Naturalisme (littérature)

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Le naturalisme est un mouvement littéraire qui, dans les dernières décennies du XIXe siècle, cherche à introduire dans les romans la méthode des sciences humaines et sociales, appliquée à la médecine par Claude Bernard. Émile Zola est le principal représentant de cette école littéraire en France. Le mouvement s'étendra dans toute l'Europe ainsi qu'en Amérique.

Origine et définition[modifier | modifier le code]

Le naturalisme est la suite logique du réalisme : ce dernier entendait décrire la réalité de la manière la plus précise possible, y compris dans ses aspects immoraux ou vulgaires. Le naturalisme poursuit dans cette voie, mais en ajoutant un contexte physiologique et en montrant que le milieu où vit le protagoniste est l'une des raisons de son comportement. Se donnant pour un reflet de la réalité, le naturalisme s'intéresse particulièrement aux classes sociales défavorisées —paysans, ouvriers ou prostituées.

Le terme est d'abord utilisé par la critique positiviste des phénomènes littéraires où excellent Charles-Augustin Sainte-Beuve et Hippolyte Taine. Cherchant à découvrir les lois qui régissent la littérature, Taine soutient que la race, le milieu naturel, social et politique et le moment au cours duquel est créée une œuvre littéraire définissent ses traits spécifiques et son évolution[1]. Dans une importante étude sur Balzac, publiée d'abord sous forme d'article en 1858[n 1], Taine qualifie ce romancier de « naturaliste » en se basant sur le fait que dans son Avant-propos à La Comédie humaine, Balzac annonce vouloir écrire « l'histoire naturelle » de l'homme[2]. Taine décrit le naturaliste comme intéressé par la description de toute force naturelle, indépendamment du beau ou de l'idéal :

« Il dissèque aussi volontiers le poulpe que l'éléphant; il décomposera aussi volontiers le portier que le ministre. Pour lui, il n'y a pas d'ordures (...) à ses yeux un crapaud vaut un papillon. (...) Les métiers sont l'objet propre du naturaliste. Ils sont les espèces de la société, pareilles aux espèces de la nature[3]. »

Par la suite, le naturalisme est revendiqué par Émile Zola, qui lui donne son véritable sens littéraire et en fait une école romanesque visant à rassembler les écrivains de son époque. Comme il l'explique dans la préface de Thérèse Raquin (1867) et surtout dans Le Roman expérimental, il est du devoir de la littérature de se faire scientifique :

« J'en suis donc parvenu à ce point : le roman expérimental est une conséquence de l'évolution scientifique du siècle ; il continue et complète la physiologie, qui elle-même s'appuie sur la chimie et la physique ; il substitue à l'étude de l'homme abstrait, de l'homme métaphysique, l'étude de l'homme naturel, soumis aux lois physico-chimiques et déterminé par les influences du milieu ; il est en un mot la littérature de notre âge scientifique, comme la littérature classique et romantique a correspondu à un âge de scolastique et de théologie[4]. »

Pour cela, il faut que la littérature applique la méthode mise en œuvre dans les sciences naturelles. S'inspirant de la Médecine expérimentale (1869) de Claude Bernard, Zola considère que « le romancier est fait d'un observateur et d'un expérimentateur » :

« l'observateur et l'expérimentateur sont les seuls qui travaillent à la puissance et au bonheur de l'homme, en le rendant peu à peu le maître de la nature. Il n'y a ni noblesse, ni dignité, ni beauté, ni moralité, à ne pas savoir, à mentir, à prétendre qu'on est d'autant plus grand qu'on se hausse davantage dans l'erreur et dans la confusion. Les seules œuvres grandes et morales sont les œuvres de vérité[4]. »

L’observateur choisit son sujet (l’alcoolisme, par exemple) et émet une hypothèse (l’alcoolisme est héréditaire ou est dû à l'influence de l’environnement). La méthode expérimentale repose sur le fait que le romancier « intervient d’une façon directe pour placer son personnage dans des conditions » qui révéleront le mécanisme de sa passion et vérifieront l’hypothèse initiale. « Au bout, il y a la connaissance de l’homme, la connaissance scientifique, dans son action individuelle et sociale[4]

Pour illustrer sa théorie naturaliste, Zola écrira les vingt romans du cycle des Rougon-Macquart ou Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second empire. Chaque roman met en scène un personnage de cette famille, montrant l'expression de ses caractères, héréditaires ou issus du milieu où il vit. Diverses conditions sociales sont décrites au fil des romans : celle des mineurs dans Germinal, des militaires dans La débâcle, des paysans dans La Terre, etc. Le volume le plus représentatif du courant naturaliste est probablement L'Assommoir. Dans L'Œuvre, Zola explore le monde des artistes et se met lui-même en scène sous le patronyme transparent de Sandoz, l'écrivain[n 2], exposant ses convictions sur l'art moderne, et témoigne de la difficulté qu'il éprouve à écrire ses romans.

Évoquant la façon de travailler de l'école naturaliste rassemblée autour de Zola, Léon Hennique raconte : « Et nous sommes à la table d'Émile Zola, dans Paris, Maupassant, Huysmans, Céard, Alexis et moi, pour changer. On devise à bâtons rompus ; on se met à évoquer la guerre, la fameuse guerre de 70. Plusieurs des nôtres avaient été volontaires ou moblots. « Tiens ! Tiens ! Propose Zola, pourquoi ne ferait-on pas un volume là-dessus, un volume de nouvelles ? » Alexis : « Oui, pourquoi ? — Vous avez des sujets ? — Nous en aurons. — Le titre du bouquin ? — Céard : Les Soirées de Médan.  » [5].

Parmi les écrivains représentatifs du naturalisme français, on cite notamment Guy de Maupassant avec ses romans Une vie, Pierre et Jean, Gustave Flaubert avec L'Éducation sentimentale, Joris-Karl Huysmans dans ses premiers romans[n 3] ou encore Alphonse Daudet, qui toutefois ne se joindra jamais au mouvement.

Déclin et expansion[modifier | modifier le code]

Les années 1890 marquent en France le déclin du naturalisme : Émile Zola, qui achève le cycle des Rougon-Macquart avec Le Docteur Pascal (1893), se tourne désormais vers le journalisme ; Maupassant meurt en 1893, Alphonse Daudet meurt en 1895. Toutefois, le mouvement fera des émules notamment dans la littérature italienne (Giovanni Verga), espagnole (Benito Pérez Galdós), hispano-américaine (Clorinda Matto de Turner) et québécoise (Albert Laberge).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En six articles parus les 3, 4, 5, 23, 25 février et 3 mars dans Journal des débats politiques et littéraires. Ces articles ont ensuite été repris en livre sous le titre Nouveaux essais de critique et d'histoire (1865), ouvrage souvent réédité.
  2. Sandoz est visiblement composé de la réunion du nom de Sand (l'écrivain que dans sa jeunesse il disait admirer le plus) et de oz (le début de « Zola », retourné). Il fait dire à Sandoz : « ...J'en sais dont le crâne est trop différent du mien, pour qu'ils acceptent jamais ma formule littéraire, mes audaces de langue, mes bonhommes physiologiques, évoluant sous l'influence des milieux... ».
  3. Huysmans explique dans la préface d'À rebours pourquoi il se retire du mouvement. Voir Préface, p. VI-VII.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Taine, Introduction à l'histoire de la littérature anglaise, 1864.
  2. Taine 1866, p. 117
  3. Taine 1866, p. 118-120
  4. a, b et c Le Roman expérimental
  5. Préface de 1930 au recueil collectif Les Soirées de Médan

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]