Dogmes chrétiens

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Dans le christianisme, un dogme est une expression de la foi proclamée solennellement par l’Église. L'ensemble des dogmes forment la doctrine religieuse de l’Église. Ces dogmes sont basés sur la compréhension et l'interprétation de la Bible, et parfois la tradition.

Pour certains chrétiens, les seules instances qui peuvent proclamer un dogme sont les conciles. Pour les catholiques, un concile avec le pape, ou le pape seul, ont également ce pouvoir.

Définition[modifier | modifier le code]

Le mot « dogme » désigne « un point fondamental et considéré comme incontestable d'une doctrine religieuse », une « opinion donnée comme certaine, intangible et imposée comme vérité indiscutable ». L'ensemble des « dogmes » (de ces vérités), formant la doctrine de la communauté religieuse[1],[2]. C'est l'autorité religieuse qui gère la communauté qui définit les dogmes. Le point de doctrine ainsi défini est contenu dans la révélation divine, et c'est par l'enseignement du magistère ordinaire et universel que l’Église[N 1] définit ce dogme de foi[2].

Les dogmes chrétiens

Pour tous les chrétiens, la révélation est complètement et définitivement donnée en Jésus-Christ (dans les Saintes Écritures). Tous les dogmes sont donc basés sur la compréhension de ces écritures. C’est le rôle de l’Église[N 1] de transmettre cette révélation et d’en approfondir la compréhension au cours des âges, avec l’assistance de l’Esprit-Saint[3]. C'est l’ensemble de cette transmission-approfondissement du message évangélique qui constitue la Tradition, fondée sur la succession apostolique.

C'est ainsi que les catholiques considèrent les dogmes comme des expressions de la foi déjà implicitement incluses dans la révélation divine, et qui sont simplement explicités par l'Église[4],[2],[5],[6].

Historique et mise en place[modifier | modifier le code]

Mise en place des dogmes et des conciles[modifier | modifier le code]

Les questions précises relatives à l'élaboration d'une doctrine du Christ ont commencé à se poser très tôt (IIe siècle). C'est ainsi que se définissent, par opposition l'une à l'autre, les « hérésies » et l’« orthodoxie »[7], comme en témoignent, par exemple, les écrits apologétiques d’Hilaire de Poitiers contre les hérétiques[N 2].

C'est au cours du IVe siècle que débute la succession des conciles élaborant la dogmatique, particulièrement la christologie. Plutôt que de trouver un consensus entre les cinq patriarcats, égaux et indépendants à l'époque, les conciles agissent comme des tribunaux et chacun d'eux donna lieu à un schisme. Toutefois, jusqu'en 1054, ces schismes ne séparaient que des communautés de croyants (appelées « sectes » c'est-à-dire « coupées »), mais non les patriarcats (Jérusalem, Alexandrie, Rome, Antioche et Constantinople), qui eux, restèrent dans l’« orthodoxie »[7].

Comme l'explique Marie-Emile Boismard o.p., une formulation des divers dogmes destinée au croyant se retrouve alors dans les confessions de foi qui représentent une conception « hellénistique » de la religion :

« Croire que les dogmes étaient présents à l'origine relève de la mentalité moderne. On a toujours tendance à analyser les textes du Nouveau Testament pour y retrouver la foi de l'Église actuelle. Dans le monde sémitique, la foi est avant tout l'engagement d'une personne vis-à-vis de Dieu. Quand on passe dans le monde grec, elle se transforme : au lieu d'être une adhésion à une personne, elle devient adhésion à des vérités, à des dogmes ».
Elle « s'intellectualise ». Pour beaucoup de gens, est chrétien celui qui va adhérer à un « credo »[8].

Lucien Jerphagnon estime que la crise arienne change tout. Auparavant, les conciles sont locaux : ce sont des tribunaux où l'on juge les minoritaires, tel celui de Hierapolis qui avait exclu Montan en 175. Avec la crise arienne au lieu d'être local (assorti de conséquences locales) le concile, par la volonté de l'empereur, devient œcuménique et les conséquences s'étendent à tout l'empire. La seule issue pour l'hérétique condamné est alors l'exil[9].

Dogmes des sept premiers conciles[modifier | modifier le code]

  1. 325 : Premier concile de Nicée - Fils « vrai Dieu de vrai Dieu, engendré et non créé, consubstantiel au Père » (empereur Constantin Ier, Ossius de Cordoue contre Eusèbe de Césarée et Arius).
  2. 381 : premier concile de Constantinople - « Saint-Esprit consubstantiel au Père » - Credo de Nicée-Constantinople (empereur Théodose Ier, Grégoire de Nazianze contre Démophile).
  3. 431 : Concile d'Éphèse - Marie, Mère de Dieu (théotokos) (Cyrille d'Alexandrie contre Nestorius).
    Les conclusions de ce concile provoquent la scission avec les Églises des deux conciles
    En 449 se déroule le Deuxième concile d'Éphèse, un concile oriental qui décide le monoénergisme. Ce concile n'est pas reconnu par les autres Églises.
  4. 451 : Concile de Chalcédoine - « La double nature de Jésus » c'est-à-dire deux natures séparées unies en une personne (pape Léon et empereur Marcien, contre Eutychès et Dioscore d'Alexandrie)
    Les conclusions de ce concile provoquent la scission avec les Églises des trois conciles
  5. 553 : deuxième concile de Constantinople
  6. 680 : troisième concile de Constantinople
  7. 786 : Concile de Nicée II - Légitimité du culte des icônes (Théodore Studite, patriarche Nicéphore)

À partir de 1054, la rupture est progressivement consommée entre catholiques (dits « latins ») et orthodoxes (dits « grecs »). Des anathèmes mutuels provoquent la rupture de la Pentarchie, mais ce sont les innovations doctrinales divergentes des conciles ultérieurs qui rendent cette rupture définitive.

Dogmes dans les Églises chrétiennes[modifier | modifier le code]

Dogmes proprement catholiques[modifier | modifier le code]

Dogmes mariaux[modifier | modifier le code]

Un dogme marial est une profession de foi établie par les Églises catholique et orthodoxes concernant la Vierge Marie. Sur les quatre dogmes actuellement définis, les deux plus anciens (431 et 649, qui en font la « mère de Dieu » et une vierge) sont partagés par les deux Églises catholique et orthodoxe, tandis que les deux plus récents (1854 et 1950, qui en font un être exempt de péché originel, élevé au ciel « corps et âme »), ne sont professés que par l’Église catholique[10].

Doctrines protestantes[modifier | modifier le code]

Pour André Gounelle, les protestants n’ont pas de dogme à proprement parler, mais des doctrines et des principes. Le dogme ayant « le statut d’une vérité révélée ou, en tout cas, d’une formule qui exprime parfaitement le contenu de la révélation », il est donc intangible, intouchable et irréformable. C’est pourquoi le mot « dogmatisme » caractérise celui qui est certain de détenir la vérité et qui se refuse à discuter, à mettre en question ses opinions et à les modifier après réflexion ou en fonction de l’expérience. Or, au contraire du catholicisme, prisonnier des décisions des conciles ou des papes du passé, le protestantisme estime révisables, réformables tous ses enseignements. André Gounelle cite en exemple la notion de trinité, dogme pour le catholicisme, et doctrine pour les protestants, que beaucoup de protestants considèrent comme une bonne explication de l’être de Dieu, qui rend compte de manière juste du message biblique. D’autres protestants, par exemple les unitariens et les libéraux, la critiquent et cherchent de meilleures formulations[11].

L’expression commune de la foi d’une union d’Églises protestantes s’exprime en général dans une confession de foi commune. Par exemple, parmi les confessions de foi adoptés par les réformées, les plus connues sont la confession de La Rochelle, la confession de foi de 1873 qui ouvre un schisme entre « libéraux » et « réguliers » dans les Églises réformées en France, et la Déclaration de foi de l'Église réformée de France de 1936, sur laquelle les réformés français ont en partie restauré leur unité en 1938.

La question de l'œcuménisme[modifier | modifier le code]

D'après Michel Grandjean[N 3], il est impossible de parler sur l'instant de conciles œcuméniques ou de dogmes œcuméniques. Dans l’antiquité gréco-romaine, oikoumênê désigne la « Terre habitée » : l’œcuménicité d’un concile ne saurait être affirmée qu’a posteriori, lorsque des années ou des siècles plus tard, les Églises proclament leur adhésion au concile en question[12]. D’autant qu’en 1054, pour des raisons d’ailleurs plus géopolitiques que doctrinales, l’Église d’Occident, dirigée par l’évêque et pontife de Rome, le « Primus inter pares » (« premier parmi ses pairs » : le pape), quitte la Pentarchie (qui devient dès lors une « tétrarchie ») et depuis lors cette Église a réuni 14 conciles qui lui sont propres, à l’origine d’importantes innovations tant doctrinales que canoniques : Filioque, purgatoire, primauté de Pierre, autorité temporelle des papes, célibat des prêtres, inquisition entre autres. Le nombre des conciles dits « œcuméniques » varie donc selon les diverses Églises : les Églises orthodoxes en comptent sept, de Nicée à Nicée II en 787, d’où l’appellation d’Églises des sept conciles. Des Églises d’Orient comme l’arménienne ou la copte en reconnaissent trois (excluant celui de Chalcédoine, d’où les appellations d’Églises des trois conciles), tandis qu’en ajoutant ses 14 conciles propres aux 7 premiers, l’Église catholique compte pour sa part vingt et un conciles.

Les historiens qui ne suivent pas le point de vue de l’Église catholique, comme Walter Bauer ou Adolf von Harnack, considèrent qu’il n’existait pas d’unité doctrinale dans le christianisme ancien (organisé en Pentarchie avant 1054, ce que la papauté ne reconnaît pas) et que considérer différentes confessions chrétiennes (les ariens ou les nestoriens) comme des « hérétiques » et les opposer soit aux « catholiques », soit aux « orthodoxes » est un anachronisme, car cela suppose que l’une de ces Églises (celle qui est citée) est l’unique continuatrice de l’Église du IVe siècle. L’emploi d’un seul de ces termes rejette l’autre, ainsi que les anglicans et les protestants, dans la même « illégitimité hérétique »[13],[14],[7],[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Ici le terme « Église » désigne chacune des différentes Églises chrétiennes (catholiques, orthodoxes, protestants, anglicans).
  2. Depuis Walter Bauer 1996, on sait que les hérésies, ou école de pensées, étaient « premières » en un temps où la règle herméneutique la plus fréquente était « plus c'est ancien, plus c'est authentique ». Elles correspondaient à la fois au mode de transmission pharisien, groupe religieux dont les membres se réunissaient autour d'un maître, et au mode de transmission hellénistique, groupe philosophique dont les membres se réunissaient autour d'un maître.
  3. Michel Grandjean est un théologien protestant.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Dogme », sur Larousse, larousse.fr (consulté le ).
  2. a b et c « Dogme », sur CNRTL (consulté le ).
  3. Catéchisme de l'Église catholique § 85-86 (lire en ligne).
  4. Charles Morerod OP, « Dogmes et œcuménisme », Nova et Vetera, vol. 78, nos 1/2,‎ , p. 29-61.
  5. Catéchisme de l'Église catholique § 891 (lire en ligne).
  6. Catéchisme de l'Église catholique § 88 (lire en ligne).
  7. a b et c (en) Walter Bauer, Orthodoxy and Heresy in Earliest Christianity, Sigler Press, , 344 p. (ISBN 978-0-9623642-7-3). Traduction originale en anglais (1934) en ligne
  8. Le Monde de la Bible : CHYPRE de saint Paul à Justinien, t. 112, .
  9. « Les hérétiques », Historia, no 82 : Arius sème la zizanie,‎ .
  10. Seneze Nicolas, « Quatre dogmes à propos de Marie », La Croix,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  11. « Doctrines, dogmes et principes », sur le site théologique d'André Gounelle (consulté le )
  12. « Histoire du christianisme - Michel Grandjean », sur Faculté autonome de théologie protestante, Université de Genève, (consulté le ).
  13. « Les hérétiques », Historia, no 82 : Arius sème la zizanie,‎ , le paragraphe « Arius sème la zizanie ».
  14. Adolf von Harnack, Histoire des dogmes, Paris, Cerf, coll. « Patrimoines », (ISBN 9782204049566).
  15. Mircea Eliade, Histoire des croyances et des idées religieuses : De Mahomet à l'âge des Réformes, vol. 3, Paris, Payot, coll. « Bibliothèque historique », , 412 p. (ISBN 978-2228914468).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (la) H. Denzinger et A. Schönmetzer, Enchiridion Symbolorum, Definitionum et Declarationum de Rebus Fidei et Morum, Rome, Herder, , XXXVI éd..
  • Claude Tresmontant, Introduction à la théologie chrétienne, Paris, le Seuil, , 424 p..
  • Bernard Sesboué, Histoire des dogmes, Paris, Desclée, 1994-1996. 4 volumes d'environ 600 pages chacun.
  • Marie-Émile Boismard, À l'aube du christianisme : Avant la naissance des dogmes, Paris, Cerf, , 192 p. (ISBN 978-2204059770).
  • Catéchisme de l'Église catholique, Mame, , 848 p. (ISBN 978-2266095631, lire en ligne).
  • Le Catéchisme hollandais (édition de 1967)
  • Monsieur Colomb, Le Catéchisme progressif, Emmanuel vitte, (ASIN B007Y5FRXE). 3 tomes.
  • Michel Fedou, Le dogmes, Fidélité, , 116 p. (ISBN 978-2873568566).
  • Thomas Gousset, Théologie Dogmatique, ou exposition des preuves et des dogmes de la religion catholique, t. 1, Paris, Jacques Lecoffre et Cie, , 756 p. (ASIN B00CAX2VSE).
  • Thomas Gousset, Théologie Dogmatique, ou exposition des preuves et des dogmes de la religion catholique, t. 2, Paris, Jacques Lecoffre et Cie, , 685 p. (ASIN B00CAX2VSE, lire en ligne).