Stéphane Mallarmé

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Stéphane Mallarmé

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Mallarmé
photographié par Nadar en 1896.

Activités Poète
Naissance
Paris, Drapeau de la France France
Décès (à 56 ans)
Valvins, Drapeau de la France France
Langue d'écriture français
Mouvement Hermétisme
Symbolisme
Parnasse
Genres Poésie

Étienne Mallarmé, dit Stéphane Mallarmé, né à Paris le et mort à Valvins (commune de Vulaines-sur-Seine, Seine-et-Marne) le , est un poète français.

Admirateur de Théophile Gautier, Charles Baudelaire et Théodore de Banville, Stéphane Mallarmé fait paraître en revue quelques poèmes en 1862. Professeur d'anglais par nécessité, il est nommé en septembre 1863 au lycée de Tournon-sur-Rhône en Ardèche et passe par Besançon ou Avignon, avant d'arriver à Paris en 1871. Il fréquente alors des littérateurs comme Paul Verlaine, Émile Zola ou Auguste de Villiers de L'Isle-Adam et des artistes comme Édouard Manet qui a peint son portrait en 1876.
S'il rencontre des difficultés dans son métier de professeur (il est chahuté par ses élèves), il mène une vie familiale paisible, avec cependant des difficultés financières et des deuils. Il poursuit l'écriture de poèmes très élaborés et reçoit ses amis créateurs lors des Mardis de la rue de Rome ou dans sa maison de campagne, à Valvins, près de Fontainebleau où il meurt le 9 septembre 1898 à 56 ans.

Attiré par l'esthétique de l'art pour l'art, il collabore au Parnasse contemporain dès 1866, cherchant à dépasser son sentiment d'impuissance lié à un état dépressif, il est dès lors en quête d'une beauté pure que seul peut créer l'art : « le monde est fait pour aboutir à un beau livre », affirme-t-il. Il entreprend des œuvres ambitieuses qu'il retravaillera longtemps comme Hérodiade (1864-1887) ou L'Après-midi d'un faune (1865-1876, mis en musique par Debussy en 1892-94). Admirateur d'Edgar Poe il traduit Le Corbeau, publié en 1875 illustré par Édouard Manet, et écrit le Tombeau d'Edgar Poe en 1876 (« Tel qu’en Lui-même enfin l’éternité le change,... ») avant de traduire en prose d'autres poèmes.

En 1887, il fait paraître une édition de ses Poésies qui montrent sa recherche stylistique comme dans le « sonnet en X » : Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx ou le sonnet en octosyllabes Une dentelle s'abolit (Une dentelle s'abolit // Dans le doute du Jeu suprême //A n'entrouvrir comme un blasphème //Qu'absence éternelle de lit.) L'aboutissement de cette ambition du poème absolu apparaît dans le poème graphique de 1897 Un coup de dés jamais n'abolira le hasard. Cette recherche d'une expression tendue vers l'épure lui vaut cependant dès l'époque le reproche d'hermétisme qui reste attaché à l'art mallarméen.

La renommée de Stéphane Mallarmé se consolide encore à partir de 1884 quand Verlaine publie l'article qui l'insère dans sa série des Poètes maudits, et, porteur de modernité et proche des avant-gardes en art comme en littérature, il est reconnu comme un maître par les jeunes générations poétiques, d'Henri de Régnier et des symbolistes à Paul Valéry. Ainsi, auteur d'une œuvre poétique ambitieuse, Stéphane Mallarmé a été l'initiateur, dans la seconde moitié du XIXe siècle, d'un renouveau de la poésie dont l'influence se mesure encore auprès de poètes contemporains comme Yves Bonnefoy.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il perd sa mère en 1847 et est confié à ses grands-parents. Mis en pension dès 1852, il se montre élève médiocre, et se fait renvoyer en 1855. Pensionnaire au lycée de Sens, il est marqué par le décès de sa sœur Maria en 1857[1]. À cette même époque, il compose ses premiers poèmes d'adolescence, recueillis dans Entre deux murs, textes encore fortement inspirés par Victor Hugo, Théodore de Banville ou encore Théophile Gautier. La découverte des Fleurs du mal de Charles Baudelaire en 1860 est marquante et influence ses premières œuvres. Cette même année, Mallarmé entre dans la vie active en devenant surnuméraire à Sens, « premier pas dans l'abrutissement » selon lui. En 1862, quelques poèmes paraissent dans différentes revues. Il fait la connaissance d'une jeune gouvernante allemande à Sens, Maria Gerhard, née en 1835, et quitte son emploi pour s'installer à Londres avec elle, ayant l'intention de devenir professeur d'anglais.

Réformé du service militaire en 1863, Stéphane Mallarmé se marie à l'Oratoire de Londres avec Maria le 10 août. Il obtient en septembre son certificat d'aptitude à enseigner l'anglais, il fut notamment le professeur de Henri Barbusse. En septembre, il est nommé au lycée impérial de Tournon (Ardèche), où il se considère comme exilé. Il ne cesse durant cette période de composer ses poèmes, comme Les fleurs, Angoisse, « Las d'un amer repos... ». Durant l'été 1864, Mallarmé fait la connaissance à Avignon des félibres, poètes de langue provençale : Théodore Aubanel, Joseph Roumanille et Frédéric Mistral, avec qui il entretient une correspondance. Sa fille Geneviève naît à Tournon le . Il fut parallèlement professeur d'anglais dans cette ville ainsi qu'à Besançon, Toulon et Paris durant la même période[2].

Stéphane Mallarmé

L'année suivante, il compose L'Après-midi d'un faune, qu'il espère voir représenter au Théâtre-Français, mais qui est refusée. Il se lie avec le milieu littéraire parisien, notamment avec Leconte de Lisle et José-Maria de Heredia.

L'année 1866 marque un tournant pour Mallarmé : lors d'un séjour à Cannes chez son ami Eugène Lefébure, il traverse une période de doute absolu qui dure jusqu'en 1869. Nommé professeur à Besançon, il débute en novembre une correspondance avec Paul Verlaine. En 1867, alors qu’il est en poste à Avignon, il commence la publication de ses poèmes en prose et va plusieurs fois rendre visite à Frédéric Mistral à Maillane. Il débute en 1869 l'écriture d’Igitur, conte poétique et philosophique laissé inachevé, qui marque la fin de sa période d'impuissance poétique débutée en 1866. En 1870, il se met en congé de l'instruction publique pour raisons de santé et se réjouit de l'instauration de la République en septembre. Son fils Anatole naît le à Sens et, Mallarmé ayant été nommé à Paris au Lycée Condorcet, la famille s'installe rue de Moscou.

En 1872, Mallarmé fait la connaissance d'un jeune poète, Arthur Rimbaud, qu’il fréquente brièvement, puis, en 1873, du peintre Édouard Manet, qu'il défend lorsque ses tableaux sont refusés au Salon de 1874[3]. C’est par Manet qu’il rencontre ensuite Zola. Mallarmé publie une revue, La Dernière Mode, qui fait paraître huit numéros et dont il est l'unique rédacteur sous divers pseudonymes, la plupart féminins. Nouveau refus des éditeurs en juillet 1875 de sa nouvelle version de L'Après-midi d'un faune, qui paraît néanmoins l'année suivante, illustrée par Manet. Il préface la réédition du Vathek de William Beckford. Dès 1877, des réunions hebdomadaires, devenues vite célèbres, se tiennent le mardi chez Mallarmé. Il fait la rencontre de Victor Hugo en 1878 et publie en 1879 un ouvrage sur la mythologie Les Dieux antiques. Cette année est marquée par la mort de son fils Anatole, le .

À partir de 1874, Mallarmé, de santé fragile, effectue de fréquents séjours à Valvins près de Fontainebleau. Il loue pour lui et ses proches le premier étage d'une ancienne auberge au bord de la Seine. Il finit par l'acquérir et l'embellit de ses mains pour en faire son « home ». Là, les journées s'écoulent entre deux parties de pêche avec Nadar ou d'autres illustres hôtes, face à la forêt miroitant dans la Seine, et le poète alors de dire : « J'honore la rivière qui laisse s'engouffrer dans son eau des journées entières sans qu'on ait l'impression de les avoir perdues. »

Édouard Manet, Portrait de Stéphane Mallarmé, 1876

En 1884, Paul Verlaine fait paraître le troisième article des Poètes maudits consacré à Mallarmé ; cette même année, Joris-Karl Huysmans publie À rebours, dont le personnage principal, des Esseintes, voue une vive admiration aux poèmes de Mallarmé; ces deux ouvrages contribuent à la notoriété du poète. Stéphane Mallarmé est nommé au lycée Janson-de-Sailly. En 1885, il évoque l'explication orphique de la Terre. Son premier poème sans ponctuation paraît en 1886, M'introduire dans ton histoire. La version définitive de L'Après-midi d'un faune est publiée en 1887. Un an plus tard paraît sa traduction des poèmes d'Edgar Allan Poe.
De nouveau sa santé vacille en 1891 ; Mallarmé obtient un congé puis une réduction d’horaire. Il fait la connaissance d’Oscar Wilde et de Paul Valéry au pont de Valvins (ce dernier faillit s'y noyer...). Valéry est un invité fréquent des Mardis mallarméens. En 1892, à la mort d'Eugène Manet, frère d'Édouard Manet, Mallarmé devient le tuteur de sa fille, Julie Manet - dont la mère est le peintre Berthe Morisot. C'est à cette époque que Claude Debussy débute la composition de sa pièce Prélude à l'après-midi d'un faune, présentée en 1894. Mallarmé obtient sa mise à la retraite en novembre 1893, l'année suivante, en 1894, il donne des conférences littéraires à Cambridge et Oxford. Deux années passent, le poète assiste aux obsèques de Paul Verlaine, décédé le , il lui succède comme Prince des poètes.

En 1898, il se range aux côtés d'Émile Zola qui publie dans le journal L'Aurore, le 13 janvier, son article J'accuse en faveur du Capitaine Alfred Dreyfus (Voir l’Affaire Dreyfus). Le , Mallarmé est victime d'un spasme du larynx qui manque de l'étouffer. Le soir même, il recommande dans une lettre à sa femme et à sa fille de détruire ses papiers et ses notes, déclarant : « Il n'y a pas là d'héritage littéraire... ». Le lendemain matin, victime du même malaise, il meurt dans les bras de son médecin, en présence de sa femme et de sa fille. Il est enterré auprès de son fils Anatole au cimetière de Samoreau près de Valvins.

Regards sur son œuvre[modifier | modifier le code]

En lisant Hegel, Mallarmé a découvert que si « le Ciel est mort », le néant est un point de départ qui conduit au Beau et à l'Idéal. À cette philosophie devait correspondre une poétique nouvelle qui dise le pouvoir sacré du Verbe. Par le rythme, la syntaxe et le vocabulaire rare, Mallarmé crée une langue qui ressuscite « l'absente de tous bouquets[4] ». Le poème devient un monde refermé sur lui-même dont le sens naît de la résonance. Le vers se fait couleur, musique, richesse de la sensation, « concours de tous les arts suscitant le miracle ». C'est avec Mallarmé que la « suggestion » devient le fondement de la poétique antiréaliste et fait du symbolisme un impressionnisme littéraire. Son œuvre est alors celle de l'absence de signification qui « signifie davantage » et le poète cherche à atteindre les « splendeurs situées derrière le tombeau ».

« La Poésie est l'expression, par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l'existence : elle doue ainsi d'authenticité notre séjour et constitue la seule tâche spirituelle. »

« (...) Qui parle autrement que tout le monde risque de ne pas plaire à tous ; mieux, de passer pour obscur aux yeux de beaucoup. (...) L'attrait de cette poésie tient à ce qu'elle est vécue comme un privilège spirituel : elle semble élever au plus haut degré de qualité, moyennant l'exclusion de la foule profane, cette pure joie de l'esprit que toute poésie promet[5]. »

Influences[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Publications posthumes
Traductions
Correspondance

Enregistrements[modifier | modifier le code]

Œuvres mises en musique[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Œuvres complètes de Mallarmé. Édition présentée, établie et annotée par Bertrand Marchal, Paris, Gallimard, "Bibliothèque de la Pléiade", 2 tomes, 1998-2003.
  • Pierre Beausire, Essai sur la poésie et la poétique de Mallarmé, Lausanne, Roth libraire-éditeur, "Bibliothèque des Trois Collines", 1942.
  • Henri Mondor, Vie de Mallarmé, Paris, Gallimard, 1942.
  • Henri Mondor pour l'introduction, Mallarmé, documents iconographiques, Genève, Pierre Cailler éditeur, 1947.
  • Charles Mauron, Introduction à la psychanalyse de Mallarmé, Neuchâtel, La Baconnière, 1950.
  • Jacques Scherer, « Le Livre »[6] de Mallarmé. Premières recherches sur des documents inédits, Paris, Gallimard, 1957; rééd. augmentée en 1978.
  • Jean-Pierre Richard, L'univers imaginaire de Mallarmé, Paris, Le Seuil, 1961.
  • Charles Mauron, Mallarmé l'Obscur, Paris, Champion, 1966.
  • Jean-Paul Sartre, Mallarmé, la lucidité et sa face d'ombre, Paris, Gallimard, 1986.
  • Bertrand Marchal, La Religion de Mallarmé. Poésie, mythologie et religion, Paris, José Corti, 1988. (ISBN 978-2-7143-0275-5)
  • André Stanguennec, Mallarmé et l'éthique de la poésie, Paris, Vrin, 1992.
  • Paul Bénichou, Selon Mallarmé, Paris, Gallimard, 1995.
  • Jean-Luc Steinmetz, Stéphane Mallarmé. L'absolu au jour le jour, Paris, Fayard, 1998.
  • Jean-Luc Steinmetz, Présentation et annotations aux Poésies et autres textes de Stéphane Mallarmé, Paris, Le Livre de Poche, 2005.
  • Stefano Agosti, Lecture de "Prose pour des Esseintes" & de quelques autres poèmes de Mallarmé, Comp'Act, 1998.
  • Eric Benoit, Mallarmé et le Mystère du Livre, Paris, Champion, 1998.
  • Eric Benoit, Les Poésies de Mallarmé, Paris, Ellipses, 1998.
  • Pascal Durand, Crises. Mallarmé via Manet, Leuven, Peeters/Vrin, 1998.
  • Pascal Durand, Poésies de Mallarmé, Paris, Gallimard, coll. "Foliothèque", 1998.
  • Roger Lewinter, Mallarmé, et l'écriture de la prose, Paris, éditions Ivrea, 1999. (ISBN 978-2-85184-270-1)
  • Eric Benoit, De la crise du sens à la quête du sens (Mallarmé, Bernanos, Jabès), Paris, Le Cerf, 2001.
  • Hendrik Lücke, Mallarmé-Debussy. Eine vergleichende Studie zur Kunstanschauung am Beispiel von «L'Après-midi d'un Faune». (= Studien zur Musikwissenschaft, Bd. 4). Dr Kovac, Hamburg, 2005. (ISBN 978-3-8300-1685-4)
  • Jean-François Chevrier avec la collab. d'Élia Pijollet, L'action restreinte : l'art moderne selon Mallarmé, Musée des Beaux-Arts de Nantes, Paris, Hazan, 2005 (ISBN 978-2-7541-0021-2).
  • Joseph Attie, Mallarmé le livre : étude psychanalytique, Le Losange, 2007.
  • Eric Benoit, Néant sonore. Mallarmé ou la traversée des paradoxes, Genève, Droz, 2007.
  • André Stanguennec, Mallarmé : penser les arts et la politique, Nantes, Cécile Defaut, 2008.
  • Pascal Durand, Mallarmé. Du sens des formes au sens des formalités, Paris, Le Seuil, coll. "Liber", 2008.
  • Thierry Roger, L’Archive du « Coup de dés », Paris, Garnier, 2010.
  • Franck Ancel, Du LIVRE de Mallarmé au livre mal armé, Gravitons éditions, 2010.
  • Quentin Meillassoux, Le Nombre et la Sirène, Paris, Fayard, 2011.
  • Franck Ancel, L'édition restreinte : le Livre de Mallarmé, Art Book Magazine, 2012.
  • Martin Melkonian, Fiction de l'absence, Editions Ecarts, 2013.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Luc Steinmetz, Présentation et annotations aux Poésies et autres textes de Stéphane Mallarmé, Livre de Poche, 2005, page 6
  2. Stéphane Mallarmé sur Evene.fr (consulté le 8 septembre 2011).
  3. Cf. Manet et Mallarmé : "la complète amitié"
  4. René Ghil, Avant-dire au Traité du Verbe
  5. Paul Bénichou, Selon Mallarmé, Gallimard,‎ 1995
  6. Contient les notes en vue du "Livre", reproduites désormais dans le tome 1 de l'édition de La Pléiade (B. Marchal, 1998)