Edith Stein

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Thérèse-Bénédicte
de la Croix
Image illustrative de l’article Edith Stein
Buste de Thérèse-Bénédicte de la Croix, par Johann Brunner (2009).
Sainte
Naissance
Breslau, Empire allemand
Décès   (50 ans)
Camp d'extermination nazi d'Auschwitz, Troisième Reich
Nationalité Allemande
Ordre religieux Ordre des Carmes déchaux
Béatification  à Cologne, Allemagne
par Jean-Paul II
Canonisation  au Vatican
par Jean-Paul II
Vénéré par l'Église catholique romaine, l'Ordre du Carmel
Fête
Saint patron Co-patronne de l'Europe ; Journées mondiales de la jeunesse; juifs convertis

Edith Stein, en religion sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix, née le à Breslau, ville silésienne du royaume de Prusse dans l'Empire allemand, déportée le , puis internée au camp d'extermination nazi d'Auschwitz où elle fut assassinée le , est une philosophe et théologienne allemande d'origine juive devenue religieuse carmélite. Elle a été canonisée par le pape Jean-Paul II le . « Philosophe crucifiée »[1], faite co-sainte patronne de l'Europe par le pape Jean-Paul II le , à l'ouverture du synode des évêques sur l'Europe, en même temps que Brigitte de Suède et Catherine de Sienne[2].

Née dans une famille juive, elle passe par une phase d'athéisme. Étudiante en philosophie, elle est la première femme à présenter une thèse dans cette discipline en Allemagne, puis continue sa carrière en tant que collaboratrice du philosophe allemand Edmund Husserl, le fondateur de la phénoménologie.

Une longue évolution intellectuelle et spirituelle la conduit au catholicisme auquel elle se convertit en 1921[Note 1]. Elle enseigne alors et donne des conférences en Allemagne, développant une théologie de la femme, ainsi qu'une analyse de la philosophie de Thomas d'Aquin et de la phénoménologie.

Interdite d'enseignement par le régime national-socialiste, elle demande à entrer au Carmel, où elle devient religieuse sous le nom de Sœur « Thérèse-Bénédicte de la Croix ». Arrêtée par la SS, elle est déportée et meurt « pour son peuple »[Note 2] à Auschwitz.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et études[modifier | modifier le code]

Son père, Siegfried Stein (1844-1893) est commerçant en bois dans une scierie. Il épouse le Augusta Courant (1849-1936), et s'installe à Gleiwitz (Haute-Silésie), où naissent leurs six premiers enfants :

  • Paul (1872-1943, mort au camp de concentration de Theresienstadt),
  • Selma (1873-1874),
  • Else (1876-1954),
  • Hedwig (1877-1880),
  • Arno (1879-1948),
  • Ernst (1880-1882)[A 1].

En 1882, la famille s'installe à Lublinitz, où Siegfried fonde sa première entreprise avec l'aide de sa belle-famille. C'est une période difficile pendant laquelle l'aide familiale lui permet de ne pas sombrer dans la misère. C'est là que viennent au monde les derniers enfants du couple Stein :

  • Elfriede (1881-1942, morte en camp de concentration),
  • Rosa (1883-1942 qui rejoint au carmel sa sœur Edith et meurt avec elle à Auschwitz),
  • Richard (1884, mort-né),
  • Erna (1890-1978)[A 1].
  • Edith (1891-1942)
Maison de famille d'Édith Stein à Wroclaw.

Édith Stein naît le à Breslau, jour de l’expiation, le Kippour[3], ce qui la rend particulièrement chère à sa mère, juive pratiquante[4]. Son père, Siegfried Stein, meurt d'une insolation quand Édith n'a pas encore trois ans[A 1]. Sa mère, femme très pieuse, doit alors subvenir aux besoins de sa famille et diriger l'entreprise familiale. Cette lourde tâche demande beaucoup de rigueur et de travail, discipline qu'Augusta Stein essaie de transmettre à ses enfants, ainsi que sa foi juive. Édith Stein raconte d'ailleurs que comme elle est la dernière de sa famille, c’est à elle qu'il revient, d'après la tradition juive libérale, de poser les questions liturgiques lors des fêtes juives, questions qui donnent lieu à des explications plus complètes par le célébrant.

Edith Stein entame sa scolarité à l'école Victoria en 1896, année où, pour la première fois en Prusse, les filles sont autorisées à passer le baccalauréat. Elle se retrouve très vite dans la classe supérieure. Une camarade de classe dit d'elle : « Sa précocité n'avait rien de surprenant, elle y était poussée par ses aînés, mais l'irrésistible orgueil qu'elle développa et dont la tension pouvait aboutir à des larmes et à la colère quand elle n'obtenait pas ce qu'elle souhaitait ou n'était pas la première, la meilleure, était moins positif… C'était une excellente élève »[5]. À partir de 13 ans, elle commence pour Kippour à jeûner jusqu'au soir, suivant la tradition juive. Elle conserve cette pratique même lorsqu'elle quitte sa famille et ne prie plus[B 1].

Edith Stein (en 1920).

À partir de 1904, les filles sont admises au lycée. Toutefois, arrivée à l'adolescence, Edith Stein refuse de rentrer au lycée et demande à arrêter ses études en 1906 à l'âge de 15 ans. Elle part dix mois à Hambourg aider sa sœur Else qui vient d'avoir un enfant. C'est à cette époque qu’Edith Stein cesse de prier[A 2] : « En pleine conscience et dans un choix libre, je cessai de prier »[4].

En , elle revient à Breslau. Elle retrouve un grand appétit de savoir et, alors qu'elle a quitté le collège volontairement, se remet avec brio aux études. Elle rattrape rapidement son retard et intègre le lycée en . Pendant cette période, Édith lit et étudie beaucoup. Elle affirme plus tard que « ces lectures littéraires de l'époque me nourrirent pour ma vie entière »[C 1]. C'est pendant cette période qu'elle commence aussi à découvrir la philosophie et notamment la lecture de Friedrich von Schiller, disciple d'Emmanuel Kant.

Edith Stein prend alors un engagement politique, en devenant membre de la section locale de « L'Association prussienne pour le vote des femmes »[A 3]. Elle soutient, avec sa sœur Erna et ses amies, l'aile la plus radicale du mouvement féministe autour d'Anita Augspurg, d'Hélène Stöcker et de Linda Gustava Heymann[A 3]. (L'aile est radicale dans le sens où elle réclame une égalité totale entre hommes et femmes.)

Édith Stein obtient son baccalauréat avec succès en 1911 et décide de poursuivre des études universitaires en philosophie.

La philosophe[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative d'Édith Stein à Prague.

Université à Breslau[modifier | modifier le code]

Edith Stein est persuadée que « nous sommes sur terre pour être au service de l'humanité (…) Pour s'y employer du mieux possible, il faut faire ce à quoi l'on incline »[A 4],[C 2]. Elle entame alors de brillantes études à l'université de Breslau, aidée par l'argent (plusieurs milliers de marks) légué par sa grand-mère Johanna Stein[A 5]. Elle décide d'étudier de nombreuses matières : les langues indo-européennes, l'allemand ancien, l'histoire du drame allemand, l'histoire de la Prusse et de Frédéric le Grand, l'histoire de la constitution anglaise, la philosophie de la nature, l'introduction à la psychologie, l'initiation au grec ancien enfin. Édith Stein étudie particulièrement l'histoire, se considérant comme « passionnée aux événements politiques du présent considérés comme l'histoire en devenir »[C 3]. Elle tire de cette période de sa vie les nombreux exemples historiques qu'elle utilise par la suite dans ses conférences. Elle étudie aussi la psychologie auprès de William Stern[6], et la philosophie dispensée par Richard Hönigswald. C'est au cours de ces études de psychologie qu'elle se déclare athée[Note 3]. Son ami d'études, Georg Moskiewicz, qui étudie la psychologie avec elle, lui parle en 1912 de l'orientation philosophique nouvelle que présente la phénoménologie d'Edmund Husserl. Elle décide alors de l'étudier et se trouve séduite par le procédé de réduction phénoménologique[Note 4]. C'est cette découverte qui la pousse à aller à Göttingen[B 2].

Elle participe aussi à deux associations[C 4] : la première est l'association Humboldt d'éducation populaire, qui donne gratuitement des cours de soutien scolaire à des ouvriers et des employés. Elle y donne des cours d'orthographe. La seconde est une association de femmes, visant à l'égalité des sexes et organisant des petits débats. Elle fait la connaissance à Breslau de Kaethe Scholz, une enseignante qui anime des cours de philosophie auprès de femmes. Son exemple inspire Édith Stein dans la fondation de son « Académie » en 1920.

Études à Göttingen[modifier | modifier le code]

Edith Stein poursuit ses études à Göttingen, où elle suit, à partir de 1913, les cours du philosophe Leonard Nelson, l'historien Max Lehmann (élève de l'historien Leopold von Ranke), dont Édith Stein se dit « la petite fille spirituelle »[A 6]. Grâce à son ami Georg Moskiewicz[A 7] Édith Stein est acceptée dans la Société de philosophie de Göttingen, qui rassemble les principaux membres de la phénoménologie naissante : Edmund Husserl, Adolf Reinach, et Max Scheler principalement. De ces rencontres, elle garde une correspondance personnelle et approfondie avec Roman Ingarden, Hans Lipps, Alexandre Koyré, parmi les plus importants. Elle fera par la suite connaissance avec Dietrich von Hildebrandt, et surtout Hedwig Conrad-Martius, Théodor Conrad, qui deviendront des amis très proches.

Edith Stein décide alors de préparer son examen d'État, première étape avant la thèse. Elle suit les conférences de Max Scheler, juif converti[7] qui organise ses allocutions à partir de son nouvel essai intitulé « Le formalisme en éthique et l'éthique matérielle des valeurs » (1913-1916), et à la lecture duquel Édith Stein trouve de nombreuses inspirations pour ses travaux sur l'empathie. Malgré de grosses difficultés, elle poursuit ses études avec l'aide de Reinach. L'examen est prévu pour .

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Lors de la Première Guerre mondiale, Edith Stein a 23 ans et décide de retourner à Breslau. Dans l'immédiat, elle veut servir et aider de son mieux. Elle fréquente un cours d'infirmière. Pour elle, ce sont des temps difficiles.

Elle écrit : « Quand la guerre sera finie, si je vis encore, je pourrai à nouveau penser à mes occupations personnelles »[A 8]. Elle retourne à Göttingen pour passer son examen d'État, passe les épreuves et, début janvier, obtient le diplôme avec la mention « très bien ».

À la suite de son examen, elle postule à nouveau à la Croix Rouge, et est envoyée à l'hôpital militaire de Mährish-Weisskirchen, en Autriche. Elle soigne les malades du service des maladies infectieuses, travaille en salle opératoire, voit mourir des hommes dans la fleur de l'âge, issus de toute l'Europe de l'Est. Cette expérience la marque profondément. C'est une sorte d'expérience pratique d'empathie : comment communiquer avec des hommes dont on connaît peu la langue ?

Elle obtient la médaille de la bravoure pour son dévouement[B 3]. Épuisée, elle est invitée à rentrer chez elle et n'est plus rappelée.

Thèse de philosophie[modifier | modifier le code]

Par la suite, elle décide de se consacrer sérieusement à sa thèse. Elle fait désormais partie du cercle intime de ses maîtres. Son ami Adolf Reinach, au début de la guerre de 1914[8], se convertit au protestantisme, envisagé simplement, selon son propre aveu, comme une transition du judaïsme au catholicisme[9]. Il est baptisé le . Édith Stein côtoie de plus en plus de chrétiens dans le cercle de philosophes.

Elle poursuit sa thèse tout en étant professeur remplaçant à Breslau. Elle décide de suivre Edmund Husserl à Fribourg-en-Brisgau, où elle est l'une des premières femmes à obtenir sa thèse summa cum laude en 1917 avec le soutien de Edmund Husserl[F 1]. Celle-ci est intitulée : « Sur le problème de l'empathie », qu'elle définit comme « une expérience sui generis, l’expérience de l'état de conscience d'autrui en général (…) L'expérience qu'un moi en général a d'un autre moi semblable à celui-ci ».

Elle fréquente beaucoup un étudiant polonais, Roman Ingarden, dont elle devient amoureuse[10]. Son travail enthousiasme Husserl qui a l’impression qu'elle anticipe sur une partie de ses Idées[B 3].

Collaboration avec Husserl[modifier | modifier le code]

Edmund Husserl en 1900.

Elle devient ensuite l'assistante d'Edmund Husserl en lui proposant ses services après avoir soutenu sa thèse, en 1916[F 2]. Elle apprend la sténographie afin de pouvoir lire les notes de Husserl[F 2]. Elle donne des cours d'initiation à la pensée du philosophe. Elle synthétise les tomes 2 et 3 des Idées directrices pour une phénoménologie et une philosophie phénoménologique pures.

Sa recherche philosophique porte essentiellement sur la personne humaine, les relations interpersonnelles, les communautés d’appartenance (État, peuple, groupe ethnique, religieux, etc.). Elle insiste sur le sens des valeurs, la liberté, le refus du totalitarisme.

Au cours de ces années de recherche elle tente de synthétiser avec ses propres notes l'ensemble de la pensée de Husserl. Elle remanie cet ouvrage tout au long de sa vie. Il est publié en 1991 sous le titre « Introduction à la philosophie »[A 9].

Edmund Husserl écrit au sujet d'Edith Stein : « Mais le grand style qui préside à l'élaboration de ces apports, le caractère scientifique approfondi et la finesse qu'elle a montrés là, méritent au plus haut point d'être reconnus »[11] Cependant Husserl refuse de soumettre Edith Stein à l'habilitation, ce qui lui permettrait d'être titulaire d'une chaire. Son opposition semble fondée sur sa crainte de voir échouer ce processus, dans la mesure où encore aucune femme n'est titulaire de chaire de philosophie en Allemagne[12]. De plus, comme beaucoup des nombreux professeurs juifs, Husserl est lui-même en position difficile.

Edith Stein est très touchée par la mort au front, en 1917, de son ami Reinach[Note 5]. Elle « hérite » de ses notes philosophiques, où Reinach essaie de comprendre sa propre évolution religieuse vers le christianisme. C'est elle qui met en ordre et fait connaître ses notes.

Elle rédige aussi à partir des notes de Husserl l'ouvrage Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps, ouvrage qui est édité par Martin Heidegger en 1928. Ce dernier[13] ne mentionnera pas correctement la contribution d'Edith Stein.

Conversion et engagements[modifier | modifier le code]

Engagement politique et féminisme[modifier | modifier le code]

Édith Stein s'intéresse beaucoup aux questions concernant les femmes. Elle milite ainsi pour le droit de vote des femmes (qui est obtenu en 1919 en Allemagne). Elle entre dans l'organisation « Association prussienne pour le droit des femmes au vote ». En , elle s’engage au « DDP », le Parti démocrate allemand, un parti de centre-gauche qui abrite des féministes ainsi que des personnalités juives. Alors que dans sa jeunesse elle se dit sensible à l'idéal prussien, elle devient de plus en plus critique devant le militarisme de la Prusse et l'antisémitisme ambiant. Elle écrit en 1919 : « De toute façon, nous (les Juifs) ne pouvons attendre aucune sympathie plus à droite ». Elle dénonce à son ami polonais Roman Ingarden « l'effroyable antisémitisme qui règne ici ». Progressivement, la grande idéaliste est déçue par la réalité de la politique[E 1]. Plus tard, elle écrit : « Jeune étudiante, je fus une féministe radicale. Puis cette question perdit tout intérêt pour moi. Maintenant je suis à la recherche de solutions purement objectives »[4].

Elle continue d'être européenne, de refuser le triomphalisme prussien à propos de Sedan et écrit devant le carnage de la Première Guerre mondiale : « Deux choses seulement maintiennent ma curiosité en éveil : la curiosité de voir ce qui va sortir de l'Europe, et l'espoir d'apporter ma contribution en philosophie »[14]. Dans ses lettres des années 1930, elle parle des auteurs polonais, du français Romain Rolland qu'elle apprécie, et refuse de voir la communauté humaine se déchirer à cause de nationalismes exacerbés. C'est sans doute l'origine commune de son féminisme comme de son pacifisme. Elle dit ainsi qu'elle a « de chaudes discussions »[15] au sein de ce parti.

Edith Stein est la première femme devenue docteur en philosophie en Allemagne et la première à avoir demandé officiellement que les femmes soient admises à présenter une habilitation au professorat. Au cours des années 1918 à 1919, elle publie L'Individu et la communauté, sous le titre Contributions à un fondement philosophique de la psychologie et des sciences humaines, se détachant de la pensée d'Husserl, et évoquant la religion. Face aux discriminations sur son habilitation, elle écrit au Ministre de la Culture allemand, qui lui donne raison, affirmant la possibilité pour une femme d'être professeur d'université. Cependant, malgré toutes ses démarches elle est refusée à Kiel, Hambourg, et Göttingen[A 10]. Face à cette opposition elle fonde une académie privée, et accueille trente auditeurs chez elle, dont le futur sociologue Norbert Elias[A 11]. Elle poursuit sa réflexion en publiant Étude sur l'État, où elle décrit les différentes notions d'individu, de communauté, de masse et d'État. Elle s'oppose donc à l'idéologie du national socialisme allemand, ainsi qu'aux idéologies marxistes.

Elle observe vers la fin de sa vie le chemin parcouru concernant les droits obtenus par les femmes et le changement de mentalités et rédige un nouvel ouvrage : Formation de femme et profession de femme où elle explique que « les jeunes filles passent aujourd'hui le baccalauréat et s'inscrivent à l'université en ignorant le plus souvent ce qu'il a fallu de réunions, résolutions, pétitions adressées au Reichstag ou aux Staatsregierungen pour que s'ouvrent aux femmes, en 1901, les portes de l'université allemande »[16].

Rencontre du Christ[modifier | modifier le code]

Cathédrale de Francfort-sur-le-Main en 1866.

La conversion d'Edith Stein est précédée d'une longue recherche intellectuelle et spirituelle, qui s'étend des années 1916 à 1921 ; en 1917, dans sa thèse sur Le Problème de l’empathie, elle n’a pas encore cessé de se considérer elle-même, par une sorte d'incapacité personnelle, comme foncièrement irréligieuse[17]. Elle affirmera plus tard, dans un écrit objectif, que « l'on peut avoir conscience de la vérité, sans l'accepter, en refusant de se placer sur son terrain »[G 1]. Mais en 1919, elle découvre les Exercices spirituels d'Ignace de Loyola, et c’est une révélation qui la pousse à faire une retraite de trente jours comme le prescrit le fondateur des Jésuites[18] ; elle étudie aussi L'École du christianisme de Kierkegaard et Les Confessions de Saint Augustin[19]. La première étape de sa conversion est une expérience marquante lors de la visite d'une cathédrale à Francfort-sur-le-Main où elle rencontre une femme venant du marché qui entre, fait une courte prière, comme une visite, puis s'en va. « C’était pour moi, dit-elle, quelque chose de tout à fait nouveau. Dans les synagogues et les temples que je connaissais, quand on s’y rendait c’était pour l’office. Ici, au beau milieu des affaires du quotidien, quelqu’un pénétrait dans une église comme pour un échange confidentiel. Cela, je n’ai jamais pu l’oublier »[15].

Elle est aussi profondément marquée par la mort au front, en 1917, de son ami le philosophe Adolf Reinach (de) ; mais c'est le rayonnement moral de la veuve de celui-ci, Anna, qui est, selon ce qu'Edith Stein affirmera elle-même, l'élément le plus déterminant : « La cause décisive de ma conversion au christianisme fut la manière dont mon amie accomplit par la force du mystère de la Croix le sacrifice qui lui était imposé par la mort de son mari »[Note 6]. Anna Reinach, qui deviendra bénédictine, croit en la vie éternelle, et trouve une consolation et un courage renforcé dans sa foi en Jésus : « Ce fut ma première rencontre avec la Croix, écrit Edith Stein, et avec le pouvoir divin qu’elle communique à ceux qui la portent. Pour la première fois, j’ai pu voir concrètement devant moi, le corps de l’Église, née de la Passion rédemptrice du Christ, victorieuse de la couronne d’épines et de la mort. À ce moment-là, le Christ a rayonné en moi, dans le mystère de la Croix, balayant mon incroyance et effaçant mon judaïsme »[20]. À travers cette expérience, elle découvre l'existence d'un amour surnaturel[21].

Dans le cercle des phénoménologues, les conversions au christianisme se sont multipliées (ses amies Anne et Pauline Reinach, F. Hamburger et H. Conrad notamment)[22],[B 4] quand en Edith Stein opte définitivement pour la foi catholique. Entre le et le [23], durant un séjour à Bergzabern chez ses amis Theodor et Hedwig Conrad-Martius, Edith Stein lit, ou relit, le livre d'adieu qu'elle a choisi dans la bibliothèque des Reinach : le Livre de la vie de sainte Thérèse d'Avila, par elle-même. Sainte Thérèse répond aux problèmes existentiels et philosophiques que se pose Edith Stein concernant une anthropologie intégrale, qui prenne en compte la vie intérieure des mystiques[24]. Décidée à « vivre vers l’intérieur et non vers l’extérieur », elle y découvre un monde infini qui n’est autre que le Château de l’âme décrit par Thérèse d’Avila[25]. Au-delà de l'analyse et de la compréhension des seuls concepts, elle fait une lecture « sapientielle » du Livre de la vie, c'est-à-dire qu'elle le lit avec passion comme une parole qui s'adresse à elle, personnellement : à travers la rencontre avec sainte Thérèse, elle rencontre la parole du Christ[23]. Cet épisode est l’aboutissement de sa longue quête de la vérité[E 2]. Dès lors, elle comprend que la vérité qu’elle a tant poursuivie dans la philosophie est une Personne et que cette Personne est Amour[18] : « Lorsque je refermais ce livre, je me dis : “Ceci est la vérité”. »

Dès ce moment elle veut être carmélite. Comme préparation à son baptême, elle écrit en 1921 un essai intitulé Liberté et grâce où elle affirme que « le don de soi [à Dieu] est l’acte le plus libre de la liberté », puisqu’en lui se réalise l’ultime libération[26]. Annoncer sa conversion à sa mère est très difficile : « Quant à ma mère, écrit-elle, ma conversion est la plus lourde peine que je puisse lui porter »[27]. Elle reçoit le baptême au sein de l'Église catholique le et prend les noms de baptême : Edith, Theresia (même nom que Sainte Thérèse d'Avila), Hedwig (nom de sa marraine Hedwig Conrad-Martius). Elle fait sa première communion le lendemain et est confirmée le par Ludwig Sebastian (de), évêque du diocèse de Spire[A 12].

Mémorial à Bad Bergzabern, où Edith Stein a été baptisée.

Conférences[modifier | modifier le code]

Après son baptême elle veut entrer dans l'Ordre du Carmel, mais son père spirituel, Joseph Schwind (de), le vicaire général de Spire, le lui déconseille et lui demande d'enseigner l'allemand et l'histoire au lycée et à l'école normale féminine du couvent des dominicaines de la Madeleine de Spire[A 13], ce qu'elle fait de 1922 à 1933. C'est un grand centre de formation des enseignantes catholiques, religieuses et laïques, de l'Allemagne du Sud. Edith Stein se plonge ainsi dans la pédagogie tout en essayant de vivre ses journées comme les religieuses, priant régulièrement et cherchant à être religieuse selon le cœur[C 5]. Elle décide de traduire en allemand, pendant ses temps libres, les œuvres de John Henry Newman, anglican converti au catholicisme[A 14]. Elle poursuit sa traduction pour une maison d'édition intéressée par le travail de Newman[C 6].

Elle poursuit son travail de traduction encouragé par son père spirituel, le jésuite Erich Przywara, en traduisant pour la première fois les écrits de saint Thomas d'Aquin du latin en langue allemande (notamment les Quæstiones disputatæ de veritate). L'Église catholique ayant, en 1879, choisi, dans l'encyclique Æterni Patris, la philosophie de saint Thomas d'Aquin comme doctrine officielle de sa théologie, Édith Stein tente donc l'idée d'une « discussion entre la philosophie catholique traditionnelle et la philosophie moderne »[C 7]. Ce travail durera plus de huit ans, et conduira aux écrits : Les Questions de saint Thomas d'Aquin sur la Vérité, La Phénoménologie de Husserl et la philosophie de saint Thomas d'Aquin, Essai d'étude comparée, Puissance et acte, et L'Être fini et l'Être éternel. Le père Erich Przywara l'encourage à confronter saint Thomas d’Aquin et la philosophie moderne. Elle écrira plus tard à propos de ces études : « Il m'est apparu à la lecture de Saint Thomas qu'il était possible de mettre la connaissance au service de Dieu et c'est alors, mais alors seulement, que j'ai pu me résoudre à reprendre sérieusement mes travaux. Il m'a semblé en effet que plus une personne est attirée par Dieu, plus elle doit sortir d'elle-même pour aller vers le monde en y portant l'amour divin »[G 2].

Dès 1926 on la sollicite pour faire des conférences. C'est l'amorce d'une carrière de conférencière qui la conduira à faire plus de trente conférences à travers l'Allemagne[A 15]. L'archiabbé Raphaël Walzer de l'abbaye de Beuron, son père spirituel à partir de 1928, et le P. Erich Przywara l’encouragent à répondre positivement à ces invitations. Elle commence alors à donner des conférences, faisant de longs voyages en Allemagne et dans d'autres pays. Nombre de ses enseignements portent sur la place de la femme dans la société et dans l'Église, sur la formation des jeunes et sur l'anthropologie. Elle prend résolument position contre le nazisme et rappelle la dignité de tout être humain.

Au cours de ces conférences, elle affirme que l'éducation ne peut pas tout obtenir par la force, mais doit aussi passer par le respect de chaque individu et la grâce. Elle met donc en garde contre la surveillance des étudiants, et montre le rôle exemplaire du professeur dans l'éducation, plus que les moyens coercitifs[28]. Son père spirituel lui conseille de continuer son œuvre, du fait de son statut de laïc dans la société, fait rare à l'époque[A 16]. Elle prend ainsi parti pour le dialogue entre catholiques et protestants au sein de l'éducation[29]. Édith Stein obtient une notoriété importante au cours d'une conférence en 1930 sur « L'éthique des métiers féminins ». Seule femme à prendre la parole au cours du Congrès, elle parle des métiers féminins et refuse la misogynie de l'époque en affirmant qu'« aucune femme n'est seulement femme, chacune présente des traits individuels et des dispositions propres, tout comme l'homme, par l'aptitude à exercer telle ou telle profession dans un domaine artistique, scientifique ou technique »[30]. Les comptes-rendus de cette conférence sont repris dans de nombreux journaux de l'époque. Au cours d'une de ces conférences[A 17] elle discute avec Gertrud von Le Fort, amie poétesse. Dans la Positio, Gertrud von le Fort affirmera même (mais c'est de mémoire quarante ans plus tard) qu'elle a été en contact avec Edith Stein dès 1925-26 par le biais du P. Przywara. De cette rencontre naît l'inspiration de l'œuvre La Dernière à l'Échafaud, dont Georges Bernanos s'inspire pour écrire les Dialogues des Carmélites. En 1932 elle continue ses conférences demandant une éducation précoce de la sexualité[A 16].

Edith Stein continue parallèlement ses études de philosophie et est encouragée par Martin Heidegger et Honecker (de) dans ses recherches dans le dialogue entre la philosophie thomiste et la philosophie phénoménologique[A 16]. En 1931, elle termine son activité à Spire. Elle tente de nouveau d'obtenir l'habilitation pour enseigner librement à Wroclaw et à Fribourg, mais elle ne l'obtient pas. Elle trouve un poste à l'Institut des sciences pédagogiques de Münster[A 18], institut géré par l’enseignement catholique (qui sera fermé par le pouvoir nazi quelques années plus tard). Elle participe en à une conférence à Juvisy en France, organisée par la société thomiste, où elle intervient principalement sur la phénoménologie, en précisant les pensées de Husserl et de Heidegger[31] : « Je dirai que chez Husserl, la phénoménologie est une philosophie des essences, chez Heidegger, une philosophie de l’existence. Le Moi du philosophe d’où l’on part pour atteindre au sens de l’être est pour Husserl le Moi pur, pour Heidegger, la personne in concreto »[32]. Elle continue à dialoguer avec ses amis philosophes, dont Hans Lipps qui la demande en mariage en 1932, demande qu'elle refuse[33], ayant trouvé un « autre chemin ».

Edith Stein prend progressivement son autonomie vis-à-vis de Husserl. Ainsi, elle se trouve en désaccord avec lui sur le rôle de la théologie et de la philosophie. Elle considère que la philosophie a pour objectif d’ « approfondir les nécessités et les possibilités de l’être »[D 1], par sa fonction de connaissance. La philosophie de Husserl lui semble une impasse dans la mesure où elle ne permet pas d’accéder aux questions de l'éthique et de la philosophie de la religion, ne laissant pas « de place pour Dieu »[34]. La théologie et la philosophie « ne doivent pas se faire concurrence, mais au contraire se compléter et s’enrichir réciproquement »[D 1]. La théologie peut en effet, selon elle, servir d'hypothèse permettant d'accéder au logos. Elle critique aussi le fait que la philosophie de Husserl omette des siècles de recherche chrétienne de la vérité en ne considérant que les philosophes récents[B 5]. Cette critique se poursuit avec l'analyse de l'œuvre de Martin Heidegger. Elle conteste sa méconnaissance de la philosophie médiévale dans son analyse[B 6]. Elle lui reproche de « reculer devant l'infini sans quoi rien de fini ni le fini comme tel n'est saisissable »[34].

Très vite après la prise du pouvoir par les nazis, les lois allemandes interdisent aux femmes l'enseignement dans les universités ainsi qu'aux Juifs. Cependant, même lorsqu’elle est interdite d'enseignement en 1933, l’Association des enseignantes catholiques continue à lui verser une bourse[A 19]. Édith Stein est activement opposée au nazisme dont elle perçoit très tôt le danger. Interdite d'enseignement du fait de l'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir, elle décide alors d'écrire au pape Pie XI pour demander une prise de position claire de l'Église contre ce qu'elle nomme « l’idolâtrie de la race »[35],[36]. Cette prise de position n'aura pas lieu du fait de la mort de Pie XI en 1939, décès qui arrête la rédaction de l'encyclique condamnant l'antisémitisme, Humani generis unitas commencée en mai 1938. Certains pensent que la lettre d'Édith Stein peut avoir eu une influence sur l'origine de cette encyclique[B 7]. La condamnation du nazisme par l'Église catholique a lieu dans l'encyclique Mit brennender Sorge (1937). Comme elle ne peut plus s’exprimer publiquement du fait des lois antisémites, elle redemande alors à l’archiabbé Walzer de Beuron de pouvoir entrer au Carmel.

Elle décide, à la suite d'une conversation avec un religieux, d'écrire un livre sur l'« humanité juive »[G 3] afin de rassembler ses souvenirs : sous le titre Vie d'une famille juive, elle décrit l'histoire de sa famille en tentant ainsi de détruire les préjugés antisémites et en décrivant l'humanité juive. Ce récit autobiographique s'arrête en 1916, peu de temps avant sa conversion. En la fête de sainte Thérèse d'Avila, le , elle réalise enfin son vœu : elle entre au monastère.

Vie religieuse[modifier | modifier le code]

Le choix du Carmel[modifier | modifier le code]

Statue commémorant l’itinéraire d’Édith Stein à Cologne.

Le choix du Carmel peut trouver plusieurs explications. La première raison est la lecture des mystiques du Carmel, dans la mouvance des phénoménologues à partir de 1917. En témoigne une conversation qui a lieu vers 1918[37] : dans une période de doute et de difficultés, Philomène Steiger (1896-1985), une amie catholique, lui a parlé de la quête du prophète Élie, le définissant comme le véritable fondateur du Carmel, cherchant dans la solitude l'union à Dieu[A 20]. À cette époque, Edith Stein connaissait déjà les écrits du Carmel. La deuxième raison, la plus importante, est son admiration pour Thérèse d'Avila et pour son œuvre qui l'ont conduite au Christ. Après la lecture de sa biographie, elle avait fait le choix de devenir catholique et d'entrer un jour au Carmel afin de « renoncer à toutes les choses terrestres et vivre exclusivement dans la pensée du divin »[C 8]. Mais, comme elle le dit elle-même, elle découvre que la vocation carmélitaine, loin d'être une fuite du « terrestre » est au contraire une manière concrète d'incarner un « grand amour ».

Entrée au Carmel de Cologne[modifier | modifier le code]

Photographie d'Édith Stein, prise immédiatement avant qu'elle quitte le Carmel de Cologne pour se réfugier au Carmel d’Echt, c. .

En 1933, privée désormais comme juive du droit de s’exprimer publiquement, elle demande à entrer au Carmel, malgré ses 41 ans. Elle est donc admise au Carmel de Cologne. Elle prend l’habit le et reçoit le nom de « Thérèse-Bénédicte de la Croix ». Ses supérieures l’encouragent bientôt à reprendre ses travaux philosophiques. À Pâques le , Édith Stein fait ses vœux temporaires. Elle a l'autorisation de poursuivre ses études sur Puissance et Acte, projet d'étude philosophique qu'elle poursuit jusqu'en 1939[A 21]. Ses travaux conduisent Édith Stein à remanier de manière complète ce projet, qu'elle renomme L’Être fini et l’Être éternel. Cet écrit peut ainsi être considéré comme son œuvre majeure. Elle y établit le chemin de la recherche de Dieu, qui passe par une recherche de la connaissance de soi. L'ensemble de ses travaux ne pourra cependant être publié, en raison des lois anti-juives du Troisième Reich. Elle renouvelle ses vœux temporaires le . Au cours de cette cérémonie, elle affirmera : « Quand mon tour est arrivé, de renouveler mes vœux, j'ai senti que ma mère était près de moi, j'ai expérimenté clairement qu'elle était proche de moi »[G 4],[38]. Elle apprendra quelques jours plus tard que sa mère mourait au même moment. Ce fut pour Edith Stein une profonde consolation[G 4].

Le , elle prononce ses vœux définitifs en tant que carmélite. Devant le danger que présentent les lois nazies, Sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix a l'autorisation de partir au carmel d’Echt, aux Pays-Bas, le [A 22]. Sa sœur Rosa, qui s’est convertie elle aussi au catholicisme, l'y rejoint plus tard après un séjour en Belgique (voir Lettres).

Carmel d’Echt[modifier | modifier le code]

Édith Stein arrive au Carmel d'Echt, aux Pays-Bas, mais elle est inscrite auprès des services de l'immigration néerlandais en tant que juive. Elle est de plus en plus inquiète devant le sort de ses amis et sa famille juive. Elle continue ses travaux mais demande à sa supérieure de « s'offrir en sacrifice au Sacré-Cœur de Jésus pour la paix véritable ». Le , elle rédige son testament, dans lequel elle « implore le Seigneur de prendre sa vie » pour la paix dans le monde, et le salut des juifs[Note 7]. L'annexion des Pays-Bas par l'Allemagne nazie conduit à une situation de plus en plus difficile pour Édith Stein, soumise à un statut particulier du fait de son origine juive. Néanmoins sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix continue d'écrire, conformément aux souhaits de ses supérieurs. Elle est ainsi déchargée de ses travaux manuels par sa supérieure au début 1941[B 8]. À l'occasion du quatre-centième anniversaire de la naissance de saint Jean de la Croix, sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix entreprend l'étude de sa théologie mystique.

Stein avait préparé la rédaction de ce gros ouvrage par un court essai sur la théologie symbolique du Pseudo-Denys l'Aréopagite, une des sources de la pensée de saint Jean de la Croix[Note 8]. Elle cherche à comprendre, avec le recul, comment certains arrivent à mieux découvrir Dieu à travers la création, la Bible et leurs expériences de vie, alors que pour d’autres, ces mêmes éléments restent totalement opaques. Elle intitule son œuvre sur Jean de la Croix Scientia Crucis (La Science de la Croix). Elle y fait une synthèse de la pensée du carme espagnol avec sa propre étude sur la personne humaine, la liberté et l’intériorité. Contrairement à ce qui fut dit, les dernières études graphologiques et littéraires montrent que l’œuvre est achevée au moment de l’arrestation d’Édith Stein[39]. C’est une sorte de synthèse de son cheminement intellectuel et spirituel. À travers l’expérience de saint Jean de la Croix, elle cherche à trouver les « lois » générales du chemin que peut faire toute intériorité humaine pour parvenir au royaume de la liberté : comment atteindre en soi le point central où chacun peut se décider en pleine liberté[40]. Cependant Édith Stein cherche à quitter les Pays-Bas afin de partir vers un Carmel en Suisse et vivre sa foi sans la menace des nazis. Ses démarches restent sans succès car elle est privée du droit d'émigrer. Elle écrit en  : « Depuis des mois, je porte sur mon cœur un petit papier avec la parole du Christ: « Lorsqu'ils vous persécuteront dans une ville, fuyez dans une autre »[41],[B 9].

Assassinat durant la Shoah[modifier | modifier le code]

Photographie d'une parure vestimentaire formée d'une étoile de David dorée
Relique de l'habit de Sainte Thérèse-Bénédicte de La Croix dans la cathédrale de Spire.

Face à l'augmentation de l'antisémitisme aux Pays-Bas, les évêques néerlandais décident[B 10], contre l'avis du pouvoir en place, de condamner les actes antisémites par la lecture lors de l'homélie d'une lettre pastorale dans les églises le [42]. Par mesure de répression, un décret du conduit à l'arrestation des 1 200 « Juifs de religion catholique »[43],[44].

Elle est arrêtée le par les S.S. avec sa sœur Rosa et tous les Juifs ayant reçu le baptême catholique. Ses dernières paroles sont, d'après un témoin, pour sa sœur : « Viens, nous partons pour notre peuple »[Note 9].

Elle est détenue avec sa sœur dans le camp de transit d'Amersfoort, puis celui de Westerbork[B 11]. Elle y retrouve deux de ses amies et « filles » spirituelles, deux jeunes filles juives devenues catholiques : Ruth Kantorowicz et Alice Reis. Au camp de Westerbork, elle croise une autre grande mystique juive du XXe siècle, Etty Hillesum, qui vient d’être embauchée par l'antenne du camp du Conseil juif pour aider à l’enregistrement des détenus. Cette dernière consigne dans son Journal la présence d’une carmélite avec une étoile jaune et de tout un groupe de religieux et religieuses se réunissant pour la prière dans le sinistre décor des baraques[E 3]. Un juif qui put échapper à la déportation raconte : « Sœur Bénédicte allait au-devant des femmes pour leur apporter aide, consolation et réconfort, comme un ange, s’occupant de la toilette, de l’alimentation et des soins de petits enfants […] abandonnés depuis des jours. Elle donnait le témoignage d’un amour immense qui a frappé d’étonnement tout le monde »[45]. À l’aube du , Edith et sa sœur Rosa font partie d'un convoi de 987 juifs qui part pour Auschwitz, en Pologne, où elles sont assassinées deux jours plus tard dans une chambre à gaz[46].

Héritage[modifier | modifier le code]

Théologie d’Edith Stein[modifier | modifier le code]

Vision de la femme[modifier | modifier le code]

Mémorial de l'abbaye de Beuron en Allemagne.

Édith Stein a très tôt été marquée par sa condition féminine. Première femme docteur en philosophie d’Allemagne, elle s’est engagée personnellement afin de défendre la possibilité pour les femmes d’aller à l’université et d’y enseigner, malgré les nombreuses réticences du début du XXe siècle.

Sa conversion va l’engager sur une autre voie. Elle comprend alors que les revendications féministes[B 12] ne suffisent pas ; le vrai féminisme consiste à vouloir non pas une femme « masculinisée » ou qui tende à se passer de l’homme, mais une femme complémentaire de l’homme par la libre et complète réalisation de sa nature originale[47]. Edith Stein a donc développé une théologie catholique de la femme, à travers de nombreuses conférences dans toute l’Allemagne.

Certaines de ses conférences ont été regroupées en français dans un premier recueil La Femme et sa destinée, suivi en français de La femme. Ces livres abordent de nombreux thèmes comme l’éducation de la femme, sa vocation, son statut particulier. À partir d’une analyse philosophique, Edith Stein affirme l’unité de l’humanité, puis une différenciation des sexes : après avoir créé l’homme, Dieu a voulu lui donner « une aide qui lui corresponde…, comme une main correspond à l’autre main. » La séparation des sexes postule donc la complémentarité des vocations masculine et féminine[48]. Dans la procréation et l’éducation des enfants, « la femme, unie à l’enfant par des liens plus sensibles du point de vue physique comme du point de vue de l’âme, trouve sa première mission, et l’homme est placé à ses côtés pour l’aider et la protéger »[D 2]. Mais la femme a aussi trois vocations fondamentales : « l’épanouissement de son humanité, de sa féminité et de son individualité ». Tournée vers les êtres et le vivant, et douée d’intuition, la femme a la capacité de saisir l’être concret dans sa particularité et dans sa valeur propre, mais aussi dans sa totalité[49]. En se fondant sur le récit de la Genèse et de l’Évangile, démarche reprise par Jean-Paul II dans son magistère, elle prend la Vierge Marie pour modèle, et affirme son rôle essentiel dans l’éducation. Cependant, elle nie l’opposition qui a cours à son époque affirmant que les femmes doivent se cantonner à la seule sphère familiale et affirme que la vocation de la femme peut être une vie professionnelle : « Le but qui consiste à développer les capacités professionnelles, but auquel il est bon d’aspirer dans l’intérêt du sain développement de la personnalité individuelle, correspond également aux exigences sociales qui réclament l’intégration des forces féminines dans la vie du peuple et de l’État »[D 3]. C’est dans cet esprit qu’Edith Stein a décrit devant des institutrices catholiques de Bavière, dans une conférence en 1928, « le rôle de la femme dans la vie nationale »[50]. Cette affirmation est d’autant plus forte qu’elle considère comme une perversion de la vocation féminine la vie des « jeunes filles de bonnes familles et des femmes oisives des classes possédantes »[A 23].

Elle affirme, en s’appuyant sur saint Thomas d'Aquin, qu’il existe des professions naturelles de la femme[51], s'appuyant sur des prédispositions féminines. Prédispositions qui n’empêchent pas une singularité et des dispositions singulières, comme chez les hommes. En parlant de l’Éthique des professions féminines, elle a voulu montrer que la profession devait être conçue comme le vrai moyen de l’unification du moi[52]. Elle affirme qu’« un authentique métier féminin, c'est un métier qui permet à l’âme féminine de s’épanouir pleinement »[D 4]. La femme doit donc se réaliser dans sa profession en recherchant ce qui est le plus dans sa vocation. Elle doit veiller à conserver « une éthique féminine »[D 5] dans sa profession, en prenant la Vierge Marie comme modèle de la Femme et dans sa destinée[D 6].

Cette réalisation doit aussi comprendre une mission spirituelle de la femme, qui se réalise par la vie en Dieu, la prière et les sacrements. Dans cette logique elle critique le manque d’instruction des femmes, et le manque d’enseignement du catéchisme auprès des femmes[D 7], l’éducation se focalisant trop sur la piété. Elle affirme ainsi que « la foi n’est pas une affaire d’imagination, ni un sentiment de piété mais une préhension intellectuelle ». Elle mettra en garde les institutions religieuses, qui, dans l’éducation religieuse, utilisaient trop souvent des moyens coercitifs afin de développer la piété. La foi ne pouvant s’obtenir qu’en vertu de la Grâce, elle affirme la nécessité non pas des contrôles mais de l’exemple dans l’éducation des filles[A 24].

Edith Stein la première a su donner une image vraie de la femme et a montré l’importance de sa valeur intrinsèque pour la vie d’un peuple : cette valeur consiste en son « aptitude à découvrir des capacités personnelles dont elle fera bénéficier le foyer domestique, ainsi que l’Église et la société »[53]. Cette théologie spécifique à la condition féminine était quasiment inexistante dans l’enseignement catholique ; Jean-Paul II, peut-être influencé par l’analyse d’Édith Stein, la développera dans sa lettre apostolique Mulieris dignitatem[54].

Vision du judaïsme[modifier | modifier le code]

Vitrail d'Alois Plum représentant Édith Stein et Maximilien Kolbe à Cassel.

La vision du judaïsme d’Édith Stein évolue tout au long de sa vie. Née dans une famille juive, elle abandonne sa foi juive, pour devenir athée, ou en tout cas agnostique, bien qu'elle eût continué à respecter le sabbat comme dans son adolescence. Cet athéisme est remis en question par sa rencontre du Christ. Cette conversion conduit Édith Stein à un approfondissement de sa foi et l'amène à se ré-approprier progressivement ses racines juives et à exprimer sa foi chrétienne d’une manière originale[E 4].

Édith Stein ne renie pas son origine juive, mais l’assume, en se considérant toujours comme appartenant au peuple juif. Elle considère ainsi que Jésus de Nazareth est un juif pratiquant, comme ses disciples des premiers temps. Il en va de même de l’Église, le groupe actuel de ses disciples. L’Église doit donc rester pleinement consciente de cet enracinement et doit être solidaire du peuple juif persécuté[55]. Ainsi c’est cette réflexion et cette filiation qui conduisent Édith Stein à écrire au Pape Pie XI contre l’antisémitisme[B 13], et à agir contre l’antisémitisme tout au long de sa vie[56]. Elle revendique par ailleurs son héritage juif, par exemple en 1932. Lors d'un séjour à Paris, elle parle « des nôtres » ou de « nous » lorsqu'elle parle de ses amis philosophes juifs[B 14], ce qu'elle fera continuellement tout au long de sa vie.

Dans son œuvre présentée comme autobiographique, Vie d’une famille juive, Édith Stein veut, selon l’avant-propos, produire une réfutation de l’antisémitisme nazi à travers la présentation de la vie de sa famille et de ses amis juifs, dont elle est totalement solidaire, cherchant à faire disparaître les préjugés antisémites. Cet héritage est vécu par Édith Stein de façon plus personnelle ; elle écrit ainsi en 1932 : « J'avais entendu parler de mesures sévères prises à l'encontre des Juifs, mais à ce moment-là l'idée se fit jour en moi, soudainement, que Dieu venait à nouveau de poser lourdement sa main sur mon peuple et que le destin de ce peuple était aussi le mien »[B 15]. Elle écrit La Prière de l'Église, où elle réaffirme le lien profond, vital, entre le catholicisme et les juifs, affirmant que « le Christ priait à la manière d'un Juif pieux, fidèle à la Loi »[57]. Elle affirme dans la même logique qu'il existe une richesse passée et présente de la liturgie juive. Richesse qui préfigure la richesse de la liturgie catholique[B 16]. En cela, l'œuvre d’Édith Stein est prophétique, elle annonce les avancées du Concile Vatican II et de l'amitié judéo-chrétienne qui suivra.

Enfin sa mort, qu’elle veut vivre comme un holocauste pour « son peuple », montre son attachement profond à ce lien entre christianisme et judaïsme[58]. Elle ne renie pas sa foi catholique, mais s’identifie au Christ, qui meurt pour ses disciples. Édith Stein fait donc de même, en partant aux camps en tant que juive. Le pape Jean-Paul II dans l'homélie de sa béatification affirmera qu'il n'y a pas de contradiction pour Édith Stein dans sa foi : « Pour Édith Stein, le baptême chrétien n'était pas une façon de rompre avec son héritage juif. Tout au contraire elle déclara : « J'avais abandonné la pratique de la religion juive dès l'âge de quatorze ans. Mon retour à Dieu me permit de me sentir à nouveau juive ». Elle a toujours été consciente du fait qu'elle était liée au Christ « non seulement par la spiritualité, mais aussi par le sang. » (...) Dans les camps d'extermination, elle mourut en fille d'Israël « pour la gloire du Très Saint Nom et, à la fois, en tant que sœur Térésa Benedicta de la Croix, c'est-à-dire, « bénie par la Croix » »[59].

Théologie de la Croix[modifier | modifier le code]

Dès le début de sa conversion, Edith Stein est frappée par le mystère de la souffrance à travers la mort et par l'expérience de la foi vécue dans l'épreuve. Elle a développé une spiritualité particulière centrée autour de la Passion du Christ comprise à partir de l’élection d’Israël. Elle lie le jour du Grand Pardon, figure du Vendredi saint, avec le sacrifice de la Croix, et assimile le Christ au Grand Prêtre pénétrant dans le Saint des saints[60]. Elle voit dans la mort du Christ sur la Croix, dans ce « scandale des scandales », l’indispensable instrument de la réconciliation entre Dieu et l’homme, et plus spécialement entre Dieu et le peuple des juifs : en avril 1933, elle notait : « J’ai compris que la Croix qui est sur le point de tomber, en ce moment, sur le peuple juif, est sa Croix », car il lui semblait incontestable que la persécution des Israélites par les nazis visait d’abord le Christ lui-même[61].

Une fois au Carmel, elle prend le nom de sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix, montrant par là-même l'importance pour elle de la théologie de la Croix. La rédaction de La Science de la Croix, sur la spiritualité de Jean de la Croix, permet à Édith Stein de développer une théologie de la Croix. La Croix est, selon Édith Stein, « cette vérité […] enfouie dans l'âme à la manière d'un grain de blé qui pousse ses racines et croît. Elle marque l'âme d'une empreinte spéciale qui la détermine dans sa conduite, à tel point que cette âme rayonne au dehors et se fait connaître par tout son comportement ». Ainsi, la science de la Croix consiste en l'imitation du Christ, homme des douleurs[G 5]. La souffrance décrite par Jean de la Croix dans La Nuit obscure est une participation à la Passion du Christ et à « la souffrance la plus profonde, celle de l'abandon de Dieu ». Jean de la Croix affirme que pour entrer dans « la richesse de la sagesse de Dieu, il faut entrer par la porte : cette porte est la croix et elle est étroite »[G 6]. Pour Édith Stein aussi, la science de la Croix est la possibilité de s'unir à Dieu : l'âme ne peut ainsi s'unir que si « elle a été purifiée auparavant par un brasier de souffrances intérieures et extérieures et d'après les plans de la Sagesse Divine. Nul ne peut en cette vie obtenir une connaissance, même limitée, des mystères, sans avoir beaucoup souffert »[G 6]. Ces souffrances sont considérées par Édith Stein comme le « feu de l'expiation ». Jésus en venant sur la Terre a pris le fardeau des péchés de l'homme. Les souffrances du Christ tout au long de sa vie et accentuées au Jardin des Oliviers sont le signe de la douleur qu'il éprouve dans ce délaissement de Dieu[G 7]. La mort du Christ, sommet de souffrance, marque aussi la fin de ses souffrances et la possibilité d'union de l'Amour éternel[G 7], union de la Trinité.

Après la nuit obscure qui est purification du cœur, nous accédons à l'Union divine[G 8]. Édith Stein affirme ainsi : « On ne peut acquérir une scientia crucis que si l'on commence à souffrir vraiment du poids de la croix. Dès le premier instant, j'en ai eu la conviction intime et j'ai dit du fond du cœur : Ave Crux, spes unica »[G 9],[62]. Dans le poème « Signum crucis », elle comprend qu’il faut se tenir avec Marie au pied de la Croix : Juxta Crucem tecum stare ![63]. Il ne faut pas pour autant avoir une vision doloriste de ce que dit Édith Stein : le sacrifice de la Croix accomplit l’histoire du salut, et le but est bien la joie d'un amour vécu en plénitude. Tout doit mener à l'amour : « Il est à peine besoin de parler de l'amour : tout l'enseignement de saint Jean de la Croix est un enseignement de l'amour, une manière d'indiquer comment l'âme peut parvenir à être transformée en Dieu, qui est l'Amour ». Du reste, saint Jean de la Croix n'utilise pas l'expression "science de la croix" mais « science d'amour ». Un des plus beaux poèmes d’Édith Stein porte ainsi sur la joie de l'Esprit Saint :

« Es-tu le doux cantique de l'amour
et du respect sacré qui retentit sans fin
autour du trône de la Trinité sainte,
symphonie où résonne
la note pure donnée par chaque créature ?
le son harmonieux
l'accord unanime des membres et de la Tête,
dans lequel chacun, au comble de la joie,
découvre le sens mystérieux de son être
et le laisse jaillir en cri de jubilation,
rendu libre
en participant à ton propre jaillissement :
Saint-Esprit, jubilation éternelle. » (cf. Malgré la nuit)

Cette science de la croix conduira Édith Stein à vouloir s'offrir et souffrir en s'unissant au Christ. Dès 1930, elle écrivait : « Je ressens combien est faible l'influence directe, cela aiguise en moi le sentiment de l'urgence de l’holocaustum[Note 10] personnel. »[F 3]. La rédaction de son testament confirmera la volonté d’Édith Stein de vivre jusqu'au bout cette science de la Croix : « J’accepte déjà maintenant avec joie la mort que Dieu a prévue pour moi dans une parfaite soumission à Sa très Sainte Volonté. Je demande au Seigneur d'accepter ma vie et ma mort pour Son honneur et Sa gloire ».

La philosophie chrétienne d'Edith Stein[modifier | modifier le code]

Philosophant en phénoménologue, Édith Stein a été hantée depuis ses débuts par le problème ontologique et épistémologique. Devenue catholique, elle approfondit les philosophies chrétiennes, thomisme, augustinisme et scotisme ; dans les débats qui eurent lieu au cours des Journées d’Études de Juvisy, en , elle s’inscrit parmi les défenseurs de la philosophie chrétienne comme Étienne Gilson, Jacques Maritain ou Maurice Blondel. La controverse portait alors sur la façon de concevoir les rapports entre ce que nous savons (épistémé) et ce que nous croyons (doxa), entre raison et révélation, savoir et foi, philosophie et théologie. Edith Stein croit nécessaire de faire dialoguer la philosophie médiévale avec la phénoménologie ; dans cette optique, elle traduit les Quæstiones disputatæ de veritate de saint Thomas d'Aquin et écrit La Phénoménologie de Husserl et la philosophie de saint Thomas d’Aquin, Essai de confrontation[64] ; dans cet ouvrage, elle souligne la nécessaire collaboration entre philosophie et théologie : « On ne peut arriver à une interprétation rationnelle du monde, c’est-à-dire à une métaphysique, qu’au moyen de la coopération entre raison naturelle et raison surnaturelle »[65]. Sa découverte de la scolastique lui fait envisager le projet d’une « intégration » ou d’une « fusion »[Note 11] de certaines intuitions de la philosophie médiévale et de la philosophie moderne, à l’imitation du Père Erich Przywara dont c’était également la volonté[66] : Edith Stein et Erich Przywara cherchent tous deux à faire dialoguer l’ordre de l’être et l’ordre du sens, en d’autres termes l’ontique et le noétique. La philosophie moderne qu’elle conçoit et expose dans L'Être fini et l'Être éternel, achevé en 1936, s’inscrit dans une optique résolument englobante et une scientificité propre à la rationalité moderne. La philosophie doit en effet être considérée, selon Edith Stein, non pas comme une sagesse mais comme la science par excellence : cette science idéale reposera à la fois sur la vérité logique, domaine de la science actuelle, et sur la vérité ontologique et transcendantale, à l’image de la pensée médiévale enracinée dans une théorie de l’être[67]. La problématique des transcendantaux occupe d’ailleurs le chapitre central de L'Être fini et l'Être éternel[68].
Edith Stein propose alors la définition suivante de la philosophie chrétienne :

« La philosophie chrétienne n’est pas seulement le nom pour désigner le comportement des philosophes chrétiens, ni la désignation de l’ensemble des doctrines de penseurs chrétiens — mais elle signifie en plus l’idéal d’un perfectum opus rationis[Note 12] qui aurait réussi à embrasser dans une unité l’ensemble de ce que la raison naturelle et la révélation nous rendent accessible. »

— L'Être fini et l'Être éternel, p. 32.

Le recours à la révélation chrétienne est exigé par la faiblesse structurelle de la raison naturelle, faiblesse qui tient à sa finitude même. Laissée à ses propres forces, la raison humaine est incapable de prouver l’existence de Dieu, ou de résoudre la question de l’origine de l’âme. Toute connaissance de Dieu est en effet grâce. Cette faiblesse de la raison humaine est la conséquence logique de la doctrine d’Edith Stein sur la création, marquée par le signe de la contingence radicale[69].

« Si par contre, la philosophie s’approprie les réponses trouvées dans la doctrine de la foi afin de parvenir ainsi à une connaissance plus ample de l’étant, nous nous trouvons devant une philosophie chrétienne utilisant la foi comme source de connaissance. Ce n’est plus une philosophie pure et autonome. Cependant, il ne semble pas justifié de lui conférer maintenant le nom de théologie. »

— L'Être fini et l'Être éternel, p. 31.

La foi étant donc admise comme source de connaissance, la philosophie peut dès lors emprunter certaines données à la théologie[70]. La science parfaite pour Edith Stein correspond à ce que la tradition chrétienne nomme « vision béatifique » ou « vision en Dieu ». Une invitation est donc lancée à la raison humaine de prendre conscience de ses limites, et de s’ouvrir à tout ce qui pourrait y remédier ; à condition de se départir de ses préjugés défavorables envers la philosophie chrétienne, un incroyant pourra, sans adopter les vérités de foi, les prendre en compte à titre d’hypothèses pour vérifier ensuite la validité de leurs conséquences[71]. Le théologien Marcel-Jacques Dubois salue l’originalité de cette conception de la philosophie chrétienne, « dans la lignée du credo ut intelligam » de saint Augustin[72].

L’âme humaine[modifier | modifier le code]

En référence à l’œuvre de sainte Thérèse d'Avila, Le Château intérieur, Edith Stein écrit à partir de 1935 un commentaire intitulé Le Château de l’âme, et publié au chapitre VII de L’Être fini et l’Être éternel. Elle y soulève la question suivante : « Qu’est-ce que l’âme humaine dans sa structure et dans son devenir ? » À la différence de saint Thomas d'Aquin, elle considère que l’âme n’est pas simplement réductible à un quelque chose : elle est un étant, c’est-à-dire un quelque chose rempli[Note 13]. Car il faut considérer l’âme dans son appartenance au monde de l’esprit, sa vie signifiante et son aptitude à produire du sens[73]. Elle reconnaît la qualité religieuse de l’âme humaine, du fait de la relation entre Dieu et nous ; mais le centre de l’âme est aussi le lieu qui nous permet d’entrer en relation avec le monde et avec les personnes, en vérité, dans la connaissance et dans l’amour. C’est à partir du centre de l’âme que se réalise « la conquête progressive d’une attitude plus pure et plus adéquate face au monde […] La fin montre bien, écrit-elle, qu’est finalement rendue à l’âme toute sa puissance d’agir naturelle pour qu’elle puisse œuvrer au service du Seigneur »[74].

Empathie[modifier | modifier le code]

L'empathie, ou Einfühlung, est un terme emprunté par Husserl à Theodor Lipps, désignant l’expérience intersubjective[B 3]. La thèse d'Édith Stein adopte un point de vue différent du philosophe Theodor Lipps[4]. Elle analyse l'empathie comme le don d'intuition et de rigueur qui permet de saisir ce que vit l'autre en lui-même[E 5]. L'empathie peut permettre à la personne humaine, considérée comme un univers en soi, de s'enrichir et d'apprendre à se connaître au contact des autres[D 8]. Ainsi, nous pouvons éprouver de l'empathie pour ce que nous n’avons pas vécu par expérience et qui ne fait pas partie de notre structure personnelle, par exemple être incroyant et pourtant comprendre qu’on puisse tout sacrifier à sa foi. C’est ce qu’Édith Stein appelle « une représentation vide »[17]. Mais aussi « par l'empathie, je peux vivre des valeurs et découvrir des strates correspondantes de ma personne, qui n'ont pas encore eu l'occasion d'être dévoilées par ce que j'ai vécu de manière originaire. Celui qui n'a jamais vu le danger de près peut, en réalisant la situation d'un autre par empathie, découvrir qu'il est lui-même lâche ou courageux. En revanche, ce qui contredit ma propre structure d'expériences, je ne peux pas le « remplir » mais je peux me le représenter de manière vide, abstraite »[E 6]. De cette analyse, Édith Stein affirme que « seul celui qui vit lui-même comme personne, comme unité de sens, peut comprendre d'autres personnes ».

C'est l'ouverture aux autres qui permet ainsi de mieux connaître la réalité. Celle-ci ne peut donc pas se fonder uniquement sur le moi pour atteindre la connaissance mais a besoin d'accepter les choses extérieures comme elles sont, ouvrant ainsi la porte à une plus grande connaissance des choses, sinon « nous nous emmurons dans la prison de nos particularismes ».

Postérité[modifier | modifier le code]

Reconnaissance posthume[modifier | modifier le code]

Canonisation[modifier | modifier le code]

Édith Stein est béatifiée par Jean-Paul II, le , à Cologne, pour l’héroïsme de sa vie et sa mort en martyre, assassinée « ex odio fidei » (en haine de sa foi catholique)[75]. Avec sa béatification dans la cathédrale de Cologne l’Église honore, comme le dit le pape Jean-Paul II, « une fille d’Israël, qui pendant les persécutions des nazis est demeurée unie avec foi et amour au Seigneur Crucifié, Jésus Christ, telle une catholique, et à son peuple telle une juive »[4]. Cette homélie de Jean-Paul II montre l'importance reconnue du peuple juif et de la tradition hébraïque dans la vie d'Edith Stein[76]. Elle est par la suite canonisée par le pape Jean-Paul II le et proclamée co-patronne de l’Europe le 1er octobre 1999[77].

Le , le pape Benoît XVI bénit une grande statue de sœur Thérèse Bénédicte de la Croix placée dans la partie extérieure de l’abside de la basilique Saint-Pierre du Vatican dans une niche entre les patrons de l’Europe[78]. Benoît XVI cite par ailleurs en exemple Édith Stein dans son discours lors de sa visite à Auschwitz le [79] affirmant : « De là apparaît devant nous le visage d'Édith Stein, Thérèse-Bénédicte de la Croix : juive et Allemande, disparue, avec sa sœur, dans l'horreur de la nuit du camp de concentration allemand-nazi ; comme chrétienne et juive, elle accepta de mourir avec son peuple et pour son peuple (…) mais aujourd'hui, nous les reconnaissons en revanche avec gratitude comme les témoins de la vérité et du bien, qui, même au sein de notre peuple, n'avaient pas disparu. Remercions ces personnes, car elles ne se sont pas soumises au pouvoir du mal, et elles apparaissent à présent devant nous comme des lumières dans une nuit de ténèbres »[80].

Deux motifs ont été avancés pour expliquer la béatification d'Edith Stein : le premier est celui de la reconnaissance de sa vie vertueuse, le second est celui du martyre[81]. La canonisation d’Édith Stein est obtenue après la guérison miraculeuse, au General Hospital de Massachusetts[82], de la petite Teresa Benedicta McCarty, née le jour anniversaire de la mort d’Edith Stein. À la suite de cette canonisation, en 1998 une polémique est née[82], certains reprochant au pape Jean-Paul II d'avoir voulu remettre en cause la spécificité de la Shoah. Ainsi des personnalités juives ont critiqué le pape lui demandant d’annuler la canonisation[83], qu’ils considéraient comme une tentative pour réaliser la « christianisation de la Shoah »[84],[85]. Cette polémique semble en partie due à une mauvaise interprétation du discours du pape Jean-Paul II qui affirma : « En célébrant désormais la mémoire de la nouvelle sainte, nous ne pourrons pas, année après année, ne pas rappeler aussi la Shoah, ce plan féroce d’élimination d’un peuple qui coûta la vie à des millions de frères et sœurs juifs »[85]. Certains ont cru y voir l’institution d’une journée commémorant la Shoah, or cette journée n’a jamais été instituée et les propos ont sans doute été sur-interprétés[85].

Fête[modifier | modifier le code]

La fête d'Édith Stein est fixée au . Sa fête a rang de mémoire dans l'ordre du Carmel, sauf en Europe, où en tant que co-patronne, sa mémoire, pour toute l'Église, a rang de fête[86],[87].

Hommages[modifier | modifier le code]

En 2008, Édith Stein entre au Walhalla, mémorial des personnalités marquantes de la civilisation allemande. La chaîne télévisée publique allemande ZDF consacra une émission entière sur Édith Stein dans le cadre d’Unsere Besten, consacrant les plus grands Allemands de tous les temps. Dans le film La Septième demeure (1995), Maia Morgenstern joue le rôle d'Édith Stein.

En 2014, la paroisse de Bayeux fait l'acquisition d'une nouvelle cloche, nommée « Thérèse-Bénédicte », en hommage à Édith Stein.

À Vienne, la maison Edith-Stein-Haus, située au numéro 8 de la Ebendorferstraße, est le site principal de la paroisse universitaire catholique et de l'aumônerie universitaire de l'archidiocèse de Vienne. Dans l'esprit du modèle de Karl Strobl de « maison d'étudiants catholique », la maison abrite également une chapelle dédiée à Édith Stein ainsi qu'un foyer pour environ 90 étudiantes et étudiants[88].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Devenue catholique, Edith Stein se considère toujours comme appartenant au peuple juif » ; voir également l'exemple de Jean-Marie Lustiger : « Toute sa vie, il expliquera que son christianisme n'a jamais signifié un renoncement à son identité juive ».
  2. Marike Delsing, témoin de la scène, a transmis ses dernières paroles.
  3. Déclaration d'Édith Stein faite à Philomene Steiger en 1918, soulignée dans sa thèse en 1916 où elle affirme que « l'homo religiosus lui est étranger dans son être même ».
  4. La réduction phénoménologique, ou épochè phénoménologique, consiste dans « l’abandon de la thèse naturelle de l’existence du monde pour passer à une attitude philosophique, et considérer toutes choses comme des phénomènes. Ce qui demeure après cette réduction phénoménologique, c’est la conscience pure, le moi avec ses pensées ». Voir Marie Gazeaud, « À propos de L’Être fini et l’Être éternel d’Édith Stein », Cahiers de l’IPC, no 68,‎ , p. 77 (lire en ligne [PDF])
  5. Roman Ingarden affirme : « À mon avis, ce fut le début des évolutions qui s'accomplirent en elle par la suite », in Edith Stein, Waltraud Herbstrith.
  6. Confidence faite au professeur Hirchmann, jésuite, au parloir du Carmel d'Echt.
  7. Le testament d'Édith Stein peut être problématique quant à la formulation de sa pensée sur le peuple juif. Elle parle ainsi, par exemple, de l'« incroyance (Unglauben) du peuple juif ». L'ensemble de sa vie, ses écrits et son rapport aux juifs permettent de donner une interprétation plus globale et non réductrice de cette formulation traditionnelle de l'Église d'avant le Concile. Le livre : Édith Stein, Une femme dans le siècle développe plus longuement ce passage afin de permettre une interprétation qui semble cohérente avec l'ensemble des écrits et de la vie d'Édith Stein.
  8. Essai publié en français sous le titre Voies de la connaissance de Dieu.
  9. Une double interprétation de l'expression « notre peuple » est envisageable. Elle peut désigner le peuple allemand comme le peuple juif. Les deux interprétations sont possibles, conformément à son testament.
  10. Traduction : holocauste.
  11. En allemand : Verschmelzung.
  12. « Œuvre parfaite de la raison » : l’expression est de Jacques Maritain dans De la philosophie chrétienne, p. 31.
  13. En allemand : erfüllt etwas.

Références[modifier | modifier le code]

Principales sources utilisées

  • Andreas Uwe Müller et Maria Amata Neyer (trad. de l'allemand), Edith Stein : une femme dans le siècle, La Flèche (France), Jean-Claude Lattès, , 276 p. (ISBN 2-7096-2080-4)
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  2. p. 29-30.
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  6. p. 60.
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  8. p. 81.
  9. p. 100.
  10. p. 128.
  11. p. 129.
  12. p. 143
  13. p. 156.
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  15. p. 169.
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  17. p. 195, conférence intitulée « Pour quoi la femme est-elle faite ? ».
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  19. p. 211-212.
  20. p. 143.
  21. p. 233.
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  1. p. 20.
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  3. a b et c p. 33-34
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  5. p. 49.
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  7. Thèse du jésuite J. H. Nota, dans (de) Edith Stein und der Entwurf für eine Enzyclika gegen Rasisismus und Antisemitisismus, Freiburger Rundbrief, pp. 35-41, 1975, cité pp. 107-108.
  8. p. 291.
  9. p. 319.
  10. p. 320-321.
  11. p. 321.
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  13. p. 107-108.
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  15. Citation reproduite p. 175.
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  • Édition complète des œuvres d'Édith Stein (Edith Stein Werke), éditions du Cerf, 2009
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  2. (de) Edith Steins Werke VII.Aus dem Leben einer jüdischen Familie - Das Leben Edith Steins; Kindheit und Jugend Louvain/ Freiburg, Nauwelaerts/ Herder, 1965. p. 237.
  3. (de) Edith Steins Werke VII.Aus dem Leben einer jüdischen Familie - Das Leben Edith Steins; Kindheit und Jugend Louvain/ Freiburg, Nauwelaerts/ Herder, 1965, p. 160.
  4. (de) Edith Steins Werke VII.Aus dem Leben einer jüdischen Familie - Das Leben Edith Steins; Kindheit und Jugend Louvain/ Freiburg, Nauwelaerts/ Herder, 1965. p. 162.
  5. Elle veut être, selon ses mots, « religieuse selon le cœur, même si je ne porte pas le voile et ne suis pas liée par la clôture et par les vœux et ne peux pour le moment penser à me lier de la sorte », in (de) Selbstbildnis in Briefen, Zweiter Teil 1934-1942, 1977, p. 185.
  6. « Entrer en contact étroit comme celui que donne la traduction avec un Esprit comme Newman, est merveilleux pour moi. Sa vie tout entière a été une recherche constante de la vérité en matière de religion », (de) Briefe an Roman Ingarden 1917-1938, Einleitung von Hanna-Barbara Gerl, Anmerkungen von Maria Amata Neyer o.c.d., 1991. p. 154.
  7. (de) Selbstbildnis in Briefen, Zweiter Teil 1934-1942, 1977, p. 159.
  8. (de) Edith Steins Werke VII. Aus dem Leben einer jüdischen Familie - Das Leben Edith Steins; Kindheit und Jugend Louvain/ Freiburg, Nauwelaerts/ Herder, 1965, p. 54.
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  6. Extrait de la thèse d'Édith Stein (1917) : Zum Problem der Einfühlung, chapitre IV, § 7.b), « Les types de personnes et les conditions pour pouvoir comprendre par empathie des personnes », cité p. 46.
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Autres sources

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  13. Pierre Bourdieu et Roger Chartier, Le sociologue et l'historien, Agone & Raisons d'agir, 2010, p. 96.
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  29. Feuille épiscopale de Spire, in Le Pèlerin, no 30, , 699, 700 p., repris par EWS Tome XII, p. 123-125.
  30. Conférence d'Édith Stein le à Salzbourg intitulée « L'éthique des métiers féminins ».
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  33. Vincent Aucante, Le discernement selon Edith Stein, 2003, éditions Parole et Silence, p. 38 (ISBN 978-2-84573-165-3).
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  50. André-A. Devaux 1956, p. 440.
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  63. Sophie Binggeli 2012, p. 637.
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  67. Chantal Beauvais 2002, p. 123.
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  69. Chantal Beauvais 2002, p. 126.
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  73. Chantal Beauvais 2005, p. 330.
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  76. George Weigel, Jean-Paul II Témoin de l'espérance, Éditions J.-C. Lattès, 1999 p. 661 (ISBN 2-7096-2116-9)
  77. Jean-Paul II, « Lettre apostolique en forme de "Motu proprio"pour la proclamation de sainte Brigitte de Suède, sainte Catherine de Sienne et sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix co-patronnes de l'Europe », sur vatican.va, (consulté le )
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  79. Hervé Yannou, « La prière en allemand du pape à Auschwitz », sur lefigaro.fr, (consulté le )
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  85. a b et c Article de l’Arche citant le président du CRIF, intitulé « Juifs et catholiques : le malaise qui perdure » sur le site col.fr.
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  88. (de) « Edith Stein haus Ebendorfernstr.8 », sur www.khg.wien (consulté le ).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres complètes d'Édith Stein[modifier | modifier le code]

Traductions des œuvres d’Édith Stein[modifier | modifier le code]

  • La Science de la Croix, Passion d’amour de saint Jean de la Croix, Nauwelaerts, 1957.
  • L'Être fini et l'Être éternel, essai d’une atteinte du sens de l’être, Nauwelaerts, 1972. (présentation en ligne)
  • Phénoménologie et philosophie chrétienne, Cerf, coll. « Textes », , 177 p. (ISBN 978-2-204-02737-3).
  • De la Personne : recueil de textes choisis par Ph. Secrétan (éd.), éd. du Cerf, 1992.
  • De l’État, éd. du Cerf, 1989.
  • La femme, cours et conférences, Ad Solem, Cerf, Édition du Carmel, 2009 (ISBN 978-2-204-08608-0).
  • Waltraud Herbstrith, Martin Battmann (Préface) et Thomas Soriano (Traduction), La puissance de la croix, Nouvelle Cité, coll. « Antologie - 6e édition », , 126 p. (ISBN 978-2-8531-3538-2)
  • La Crèche et la Croix, Ad Solem, , 75 p. (ISBN 978-2-9404-0210-6). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Voies de la connaissance de Dieu. La théologie symbolique de Denys l'Aréopagite, Ad Solem, 2003 (ISBN 2-88482-004-3).
  • Source cachée, édition du Cerf-Ad Solem, 1999 (2e édition).
  • Chemins vers le silence intérieur, Parole Et Silence, coll. « Hc Religieux », , 77 p. (ISBN 978-2-911940-35-4).
  • Le secret de la Croix, Parole Et Silence, coll. « Cahiers de l'École Cathédrale », , 145 p. (ISBN 978-2-911940-34-7).
  • Malgré la nuit. Édition bilingue français-allemand, Ad Solem, coll. « Blanche », , 169 p. (ISBN 978-2-940090-71-6).
  • Vie d'une famille juive (trad. de l'allemand), Genève/Paris/Toulouse, Les éditions du Cerf, coll. « Œuvres de... », , 635 p. (ISBN 978-2-204-08653-0).
  • La Femme et sa destinée, éditions Amiot – Dumont, 1956 (recueil de six conférences données par Édith Stein sur le thème de la Femme).
  • Correspondance 1917-1933, I, Ad Solem, Éditions du Cerf, Éditions du Carmel, 2009, 770 p. (ISBN 978-2-204-08807-7).
  • Correspondance 1933-1944, II, Ad Solem, Éditions du Cerf, Éditions du Carmel, 2012, 800 p. (ISBN 978-2-204-09564-8).
  • Le problème de l’empathie (trad. de l'allemand par Michel Dupuis et Jean-François Lavigne), Cerf/Carmel/Ad Solem, , 223 p.
  • Science de la Croix : passion d'amour de Saint Jean de la Croix (trad. de l'allemand), Paris/Toulouse, Ad Solem, coll. « Art. Christianis », , 493 p. (ISBN 978-2-204-10329-9).

Ouvrages sur Edith Stein[modifier | modifier le code]

  • Bénédicte Bouillot, Le noyau de l'âme selon Edith Stein: De l'épochè phénoménologique à la nuit obscure, Herrmann, 2015.
  • Christof Betschart, o.c.d., La liberté chez Edith Stein, Toulouse, Éditions du Carmel, coll. « Recherches carmélitaines 9 », , 188 p. (ISBN 978-2-84713-235-9, présentation en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Maryse Wolinski, La passion d'Edith S. : roman, Éditions du Seuil, (ISBN 978-2-0211-2142-1).
  • Élisabeth de Miribel (préf. Henri-Irénée Marrou, Christian Chabanis, Didier-Marie Golay), Comme l'or purifié par le feu. Edith Stein (1891-1942), Éditions du Cerf, , 236 p. (ISBN 978-2-2040-9570-9, présentation en ligne).
  • (it) F.V. Tommasi, L´analogia della persona in Edith Stein, Pisa-Roma, Fabrizio Serra Editore, (présentation en ligne)
  • (it) Francesco Alfieri (préf. Angela Ales Bello), La presenza di Duns Scoto nel pensiero di Edith Stein. La questione dell’individualità, Pontificia Universitas Lateranensis, .
  • E. Godart, "Edith Stein ou l'amour de l'autre", éditions De l'Œuvre, 2011.
  • Yann Moix, Mort et vie d’Édith Stein, éditions Grasset et Fasquelle 2008, (ISBN 2246732611).
  • Éric de Rus (préf. Marguerite Léna), L'art d'éduquer selon Édith Stein. Anthropologie, éducation et vie spirituelle, Cerf, , 241 p. (présentation en ligne)
  • Éric de Rus, Intériorité de la personne et éducation chez Édith Stein, Cerf, , 318 p. (présentation en ligne)
  • Vincent Aucante, De la solidarité : Essai sur la philosophie politique d’Édith Stein, Parole et Silence, , 194 p.
  • Vincent Aucante, Le Discernement selon Édith Stein. Que faire de sa vie ?, Parole et Silence, 2003 (ISBN 978-2-84573-165-3)
  • Vincent Aucante, Edith Stein, la grâce devant soi : Philosophie de la conversion, Éditions du Carmel, , 152 p.
  • J. Hatem, Christ et intersubjectivité chez Marcel, Stein, Wojtyla et Henry, L'Harmattan, 2004.
  • Cécile Rastoin et D.-M. Golay, Avec Édith Stein découvrir le Carmel français, éd. du Carmel, 2005.
  • Sylvie Courtine-Denamy, Trois femmes dans de sombres temps : Édith Stein, Hannah Arendt, Simone Weil, Le Livre de Poche, Biblio essais, no 4367, 2004 (ISBN 2-253-13096-6).
  • U. Dobhan, S. Payne et R. Körner, Édith Stein, disciple et maîtresse de vie spirituelle, éd. du Carmel, 2004.
  • M. A. Neyer, Édith Stein au carmel, Lessius, 2003.
  • Berta Weibel, Edith Stein, prisonnière de l'amour, éditions Pierre Téqui, , 144 p. (ISBN 978-2-7403-0986-5, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • M. A. Neyer et A. U. Müller, Édith Stein, une femme dans le siècle, J.-C. Lattès, 2002 (ISBN 2-7096-2080-4).
  • J. Bouflet, Édith Stein philosophe crucifiée, Presses de la Renaissance, 1998.
  • Cécile Rastoin (préf. Père Jean Dujardin), Édith Stein et le mystère d’Israël, Ad Solem, , 167 p. (présentation en ligne).
  • Cécile Rastoin, Edith Stein (1891-1942). Enquête sur la source, Éditions du Cerf, 2007, 382 p. (ISBN 978-2-204-08366-9).
  • Florent Gaboriau (trad. Philibert Secrétan), Lorsque Édith Stein se convertit, Genève, Ad Solem, , 100 p. (présentation en ligne)
  • Didier-Marie Golay, Devant Dieu pour tous : vie et message de Edith Stein, Cerf, 2009.

Articles[modifier | modifier le code]

  • Vincent Aucante, « Le rôle de l'intuition chez Edith Stein », Revue d'histoire et de philosophie religieuses, vol. 81e année, no 3,‎ , p. 321-332 (lire en ligne)
  • Vincent Aucante, « Foi et raison selon Edith Stein », Gregorianum, vol. 87, no 3,‎ , p. 522-543 (lire en ligne)
  • Christof Betschart, o.c.d., « Edith Stein, lectrice de Thérèse d'Avila : l'impact d'une rencontre », Revue Théologique des Bernardins, vol. Edith Stein co-patronne de l'Europe, no 14,‎ , p. 67-90 (ISBN 978-2-249-62028-7, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Chantal Beauvais, « Edith Stein et la modernité », Laval théologique et philosophique, vol. 58, no 1,‎ , p. 117-136 (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Chantal Beauvais, « Edith Stein et Erich Przywara : la réconciliation du noétique et de l’ontique », Laval théologique et philosophique, vol. 61, no 2,‎ , p. 319-335 (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Sophie Binggeli, « Suivre le Christ avec Edith Stein », Nouvelle Revue théologique, vol. 134, no 4,‎ , p. 628-646 (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • André-A. Devaux, « L’idée de vocation dans la vie et dans la pensée d’Edith Stein », Les Études philosophiques, vol. Nouvelle série, 11e année, no 3,‎ , p. 423-446 (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Georges Kalinowski, « Edith Stein et Karol Wojtyła sur la personne », Revue Philosophique de Louvain, vol. Quatrième série, tome 82, no 56,‎ , p. 545-561 (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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