • Hervé Baudry-Kruger, Molière par-derrière : Essai sur un motif du comique médical dans la tétralogie L'Amour médecin, Le Médecin malgré lui, Monsieur de Pourceaugnac, Le Malade imaginaire, Soignies, Talus, (ISBN 978-2-872-46115-8).
  • Christian Warolin, Molière et le monde médical du XVIIe siècle, Éditions L'Harmattan, , 200 p. (ISBN 978-2343014883).
  • Philippe Cornuaille, Les Décors de Molière; 1658-1674, Paris, Presse de l'université Paris-Sorbonne (PUPS), , 344 p.  (ISBN 978-2-84050-986-8).

Articles connexes

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Liens externes

  1. « La Vie de M. de Molière », sur Google Livres