Wikipédia:Sélection/Enluminure

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Barthélemy d'Eyck

Livre du cœur d'amour épris : Cœur lit l’inscription de la fontaine.

Barthélemy d'Eyck est un artiste peintre originaire de la principauté de Liège et actif entre 1444 et 1470, peintre de René d'Anjou, à qui plusieurs peintures sur bois, enluminures et dessins sont attribués.

Les archives le désignent à plusieurs reprises comme peintre de René d'Anjou, originaire de la région de Maaseik dans les Pays-Bas, vivant dans l'intimité du prince, par ailleurs roi titulaire de Naples. Cependant, à aucun moment, la documentation historique ne permet de lui attribuer une œuvre avec certitude, seules des déductions de styles effectuées par plusieurs historiens de l'art permettent de lui constituer un corpus d'œuvres. Après quelques hypothèses avancées dès la fin du XIXe siècle, c'est principalement depuis les années 1980 que plusieurs historiens tels que Charles Sterling et François Avril ont permis de mettre son nom sur plusieurs œuvres jusque-là attribuées à des maîtres anonymes.

Barthélemy d'Eyck a été identifié au peintre, jusqu'alors anonyme, désigné sous le nom de convention de « Maître du cœur d'amour épris », appelé aussi « Maître du roi René », qui est l'auteur probable des enluminures d'une dizaine de manuscrits réalisés pour René d'Anjou dont le Livre du cœur d'Amour épris, un manuscrit de la Théséide, le Livre des tournois et peut-être même quelques ajouts au calendrier des Très Riches Heures du duc de Berry. Il est aussi assimilé au « Maître du triptyque d'Aix », auteur du Triptyque de l'Annonciation d'Aix, ce qui a permis de voir sa main dans plusieurs autres panneaux sur bois du deuxième tiers du XVe siècle. Son style, inspiré de Robert Campin et empruntant à Jan van Eyck, est caractérisé par des personnages d'aspect massif, au regard énigmatique glissant sur le côté. Il use particulièrement de jeux d'ombres et du clair-obscur qui viendraient de son séjour en Provence. Enfin, il manie à de multiples reprises les symboles héraldiques et les emblèmes, sans doute sous l'influence directe de son mécène, le roi René, dont il est très proche. Ces attributions d'œuvres font de plus en plus l'unanimité parmi les historiens d'art, même si certaines d'entre elles sont encore sujettes à controverses.

Les Très Riches Heures du duc de Berry

L'Homme anatomique, ou Homme zodiacal, enluminure réalisée par les Frères de Limbourg et portant les armes du duc Jean de Berry, f.14v.

Les Très Riches Heures du duc de Berry est un livre d'heures commandé par le duc Jean Ier de Berry et actuellement conservé au musée Condé à Chantilly (France) sous la cote Ms. 65.

Il est commandé par le duc aux frères Paul, Jean et Herman de Limbourg vers 1410-1411. Inachevé à la mort des trois peintres et de leur commanditaire en 1416, le manuscrit est probablement complété, dans certaines miniatures du calendrier, par un peintre anonyme dans les années 1440. Certains historiens de l'art y voient la main de Barthélemy d'Eyck. En 1485-1486, il est achevé dans son état actuel par le peintre Jean Colombe pour le compte du duc de Savoie. Acquis par le duc d'Aumale en 1856, il est toujours conservé dans son château de Chantilly, dont il ne peut sortir, en raison des conditions du legs du duc.

Sur un total de 206 feuillets, le manuscrit contient 66 grandes miniatures et 65 petites. La conception du livre, longue et complexe, a fait l'objet de multiples modifications et revirements. Pour ses décors, miniatures mais aussi calligraphie, lettrines et décorations de marges, il a été fait appel à de nombreux artistes, mais la détermination de leur nombre précis et de leur identité reste à l'état d'hypothèse. Réalisées en grande partie par des artistes venus des Pays-Bas, à l'aide des pigments les plus rares, les peintures sont fortement influencées de l'art italien et antique. Après un oubli de trois siècles, les Très Riches Heures ont acquis rapidement une grande renommée au cours des XIXe et XXe siècles, malgré leur très rare exposition au public. Les miniatures ont contribué à façonner une image idéale du Moyen Âge dans l'imaginaire collectif. C'est particulièrement le cas des images du calendrier, les plus connues, représentant à la fois des scènes paysannes, aristocratiques et des éléments d'architectures médiévales remarquables. Il s'agit de l'un des plus célèbres manuscrits enluminés.

Behzad

Bihzad.jpg

Kamaleddin Behzad ou Kamal od-Din Bihzad (en persan : کمال‌الدین بهزاد), dit Behzad ou Bihzad était un grand maître de la miniature persane originaire d’Herat (actuel Afghanistan), actif à la cour du Timouride Hosseyn Bāyqara (875-912 AH/1470-1506), durant les dernières décennies de la Renaissance timouride. Il est ensuite passé au service des Safavides dans les ateliers royaux de Tabriz. Il est né vers 1450 à Herat et est mort vers 1535-1536 à Tabriz. De nombreux travaux lui sont attribués, mais seulement quelques-uns sont reconnus comme étant de sa main. Il a inspiré un style de miniature persane qui restera une référence après sa mort.

Miniature arménienne

Manuscrit illustré par Toros Roslin, Évangile de Malatia, 1268.

La miniature arménienne est l'expression particulière de la miniature en Grande-Arménie, en Petite-Arménie et dans la diaspora arménienne. Son apparition remonte à la création de l'alphabet arménien en Arménie, soit en l'an 405. Très peu de fragments de manuscrits enluminés des VIe et VIIe siècles ont survécu, le plus ancien conservé en entier datant du IXe siècle. L'âge d'or se situe aux XIIIe et XIVe siècles, période de la formation définitive des principales écoles et tendances (quinze cents centres d'écriture et d'enluminure). Les plus éclatantes sont celles de Siounie, du Vaspourakan et de Cilicie. De nombreux manuscrits arméniens enluminés hors du pays d'Arménie ont aussi traversé les siècles. Malgré l'apparition de l'imprimerie arménienne au XVIe siècle, la production de miniatures s'est prolongée jusqu'au XIXe siècle et survit à travers la peinture et le cinéma arméniens modernes...

Livre de Kells

Symboles évangélistes, page d’introduction extraite du livre de Kells.

Le livre de Kells est un manuscrit illustré de motifs ornementaux et réalisé par des moines celtiques vers l’an 800. Chef d'œuvre du christianisme irlandais et de l’art irlando-saxon, il constitue malgré son inachèvement l’un des plus somptueux manuscrits enluminés ayant pu survivre au Moyen Âge.

En raison de sa grande beauté et de l’excellence technique de sa finition, le manuscrit est considéré par beaucoup de spécialistes comme l’un des plus remarquables vestiges de l’art religieux médiéval.


Toros Roslin

TorosRoslin statue.jpg

Toros (ou Thoros) Roslin (en arménien Թորոս Ռոսլին ; ca. 1210-ca. 1270) est le plus éminent des enlumineurs arméniens du Moyen Âge classique. Également copiste, il œuvre au scriptorium de Hromgla, principalement au service du Catholicos Constantin Ier et de Héthoum Ier, roi d'Arménie, un royaume en contact avec l'Occident chrétien par l'intermédiaire des Croisés.

De son œuvre, sept manuscrits signés de sa main ont survécu ; trois autres lui sont généralement attribués. De par sa connaissance de l'art de l'Europe occidentale et de Byzance, Toros Roslin a marqué l'art de la miniature arménienne en introduisant un grand nombre de scènes nouvelles dans son iconographie, tout en perpétuant les conventions établies par ses prédécesseurs.

Acte de mariage de l'impératrice Théophano

Scènes de batailles d'animaux, avec des parties de l'eschatocole de l’acte.

L'acte de mariage de l'impératrice Théophano (Archives d'État de Wolfenbüttel, 6 Urk 11) est un acte de dotation du haut Moyen Âge en faveur de la princesse byzantine Théophano Skleraina. Suite à son mariage avec Otton II en 972, elle reçoit l'onction d'impératrice du Saint-Empire romain germanique, qu'elle dirige plus tard. Le document juridique établi par Otton II est un exemple des contacts politiques et culturels entre l'empire d'Occident et le cercle culturel byzantin-orthodoxe au Xe siècle. Témoignage de l'art ottonien, influencé par les modèles byzantins, ce document transmis en écriture calligraphique est l'un des fleurons de la production diplomatique du haut Moyen Âge.

Biographie illustrée du moine itinérant Ippen

Ippen pratique le nenbutsu dansé à Ōtsu, où l’on voit riches citadins (à gauche), paysans et pauvres mendiants (à droite). Rouleau VII, section 1.

La Biographie illustrée du moine itinérant Ippen (一遍上人絵伝, Ippen shōnin eden?) est un ensemble d'emaki (rouleaux narratifs peints) japonais rapportant la vie d'Ippen (1234–1289), moine bouddhique fondateur de l'école amidiste Ji shū. Parmi les différents emaki portant ce titre, la version originale de 1299, nommée Ippen hijiri-e (一遍聖絵?, « Peintures de la vie du saint homme Ippen »), est la plus réputée et la plus connue. Un deuxième emaki du XIVe siècle nommé Yugyō shōnin engi-e (遊行上人縁起絵?), d'un style plus accessible, raconte également la biographie du moine. De nombreuses copies de ces deux emaki originaux ont été réalisées par la suite, l'ensemble étant donc souvent regroupé sous le terme d'Ippen shōnin eden.

L'Ippen hijiri-e, version originale créée par Shōkai et peinte par En-I, se compose de douze rouleaux de soie, matériau très onéreux, alternant textes calligraphiés et peintures. Le style pictural et la composition des illustrations sont inédits dans l'art des emaki, s'inspirant tant du yamato-e japonais (le style traditionnel de la cour impériale) que du paysage chinois au lavis des Song et s'inscrivant dans les tendances réalistes de l'art de l'époque de Kamakura. De nos jours, l'œuvre demeure la plus ancienne biographie d'Ippen et présente un aperçu inestimable de la vie quotidienne, de la pratique religieuse ainsi que de nombreux paysages et lieux typiques du Japon médiéval, si bien qu'elle est grandement étudiée tant par les historiens que par les historiens de l'art. Elle est classée parmi les trésors nationaux du Japon.

Le Yugyō shōnin engi-e, achevé entre 1303 et 1307 sous la conduite de Sōshun en dix rouleaux de papier, porte sur les biographies d'Ippen et surtout de son successeur Taa. Moins raffiné, il a une vocation prosélyte et vise à asseoir la légitimité de Taa comme cofondateur de l'école. Cette version, détruite de nos jours, nous est parvenue à travers ses diverses copies.

Rouleaux illustrés du Dit de Heiji

La célèbre scène de l’incendie du palais de Sanjō, avec une séquence de bataille et de barbarie au bas du rouleau. Rouleau de l’incendie du palais de Sanjō.

Les Rouleaux illustrés du Dit de Heiji (平治物語絵巻, Heiji monogatari emaki?) forment un emaki datant de la seconde moitié du XIIIe siècle. Ils présentent le récit de la rébellion de Heiji entre les clans Taira et Minamoto au Japon.

L’auteur comme le commanditaire de l’œuvre restent inconnus, et la réalisation s’est probablement étalée sur plusieurs décennies. De nos jours, seuls trois rouleaux originaux et quelques autres fragments d’un quatrième subsistent ; ils sont détenus par le musée des beaux-arts de Boston, la fondation Seikadō de Tōkyō et le musée national de Tōkyō. Les guerres civiles pour la domination du Japon à la fin de l’époque de Heian, qui s'achèvent avec la guerre de Genpei par la victoire du clan Minamoto, ont fortement marqué l’histoire du Japon au point d’être illustrées dans de multiples œuvres. Fort renommés, les Rouleaux illustrés du Dit de Heiji ont inspiré de nombreux artistes jusqu'à l’époque moderne.

Les peintures de l’œuvre, de style yamato-e, se distinguent tant par le dynamisme des lignes et du mouvement que par les couleurs vives, ainsi que par un élan réaliste caractéristique des arts de l'époque de Kamakura. Cruauté, massacres et barbaries sont également reproduits sans aucune atténuation. Il en résulte un « nouveau style particulièrement adapté à la vitalité et l’assurance de l’époque de Kamakura ». Dans plusieurs rouleaux, de longues séquences peintes introduites par de brefs passages calligraphiés sont soigneusement composées de façon à créer le tragique et l’épique, tel le passage de l’incendie du palais de Sanjō, profondément étudié par les historiens de l'art.

Vergilius Vaticanus

Vergilius Vaticanus.

Le Vergilius Vaticanus est un manuscrit enluminé contenant des fragments de l'Énéide et des Géorgiques de Virgile, daté des environs du début du Ve siècle. Contenant 76 folios et 50 miniatures, il est conservé à la bibliothèque apostolique vaticane (Cod. Vat. Lat. 3225).

L'ouvrage a probablement été exécuté pour un membre non identifié de l'aristocratie païenne à Rome, à la fin du IVe ou au début du Ve siècle, selon les estimations des historiens de l'art. Il fait partie des très rares manuscrits illustrés encore conservés de l'Antiquité tardive. Il mélange à la fois l'influence de la peinture sur papyrus et de l'art classique du Haut Empire. Un temps conservé à l'abbaye Saint-Martin de Tours au Moyen Âge, il passe entre les mains de plusieurs érudits et bibliophiles français puis italiens au XVe et au XVIe siècle avant d'être donné à la bibliothèque papale en 1600. Après 1600 ans d'histoire et de nombreux aléas, seuls un quart du texte et un cinquième des miniatures du manuscrit originel sont encore conservés. Les images, œuvres probables de trois artistes différents, illustrent partiellement les deux derniers livres des Géorgiques et neuf des douze chants de l'Énéide. Ces peintures romaines ont suscité l'attention de nombreux savants attachés à l'héritage antique et ont contribué à influencer les artistes de la Renaissance carolingienne mais aussi de la Renaissance italienne.

Livre d'heures d'Étienne Chevalier

Saint Jean à Patmos, la première miniature du livre parmi celles connues.

Le Livre d'heures d'Étienne Chevalier est un ancien livre d'heures manuscrit, œuvre de Jean Fouquet réalisée entre 1452 et 1460. Aujourd'hui en grande partie détruit, seuls 49 feuillets contenant 47 miniatures subsistent, dispersés dans huit lieux de conservation différents en Europe et aux États-Unis. Quarante de ces feuillets sont exposés au musée Condé à Chantilly (ms.71).

Commandé par Étienne Chevalier, trésorier du roi Charles VII, ce livre est décoré par l'un des plus célèbres peintres et enlumineurs français du XVe siècle, Jean Fouquet. C'est au début du XVIIIe siècle que les miniatures du manuscrit sont découpées et vendues séparément, le reste du texte étant en grande partie détruit.

L'ensemble de l'ouvrage, bien que sa reconstitution exacte soit complexe, présente des cycles originaux d'illustrations de la vie du Christ, de la Vierge et de vies de saints, qui se retrouvent rarement dans d'autres manuscrits de cette époque. Chaque miniature constitue un petit tableau en soi, assimilant des influences italiennes et flamandes mais tout en présentant un caractère typique de l'enluminure française de son époque, à la jonction entre le Gothique et la Renaissance. Elles contiennent des mises en page novatrices et font preuve d'une grande maîtrise de la géométrie et surtout de la perspective, alors naissante, dans leur composition. En outre, un grand nombre d'édifices et de paysages de la fin du Moyen Âge, de Paris ou d'ailleurs, y sont représentés avec un grand réalisme. L'iconographie de ces miniatures marque durablement tout un courant de l'enluminure française de son siècle, mais surtout, elle fascine un grand nombre d'historiens et d'esthètes à l'époque contemporaine, qui contribuent à en faire l'une des œuvres enluminées les plus célèbres de son temps.

Maître de François de Rohan

Frontispice de Fleur de Vertu représentant son traducteur, François II de Rohan, par le Maître du même nom.

Le Maître de François de Rohan désigne par convention un enlumineur et un dessinateur de gravures actif à Paris entre 1525 et 1546.

Ce maître anonyme doit son nom au frontispice d'un manuscrit enluminé de la Fleur de vertu, un recueil de textes moraux traduit en français par François II de Rohan, sur lequel ce dernier est représenté. Peut-être d'origine suisse ou germanique et installé à Paris, il a peint de nombreux manuscrits pour de grands seigneurs ou prélats français.

Ses miniatures représentent des scènes vivantes et colorées, généralement encadrées de décors architecturaux imposants. Il a aussi créé des dessins de gravures sur bois insérées dans des livres imprimés à une époque où l'imprimerie prend le pas sur les manuscrits. Son succès est tel qu'il a contribué à plusieurs manuscrits royaux, dont un livre d'heures destiné à François Ier ainsi que des ouvrages destinés à sa sœur, Marguerite de Navarre.

Les historiens de l'art lui attribuent une vingtaine de décorations de manuscrits, ainsi que les gravures de cinq ouvrages du second quart du XVIe siècle et les volets latéraux d'un petit triptyque sur vélin. Il n'a jusqu'à présent fait l'objet d'aucune identification.

Maître du Cardinal de Bourbon

Le cardinal de Bourbon recevant l'ouvrage sur la vie de saint Louis et le remettant à une duchesse de Bourbon en bas, f.3r.

Le Maître du Cardinal de Bourbon désigne par convention un enlumineur actif en France entre 1470 et 1500.

Ce maître anonyme doit son nom à un manuscrit évoquant la vie et les miracles de saint Louis enluminé à l'attention de Charles II de Bourbon, cardinal et archevêque de Lyon. Sa carrière reste très mal connue et repose en grande partie sur des hypothèses. D'origine flamande, il est formé dans l'orbite du groupe du Maître de Marguerite d'York dans la région de Bruges. Peut-être passé par Rouen dans les années 1470, il est installé à Paris à partir des années 1480, où il enlumine un grand nombre de manuscrits destinés à des proches du roi Louis XI. Il a été proposé de l'identifier à Guérard Louf, peintre et sculpteur d'Utrecht installé à Rouen, mais cette identification a depuis été remise en cause.

Son style est marqué par des encadrements de miniatures imitant l'architecture gothique, des personnages au physique marqué et au visage expressif, le goût des détails notamment vestimentaires et un souci de réalisme parfois sanglant, typique de l'enluminure flamande de son époque. Il utilise d'autre part des mises en scène complexes mêlant plusieurs perspectives dans une même image et compartimentant les miniatures, le tout mis en valeur par des couleurs chatoyantes. Ainsi, son style s'inspire à la fois de l'enluminure des Pays-Bas et de celle de Paris. Toutefois, il se montre original dans ses ouvrages majeurs, tels La vie de saint Louis ou la chronique du siège de Rhodes dans lesquels il développe des cycles iconographiques qui lui sont propres.

Au total, seize livres d'heures et dix autres manuscrits lui sont attribués entièrement ou partiellement. Il pourrait aussi avoir réalisé des modèles pour des gravures, de la peinture sur panneau et des peintures murales mais sans qu'aucune œuvre ne soit attestée de sa main.

De situ orbis d'Albi

Première page du manuscrit, f.1r.

De situ orbis geographia est un manuscrit enluminé de la Géographie de Strabon d'origine italienne, daté de 1459 et conservé à la bibliothèque d'Albi (Ms. 77).

Traduit du grec ancien en latin par Guarino de Vérone sur commande du général vénitien Jacopo Antonio Marcello, ce texte de Strabon a été offert à René d'Anjou, comme cadeau diplomatique le 13 septembre 1459. Il fait partie d'un ensemble de livres envoyés par le militaire italien au prince français, tous deux bibliophiles et passionnés de culture antique. Le manuscrit de prestige est écrit sans doute à Padoue dans le style humaniste et doté de remarquables lettrines à facette inspirées de l'Antiquité. Il est surtout décoré de deux miniatures, conçues comme de véritables petits tableaux et représentant le traducteur, le commanditaire et le destinataire de l'ouvrage. Bien qu'ayant fait l'objet de nombreuses attributions par les historiens de l'art, elles sont généralement données de nos jours au peintre Giovanni Bellini. Elles ont contribué à importer en France le style de la Renaissance italienne, particulièrement dans les nombreux manuscrits enluminés du roi René. Le manuscrit arrive sans doute à Albi dès la fin du XVe siècle ou au début du siècle suivant dans les collections de la bibliothèque de la cathédrale de la ville.

Étienne Colaud

Statuts de l'ordre de Saint-Michel, BNF Fr.19815.

Étienne Colaud ou Collault est un enlumineur et libraire français, actif à Paris entre 1512 et 1541.

Plusieurs documents d'archives permettent de savoir qu'il est installé sur l'île de la Cité et qu'il appartient à une famille des métiers du livre. Il possède une clientèle prestigieuse composée de plusieurs grands seigneurs, de prélats et du roi de France lui-même. Grâce à un livre d'heures portant son nom, une vingtaine de manuscrits lui sont attribués d'après leur style. Il s'agit aussi bien de livres religieux, de traductions d'ouvrages latins ou italiens en français, de romans de chevalerie mais aussi d'ouvrages imprimés enluminés. Il est principalement influencé par un autre enlumineur parisien, Jean Pichore, mais ses œuvres montrent qu'il noue des liens avec presque tous les autres artistes parisiens du livre de son époque.

Il assure dans le même temps les fonctions de libraire, c'est-à-dire d'entrepreneur et donneur d'ordres dans la réalisation de manuscrits, de l'écriture à la reliure. Il délègue pour cela la peinture des miniatures à des collaborateurs ponctuels ou réguliers restés anonymes et pour cela désignés notamment sous plusieurs noms de convention : « exécutant principal des Statuts », « Maître d'Anne de Graville » ou « Maître des Puys de Rouen ». Son atelier, désigné sous le nom de « Groupe Colaud », est ainsi probablement à l'origine d'une vingtaine de manuscrits supplémentaires. On lui doit enfin la réalisation d'une quinzaine de manuscrits produits en série des Statuts de l'ordre de Saint-Michel, commandés par le roi François Ier.

Rouleaux des légendes du mont Shigi

Détail de la scène du grenier volant.

Les Rouleaux des légendes du mont Shigi (信貴山縁起絵巻, Shigi-san engi emaki?), aussi traduits en Rouleaux illustrés des antécédents du monastère du mont Shigi ou Légendes du temple du mont Shigi, forment un exemple remarquable de l’emaki, un art pictural japonais dont les bases ont été importées de Chine vers le VIe siècle. Datant approximativement de la fin de l’époque de Heian (XIIe siècle) et réalisés à l’encre de Chine et couleurs sur papier, ils illustrent la biographie romancée du moine Myōren et les légendes qui entourent le monastère bouddhique Chōgosonshi construit sur un versant du mont Shigi, dans l’ancienne province de Yamato. Son classement au titre de trésor national du Japon en 1951 le désigne comme chef-d’œuvre artistique d’une valeur exceptionnelle du patrimoine culturel du Japon et garantit sa conservation et sa protection par l’État japonais. Au-delà de sa valeur artistique, l’œuvre livre un témoignage historique sur la vie quotidienne des gens ordinaires de l’époque de Heian. Les scènes peintes qui se succèdent décrivent des hommes et des femmes au travail, voyageant ou recevant des hôtes. De nombreux détails architecturaux, précisément reproduits, renseignent sur les structures de l’habitat et des lieux saints de l’époque. Associée à des emaki contemporains, tels que le Chōjū-giga et le Ban dainagon ekotoba, cette œuvre picturale témoigne de la grande maturité atteinte par la peinture narrative japonaise au tout début des temps médiévaux.

Missel de Thomas James

Frontispice du missel, fo 6 vo.

Le Missel de Thomas James est un manuscrit enluminé vers 1483 pour Thomas James, évêque de Dol en Bretagne.

Présentant le texte d'un missel à l'usage de Rome, il a été commandé par le prélat breton, proche du pape Sixte IV et des milieux humanistes italiens, alors qu'il résidait dans la cité papale. La réalisation de l'ouvrage a été confiée à l'enlumineur Attavante degli Attavanti et son atelier, à Florence. Il contient deux miniatures en pleine page, deux autres en tiers de page, 165 lettrines historiées ainsi que de nombreuses marges décorées notamment de médaillons représentant des saints ou des scènes de la vie du Christ. Ces décors sont représentatifs de l'art florentin de la Renaissance, inspiré d'objets antiques et de l'art flamand. Il sert de modèle pour d'autres manuscrits du même enlumineur, dont le Missel de Matthias Corvin. Le manuscrit reste à Dol-de-Bretagne jusqu'au XIXe siècle, lorsqu'il est vendu puis acquis par un archevêque de Lyon. Il est actuellement conservé à la Bibliothèque municipale de Lyon sous la cote Ms.5123, même s'il a été partiellement mutilé : le frontispice a été découpé et cinq feuillets en ont été détachés. L'un d'entre eux, représentant la Crucifixion, est conservé au musée d'art moderne André-Malraux du Havre.