Naturalisme (littérature)

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Le naturalisme est un mouvement littéraire qui, dans les dernières décennies du XIXe siècle, cherche à introduire dans les romans la méthode des sciences humaines et sociales, appliquée à la médecine par Claude Bernard. Le mouvement est en partie créé par Émile Zola.

Définition[modifier | modifier le code]

Le Naturalisme est la suite logique du réalisme : ce dernier entendait décrire la réalité de la manière la plus précise possible, y compris dans ses aspects immoraux ou vulgaires. Le Naturalisme poursuit cette idée, mais en ajoutant un contexte physiologique et en montrant que le milieu où vit le protagoniste est l'une des raisons de son comportement. Le naturalisme est le reflet de la réalité : il s'intéresse autant à la bourgeoisie qu’aux individus pauvres, comme les ouvriers ou les prostituées. Cependant, l’école naturaliste exige, si l’on s’en tient à la théorie d’Émile Zola[1], que l’écrivain applique une méthode strictement littéraire qui se rapproche de celle mise en œuvre par les sciences naturelles, et qui avait été utilisée pour la première fois dans la critique positiviste des phénomènes littéraires par Charles-Augustin Sainte-Beuve et Hippolyte Taine. Auguste Comte avait, en effet, affirmé dans son Cours de philosophie positive (1830-1842) que l’art, parvenu au stade « positif », obéissait aux mêmes lois que la science. Suivant le positivisme, Taine va alors s’attacher à découvrir les lois qui régissent la littérature. C’est ainsi qu’il soutient que la race, le milieu naturel, social et politique et le moment au cours duquel est créée une œuvre littéraire définissent ses traits spécifiques et son évolution (Introduction à l'histoire de la littérature anglaise, 1563-1764).

C’est dans la préface de Thérèse Raquin et surtout dans le Roman expérimental que Zola formule sa théorie. Prenant comme modèle le docteur Bernard de la Médecine expérimentale (1869), et suivant sa méthode pas à pas, Zola considère que « le romancier est fait d'un observateur et d'un expérimentateur ». L’observateur choisit son sujet (l’alcoolisme, par exemple) et émet une hypothèse (l’alcoolisme est héréditaire ou est dû à l'influence de l’environnement). La méthode expérimentale repose sur le fait que le romancier « intervient d’une façon directe pour placer son personnage dans des conditions » qui révéleront le mécanisme de sa passion et vérifieront l’hypothèse initiale. « Au bout, il y a la connaissance de l’homme, la connaissance scientifique, dans son action individuelle et sociale. »

Émile Zola s’est fixé un but pour faire partager sa théorie naturaliste : écrire vingt romans d’une famille vivant sous le Second Empire. Le nom de l’ensemble des livres est "Les Rougon-Macquart" ; titre utilisant le nom de famille des différents personnages. Le nom complet et également utilisé est "Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second empire". Chaque roman met en scène un personnage de cette famille, montrant l'expression de ses caractères, héréditaires ou issus du milieu où il vit. Diverses conditions sociales sont décrites au fil des vingt romans : celle des mineurs dans Germinal, des artistes dans L’œuvre, des militaires dans La débâcle, etc.

Zola se met lui même en scène, dans l'Œuvre sous le patronyme transparent de Sandoz, dans le personnage de l'écrivain. Sandoz est visiblement composé de la réunion du nom de Sand (l'écrivain que dans sa jeunesse Emile disait admirer le plus) et de oz (le début de « Zola », retourné). Il fait dire à Sandoz : « ...J'en sais dont le crâne est trop différent du mien, pour qu'ils acceptent jamais ma formule littéraire, mes audaces de langue, mes bonhommes physiologiques, évoluant sous l'influence des milieux... ». Dans ce tome des Rougon Macquart, Émile Zola écrira ses pensées, ses convictions sur l'art moderne, et la difficulté qu'il éprouve à écrire ses romans.

D'autres écrivains sont cités comme étant naturalistes. On peut penser à Guy de Maupassant avec ses romans « Une vie », « Pierre et Jean » ou encore à Alphonse Daudet, qui toutefois ne se joindra jamais au mouvement.

Les années 1890 marquent en France le déclin du Naturalisme : Émile Zola, qui achève le cycle des Rougon-Macquart avec "Le Docteur Pascal" (1893), se tourne désormais vers le journalisme ; Maupassant meurt en 1893, Alphonse Daudet meurt en 1895.

Histoire[modifier | modifier le code]

Dans une importante étude sur Balzac, publiée d'abord sous forme d'article en 1858[n 1], Taine qualifie ce romancier de « naturaliste » en se basant sur le fait que dans son Avant-propos à La Comédie humaine, Balzac annonce vouloir écrire « l'histoire naturelle » de l'homme[2]. Taine décrit le naturaliste comme intéressé par la description de toute force naturelle, indépendamment du beau ou de l'idéal :

« Il dissèque aussi volontiers le poulpe que l'éléphant; il décomposera aussi volontiers le portier que le ministre. Pour lui, il n'y a pas d'ordures (...] à ses yeux un crapaud vaut un papillon. (...) Les métiers sont l'objet propre du naturaliste. Ils sont les espèces de là société, pareilles aux espèces de la nature[3]. »

Quelques citations[modifier | modifier le code]

  • Émile Zola : « J'en suis donc parvenu à ce point : le roman expérimental est une conséquence de l'évolution scientifique du siècle ; il continue et complète la physiologie, qui elle-même s'appuie sur la chimie et la physique ; il substitue à l'étude de l'homme abstrait, de l'homme métaphysique, l'étude de l'homme naturel, soumis aux lois physico-chimiques et déterminé par les influences du milieu ; il est en un mot la littérature de notre âge scientifique, comme la littérature classique et romantique a correspondu à un âge de scolastique et de théologie. » (Le Roman expérimental)
  • Claude Bernard : « La morale moderne recherche les causes, veut les expliquer et agir sur elles ; elle veut, en un mot, dominer le bien et le mal, faire naître l'un et le développer, lutter avec l'autre pour l'extirper et le détruire. » (cité par Zola, Lettre à la jeunesse)
  • Léon Hennique : « Et nous sommes à la table d'Émile Zola, dans Paris, Maupassant, Huysmans, Céard, Alexis et moi, pour changer. On devise à bâtons rompus ; on se met à évoquer la guerre, la fameuse guerre de 70. Plusieurs des nôtres avaient été volontaires ou moblots. « Tiens ! Tiens ! Propose Zola, pourquoi ne ferait-on pas un volume là-dessus, un volume de nouvelles ? »
    Alexis : « Oui, pourquoi ?
    - Vous avez des sujets ?
    - Nous en aurons.
    - Le titre du bouquin.
    - Céard : Les Soirées de Médan.  »
    (préface de 1930 au recueil collectif Les Soirées de Médan).
  • Luigi Cassini-Ongoni : "Aimez-moi les uns les autres".
  • Guy de Maupassant : « *Le réaliste, s'il est artiste, cherchera, non pas à nous donner une photographie banale de la vie, mais à nous donner la vision la plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même ». (Préface de Pierre et Jean)
  • Guy de Maupassant : « J'en conclus que les Réalistes de talent devraient s'appeler plutôt des Illusionnistes. ». (Préface de Pierre et Jean )

Émile Zola est considéré comme un pionnier du naturalisme.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En six articles parus les 3, 4, 5, 23, 25 février et 3 mars dans Journal des débats politiques et littéraires. Ces articles ont ensuite été repris en livre sous le titre Nouveaux essais de critique et d'histoire (1865), ouvrage souvent réédité.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Développée dans le Roman expérimental ; cf. infra.
  2. Taine 1866, p. 117
  3. Taine 1866, p. 118-120

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]