Scientisme

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Le scientisme est une vision du monde apparue au XIXe siècle selon laquelle la science expérimentale a priorité pour interpréter le monde sur les formes plus anciennes de référence : révélation religieuse, tradition, coutume et idées reçues. Le scientisme veut, selon la formule d'Ernest Renan (1823-1892), « organiser scientifiquement l'humanité »[1]. Il s'agit donc d'une confiance (le terme de foi ne s'applique pas dans le domaine expérimental) dans l'application des principes et méthodes de la science expérimentale dans tous les domaines.

Principe[modifier | modifier le code]

Le scientisme ne fait pas l'hypothèse de vérités philosophiques, religieuses ou morales supérieures hors de ce qui peut être démontré et partagé, la science utilisée pouvant être mathématique, physique, biologique, ou autre. Le politique doit dans cette optique aussi s'effacer devant la gestion scientifique des problèmes sociaux, et les querelles ne pourraient dès lors que relever d'une erreur de méthode, sauf si entrent à la base des intérêts particuliers, voire la volonté de nuire : cette position est voisine de celle de Leibniz et avant lui Raymond Lulle qui espéraient arriver à résoudre les divergences entre les hommes par le calcul pour le premier cité (une fois trouvé le modèle adéquat), par ses systèmes de roues logiques pour le second. Cet objectif a été atteint de façon partielle par la recherche opérationnelle, l'examen critique des systèmes de vote (Condorcet, Arrow...) et particulièrement depuis la fin du XXe siècle par les méthodes bayésiennes d'aide à la décision, voire d'intelligence artificielle.

Objectif et moyens[modifier | modifier le code]

À objectif donné (augmenter le taux d'alphabétisation, réduire la mortalité infantile...), l'arsenal des méthodes est censé permettre de dégager le meilleur moyen de l'atteindre, si ce moyen existe. Cet objectif semblait raisonnable au XIXe siècle. La découverte en 1971 des problèmes de NP-complétude suggère cependant qu'on pourra parfois trouver de bonnes méthodes en les comparant, mais que l'on n'a pas de garantie lorsqu'intervient la combinatoire de trouver la meilleure. Un exemple trivial est donné par le jeu d'échecs : les algorithmes jouent très bien, mais ne peuvent prétendre le faire parfaitement.

Le scientisme suppose qu'existera pour chaque problème une solution qui s'imposera sans que volonté, desiderata ou subjectivité d'un décideur ou des populations concernées n'influencent le débat. Ernest Renan explique : « nous n’avons pas le droit d’avoir un désir, quand la raison parle ; nous devons écouter, rien de plus ; prêts à nous laisser traîner pieds et poings liés où les meilleurs arguments nous entraînent.  »[2].

L'éducation, en libérant le plus grand nombre des illusions métaphysiques et théologiques, rend possible une gestion supposée rationnelle de la société, bien que cette recherche ne puisse se faire que si l'on a au préalable fixé quoi chercher, c'est-à-dire que fixer comme but politique, comme cap au navire. Si c'est la liberté d'entreprendre, il pourra en résulter le libéralisme. Si c'est une certaine justice sociale, telle ou telle forme de socialisme pourra mieux convenir. Le préambule de la Constitution suisse (« la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres ») fixe lui aussi des priorités sociétales de principe.

Le souhait et sa critique[modifier | modifier le code]

De même que Platon voulait que les rois fussent philosophes[3], les scientistes les plus radicaux estiment que le pouvoir politique devrait être confié à des savants plutôt qu'à des politiciens élus ou non et à leurs bureaucrates. Cette conception, qu'on peut rapprocher de la technocratie, se veut donc plus proche d'une aristocratie ("gouvernement par les meilleurs") que d'une démocratie : une solution élaborée par des experts compétents à objectif donné n'aurait pas à être discutée, sinon pour signaler des omissions de faits, ou bien par d'autres experts. En revanche, la fixation des objectifs est effectuée par ailleurs, ce peut être par un souverain, un conseil des sages ou un vote. La deuxième de ces perspectives enthousiasma Renan, mais inquiéta plus tard sérieusement Bernanos (La France contre les robots).

Paul Valéry soulevait déjà ce problème dès 1931 : "Nous avons vu, de nos yeux, le travail consciencieux, l'instruction la plus solide, la discipline et l'application les plus sérieuses adaptés à d'épouvantables desseins. (...) Savoir, Devoir, vous êtes donc suspects ?"[4] : l'instruction, même accompagnée de vertus morales, ne montrait pas constituer une garantie de bonheur. L'essai L'Homme stupide, de Charles Richet, qui l'avait précédé en 1919, se voulait tout aussi pessimiste : l'instruction était sans doute préférable à son absence, mais avait montré ne pas garantir des choix heureux ni rationnels.

Edgar Quinet avait déjà mis en garde[5] contre le fait que « plus [le] progrès se développe, et avec eux les pouvoirs, plus les hommes devront être vigilants à ce que ces pouvoirs ne soient pas tournés contre eux par des personnes inciviques ou malveillantes », en citant sous Caligula le superbe réseau de voies romaines de l'empire ne servait plus qu'à « acheminer à ses quatre coins les ordres d'un dément ». La Deuxième Guerre mondiale montrera qu'un tel danger perdurait.

Science et valeurs[modifier | modifier le code]

La démarche scientifique n'a pas pour objet de dégager des valeurs, mais peut fort bien être utilisée pour modéliser des conséquences de tel ou tel système de valeurs, grâce à la théorie des jeux et aux techniques de simulation[6]. Voir article L'Animal moral.

Sam Harris[7] et Richard Dawkins estiment que l'approche consistant à évaluer par les neurosciences le bien ou le mal plus ou moins grand d'un système éthique en mesurant la souffrance moyenne qui lui est associée pourrait constituer à terme une idée viable[8], mais que nous en sommes pour le moment (en 2013) loin.

Morale pour un groupe fixe[modifier | modifier le code]

Il reste possible d'étudier les résultats prévisibles, sur un modèle simplifié, d'une morale adoptée par les membres d'un groupe fixe et de durée déterminée. Il s'en dégage une stratégie morale intéressante nommée le donnant-donnant : elle consiste à faire confiance à autrui tant qu'il se comporte de la même façon, et à lui retirer sa confiance aussitôt que son comportement s'écarte des normes. Cela revient à une vérification par simulation de la règle d'or qui a été en effet énoncée dans de nombreuses cultures : ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît.

Difficulté du cas général[modifier | modifier le code]

Un groupe réel se compose sur le long terme d'individus qui naissent, se reproduisent et meurent. Il est plus délicat de prendre en compte dans le modèle précédent l'intérêt de générations et d'individus non encore nés (et qui ne naîtront peut-être pas), problème auquel s'intéresse l'écologie. Voir l'article Altruisme.

Origines[modifier | modifier le code]

Le mot scientisme a été employé pour la première fois par le biologiste Félix Le Dantec qui lança ce mot dans un article paru en 1911 dans la Grande Revue

« Je crois à l'avenir de la Science : je crois que la Science et la Science seule résoudra toutes les questions qui ont un sens ; je crois qu'elle pénétrera jusqu'aux arcanes de notre vie sentimentale et qu'elle m'expliquera même l'origine et la structure du mysticisme héréditaire anti-scientifique qui cohabite chez moi avec le scientisme le plus absolu. Mais je suis convaincu aussi que les hommes se posent bien des questions qui ne signifient rien. Ces questions, la Science montrera leur absurdité en n'y répondant pas, ce qui prouvera qu'elles ne comportent pas de réponse[9]. »

Le scientisme plonge néanmoins ses racines dans des philosophies bien antérieures, parmi lesquelles :

Le scientisme a atteint son apogée à la fin du XIXe siècle, puis au cours du XXe siècle, surtout en Union soviétique, et reste vivace en ce début de XXIe siècle, malgré un certain désenchantement quant à la possibilité de résoudre par la science - ou en tout cas la technique - tous les problèmes se posant actuellement dans le monde (notamment environnementaux). Les scientistes reconnaissent que la science peut fixer les meilleurs moyens d'atteindre des buts, mais reste muette sur ces buts eux-mêmes et qu'en fin de compte des valeurs morales du moment orienteront nécessairement leur recherche : exploration spatiale ou cultiver son jardin ? Égalité de tous ou plus grande latitude laissée à certains, et désignés de quelle façon ? Maximiser la satisfaction moyenne ou minimiser le malheur des moins favorisés ? Science et technique, pour proposer des moyens, ont besoin qu'on leur fixe des fins, et des valeurs arbitraires (éthiques) préalables sont nécessaires à tout choix rationnel : il faut en effet bien se fixer au départ ce que l'on va chercher si on veut trouver un moyen de l'atteindre. Rabelais avait déjà en son temps rappelé l'inutilité d'une science sans conscience.

Dans les pays anglo-saxons, et plus particulièrement aux États-Unis, on reste assez convaincu qu'il est possible de résoudre les problèmes liés au développement durable par la connaissance scientifique, et même qu'il est possible de remplacer le capital naturel par un capital de connaissances (à durabilité dite faible). [réf. souhaitée] De même, il est plus acceptable aux États-Unis de s'associer explicitement au scientisme, comme le fait Michael Shermer, fondateur de la Skeptics Society, qui se qualifie dans le journal à grand tirage Scientific American de « scientistique » (scientistic) et définit ce terme comme « une vision scientifique du monde qui sous-tend des explications naturelles pour tous les phénomènes, évite les spéculations surnaturelles et paranormales et embrasse l'empirisme et la raison comme les deux piliers d'une philosophie de vie appropriée pour un Âge de la Science »[10].

Description[modifier | modifier le code]

Le scientisme renvoie à trois idées[11] :

Popper considère qu'est scientiste[12] celui qui, ne percevant pas les conditions d'application limitées des sciences exactes, en fait un usage naïf en science humaine ou sociale. On peut penser à Kurt Lewin décrivant Les relations humaines (titre d'un de ses ouvrages, par ailleurs bref) à l'aide d'équations.

Sous des acceptions moins techniques, le scientisme peut être associé à l'idée que seules les connaissances scientifiquement éprouvées peuvent être réputées sûres, mais aussi renvoyer à l'idée d'un excès de confiance en la science qui pourrait se transformer en dogme, voire en religion de substitution. Victor Hugo, cité par Henri Guillemin, déplore qu'il existe aussi selon lui "un fétichisme scientiste qui ne vaut pas mieux que l'obscurantisme clérical"[13]. Flaubert le décrira par son monsieur Homais.

Le scientisme ne doit pas être confondu avec le réalisme métaphysique, qui soutient que le monde est toujours modélisable au moins jusqu'à un certain degré.

Dans L'hypnotisme dans la littérature, Anatole France a prédit que « si la science un jour règne seule, les hommes crédules n'auront plus que des crédulités scientifiques », rappelant qu'on ne peut évaluer une idée que dans l'opposition qu'on en fait avec d'autres (dialectique). Claude Lévi-Strauss rappellera plus tard que les peuples ne connaissant pas la cuisson[14] n'ont pas de mot non plus pour dire "cru".

Critiques[modifier | modifier le code]

Critique philosophique[modifier | modifier le code]

Le philosophe Louis Jugnet (1913-1973) [15] a résumé en trois paragraphes la critique philosophique du scientisme :

« Le scientisme, c'est […] l'impérialisme de la Science de laboratoire sur tous les domaines de la pensée et de la conscience de l'homme. C'est une attitude qui a régné sur presque tout le XIXe siècle, et qui est encore vivace à l'heure actuelle dans le grand public, sinon chez les grands intellectuels qui sont beaucoup plus réservés en général.

La science, en effet, dans sa partie la plus développée et la plus spectaculaire, c'est-à-dire la physique mathématisée, ne retient des choses concrètes que l'aspect quantitatif mesurable. Elle établit des lois, c'est-à-dire des rapports ou relations entre les phénomènes observables, puis les coordonne suivant quelques principes très abstraits en une vaste théorie d'ensemble, qui subit continuellement la remise en question la plus radicale s'il le faut. C'est ce qui fait dire au célèbre physicien Eddington que « les symboles mathématiques utilisés par la physique actuelle ressemblent aussi peu aux faits réels que le numéro de téléphone au visage de l'abonné qu'il permet d'appeler. » II serait donc insensé d'attendre de la pure science expérimentale une réponse aux problèmes philosophiques fondamentaux […]. C'est ce que reconnaît sans difficulté un savant logicien et mathématicien, fort connu lui aussi, Wittgenstein, lorsqu'il déclare : « Même si toutes les questions scientifiques étaient résolues, nos problèmes de vie ne seraient même pas touchés. »

Jean Fourastié, lui-même grand admirateur pourtant de la science et de la technique, écrit : « La Science nous apprend à peu près comment nous sommes là ; elle ne nous apprend ni pourquoi nous sommes, ni où nous allons, ni quels buts nous devons donner à nos vies et à nos sociétés [16]. » La philosophie peut donc se construire, quant à son armature fondamentale, en partant des données tout à fait fondamentales de l'expérience et de la raison, que justifie réflexivement la critique de la connaissance. La science lui fournit des matériaux, des illustrations, des problèmes nouveaux, mais ne constitue pas son point de départ essentiel. Ce qui nous amène déjà à une salutaire réflexion : il faudra examiner avec équité et ouverture d'esprit les grandes doctrines philosophiques, qu'elles soient ou non antérieures à l'essor de la Science moderne, car elles ont quelque chose à nous dire même si elles n'ont pas connu la bombe atomique, la greffe du cœur, ou les véhicules spatiaux[17]... »

Critique religieuse[modifier | modifier le code]

L'encyclique Fides et ratio de Jean-Paul II de 1998 (§ 88) mentionne le scientisme comme l'un des dangers à prendre en considération dans la philosophie actuelle :

« Cette conception philosophique se refuse à admettre comme valables des formes de connaissance différentes de celles qui sont le propre des sciences positives, renvoyant au domaine de la pure imagination la connaissance religieuse et théologique, aussi bien que le savoir éthique et esthétique. Antérieurement, cette idée s'exprimait à travers le positivisme et le néo-positivisme, qui considéraient comme dépourvues de sens les affirmations de caractère métaphysique. La critique épistémologique a discrédité cette position, mais voici qu'elle renaît sous les traits nouveaux du scientisme. Dans cette perspective, les valeurs sont réduites à de simples produits de l'affectivité et la notion d'être est écartée pour faire place à la pure et simple factualité. La science s'apprête donc à dominer tous les aspects de l'existence humaine au moyen du progrès technologique. Les succès indéniables de la recherche scientifique et de la technologie contemporaines ont contribué à répandre la mentalité scientiste, qui semble ne plus avoir de limites, étant donné la manière dont elle a pénétré les différentes cultures et les changements radicaux qu'elle y a apportés[18]. »

Cette encyclique mentionne la nécessité de philosophies qui présentent une ouverture métaphysique pour l'intelligence de la foi :

« Un grand défi qui se présente à nous au terme de ce millénaire est de savoir accomplir le passage, aussi nécessaire qu'urgent, du phénomène au fondement. Il n'est pas possible de s'arrêter à la seule expérience ; même quand celle-ci exprime et manifeste l'intériorité de l'homme et sa spiritualité, il faut que la réflexion spéculative atteigne la substance spirituelle et le fondement sur lesquels elle repose. Une pensée philosophique qui refuserait toute ouverture métaphysique serait donc radicalement inadéquate pour remplir une fonction de médiation dans l'intelligence de la Révélation[19]. »

Critique épistémologique[modifier | modifier le code]

Dans sa communication séminale Formes nouvelles du hasard dans les sciences, puis dans son ouvrage ultérieur Les objets fractals : forme, hasard et dimension, Benoît Mandelbrot s'en prend vivement à une interprétation selon laquelle "les mathématiques expliquent le monde", en précisant que ce n'est le cas que parce que les modèles mathématiques excluent du monde ce qu'elles sont impuissantes à expliquer : crues du Nil, aspect statistique des côtes et des montagnes, structure des poumons, forme des nuages, aspect chaotique des cours de bourse, etc. Cependant, il formalise en même temps, en rendant hommage à des prédécesseurs pionniers comme Hausdorff, Von Koch, Serpienski, les bases de la géométrie fractale qui permettra dans les décennies qui suivent de les prendre enfin en compte quantitativement.

Critique scientiste[modifier | modifier le code]

Gaston de Pawlowski, lui-même très versé dans les sciences (membre de l'Institut, il écrivit aussi un Voyage au pays de la quatrième dimension) se moque gentiment des excès du scientisme par une phrase : « Démontons et classons minutieusement tous les rouages de notre montre. Il serait bien étonnant qu'au terme de ce processus nous ne sachions pas enfin l'heure qu'il est »[20].

Critique libérale[modifier | modifier le code]

Friedrich Hayek, dans The Counter-Revolution of Science (rédigé entre 1940 et 1951, publié sous forme de livre en 1952), Karl Popper avec Misère de l'historicisme ou La Société ouverte et ses Ennemis, ou encore Michaël Polanyi et La Logique de la liberté (1951), ont opposé trois critiques congruentes du scientisme, que mettaient alors en acte les ingénieurs sociaux d'URSS ou d'ailleurs, en montrant les dérives politiques (notamment, pour le premier, dans La Route de la servitude, 1944). Si la science est une et la vérité accessible aux hommes (ou à une élite qui se charge de la représenter) alors le chemin que doit suivre la société une et indivisible ne doit souffrir aucune contestation : le scientisme mènerait ainsi, nécessairement au collectivisme. Propagande/éducation, torture/rééducation, épuration des contestataires/punition des comploteurs obscurantistes et vendus, seront alors les bras armés de la science bienveillante, le régime étant mené à une politisation ultime de chaque sphère de l'existence, dont les effets délétères sur toute activité rationnelle ne tardent pas à se faire sentir :

« Présenter la théorie de la relativité comme « une attaque sémite contre les bases de la physique chrétienne et nordique » ou la contester parce qu’elle se trouve « en conflit avec le matérialisme dialectique et le dogme marxiste », revient au même. »

Repousser certains théorèmes de mathématique statistique en prétendant « qu’ils participent à la lutte des classes sur la frontière idéologique et qu’ils sont le produit du rôle historique des mathématiques au service de la bourgeoisie » [doctrines du marxisme scientifique] ou condamner cette discipline dans son ensemble « parce qu’il n’est pas suffisamment garanti qu’elle sert les intérêts du peuple », voilà qui revient à peu près au même. Les mathématiques pures ne sont pas mieux traitées et il parait qu’on peut attribuer certaines conceptions de la continuité « aux préjugés bourgeois ». Selon les Webb, la Revue des Sciences Naturelles Marxistes-Léninistes se réclame des principes suivants : « Nous représentons le parti dans les mathématiques. Nous combattons pour la pureté de la théorie marxiste-léniniste en chirurgie ». Nous ne saurions traiter ces aberrations, si incroyables qu’elles paraissent, comme de simples accidents (...) : elles dérivent du même désir de voir diriger [par une élite éclairée par la science] chaque chose par « une conception d’ensemble du tout »[21].

Pourtant Jean-Claude Barreau, s'interrogeant sur le marxisme, se pose à nouveau la question des buts : qu'il existe des dominants et des dominés, la chose était connue déjà à Sumer et acceptée comme allant de soi. L'originalité du marxisme (et, avant lui, de la Révolution française) est plutôt selon lui de considérer comme anormal ce traitement inégal des hommes; Barreau y voit même paradoxalement l'effet inconscient de quelques siècles de modification des mentalités par le christianisme[22] : le marxisme chercherait en ce cas des moyens d'assurer une partie de ce dont le christianisme avait défini les fins.

Dans son ouvrage "Le GIEC est mort, vive la science !", le philosophe Drieu Godefridi soutient l'idée que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) repose sur la même conception scientiste, en tant qu'il prétend déduire des politiques de la science.

Critique politique et technologique[modifier | modifier le code]

L'écrivain Daniel Suarez met en garde contre une extension grandissante des automatismes dans la recherche opérationnelle, l'exploration de données et l'intelligence artificielle faible diminuant de plus en plus le délai laissé à l'humain, et donc sa part de décision, dans la guerre, pouvant aller jusqu'à l'exclure de fait de décisions de tuer des populations[23] pour des raisons de réactivité. Ce thème, déjà objet du film Colossus, avait été rendu familier au grand public par Skynet dans la série de films Terminator.

Il s'agit en effet ici d'une implémentation du scientisme dans la technologie elle-même, diluant la responsabilité humaine. Bill Joy a réclamé en 2000 pour des raisons similaires un moratoire sur les nanotechnologies.

Le documentaire Koyaanisqatsi et les inspirateurs qui y sont cités (Ivan Illich, Guy Debord, Jacques Ellul...) mettaient aussi en garde contre les risques d'un progrès mécanique échappant à l'homme et nuisant à son environnement indépendamment de lui.

Critique écologique[modifier | modifier le code]

Le développement de l'écologie politique dans les années 50-60, ainsi que la prise de conscience de la finitude des ressources naturelles (développement durable), ont teinté le mot « scientisme » d'un sens péjoratif[24] car il peut conduire à un gaspillage et à un épuisement des ressources naturelles[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'Avenir de la science - pensées de 1848, Ernest Renan, éd. Calmann-Levy, 1890, p. 37 : "Organiser scientifiquement l'humanité, tel est donc le dernier mot de la science moderne, telle est son audacieuse mais légitime prétention."
  2. http://fr.wikisource.org/wiki/Examen_de_conscience_philosophique
  3. http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-aux-urnes-philosophes-44-le-philosophe-roi-selon-pl
  4. Paul Valéry, Regards sur le monde actuel
  5. "Vous croyez, vous espérez que ces machines vous dispenseront d’avoir vous-même une valeur propre, qu’elles vous communiqueront celle qu’elles possèdent. Détrompez-vous ! Rien au monde ne peut vous dispenser d’avoir vous-même une âme, une dignité personnelle, le respect de vous-même, un caractère, une conscience, une parole. Tous les rails de fer, toutes les chaudières à haute pression ne peuvent vous acquitter de l’obligation d’avoir vous-même une trempe invisible, ce ressort interne, ce point moral qui résiste, s’il le faut, au poids de l’univers et constitue l’être humain, ni le fer, ni le bois, ni la tôle ne vous prêteront leurs vertus. Il faut absolument que vous ayez les vôtres, celles qui caractérisent la nature humaine. Aucune machine ne vous exemptera d’être homme." Edgar Quinet, La révolution religieuse au XIXe siècle (1857)
  6. David Gauthier, Morale et contrat, Mardaga, 1986
  7. http://www.nytimes.com/2010/10/03/books/review/Appiah-t.html?pagewanted=all&_r=0
  8. https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=vueDC69jRjE
  9. Article de l'encyclopédie Agora
  10. Shermer, Michael. "The Shamans of Scientism." Scientific American juin 2002.
  11. Voir l'entrée "scientisme" de R. Nadeau, Vocabulaire technique et analytique de l'épistémologie, PUF, 1999
  12. Attention au faux-ami partiel : le nom commun anglais scientist peut signifier à la fois scientifique ou scientiste.
  13. http://www.youtube.com/watch?v=_6r9QH3K4fQ 27:13 à 27:31
  14. Voir Le Cru et le cuit
  15. Louis Jugnet a été professeur de Khâgne au Lycée Pierre de Fermat et à l’Institut d’Études Politiques de Toulouse
  16. Jean Fourastié, "Lettre ouverte à quatre milliards d'hommes", Albin Michel, p. 117)
  17. Louis Jugnet, "Problèmes et grands courants de la philosophie", Toulouse, 1974
  18. Fides et ratio, § 88
  19. Fides et ratio, § 83.
  20. Les dernières inventions de M. de Pawlowski, Balland
  21. La Route de la servitude, PUF, p.117-118.)
  22. Jean-Claude Barreau, Du bon usage de la religion, Stock/Monde ouvert, 1976, (ISBN 2-234-00471-3)
  23. http://www.ted.com/talks/lang/fr/daniel_suarez_the_kill_decision_shouldn_t_belong_to_a_robot.html
  24. Critique du scientisme

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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