Pseudonyme

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Un pseudonyme est un nom d'emprunt qu'une personne porte pour exercer une activité sous un autre nom que celui de son identité officielle.

Il se distingue du surnom en ceci qu'il est choisi par la personne qui le porte au lieu de lui être attribué par un tiers[1]. Son usage est fréquent dans certains milieux, tels que le milieu artistique.

« Nom de guerre » est une expression qui se retrouve telle quelle en français dans plusieurs cultures et langues dont l'anglais des États-Unis pour désigner certains pseudonymes.

Dans les arts[modifier | modifier le code]

Pour les activités liées à l'écriture (écrivains, journalistes de la presse écrite, etc.) on parle plutôt de nom de plume ou, pour les activités liées à l'image (acteurs, humoristes, etc.), de nom de scène ou nom d'artiste.

Pendant la Renaissance artistique, beaucoup d'artistes italiens se nomment par rapport au métier de leur père ou par son lieu d'origine : par exemple, Le Caravage (issu du village de Caravaggio), les Da Sangallo (travaillant à la porte Saint-Gall de Florence), les Pollaiolo (du métier du père, éleveur de poules), Jacopo del Sellaio (le Sellier) par le métier de son père.

Au début du XXe siècle, les historiens de l'art attribuent des pseudonymes aux artistes dont il ne connaissent pas (encore) le nom et les baptisent maîtres anonymes. Certains ouvrages de la littérature antique, dont le véritable auteur est inconnu, ont été attribués faussement à un auteur connu. Quand l'erreur a été reconnue, le nom de cet auteur est précédé du suffixe Pseudo- et l'on parle de pseudépigraphe.

Un mode assez courant de créer un pseudonyme est d'utiliser une anagramme de son identité réelle (certaines œuvres de François Rabelais sont parues sous le pseudonyme d’Alcofribas Nasier).

En littérature[modifier | modifier le code]

Nombre d'écrivains ont choisi de signer leurs œuvres d'un pseudonyme, parfois pour des raisons de sécurité : Jean Bruller avait pris le nom de Vercors aux Éditions de Minuit pendant la seconde guerre mondiale, tout comme François Mauriac qui, chez le même éditeur publiait sous le nom de Forez. Les écrivains résistants avaient tous des noms de région de France comme pseudonyme[2].

Les femmes ont souvent choisi un nom de plume masculin, pour être agréées dans le milieu de l'édition. Les sœurs Brontë, (Currer, Ellis et Acton Bell) George Eliot (Le moulin sur la Floss) ; en France au XIXe siècle et début XXe on trouve George Sand mais aussi Daniel Lesueur (Jeanne Loiseau), Daniel Stern (Marie d'Agoult), Gérard d'Houville (Marie de Heredia-Reignier)... Ce phénomène apparaît à l'époque victorienne.

D'autres écrivains comme Honoré de Balzac signaient avec l'anagramme de leur nom : Lord R'Hoone, (anagramme d'Honoré) pour certaines œuvres de jeunesse[3], son nom d'origine (Balzac) a été modifié en « de » Balzac deux ans après la mort de son père[4]. Gérard Labrunie a pris pour pseudonyme Gérard de Nerval en 1830[5], tout comme Alcofribas Nasier fut le pseudonyme de François Rabelais[6].

L'écrivain Romain Gary, de son vrai nom Romain Kacew, obtint une première fois le prix Goncourt en 1956, puis une seconde fois sous le pseudonyme d'Émile Ajar en 1975, alors qu'un auteur n'est pas autorisé à recevoir ce prix plus d'une fois. La supercherie ne sera découverte qu'après sa mort.

Enfin pour se donner le « genre » américain, très à la mode dans les années 1940, Boris Vian signe « Vernon Sullivan » le roman « américain » : J'irai cracher sur vos tombes, tandis que l'« Américain » René Brabazon Raymond n'était autre que l'Anglais James Hadley Chase qui écrivait ses romans avec un dictionnaire d'argot américain[7].

En politique ou en situation de guerre[modifier | modifier le code]

On trouve plusieurs appellations possibles : nom de guerre, nom de code, nom de résistance, nom de clandestinité... Pour diverses raisons (guerre, résistance, opposition politique, clandestinité ou sécurité de la personne concernée ou celle de la famille), il est parfois nécessaire de coder les messages et les noms d'état civil des protagonistes.

La plupart des révolutionnaires russes prirent un pseudonyme :

  • Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine
  • Lev Davidovitch Bronstein dit Trotsky
  • Joseph (Iossif) Vissarionovitch Djougachvili dit Staline.

En France, pendant la Première Guerre mondiale, Gustave Dupin, militant ouvrier, prit le pseudonyme d'Ermenonville afin de publier divers ouvrages sur cette guerre.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les résistants ou les combattants des pays occupés par l'Allemagne nazie ayant rejoint les forces alliées prirent des « noms de guerre » ou de résistance. Certains noms restèrent attachés par la suite au nom initial de l'état-civil, en particulier pour les personnalités les plus en vue. On a même vu le pseudonyme remplacer purement et simplement, de façon officielle, le nom d'état civil initial. Quelques exemples :

On utilisera également le terme « nom de code » ou « blaze ».

Prostitution et galanterie[modifier | modifier le code]

Dans le milieu de la prostitution et de la galanterie, les pseudonymes sont d’usage courant, voire systématique, mais peuvent correspondre à plusieurs réalités :

Pour les prostituées au sens strict (rue, maison close...), le pseudonyme est d’abord destiné à isoler la vie de « femme publique » de la vie privée (parents, enfants, travail…) ; le recours à n’importe quel prénom, de préférence suggestif, peut laisser la place à des noms plus poétiques dont littérature et cinéma font grand usage (Belle de jour, Casque d’or, Nana…)

Pour les grandes cocottes du Second Empire et de la Belle Époque, le pseudonyme était plutôt un moyen de s’assurer un statut social dont personne n’était dupe, mais qui facilitait l'accès au grand monde. Ni Liane de Pougy, ni Émilienne d’Alençon, ni Valtesse de La Bigne n’avaient aucun des titres de noblesse que leur pseudo-particule laisserait imaginer. En revanche, la marquise de Païva, qui avait débuté comme simple Thérèse, l’était bien devenue par mariage, et Liane de Pougy a fini par devenir vraiment princesse Ghika, sans officier pour autant sous ce nom… Agustina Otero Iglesias fut plus modeste, mais non moins adulée : elle s’était contentée du pseudonyme de Caroline Otero, mais tout Paris la surnomma La Belle Otero. On ne doit pas oublier que les cocottes étaient souvent danseuses ou actrices, et que ce nom de guerre était souvent aussi un nom de scène, tel celui de Mata Hari.

Plus près de nous, le développement de l’escorting sur internet a modifié l’usage des pseudonymes liés à la prostitution : la même escort girl (mais aussi escort boy, ou trans…) dispose d’un nom d’emprunt identique à, ou distinct de, son identifiant, mais rien ne l’empêche d’user de pseudonymes différents suivant les sites qu’elle utilise. Plus volatiles, ceux-ci peuvent être des prénoms (souvent exotiques ou évocateurs), des qualificatifs (Blonde, Blackette…), des éloges autoproclamés (Jolie, Diamant…), des indicateurs de spécialité (Domina, Fontaine…), etc. avec toutes les combinaisons imaginables entre ces éléments ainsi qu’avec une numérotation ou une localisation rendues nécessaires par le grand nombre des Kim et autres Nina…

Identité en ligne[modifier | modifier le code]

De nombreuses communautés (forums, jeux vidéo en ligne, pages wiki) demandent à leurs usagers d'utiliser un pseudonyme lorsqu'ils communiquent entre eux. Le pseudonyme permet de masquer l'identité et les administrateurs d'une communauté encouragent les utilisateurs à révéler le moins de choses possibles sur leur identité non-numérique. Ceci est fait afin de protéger les usagers qui seraient encore mineurs ou pour empêcher toute forme de vol d'identité sur le site. Par contre, étant donné cet usage des pseudonymes, une même personne peut visiter un site avec plusieurs pseudonymes différents ou plusieurs personnes peuvent visiter en partageant le même pseudonyme.

A plus forte raison, sur les sites de rencontre et les sites libertins, les pseudonymes recouvrent le même double besoin de marquage identitaire et de protection de l’anonymat.

Tag et graff[modifier | modifier le code]

Les pratiques graphiques et picturales du tag et du graff sont d'origine vouées à utiliser le pseudonyme, dit « blase » ou « blaze » dans ce milieu, comme support d'une forme de calligraphie, c'est l'une des plus importantes sources de pseudonymes de notre époque après Internet.

Sports[modifier | modifier le code]

L'usage des pseudonymes est rare dans le sport où les sportifs reçoivent des surnoms. Dans le catch, les sportifs choisissent un ou plusieurs pseudonymes.

Tauromachie[modifier | modifier le code]

Dans le monde de la tauromachie, les matadors se font parfois connaître du grand public sous un nom d'emprunt, l'apodo, pseudonyme choisi en fonction de leur ville d'origine, d'une caractéristique physique, ou d'un ancien métier. Ainsi El Cordobés, de son véritable nom Manuel Benitez Perez, a choisi comme nom de matador un pseudonyme signifiant « le Courdouan », issu de sa ville d'origine : Cordoue[8]. Nimeño II (le nîmois), de son véritable nom Christian Montcouquiol a pris un pseudonyme en référence à sa ville d'origine Nîmes[9].

Droit[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

En droit, l'usage d'un pseudonyme est couramment admis. Il est par exemple tout à fait possible en France de faire figurer sur sa carte d'identité son pseudonyme, s'il accompagne le vrai nom[10]. Il est également possible d'ouvrir un compte bancaire sous un nom d'emprunt à condition qu'il soit inscrit sur la carte d'identité[11].

L'usage du pseudonyme est même parfois expressément autorisé, comme en droit d'auteur : le code de la propriété intellectuelle organise les droits de l'auteur qui publie sous pseudonyme[12].

Introduction du pseudonyme[modifier | modifier le code]

En français, le pseudonyme d'une personne peut être introduit à la suite de son identité réelle en le faisant précéder parfois du mot « alias » (du latin signifiant « autrement », « ailleurs ») ; par exemple pour Romain Gary, auteur ayant écrit sous le nom de plume Émile Ajar : « Romain Gary, alias Émile Ajar ». Le syntagme un alias est d'ailleurs synonyme de pseudonyme.

Il est toutefois préférable d'utiliser le mot de conjonction « dit » pour introduire un pseudonyme, à savoir : Romain Gary dit Émile Ajar.

Sous l'influence de l'anglais, « aka » (ou a.k.a.), acronyme de « also known as » (littéralement : « connu aussi comme »), est parfois utilisé, surtout par des musiciens contemporains.

On peut aussi introduire le pseudonyme suivi de « i.e. » (abréviation latine de id est) et du nom réel, comme dans certains systèmes bibliographiques tels qu'on en trouve à la British Library, par exemple : Ajar, Émile (i.e. Gary, Romain).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Paveau M.-A., 26 août 2012, Linguistique et numérique 4. Les écritures de Protée : identités pseudonymes, La pensée du discours [carnet de recherche], http://penseedudiscours.hypotheses.org/?p=10057
  2. Jean Lacouture, François Mauriac, biographie, Éditions du Seuil, 1980, p. 412-413 (ISBN 2-0200-5471-X)
  3. André Maurois, Prométhée ou la vie de Balzac, Hachette, 1965 p. 66-110.
  4. Deux ans après la mort de son père, l'écrivain rajoute une particule à son nom lors de la publication de L'Auberge rouge, 1831, qu'il signe « de » Balzac : Anne-Marie Meininger, Introduction à L'Auberge rouge. La Pléiade, 1980, t.XI, p. 84-85 (ISBN 2-0701-0876-7).
  5. Pierre Petifils, Nerval Julliard, 1986, coll. Biographie, p. 21-22 (ISBN 2-2600-0484-9)
  6. François (orthographié "Françoys" dans la plupart des premières éditions) Rabelais publia ses premières œuvres de fiction sous son pseudonyme anagrammatique Alcofrybas (ou Alcofribas) Nasier ; il est possible aussi qu'il ait utilisé son autre pseudonyme, également anagrammatique, pour certains de ses opuscules astrologiques, celui de Serafino Calbarsi (ou Calbarsy) ; c'est ce que semble dire Madeleine Lazard (dans Rabelais, Hachette Littératures, coll. "Pluriel", 1993, p. 104) et Raymond Lebègue ("Les anagrammes de Villon à Malherbe", Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 113e année, N. 2, 1969, p. 243-250.) Dans Pantagruel Alcofrybas (avec y) raconte comment il a voyagé dans la gorge du géant. Dans la première version de Gargantua, Alcofribas (avec i) raconte comment le médecin Seraphin Calobarsy ("maistre Theodore" dans la version de 1542) a purgé Gargantua de toutes les erreurs de ses précepteurs sophistes ; voir la version en ligne : http://books.google.fr/books?id=OHtaRNg8q8EC
  7. Note de l'éditeur à Pas d'orchidées pour Miss Blandish, Orchid enterprise/Gallimard/Le Livre de Poche, 1962, p. 5.
  8. Paul Casanova et Pierre Dupuis, Toreros pour l'histoire, La Manufacture, 1991, Besançon, p. 164,165,166. (ISBN 2-7377-0269-0).
  9. Lucien Clergue, Nimeño II, torero de France, Marval, 1992, p. 106 à 109, (ISBN 2-8623-4106-1)
  10. Voir Le pseudonyme sur les pièces d'identité - Portaildulivre.com
  11. Droit et pseudonyme, site du Syndicat Français des Artistes interprètes
  12. Art. 113-6 du Code de la propriété intellectuelle

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Laugaa, La pensée du pseudonyme (coll. « Écriture »), Paris, PUF, 328 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]