Cette page est en semi-protection longue.

Jean-Jacques Rousseau

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Jean-Jacques Rousseau (homonymie) et Rousseau.
Jean-Jacques Rousseau
Jean-Jacques Rousseau (painted portrait).jpg

Pastel de Quentin de La Tour, Jean-Jacques Rousseau, en 1753 (alors âgé de 41 ans).

Naissance
Décès
Lieu d'enterrement
cénotaphe de Jean-Jacques Rousseau (d), PanthéonVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Langue maternelle
École/tradition
Contractualisme, précurseur du romantisme
Principaux intérêts
Idées remarquables
Influencé par
A influencé
Adjectifs dérivés
rousseauiste
Père
Signature de Rousseau

Jean-Jacques Rousseau, né le à Genève et mort le (à 66 ans) à Ermenonville, est un écrivain, philosophe et musicien genevois francophone.

La vie de Jean-Jacques Rousseau est une vie d'indépendance et d'instabilité. Il quitte d'abord Genève à seize ans pour la Savoie, où il reçoit un complément d'éducation et une initiation à l'amour par Mme de Warens avant de gagner Paris en 1742, pensant faire carrière dans la musique. Il mène alors une existence difficile, cherchant divers protecteurs et vivant avec Thérèse Levasseur, qui lui donnera cinq enfants, tous confiés à l'Assistance publique. Dans le même temps, il rencontre Diderot et écrit des articles sur la musique pour l'Encyclopédie.

Son œuvre (« structurée et décidée » disait Raymond Trousson) participe à l'esprit des Lumières par son rejet des régimes autocratiques, mais il s'en distingue notamment quant à l'idée que le siècle serait un heureux siècle de fer et de progrès comme chez Voltaire : « Tout sert au luxe, au plaisir de ce monde. Oh ! le bon temps que ce siècle de fer ! », Voltaire, Le Mondain (1726).

Entretenant de façon générale des relations interpersonnelles difficiles, il se réfugie plusieurs fois dans la solitude, séjournant de nouveau en Suisse en 1762 après la condamnation de ses ouvrages par le Parlement de Paris. Il entreprend alors d'écrire son autobiographie pour se justifier et multiplie les lieux de résidence, pour finalement retourner à Paris en 1770 et vivre en copiant de la musique. Il meurt à 66 ans en 1778 et sa dépouille sera transférée au Panthéon par la Convention au moment de la Révolution française en 1794.

Rousseau entre dans l'histoire des idées avec ses brefs essais : Discours sur les sciences et les arts (1750) et Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755), en opposant l'état de nature qui faisait le bonheur de l'humanité, à l'état social, source des insatisfactions générales. Ayant pris le contrepied de la philosophie de Hobbes, il sait néanmoins un retour à l'origine impossible et il poursuit une réflexion sur le fonctionnement d'une société démocratique basée sur le Contrat social (1762) dans lequel le peuple souverain organise la vie collective. Rousseau propose aussi, avec Émile, ou De l'éducation (1762), une réflexion sur l'éducation, qu'il affirme devoir s'appuyer sur la préservation des qualités naturelles de l'enfant et assurer plutôt des savoir-faire concrets que des savoirs livresques.

Dans le domaine littéraire, l'apport de Jean-Jacques Rousseau est également déterminant avec Julie ou la Nouvelle Héloïse (1761), roman par lettres sur le modèle anglais du Paméla ou la Vertu récompensée de Samuel Richardson, qui sera un des plus gros tirages du siècle en séduisant par sa peinture préromantique du sentiment amoureux et de la nature. Les Confessions (rédigées entre 1765 et 1770, avec publication posthume en 1782 et 1789) et Les Rêveries du promeneur solitaire (écrites en 1776-1778, publiées en 1782) fondent l’autobiographie ; l'auteur s'y livre à une observation approfondie de ses sentiments intimes.

Ainsi l'influence de Jean-Jacques Rousseau est-elle majeure aussi bien dans le domaine de la philosophie politique en nourrissant la réflexion sur la démocratie que dans le domaine de la littérature, et, au-delà, dans les comportements, avec la place nouvelle faite à la sensibilité, qui s'épanouira au début du siècle suivant avec le romantisme.

Sommaire

.

Biographie

Famille et enfance

Statue de Jean-Jacques Rousseau à Genève sa ville natale

Raymond Trousson, dans la biographie qu'il consacre à Jean-Jacques Rousseau, indique que la famille était originaire de Monthléry, près d'Étampes, au sud de Paris[1]. L'aïeul de Jean-Jacques, Didier Rousseau, quitte Monthléry pour fuir la persécution religieuse contre les protestants. Il s'installe à Genève en 1549 où il ouvre une auberge[2].

L'arrière petit-fils de Didier Rousseau, David Rousseau (1641-1738) est le grand-père de Jean-Jacques Rousseau. Il exerce comme son père, Jean Rousseau, le métier d'horloger, profession respectée et lucrative dans ce temps. Il épouse Suzanne Cartier qui lui donnera de nombreux enfants dont six atteindront l'âge adulte ; trois garçons, David, André et Isaac le père de Jean-Jacques (on ignore ce que deviendront les deux premiers) ; trois filles, Clermonde qui épousera Antoine Fazy, Théodora et Suzanne, ces deux tantes joueront un rôle plus actif dans la vie de Jean-Jacques.

Jean-Jacques Rousseau, est né le au domicile de ses parents situé Grand-Rue dans la ville haute de Genève. Il est le fils d'Isaac Rousseau (Genève, 1672 - Nyon, 1747), horloger comme son père et son grand-père, et de Suzanne Bernard (Genève, 1673 - Genève, 1712), elle-même fille d'un horloger nommé Jacques Bernard. Ses parents se marient en 1704, après qu'une première union eut réuni les deux familles puisque le frère de Suzanne, Gabriel Bernard avait épousé la sœur d'Isaac, Théodora Rousseau en 1699. Un premier garçon, François, naît le . Puis Isaac laisse femme et nouveau-né à Genève pour exercer son métier d'horloger à Constantinople. Il y restera six ans et reviendra au foyer en 1711, le temps de faire un deuxième enfant avec sa femme ; cette dernière décédera malheureusement de fièvre puerpérale le , neuf jours après la naissance de Jean-Jacques Rousseau[3].

Isaac Rousseau, membre de la petite minorité de Genevois bénéficiant du rang de citoyen, a un caractère parfois violent. À la suite d'une altercation avec un compatriote, il se réfugie à Nyon dans le canton de Vaud, le , pour échapper à la justice[4]. Il ne reviendra jamais à Genève, mais conservera quelques contacts avec ses fils, notamment Jean-Jacques qui fera régulièrement le voyage à Nyon et à qui il communiquera sa passion pour les livres. Il confie sa progéniture à son double beau-frère Gabriel Bernard en s'engageant à lui verser une pension.

À partir de l'âge de dix ans, Rousseau est donc élevé par son oncle Gabriel[5], un pasteur protestant qu'il prend pour son grand-père, et sa tante Suzanne. Son frère, François, quitte le domicile très tôt et l'on perd sa trace en Allemagne, dans la région de Fribourg-en-Brisgau. Rousseau est ensuite confié en pension au pasteur Lambercier à Bossey au pied du Salève, au sud de Genève, où il passe deux ans (1722 - 1724) en compagnie de son cousin Abraham Bernard.

Son oncle le place ensuite en apprentissage chez un greffier, puis, devant le manque de motivation de l'enfant, chez un maître graveur, Abel Ducommun. Le contrat d'apprentissage est signé le pour une durée de cinq ans[6]. Jean-Jacques qui a connu jusqu'à présent une enfance heureuse, ou tout au moins apaisée, va être alors confronté à une rude discipline[7]. Le , rentrant de balade sur le tard et trouvant les portes de Genève fermées, il décide de fuir (craignant d'être à nouveau battu par son maître[8]), non sans avoir fait ses adieux à son cousin Abraham.

Madame de Warens et la conversion au catholicisme

Vue de la fontaine et du buste entourés par un grillage doré, commémorant la première rencontre entre Jean-Jacques Rousseau et Madame de Warens à Annecy.

Après quelques journées d'errance, il se réfugie par nécessité alimentaire auprès du curé de Confignon, Benoît de Pontverre. Celui-ci l'adresse à une Vaudoise de Vevey, la baronne Françoise-Louise de Warens, récemment convertie au catholicisme. La baronne s'occupait des candidats à la conversion. Rousseau s'en éprend et elle sera plus tard sa tutrice et sa maîtresse. Dans les Confessions, Rousseau souhaite que leur rencontre, le 21 mars 1728, soit matérialisée par un balustre d'or. Aussi peut-on observer à Annecy une niche abritant un buste du philosophe et une fontaine entourée d'un grillage doré, avec un bassin sur lequel est écrit « un matin de Pâques fleuries, Rousseau rencontra ici Madame de Warens ». La baronne l'envoie à Turin à l'hospice des catéchumènes de Spirito Santo où il arrive le 12 avril 1728. Il s'accommode assez vite de la conversion au catholicisme marquée par son baptême le 23 avril, même s'il prétend dans ses Confessions avoir longuement résisté[9]. Il réside quelques mois à Turin en semi-oisif, vivotant grâce à quelques emplois de laquais-secrétaire et recevant conseils et subsides de la part d'aristocrates et abbés auxquels il inspire quelque compassion. C'est lors de son emploi auprès de la Comtesse de Vercellis que survient l’épisode du larcin (vol du ruban rose appartenant à la nièce de Mme de Vercellis) commis par le jeune homme et dont il fait lâchement retomber la faute sur une jeune cuisinière qui est renvoyée[10].

L'espérance déçue de ne pouvoir s'élever de sa condition, Rousseau se dissipe jusqu'à décourager ses protecteurs et il reprend, le cœur léger, le chemin de Chambéry pour retrouver la baronne de Warens en juin 1729. Jean-Jacques est encore un adolescent, timide, émotif à la recherche d'affection féminine qu'il trouve auprès de la baronne[11]. Il est le « Petit », il la nomme « Maman », devenant son factotum. Le jeune homme s'intéressant à la musique, elle l'encourage en octobre à se placer auprès d'un maître de chapelle, M. Le Maître. Mais une escapade à Lyon se termine brutalement par une crise d'épilepsie de Le Maître que Rousseau, affolé, abandonne en pleine rue[12]. La poursuite du voyage à Paris est un échec et il va connaître une année de tribulations en Suisse où il donne ses premières leçons de musique à Neuchâtel en novembre 1730. En avril 1731, il devient interprète d'un faux archimandrite rencontré à Boudry, mais cet escroc est vite démasqué[8].

En septembre 1731, il retourne auprès de Mme de Warens. Il y trouve aussi Claude Anet, sorte de valet-secrétaire, mais aussi amant de la maîtresse de maison. Mme de Warens est à l'origine d'une grande partie de son éducation sentimentale et amoureuse. Le curieux ménage à trois fonctionne tant bien que mal jusqu'au décès de Claude Anet d'une pneumonie le 13 mars 1734[13]. « Maman » et Rousseau s'installent pendant l'été et l'automne aux Charmettes[14]. Pendant ces quelques années idylliques et insouciantes selon ses Confessions, Rousseau s'adonne à la lecture en puisant dans l'importante bibliothèque de M. de Conzié avec laquelle il va se fabriquer « un magasin d'idées ». Grand marcheur, il décrit le bonheur d'être dans la nature, le plaisir lié à la flânerie et la rêverie, au point d'être qualifié de dromomane[15]. Il travaille aux services administratifs du cadastre du duché de Savoie, puis comme maître de musique auprès des jeunes filles de la bourgeoisie et de la noblesse chambériennes. Mais sa santé est fragile. « Maman » l'envoie en septembre 1737 consulter un professeur de Montpellier, le docteur Fizes, sur son polype au cœur. C'est au cours de ce voyage qu'il fait la connaissance de Madame de Larnage âgée de vingt ans de plus que lui, mère de dix enfants, sa vraie initiatrice à l'amour physique[16].

De retour à Chambéry, il a la surprise de trouver auprès de Madame de Warens un nouveau converti et amant, Jean Samuel Rodolphe Wintzenried[17], et le ménage à trois reprend. En 1739, il écrit son premier recueil de poèmes, Le Verger de Madame la baronne de Warens, poésie grandiloquente éditée en 1739 à Lyon ou Grenoble.

Les premiers contacts avec le monde des Lumières françaises

« Je me trouble. Je m'égare. Et bref, me voilà épris de Madame Dupin. »
Jean-Jacques Rousseau,
Les Confessions, chapitre VII.

Rousseau rentre dans l'orbite de deux figures importantes des lumières, Condillac et d'Alembert, lorsqu'en 1740, il trouve un emploi de précepteur auprès des deux fils du prévôt général de Lyon, M. de Mably. Ce dernier est le frère ainé de Gabriel Bonnot de Mably et Étienne Bonnot de Condillac qui feront tous deux une carrière littéraire[3] Rousseau compose pour le plus jeune des deux fils un Projet pour l'éducation de M. de Sainte-Marie. Il a l'occasion de fréquenter la bonne société lyonnaise et de gagner quelques amitiés, notamment celle de Charles Borde qui l'introduira dans la capitale. Chambéry est proche et il peut rendre quelques visites à « Maman », mais les liens sont distendus. Après une année difficile auprès de ses jeunes élèves, Rousseau et M. de Mably s'accordent pour mettre fin au contrat. Rousseau décide alors de tenter sa chance à Paris.

De retour à Chambéry en 1741, Rousseau, qui avait appris en autodidacte la théorie musicale, entreprend d'inventer un système de notation musicale en supprimant la portée pour lui substituer un système chiffré. Il dispose d'une lettre d'introduction auprès de M. de Boze qu'il retrouve à Paris en août 1742, ce dernier le présente à Réaumur. Il peut ainsi rapidement présenter son projet à l'Académie des Sciences en 1742. Mais il lui est répondu que le système n'est pas nouveau, l'inventeur étant le père Souhaitty et surtout peu efficace. Rousseau n'en démord pas, améliore son projet et le fait publier à ses frais sous le titre de Dissertation sur la musique moderne, mais sans rencontrer le succès espéré. À cette époque, il se lie d'amitié avec Denis Diderot tout aussi méconnu que lui, et reçoit les conseils du père Castel. Il fréquente le salon de Madame de Beserval et de Madame Dupin qu'il tente vainement de séduire. Bonne âme, elle lui confie quelque temps l'éducation de son fils[8], Jacques-Armand Dupin de Chenonceaux en 1743.

Rousseau voyait souvent Condillac à l'époque où il composait l'acte d'Hésiode des Muses galantes, c'est-à-dire en 1743[18]. En juillet 1743, il est embauché comme secrétaire de Pierre-François, comte de Montaigu qui vient d'être nommé ambassadeur à Venise. Sa connaissance de l'italien et son zèle le rendent indispensable auprès d'un ambassadeur incompétent. Il apprécie la vie animée de Venise (spectacles, amours tarifées[19]) et par dessus tout la musique italienne. Mais son importance supposée le rend arrogant et Montaigu le congédie au bout d'un an. Il est de nouveau à Paris le 10 octobre 1744. Cette courte expérience lui a néanmoins permis d'observer le fonctionnement du régime vénitien. C'est à ce moment, alors qu'il a 31 ans, que son intérêt pour la politique s'éveille, et il conçoit le projet d'un grand ouvrage qui se serait intitulé Les Institutions politiques, et qui deviendra le fameux Du contrat social. Il y travaille de temps à autre pendant plusieurs années[20].

Il s'installe derechef à l'hôtel Saint-Quentin, rue des Cordiers, où il se met en ménage avec une jeune lingère, Marie-Thérèse Le Vasseur en 1745. Marie-Thérèse lui apporte l'affection qui lui manque et elle restera auprès de lui sa vie durant. Il épousera Thérèse civilement à Bourgoin-Jallieu le 30 août 1768. Jean-Jacques devra supporter non seulement cette femme bavarde et inintelligente, mais aussi toute la famille de celle-ci[21]. Entre 1747 et 1751, naîtront de cet amour ancillaire cinq enfants que Jean-Jacques Rousseau, peut-être sur l'insistance de la mère de Marie-Thérèse[22], fera placer sans regret aux Enfants-Trouvés, l'assistance publique de l'époque. Il expliquera d'abord qu'il n'avait pas les moyens d'entretenir une famille[23], puis au livre 8 des Confessions, où il écrit clairement qu’il a livré ses enfants à l'éducation publique en considérant cet acte comme un acte de citoyen, de père, et en représentant de la République idéale selon Platon[24]. Au livre suivant des Confessions, il écrit également qu'il fit ce choix principalement pour soustraire ses enfants à l'emprise de sa belle-famille qu'il jugeait néfaste. Cette décision lui sera reprochée plus tard par Voltaire, lorsque Rousseau se posera en pédagogue dans son livre Émile, et par ce que Rousseau appelle la « coterie holbachique » (l'entourage de Holbach, Grimm, Diderot, etc.). Cependant, certains des amis de Rousseau, dont Madame d'Épinay avant sa brouille avec Jean-Jacques pour son amitié avec Grimm, offriront d'adopter ces enfants[25].

Il se met au travail et rédige quelques pièces en prose ou poésie. En mai 1743, il commence la composition d'un ballet héroïque, les Muses galantes, qui est représenté en 1744. Certaines pièces sont jouées en privé, mais n'apportent aucune notoriété à l'auteur. Il en est de même pour les récitatifs qu'il compose pour La Princesse de Navarre mais ils lui permettent de se prévaloir d'une maigre collaboration à la comédie-ballet du duo Voltaire-Rameau. Il gagne sa vie en exerçant les fonctions de secrétaire, puis de précepteur chez les Dupin de 1745 à 1751. Il étend surtout le cercle de ses relations en fréquentant Dupin de Francueil et sa maîtresse Louise d'Épinay, Condillac, d'Alembert, Grimm qui partage sa passion pour la musique et surtout Denis Diderot qui commence son œuvre originale et pour lequel Jean-Jacques éprouve une vive amitié et une sincère admiration. Diderot l'invite à participer au grand projet de l'Encyclopédie en lui confiant, en 1749, les articles sur la musique.

La célébrité et ses tourments

Pierre-Alexandre Du Peyrou, riche habitant de Neuchâtel et son ami, qui a publié une partie de son œuvre.

Les premières grandes œuvres

En 1749, l'Académie de Dijon met au concours la question Le progrès des sciences et des arts a-t-il contribué à corrompre ou à épurer les mœurs ? Encouragé par Diderot, Rousseau participe au concours. Son Discours sur les sciences et les arts (dit Premier Discours) qui soutient que le progrès est synonyme de corruption, obtient le premier prix, en juillet 1750. L'ouvrage est publié l'année suivante. Ce discours suscite de nombreuses réactions ; pas moins de 49 observations ou réfutations paraissent en deux ans, parmi lesquels ceux de Charles Borde, l'abbé Raynal, jusqu'à Stanislas Leszczynski ou Frédéric II, ce qui permet à Rousseau d'affiner son argumentation dans ses réponses et apporte la notoriété à l'auteur[26].

Rousseau abandonne alors ses emplois de secrétaire et précepteur pour se rendre indépendant, il vit alors grâce à sa fonction de copiste (transcription de partitions musicales)[8] ; il adopte une attitude physique et vestimentaire plus en harmonie avec les idées développées dans le Discours. Mais ce sont ces idées qui vont l'éloigner progressivement de Diderot et des philosophes de l'Encyclopédie.

Le 18 octobre 1752, son intermède en un acte, Le Devin du village est représenté devant le roi Louis XV et la Pompadour, à Fontainebleau. L'opéra est un succès, mais Rousseau se dérobe le lendemain à la présentation au roi, refusant de ce fait la pension qui aurait pu lui être accordée. Il fait jouer immédiatement après sa pièce Narcisse, à laquelle Marivaux avait apporté quelques retouches.

Cette année 1752 voit le début de la Querelle des Bouffons. Rousseau y prend part auprès des encyclopédistes en rédigeant sa Lettre sur la musique française où il soutient la primauté de la musique italienne sur la musique française, celle de la mélodie sur l'harmonie, écorchant au passage Jean-Philippe Rameau.

En 1754, l'Académie de Dijon lance un autre concours auquel il répond par son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (également appelé Second Discours), qui achève de le rendre célèbre. Rousseau y défend la thèse que l'homme est naturellement bon et dénonce l'injustice de la société[22]. L'œuvre suscite, comme le Premier Discours, une vive polémique de la part notamment de Voltaire, Charles Bonnet, Castel et Fréron. Sans attendre le résultat du concours, il décide de se ressourcer à Genève, non sans rendre au passage une visite à sa vieille amie, Mme de Warens. Célèbre et admiré, il est bien accueilli. Dans le domaine des idées, Rousseau s'éloigne des encyclopédistes, athées qui croient au progrès, alors que lui prône la vertu et l'amour de la nature. Il reste fondamentalement croyant. Il abjure le catholicisme, réintègre le protestantisme et redevient par là citoyen de Genève, un statut héréditaire qui ne peut se perdre que par abandon du calvinisme[27]. Il commande à Genève l'édition du discours sur l'inégalité, mais ne reste que quelques mois dans la cité. Il est de nouveau à Paris le 15 octobre.

Des grandes œuvres mais une difficulté grandissante à s'intégrer dans la société

Louise d'Epinay qui a prêté à Rousseau l'Ermitage en Forêt de Montmorency.

Rousseau ne s’adressant plus seulement à la société bourgeoise comme les artistes de cour ou érudits des siècles précédents, il n’a cessé de s’adresser à un autre public contre la haute société, s’opposant au public des salons littéraires, il attire même un public contre celui des salons parisiens[pas clair][28]. Progressivement, sa célébrité devient « funeste » selon ses propres termes, cette célébrité qu’il a cherchée comme une arme sociale se retourne contre lui, et il entre dans une paranoïa, confronté à la personnalité publique qu’est devenu « Jean-Jacques », celle que les gens veulent voir, rencontrer, dont des portraits circulent[28],[29]. En avril 1756, Mme d'Épinay met à la disposition de Rousseau l'Ermitage, une maisonnette située à l'orée de la forêt de Montmorency. Il s'y installe avec Thérèse Levasseur et la mère de celle-ci, puis commence à rédiger son roman Julie ou la Nouvelle Héloïse et son Dictionnaire de la musique. Il entreprend aussi, à la demande de Mme d'Épinay, la mise en forme des œuvres de l'abbé de Saint-Pierre. Au début 1757, Diderot envoie à Rousseau son drame Le Fils naturel. On y trouve la phrase « L'homme de bien est dans la société, il n'y a que le méchant qui soit seul ». Rousseau prend cette réplique pour un désaveu de ses choix et il s'ensuit une première dispute entre les amis.

Au cours de l'été, Diderot éprouve des difficultés pour faire paraître l'Encyclopédie à Paris. Ses amis Grimm et Saint-Lambert sont enrôlés dans la guerre de Sept Ans. Ils confient au vertueux Rousseau leur maîtresses respectives, Mme d'Épinay et Mme d'Houdetot. Il tombe amoureux de cette dernière. S'ensuit une idylle vraisemblablement platonique, mais, du fait de maladresses et d'indiscrétions, les rumeurs vont bon train jusqu'aux oreilles de l'amant. Rousseau en accuse successivement ses amis Diderot, Grimm et Mme d'Épinay qui vont définitivement lui tourner le dos. Mme d'Épinay lui signifie son congé, et il doit quitter l'Ermitage en décembre. Il part s'installer à Montmorency où il loue la maison Mont-Louis.

Dans sa Lettre à M. d'Alembert (1758) il s'oppose à l'idée défendue par ce dernier selon laquelle Genève aurait intérêt à construire un théâtre. Selon Rousseau, le théâtre affaiblirait l'attachement des citoyens à la vie de la cité[30].

Isolé à Montmorency et atteint de la maladie de la pierre, il devient bourru, misanthrope et cynique. Il gagne toutefois l'amitié et la protection du maréchal de Luxembourg et de sa deuxième épouse. Il reste cependant très jaloux de son indépendance ce qui lui laisse le temps d'exercer une intense activité littéraire. Il achève son roman Julie ou la Nouvelle Héloïse qui obtient un immense succès[31], et travaille à ses essais Émile, ou De l'éducation et Du contrat social. Les trois ouvrages vont paraître en 1761-1762 grâce à la complaisance de Malesherbes, alors directeur de la Librairie. Dans La Profession de foi du vicaire savoyard, extrait de l'Émile, Rousseau réfute autant l'athéisme et le matérialisme des Encyclopédistes que l'intolérance dogmatique du parti dévot[32]. Dans Le Contrat Social, le fondement de la société politique repose sur la souveraineté du peuple et l'égalité civique devant la loi, expression de la volonté générale. Ce dernier ouvrage inspirera l'idéologie pré-révolutionnaire[33]. Si l'Émile et le Contrat social, marquent le sommet de la pensée de Rousseau, ils isolent cependant l'auteur du monde. En effet, le Parlement de Paris et les autorités de Genève estiment qu'ils sont religieusement hétérodoxes et les condamnent[30].

Les années difficiles

Errance : Genève, Berne, Paris, le Staffordshire

Ces dernières publications, Rousseau les a voulues malgré les inquiétudes de ses amis et des éditeurs hollandais. Menacé de prise de corps par la Grande Chambre du Parlement de Paris en juin 1762, il doit fuir seul la France avec l'aide du maréchal de Luxembourg ; Thérèse le rejoindra plus tard. Il évite Genève et se réfugie à Yverdon chez son ami Daniël Roguin. Si sa condamnation à Paris est surtout due à des motifs religieux, c'est le contenu politique du Contrat Social qui lui vaut la haine de Genève. Berne suit Genève et prend un décret d'expulsion. Rousseau doit quitter Yverdon et se rend à Môtiers auprès de Madame Boy de La Tour. Môtiers est situé dans la principauté de Neuchâtel qui relève de l'autorité du roi de Prusse Frédéric II. Ce dernier accepte d'accorder l'hospitalité au proscrit.

La lande et l'île Saint-Pierre où vécut Rousseau, vue du nord.

Les malheurs de Rousseau n'ont pas attendri les philosophes qui continuent à l'accabler, notamment Voltaire et D'Alembert. Physiquement, la maladie de la pierre le fait souffrir et il doit être régulièrement sondé. C'est alors qu'il adopte le long vêtement arménien plus commode pour cacher son affection[34]. Il se remet à écrire un mélodrame, Pygmalion puis une suite à L'Émile, Émile et Sophie, ou les solitaires qui restera inachevée.

L'Émile est mis à l'Index en septembre 1762 et Christophe de Beaumont, archevêque de Paris lance l'anathème contre les idées professées par le Vicaire savoyard. Rousseau y répond par une Lettre à Christophe de Beaumont qui paraîtra en mars 1763, libelle contre l'Église romaine, mais qui ne calmera pas les ardeurs des pasteurs ennemis de Rousseau à Genève. Ces derniers mènent une lutte sourde contre les amis de Jean-Jacques qui cherchent vainement à le réhabiliter. Fatigué, Rousseau va finir par renoncer le 12 mai 1763 à la citoyenneté genevoise. Entre temps il se passionne pour la botanique et fait publier son Dictionnaire de la musique, fruit de seize années de travail.

Le conflit devient politique avec la publication des Lettres de la campagne de Jean-Robert Tronchin, procureur général auprès du Petit Conseil de Genève, auquel Rousseau réplique par ses Lettres de la montagne où il prend position en faveur du Conseil général, représentant le peuple souverain, contre le droit de véto du Petit Conseil. Les lettres sont publiées en décembre 1764, mais sont brûlées à La Haye et Paris, interdites à Berne. C'est le moment que choisit Voltaire pour publier anonymement Le Sentiment des citoyens où il révèle publiquement l'abandon des enfants de Rousseau. Le pasteur de Môtiers, Montmollin, qui l'avait accueilli lors de son arrivée, cherche alors à l'excommunier avec le soutien de la « Vénérable Classe de ses confrères de Neuchâtel ». Mais Rousseau est protégé par un rescrit de Frédéric II. Il passe toutefois pour un séditieux et la population rameutée par Montmollin devient si menaçante que, le 10 septembre 1765, Jean-Jacques se réfugie provisoirement dans l'île Saint-Pierre sur le lac de Bienne ; le gouvernement bernois l'expulse toutefois le 24 octobre. Jean-Jacques Rousseau confie alors à son ami Du Pêyrou une malle contenant tous les papiers qu'il possédait (manuscrits, brouillons, lettres et copies de lettres).

Rousseau, dès lors, vit dans la hantise d'un complot dirigé contre lui et décide de commencer son œuvre autobiographique en forme de justification. Il gagne Paris où il séjourne en novembre et décembre 1765 au Temple qui bénéficie de l'exterritorialité. Il est d'ailleurs sous la protection du prince de Conti et reçoit des visiteurs de marque. À l'invitation de David Hume, attaché à l'ambassade de Grande-Bretagne à Paris, il gagne l'Angleterre le 4 janvier 1766. Thérèse le rejoindra plus tard. Durant son séjour en Angleterre son instabilité mentale croit et il se persuade que David Hume est au centre d'un complot contre lui[3]. C'est à cette époque que circule dans les salons parisiens une fausse lettre du roi de Prusse adressée à Rousseau. Elle est bien tournée mais peu charitable à son égard. L'auteur est Horace Walpole, mais Rousseau l'attribue dans un premier temps à D'Alembert, puis soupçonne Hume de tremper dans le complot[35]. Hume a fréquenté à Paris les Encyclopédistes qui ont pu le mettre en garde contre Rousseau. Ce dernier, hypersensible et soupçonneux, se sent persécuté. Après six mois de séjour en Angleterre, la rupture est complète entre les deux philosophes, chacun se justifiant par des écrits publics, ce qui génère un véritable scandale dans les Cours européennes. Les ennemis de Rousseau, au premier rang desquels Voltaire, jubilent, alors que ses amis, qui l'ont poussé à confier son destin à Hume, sont consternés par la tournure des évènements.

Il passe l'essentiel de son séjour anglais chez Richard Davenport, dans sa propriété de Wootton Hall dans le Staffordshire, du 22 mars 1766 au 1er mai 1767. Il y écrit les premiers chapitres des Confessions. Selon Christopher Bertram, la façon dont Rousseau y traite Diderot, Friedrich Melchior Grimm, atteste de la paranoïa de Rousseau[3].

Les dernières années

Les rêverie du promeneur solitaire édition de 1782

En mai 1767, toujours sous la menace de la condamnation du Parlement, Rousseau regagne la France sous le nom d'emprunt de Jean-Joseph Renou, nom de jeune fille de la mère de Thérèse[36]. Pendant un an il est hébergé par le prince de Conti au château de Trye, près de Gisors dans l'Oise. Le séjour est particulièrement terrifiant pour Rousseau qui en vient à soupçonner ses amis, y compris le fidèle Du Peyrou, venu lui rendre visite.

Le 14 juin 1768, il quitte Trye, ne peut s'établir à Lyon qui relève du Parlement de Paris, et va donc errer quelque temps en Dauphiné autour de Grenoble. Thérèse le rejoint à Bourgoin où le 29 août, et pour la première fois, il la présente au maire de la ville comme sa femme[37]. Il reprend son nom et s'installe à la ferme Monquin à Maubec[38]. Le Parlement de Paris semble vouloir laisser Rousseau tranquille dans la mesure où il ne publie pas. Il décide donc de quitter le Dauphiné le 10 avril 1770, séjourne quelques semaines à Lyon, et arrive à Paris le 24 juin 1770 où il loge à l'hôtel Saint-Esprit, rue Plâtrière.

À Paris, il survit en indépendant grâce à ses travaux de copiste en partitions de musique. Il organise des lectures de la première partie des Confessions dans des salons privés devant des auditoires silencieux et gênés face à cette âme mise à nu[39]. Ses anciens amis craignent des révélations et Mme d'Épinay fait interdire ces lectures par Antoine de Sartine, alors lieutenant-général de police.

Il condamne la politique russe de démantèlement de la Pologne dans ses Considérations sur le gouvernement de Pologne, alors que la plupart des philosophes admirent Catherine II. Il poursuit l'écriture de ses Confessions et entame la rédaction des Dialogues, Rousseau juge de Jean-Jacques. Ne pouvant les publier sans susciter de nouvelles persécutions, il tente de déposer le manuscrit sur l'autel de Notre-Dame, mais la grille fermée lui en empêche l'accès. En désespoir de cause, il va jusqu'à distribuer aux passants des billets justifiant sa position[40].

C'est aussi l'époque où il herborise et écrit ses Lettres sur la botanique, activité qu'il partage avec Malesherbes, ce qui rapproche les deux hommes. Les Rêveries du promeneur solitaire, ouvrage inachevé, sont rédigées au cours de ses deux dernières années entre 1776 et 1778. Toutes ces dernières œuvres ne seront publiées qu'après sa mort. Il entretient aussi à cette époque une correspondance avec le compositeur d'opéra Gluck.

Le décès et le transfert au Panthéon

En 1778, le marquis de Girardin lui offre l'hospitalité, dans un pavillon de son domaine du Château d'Ermenonville, près de Paris ; c'est là que l'écrivain philosophe meurt subitement le , de ce qui semble avoir été un accident vasculaire cérébral. Certains ont avancé l'hypothèse d'un suicide, créant une controverse sur les circonstances de la mort du philosophe[41]. On peut citer les travaux des docteurs Desruelles, Mercier, Delasiauve ou Chatelain ou ceux de l'historien Bougeault. Le jour même de sa mort, le marquis de Girardin récupéra les papiers et manuscrits de Rousseau pour les mettre à l'abri au château.

Tombeau de Rousseau au Panthéon de Paris

Le lendemain de sa mort, le sculpteur Jean-Antoine Houdon prend le moulage de son masque mortuaire. Le 4 juillet, le marquis René-Louis de Girardin fait inhumer le corps dans l'île des Peupliers dans la propriété où, en 1780, s'élèvera le monument funéraire dessiné par Hubert Robert, exécuté par J.-P. Lesueur. Le philosophe est rapidement l'objet d'un culte, et sa tombe est assidûment visitée.

La question de l'hommage de la nation à Rousseau a été posée peu de temps après la décision de l'Assemblée du de transformer l'église Sainte-Geneviève en sépulture des grands hommes, à la suite de l'entrée de Voltaire le dans ce qui était devenu le Panthéon. En août 1791, le journaliste et écrivain Pierre-Louis Ginguené rédigea une pétition qu'il fit circuler parmi les gens de lettres. Appuyée par 300 signatures, elle fut remise par deux députations, l'une de Parisiens, l'autre d'habitants de Montmorency. Les Parisiens exigeaient une statue, mais aussi le transfert au Panthéon, tandis que les habitants de Montmorency se seraient contenté d'un cénotaphe dans le mémorial républicain[42].

Le projet sommeilla quelques années. Thérèse veuve Rousseau se présenta le à la Convention nationale pour réclamer fermement la translation promise. Les événements de la Terreur repoussèrent encore l'application de la décision. Finalement, la cérémonie fut fixée au [43].

L'entrée au Panthéon se fit au son de l'orgue, dans un « recueillement religieux ». Cambacérès, président de la Convention, fit l'éloge du grand homme :

« Moraliste profond, apôtre de la liberté et de l'égalité, il a été le précurseur qui a appelé la nation dans les routes de la gloire et du bonheur. [...] C'est à Rousseau que nous devons cette régénération salutaire qui a opéré de si heureux changements dans nos mœurs, dans nos coutumes, dans nos lois, dans nos esprits, dans nos habitudes... Ce jour, cette apothéose, ce concours de tout un peuple, cette pompe triomphale, tout annonce que la Convention veut acquitter à la fois envers le philosophe de la nature, et la dette des Français, et la reconnaissance de l'humanité. »

La cérémonie fut conclue par un Hymne à Jean-Jacques Rousseau de Marie-Joseph de Chénier sur une musique de Gossec. Le soir, pendant que le peuple dansait, on pouvait voir une gravure de Geissler représentant la Résurrection de Jean-Jacques Rousseau où, coiffé de son bonnet d'Arménien, il sortait de son tombeau comme un nouveau Christ[44].

L'itinéraire intellectuel

La philosophie de Rousseau dans son contexte

Rousseau n'a pas suivi des cours de philosophie. Philosophe autodictate ce sont ses lectures qui lui ont permis de philosopher. Pendant la période qu'il a passé avec Mme de Warens, il a lu toutes les grandes œuvres de philosophie notamment celle de ses immédiats prédécesseurs : Descartes, Locke, Malebranche, Leibniz, la Logique de Port-Royal et les jusnaturalistes[45]. Dés la première œuvre qui le rend célèbre le Discours sur les sciences et les arts, Rousseau se revendique comme n'étant pas un philosophe de profession et exprime sa méfiance envers certains de ceux qui se disent philosophes. Dans le premier discours, il écrit :

« Il y aura dans tous les temps des hommes faits pour être subjugués par les opinions de leur siècle, de leur pays, de leur société : tel fait aujourd'hui l'esprit fort et le philosophe, qui, par la même raison, n'eût été qu'un fanatique du temps de la ligue. Il ne faut point écrire pour de tels lecteurs, quand on veut vivre au-delà de son siècle[46]. »

Pour Géraldine Lepan[47] « Rousseau s'inscrit.. dans une tradition philosophique incarnée par Socrate et Montaigne ». Chez lui est d'abord une sagesse à deux faces : une face théorique, qui vise à « connaître les "principes" de l'âme humaine », et « une face pratique, donnant les préceptes d'un art de vivre pour atteindre le bonheur, fin légitime de l'existence »[48].

Rousseau, les deux premiers discours et les lumières

.

Le changement de vie des années 1756-1759 et la personnalité de Rousseau

Durant cette période, Rousseau ressent la nécessité de changer de vie et de suivre le précepte qu'il fait figurer désormais dans de nombreux textes « vitan impedere vero » [49] Tout d'abord, il change de tenue. « Je quittais la dorure et les bas blancs; je pris une perruque ronde; je posais l'épée; je vendis ma montre en me disant avec une joie incroyable : Grâce au ciel, je n'aurais plus besoin de savoir l'heure qu'il est (C, OC I,363) »[48] Par ailleurs, il quitte la ville pour s'installer à la campagne d'abord à l'Ermitage en forêt de Montmorency puis dans lla maison du Petit Mont-Louis. Par ailleurs, il refuse les places et les rentes qu'on lui offre. Pour rester libre, il exerce pour gagner sa vie le métier de copiste de musique. Enfin, il rompt le lien fort qui existait entre lui et Diderot depuis 1742 [50].

Pour Jean Starobinski, la pauvreté ostentatoire de Rousseau a une double visée. C'est d'abord une « démonstration de vertu à la manière stoïcien ou cyniqque' » destinée à alerter les consciences, à accuser l'inégalité sociale alors très forte. Par ailleurs elle est une manifestation de la fidélité de Rousseau à son origine sociale [51]. Toujours selon cet auteur, Rousseau a eu le génie de se conformer a un principe très à la Plutarque, qu'il énonce ainsi dans une lettre à son père alors qu'il n'a que dix-neuf ans :« J'estime mieux une obscure liberté qu'un esclavage brillant (C.C., t1, p.13) » [51].

Rousseau était d'une grande sensibilité. David Hume disait de lui[52] : « Toute sa vie il n'a fait que ressentir, et, à cet égard, sa sensibilité atteint des sommets allant au-delà de ce que j'ai vu par ailleurs ; mais cela lui donne un sentiment plus aigu de la souffrance que du plaisir. Il est comme un homme qui aurait été dépouillé non seulement de ses vêtements, mais de sa peau, et s'est retrouvé dans cet état pour combattre avec les éléments grossiers et tumultueux[trad 1] ». Bertrand Russell ajoutait[53] : « C'est le résumé le plus sympathique de son caractère qui est en quelque forme compatible avec la vérité[trad 2] ».

Le Contrat social et l'Émile

Articles détaillés : Du contrat social et Émile ou De l'éducation.

Ses deux ouvrages de Rousseau sont parus en 1762.Ils seront presque' immédiatement condamnés; en France par le Parlement et par laFaculté de théologie, à Genève par le Petit Conseil. Ils voudront à Rousseau une vie d'errance. En France, en général, le Contrat social est l'oeuvre la plus estimée de Rousseau. La tradition allemande lui préfère le Second Discours et l'Emile[54].

L'Émile

Article détaillé : Émile ou De l'éducation.

Cet ouvrage commencé en 1758 et publié en 1762 constitue sinon un des plus importants traité d'éducation du moins un de ceux qui ont eu le plus d'influence dans le monde. En amérique du sud, Simon Bolivar sera éduqué selon ses préceptes. L'ouvrage s'inscrit dans la lignée de la République (Platon) et Télémaque de Fénelon où la politique et l'éducation s'entremêle. Peu de chose disposaient Rousseau à écrire un ouvrage sur l'éducation. S'il a été précepteur des enfants de Mably (le frère de Condillac et de l'Abbé de Mably, l'expérience semble n'avoir pas été très concluante. Par ailleurs, comme Voltaire ne manquera pas de le faire savoir, Rousseau a confié ses cinq enfants, nés entre 1746-1747 et 1751-1752, à l'Hospice des enfants trouvés.[55].

L'ouvrage repose sur l'anthropologie de Rousseau qui veut que l'homme soit né bon et que ce soit la société qui l'ai corrompu. Aussi pose-t-il comme « maxime incontestable que les premiers mouvements de la nature sont toujours droits: il n'y a point de perversité originelle dans le sieur humain. Il ne s'y trouve pas un seul vice dont on ne puisse dire comment et par où il y est entré (E.OC IV, 322) »[55]. Rousseau divise l'éducation des être humains en cinq phases qui correspondent au livres de l'Émile. Le livre II traite des enfants de 2 à 10/12 ans, le livre III des 12 à 15/16 ans, le livre IV de la puberté avec pour dominantes la raison et les passions. Ce livre traite aussi de métaphysique ou de religion. Cette partie est aussi connue sous le titre de La Profession de foi du vicaire savoyard. Enfin le livre V traite du jeune adulte qui à la foi s'initie à la politique et prend une compagne[56].

En lien avec sa perception de l'anthropologie humaine l'éducation doit être négative c'est-à-dire qu'on ne doit l'instruire car on risquerait de le pervertir. Il note « L'éducation négative ne donne pas les vertus, mais elle prévient les vices; elle n'apprend pas la vérité, mais elle préserve de l'erreur (OC IV, 945) ». Il reproche justement au Traité de l'éducation de John Locke[57]. Au moment de la puberté, l'éducation doit donner une formation morale et permettre à élève d'intégrer le monde social.

Rousseau vu par Rousseau

Rousseau publie trois ouvrages en guise d'autobiographie : Les Confessions, Rousseau juge de Jean-Jacques, et les Rêveries du promeneur solitaire qu'il n'achèvera pas. La rédaction des Confessions s'échelonne de 1763 ou 1764 à 1770. Il s'agit moins de Confessions au sens d'Augustin d'Hippone même s'il y présente ses fautes passées comme l'épisode du ruban volé, qu'une sorte d'autoportrait à la Montaigne. Pour lui, l'objet du livre « est de faire connaître exactement mon intérieur dans toutes les situations de ma vie. C'est l'histoire de mon âme que j'ai promise (C, OC I, 377) »[58].

L'écriture de Rousseau juge de Jean-Jacques s'étend sur la période 1772 à 1776. L'ouvrage paraît partiellement en 1780 et provoque un malaise car Rousseau y dénonce un complot contre lui mené par Grimm, Voltaire, D'Alembert et David Hume [59]. L'ouvrage se présente comme un dialogue entre Rousseau, l'avocat de l'auteur, Jean-Jacques qui représente le Rousseau tel que le voit ses ennemis et un troisième personnage appelé "le Français" qui représente l'opinion publique qui n'a pas ni rencontré Rousseau ni lu les livres. C'est ce personnage qu'il veut convaincre [60].

Les Rêveries du promeneur solitaire sont écrites entre 1776 et 1778 date de la mort de Rousseau. Si dans ce livre pour Lepan la vie est « constituée en objet philosophique » [61] des contradictions sont visibles entre son projet politique qui vise à intégrer le citoyen dans la vie politique et l'inclination profonde de Rousseau. Il écrit « [...] Je n'ai jamais été vraiment propre à la société civile où tout est gêne, obligation, devoir, et [..] mon naturel indépendant me rendit toujours incapable des assujettissements nécessaires à qui veut vivre avec les hommes (R, OC I, p.1059) » [62].

Le statut de ces textes fait problème. Pour Alexis Philonenko , la philosophie de Rousseau « face à l'obstacle a reflué vers une théorie de l'existence individuelle ». Au contraire pour Géraldine Lepan, ces œuvres « peuvent être lues comme le complément nécessaire du "triste et grand système" issu de l'Illumination de Vincemmes »[63]. L'objectif sera toujours le même « dévoiler le moi sous les déformations sociale »[64].

Histoire conjecturale et nature humaine chez Rousseau

Histoire conjecturale

Du contrat social, édition de 1772

Pour George Armstrong Kelly, Rousseau aborde le puzzle de l'histoire de la façon la plus antithétique qui soit : l'aspect moral. Il voit pas seulement l'histoire comme un recueil d'exemples, mais également comme une succession d'états des facultés humaines évoluant en fonction des défis du temps[65]. Pour Rousseau, l'histoire n'est jamais un point de départ, mais le moyen d'étendre une tension interne à l'humanité vue comme un tout. Il n'utilise pas les données pour s'interroger sur leur sens, il les utilise pour appuyer ses propres convictions.[66]. Dans l'Emile, Rousseau défend l'idée que nos impressions sur le passé doivent être utilisées à des fins éducatives pas pour cultiver une savoir théorique. Sur ce point, il se démarque de d'Alembert qui avait une vue plus objective de l'histoire qu'il voyait comme devant donner à la postérité un spectacle dépassionné des vices et des vertus[66]. Au contraire Rousseau écrit dans Histoire de Lacédémone :

« Je me soucie fort peu qu'on me reproche d'avoir manqué de cette froideur grave recommandée aux historiens....comme si la principale utilité de l'histoire était pas de faire aimer avec ardeur tousses gens de bien et détester les méchants[67] »

Dans le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, Rousseau imagine plusieurs stades dans l'évolution de la société.

  1. L'homme oisif vivant dans un habitat dispersé qui peu à peu s'associe en horde[68]
  2. La première révolution : l'humanité entre dans l'ordre patriarcal et les familles peuvent se regrouper. Pour Rousseau cela correspond à l'âge d'or[68].
  3. L'ordre patriarcal cède la place à un monde marqué par la division des taches qui fait perdre à l'homme son unité. Les plus violents ou les plus habiles deviennent les riches et les autres les pauvres[69];
  4. La guerre de tous contre tous[70];
  5. Établissement d'un contrat social inique pour sortir de l'état de guerre Jean Starobinski écrit à ce propos : « stipulé dans l'inégalité, le contrat aura pour effet de consolider les avantages du riche, et de donner à l'inégalité valeur d'institution »[70]

La sortie de l'état naturel a conduit les hommes à se grouper en villes toujours plus grandes, d'où la Nature fut chassée et qui accumulèrent les catastrophes. Dans l’Émile, par exemple, Rousseau tonne contre Paris et Londres, où l'homme vit à l'encontre des lois de la Nature et se ruine en succombant aux épidémies, en renonçant à faire des enfants, en dégradant ses mœurs : « Les villes sont le gouffre de l'espèce humaine [...] Les hommes ne sont point faits pour être entassés en fourmilières, mais épars sur la terre qu'ils doivent cultiver. Plus ils se rassemblent, plus ils se corrompent. Les infirmités du corps, ainsi que les vices de l'âme, sont l'infaillible effet de ce concours trop nombreux[71]. » Rousseau est ainsi l'un des fondateurs du courant « urbaphobe » qui va, jusqu'à nos jours, combattre la grande ville (Cf Colloque La ville mal aimée, Cerisy-la-Salle, 2007[72]). Dans l’Émile, Rousseau décrit son idéal, la ferme isolée vivant en autarcie sous un régime patriarcal : « ce pain bis, que vous trouvez si bon, vient du blé recueilli par ce paysan; son vin noir et grossier, mais désaltérant et sain, est du cru de sa vigne; le linge vient de son chanvre, filé l'hiver par sa femme, par ses filles, par sa servante; nulles autres mains que celles de sa famille n'ont fait les apprêts de sa table; le moulin le plus proche et le marché voisin sont les bornes de l'univers pour lui[73].». Rousseau fonde ainsi l'opposition local/global, autarcie/globalisation, l'une des grandes questions du monde moderne.

Pour Jean Starobinski, dans le Second Discours, « Rousseau recompose une Genése philosophique où ne manque ni le jardin d'Éden ni la faute, ni la confusion des langues. Version laïcisée, "démythifiée" de l'histoire des origines, mais qui, en supplantant l'Écriture, la répète dans un autre langage »[74]. De sorte que l'état de nature peut être vu comme une reconstruction imaginaire qui se substitue au mythe biblique du jardin d'Éden dans le Livre de la Genèse. Au début du Ve siècle la sortie des hommes du paradis terrestre suite àr la désobéissance humaine à l'ordre donné par Dieu de ne pas manger du fruit défendu de l'arbre de la connaissance du bien et du mal avait inspiré au théologien chrétien Augustin d'Hippone la doctrine du péché originel, à laquelle Rousseau ne croyait pas, mais auquel il se réfère explicitement dans la note 9 du Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes[75]. Aussi, il est temps d'examiner comment Rousseau explique lui la chute de l'homme naturellement bon dans le mal.

Nature, instincts et perte de la bonté naturelle chez Rousseau

Rousseau répète à plusieurs reprise que l'idée selon laquelle, l'homme est naturellement bon et que la société le corrompt, domine sa pensée. Cela conduit à se poser au moins une question : comment le mal peut-il jaillir dans une société composées d'hommes bons ? [76].

Pour Rousseau, les créatures sont dotées de deux instincts qui permettent leur préservation. C'est d'abord l'amour de soi qui leur permet de satisfaire leur besoin biologiques, c'est ensuite la pitié qui les conduit à prendre soin des autres. Notons, que si la pitié est dans le Second discours, un instinct indépendant dans l'Émile et l' Essai sur l'origine des langues, elle n'est considérée que comme un prolongement de l' amour de soi vu comme l'origine de toutes les passions[77].

La chute, ou le mal s'introduit chez l'homme avec l'apparition de l'amour propre, apparition d'ailleurs liée à la compétition sexuelle pour attirer un(e) partenaire. Rousseau écrit dans la note 15 du Discours sur l'origine des inégalités « L'amour de soi-même est un sentiment naturel qui porte tout animal à veiller à sa propre conservation et qui, dirigé dans l'homme par la raison et modifié par la pitié, produit l'humanité et la vertu. L'Amour propre n'est qu'un sentiment relatif, factice, et pédants la société, qui porte chaque individu à faire plus de cas de soi que de tout autre, qui inspire aux hommes tous les maux qu'ils se font mutuellement et qui est la véritable source de l'honneur ». Bref l'amour propre pousse les êtres humains à se comparer, à chercher être supérieurs aux autres ce qui engendre des conflits. Toutefois, si on regarde la façon dont il traite la question en partant de l' Émile, il est possible de noter que l'amour-propre est à la fois l'instrument de la chute de l'homme et de sa rédemption[77]. En effet dans ce livre, l'amour propre est la forme que prend l'amour de soi dans un environnement social. Si chez Rousseau, l'amour propre est toujours vu comme dangereux, il est possible de contenir ce mal grâce à l'éducation et grâce à une bonne organisation sociale comme on les trouve respectivement dans l'Émile et le Contrat social[78].

Même si l'amour propre prend sa source dans la compétition sexuelle, Pour Rousseau, il ne révèle son plein potentiel de dangerosité que lorsqu'il est combiné à l'interdépendance économique qui se développe lorsque les individus vivent en société. En effet, dans ce cas, les êtres humains vont à la fois chercher les biens matériels et la reconnaissance ce qui les conduit à entretenir des relations sociales marquées par la subordination de certains et par le désir d'atteindre ses fins quelque soi les moyens employés. De sorte que sont menacées à la fois la liberté des êtres humains et leur l'estime de soi[78]

Vertu, conscience, sagesse et raison

Selon Georges Armstrong Kelly « Rousseau se réfère à la sagesse comme le siège de la vertu, la conscience qui ne crée pas de lumière, mais plutôt qui active le sens de l'homme des proportions cosmiques »[79]. Pour Rousseau la vérité morale est l'élément unificateur de toute réalité. Les connaissances ne sont de fausses lumières, de simples projection de l'amour-propre, si elles ne sont pas enracinées, comme chez lui, dans une certitude intérieure[80]. En effet, selon lui, la raison peut être corrompue par les passions et se transformer en raisonnements faux qui flattent l'amour-propre. Si la raison peut nous permettre d'accéder à la vérité, seule la conscience, qui nous impose d'aimer la justice et la moralité de façon quasi-esthétique , peut nous faire l'aimer. Le problème étant que la conscience, basée sur une appréciation rationnelle d' un ordre tracé par un Dieu bienveillant[81] est pour Rousseau minime chez les hommes de son temps dominés par l'amour-propre.[82] .

La philosophie politique de Rousseau

Rousseau expose principalement sa philosophie politique dans le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, le Discours sur l'économie politique Contrat social ainsi que dans les Considérations sur le gouvernement de la Pologne[83]. La philosophie politique de Rousseau se situe dans la perspective dite contractualiste des philosophes britanniques des XVIIe siècle et XVIIIe siècles, et son fameux Discours sur l'inégalité peut être considéré comme un dialogue avec l'œuvre de Thomas Hobbes.

Source de sa pensée

Les sources de la pensée politique de Rousseau sont nombreuses et se construisent en critiquant et en s'inspirant de Lucrèce, de Hobbes, de Locke, des théoriciens du droit naturel (Hugo Grotius, Pufendorf), de Montesquieu. Il s'est aussi opposé aux physiocrates, les premiers économistes français, pour qui la création de richesse ne pouvait provenir que de l'exploitation de la terre[84]. On garde de lui quelques lettres échangées avec Mirabeau père, l'auteur de l'Ami des Hommes. Dès le Discours sur les sciences et les arts, Rousseau affirme son originalité en réfutant la thèse de la sociabilité naturelle de l'homme et en affirmant sa bonté naturelle. Le progrès technique n'est pas un progrès moral ; l'homme n'est plus ce qu'il est, il est ce qu'il a ; les valeurs (patriotisme, fidélité etc.) ont disparu au profit de valeurs de l'apparence[85]. L'homme est un animal perfectible, le seul de la création. Il y a chez Rousseau une nostalgie d'un état de société où l'on est responsable en tant que citoyen qui souhaite la justice. Il accepte une certaine inégalité où la propriété est établie de manière à ce que tout le monde puisse se nourrir (lui et sa famille), où l'on est juste selon une notion d'« une certaine égalité », celle qui ne crée pas de différences telles que celles qui existent. Dans la même optique, la propriété est sacrée, n'est pas contestable, sauf lorsqu'elle est abusive : nul ne soit assez riche pour en acheter un autre, et nul ne soit assez pauvre pour être contraint de se vendre[86].

La volonté générale

La volonté et la généralité chez Rousseau

Volonté et généralité constituent deux importants piliers de la pensée de Rousseau[87]. Pour lui, comme chez Pascal, Malebranche , Fénelon ou Bayle, le général se situe à mi-distance entre le particulier et l'universel. Patrick Riley, spécialiste de langue anglaise de Rousseau, estime que la vision de Rousseau du général est « assez distinctivement française »[88]. Notons que sur les notion du général Rousseau s'oppose à Diderot qui dans l'article Droit naturel de l'encyclopédie développe l'idée qu'il existe à la fois une volonté générale du genre humain et une morale universelle. Rousseau, dont les modèles sont Rome, Sparte ou encore Genève, insiste, au contraire, sur l'importance des particularismes nationaux[89]

La volonté chez Rousseau, comme chez tous les "volontaristes" venant après le Du libre arbitre d'Augustin d'Hippone doit être libre pour avoir une valeur morale. La liberté s'entend surtout comme la non soumission à l'autorité d'autres hommes par exemple au pouvoir paternel ou au pouvoir du plus fort[90]. Toutefois Rousseau doute que la volonté seule puisse conduire les hommes à la morale. Selon lui, , les hommes ont besoin soit de grands législateurs comme Moïse, Numa Pompilius ou Lycurgue (législateur) soit d'éducateurs pour que la volonté s'oriente vers le bien tout en restant libre[91]

Rousseau n'est pas le premier à accoler les deux mots et à parler de volonté générale. Cette notion est déjà présente chez Arnauld, Pascal, Malebranche , Fénelon, Bayle ou Leibniz.[92] chez lesquels elle s'entend comme volonté générale de Dieu. Rousseau d'une certaine façon va en partie laïciser et démocratiser cette notion.

Les interprétations de notion de volonté générale

Pour Christopher Bertram, la volonté générale chez Rouseau est une notion ambiguë qui peut être interprétée de deux façons : démocratiquement, alors elle est simplement ce que les citoyens ont décidé; de façon plus transcendante comme incarnation de l'intérêt général des citoyens obtenu en faisant abstraction des intérêts particuliers[93]. La première intrication s'appuie principalement sur le chapitre 3 du livre 2 du Contrat social où Rousseau insiste sur les procédures de délibération pour atteindre l'intérêt général[93].

Il est possible d'unifier ces deux vues en supposant que, pour Rousseau, dans de bonnes conditions avec de bonnes procédures, les citoyens feront en sorte que la volonté générale issue de la délibération corresponde à la volonté générale transcendante [93].

« Il s'ensuit de ce qui précède que la volonté générale est toujours droite et tend toujours à l'utilité publique : mais il ne s'en suit pas que les délibérations du peuple aient toujours la même rectitude. On veut toujours son bien, mais on ne le voit pas toujours (Contrat social livre II, chapitre III). »

Société, liberté et égalité

Selon Rousseau, ce n'est qu'une fois les Hommes regroupés en société, et plus précisément une fois que fut instaurée la propriété, que surgissent les inégalités et l'état de guerre. Et c'est de là que s'imposa la nécessité d'établir des lois et celle de se soumettre à une autorité commune.

Ainsi, Rousseau soutient d'une part que le besoin de reconnaissance sociale fut le premier pas vers l'inégalité[94], d'autre part que le « vrai fondateur de la société civile » fut le premier qui parvint à s'approprier un terrain[95]. Ainsi, société, inégalité et vices sont pour Rousseau associés : « l'égalité rompue fut suivie du plus affreux désordre : c'est ainsi que les usurpations des riches, les brigandages des pauvres, les passions effrénées de tous étouffant la pitié naturelle, et la voix encore faible de la justice, rendirent les hommes avares, ambitieux, et méchants[96]. »

Cependant, bien que Rousseau lie inégalités et organisation sociale, il affirme dans le Contrat Social « que le plus grand bien de tous, qui doit être la fin de tout système de législation […] se réduit à ces deux objets principaux, la liberté et l'égalité[97]. » Dans son discours sur l'inégalité, Rousseau affirmait d'ailleurs déjà qu'il est « incontestable, et c'est la maxime fondamentale de tout le droit politique, que les peuples se sont donné des chefs pour défendre leur liberté et non pour les asservir[98]. », montrant par là qu'il n'estime pas comme inéluctable la corruption qu'engendre la société, mais qu'au contraire, « C’est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l’égalité que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir[97]. » Plutôt que de défendre un retour à l'état de nature au nom de la liberté et du bonheur innocent auquel Rousseau l'associe, il entreprend d'imaginer une forme d'association politique qui permette la liberté et l'égalité au sein d'une société.

À beaucoup d'égards, Rousseau prend des positions qui sont opposées à celles des auteurs de l'Encyclopédie, qui répandent l'esprit des Lumières. Il s'en distingue notamment par son rejet du progrès et son refus d'un enseignement autre que naturel, ainsi que par sa doctrine politique hostile à la séparation des pouvoirs, seul le peuple et pas ses représentants, étant dépositaire du pouvoir. Ses conceptions ont inspiré de nombreux régimes politiques révolutionnaires.

Le Contrat Social et l'idée de démocratie chez Rousseau

Le Contrat social a parfois été considéré comme le texte fondateur de la République française, non sans malentendus, ou à titre d'accusation de la part des opposants à la République. On s'est surtout attaché à sa théorie de la souveraineté : celle-ci appartient au peuple et non à un monarque ou à un corps particulier. Assurément, c'est chez Rousseau qu'il faut chercher les sources de la conception française de la volonté générale : contrairement aux théories politiques anglo-saxonnes, Rousseau ne considère pas la volonté générale comme la somme des volontés particulières — c'est-à-dire la volonté de tous -, mais comme ce qui procède de l'intérêt général : « ôtez [des volontés particulières] les plus et les moins qui s'entre-détruisent, reste pour somme des différences la volonté générale ». Pour Rousseau, la volonté générale, c’est la décision collective du peuple souverain, qui exprime le choix rationnel de chacun, et par laquelle les différences individuelles sont surmontées grâce à la raison, qui rend chacun apte à percevoir, au-delà de son seul intérêt, la solidarité des intérêts[99].

Dans le Contrat social, Rousseau cherche le fondement d'une autorité légitime parmi les hommes. Il s'agit pour lui de définir à quelles conditions l'homme peut se soumettre à une autorité, ici de nature politique, sans rien perdre de sa liberté. L'homme étant naturellement libre, ce fondement ne peut être qu'une convention. Comment les hommes peuvent-ils associer leurs forces, sans renoncer pour autant à la liberté ? Tel est le problème du contrat social, énoncé en ces termes : « Trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s'unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à lui-même, et reste aussi libre qu'auparavant ».

On oublie souvent que Rousseau destinait son Contrat social à de petits États. Il s'inspirait de deux modèles, l'un antique (la cité grecque, notamment Sparte alors tenue pour démocratique), l'autre moderne (la République de Genève). Rousseau s'opposait à l'opinion de la majeure partie des « Philosophes » qui admiraient souvent les institutions anglaises, modèle d'équilibre des pouvoirs loué par Montesquieu et Voltaire. Parmi ses écrits politiques[100] Rousseau a été mandaté par la république de Gênes afin de donner une Constitution à la Corse où le « small is beautiful » est souligné car il se base sur le fonctionnement institutionnel de la Confédération Helvétique de son époque. Il a aussi étudié le fonctionnement du gouvernement de la Pologne. Rousseau s'opposait également avec force au principe de la démocratie représentative et lui préférait une forme de démocratie directe, calquée sur le modèle antique. Se borner à voter, c'était, selon lui, disposer d'une souveraineté qui n'était qu'intermittente. Il moque ainsi le système électoral alors en cours en Angleterre, en affirmant que le peuple n'y est libre que le jour des élections, et esclave sitôt que ses représentants sont élus[101]. Sa critique envers l'idée de représentation de la volonté est donc sévère : « La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point : elle est la même, ou elle est autre ; il n’y a point de milieu. Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement », concluant que « Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi »[102]. En revanche, il s'oppose à la diffusion massive des savoirs, comme le montre son Discours sur les sciences et les arts car il y voit la cause de la décadence moderne. La vision de Rousseau se rapproche bien plus du modèle de Sparte, cité martiale, dont le modèle entretenait déjà quelque rapport avec la cité de La République de Platon, qu'Athènes, cité démocratique, bavarde et cultivée.

Religion

Rousseau se méfie beaucoup de la religion telle que révélée par les témoignages des hommes (l'Église) et les livres sacrés (tous traduits).

On constate en effet, qu'au cours de son existence, Rousseau, élevé à Genève dans la foi protestante du calvinisme genevois, se laisse convertir au catholicisme romain lors de son passage à Turin à l'âge de 17 ans, puis abjure le catholicisme à l'âge de 42 ans, pour renouer avec les autorités genevoises. En 1768, il épouse civilement Thérèse Levasseur à Bourgoin en France, sans pour autant consacrer religieusement cette union, ce qui, à l'époque, rend le mariage invalide.

De ses différents écrits publiés de son vivant, trois groupes de textes sont à prendre en compte pour comprendre son rapport à la religion :

  • Les écrits « théoriques », ou « dogmatiques », comme la Lettre à Voltaire sur la Providence, le livre IV de l'Émile, Profession de foi du vicaire savoyard, ajouté in extremis à l'ouvrage, peu avant l'impression ; le 8e et dernier chapitre du Contrat social, lui aussi ajouté au dernier moment à la fin du livre (ce chapitre 8 est le plus long de l'ensemble de l'ouvrage) ; enfin, la Nouvelle Héloïse. On remarquera que ces trois derniers ouvrages ont été publiés à la même période (1762-1763).
  • Les écrits de justification ou de polémique : la Lettre à Christophe de Beaumont, les Lettres écrites de la montagne et les Dialogues (Rousseau juge de Jean-Jacques).
  • La correspondance privée, notamment les lettres à Paul Moultou et la lettre à Franquières de 1769[103].

Ce qui ressort de manière frappante dans l'ensemble des textes publics et privés peut être résumé par la formule que Rousseau adresse à Christophe de Beaumont :

« Monseigneur, je suis chrétien, et sincèrement chrétien, selon la doctrine de l'Évangile. Je suis chrétien, non comme un disciple des prêtres, mais comme un disciple de Jésus-Christ. »

Cette formule révèle un christianisme singulier, débarrassé de toute théologie ; Jean-Jacques Rousseau nie la nécessité des médiations : ni prêtres, ni théologiens, il ne croit pas en la foi nécessaire et non plus qu'aux miracles, ou à la doctrine du péché originel. Sa foi chrétienne est une sorte de déisme rationaliste, héritée de Bernard Lamy et de Nicolas Malebranche[104] : il y a un dieu parce que la nature et l'univers sont ordonnés. Rousseau n'est pas matérialiste (voir la Lettre à Franquières), mais il n'est ni un protestant orthodoxe, ni un catholique romain. Pourtant, il se dit croyant, y compris dans sa lettre du 14 février 1769 à Paul Moultou, lequel semble désireux de renoncer à sa foi, et qu'il exhorte à ne pas « suivre la mode »[105].

En particulier, Rousseau ne croit pas en la doctrine du péché originel, qui est selon lui une doctrine bien commode qui incrimine sans cesse la nature humaine. C'est la raison pour laquelle Rousseau a souvent, résolument et longuement, combattu cette doctrine. Il parle avec ironie de ce péché « pour lequel nous sommes punis très justement des fautes que nous n’avons pas commises » (Mémoire à M. de Mably)[106]. S'il nie cette doctrine, c'est pour des raisons théologiques, car il voit dans les anathèmes qui semblent impliqués dans ce dogme une conception dure et inhumaine, qui « obscurcit beaucoup la justice et la bonté de l'Être suprême », mais aussi parce que, se sentant bon, il ne peut concevoir d'être affecté par une tare secrète[107]. Cette position amènera Rousseau à forger la fiction d'un « état de nature », extra-moral et extra-historique, pour écarter tous les faits de l'histoire[75].

Jean-Jacques Rousseau et l'art

Rousseau et le théâtre

Article détaillé : Lettre à D'Alembert.

La Lettre à d'Alembert est rédigée pour répondre à l'article de L'encyclopédie intitulé Genève. Dans cet article, D'Alembert plaide pour la création d'un théâtre à Genève. Cet article est d'autant plus perçu par Rousseau comme une provocation à son égard, qu'il y croit y discerner l'influence de Voltaire qui possède une propriété prés de Genève. Sur le fonds, le projet d'établissement d'un théâtre à Genève voit s'opposer la haute société protestante de la ville favorable au théâtre, et les simples citoyens, dont Rousseau, qui y sont opposés. Pour comprendre la signification politique de cette opposition, il convient de se souvenir que Rousseau perçoit le théâtre comme un fait social participant à l'aliénation du peuple et à la destruction des moeurs et de la liberté publique[108].

Dans sa Lettre à D'Alembert, Rousseau s'oppose d'abord à la thèse soutenue par Cicéron, Corneille, Racine, Voltaire et Diderot selon laquelle un objet esthétique fait à la fois plaisir et participe de la civilisation en promouvant la vertu et en provocant une haine du le vice[109]. Pour Rousseau, au contraire, comme l'expose Platon au chapitre X de la République (Platon), l'art flatte la partie irrationnelle de l'âme et n'instruit pas[110]. En effet, pour Rousseau, l'auteur d'une pièce doit d'abord plaire et flatter[110] ce qui affaiblit voire annihile un travail éducatif. Par ailleurs, Rousseau reproche au théâtre de son temps, de donner dans l'art pour l'art et par là de refuser toute finalité sociale[111].

La critique du théâtre est aussi celle de « ce qu'on appellerait aujourd'hui la société du spectacle »[112]. La société de cours pouvant être analysé comme une première société du spectacle. Plus précisément, pour Rousseau le théâtre en France s'est développé dans le cadre de la monarchie et d'une double opposition entre les grandes villes et les petites villes; et entre le peuple qui travaille et l'aristocratie qui a beaucoup de loisirs à occuper. Pour Rousseau le théâtre participe d'institutions politiques qui pervertissent le peuple et le rendent mauvais[111]. Rousseau trouve l'art français de son temps trop savant, trop uniformisateur, ou, pour reprendre une expression actuelle, trop pensée unique. Pour lui la culture varie selon les peuples, est particulière, pas uniforme. Aussi ce qui peut convenir à Paris peut être néfaste lui à Genève [113]}.

Rousseau s'oppose aussi à Diderot et Rousseau s'opposent sur les comédiens. Diderot dans le Paradoxe sur le comédien apprécie chez les acteurs leur capacité à jouer un rôle tout en restant euxi-mêmes. Or, ce que Diderot voit comme le sommet de l'art du comédien, de sa virtuosité, Rousseau le voit au contraire comme le sommet du mensonge et de la duplicité[114].

En fait, pour Rousseau, dans une république, ce n'est pas le théâtre qu'il faut valoriser mais la fête[115].

« Quoi! Ne faut-il donc aucun spectacle dans une République ? Au contraire, il en faut beaucoup ! C'est dans les Républiques qu'ils sont nés...Mais quels seront enfin les objects de ces spectacles ? Qu'y montra-t-on? Rien, si l'on veut...Plantez au milieu d'une place un piquet couronné de fleurs, rassemblez-y le peuple, et vous aurez une fête (OCV, 115). »

Rousseau et le roman : La Nouvelle Héloïse

Article détaillé : La Nouvelle Héloïse.

Dans les Les Confessions (Rousseau), il soutient qu'il a écrit ce roman pour satisfaire son désir d'aimer qu'il n'a pas pu satisfaire bien qu'il s'en sente dévoré [116]. D'une certaine façon ce roman a, pour lui, une valeur consolatrice. Il écrit aussi ce roman parce qu'il pense qu'une oeuvre romanesque permet de mieux faire passer ses idées auprès d'un public plus large[117]. Par ailleurs, il estime qu'à la différence du théâtre, auquel il s'est posé dans la Lettre à D'Alembert, l'oeuvre romanesque présentant des personnes ordinaires est susceptible de rendre la vertu aimable à tous[118]. La trame du roman se présente ainsi. Saint-Preux, un précepteur, tombe amoureux de son élève Julie d'Etange. L'amour est réciproque mais les contraintes financières et sociales s'opposent à ce mariage. Saint-Preux est pauvre. Aussi, Julie épouse Monsieur de Wolmar un brave homme riche et athée de trente ans son aîné. Dans ce roman Rousseau introduit une séparation entre mariage et amour en effet bien que M et Mme de Colmar ne soient pas amoureux, il doivent rester unis. Il écrit « Chaque fois que deux époux s'unissent par un noeud solennel, il intervient un noeud tacite de tout le genre humain de respecter ce lien sacré, d'honorer en eux l'union conjugale (NH, OCII, 359) »[47]. Chez Léon Tolstoï, Anna Karénine à rebours s'abandonne à sa passion en quittant son mari. Les époux Wolmar fondent la communauté de Clarens où régnent douceur et modération. Malgré tout, à la fin, Julie avoue s'être un peu ennuyée pendant son mariage et ne pas avoir oublié Saint-Preux. Le roman a eu un succès considérable tant au 18e sièclequ'au 19e siècle[119]

Rousseau la langue et la littérature

Les écrivains Allemands Goethe, Schiller et Herder ont soutenu que les oeuvres de Rousseau les avaient inspiré. Herder considérait Rousseau comme son "guide". Goethe, en 1787, remarquait que l'« Émile ou De l'éducation avaient eu une influence notable sur les esprits cultivés du monde »[120]

Par ailleurs, l'élégance de l'écriture de Rousseau a provoqué une transformation significative de la poésie et de la prose française en les libérant des normes rigides venues du Grand Siècle (histoire de France). Hors la Francee de nombreux écrivains ont été également influencés par Rousseau. Citons parmi les plus célèbres : Pouchkine et Tolstoi en Russie, Wordsworth, Coleridge, Lord Byron, Shelly, et John Keats en Angleterre; Hawthorne et Thoreau aux États-Unis. Tolstoi a écrit : « à quinze ans je portais autour de mon cou un médaillon avec un portrait de Rousseau en lieu et place de l'habituelle croix »[121].

Compositeur et théoricien

Musique de la pièce Avril, page 2

La musique fut la vocation contrariée de Rousseau ; loin d'être un compositeur aussi brillant que Rameau, il n'en a pas moins su apporter des innovations telles que, par exemple, le mélodrame (Pygmalion) inspirant notamment Hector Berlioz (Lélio ou le Retour à la vie). Initié par Madame De Warens, il en vécut médiocrement durant son séjour à Paris, gagnant sa vie essentiellement en tant que copiste : « Je sens combien je vais me nuire à moi-même si l'on compare mon travail à mes règles : mais je n'ignore pas que celui qui cherche l'utilité publique doit avoir oublié la sienne. Homme de lettres, j'ai dit de mon état tout le mal que j'en pense ; je n'ai fait que de la musique française, et n'aime que l'italienne ; j'ai montré toutes les misères de la société quand j'étais heureux par elle : mauvais copiste, j'expose ici ce que font les bons. O vérité ! mon intérêt ne fut jamais rien devant toi ; qu'il ne souille en rien le culte que je t'ai voué[122]. » Rousseau fut l'auteur et compositeur d'un intermède, Le Devin du village (1752), lequel fut célébré par le roi Louis XV de France. En conséquence, ce dernier proposa d'offrir une bourse à Jean-Jacques, mais celui-ci la refusa. Ce fut à cette occasion qu'éclata la première dispute entre Rousseau et Diderot, ce dernier le pressant d'accepter l'offre du roi.

Dans le deuxième Dialogue, Rousseau énumère un acte de Daphnis et Chloé, une seconde musique du Devin du Village, plus de cent morceaux de divers genres, six mille pages copiées de musique de harpe, de clavecin, des solo et concerto de violon, résumant un travail de copiste de six ans, lequel lui permit de vivre. Il écrivit aussi le Dictionnaire de musique, édité en 1767, approuvé par Alexis Claude Clairaut (le 15 avril 1765) et très prisé des musiciens européens de l'époque, dans lequel Rousseau reprenait et actualisait, à la demande de Diderot, les dizaines d'articles écrits pour l'Encyclopédie. Très influencé d'abord par les écrits harmoniques de Rameau, il était devenu très critique, depuis la Querelle des Bouffons (voir sa Lettre sur la musique française en 1752), à l'égard de l'harmonie. Selon Louis Laloy : « Pour le citoyen de Genève [Rousseau], toute musique qu'il ne saurait écrire lui-même est gothique »[123].

Il décida notamment d'adapter un air à la pièce Avril de Rémy Belleau (écouter la musique de la pièce Avril).

Durant sa période chambérienne, il avait imaginé un nouveau système de transcription des notes de musique.

Influence

Influence sur d'autres philosophes

Rousseau a influencé Kant qui possédait un portrait du célèbre citoyen de Genève dans sa maison. Pour Bertam, la notion rousseauiste de volonté générale imprègne la notion de impératif catégorique notamment dans la troisième formulation que l'on trouve dans Fondation de la métaphysique des mœurs. [124]. Toutefois, la pensée de Rousseau s'oppose à l'idée kantienne d'une législation universelle. En effet le célèbre genevois, dans des travaux préparatoires au contrat social a rejeté l'idée d'une volonté générale de l'humanité. Pour lui, la volonté générale, n'apparait que dans le cadre de l'Etat[124]. L'influence de Rousseau sur Kant est aussi perceptible dans sa psychologie morale, notamment dans son livre La Religion dans les limites de la simple raison;. Enfin, les deux philosophes sont en accord sure la notion dhistoire conjecturale et sur l'idée de justice internationale que Rousseau reprend de l'Abbé de Saint Pierre.

Schopenhauer disait : « Ma théorie a pour elle l'autorité du plus grand des moralistes modernes : car tel est assurément le rang qui revient à J.-J. Rousseau, à celui qui a connu si à fond le cœur humain, à celui qui puisa sa sagesse, non dans des livres, mais dans la vie ; qui produisit sa doctrine non pour la chaire, mais pour l'humanité ; à cet ennemi des préjugés, à ce nourrisson de la nature, qui tient de sa mère le don de moraliser sans ennuyer, parce qu'il possède la vérité, et qu'il émeut les cœurs[125] ».

Concernant Karl Marx, si l'idée d'aliénation et d'exploitation peut être vue comme présentant certains liens avec la pensée de Rousseau sur ces sujets, les références à Rousseau dans l'oeuvre de Marx sont trop rares, et de trop peu d'importances pour réellement en tirer des conclusions certaines[124].

La relation entre Rousseau et Hegel est également complexe. Dans la philosophie du droit, si Hegel félicite Rousseau de voir la volonté comme la base de l'Etat, il se fait une fausse idée de la notion de volonté générale qu'il voit comme recouvrant les volontés contingentes des individus. Enfin, Hegel reprend dans la dialectique maître/esclave et dans le problème de la reconnaissance la notion d'amour propre de Rousseau ainsi que l'idée qu'attendre des autres un respecter une reconnaissance exacte peut amener à se soumettre aux autres[124].

Selon Christopher Bertram, la philosophie politique de John Rawls, notamment celle de son ouvrage majeur la théorie de la justice présente certaines proximités avec la pensée de Rousseau. Pour cet auteur, la façon dont Rawls introduit la notion de position originelle pour mettre l'intérêt personnel au service des principes de justice n'est pas sans rappeler l'argument de Rousseau selon lequel, les citoyens devraient être tirés au sort pour sélectionner les lois de façon impartiale[124].

Influence sur la révolution française

Pour George Armstrong Kelly, avant la révolution Rousseau est surtout connu comme l'auteur de l'Émile et des discours [126]. Ce n'est qu'après le début de la révolution que ses écrits politiques sont réellement découverts par Sieyés, Marat et d'autres [127]. Ce qui marque les révolutionnaires au tout début, c'est l'idée développée par Rousseau que l'homme s'est éloigné de la nature ce qui l'a conduit à l'esclavage et à ses suites. C'est aussi l'idée prégnante chez lui que les peuples ont parfois droit comme Sparte et Rome à une seconde naissance. C'est ce scénario rousseauiste qui animerait selon l'auteur cité les Montagnards, notamment Robespierre et Saint-Just[128]. Là où Rousseau voyaient des maîtres et des exclaves, les tenants de la Révolution françaises insisteront sur la nature cachée, préservée de la dépravation de l'Ancien régime du peuple français. Pour George ArmstrongKelly, les disciples Montagnards de Rousseau, ont transformé notion très prégnante chez Rousseau de mémoire en volonté, volonté de procéder à un recommencement avec de nouveaux héros et une nouvelle cité, volonté de faire en sorte que l'histoire rejoigne celle du temps où l'homme était bons[127].

Rousseau et le totalitarisme du 20e siècle

Bien que Rousseau ait critiqué à maintes reprises les tyrannies et régimes autoritaires de son temps, défendant la liberté de conscience et d'expression comme bases de la démocratie, au moins trois auteurs lui ont reproché d'avoir influencé d'avoir favorisé l'émergence du totalitarisme même si, pour Jan Marejko, tenant de cette thèse, cela ne signifie pas que l'on trouve dans les écrits de Rousseau une intention délibérée d'élaborer un système totalitaire[129]. Déjà, sous Vichy, Marcel Déat avait salué un « Jean-Jacques Rousseau totalitaire », socialiste et national [130].

Selon l'universitaire américain Lester G. Crocker[131] la tendance autarcique de la pensée de Rousseau etc son insistance sur l'idée d'unité nationale (critiquée en son temps par l'abbé Bergier qui évoquait un «patriotisme fanatique») aurait favorisé le totalitarisme contemporain.

L'historien israélien Jacob L. Talmon voit également dans la théorie de la volonté générale de Rousseau l'origine de ce qu'il appelle la « démocratie totalitaire »[132][réf. insuffisante]. Cette opinion est minoritaire, mais elle témoigne de la forte polémique qu'ont encore de nos jours les écrits du « Citoyen de Genève ».

Sous Vichy, en revanche, Rousseau a été dépeint comme la figure même du «juif errant» voire, chez Maurras, de l'«anarchiste individualiste» et du «faux prophète»[133]. Dans un livre sur Montesquieu publié en 1943, M. Duconseil écrit ainsi: «Jean-Jacques Rousseau est la grande figure sémite qui domine notre époque. [...] Voilà le père des dogmes démocratiques modernes[133]», appréciation peu flatteuse chez un tenant de la «Révolution nationale» de Pétain. Collaborateur de L'Action française, Dominique Sordet rapproche Rousseau et Léon Blum, et qualifie les idées du philosophe de «destructives [...] de tout ordre social hiérarchique, et par conséquent aryen» [133].

Autre influence politique

La pensée politique de Rousseau deviendra progressivement incontournable, et influencera les révolutionnaires de 1830 et de 1848, Blanqui et les Communards de 1871, les anarchistes de la fin du XIXe siècle et les radicaux-socialistes du début du XXe[134].

Rousseau a inspiré Simón Bolívar, principal libérateur de l'Amérique latine, qui fut éduqué dans les idées de l'Émile et qui suivit les préceptes de Rousseau dans son œuvre constitutionnelle et politique dans la première moitié du XIXe siècle. Le penseur politique japonais Chōmin Nakae de l'ère Meiji traduisit en 1874 une partie du Contrat social en chinois classique, afin d'en faire profiter les Japonais et les peuples d'Asie. Les anarchistes et ceux qui voulaient constituer le Japon sur le modèle européen s'en inspirèrent. En Chine, le Journal du peuple le diffusa dans une perspective révolutionnaire.

Bertrand Russell décrit Rousseau, dans son Histoire de la philosophie occidentale (1952) comme « l’inventeur de la philosophie politique de dictatures pseudo-démocratiques », et conclut que « Hitler en est le résultat »[135].

Les critiques adressées à Rousseau

Durant son époque et juste après

A portrait of Rousseau in later life.

Les premiers à critiquer Rousseau furent les autres philosophes des lumières française, notamment Voltaire. Selon Jacques Barzun, Voltaire fut contrarié par le [Discours sur les sciences et les arts|Premier Discours]], et outragé par le second. La lecture de Voltaire du second discours était que Rousseau voulait que le lecteur adopte un mode de vie convenant à un sauvage[136]. Rappelons que pour Voltaire,« le superflu était la chose la plus nécessaire » alors que, Rousseau rejetait les grâces et le luxe d'une existence civilisé. Selon Jacques Barzun, Rousseau, contrairement au mythe n'était pas un primitivisme, mais avait pour modèle un fermier non soumis à l'autorité d'un supérieur et libre de mener sa vie[137].

Dés 1788, Madame de Staël a publié ses Lettres sur l'oeuvre et le caractère de J.-J. Rousseau[138]. où elle critique Rousseau.

Hommages divers

L'astéroïde (2950) Rousseau a été nommé en son hommage.

Œuvres

Page de garde d'Émile ou de l'Éducation de Jean Jacques Rousseau
  • L'édition de référence, riche en introductions, notes et variantes, est pour l'heure, celle des Œuvres complètes, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 5 tomes, publiée sous la direction de Bernard Gagnebin et Marcel Raymond[139] sous le patronage de la Société Jean-Jacques Rousseau et avec l'appui du Fonds national suisse de la recherche scientifique et de l'État de Genève.
  • On trouve l'intégrale des œuvres de Rousseau sur le site « rousseauonline ». Il s'agirait d'une numérisation de l'édition Du Peyrou-Moultou mais certains passages laissent à penser que le projet contient un mélange de plusieurs éditions. Il est également important de noter que le texte "OCRisé" n'a pas encore été relu, ni corrigé.
  • R. A. Leight (dir.), Correspondance complète de Rousseau : Édition complète des lettres, documents et index (Volumes 1-52), Voltaire foundation - University of Oxford, 343 ill., 20 474 p. (ISBN 9780729406857, présentation en ligne)
  • Discours sur l'oeconomie politique, 1758
    Rousseau est l'un des auteurs de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, dont il a rédigé la plupart des articles sur la musique, ainsi que l'article « Économie politique » (publié en 1755 dans le tome V de l'Encyclopédie), plus généralement connu aujourd'hui sous le titre de Discours sur l'économie politique[140].

Chronologie des œuvres

Notes et références

Traductions

  1. (en) « He has only felt during the whole course of his life, and in this respect his sensibility rises to a pitch beyond what I have seen any example of; but it still gives him a more acute feeling of pain than of pleasure. He is like a man who was stripped not only of his clothes, but of his skin, and turned out in this situation to combat with the rude and boisterous elements. »
  2. (en) « This is the kindest summary of his character that is in any degree compatible with truth. »

Notes

  1. Pour consulter l'arbre généalogique de Rousseau, voir « Connaissez-vous Jean-Jacques ? Famille, je vous aime ! », sur le site de l'Académie de Grenoble.
  2. Trousson, t. I, p. 19.
  3. a, b, c et d Bertram 2012.
  4. Trousson, t. I, p. 38-39.
  5. « Gabriel Bernard, frère de ma mère », Les confessions : Livre premier, Garnier-Flammarion,‎ , p. 44.
  6. Trousson, t. I, p. 48.
  7. Tous ces renseignements sur la petite enfance de Jean-Jacques se trouvent dans le Livre premier des Confessions.
  8. a, b, c et d Bernard Cottret, « Rousseau fête ses 300 ans ! », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1,
  9. Trousson, t. I, p. 62-63.
  10. Trousson, t. I, p. 71.
  11. Trousson, t. I, p. 93.
  12. Trousson, t. I, p. 97.
  13. Trousson, t. I, p. 127.
  14. La maison est une propriété du marquis François de Conzié. Rousseau reverra Conzié longtemps après le décès de Mme de Warens. Cf. Guillermin C., Notice de M. de Conzié des Charmettes, sur Mme de Warens et Jean-Jacques Rousseau et « Bail de la propriété des Charmettes », Bulletin de la Société savoisienne d’histoire et d’archéologie, vol. I,‎ , p. 73-90.
  15. Emmanuel Régis, La dromomanie de Jean-Jacques Rousseau, Société française d'imprimerie et de librairie,‎ 1910 (lire en ligne)
  16. Sur ce point, voir la notice consacrée à Mme de Larnage dans Raymond Trousson (éd.) et Frédéric S. Eigeldinger (éd.), Dictionnaire de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Éditions Honoré Champion,‎ .
  17. Trousson, t. I, p. 151.
  18. Raymond Trousson, Jean-Jacques Rousseau, Tallandier, p. 197
  19. Jean-Jacques Rousseau, Les confessions, seconde partie, livre 7, p. 91
  20. Raymond Trousson, Jean-Jacques Rousseau, Tallandier, p. 452
  21. Trousson, t. I, p. 217.
  22. a et b « Rousseau », dans Le Nouveau Dictionnaire des Auteurs, Laffont-Bompiani,‎ .
  23. « Lettre à Madame de Francueil, 1751 ».
  24. Platon, La République [détail des éditions] [lire en ligne] (livres V et VI)
  25. Sur ce point, voir la biographie de Trousson.
  26. Trousson, t. I, p. 271-275.
  27. Aubenque 2012, p. 5.
  28. a et b Entrez sans frapper, émission de la Première en radio, diffusée le lundi 29 septembre 2014
  29. Antoine Lilti, Figures publiques : L'invention de la célébrité 1750-1850, 2014, Fayard
  30. a et b Bertam 2012.
  31. Trousson, t. II, p. 123.
  32. Trousson, t. II, p. 79-81.
  33. Trousson, t. II, p. 127.
  34. Trousson, t. II, p. 197.
  35. Trousson, t. II, p. 328.
  36. Trousson, t. II, p. 355.
  37. « Le Mariage à Bourgoin : le 29 août 1768 », sur bourgoinjallieu.fr.
  38. « Maubec, vieille ferme de Monquin ».
  39. Trousson, t. II, p. 404.
  40. Nouveau Dictionnaire des Auteurs : Article Rousseau, Paris, Laffont-Bompiani,‎ .
  41. Edmond Biré,Dernières causeries historiques et littéraires : Bossuet, historien du protestantisme, la Chalotais et le duc d'Aiguillon, la folie de Jean-Jacques Rousseau, Lyon, éd. E. Vitte, 1898.
  42. Raymond Trousson, Jean-Jacques Rousseau, Tallandier, 2003, p. 753.
  43. Raymond Trousson, Jean-Jacques Rousseau, Tallandier, 2003, p. 754.
  44. Raymond Trousson, Jean-Jacques Rousseau, Tallandier, 2003, p. 758.
  45. Lepan 2015, p. 13.
  46. Rousseau 2012, p. 21.
  47. a et b Lepan 2015.
  48. a et b Lepan 2015, p. 22.
  49. Lepan 2015, p. 99.
  50. Lepan 2015, p. 101.
  51. a et b Starobinski 1969, p. 13-14.
  52. (en) Bertrand Russell, The History of Western philosophy, Paris,‎ , p. 691.
  53. (en) Bertrand Russell, The History of Western philosophy, New York,‎ , p. 691.
  54. Lepan 2015, p. 147.
  55. a et b Lepan 2015, p. 225.
  56. Lepan 2015, p. 236.
  57. Lepan 2015, p. 240-241.
  58. Lepan 2015, p. 289.
  59. Lepan 2015, p. 294.
  60. Lepan 2015, p. 296.
  61. Lepan 2015, p. 306.
  62. Lepan 2015, p. 309.
  63. Lepan 2015, p. 282.
  64. Lepan 2015, p. 283.
  65. Kelly 2011, p. 10.
  66. a et b Kelly 2011, p. 13.
  67. Rousseau 1964, p. 545.
  68. a et b Starobinski 2014, p. 29.
  69. Starobinski 2014, p. 30.
  70. a et b Starobinski 2014, p. 31.
  71. Rousseau L'Émile, Émile ou De l'éducation [Document électronique] / Jean-Jacques Rousseau ; [établissement du texte par François et Pierre Richard], p. 30.
  72. Conférences et discussions disponibles sur http://www-ohp.univ-paris1.fr.
  73. L'Émile, op. cit, p. 190.
  74. Starobinski 2014, p. 19.
  75. a et b France Farago, « Rousseau, nature et histoire », Bulletins de l'Oratoire, no 792, septembre 2012, lire en ligne
  76. Bertram 2012, p. 7.
  77. a et b Bertram 2012, p. 9.
  78. a et b Bertram 2012, p. 10.
  79. Kelly 2011, p. 11.
  80. Kelly 2011, p. 2.
  81. Bertram 2012, p. 11.
  82. Bertram 2012, p. 110.
  83. Bertram 2012, p. 12.
  84. physio-cratie = « pouvoir de la terre ».
  85. Émission Philosophie du 25 novembre 2012, sur Arte, avec Raymond Trousson en invité.
  86. Émission Philosophie du 25 novembre 2012, sur Arte, avec Raymond Trousson en invité.
  87. Riley 2011, p. 127.
  88. Riley 2011, p. 134.
  89. Riley 2011, p. 141.
  90. Riley 2011, p. 130.
  91. Riley 2011, p. 133.
  92. Riley 2011, p. 125.
  93. a, b et c Bertram 2012, p. 13.
  94. « Chacun commença à regarder les autres et à vouloir être regardé soi-même, et l’estime publique eut un prix. Celui qui chantait ou dansait le mieux ; le plus beau, le plus fort, le plus adroit ou le plus éloquent devint le plus considéré, et ce fut là le premier pas vers l’inégalité, et vers le vice en même temps : de ces premières préférences naquirent d’un côté la vanité et le mépris, de l’autre la honte et l’envie ; et la fermentation causée par ces nouveaux levains produisit enfin des composés funestes au bonheur et à l’innocence. Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Paris, Gallimard,‎ , p. 94-95. ».
  95. « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerre, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux, ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : « Gardez-vous d'écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne ». Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Paris, Gallimard,‎ , p. 87. »
  96. Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Paris, Gallimard,‎ .
  97. a et b « Si l’on recherche en quoi consiste précisément le plus grand bien de tous, qui doit être la fin de tout système de législation, on trouvera qu’il se réduit à ces deux objets principaux, la liberté et l’égalité. La liberté, parce que toute dépendance particulière est autant de force ôtée au corps de l’État ; l’égalité, parce que la liberté ne peut subsister sans elle. […] Mais si l’abus est inévitable, s’ensuit-il qu’il ne faille pas au moins le régler ? C’est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l’égalité que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir. » Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, Paris, Flammarion,‎ , p. 76-77
  98. Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Paris, Gallimard,‎ , p. 110.
  99. Évelyne Pieiller, « Les révolutions de Rousseau », Le monde diplomatique, octobre 2012, lire en ligne
  100. Jean-Jacques Rousseau et Gérard Mairet (présentés par), Écrits politiques, Paris, Librairie Générale Française, coll. « Livre de poche » (no 4604),‎ (ISBN 9782253055938).
  101. J.-J. Rousseau, Du Contrat social, livre III, chap. XV.
  102. J.-J. Rousseau, Du Contrat Social.
  103. Voir l'édition en 20 volumes de la Correspondance Générale (1926) par Théophile Dufour et Pierre-Paul Plan. La lettre à Franquières et la lettre à Paul Moultou se trouvent au volume XIX.
  104. Sur la pensée religieuse de J.-J. Rousseau et son inspiration : Henri Gouhier, Les méditations métaphysiques de Jean-Jacques Rousseau, Vrin,‎ .
  105. Jean-Jacques Rousseau, Correspondance Générale, Armand-Colin, édition de Théophile Dufour et Pierre-Paul Plan,‎ , 20 volumes. Particulièrement, s'agissant de la Lettre à Franquières et de la lettre à Paul Moultou, voir le volume XIX.
  106. Laurent Gagnebin, « La bonté originelle de l'homme », Bulletins de l'Oratoire, no 792, septembre 2012
  107. Collectif, La religion de Jean-Jacques Rousseau, p. 277
  108. Lepan 2015, p. 106.
  109. Lepan 2015, p. 108.
  110. a et b Lepan 2015, p. 112.
  111. a et b Lepan 2015, p. 117.
  112. Lepan 2015, p. 109.
  113. Lepan 2015, p. 118.
  114. Lepan 2015, p. 123.
  115. Lepan 2015, p. 124.
  116. Lepan 2015, p. 31.
  117. Lepan 2015, p. 132.
  118. Lepan 2015, p. 133.
  119. Lepan 2015, p. 143.
  120. Will Durant, The Story of Civilization Volume 10:Rousseau and Revolution,‎ , p. 889
  121. Will Durant, The Story of Civilization Volume 10:Rousseau and Revolution,‎ , p. 891
  122. Article Copiste, Dictionnaire de Musique, p. 125.
  123. Louis Laloy, Rameau, Nabu Press,‎ , 264 p. (ISBN 9781179543895)
  124. a, b, c, d et e Bertram et 2012 p.27.
  125. Arthur Schopenhauer (trad. A. Burdeau), Le Fondement de la morale, Paris, Aubier-Montaigne,‎ , p. 162.
  126. Kelly et 20113 p.42.
  127. a et b Kelly et 20113 p.44.
  128. Kelly et 20113 p.43.
  129. Jan Marejko,id=WYFuJNA6yc0C&pg=PA87&lpg=PA87&dq=Rousseau+totalitarisme+%22Contrat+social%22&source=bl&ots=-2H_Twy8Kv&sig=57y1duUBRIqwzc49sj_b6qQEIXE&hl=fr&sa=X&ei=yQYOU7KnF4WX0QXH1YHQDg&ved=0CC4Q6AEwAA#v=onepage&q=Rousseau%20totalitarisme%20%22Contrat%20social%22&f=false Jean-Jacques Rousseau et la dérive totalitaire, L'Âge d'Homme, 1984, p. 19]
  130. Marcel Déat, « Jean-Jacques Rousseau totalitaire », Pensée allemande et pensée française, Paris, Aux Armes de France, 1944, p. 123-127. Cité in Vayssière Bertrand, « Europe et souveraineté. La notion d'État, des penseurs classiques aux réalités actuelles», Vingtième Siècle. Revue d'histoire 3/2007 (n° 95) , p. 151-166.DOI : 10.3917/ving.095.0151.
  131. (en) Lester G. Crocker, « Recent interpretations of the French Enlightenment », Cahiers ďhistoire mondiale, vol. 8, no 3,‎ . Présentation en ligne.
  132. Jacob L. Talmon, Les origines de la démocratie totalitaire, p. 17
  133. a, b et c Pascale Pellerin, «Anti-rousseauisme et antisémitisme sous l’Occupation», in VAN STAEN Christophe, Etudes sur le XVIIIe siècle: «Jean-Jacques Rousseau (1712-2012). Matériaux pour un renouveau critique», volume XXXX, Editions de l'Université de Bruxelles, 2012, pp.59-65
  134. Jean-Jacques Rousseau, textes politiques, Classiques de la pensée politique, 2007, p. 44, lire en ligne
  135. Évelyne Pieiller, « les révolutions de Rousseau », Le Monde diplomatique, octobre 2012, lire en ligne
  136. From Dawn to Decadence: 500 Years of Western Cultural Life: 1500 to the Present (Harper Collins, 2001), p. 384
  137. Jacques Barzun, From Dawn to Decadence (2001) p. 384
  138. Historical & literary memoirs and anecdotes by Friedrich Melchior Grimm (Freiherr von), Denis Diderot, p. 353. [1]
  139. Le tome I (1959) comprend les œuvres autobiographiques ; le tome II (1961), La Nouvelle Héloïse, les pièces de théâtre, et les essais littéraires ; le tome III (1964), les écrits politiques ; le tome IV (1969), les ouvrages relatifs à l'éducation, la morale et la botanique (Rousseau a suivi les cours de René Desfontaines) ; le tome V (1995) les écrits sur la musique, la langue et le théâtre, ainsi que les textes historiques et scientifiques.
  140. « Discours sur l'économie politique », in Rousseau - Montesquieu. Discours et écrits, Éditions de l'Épervier, 2010.

Annexes

Source

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Raymond Trousson, Jean-Jacques Rousseau, Paris, Tallandier,‎ , 2 tomes (ISBN 284734098X) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Christopher Bertram, « Jean Jacques Rousseau », dans Stanford Encyclopedia of Philosophy,‎ (lire en ligne)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Patrick Riley (éditeur), The Cambridge companion to Rousseau, Cambridge, Cambridge University Press,‎ .
    • (en) Christopher Brooke, « Rousseau's Political Philosophy : Stoic and Augustinian Origins », The Cambridge companion to Rousseau,‎ .
    • (en) George Armstrong Kelly, « A General Overview », The Cambridge companion to Rousseau,‎
    • (en) Mark Hulliung, « Rousseau, Voltaire, and the Revenge of Pascal », The Cambridge companion to Rousseau,‎ .
    • (en) Patrick Riley, « Rousseau's General Will », The Cambridge companion to Rousseau,‎ .
  • Jean Starobinski, « Introduction », dans Jean-Jacques Rousseau. Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les homme, Paris, Gallimard,‎ Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Géraldine Lepan, Rousseau : une politique de la vérité, Paris, Belin,‎ (ISBN 978-2-7011-9153-9) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean Starobinski, « Introduction », Rousseau Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, Paris, Gallimard,‎

Bibliographie

Ouvrages généraux

Ouvrages spécialisés

  • Harumi Yamazaki-Jamin, Jean-Jacques Rousseau et Paris, Villeneuve-d'Ascq, Éditions Presses Universitaires du Septentrion,‎ (réimpr. 7 juillet 2000 et 2003), 534 p. (ISBN 978-2-28401-845-2)
  • Blaise Bachofen, La Condition de la liberté. Rousseau, critique des raisons politiques, Paris, Payot,‎ (ISBN 9782228896658)
  • Bruno Bernardi, La Fabrique des concepts. Recherches sur l'invention conceptuelle chez Rousseau, Paris, Honoré Champion,‎
  • Augustin Cabanès, J.-J. Rousseau, Paris, Albin Michel,‎ — Psychologie et névropathie de Jean-Jacques Rousseau.
  • André Charrak, Raison et perception : fonder l'harmonie au XVIIIe siècle, Paris, Vrin,‎ (ISBN 9782711614981)
  • Charles Coutel, Lumières de l'Europe : Voltaire, Condorcet, Diderot, Paris, Ellipses,‎
  • Michel Coz, Jean-Jacques Rousseau, Paris, Vuibert,‎ (ISBN 9782711762187)
  • Michel Coz, La Cène et l'Autre Scène : Désir et profession de foi chez Jean-Jacques Rousseau, Paris, Honoré Champion,‎ (ISBN 9782852038448)
  • Michel Coz et François Jacob, Rêveries sans fin : Autour des « Rêveries du promeneur solitaire », Orléans, Paradigme,‎ (ISBN 9782868781871)
  • Robert Derathé, Jean-Jacques Rousseau et la science politique de son temps, Paris, Vrin,‎ (ISBN 9782711601783)
  • Arbi Dhifaoui (préf. Henri Coulet), Julie ou la Nouvelle Héloïse : roman par lettres, roman de la lettre, Tunis, Centre de Publication Universitaire,‎
  • Arbi Dhifaoui (préf. Jan Herman), Le roman épistolaire et son péritexte, Tunis, Centre de Publication Universitaire,‎
  • Béatrice Didier, La musique des Lumières : Diderot, l'Encyclopédie, Rousseau, Paris, PUF,‎
  • Frédéric S. Eigeldinger, Études et documents sur les minora de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Éditions Honoré Champion,‎
  • Francis Farrugia, Archéologie du pacte social, Paris, L'Harmattan,‎
  • Victor Goldschmidt, Anthropologie et politique, Paris, Vrin,‎ (ISBN 9782711603114)
  • Florent Guénard, Rousseau et le travail de la convenance, Paris, Honoré Champion,‎
  • Jean-Luc Guichet, Rousseau, l’animal et l’homme : l’animalité dans l’horizon anthropologique des Lumières, Paris, Éditions du Cerf,‎
  • Catherine Kintzler, Poétique de l'opéra français de Corneille à Rousseau, Paris, Minerve,‎ (ISBN 9782869311114, présentation en ligne)
  • Tanguy L'Aminot (dir.), « Politique et révolution chez Jean-Jacques Rousseau », Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, Oxford, Voltaire Foundation, no 324,‎
  • Roger D. Masters (trad. G. Colonna d’Istria & J.-P.Guillot), La philosophie politique de Rousseau, Lyon, ENS Éditions,‎ (ISBN 9782847880007)
  • Arthur Metzler, Rousseau. La bonté naturelle de l'homme, Paris, Belin,‎
  • Gérard Namer, Le système social de Rousseau : De l'inégalité économique à l'inégalité politique, Paris, L'Harmattan,‎ (ISBN 9782738474377)
  • Gérard Namer, Rousseau sociologue de la connaissance : De la créativité au machiavélisme, Paris, L'Harmattan,‎ (ISBN 9782738478474)
  • Colette Soler, L’aventure littéraire, ou la psychose inspirée, Rousseau, Joyce, Pessoa, Paris, Éditions du Champ Lacanien,‎
  • Yves Vargas, Les promenades matérialistes de Jean Jacques Rousseau, Le Temps des Cerises,‎
  • Pierre Villey, L'influence de Montaigne sur les idées pédagogiques de Locke et de Rousseau, Paris, Hachette,‎ , 270 p. (lire en ligne) — Articles connexes : Montaigne et John Locke
  • Frédéric Worms, Rousseau, Émile ou de l'éducation, Livre IV, Paris, Ellipses,‎ (ISBN 9782729806347)

Recueils d'articles

Biographies et fictions

  • Jean-Louis Boissier, Moments de Jean-Jacques Rousseau, Gallimard - NRF,‎ , CD-ROM (présentation en ligne)
  • Edwige Chirouter, Moi, Jean-Jacques Rousseau, Paris, Les petits Platons éditeur,‎ — Album jeunesse illustré présentant, sous forme de fiction, la vie et l'œuvre de Rousseau.
  • Lion Feuchtwanger (trad. Claude Porcell), La Sagesse du fou ou Mort et transfiguration de Jean-Jacques Rousseau, Paris, Fayard,‎ — Traduit de l'allemand.
  • Isabelle Marsay, Le Fils de Jean-Jacques ou la Faute à Rousseau, Paris, Ginkgo éditeur,‎ — Réédition. Fiction autour de l'abandon de ses enfants et ses regrets en fin de vie.
  • Frédéric Richaud, Jean-Jacques, Paris, Grasset,‎ — Roman cocasse autour de la figure de Jean-Jacques Rousseau, 230 ans après sa mort.
  • Odile Nguyen-Schœndorff, Je suis... Jean-Jacques Rousseau, Lyon, Jacques André Éditeur,‎ — Biographie écrite à la première personne à destination des collégiens et des lycéens.

Articles connexes

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes

Rousseau est l’abréviation botanique standard de Jean-Jacques Rousseau.

Consulter la liste des abréviations d'auteur ou la liste des plantes assignées à cet auteur par l'IPNI